Chapitre 122 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute
La vie humaine, un songe
Sermon 121
La vie humaine, un songe
« Comme un songe au réveil, Seigneur, à ton réveil, tu repousses leur image. »
Psaume 73:20.
1. Quiconque considère les versets qui précèdent remarquera aisément que le psalmiste parle directement des méchants qui prospèrent dans leur méchanceté. Il est très ordinaire que ceux-là oublient entièrement qu’ils sont des créatures d’un jour ; qu’ils vivent comme s’ils ne devaient jamais mourir ; comme si leur état présent devait durer toujours ; ou du moins comme s’ils étaient indubitablement sûrs d’avoir « beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années » ; de sorte qu’ils pourraient dire en toute sûreté : « Mon âme, repose-toi, mange, bois, et réjouis-toi. » Mais quelle misérable méprise ! Combien de fois Dieu ne dit-il pas à un tel homme : « Insensé! Cette nuit même ton âme te sera redemandée ! » On peut donc bien dire d’eux : « Eh quoi! En un instant les voilà détruits! » — ils périssent, et ont une fin terrible. Oui, « Comme un songe au réveil, Seigneur, à ton réveil, tu repousses leur image. »
2. Mais je voudrais à présent pousser cette pensée plus loin ; je voudrais la considérer dans un sens général, et montrer combien est étroite la ressemblance entre la vie humaine et un songe. Un ancien poète pousse la comparaison plus loin encore, lorsqu’il appelle la vie « le songe d’une ombre ». Et Cowley fait de même, lorsqu’il s’écrie :
Ô vie, toi, frère cadet du néant !
Si semblables, que nous prenons l’un pour l’autre !
Mais, laissant de côté ces envolées et toutes les autres envolées de la poésie, je voudrais rechercher sérieusement en quoi consiste cette ressemblance ; en quoi consiste proprement l’analogie entre l’un et l’autre.
3. Pour cela, je voudrais rechercher, premièrement : Qu’est-ce qu’un songe ? Vous direz : « Qui ne le sait ? » Ne pourriez-vous pas plutôt dire : Qui le sait ? Y a-t-il rien de plus mystérieux dans la nature ? Qui n’en a pas fait l’expérience, qui n’a pas rêvé mille fois ? Et pourtant il n’est pas plus capable d’en expliquer la nature que de saisir les cieux. Qui peut rendre un compte clair et satisfaisant du père des songes, le sommeil ? Il est vrai que beaucoup de médecins l’ont tenté, mais ils l’ont tenté en vain. Ils en ont parlé savamment, mais ils ont laissé à la fin la question tout aussi obscure qu’elle l’était auparavant. Ils nous disent quelques-unes de ses propriétés et de ses effets ; mais aucun ne peut dire quelle en est l’essence.
4. Cependant, nous connaissons l’origine des songes, et cela avec quelque degré de certitude. On ne saurait douter que quelques-uns d’entre eux ne proviennent de la constitution présente du corps, tandis que d’autres sont probablement occasionnés par les passions de l’âme. De plus, nous sommes clairement informés dans l’Écriture que quelques-uns sont causés par l’opération de bons anges, comme d’autres sont sans doute dus à la puissance et à la malice des mauvais anges (si nous osons supposer qu’il y en ait encore de tels aujourd’hui ; ou du moins qu’ils aient quelque chose à faire dans le monde). Nous apprenons du même trésor divin de la connaissance que, en certaines occasions extraordinaires, le grand Père des esprits s’est manifesté aux esprits humains « par des songes et des visions de la nuit ». Mais lesquels de tous ceux-là proviennent d’une influence naturelle, lesquels d’une influence surnaturelle, c’est ce que, bien souvent, nous ne sommes pas capables de déterminer.
