Sermons sur divers sujets
Sur l’œil simple

Chapitre 119 · 20 min de lecture · 25 min d’écoute

Sur l’œil simple

Sermon 118

Sur l’œil simple

« Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé; mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres! »

Matthieu 6:22, 23.

1. « La simplicité et la pureté, dit un homme pieux, sont les deux ailes qui élèvent l’âme jusqu’au ciel : la simplicité, qui est dans l’intention ; et la pureté, qui est dans les affections. » La première des deux, ce grand et excellent homme, l’évêque Taylor, la recommande avec beaucoup d’insistance au commencement de son excellent livre, « Rules of Holy Living and Dying ». Il débute en insistant sur ce point, comme sur le tout premier article de la vraie religion, et nous avertit que, sans cela, tous nos efforts pour y atteindre seront vains et inefficaces. Cette même vérité, ce vigoureux et élégant écrivain, M. Law, la presse avec ardeur dans son « Serious Call to a Devout Life » — traité qui ne sera guère surpassé, s’il est égalé, en langue anglaise, soit pour la beauté de l’expression, soit pour la justesse et la profondeur de la pensée. Et qui peut blâmer un disciple de Christ, si grande que soit l’importance qu’il attache à ce point, quand il considère la manière dont notre Maître le recommande dans les paroles citées plus haut ?

2. Considérons attentivement tout ce passage, tel qu’on peut le traduire littéralement. « L’œil est la lampe du corps. » Et ce que l’œil est au corps, l’intention l’est à l’âme. Nous pouvons remarquer avec quelle parfaite justesse notre Seigneur place la simplicité d’intention entre les désirs du monde et les soucis du monde, qui tendent les uns et les autres directement à la détruire. Il poursuit : « Si ton œil est en bon état », fixé uniquement sur Dieu, « tout ton corps », c’est-à-dire toute ton âme, « sera éclairé », — sera remplie de sainteté et de bonheur. « Mais si ton œil est en mauvais état », — non simple, visant quelque autre objet, cherchant quelque chose sous le soleil, — « tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres! » combien éloigné, non seulement de toute connaissance réelle, mais de toute sainteté et de tout bonheur réels !

3. En considérant ces choses, nous pouvons bien nous écrier : « Quelle grande chose que d’être chrétien ; d’être un chrétien réel, intérieur, scripturaire, conforme dans son cœur et dans sa vie à la volonté de Dieu ! Et qui est suffisant pour ces choses? » Personne, à moins d’être né de Dieu. Je ne m’étonne pas que l’un des déistes les plus sensés ait dit : « Je pense que la Bible est le plus beau livre que j’aie lu de ma vie ; pourtant j’ai contre elle une objection insurmontable : elle est trop bonne. Elle trace un tel plan de vie, un tel système de doctrine et de pratique, qu’il est beaucoup trop excellent pour que des hommes faibles et sots y visent, ou tentent de le copier. » Tout cela est très vrai, dans toute autre hypothèse que celle de l’Écriture. Mais celle-ci étant admise, toute la difficulté s’évanouit en fumée. Car si « à Dieu tout est possible, alors tout est possible à celui qui croit ».

4. Mais considérons, premièrement, la première partie de la déclaration de notre Seigneur, — « Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé » ; secondement, la dernière partie, — « si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres » ; et, troisièmement, l’état terrible de ceux dont l’œil n’est pas simple, — « Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres! »

I. 1. Et, premièrement : « Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé ». Si ton œil est simple ; si Dieu est dans toutes tes pensées ; si tu vises constamment à celui qui est invisible ; si ton intention, en toutes choses, petites et grandes, dans toute ta conduite, est de plaire à Dieu, de faire, non ta propre volonté, mais la volonté de celui qui t’a envoyé dans le monde ; si tu peux dire, non à une créature quelconque, mais à celui qui t’a fait pour lui-même : « Je te contemple, Seigneur, fin de tous mes désirs » ; — alors la promesse s’accomplira certainement : « tout ton corps sera éclairé » ; toute ton âme sera remplie de la lumière du ciel, — de la gloire du Seigneur reposant sur toi. Dans toutes tes actions et dans toute ta conduite, tu auras non seulement le témoignage d’une bonne conscience envers Dieu, mais aussi celui de son Esprit, rendant témoignage avec ton esprit que toutes tes voies lui sont agréables.

