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Sur l’habit de noces

Chapitre 121 · 16 min de lecture · 20 min d’écoute

Sur l’habit de noces

Sermon 120

Sur l’habit de noces

« Comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noces? »

Matthieu 22:12.

1. Dans les versets qui précèdent le texte, nous lisons : « Après ces choses, Jésus, prenant la parole, leur parla de nouveau en paraboles, et il dit: Un roi fit un festin pour son fils. Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n’avait pas revêtu un habit de noces. Il lui dit: Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noces? Cet homme eut la bouche fermée. Alors le roi dit aux serviteurs: Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

2. Sur cette parabole, l’un de nos commentateurs les plus célèbres s’exprime de la manière suivante : — « Le dessein de cette parabole est de représenter cette gracieuse provision que Dieu fait aux hommes dans la prédication de l’Évangile et par elle. Pour les y inviter, Dieu envoya ses serviteurs, les prophètes et les apôtres. » — Et sur ces paroles, — « Pourquoi es-tu entré ici sans avoir un habit de noces ? » il poursuit ainsi : « Le châtiment de cet homme ne doit pas nous décourager, ni nous faire tourner le dos aux saintes ordonnances. » Assurément il ne le doit pas ; mais on ne peut rien inférer de semblable de cette parabole, qui n’a pas plus de rapport aux ordonnances qu’au baptême et au mariage. Et probablement nous ne l’aurions jamais imaginé, si le mot festin ne s’y était trouvé.

3. Cependant, la plupart des annotateurs anglais sont tombés dans la même erreur que M. Burkitt. Et des milliers de leurs lecteurs aussi. C’est pourtant certainement une erreur ; et une erreur qui n’a pas l’ombre d’un fondement dans le texte. Il est vrai, à la vérité, que nul ne doit s’approcher de la table du Seigneur sans une préparation habituelle, du moins, sinon actuelle ; c’est-à-dire une ferme résolution de garder tous les commandements de Dieu, et un désir sincère de recevoir toutes ses promesses. Mais cette obligation ne peut s’inférer de ce texte, bien qu’elle puisse s’inférer de beaucoup d’autres passages de l’Écriture. Mais il n’est pas besoin de multiplier les textes ; un seul vaut mille : il n’en faut pas davantage, pour amener tout homme d’une conscience délicate à communier en toute occasion, que ce seul commandement de notre Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi. »

4. Mais quelle que soit la préparation nécessaire pour que nous soyons de dignes participants de la sainte cène, elle n’a aucun rapport avec l’« habit de noces » mentionné dans cette parabole. Elle ne le peut : car cette commémoration de sa mort n’était pas encore instituée. La parabole se rapporte entièrement à ce que fera notre Seigneur lorsqu’il viendra sur les nuées du ciel pour juger les vivants et les morts ; et aux qualités qui seront alors nécessaires pour hériter « le royaume qui leur a été préparé dès la fondation du monde ».

5. Beaucoup d’hommes excellents, qui sont pleinement instruits de ceci, — qui sont convaincus que l’habit de noces dont il est ici parlé ne doit pas s’entendre d’une qualité requise pour la sainte cène, mais de la qualité requise pour la gloire, — l’interprètent de la justice de Christ ; « laquelle, disent-ils, est la seule qualité requise pour le ciel ; car c’est la seule justice dans laquelle un homme puisse subsister au jour du Seigneur. Car qui, demandent-ils, osera alors paraître devant le grand Dieu, sinon dans la justice de son Fils bien-aimé ? Ne sentirons-nous pas alors du moins, si ce n’est auparavant, le besoin d’avoir une justice meilleure que la nôtre ? Et quelle autre peut-elle être que la justice de Dieu notre Sauveur ? » Feu le pieux et ingénieux M. Hervey s’étend longuement sur ce point ; particulièrement dans ses savants « Dialogues entre Théron et Aspasio ».

6. Un autre élégant écrivain, maintenant, je l’espère, auprès de Dieu, parle fortement dans le même sens dans la préface de son commentaire sur l’Épître de saint Paul aux Romains : « Nous aurons certainement besoin, dit-il, d’une justice meilleure que la nôtre, pour subsister devant le tribunal de Dieu au jour du jugement. » Je ne comprends pas cette expression. Est-elle scripturaire ? La lisons-nous dans la Bible, soit dans l’Ancien Testament, soit dans le Nouveau ? Je crains que ce ne soit une locution non scripturaire et maladroite, qui n’a aucun sens déterminé. Si vous entendez par cette question bizarre et barbare : « Dans la justice de qui devez-vous subsister au dernier jour ? » — à cause de qui, ou par le mérite de qui, espérez-vous entrer dans la gloire de Dieu ? je réponds sans la moindre hésitation : À cause de Jésus-Christ le juste. C’est par ses seuls mérites que tous les croyants sont sauvés ; c’est-à-dire justifiés, — sauvés de la culpabilité du péché, — sanctifiés, — sauvés de la nature du péché ; et glorifiés, — reçus dans le ciel.

7. Il vaut la peine de dire encore quelques mots sur ce point important. Est-il possible d’imaginer une expression plus inintelligible que celle-ci : « Dans quelle justice devons-nous subsister devant Dieu au dernier jour ? » Pourquoi ne parlez-vous pas clairement, et ne dites-vous pas : « À cause de qui espérez-vous être sauvés ? » Le premier paysan venu répondrait alors aussitôt : « À cause de Jésus-Christ. » Mais toutes ces locutions obscures et ambiguës ne tendent qu’à embrouiller la cause, et à ouvrir aux auditeurs imprudents un chemin pour glisser dans l’antinomianisme.

8. Trouve-t-on dans la sainte Écriture quelque expression semblable à celle-ci de l’« habit de noces » ? Dans l’Apocalypse, nous trouvons mention d’« un fin lin, pur et éclatant, qui est la justice des saints ». Et cela aussi, beaucoup soutiennent avec véhémence que c’est la justice de Christ. Mais comment alors concilier cela avec ce passage du septième chapitre : « ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l’agneau » ? Diront-ils : « La justice de Christ a été lavée et blanchie dans le sang de Christ » ? Loin de nous un tel jargon antinomien ! Le sens évident n’est-il pas celui-ci : — c’est du sang expiatoire que la justice même des saints tirait sa valeur et ce qui la rendait agréable à Dieu ?

9. Au dix-neuvième chapitre de l’Apocalypse, au neuvième verset, il y a une expression qui s’en rapproche beaucoup plus : — « Le festin de noces de l’agneau. » [Apocalypse 19] Il y a une grande ressemblance entre ce festin et le festin de noces mentionné dans la parabole. Pourtant ils ne sont pas tout à fait les mêmes : il y a entre eux une différence évidente. Le festin mentionné dans la parabole appartient à l’Église militante ; celui que mentionne l’Apocalypse, à l’Église triomphante : l’un, au royaume de Dieu sur la terre ; l’autre, au royaume de Dieu dans le ciel. Aussi, dans le premier, peut-il se trouver des hommes qui n’ont pas d’« habit de noces ». Mais il ne s’en trouvera point de tels dans le second : non, pas un seul « dans cette grande foule que personne ne peut compter, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation ». Ils seront tous « rois et sacrificateurs pour Dieu, et ils régneront avec lui aux siècles des siècles ».

10. Cette expression, « la justice des saints », ne montre-t-elle pas ce qu’est l’« habit de noces » dans la parabole ? C’est la « sainteté sans laquelle personne ne verra le Seigneur ». La justice de Christ est sans doute nécessaire à toute âme qui entre dans la gloire : mais la sainteté personnelle l’est aussi, pour tout enfant d’homme. Mais il est très nécessaire de remarquer qu’elles sont nécessaires à des égards différents. La première est nécessaire pour nous donner droit au ciel ; la seconde, pour nous rendre propres au ciel. Sans la justice de Christ, nous ne pourrions avoir aucun titre à la gloire ; sans la sainteté, nous ne pourrions avoir aucune aptitude pour elle. Par la première, nous devenons membres de Christ, enfants de Dieu, et héritiers du royaume des cieux. Par la seconde, « nous sommes rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière ».

11. Dès le moment même où le Fils de Dieu enseigna aux enfants des hommes cette vérité de poids, — que tous ceux qui n’auraient pas l’« habit de noces » seraient « jetés dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents », — l’ennemi des âmes a travaillé à l’obscurcir, afin qu’ils continuassent à chercher la mort dans l’égarement de leur vie ; et il a essayé de bien des manières de déguiser la sainteté sans laquelle nous ne pouvons être sauvés. Que de choses on a fait passer, même dans le monde chrétien, à la place de celle-ci ! Quelques-unes lui sont absolument contraires, et la renversent. Quelques-unes n’y étaient nullement liées et n’y avaient aucun rapport ; mais n’étaient que des bagatelles inutiles et insignifiantes. D’autres pouvaient être regardées comme en faisant quelque partie, mais nullement comme le tout. Il peut être utile d’en énumérer quelques-unes, de peur que vous n’ignoriez les desseins de Satan.

12. De la première sorte, c’est-à-dire des choses prescrites comme sainteté chrétienne, bien qu’elles y soient diamétralement contraires, est l’idolâtrie. Combien celle-ci, sous diverses formes, a été enseignée, et l’est encore aujourd’hui, comme essentielle à la sainteté ! Avec quelle diligence on la répand maintenant dans une grande partie de l’Église chrétienne ! Quelques-unes de leurs idoles sont d’argent et d’or, ou de bois et de pierre, « sculptés par l’art et l’industrie de l’homme » ; d’autres sont des hommes de la même nature qu’eux, particulièrement les apôtres de notre Seigneur et la Vierge Marie. À ceux-ci ils ajoutent d’innombrables saints de leur propre création, avec une troupe non petite d’anges.

13. Une autre chose tout aussi directement contraire à toute la teneur de la vraie religion, c’est ce qu’on enseigne avec soin dans beaucoup de parties de l’Église chrétienne ; je veux dire l’esprit de persécution ; de persécution contre leurs frères jusqu’à la mort ; de sorte que la terre a souvent été couverte de sang par ceux qui portaient le nom de chrétiens, afin d’« affermir leur vocation et leur élection ». Il est vrai que beaucoup, même dans l’Église de Rome, à qui l’on avait enseigné cette horrible doctrine, semblent maintenant en avoir honte. Mais les chefs de cette communauté ont-ils renoncé aussi ouvertement et aussi explicitement à cette capitale doctrine des démons qu’ils l’avouèrent au concile de Constance, et la pratiquèrent pendant de longs siècles ? Jusqu’à ce qu’ils l’aient fait, ils porteront la responsabilité du sang de Jérôme de Prague, lâchement assassiné, et de bien des milliers d’autres, devant Dieu et devant les hommes.

14. Qu’on ne dise pas : « Cela ne nous concerne pas, nous protestants : nous pensons et laissons penser. Nous abhorrons l’esprit de persécution ; et nous maintenons, comme une vérité incontestable, que toute créature raisonnable a le droit d’adorer Dieu selon la conviction de son propre esprit. » Mais sommes-nous fidèles à nos propres principes ? Jusqu’à ce point, que nous n’usons ni du feu ni du bûcher. Nous ne persécutons pas jusqu’au sang ceux qui ne souscrivent pas à nos opinions. Dieu soit béni, les lois de notre pays ne le permettent pas ; mais ne trouve-t-on rien en Angleterre qui ressemble à la persécution domestique ? Dire ou faire quoi que ce soit de désobligeant à un autre parce qu’il suit sa propre conscience, c’est une espèce de persécution. Or, en sommes-nous tous exempts ? N’y a-t-il point de mari qui, en ce sens, persécute sa femme ? qui la traite avec dureté, en paroles ou en actions, parce qu’elle adore Dieu selon sa propre conscience ? Point de parents qui persécutent ainsi leurs enfants ? point de maîtres ou de maîtresses, leurs serviteurs ? S’ils le font, et pensent en cela rendre un culte à Dieu, qu’ils ne jettent pas la première pierre aux catholiques romains.

15. Lorsque des choses de nature indifférente sont représentées comme nécessaires au salut, c’est une folie du même genre, bien que non de la même grandeur. À la vérité, ce n’est pas un petit péché que de représenter des bagatelles comme nécessaires au salut ; comme d’aller en pèlerinage, ou toute chose qui n’est pas expressément prescrite dans la sainte Écriture. Parmi celles-ci nous pouvons sans aucun doute ranger l’orthodoxie, ou les opinions justes. Nous savons, il est vrai, que les opinions fausses en religion conduisent naturellement à des dispositions fausses ou à des pratiques fausses ; et que, par conséquent, c’est notre devoir impérieux de prier pour avoir en toutes choses un jugement droit. Mais encore un homme peut-il juger aussi exactement que le diable, et être aussi méchant que lui.

