Chapitre 11 · 28 min de lecture · 36 min d’écoute
Discours I
Sermon 10
LE TÉMOIGNAGE DE L’ESPRIT
Discours I
« L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »
Romains 8:16
1. Combien d’hommes vains, ne comprenant ni ce qu’ils disaient ni ce qu’ils affirmaient, ont tordu cette parole de l’Écriture, à la grande perte, sinon à la ruine, de leur âme ! Combien ont pris la voix de leur propre imagination pour ce témoignage de l’Esprit de Dieu, et en ont tiré la vaine présomption qu’ils étaient enfants de Dieu, tandis qu’ils faisaient les œuvres du diable ! Ceux-là sont vraiment et proprement des enthousiastes, et cela au pire sens du mot. Mais avec quelle peine on les en convainc, surtout s’ils ont bu à longs traits à cet esprit d’erreur ! Tout effort pour les amener à se connaître eux-mêmes, ils le tiendront alors pour un combat contre Dieu ; et cette véhémence, cette impétuosité d’esprit qu’ils appellent « combattre pour la foi » avec ardeur, les place si fort au-dessus de tous les moyens ordinaires de conviction que nous pouvons bien dire : « Aux hommes cela est impossible. »
2. Qui s’étonnera donc si bien des hommes raisonnables, voyant les terribles effets de cette illusion et s’efforçant de s’en tenir le plus loin possible, penchent quelquefois vers l’extrême opposé ? — s’ils ne sont guère prompts à croire ceux qui parlent d’avoir ce témoignage au sujet duquel d’autres se sont si gravement égarés ? — s’ils sont presque prêts à tenir pour enthousiastes tous ceux qui emploient les expressions dont on a si terriblement abusé ? — bien plus, s’ils en viennent à se demander si le témoignage dont il est ici parlé est le privilège des chrétiens ordinaires, et non plutôt l’un de ces dons extraordinaires qui, selon eux, n’appartenaient qu’au siècle des apôtres ?
3 . Mais sommes-nous dans la nécessité de courir à l’un ou à l’autre de ces extrêmes ? Ne pouvons-nous pas tenir un juste milieu ? — rester à bonne distance de cet esprit d’erreur et d’enthousiasme, sans nier le don de Dieu ni abandonner le grand privilège de ses enfants ? Assurément, nous le pouvons. Pour cela, considérons, en la présence et dans la crainte de Dieu,
Premièrement. Ce qu’est ce témoignage de notre esprit ; ce qu’est le témoignage de l’Esprit de Dieu ; et comment il « rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » ?
Secondement. Comment ce double témoignage de l’Esprit de Dieu et de notre propre esprit se distingue clairement et solidement de la présomption d’un esprit naturel et de l’illusion du diable ?
I. 1. Considérons d’abord ce qu’est le témoignage de notre esprit. Mais ici je ne puis m’empêcher de prier tous ceux qui voudraient absorber le témoignage de l’Esprit de Dieu dans le témoignage rationnel de notre propre esprit d’observer que, dans ce texte, l’apôtre est si loin de parler uniquement du témoignage de notre propre esprit qu’on peut se demander s’il en parle seulement, — s’il ne parle pas uniquement du témoignage de l’Esprit de Dieu. Rien n’empêche, semble-t-il, que le texte original ne soit légitimement entendu ainsi. L’apôtre venait de dire, au verset précédent : « vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions: Abba! Père! » ; et il ajoute aussitôt : Auto to pneuma (quelques manuscrits lisent to auto pneuma) symmartyrei toi pneumati hemon, hoti esmen tekna Theou, ce qu’on peut traduire : Le même Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (la préposition syn indiquant seulement qu’il rend ce témoignage au même moment où il nous rend capables de crier : Abba, Père.) Mais je ne dispute point ; car tant d’autres textes, joints à l’expérience de tous les vrais chrétiens, montrent suffisamment qu’il y a en tout croyant à la fois le témoignage de l’Esprit de Dieu et celui de son propre esprit, attestant qu’il est enfant de Dieu.
