Chapitre 12 · 26 min de lecture · 34 min d’écoute
Discours II
Sermon 11
Le témoignage de l’Esprit
Discours II
« L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »
Romains 8:16
I. 1. Nul de ceux qui croient que les Écritures sont la parole de Dieu ne peut douter de l’importance d’une vérité comme celle-ci ; — d’une vérité qui y est révélée non pas une seule fois, non pas obscurément, non pas incidemment, mais fréquemment, et cela en termes exprès ; mais solennellement et de propos délibéré, comme désignant l’un des privilèges particuliers des enfants de Dieu.
2. Et il est d’autant plus nécessaire d’expliquer et de défendre cette vérité qu’il y a un danger à droite et à gauche. Si nous la nions, il est à craindre que notre religion ne dégénère en pur formalisme ; que, « ayant l’apparence de la piété », nous ne négligions, pour ne pas dire que nous ne reniions, « ce qui en fait la force ». Si nous l’admettons, mais sans comprendre ce que nous admettons, nous sommes exposés à tomber dans tous les égarements de l’enthousiasme. Il est donc au plus haut point nécessaire de prémunir ceux qui craignent Dieu contre l’un et l’autre de ces dangers, par une explication et une confirmation scripturaires et raisonnables de cette vérité capitale.
3. Quelque chose de ce genre peut sembler d’autant plus nécessaire qu’on a si peu écrit sur ce sujet avec quelque clarté ; si ce n’est quelques discours, du mauvais côté de la question, qui l’expliquent jusqu’à la faire disparaître entièrement. Et l’on ne peut douter qu’ils n’aient été occasionnés, du moins en grande partie, par l’explication grossière, antiscripturaire et déraisonnable d’autres hommes, qui « ne savaient ni ce qu’ils disaient, ni ce qu’ils affirmaient ».
4. Il importe plus particulièrement à ceux qu’on appelle méthodistes de bien comprendre, d’expliquer et de défendre cette doctrine ; car elle est une partie capitale du témoignage que Dieu leur a donné à rendre devant tous les hommes. C’est par cette bénédiction particulière accordée à leur étude des Écritures, et confirmée par l’expérience de ses enfants, que cette grande vérité évangélique a été retrouvée, elle qui, depuis bien des années, avait été presque perdue et oubliée.
II. 1. Mais qu’est-ce que le témoignage de l’Esprit ? Le mot original martyria peut se rendre soit (comme il l’est en plusieurs endroits) par le témoignage, soit, d’une manière moins ambiguë, par l’attestation, ou la déposition : c’est ainsi qu’il est rendu dans notre version (1 Jean 5:11) : Voici ce témoignage, l’attestation, la somme de ce que Dieu atteste dans tous les écrits inspirés : c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Le témoignage que nous considérons maintenant est rendu par l’Esprit de Dieu à notre esprit et avec lui : c’est lui la Personne qui témoigne. Ce qu’il nous atteste, c’est que nous sommes enfants de Dieu. Le résultat immédiat de ce témoignage est « le fruit de l’Esprit », à savoir « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité » : et sans ces fruits, le témoignage lui-même ne peut subsister. Car il est inévitablement détruit, non seulement par la perpétration de quelque péché extérieur ou l’omission d’un devoir connu, mais encore lorsqu’on cède à quelque péché intérieur ; en un mot, par tout ce qui attriste le saint Esprit de Dieu.
2. J’ai fait observer il y a bien des années : « Il est difficile de trouver dans le langage des hommes des mots pour expliquer les profondeurs de Dieu. À vrai dire, il n’en est aucun qui exprime adéquatement ce que l’Esprit de Dieu opère dans ses enfants. Mais peut-être pourrait-on dire (en priant quiconque est enseigné de Dieu de corriger, d’adoucir ou de renforcer l’expression) : Par le témoignage de l’Esprit, j’entends une impression intérieure sur l’âme, par laquelle l’Esprit de Dieu atteste immédiatement et directement à mon esprit que je suis enfant de Dieu ; que Jésus-Christ m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ; que tous mes péchés sont effacés, et que moi, oui moi, je suis réconcilié avec Dieu. »
3. Après vingt années de réflexion supplémentaire, je ne vois aucune raison de rétracter quoi que ce soit de cela. Je ne conçois pas non plus comment aucune de ces expressions pourrait être modifiée de manière à les rendre plus intelligibles. Je puis seulement ajouter que, si quelqu’un des enfants de Dieu veut m’indiquer d’autres expressions, plus claires ou plus conformes à la parole de Dieu, je laisserai volontiers celles-ci de côté.