2. Quand toute ton âme est pleine de cette lumière, tu pourras (selon l’instruction de saint Paul aux Thessaloniciens) « être toujours joyeux, prier sans cesse, et rendre grâces en toutes choses ». [1 Thessaloniciens 5:16–18] Car qui peut avoir constamment le sentiment de la présence pleine d’amour de Dieu, sans être « toujours joyeux » ? Qui peut avoir l’œil aimant de son âme perpétuellement fixé sur Dieu, sans « prier sans cesse » ? Car son « cœur parle à Dieu sans voix, et son silence lui parle ». Qui peut sentir que ce Père plein d’amour est satisfait de tout ce qu’il fait et de tout ce qu’il souffre, sans être contraint de « rendre grâces en toutes choses » ? sachant que toutes choses « concourent au bien ».

3. Ainsi « tout son corps sera éclairé ». La lumière de la connaissance est, sans doute, l’une des choses que l’on entend ici ; lumière qui provient de « l’onction de celui qui est saint, qui demeure en lui, et qui lui enseigne toutes choses », — toutes les choses qu’il lui est maintenant nécessaire de savoir pour plaire à Dieu. Par là il aura une claire connaissance de la volonté divine dans toutes les circonstances de la vie. Non sans les moyens, mais dans l’usage de tous les moyens dont Dieu l’a pourvu. Et, marchant dans cette lumière, il ne peut que « croître dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ ». Il avancera continuellement dans toute sainteté, et dans toute l’image de Dieu.

II. 1. Notre Seigneur fait observer, secondement : « si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres ». S’il est mauvais, c’est-à-dire non simple (car l’œil qui n’est pas simple est mauvais), « tout ton corps sera dans les ténèbres ». Il est certain qu’il ne peut y avoir de milieu entre un œil simple et un œil mauvais ; car toutes les fois que nous ne visons pas à Dieu, nous cherchons le bonheur dans quelque créature : et cela, quelle que soit cette créature, n’est rien de moins qu’une idolâtrie. Il n’importe que nous visions aux plaisirs des sens, aux plaisirs de l’imagination, à la louange des hommes ou aux richesses ; toutes choses que saint Jean comprend sous cette expression générale : « l’amour du monde ». L’œil est mauvais si nous visons à l’une de ces choses, ou, à vrai dire, à quoi que ce soit sous le soleil. Pour autant que vous visez à l’une de ces choses, et même à quoi que ce soit au-dessous de Dieu, toute votre âme, et tout le cours de votre vie, seront pleins de ténèbres. L’ignorance de vous-mêmes, l’ignorance de votre véritable intérêt, l’ignorance de votre rapport avec Dieu, vous environneront de nuages impénétrables, de ténèbres que l’on peut toucher. Et aussi longtemps que l’œil de votre âme se repose sur toutes ces choses ou sur l’une d’elles, ces ténèbres continueront d’environner votre âme et de la couvrir d’une obscurité totale.

2. De combien d’exemples de cette triste vérité, — que ceux dont l’œil n’est pas simple ignorent totalement la nature de la vraie religion, — ne sommes-nous pas entourés de toutes parts ! Combien de gens, même parmi les bonnes gens, parmi ceux dont la vie est innocente, ignorent tout autant eux-mêmes, et Dieu, et ce que c’est que de l’adorer en esprit et en vérité, que les mahométans ou les païens ! Et cependant ils ne manquent en aucune manière d’intelligence naturelle : et quelques-uns d’entre eux ont perfectionné leurs facultés naturelles par une éducation libérale, grâce à laquelle ils ont amassé un fonds considérable de savoir profond et varié. Et pourtant combien ils ignorent totalement Dieu et les choses de Dieu ! Combien ils sont étrangers au monde invisible et au monde éternel ! Oh ! pourquoi demeurent-ils dans cette déplorable ignorance ? C’est l’effet manifeste de ceci, — leur œil n’est pas simple. Ils ne visent pas à Dieu, il n’est pas dans toutes leurs pensées. Ils ne désirent pas le ciel et n’y pensent pas ; c’est pourquoi ils s’enfoncent aussi profondément que l’enfer.