2. Quant à ce dernier, il a pour fondement les nombreux textes de l’Écriture qui décrivent les marques des enfants de Dieu, et cela si clairement que celui qui court peut les lire. Ces marques ont d’ailleurs été rassemblées et mises dans le plus grand jour par beaucoup d’écrivains, tant anciens que modernes. Si quelqu’un a besoin de plus de lumière, il peut la recevoir en suivant le ministère de la Parole de Dieu, en la méditant dans le secret devant Dieu, et en conversant avec ceux qui connaissent ses voies. Et par la raison ou l’intelligence que Dieu lui a donnée, — que la religion n’a pas été destinée à éteindre, mais à perfectionner, selon cette parole de l’apôtre : « Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement; mais pour la malice » ou la méchanceté, « soyez enfants, et, à l’égard du jugement, soyez des hommes faits » (1 Corinthiens 14:20), — chacun, en s’appliquant ces marques scripturaires, peut savoir s’il est enfant de Dieu. Ainsi, s’il sait, premièrement, que « tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu » à toutes les dispositions et à toutes les actions saintes « sont fils de Dieu » (ce dont il a l’assurance infaillible de la sainte Écriture) ; secondement, que je suis ainsi « conduit par l’Esprit de Dieu » ; il conclura aisément : « Donc je suis fils de Dieu. »
3. C’est à quoi s’accordent toutes ces déclarations si claires de saint Jean, dans sa première épître : « Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu. » (1 Jean 2:3). « Mais celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu est véritablement parfait en lui: par là nous savons que nous sommes en lui. » — c’est-à-dire que nous sommes vraiment enfants de Dieu (1 Jean 2:5). « Si vous savez qu’il est juste, reconnaissez que quiconque pratique la justice est né de lui. » (1 Jean 2:29). « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. » (1 Jean 3:14) « Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos cœurs devant lui; » à savoir parce que nous « nous aimons les uns les autres, non pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité ». « Nous connaissons que nous demeurons en lui, en ce qu’il nous a donné de son Esprit » d’amour (1 Jean 4:13). Et : « nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit » d’obéissance « qu’il nous a donné. » (1 Jean 3:24).
4. Il est très probable qu’il n’y eut jamais, depuis le commencement du monde jusqu’à ce jour, d’enfants de Dieu plus avancés dans la grâce de Dieu et dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ que l’apôtre Jean, au temps où il écrivit ces paroles, et que les pères en Christ auxquels il écrivait. Et néanmoins il est évident que l’apôtre lui-même, et toutes ces colonnes du temple de Dieu, étaient bien loin de mépriser ces marques de leur qualité d’enfants de Dieu, et qu’ils se les appliquaient à eux-mêmes pour l’affermissement de leur foi. Pourtant tout cela n’est rien d’autre qu’une évidence rationnelle, le témoignage de notre esprit, de notre raison ou de notre intelligence. Tout se ramène à ceci : Ceux qui ont ces marques sont enfants de Dieu : Or nous avons ces marques. Donc nous sommes enfants de Dieu.