4. En attendant, qu’on remarque que je n’entends pas par là que l’Esprit de Dieu atteste cela par une voix extérieure ; non, ni même toujours par une voix intérieure, bien qu’il puisse le faire quelquefois. Je ne suppose pas non plus qu’il applique toujours au cœur (bien qu’il puisse souvent le faire) un ou plusieurs textes de l’Écriture. Mais il agit sur l’âme par son influence immédiate, et par une opération puissante quoique inexplicable, de telle sorte que le vent de la tempête et les flots agités s’apaisent, et qu’il se fait un doux calme ; le cœur se reposant comme dans les bras de Jésus, et le pécheur étant pleinement convaincu que Dieu est réconcilié, que toutes ses « iniquités sont pardonnées, et ses péchés couverts ».
5. Or quel est, à ce sujet, l’objet du débat ? Ce n’est pas de savoir s’il y a un témoignage ou une attestation de l’Esprit. Ce n’est pas de savoir si l’Esprit rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Nul ne peut nier cela sans contredire ouvertement les Écritures et accuser de mensonge le Dieu de vérité. Qu’il y ait un témoignage de l’Esprit, tous les partis le reconnaissent donc.
6. On ne met pas non plus en question s’il y a un témoignage ou une attestation indirecte que nous sommes enfants de Dieu. Ce témoignage est à peu près, sinon exactement, le même que le témoignage d’une bonne conscience envers Dieu ; et il est le fruit de la raison, ou de la réflexion sur ce que nous éprouvons dans notre propre âme. À proprement parler, c’est une conclusion tirée en partie de la parole de Dieu, et en partie de notre propre expérience. La parole de Dieu dit que quiconque a le fruit de l’Esprit est enfant de Dieu ; l’expérience, ou la conscience intérieure, me dit que j’ai le fruit de l’Esprit ; et j’en conclus raisonnablement : « Donc je suis enfant de Dieu. » Cela aussi est admis de toutes parts, et n’est donc pas matière à controverse.
7. Nous n’affirmons pas non plus qu’il puisse y avoir un réel témoignage de l’Esprit sans le fruit de l’Esprit. Nous affirmons, au contraire, que le fruit de l’Esprit jaillit immédiatement de ce témoignage ; non pas toujours, il est vrai, au même degré, même au moment où le témoignage est donné pour la première fois : et bien moins encore par la suite, ni la joie ni la paix ne demeurent toujours au même point ; non, ni l’amour ; de même que le témoignage lui-même n’est pas toujours également fort et clair.
8. Mais la question est de savoir s’il y a, en somme, un témoignage direct de l’Esprit ; s’il y a un autre témoignage de l’Esprit que celui qui naît de la conscience du fruit.
III. 1. Je crois qu’il y en a un ; parce que c’est là le sens clair et naturel du texte : « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » Il est manifeste qu’il est fait mention ici de deux témoins, qui attestent ensemble la même chose : l’Esprit de Dieu et notre propre esprit. Le feu évêque de Londres, dans son sermon sur ce texte, semble étonné que quelqu’un puisse douter de ce qui apparaît à la surface même des paroles. Or, « le témoignage de notre propre esprit, dit l’évêque, est l’un d’eux, à savoir la conscience de notre propre sincérité » ; ou, pour exprimer la même chose un peu plus clairement, la conscience du fruit de l’Esprit. Lorsque notre esprit a conscience de cela, de l’amour, de la paix, de la patience, de la douceur, de la bonté, il en infère aisément, à partir de ces prémisses, que nous sommes enfants de Dieu.
2. Il est vrai que ce grand homme supposait que l’autre témoin était « la conscience de nos propres bonnes œuvres ». C’est là, affirme-t-il, le témoignage de l’Esprit de Dieu. Mais ceci est compris dans le témoignage de notre propre esprit ; oui, et dans la sincérité, même selon le sens commun du mot. Ainsi l’apôtre : « Ce qui fait notre gloire, c’est le témoignage de notre conscience, que dans la simplicité et la sincérité selon Dieu » se rapporte à nos paroles et à nos actions, au moins autant qu’à nos dispositions intérieures. De sorte que ce n’est pas là un autre témoin, mais celui-là même qu’il avait mentionné auparavant ; la conscience de nos bonnes œuvres n’étant qu’une branche de la conscience de notre sincérité. Il n’y a donc toujours ici qu’un seul témoin. Si donc le texte parle de deux témoins, l’un d’eux n’est pas la conscience de nos bonnes œuvres, ni de notre sincérité ; tout cela étant manifestement contenu dans le témoignage de notre esprit.
3. Quel est donc l’autre témoin ? On pourrait aisément l’apprendre, si le texte lui-même n’était pas assez clair, par le verset qui le précède immédiatement : Vous avez reçu, non un esprit de servitude, mais un Esprit d’adoption, par lequel nous crions: Abba! Père! Et il suit : L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
4. Cela est encore expliqué par le texte parallèle (Galates 4:6) : « Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! » N’est-ce pas là quelque chose d’immédiat et de direct, et non le résultat de la réflexion ou du raisonnement ? Son Esprit ne crie-t-il pas « Abba! Père! » dans nos cœurs au moment même où il est donné, antérieurement à toute réflexion sur notre sincérité ; oui, à tout raisonnement quel qu’il soit ? Et n’est-ce pas là le sens clair et naturel des paroles, celui qui frappe quiconque les entend ? Tous ces textes donc, dans leur sens le plus évident, décrivent un témoignage direct de l’Esprit.
5. Que le témoignage de l’Esprit de Dieu doive, par la nature même des choses, précéder le témoignage de notre propre esprit, c’est ce qui ressort de cette seule considération : il nous faut être saints de cœur et de vie avant de pouvoir avoir conscience de l’être. Mais il nous faut aimer Dieu avant de pouvoir être saints en quoi que ce soit, cet amour étant la racine de la sainteté. Or nous ne pouvons aimer Dieu tant que nous ne savons pas qu’il nous aime : nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier : et nous ne pouvons connaître son amour pour nous tant que son Esprit n’en rend pas témoignage à notre esprit. Jusque-là, nous ne pouvons le croire ; nous ne pouvons dire : « Si je vis maintenant, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. »
Alors, alors seulement, nous sentons
notre part en son sang,
Et crions, d’une joie ineffable :
Tu es mon Seigneur, mon Dieu !
Puisque donc le témoignage de son Esprit doit précéder l’amour de Dieu et toute sainteté, il doit par conséquent précéder la conscience que nous en avons.
6. Et c’est ici proprement que vient, pour confirmer cette doctrine scripturaire, l’expérience des enfants de Dieu ; l’expérience non de deux ou trois, non d’un petit nombre, mais d’une grande foule que personne ne peut compter. Elle a été confirmée, et en ce siècle et dans tous les siècles, par « une nuée » de « témoins » vivants et mourants. Elle est confirmée par votre expérience et par la mienne. L’Esprit lui-même rendit témoignage à mon esprit que j’étais enfant de Dieu, m’en donna l’évidence, et aussitôt je m’écriai : « Abba! Père! » Et je le fis (et vous aussi) avant d’avoir réfléchi à quelque fruit de l’Esprit, ou d’en avoir eu conscience. C’est de ce témoignage reçu que coulèrent l’amour, la joie, la paix, et tout le fruit de l’Esprit. D’abord, j’entendis :
Tes péchés sont pardonnés ! Tu es agréé !
J’écoute, et le ciel jaillit en mon cœur.
7. Mais cela est confirmé non seulement par l’expérience des enfants de Dieu, — dont des milliers peuvent déclarer qu’ils ne se sont jamais connus dans la faveur de Dieu jusqu’à ce qu’elle leur fût directement attestée par son Esprit ; — mais encore par tous ceux qui sont convaincus de péché, qui sentent la colère de Dieu demeurer sur eux. Ceux-là ne peuvent se contenter de rien de moins qu’un témoignage direct de son Esprit qu’il « pardonne leurs iniquités, et ne se souvient plus de leurs péchés ». Dites à l’un d’eux : « Vous devez savoir que vous êtes enfant de Dieu en réfléchissant à ce qu’il a opéré en vous, à votre amour, à votre joie et à votre paix » ; et ne vous répondra-t-il pas aussitôt : « Par tout cela, je sais que je suis enfant du diable ! Je n’ai pas plus d’amour pour Dieu que le diable n’en a ; l’affection de ma chair est inimitié contre Dieu. Je n’ai aucune joie dans le Saint-Esprit. Mon âme est triste jusqu’à la mort. Je n’ai point de paix ; mon cœur est une mer agitée ; je ne suis que tempête et orage. » Et de quelle manière ces âmes pourraient-elles être consolées, sinon par un témoignage divin (non qu’elles soient bonnes, ou sincères, ou conformes à l’Écriture dans leur cœur et leur vie, mais) que Dieu justifie l’impie ? — celui qui, jusqu’au moment où il est justifié, est tout impie, vide de toute vraie sainteté ; celui qui n’accomplit rien, qui n’accomplit rien de vraiment bon, jusqu’à ce qu’il ait conscience d’être agréé, non pour aucune œuvre de justice qu’il ait faite, mais par la pure et libre miséricorde de Dieu ; entièrement et uniquement pour ce que le Fils de Dieu a fait et souffert pour lui. Et peut-il en être autrement, si « l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi » ? S’il en est ainsi, de quelle bonté intérieure ou extérieure peut-il avoir conscience, antérieurement à sa justification ? Bien plus, n’est-il pas essentiellement, indispensablement nécessaire de n’avoir rien pour payer, c’est-à-dire d’avoir conscience qu’« il n’habite en nous rien de bon », ni bonté intérieure ni bonté extérieure, avant que nous puissions être « gratuitement justifiés par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ » ? Un homme fut-il jamais justifié depuis qu’il est venu au monde, ou un homme peut-il jamais être justifié, avant d’avoir été amené à ce point :
J’abandonne tout autre plaidoyer, —
Seigneur, je suis damné ; mais tu es mort ?
8. quiconque, donc, nie l’existence d’un tel témoignage, nie en effet la justification par la foi. Il s’ensuit, ou bien qu’il n’en a jamais fait l’expérience, qu’il n’a jamais été justifié, ou bien qu’il a oublié, comme parle saint Pierre, ta katharismou ton palai autou hamartion, la purification de ses anciens péchés, l’expérience qu’il en eut alors lui-même ; la manière dont Dieu opéra dans sa propre âme, lorsque ses péchés passés furent effacés.
9. Et l’expérience même des enfants du monde confirme ici celle des enfants de Dieu. Beaucoup d’entre eux désirent plaire à Dieu : quelques-uns se donnent beaucoup de peine pour lui plaire : mais ne tiennent-ils pas tous, sans exception, pour la plus haute absurdité que l’on parle de savoir que ses péchés sont pardonnés ? Lequel d’entre eux prétend seulement à une chose pareille ? Et pourtant beaucoup d’entre eux ont conscience de leur propre sincérité. Beaucoup d’entre eux ont sans aucun doute, à quelque degré, le témoignage de leur propre esprit, la conscience de leur propre droiture. Mais cela ne leur donne aucune conscience d’être pardonnés ; aucune connaissance qu’ils sont enfants de Dieu. Bien plus, plus ils sont sincères, plus ils sont généralement inquiets, faute de le savoir ; ce qui montre clairement que cela ne peut être connu d’une manière satisfaisante par le simple témoignage de notre propre esprit, sans que Dieu atteste directement que nous sommes ses enfants.
IV. Mais on a fait à cela une foule d’objections, dont il sera bon de considérer les principales.
1. On objecte, premièrement : « L’expérience ne suffit pas à prouver une doctrine qui n’est pas fondée sur l’Écriture. » Cela est indubitablement vrai, et c’est une vérité importante ; mais cela ne touche pas la question présente ; car on a montré que cette doctrine est fondée sur l’Écriture : c’est donc à bon droit qu’on allègue l’expérience pour la confirmer.
2. Mais des fous, les prophètes français et des enthousiastes de toute espèce se sont imaginé faire l’expérience de ce témoignage. Ils se le sont imaginé, en effet ; et peut-être un bon nombre d’entre eux l’ont-ils réellement éprouvé, bien qu’ils ne l’aient pas gardé longtemps : mais s’ils ne l’ont pas éprouvé, ce n’est nullement une preuve que d’autres ne l’aient pas éprouvé ; de même qu’un fou qui s’imagine être roi ne prouve pas qu’il n’y ait pas de vrais rois.
« Bien plus, beaucoup de ceux qui ont plaidé avec force en sa faveur ont entièrement décrié la Bible. » Peut-être ; mais ce n’était pas là une conséquence nécessaire : des milliers plaident pour lui qui ont pour la Bible la plus haute estime.
« Oui, mais beaucoup se sont par là funestement abusés eux-mêmes, et se sont mis au-dessus de toute conviction. »
Et pourtant une doctrine scripturaire n’en est pas plus mauvaise, bien que des hommes en abusent pour leur propre perte.
3. « Mais je pose comme une vérité indubitable que le fruit de l’Esprit est le témoignage de l’Esprit. » Pas indubitable : des milliers en doutent, et même le nient tout net : mais passons. Si ce témoignage est suffisant, il n’est besoin d’aucun autre. Or il est suffisant, sauf dans l’un de ces cas : 1. L’absence totale du fruit de l’Esprit. Et c’est le cas lorsque le témoignage direct est donné pour la première fois. 2. Le fait de ne pas le percevoir. Mais combattre pour ce témoignage dans ce cas, c’est combattre pour qu’on soit dans la faveur de Dieu sans le savoir. C’est vrai ; sans le savoir alors autrement que par le témoignage qui est donné à cette fin. Et c’est là ce pour quoi nous combattons ; nous soutenons que le témoignage direct peut briller clairement, alors même que le témoignage indirect est sous un nuage.
4. On objecte, secondement : « Le but du témoignage pour lequel on combat est de prouver que la profession que nous faisons est authentique. Mais il ne le prouve pas. » Je réponds : prouver cela n’en est pas le but. Il précède toute profession que nous puissions faire, sinon celle d’être des pécheurs perdus, ruinés, coupables et impuissants. Il est destiné à donner à ceux à qui il est accordé l’assurance qu’ils sont enfants de Dieu ; qu’ils sont « gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ ». Et cela ne suppose pas que leurs pensées, leurs paroles et leurs actions précédentes soient conformes à la règle de l’Écriture ; cela suppose tout le contraire, à savoir qu’ils sont pécheurs de part en part, pécheurs de cœur et de vie. S’il en était autrement, Dieu justifierait le juste, et leurs propres œuvres leur seraient imputées à justice. Et je ne puis m’empêcher de craindre que la supposition que nous sommes justifiés par les œuvres ne soit à la racine de toutes ces objections ; car quiconque croit de tout son cœur que Dieu impute à tous ceux qui sont justifiés la justice sans les œuvres n’aura aucune difficulté à admettre que le témoignage de son Esprit précède le fruit de cet Esprit.
5. On objecte, troisièmement : « Un évangéliste dit : “Votre Père céleste donnera le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent.” L’autre évangéliste appelle la même chose “de bonnes choses” ; ce qui démontre abondamment que la manière dont l’Esprit rend témoignage consiste à donner de bonnes choses. » Mais il n’y a ici absolument rien sur le fait de rendre témoignage, ni dans l’un ni dans l’autre texte. Aussi, jusqu’à ce que cette démonstration soit mieux démontrée, je la laisse telle qu’elle est.
6. On objecte, quatrièmement : « L’Écriture dit : “on connaît l’arbre par le fruit ; examinez toutes choses ; éprouvez les esprits. Examinez-vous vous-mêmes.” » Très vrai : que tout homme donc qui croit avoir en lui-même le témoignage éprouve s’il vient de Dieu ; si le fruit suit, il en vient ; sinon, il n’en vient pas. Car assurément « on connaît l’arbre par le fruit » : c’est par là que nous éprouvons s’il vient de Dieu. « Mais il n’est jamais fait mention du témoignage direct dans le Livre de Dieu. » Non comme se tenant seul ; non comme un témoin unique ; mais comme lié à l’autre ; comme rendant un témoignage commun ; attestant avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Et qui peut prouver qu’il n’en est pas fait mention ainsi dans ce passage même de l’Écriture ? « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous? » Il n’est nullement clair qu’ils ne le savaient pas par un témoignage direct aussi bien que par un témoignage indirect. Comment prouve-t-on qu’ils ne le savaient pas, premièrement, par une conscience intérieure, et ensuite, par l’amour, la joie et la paix ?
7. « Mais le témoignage qui naît du changement intérieur et extérieur est constamment mentionné dans la Bible. » Il l’est : et nous nous y référons constamment pour confirmer le témoignage de l’Esprit.
« Bien plus, toutes les marques que vous avez données pour distinguer les opérations de l’Esprit de Dieu de l’illusion se rapportent au changement opéré en nous et sur nous. » Cela aussi est indubitablement vrai.
8. On objecte, cinquièmement, que « le témoignage direct de l’Esprit ne nous garantit pas de la plus grande illusion. Et est-ce un témoin digne de confiance que celui dont on ne peut se fier au témoignage ? Qui est obligé de recourir à quelque autre chose pour prouver ce qu’il affirme ? » Je réponds : pour nous garantir de toute illusion, Dieu nous donne deux témoins que nous sommes ses enfants. Et ils l’attestent conjointement. Donc, « Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint ». Et tant qu’ils sont joints, nous ne pouvons être trompés : on peut se fier à leur témoignage. Ils sont dignes de confiance au plus haut degré, et n’ont besoin de rien d’autre pour prouver ce qu’ils affirment.
« Bien plus, le témoignage direct ne fait qu’affirmer, mais ne prouve rien. » C’est sur la déposition de deux témoins que toute parole sera établie. Et lorsque l’Esprit rend témoignage avec notre esprit, comme Dieu veut qu’il le fasse, alors il prouve pleinement que nous sommes enfants de Dieu.
9. On objecte, sixièmement : vous reconnaissez que le changement opéré est un témoignage suffisant, sauf dans le cas d’épreuves terribles, telles que celle de notre Sauveur sur la croix ; mais aucun de nous ne peut être éprouvé de cette manière. Mais vous ou moi pouvons être éprouvés de telle manière, et de même tout autre enfant de Dieu, qu’il nous sera impossible de garder notre confiance filiale en Dieu sans le témoignage direct de son Esprit.
10. On objecte enfin : « Les plus grands défenseurs de ce témoignage sont parmi les plus orgueilleux et les moins charitables des hommes. » Peut-être quelques-uns de ses défenseurs les plus ardents sont-ils à la fois orgueilleux et peu charitables ; mais beaucoup de ses défenseurs les plus fermes sont éminemment doux et humbles de cœur ; et, à vrai dire, à tous les autres égards aussi,
Vrais disciples de leur Seigneur, doux Agneau.
Les objections qui précèdent sont les plus considérables que j’aie entendues, et je crois qu’elles renferment toute la force de la cause. Pourtant j’estime que quiconque considère avec calme et impartialité ces objections et les réponses ensemble verra aisément qu’elles ne détruisent pas, non, qu’elles n’affaiblissent même pas l’évidence de cette grande vérité, que l’Esprit de Dieu atteste directement aussi bien qu’indirectement que nous sommes enfants de Dieu.
V. 1. Voici le résumé de tout cela : Le témoignage de l’Esprit est une impression intérieure sur l’âme des croyants, par laquelle l’Esprit de Dieu atteste directement à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu. Et la question n’est pas de savoir s’il y a un témoignage de l’Esprit, mais s’il y a un témoignage direct ; s’il y en a un autre que celui qui naît de la conscience du fruit de l’Esprit. Nous croyons qu’il y en a un ; parce que c’est là le sens clair et naturel du texte, éclairé à la fois par les paroles qui précèdent et par le passage parallèle de l’épître aux Galates ; parce que, par la nature même de la chose, le témoignage doit précéder le fruit qui en jaillit ; et parce que ce sens clair de la parole de Dieu est confirmé par l’expérience d’innombrables enfants de Dieu ; oui, et par l’expérience de tous ceux qui sont convaincus de péché, qui ne peuvent jamais trouver de repos avant d’avoir un témoignage direct ; et même par celle des enfants du monde qui, n’ayant pas le témoignage en eux-mêmes, déclarent tous, sans exception, que nul ne peut savoir que ses péchés sont pardonnés.
2. Et quant à ce qu’on objecte : que l’expérience ne suffit pas à prouver une doctrine qui n’a pas l’appui de l’Écriture ; — que des fous et des enthousiastes de toute espèce se sont imaginé un tel témoignage ; que le but de ce témoignage est de prouver que notre profession est authentique, but qu’il ne remplit pas ; — que l’Écriture dit : « on connaît l’arbre par le fruit » ; « Examinez-vous vous-mêmes ; éprouvez-vous vous-mêmes » ; et que, cependant, il n’est jamais fait mention du témoignage direct dans tout le Livre de Dieu ; — qu’il ne nous garantit pas des plus grandes illusions ; et, enfin, que le changement opéré en nous est un témoignage suffisant, sauf dans des épreuves telles que Christ seul en a souffert : — nous répondons : 1. L’expérience suffit à confirmer une doctrine qui est fondée sur l’Écriture. 2. Bien que beaucoup s’imaginent éprouver ce qu’ils n’éprouvent pas, cela ne porte aucun préjudice à l’expérience réelle. 3. Le but de ce témoignage est de nous donner l’assurance que nous sommes enfants de Dieu ; et ce but, il le remplit. 4. Le vrai témoignage de l’Esprit se connaît à son fruit, « l’amour, la paix, la joie » ; fruit qui, à vrai dire, ne le précède pas, mais le suit. 5. On ne peut prouver qu’il ne soit pas fait mention du témoignage direct, aussi bien que du témoignage indirect, dans ce texte même : « Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous? » 6. L’Esprit de Dieu, rendant témoignage avec notre esprit, nous garantit bien de toute illusion : et, enfin, nous sommes tous exposés à des épreuves où le témoignage de notre propre esprit ne suffit pas ; où rien de moins que le témoignage direct de l’Esprit de Dieu ne peut nous donner l’assurance que nous sommes ses enfants.
3. On peut tirer de l’ensemble deux conséquences. La première : que nul ne présume jamais de se reposer sur un prétendu témoignage de l’Esprit qui soit séparé de son fruit. Si l’Esprit de Dieu atteste réellement que nous sommes enfants de Dieu, la conséquence immédiate sera le fruit de l’Esprit, à savoir « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance ». Et quoique ce fruit puisse être voilé pour un temps, au moment d’une forte tentation, de sorte qu’il n’apparaisse pas à la personne tentée, tandis que Satan la crible comme le froment, ce qui en est la substance demeure pourtant, même sous le nuage le plus épais. Il est vrai que la joie dans le Saint-Esprit peut être retirée pendant l’heure de l’épreuve ; bien plus, l’âme peut être « extrêmement triste » tant que durent « l’heure et la puissance des ténèbres » ; mais même cette joie est généralement rendue avec accroissement, jusqu’à ce que nous nous réjouissions « d’une joie ineffable et glorieuse ».
4. La seconde conséquence est que nul ne se repose sur un prétendu fruit de l’Esprit sans le témoignage. Il peut y avoir des avant-goûts de l’Esprit sans le témoignage. Il peut y avoir des avant-goûts de joie, de paix, d’amour, et ceux-ci non pas trompeurs, mais venant réellement de Dieu, longtemps avant que nous ayons le témoignage en nous-mêmes ; avant que l’Esprit de Dieu rende témoignage avec notre esprit que nous avons « la rédemption par le sang de Jésus, la rémission des péchés ». Oui, il peut y avoir un certain degré de patience, de douceur, de fidélité, de bénignité, de tempérance (non une ombre de ces vertus, mais un degré réel, par la grâce prévenante de Dieu), avant que nous soyons « agréés dans le Bien-aimé », et par conséquent avant que nous ayons le témoignage de notre acceptation : mais il n’est nullement sage de s’arrêter là ; ce serait au péril de notre âme. Si nous sommes sages, nous crierons continuellement à Dieu, jusqu’à ce que son Esprit crie dans notre cœur : « Abba! Père! » C’est là le privilège de tous les enfants de Dieu, et sans cela nous ne pouvons jamais avoir l’assurance que nous sommes ses enfants. Sans cela nous ne pouvons garder une paix stable, ni éviter des doutes et des craintes qui nous troublent. Mais lorsque nous avons une fois reçu cet Esprit d’adoption, cette paix « qui surpasse toute intelligence », et qui chasse tout doute et toute crainte douloureuse, « gardera nos cœurs et nos pensées en Jésus-Christ ». Et lorsqu’elle a produit son fruit véritable, toute sainteté intérieure et extérieure, c’est sans aucun doute la volonté de Celui qui nous appelle de nous donner toujours ce qu’il nous a une fois donné ; de sorte qu’il n’est nullement nécessaire que nous soyons jamais privés ni du témoignage de l’Esprit de Dieu, ni du témoignage de notre propre esprit, la conscience que nous marchons dans toute justice et dans une vraie sainteté. Newry, 4 avril 1767.
Chapitre 12 terminé
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