3. Pour cette raison, ils sont aussi éloignés de la sainteté réelle que de la connaissance de quelque prix. C’est parce que leur œil n’est pas simple qu’ils sont si étrangers à la religion vivante. Qu’ils soient aussi accomplis qu’on voudra à d’autres égards ; qu’ils soient aussi savants, aussi versés qu’on voudra dans toutes les branches des belles-lettres ; oui, aussi courtois, aussi humains ; si cependant leur œil n’est pas fixé uniquement sur Dieu, ils ne peuvent rien connaître de la religion scripturaire. Ils ne savent pas même ce que signifie la sainteté chrétienne ; ce qu’en est l’entrée, la nouvelle naissance, avec toutes les circonstances qui l’accompagnent : ils n’en savent pas plus que les bêtes des champs. Se repentent-ils, et croient-ils à l’Évangile ? Combien moins sont-ils « renouvelés dans l’esprit de leur intelligence », à l’image de celui qui les a créés ? Comme ils n’en ont pas la moindre expérience, ils n’en ont pas non plus la moindre idée. Si vous leur parliez d’une telle chose, vous pourriez vous attendre à entendre : « Ta grande religion te fait déraisonner » : tant ils sont dépourvus, quels que soient les talents qu’ils possèdent par ailleurs, de la seule religion qui ait du prix auprès de Dieu.

4. Et jusqu’à ce que leur œil soit simple, ils sont aussi éloignés du bonheur que de la sainteté. Ils peuvent avoir de temps en temps des rêves agréables, tirés de

La richesse, l’honneur, le plaisir, ou tout ce que

Ce monde de si courte durée peut donner :

Mais rien de tout cela ne peut satisfaire l’appétit d’une âme immortelle. Bien plus, toutes ces choses ensemble ne peuvent donner le repos, qui est le moindre élément du bonheur, à un esprit qui ne meurt jamais, et que Dieu a créé pour la jouissance de lui-même. L’âme affamée, comme l’abeille diligente, erre de fleur en fleur ; mais elle les quitte toutes avec une espérance avortée et une attente trompée. Chaque créature crie (les unes à haute voix, les autres d’une voix secrète) : « Le bonheur n’est pas en moi. » La hauteur et la profondeur proclament à l’oreille attentive : « Le Créateur n’a pas mis en moi la capacité de donner le bonheur : c’est pourquoi, avec toute ton habileté et toute ta peine, tu ne peux l’extraire de moi. » Et, en vérité, plus les enfants des hommes se donnent de peine pour l’extraire d’un objet terrestre, plus leur chagrin sera grand, — plus leur déception sera certaine.

5. « Mais si le vulgaire troupeau des hommes ne peut trouver de bonheur ; si on ne peut le trouver dans les vains plaisirs du monde ; ne peut-on le trouver dans le savoir, même celui qui n’a pas l’œil simple ? Assurément

Le contentement de l’esprit doit couler de la science ;

Car c’est un attribut divin que de savoir. »

Nullement. Au contraire, c’a été l’observation de tous les siècles, que les hommes qui possédaient le plus grand savoir étaient les plus mécontents de tous les hommes. C’est ce qui amena une personne d’un savoir éminent à déclarer : « Un sot peut trouver sur la terre une sorte de paradis » (bien que ce soit là une grande erreur), « mais un sage n’en peut trouver aucun. » Ce sont les plus mécontents, les plus impatients des hommes. À la vérité, le savoir produit naturellement cet effet : « La connaissance », comme l’observe l’apôtre, « enfle ». Or, là où est l’orgueil, le bonheur n’est pas ; ils sont absolument incompatibles l’un avec l’autre. Tant il y a de fondement à cette triste réflexion, partout où la vraie religion n’est pas :

Que sert-il donc, ô Raison ! d’être sage ?

De voir ce triste spectacle d’un œil plus prompt ?

De savoir se plaindre avec plus de discernement,

Et d’avoir un sens plus fin pour sentir la douleur ?

III. 1. Il reste à considérer, en troisième lieu, l’importante question de notre Seigneur : « Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres! » Le sens évident est celui-ci : si ce principe qui doit donner la lumière à toute ton âme, comme l’œil la donne au corps ; diriger ton intelligence, tes passions, tes affections, tes dispositions, — toutes tes pensées, tes paroles et tes actions ; si ce principe lui-même est obscurci, — faussé, et met les ténèbres à la place de la lumière ; combien ces ténèbres doivent être grandes ! combien terribles leurs effets !