5. Mais comment savons-nous que nous avons ces marques ? C’est là une question qui reste encore à résoudre. Comment savons-nous que nous aimons Dieu et notre prochain, et que nous gardons ses commandements ? Remarquez que le sens de la question est : comment cela nous apparaît-il à nous-mêmes, et non aux autres ? Je demanderai donc à celui qui pose cette question : Comment savez-vous que vous êtes vivant, et que vous êtes maintenant à l’aise, et non dans la douleur ? N’en avez-vous pas immédiatement conscience ? Par cette même conscience immédiate, vous saurez si votre âme est vivante pour Dieu ; si vous êtes délivré de la douleur d’une colère orgueilleuse et si vous jouissez du repos d’un esprit doux et paisible. Par ce même moyen, vous ne pouvez manquer de percevoir si vous aimez Dieu, si vous vous réjouissez et prenez vos délices en lui. Par ce même moyen encore, vous devez avoir l’assurance directe d’aimer votre prochain comme vous-même, d’être plein d’affection pour tous les hommes, et rempli de douceur et de patience. Et quant à la marque extérieure des enfants de Dieu, qui est, selon saint Jean, de garder ses commandements, vous savez sans aucun doute, dans votre propre cœur, si, par la grâce de Dieu, elle vous appartient. Votre conscience vous apprend de jour en jour si vous ne prenez le nom de Dieu sur vos lèvres qu’avec sérieux et dévotion, avec révérence et une crainte pieuse ; si vous vous souvenez du jour du sabbat pour le sanctifier ; si vous honorez votre père et votre mère ; si vous faites à tous ce que vous voudriez qu’on vous fît ; si vous possédez votre corps dans la sainteté et l’honneur ; et si, soit que vous mangiez, soit que vous buviez, vous y êtes tempérant, et faites tout pour la gloire de Dieu.
6. Voilà proprement le témoignage de notre propre esprit ; c’est le témoignage même de notre conscience que Dieu nous a donné d’être saints de cœur et saints dans notre conduite extérieure. C’est la conscience d’avoir reçu, dans et par l’Esprit d’adoption, les dispositions que la Parole de Dieu attribue à ses enfants adoptifs : un cœur aimant envers Dieu et envers tous les hommes ; qui se repose avec une confiance filiale sur Dieu notre Père, ne désire rien que lui, se décharge sur lui de tous ses soucis, et embrasse tout enfant des hommes d’une affection ardente et tendre : — la conscience que nous sommes intérieurement rendus conformes, par l’Esprit de Dieu, à l’image de son Fils, et que nous marchons devant lui dans la justice, la miséricorde et la vérité, faisant les choses qui lui sont agréables.
7. Mais quel est ce témoignage de l’Esprit de Dieu qui vient s’ajouter et se joindre à celui-ci ? Comment l’Esprit « rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » ? Il est difficile de trouver dans le langage des hommes des mots pour expliquer « les profondeurs de Dieu ». À vrai dire, il n’en est aucun qui exprime adéquatement ce que les enfants de Dieu éprouvent. Mais peut-être pourrait-on dire (en priant quiconque est enseigné de Dieu de corriger, d’adoucir ou de renforcer l’expression) : Le témoignage de l’Esprit est une impression intérieure sur l’âme, par laquelle l’Esprit de Dieu atteste directement à mon esprit que je suis enfant de Dieu ; que Jésus-Christ m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ; que tous mes péchés sont effacés, et que moi, oui moi, je suis réconcilié avec Dieu.
8. Que ce témoignage de l’Esprit de Dieu doive nécessairement, par la nature même des choses, précéder le témoignage de notre propre esprit, c’est ce qui ressort de cette seule considération : il nous faut être saints de cœur et saints dans notre vie avant de pouvoir avoir conscience de l’être ; avant de pouvoir avoir le témoignage de notre esprit que nous sommes saints au-dedans et au-dehors. Mais il nous faut aimer Dieu avant de pouvoir être saints en quoi que ce soit, cet amour étant la racine de toute sainteté. Or nous ne pouvons aimer Dieu tant que nous ne savons pas qu’il nous aime. « nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier. » Et nous ne pouvons connaître son amour qui pardonne, tant que son Esprit n’en rend pas témoignage à notre esprit. Puisque donc ce témoignage de son Esprit doit précéder l’amour de Dieu et toute sainteté, il doit par conséquent précéder la conscience intérieure que nous en avons, ou le témoignage de notre esprit à leur égard.