5. Et comment pouvons-nous distinguer avec certitude nos songes de nos pensées de veille ? Quel critère y a-t-il par lequel nous puissions savoir sûrement si nous sommes éveillés ou endormis ? Il est vrai que, dès que nous sortons du sommeil, nous savons que nous avons été dans un songe, et que maintenant nous sommes éveillés. Mais comment saurons-nous qu’un songe en est un tant que nous y demeurons ? Qu’est-ce qu’un songe ? Pour en donner une idée grossière et superficielle, et non philosophique : c’est une suite de personnes et de choses présentées à notre esprit pendant le sommeil, et qui n’ont d’existence que dans notre propre imagination. Un songe est donc une sorte de digression hors de notre vie réelle. Il semble être une sorte d’écho de ce qui a été dit ou fait peu auparavant, quand nous étions éveillés. Ou bien pouvons-nous dire qu’un songe est un fragment de vie, rompu aux deux bouts, qui ne se rattache ni à la partie qui le précède, ni à celle qui le suit ? Et y a-t-il un meilleur moyen de distinguer nos songes de nos pensées de veille que cette circonstance même ? C’est une sorte de parenthèse insérée dans la vie, comme une parenthèse l’est dans un discours, qui continue tout aussi bien avec elle ou sans elle. Par là donc nous pouvons infailliblement reconnaître un songe, — à ce qu’il est rompu aux deux bouts ; à ce qu’il n’a pas de liaison propre avec les choses réelles qui le précèdent ou qui le suivent.
6. Il n’est pas nécessaire de prouver qu’il y a une étroite ressemblance entre ces songes passagers et le songe de la vie. Il peut être plus utile d’éclairer cette importante vérité, de la placer dans une lumière aussi frappante que possible. Considérons donc sérieusement, en quelques détails évidents, le cas d’un homme qui vient de s’éveiller hors de la vie, et qui ouvre les yeux dans l’éternité.
7. Proposons donc ce cas. Supposons que nous ayons maintenant devant nous quelqu’un qui vient de passer dans le monde des esprits. Ne pourriez-vous pas vous adresser à cette âme nouvellement née à peu près de cette manière ? Vous avez été un habitant de la terre quarante ans, peut-être cinquante ou soixante. Mais maintenant Dieu a changé de voix : « Réveille-toi, toi qui dors ! » Vous vous éveillez ; vous vous levez ; vous n’avez plus rien à faire avec ces pauvres ombres passagères. Lève-toi, et secoue ta poussière ! Voyez, tout est réel ici ! tout est permanent, tout est éternel ! bien plus stable que les fondements de la terre ; oui, que les colonnes de ce ciel inférieur. Maintenant que vos yeux sont ouverts, voyez combien sont inexprimablement différentes toutes les choses qui vous entourent à présent ! Quelle différence ne remarquez-vous pas en vous-même ! Où est votre corps, — votre maison d’argile ? Où sont vos membres, vos mains, vos pieds, votre tête ? Les voilà gisants, froids, insensibles !
Ni la colère désormais, ni la honte,
N’empourpreront l’argile innocente ;
Éteinte est la flamme animale,
Et la passion s’est évanouie.
Quel changement dans l’esprit immortel ! Vous voyez tout ce qui vous entoure ; mais comment ? Non avec des yeux de chair et de sang ! Vous entendez ; mais non par un courant d’air ondulant qui vient frapper une membrane tendue. Vous sentez ; mais d’une manière combien merveilleuse ! Vous n’avez point de nerfs pour transmettre le feu éthéré au sensorium commun ; n’êtes-vous pas plutôt maintenant tout œil, tout oreille, tout sentiment, toute perception ? Combien différents, maintenant que vous êtes pleinement éveillé, sont tous les objets qui vous entourent ! Où sont les maisons, et les jardins, et les champs, et les villes que vous voyiez naguère ? Où sont les fleuves, et les mers, et les collines éternelles ? N’est-ce donc qu’en songe que notre poète découvrit que
La terre tient du ciel cette variété
De plaisirs répandus par monts et par vallons ?
Non, je pense que tout cela s’est évanoui comme une fumée, au moment où vous vous êtes éveillé hors du corps.
8. Combien doivent vous paraître étranges, non seulement la manière d’exister, et le lieu où vous êtes (si l’on peut l’appeler un lieu ; mais qui peut définir ou décrire le lieu des esprits ?), mais encore les habitants de cette région inconnue ! qu’ils soient du nombre de ces esprits malheureux qui « n’ont pas gardé leur dignité », ou de ces saints qui exercent toujours « un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ». Combien sont étranges les occupations de ces esprits dont vous êtes maintenant environné ! Combien elles sont amères au goût de ceux qui rêvent encore sur la terre ! « Je n’ai aucun goût, disait l’un d’eux (un bel esprit fort applaudi, qui a quitté le corps depuis peu), pour rester assis sur un nuage tout le long du jour, à chanter les louanges de Dieu. » Nous pouvons aisément le croire ; et il n’y a aucun danger qu’on lui impose cette peine. Cependant, ce n’est point une peine pour ceux qui ne cessent ni jour ni nuit, mais chantent continuellement : « Saint, saint, saint, Seigneur, Dieu des armées ! »
9. Supposez que ce soit le cas de quelqu’un d’entre vous qui êtes maintenant présents devant Dieu. Cela peut arriver demain ; peut-être ce soir ; peut-être cette nuit même « votre âme vous sera-t-elle redemandée » ; le songe de la vie peut finir, et vous pouvez vous éveiller dans la vaste éternité ! Voyez, là gît le pauvre cadavre inanimé, qui va bientôt être semé dans la corruption et l’ignominie. Mais où est l’esprit immortel, incorruptible ? Le voilà debout, nu devant les yeux de Dieu ! Cependant, que sont devenues toutes les affaires dans lesquelles vous étiez ardemment engagé sous le soleil ? Quel profit avez-vous recueilli de tout votre travail et de tous vos soins ? Votre argent vous suit-il ? Non ; vous l’avez laissé derrière vous ; — pour vous c’est la même chose que s’il s’était évanoui dans l’air ! Vos habits élégants ou riches vous suivent-ils ? Votre corps est vêtu de poussière et de pourriture. Votre âme, il est vrai, est revêtue d’immortalité. Mais, ô ! quelle immortalité ? Est-ce une immortalité de bonheur et de gloire, ou d’opprobre et de honte éternelle ? Où est l’honneur, la pompe des riches et des grands ; les applaudissements qui vous entouraient ? Tout est parti ; tout s’est évanoui, « comme l’ombre qui passe ». « La pièce est finie », dit M. Moultray, lorsqu’il vit la balle percer les tempes de son maître mourant. [Charles XII, roi de Suède, au siège de Frederickshall.] Et qu’importait cela au courtisan ? Pas plus que si c’eût été la fin d’une farce ou d’une danse. Mais tandis que le bouffon continuait de dormir et de se reposer, il n’en était pas ainsi du monarque. Bien qu’il ne fût effrayé de rien sur la terre, il allait se trouver aux portes mêmes de l’enfer. Vaine valeur ! À l’article même de la mort, il saisit la poignée de son épée ! Mais où était-il l’instant d’après, quand l’épée tomba de sa main, et l’âme de son corps ? Alors finit le splendide songe de la royauté, — de la gloire, des villes détruites et des royaumes conquis !
10. « Comment des héros sont-ils tombés? Comment leurs armes se sont-elles perdues! » Que sont les armes si terribles parmi nous pour les habitants de l’éternité ? Comment le sage, le savant, le poète, le critique sont-ils tombés, et leur gloire s’est-elle évanouie ! Comment la beauté est-elle tombée, l’idole naguère d’une foule qui la contemplait ! En quel sens complet « s’affaiblissent toutes les filles du chant », et tous leurs instruments sont oubliés ! N’êtes-vous pas maintenant convaincu que (selon le proverbe hébreu) « un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort » ? Car les vivants savent, oui, doivent savoir, à moins qu’ils ne s’y refusent obstinément, « qu’ils mourront; mais les morts ne savent rien » qui puisse servir à adoucir leur peine ou à diminuer leur misère. De même, « leur espérance et leur crainte, et leur désir », tout a péri ; tout s’est enfui ; « ils n’auront plus jamais aucune part à tout ce qui se fait sous le soleil » !
11. Où est, en effet, l’espérance de ceux qui naguère formaient de profonds desseins, et disaient : « Aujourd’hui ou demain nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous trafiquerons, et nous gagnerons » ? Comme ils avaient totalement oublié ce sage avertissement : « Vous qui ne savez pas ce qui arrivera demain! car, qu’est-ce que votre vie? Vous êtes une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui ensuite disparaît. » Où sont toutes vos affaires ? où sont vos soucis du monde, vos peines ou vos engagements ? Toutes ces choses se sont enfuies comme une fumée ; et votre âme est restée. Et comment est-elle disposée pour jouir de ce monde nouveau ? A-t-elle du goût pour les objets et les jouissances du monde invisible ? Vos affections sont-elles détachées des choses d’en bas, et fixées sur les choses d’en haut, — fixées sur ce lieu où Jésus est assis à la droite de Dieu ? Alors vous êtes heureux ; et quand celui que vous aimez paraîtra, « vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire ».
12. Mais quel goût trouvez-vous à la compagnie qui vous entoure ? Vos anciens compagnons sont partis ; une grande partie d’entre eux sont probablement séparés de vous pour ne jamais revenir. Vos compagnons présents sont-ils des anges de lumière ? — des esprits au service de Dieu, qui viennent de murmurer : « Esprit, ma sœur, viens ! Nous sommes envoyés pour te conduire par-dessus cet abîme dans le sein d’Abraham. » Et qui sont ceux-là ? Quelques-unes des âmes des justes, que tu as autrefois soulagés avec « les richesses injustes », et qui ont maintenant reçu de votre commun Seigneur la mission de vous recevoir, de vous accueillir « dans les tabernacles éternels ». Alors les anges de ténèbres discerneront promptement qu’ils n’ont aucune part en vous. Il faudra donc qu’ils rôdent à distance, ou qu’ils s’enfuient dans le désespoir. Quelques-uns de ces esprits heureux qui font connaissance avec vous sont-ils ceux-là mêmes qui ont voyagé avec vous ici-bas, et qui ont eu part à vos tentations ; qui, avec vous, ont combattu le bon combat de la foi, et ont saisi la vie éternelle ? Comme vous avez pleuré ensemble, vous pourrez vous réjouir ensemble, vous et peut-être vos anges gardiens, afin d’accroître votre reconnaissance d’avoir été « délivrés d’une telle mort ». Ils pourront vous montrer les royaumes d’en bas ; ces
Régions de douleur, lugubres ombres, où la paix
Et le repos ne peuvent jamais demeurer.
Voyez, d’autre part, les demeures « qui vous ont été préparées dès la fondation du monde » ! Ô quelle différence entre le songe qui est passé et la scène réelle qui t’est maintenant présente ! Regarde en haut ! Vois !
Plus besoin du soleil en ce jour
Que ne suit jamais la nuit ;
Où les beautés de Jésus déploient
Une lumière pure et permanente !
Regarde en bas ! Quelle prison est là ! « Entre un feu d’en haut, d’en bas, et tout alentour ! » Et quels habitants ! Quelles formes horribles et effrayantes, emblèmes de la rage contre Dieu et contre les hommes, de l’envie, de la fureur, du désespoir fixés au-dedans, — qui leur font grincer des dents contre celui qu’ils ont si longtemps méprisé ! Cependant, est-ce une consolation pour eux de voir, de l’autre côté du grand abîme, les justes dans le sein d’Abraham ? Quel lieu que celui-là ! Quelle « maison de Dieu, éternelle dans les cieux » ! La terre n’est que son marchepied ; oui,
Le spacieux firmament d’en haut,
Et tout le ciel bleu, éthéré.
Nous pouvons donc bien dire à ses habitants :
Proclamez les gloires de notre Seigneur,
Répandues dans toute la rue céleste ;
Ses trésors sans bornes peuvent fournir
Un si riche pavé pour ses pieds.
Et pourtant, combien est peu de chose la gloire de cette maison, comparée à celle de son grand Habitant ! devant qui tous les fils premiers-nés de la lumière, anges, archanges, et toute l’armée du ciel, pleins de lumière comme ils sont pleins d’amour,
N’approchent qu’en voilant leurs yeux de leurs deux ailes.
13. Combien merveilleuses, donc, maintenant que le songe de la vie est fini, maintenant que vous êtes tout à fait éveillé, vous apparaissent toutes ces scènes ! Une vue telle que jamais il n’en était monté, ni n’en pouvait monter dans vos cœurs pour la concevoir ! Combien tous ceux qui « s’éveillent à sa ressemblance en sont maintenant rassasiés » ! Ils ont maintenant une part réelle, solide, incorruptible, « qui ne se peut flétrir ». Cependant, combien sont misérables au-delà de toute expression ceux qui (pour laisser là toute autre considération) ont choisi pour leur part ces ombres passagères qui maintenant se sont évanouies, et les ont laissés dans un abîme de misère réelle, qui doit demeurer pendant toute l’éternité !
14. Or, puisque tout enfant des hommes qui est encore sur la terre doit tôt ou tard s’éveiller de ce songe, et entrer dans la vie réelle, combien il importe infiniment à chacun de nous d’y prendre garde avant que vienne notre grand changement ! De quelle importance n’est-il pas d’avoir continuellement le sentiment de l’état où nous sommes ! Combien il est sage de lier, par tous les moyens possibles, les idées du temps et de l’éternité ! de les associer de telle sorte que la pensée de l’un ne revienne jamais à votre esprit sans la pensée de l’autre ! C’est notre plus haute sagesse d’associer les idées du monde visible et du monde invisible ; de lier l’être temporel et l’être spirituel, l’être mortel et l’être immortel. À la vérité, dans nos songes ordinaires, nous ne savons pas d’habitude que nous dormons tant que nous sommes au milieu de notre songe. Nous ne le savons pas davantage tant que nous sommes au milieu de ce songe que nous appelons la vie. Mais vous pouvez en avoir conscience maintenant ! Dieu veuille que vous l’ayez, avant de vous éveiller dans un linceul de feu !
15. Quel admirable fondement est posé, pour associer ainsi les idées du temps et de l’éternité, du monde visible et du monde invisible, dans la nature même de la religion ! Car qu’est-ce que la religion, — je veux dire la religion scripturaire ? car toute autre est le plus vain de tous les songes. Quelle est la racine même de cette religion ? C’est Emmanuel, Dieu avec nous ! Dieu dans l’homme ! Le ciel uni à la terre ! L’union ineffable du mortel avec l’immortel. Car « en vérité, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ » (tous les chrétiens peuvent le dire). « Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils. » Que s’ensuit-il ? « Celui qui a le Fils a la vie; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. »
16. Mais comment conserverons-nous un sentiment constant de cela ? J’ai souvent pensé, à mes heures de veille : « Maintenant, quand je m’endormirai et que je verrai telles et telles choses, je me souviendrai que ce n’était qu’un songe. » Cependant je ne le pouvais pas tant que durait le songe ; et probablement personne d’autre ne le peut. Mais il en est autrement du songe de la vie, dont nous nous souvenons bien qu’il en est un, même tandis qu’il dure. Et si nous l’oublions (comme, en effet, nous y sommes enclins), un ami peut nous le rappeler. Il serait fort à souhaiter qu’un tel ami fût toujours près de nous ; un ami qui fît souvent retentir à notre oreille : « Réveille-toi, toi qui dors, Relève-toi d’entre les morts ! » Bientôt vous vous éveillerez dans la vie réelle. Vous vous tiendrez, esprit nu, dans le monde des esprits, devant la face du grand Dieu ! Veillez à retenir fermement maintenant cette « vie éternelle, qu’il vous a donnée dans son Fils » !
17. Combien admirablement cette vie de Dieu se ramifie dans toute la religion, — je veux dire la religion scripturaire ! Dès que Dieu révèle son Fils dans le cœur d’un pécheur, celui-ci devient capable de dire : « La vie que je vis maintenant, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » Alors il « se glorifie dans l’espérance de la gloire de Dieu », et même d’une joie ineffable. Et par suite, tant de cette foi que de cette espérance, l’amour de Dieu est répandu dans son cœur ; et cet amour, remplissant l’âme d’amour pour tous les hommes, « est l’accomplissement de la loi ».
18. Et combien merveilleusement la foi, l’espérance et l’amour unissent tous trois Dieu à l’homme, et le temps à l’éternité ! En considération de cela, nous pouvons dire hardiment : —
Évanouis-toi donc, monde d’ombres ;
Passez, choses d’autrefois !
Seigneur, parais ! parais pour nous réjouir,
Avec l’aube du jour sans fin !
Ô termine cette histoire mortelle,
Rejette cet univers de côté !
Viens, éternel Roi de gloire,
Descends maintenant, et prends ton épouse !
[Août 1789]
Chapitre 122 terminé
La vie humaine, un songe