2. Afin de voir ceci sous un jour plus frappant, considérons-le dans quelques exemples particuliers. Commençons par un exemple d’une importance non médiocre. Voici un père qui choisit un emploi pour son fils. Si son œil n’est pas simple ; s’il ne vise pas uniquement à la gloire de Dieu dans le salut de son âme ; si son unique considération n’est pas de savoir quelle vocation lui assurera vraisemblablement la plus haute place dans le ciel, et non la plus grande part des trésors de la terre, ou le plus haut avancement dans l’Église ; — la lumière qui est en lui est manifestement ténèbres. Et oh ! combien ces ténèbres sont grandes ! L’erreur où il est n’est pas petite, mais inexprimablement grande. Quoi ! ne préférez-vous pas qu’il soit savetier sur la terre et saint glorieux dans le ciel, plutôt que lord sur la terre et esprit damné dans l’enfer ? Sinon, combien grandes, indiciblement grandes, sont les ténèbres qui couvrent votre âme ! Quel sot, quel lourdaud, quel insensé est celui, combien stupide au-delà de toute expression, qui juge un palais sur la terre préférable à un trône dans le ciel ! Combien son intelligence est inexprimablement obscurcie, lui qui, pour procurer à son enfant la gloire qui vient des hommes, lui attirera une honte éternelle en la compagnie du diable et de ses anges !

3. Je ne puis quitter encore ce sujet, car il est de la plus haute importance. Combien grandes sont les ténèbres de ce misérable exécrable (je ne puis lui donner de meilleur titre, qu’il soit riche ou pauvre) qui vend sa propre enfant au diable, qui troque le bonheur éternel de sa fille contre une quantité quelconque d’or ou d’argent ! Pour quel monstre ne tiendrait-on pas l’homme qui dévorerait la chair de ses propres enfants ! Et n’est-il pas un aussi grand monstre, celui qui, par son propre fait, la livre pour être dévorée par ce lion rugissant ? comme le fait certainement (autant qu’il est en son pouvoir) celui qui la marie à un impie. « Mais il est riche ; mais il a dix mille livres ! » Eh quoi, en eût-il cent mille ? Tant pis ; elle n’en aura que moins de chances d’échapper à la damnation de l’enfer. De quel front la regarderas-tu, quand elle te dira, dans les régions d’en bas : « Tu m’as plongée dans ce lieu de tourment. Si tu m’avais donnée à un homme de bien, si pauvre fût-il, je serais peut-être maintenant dans le sein d’Abraham. Mais, oh ! à quoi m’ont servi les richesses ? Elles nous ont précipités, moi et toi, dans l’enfer ! »

4. Y en a-t-il parmi vous, qu’on appelle méthodistes, qui soient aussi miséricordieux envers leurs enfants ? Cherchant à les bien marier (selon l’expression du jargon à la mode), c’est-à-dire à les vendre à quelque acheteur qui a beaucoup d’argent, mais peu ou point de religion ? La lumière qui est en vous est-elle donc aussi ténèbres ? Vous aussi, faites-vous moins de cas de Dieu que de Mammon ? Êtes-vous aussi sans intelligence ? N’avez-vous pas profité davantage de tout ce que vous avez entendu ? Homme, femme, pensez à ce que vous faites ! Vous aussi, osez-vous vendre votre enfant au diable ? C’est sans doute ce que vous faites (autant qu’il est en vous) quand vous mariez un fils ou une fille à un enfant du diable ; fût-ce un homme qui se vautre dans l’or et l’argent. Oh ! prenez garde à temps ! Défiez-vous de l’appât doré ! La mort et l’enfer sont cachés dessous. Préférez la grâce à l’or et aux pierres précieuses ; la gloire dans le ciel aux richesses sur la terre ! Si vous ne le faites pas, vous êtes pires que les Cananéens eux-mêmes. Ils ne faisaient passer leurs enfants que « par le feu » en l’honneur de Moloc. Vous faites passer les vôtres dans le feu qui ne s’éteindra jamais, et vous les y faites demeurer pour toujours ! Oh ! combien grandes sont les ténèbres qui vous font, après avoir agi ainsi, « vous essuyer la bouche, et dire que vous n’avez point fait de mal » !

5. Considérons un autre cas, qui n’est pas fort éloigné de celui-ci. Supposez qu’un jeune homme, ayant achevé ses études à l’Université, désire exercer le ministère des choses saintes, et, en conséquence, entre dans les ordres. Quelle est en cela son intention ? Quel est le but qu’il se propose ? Si son œil est simple, son unique dessein est de sauver sa propre âme et celles de ceux qui l’écoutent ; d’amener autant de pécheurs qu’il le pourra des ténèbres à l’admirable lumière. Si, au contraire, son œil n’est pas simple, s’il vise au bien-être, à l’honneur, à l’argent ou à l’avancement, le monde peut le tenir pour un homme sage, mais Dieu lui dit : « Insensé! » Et tant que la lumière qui est en lui est ainsi ténèbres, « combien seront grandes ces ténèbres! » Quelle folie est comparable à sa folie ! — qu’un homme consacré d’une manière particulière au Dieu du ciel « ne pense qu’aux choses de la terre » ! Un ecclésiastique mondain est un sot au-dessus de tous les sots, un insensé au-dessus de tous les insensés ! Des misérables aussi vils et aussi infâmes que ceux-là sont la véritable « cause du mépris du clergé ». Les ecclésiastiques indolents, les ecclésiastiques amis des plaisirs, les ecclésiastiques amis de l’argent, les ecclésiastiques amis de la louange, les ecclésiastiques chercheurs d’avancement, — voilà les misérables qui font mépriser l’ordre tout entier. Ce sont les fléaux du monde chrétien ; la grande peste du genre humain ; une puanteur dans les narines de Dieu ! C’étaient de tels hommes qui faisaient dire à saint Chrysostome : « L’enfer est pavé des âmes de prêtres chrétiens. »