9. Alors, et pas avant, — quand l’Esprit de Dieu rend ce témoignage à notre esprit : « Dieu t’a aimé, et il a donné son propre Fils pour être la propitiation pour tes péchés ; le Fils de Dieu t’a aimé, et il t’a lavé de tes péchés dans son sang », — « nous aimons Dieu, parce qu’il nous a aimés le premier » ; et, à cause de lui, nous aimons aussi notre frère. Et de cela nous ne pouvons manquer d’avoir conscience en nous-mêmes : nous connaissons « les choses que Dieu nous a données par sa grâce ». Nous savons que nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ; et par là aussi « Nous savons que nous sommes de Dieu ». Tel est ce témoignage de notre propre esprit qui, aussi longtemps que nous continuons d’aimer Dieu et de garder ses commandements, demeure joint au témoignage de l’Esprit de Dieu, « que nous sommes enfants de Dieu ».
10. Ce n’est pas que je veuille aucunement être compris, par rien de ce qui a été dit à ce sujet, comme excluant l’opération de l’Esprit de Dieu, même du témoignage de notre propre esprit. Nullement. C’est lui qui non seulement opère en nous tout ce qui est bon, mais encore fait briller sa lumière sur son propre ouvrage et montre clairement ce qu’il a accompli. Aussi saint Paul en parle-t-il comme de l’une des grandes fins pour lesquelles nous recevons l’Esprit, « afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce » : afin qu’il fortifie le témoignage de notre conscience touchant notre « simplicité et notre sincérité selon Dieu », et qu’il nous donne de discerner, dans une lumière plus pleine et plus forte, que nous faisons maintenant les choses qui lui plaisent.
11. Si l’on demandait encore : « Comment l’Esprit de Dieu “rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu”, de manière à exclure tout doute et à démontrer la réalité de notre filiation ? » — la réponse découle clairement de ce qui a été observé plus haut. Et premièrement, quant au témoignage de notre esprit : l’âme perçoit aussi intimement et aussi évidemment qu’elle aime Dieu, qu’elle prend ses délices et se réjouit en lui, qu’elle perçoit qu’elle aime une chose de la terre et s’y complaît. Et elle ne peut pas plus douter si elle aime, se complaît et se réjouit, ou non, que douter si elle existe ou non. Si donc ce raisonnement est juste :
Celui qui aime maintenant Dieu, qui prend ses délices et se réjouit en lui d’une joie humble, d’un saint plaisir et d’un amour obéissant, est enfant de Dieu ;
Or j’aime ainsi Dieu, je prends ainsi mes délices et me réjouis en lui ;
Donc je suis enfant de Dieu : — alors un chrétien ne peut nullement douter qu’il soit enfant de Dieu. De la première proposition, il a une assurance aussi pleine que celle qu’il a que les Écritures viennent de Dieu ; et de son amour ainsi porté à Dieu, il a une preuve intérieure qui n’est rien de moins que l’évidence même. Ainsi le témoignage de notre propre esprit est manifesté à notre cœur avec la conviction la plus intime, de manière à démontrer, au-delà de tout doute raisonnable, la réalité de notre filiation.
12. La manière dont le témoignage divin est manifesté au cœur, je ne prétends pas l’expliquer. Une telle science est trop merveilleuse et trop élevée pour moi : je ne puis l’atteindre. Le vent souffle, et j’en entends le bruit ; mais je ne sais d’où il vient ni où il va. Comme nul ne connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui, ainsi nul ne connaît la manière des choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Mais le fait, nous le connaissons : à savoir que l’Esprit de Dieu donne au croyant un tel témoignage de son adoption que, tant que ce témoignage est présent à l’âme, il ne peut pas plus douter de la réalité de sa filiation qu’il ne peut douter de l’éclat du soleil, lorsqu’il se tient dans le plein rayonnement de ses feux.
II. 1. Comment ce double témoignage de l’Esprit de Dieu et de notre esprit peut se distinguer clairement et solidement de la présomption d’un esprit naturel et de l’illusion du diable, c’est ce qu’il nous faut maintenant considérer. Et il importe au plus haut point à tous ceux qui désirent le salut de Dieu de l’examiner avec la plus profonde attention, s’ils ne veulent pas tromper leur propre âme. Une erreur sur ce point a généralement, observe-t-on, les conséquences les plus funestes ; d’autant plus que celui qui se trompe découvre rarement son erreur avant qu’il soit trop tard pour y remédier.
2. Et premièrement, comment distinguer ce témoignage de la présomption d’un esprit naturel ? Il est certain que celui qui n’a jamais été convaincu de péché est toujours prêt à se flatter et à avoir de lui-même, surtout dans les choses spirituelles, une plus haute opinion qu’il ne faut. Il n’est donc nullement étrange que celui qui est vainement enflé par son esprit charnel, lorsqu’il entend parler de ce privilège des vrais chrétiens, au nombre desquels il se range sans aucun doute, en vienne bientôt à se persuader qu’il le possède déjà. De tels exemples abondent aujourd’hui dans le monde, et ils ont abondé dans tous les siècles. Comment donc distinguer le véritable témoignage de l’Esprit avec notre esprit de cette présomption qui damne ?
3. Je réponds : les saintes Écritures abondent en marques par lesquelles on peut distinguer l’un de l’autre. Elles décrivent de la manière la plus claire les circonstances qui précèdent, qui accompagnent et qui suivent le témoignage vrai et authentique de l’Esprit de Dieu avec l’esprit d’un croyant. Quiconque les pèse et y prend garde avec soin n’aura pas à prendre les ténèbres pour la lumière. Il apercevra, sur tous ces points, une différence si grande entre le témoignage réel et le témoignage prétendu de l’Esprit qu’il n’y aura aucun danger, je pourrais dire aucune possibilité, de confondre l’un avec l’autre.
4. Par elles, celui qui présume vainement du don de Dieu pourrait assurément savoir, s’il le désirait vraiment, qu’il a été jusqu’ici livré à « une puissance d’égarement », et laissé à croire au mensonge. Car les Écritures posent, comme précédant, accompagnant et suivant ce don, des marques claires et évidentes qu’un peu de réflexion le convaincrait, au-delà de tout doute, de n’avoir jamais trouvées dans son âme. Par exemple : l’Écriture présente la repentance, ou la conviction de péché, comme précédant constamment ce témoignage du pardon. Ainsi : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. » (Matthieu 3:2) « Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. » (Marc 1:15) « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé pour le pardon de vos péchés. » (Actes 2:38) « Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés. » (Actes 3:19) Conformément à cela, notre Église aussi place continuellement la repentance avant le pardon, ou avant le témoignage du pardon. « Il pardonne et absout tous ceux qui se repentent sincèrement et qui croient sans feinte à son saint Évangile. » « Le Dieu tout-puissant — a promis le pardon des péchés à tous ceux qui, avec une repentance sincère et une foi véritable, se tournent vers lui. » Mais cet homme est étranger même à cette repentance : il n’a jamais connu un cœur brisé et contrit ; « le souvenir de ses péchés » ne lui a jamais été « douloureux », ni « leur fardeau insupportable ». En répétant ces paroles, il n’a jamais pensé ce qu’il disait ; il n’a fait que présenter à Dieu un compliment. Et ne fût-ce que par l’absence de cette œuvre préalable de Dieu, il a trop de raisons de croire qu’il n’a saisi qu’une ombre, et qu’il n’a jamais encore connu le véritable privilège des fils de Dieu.
5. De plus, les Écritures décrivent la naissance de Dieu, qui doit précéder le témoignage que nous sommes ses enfants, comme un changement immense et puissant ; un changement qui fait passer « des ténèbres à la lumière » aussi bien que « de la puissance de Satan à Dieu » ; comme un passage « de la mort à la vie », une résurrection d’entre les morts. Ainsi l’apôtre aux Éphésiens : « Il vous a rendus à la vie, vous qui étiez morts par vos offenses et par vos péchés. » (Éphésiens 2:1) Et encore : Dieu, « nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ ; il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ ». (Éphésiens 2:5, 6) Mais que sait-il, celui dont nous parlons maintenant, d’un changement semblable ? Il ignore entièrement toute cette affaire. C’est là un langage qu’il ne comprend pas. Il vous dit qu’il a toujours été chrétien. Il ne connaît aucun temps où il ait eu besoin d’un tel changement. Par là aussi, s’il veut bien se permettre de réfléchir, il peut savoir qu’il n’est pas né de l’Esprit ; qu’il n’a jamais encore connu Dieu ; mais qu’il a pris la voix de la nature pour la voix de Dieu.
6. Mais laissons de côté ce qu’il a ou n’a pas éprouvé dans le passé : par les marques présentes, nous pouvons aisément distinguer un enfant de Dieu d’un présomptueux qui s’abuse lui-même. Les Écritures décrivent cette joie dans le Seigneur qui accompagne le témoignage de son Esprit comme une joie humble ; une joie qui abaisse jusque dans la poussière, qui fait s’écrier au pécheur pardonné : « Voici, je suis trop peu de chose ! Qui suis-je, et qu’est-ce que la maison de mon père ? Maintenant mon œil t’a vu, je me condamne et je me repens Sur la poussière et sur la cendre ! » Et partout où est l’humilité, là sont la douceur, la patience, la bénignité, la longanimité. Il y a là un esprit souple et docile ; une douceur, une suavité, une tendresse d’âme que les mots ne peuvent exprimer. Mais ces fruits accompagnent-ils ce témoignage prétendu de l’Esprit chez un présomptueux ? Tout le contraire. Plus il est sûr de la faveur de Dieu, plus il s’enfle ; plus il s’élève lui-même, plus toute sa conduite est hautaine et arrogante. Plus il s’imagine avoir un témoignage fort, plus il est impérieux envers tous ceux qui l’entourent ; plus il est incapable de recevoir la moindre réprimande ; plus il supporte impatiemment la contradiction. Au lieu d’être plus doux, plus paisible et plus docile, plus « prompt à écouter, lent à parler », il est plus lent à écouter et prompt à parler ; moins disposé à apprendre de qui que ce soit ; plus fougueux et plus véhément dans son humeur, et plus ardent dans sa conversation. Bien plus, il paraîtra peut-être quelquefois une sorte de férocité dans son air, dans sa manière de parler, dans tout son maintien, comme s’il allait prendre l’affaire des mains de Dieu et « dévorer » lui-même « les rebelles ».
7. Encore une fois : les Écritures enseignent que « l’amour de Dieu » — la marque sûre de cet amour — « consiste à garder ses commandements ». (1 Jean 5:3) Et notre Seigneur lui-même dit : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime. » (Jean 14:21) L’amour se réjouit d’obéir ; de faire, en tout point, ce qui est agréable à l’être aimé. Celui qui aime vraiment Dieu se hâte de faire sa volonté sur la terre comme elle est faite dans le ciel. Mais est-ce là le caractère de celui qui prétend présomptueusement à l’amour de Dieu ? Non ; son amour lui donne la liberté de désobéir, d’enfreindre, et non de garder, les commandements de Dieu. Peut-être, lorsqu’il craignait la colère de Dieu, s’efforçait-il de faire sa volonté. Mais maintenant, se regardant comme « non sous la loi », il pense n’être plus obligé de l’observer. Il est donc moins zélé pour les bonnes œuvres ; moins soigneux de s’abstenir du mal ; moins vigilant sur son propre cœur ; moins jaloux de garder sa langue. Il met moins d’ardeur à renoncer à lui-même et à se charger chaque jour de sa croix. En un mot, toute la forme de sa vie a changé depuis qu’il s’est imaginé être en liberté. Il n’est plus « s’exerçant à la piété » ; « luttant non seulement contre la chair et le sang, mais contre les dominations et les autorités », endurant les souffrances, luttant de toutes ses forces « d’entrer par la porte étroite ». Non ; il a trouvé un chemin plus facile pour aller au ciel ; un sentier large, uni et fleuri, où il peut dire à son âme : « Mon âme, repose-toi, mange, bois, et réjouis-toi. » Il s’ensuit, avec une évidence indéniable, qu’il n’a pas le vrai témoignage de son propre esprit. Il ne peut avoir conscience de posséder ces marques qu’il n’a pas, cette humilité, cette douceur et cette obéissance : et l’Esprit du Dieu de vérité ne peut pas non plus rendre témoignage à un mensonge, ni attester qu’il est enfant de Dieu, lorsqu’il est manifestement enfant du diable.
8. Découvre-toi toi-même, pauvre homme qui t’abuses ! — toi qui es sûr d’être enfant de Dieu ; toi qui dis : « J’ai le témoignage en moi-même », et qui, pour cela, défies tous tes ennemis. Tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé léger ; oui, dans la balance du sanctuaire. La parole du Seigneur a éprouvé ton âme, et a montré que tu es de l’argent méprisable. Tu n’es pas humble de cœur ; donc tu n’as pas reçu jusqu’à ce jour l’Esprit de Jésus. Tu n’es pas doux et débonnaire ; donc ta joie ne vaut rien : ce n’est pas la joie dans le Seigneur. Tu ne gardes pas ses commandements ; donc tu ne l’aimes pas, et tu n’as point part au Saint-Esprit. Il est par conséquent aussi certain et aussi évident que les oracles de Dieu peuvent le rendre que son Esprit ne rend pas témoignage à ton esprit que tu es enfant de Dieu. Oh ! crie à lui, afin que les écailles tombent de tes yeux ; afin que tu te connaisses comme tu es connu ; afin que tu reçoives en toi-même l’arrêt de mort, jusqu’à ce que tu entendes la voix qui ressuscite les morts, disant : « Prends courage : tes péchés te sont pardonnés ; ta foi t’a sauvé. »
9. « Mais comment celui qui a en lui-même le témoignage réel peut-il le distinguer de la présomption ? » Comment, je vous prie, distinguez-vous le jour de la nuit ? Comment distinguez-vous la lumière des ténèbres, ou la lumière d’une étoile ou d’un flambeau vacillant, de la lumière du soleil en plein midi ? N’y a-t-il pas entre l’une et l’autre une différence inhérente, évidente, essentielle ? Et ne percevez-vous pas cette différence immédiatement et directement, pourvu que vos sens soient bien disposés ? De même, il y a une différence inhérente et essentielle entre la lumière spirituelle et les ténèbres spirituelles ; et entre la lumière dont le Soleil de justice illumine notre cœur et cette lueur vacillante qui ne provient que « des étincelles que nous avons nous-mêmes allumées » : et cette différence aussi est perçue immédiatement et directement, si nos sens spirituels sont bien disposés.
10. Exiger une explication plus minutieuse et plus philosophique de la manière dont nous distinguons ces choses, et des criteria, ou marques intrinsèques, par lesquelles nous connaissons la voix de Dieu, c’est faire une demande à laquelle on ne pourra jamais répondre ; non, pas même celui qui a la plus profonde connaissance de Dieu. Supposons que, lorsque Paul répondit devant Agrippa, le sage Romain lui eût dit : « Tu parles d’avoir entendu la voix du Fils de Dieu. Comment sais-tu que c’était sa voix ? Par quels criteria, par quelles marques intrinsèques, connais-tu la voix de Dieu ? Explique-moi la manière de la distinguer d’une voix humaine ou angélique. » Pouvez-vous croire que l’apôtre lui-même eût seulement essayé de répondre à une question si vaine ? Et pourtant, sans aucun doute, dès l’instant où il entendit cette voix, il sut que c’était la voix de Dieu. Mais comment il le sut, qui peut l’expliquer ? Peut-être ni homme ni ange.
11. Serrons la question de plus près encore : supposons que Dieu dise maintenant à une âme : « tes péchés te sont pardonnés », — il faut bien qu’il veuille que cette âme connaisse sa voix ; autrement il parlerait en vain. Et il est capable de le faire ; car, toutes les fois qu’il le veut, le faire est en son pouvoir. Et il le fait : cette âme a l’assurance absolue que « cette voix est la voix de Dieu ». Mais celui qui a ce témoignage en lui-même ne peut l’expliquer à celui qui ne l’a pas : et il ne faut pas s’attendre, en vérité, à ce qu’il le puisse. S’il y avait quelque moyen naturel de prouver, ou quelque méthode naturelle d’expliquer, les choses de Dieu à des hommes sans expérience, alors l’homme naturel pourrait discerner et connaître les choses de l’Esprit de Dieu. Mais cela est absolument contraire à l’affirmation de l’apôtre, qu’« il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge » ; [1 Corinthiens 2:14] c’est-à-dire par des sens spirituels, que l’homme naturel n’a pas.
12. « Mais comment saurai-je que mes sens spirituels sont bien disposés ? » C’est encore là une question d’une immense importance ; car si un homme se trompe en cela, il peut courir d’erreur en illusion sans fin. « Et comment ai-je l’assurance que ce n’est pas mon cas, et que je ne me méprends pas sur la voix de l’Esprit ? » Par le témoignage de votre propre esprit ; par « l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu ». [1 Pierre 3:21] Par les fruits qu’il a produits dans votre esprit, vous connaîtrez le témoignage de l’Esprit de Dieu. Par là vous saurez que vous n’êtes pas dans l’illusion, que vous n’avez pas trompé votre propre âme. Les fruits immédiats de l’Esprit qui règne dans le cœur sont « l’amour, la joie, la paix, les entrailles de miséricorde, l’humilité d’esprit, la douceur, la bénignité, la longanimité ». [Galates 5:22, 23] Et les fruits extérieurs sont de faire du bien à tous les hommes, de ne faire de mal à personne, et de marcher dans la lumière, [1 Jean 1:7] — une obéissance zélée et constante à tous les commandements de Dieu.
13. Par ces mêmes fruits, vous distinguerez cette voix de Dieu de toute illusion du diable. Cet esprit orgueilleux ne peut pas t’humilier devant Dieu. Il ne peut ni ne veut attendrir ton cœur, et le fondre d’abord en une ardente tristesse selon Dieu, puis en un amour filial. Ce n’est pas l’adversaire de Dieu et des hommes qui te rend capable d’aimer ton prochain, ou de te revêtir de douceur, de bénignité, de patience, de tempérance, et de toutes les armes de Dieu. [voir Colossiens 3:12–14 ; Éphésiens 6:11] Il n’est pas divisé contre lui-même, ni destructeur du péché, qui est son propre ouvrage. Non ; nul autre que le Fils de Dieu ne vient « détruire les œuvres du diable ». [1 Jean 3:8] Aussi sûrement donc que la sainteté vient de Dieu, et que le péché est l’œuvre du diable, aussi sûrement le témoignage que tu as en toi-même ne vient pas de Satan, mais de Dieu.
14. Tu peux donc bien dire : « Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable! » [2 Corinthiens 9:15] Grâces soient rendues à Dieu, qui me donne de savoir « en qui j’ai cru » ; [2 Timothée 1:12] qui « a envoyé dans mon cœur l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! » [Galates 4:6] et qui, maintenant même, « rend témoignage à mon esprit que je suis enfant de Dieu ! » [Romains 8:16] Et veille à ce que non seulement tes lèvres, mais ta vie publient sa louange. Il t’a scellé pour être à lui ; glorifie-le donc dans ton corps et dans ton esprit, qui sont à lui. [1 Corinthiens 6:20] Bien-aimé, si tu as en toi cette espérance, purifie-toi comme il est pur. Tandis que tu contemples quel amour le Père t’a témoigné, pour que tu sois appelé enfant de Dieu, [1 Jean 3:1] purifie-toi « de toute souillure de la chair et de l’esprit », en achevant ta sanctification dans la crainte de Dieu ; [2 Corinthiens 7:1] et que toutes tes pensées, tes paroles et tes œuvres soient un sacrifice spirituel, saint, agréable à Dieu par Jésus-Christ ! [Romains 12:1, 2]
Chapitre 11 terminé
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