16. Un peu plus excusables sont ceux qui s’imaginent que la sainteté consiste en des choses qui n’en sont qu’une partie (c’est-à-dire lorsqu’elles sont liées au reste ; autrement elles n’en sont nullement une partie) ; par exemple, à ne point faire de mal. Et combien cela est extrêmement commun ! Combien de gens prennent la sainteté et l’innocuité pour une seule et même chose ! tandis qu’un homme fût-il aussi inoffensif qu’un poteau, il pourrait être aussi loin de la sainteté que le ciel l’est de la terre. Supposez donc un homme parfaitement honnête, qui rende à chacun ce qui lui est dû, qui ne trompe personne, ne fasse tort à personne, ne nuise à personne, qui soit juste dans toutes ses affaires ; supposez une femme uniformément modeste et vertueuse dans toutes ses paroles et dans toutes ses actions ; supposez l’un et l’autre fermes dans la pratique de la morale, c’est-à-dire de la justice, de la miséricorde et de la vérité ; tout cela, pourtant, bien que ce soit bon autant que cela va, n’est qu’une partie de la sainteté chrétienne. Oui, supposez qu’une personne de ce caractère aimable fasse beaucoup de bien partout où elle se trouve ; qu’elle nourrisse ceux qui ont faim, qu’elle vête ceux qui sont nus, qu’elle soulage l’étranger, le malade, le prisonnier ; oui, et qu’elle sauve beaucoup d’âmes de la mort : il est possible qu’elle reste encore bien en deçà de cette sainteté sans laquelle elle ne peut voir le Seigneur.

17. Quelle est donc cette sainteté qui est le véritable « habit de noces », la seule qualité requise pour la gloire ? « En Jésus-Christ » (c’est-à-dire selon l’institution chrétienne, quoi qu’il en soit du monde païen), « ni la circoncision ni l’incirconcision n’ont de valeur, mais la nouvelle création », — le renouvellement de l’âme « à l’image de Dieu selon laquelle elle a été créée ». « en Jésus-Christ, ni la circoncision ni l’incirconcision n’a de valeur, mais la foi qui est agissante par la charité. » [Galates 5:6] Elle produit d’abord, par l’énergie de Dieu, l’amour envers Dieu et envers tous les hommes ; et, par cet amour, toute disposition sainte et céleste, — en particulier l’humilité, la douceur, la bénignité, la tempérance et la patience. « Ce n’est ni la circoncision », — l’assiduité à toutes les ordonnances chrétiennes, — « ni l’incirconcision », — l’accomplissement de toute la morale païenne, — mais « l’observation des commandements de Dieu ; particulièrement de ceux-ci, — “Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, et ton prochain comme toi-même.” » En un mot, la sainteté, c’est avoir « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ », et « marcher comme Christ a marché ».

18. Tel a été mon jugement depuis soixante ans, sans aucun changement important. Seulement, il y a environ cinquante ans, j’eus une vue plus claire qu’auparavant de la justification par la foi : et en cela, dès cette heure même, je n’ai jamais varié, non, pas de l’épaisseur d’un cheveu. Néanmoins, un homme ingénieux m’a publiquement accusé de mille variations. Je prie Dieu de ne pas le lui imputer ! Je suis maintenant au bord du tombeau ; mais, par la grâce de Dieu, je rends encore témoignage à la même confession. À la vérité, quelques-uns ont supposé que, lorsque je commençai à déclarer : « c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi », je rétractai ce que j’avais soutenu auparavant : « Sans la sainteté, personne ne verra le Seigneur. » Mais c’est une erreur complète : ces passages de l’Écriture s’accordent bien l’un avec l’autre ; le sens du premier étant évidemment celui-ci : — par la foi nous sommes sauvés du péché, et rendus saints. S’imaginer que la foi supplée à la sainteté, c’est la moelle de l’antinomianisme.

19. La somme de tout est celle-ci : le Dieu d’amour veut sauver toutes les âmes qu’il a faites. Il le leur a proclamé dans sa parole, avec les conditions du salut, révélées par le Fils de son amour, qui a donné sa propre vie afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. Et il leur a préparé un royaume dès la fondation du monde. Mais il ne veut pas les forcer à l’accepter ; il les laisse entre les mains de leur propre conseil ; il dit : « Voici, je mets devant vous la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives. » Choisis la sainteté, par ma grâce ; c’est le chemin, le seul chemin, de la vie éternelle. Il crie à haute voix : « Soyez saints, et soyez heureux ; heureux en ce monde, et heureux dans le monde à venir. » « La sainteté convient à sa maison pour toujours ! » Voilà l’habit de noces de tous ceux qui sont appelés aux « noces de l’agneau ». Revêtus de cet habit, ils ne seront pas trouvés nus : « ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l’agneau. » Mais quant à tous ceux qui paraîtront au dernier jour sans l’habit de noces, le Juge dira : « Jetez-les dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » MADELEY, le 26 mars 1790

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