6. Prenons un autre cas. Supposez qu’une jeune femme, d’une fortune indépendante, soit recherchée en même temps par un homme riche sans religion, et par un homme religieux sans richesse ; en d’autres termes, par un riche enfant du diable et par un pauvre enfant de Dieu. Que dirons-nous si, toutes choses égales d’ailleurs, elle préfère l’homme riche à l’homme de bien ? Il est clair que son œil n’est pas simple ; c’est pourquoi son cœur insensé est obscurci ; et combien grandes sont ces ténèbres qui lui font juger l’or et l’argent plus recommandables que la sainteté ! qui lui font paraître un enfant du diable avec de l’argent plus aimable qu’un enfant de Dieu sans argent ! Quelles paroles peuvent exprimer suffisamment la folie inexcusable d’un tel choix ? Quel objet de risée (à moins qu’elle ne se repente sévèrement) ne sera-t-elle pas pour tous les démons de l’enfer, quand son riche compagnon l’aura entraînée dans son propre lieu de tourment !

7. Y en a-t-il parmi vous, présents devant Dieu, que l’une de ces choses concerne ? Permettez-moi, avec « une grande franchise de langage », de m’adresser à vos consciences « devant Dieu ». Vous à qui Dieu a confié des fils ou des filles, votre œil est-il simple dans le choix que vous faites de leurs conjoints ? Quelles qualités cherchez-vous dans vos gendres et dans vos belles-filles ? — la religion ou la richesse ? Quelle est votre première considération ? N’êtes-vous pas du sentiment du vieux païen :

Quaerenda pecunia primum,

Virtus post nummos?

Cherchez d’abord l’argent : la vertu viendra ensuite.

Venons-en au fait. Lequel préférerez-vous ? un riche païen, ou un chrétien pieux ? — un enfant du diable avec un domaine, ou l’enfant de Dieu sans domaine ? — un lord ou un gentilhomme qui a le diable dans le cœur (il ne le cache pas, son langage le trahit), ou un artisan qui, vous avez lieu de le croire, a Christ habitant dans son cœur ? Oh ! combien grandes sont ces ténèbres qui vous font préférer un enfant du diable à un enfant de Dieu ! Qui vous font préférer le pauvre rebut de la richesse mondaine, qui fuit comme une ombre, aux richesses de la gloire éternelle !

8. Je m’adresse plus particulièrement à vous qu’on appelle méthodistes. En présence du grand Dieu, depuis plus de cinquante ans je vous ai servis dans le ministère, j’ai été votre serviteur pour l’amour de Christ. Pendant ce temps, je vous ai donné

bien des avertissements solennels sur ce point. Je vous en donne un de plus, peut-être le dernier. Quelqu’un d’entre vous ose-t-il, dans le choix de sa vocation ou de sa situation, regarder aux choses de la terre plutôt qu’aux choses d’en haut ? En choisissant pour votre enfant une profession, ou un compagnon pour la vie, regardez-vous à la terre ou au ciel ? Et pouvez-vous de propos délibéré préférer, soit pour vous-mêmes, soit pour vos enfants, un enfant du diable avec de l’argent à un enfant de Dieu sans argent ? Mais les païens eux-mêmes s’écrient :

O cunae in terras animae, et caelestium inanes!

Ô âmes courbées vers la terre, étrangères au ciel !

Repentez-vous, repentez-vous de votre vil attachement aux choses de la terre ! Renoncez au titre de chrétiens, ou bien préférez, tant pour vous-mêmes que pour vos enfants, la grâce à l’argent, et le ciel à la terre ! Pour l’avenir, du moins, « que votre œil soit en bon état », afin que « tout votre corps soit éclairé » !

Page 1 / 1 · 20 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant