Chapitre 116 · 19 min de lecture · 25 min d’écoute
La charge du ministère
Sermon 115
La charge du ministère 117117[alias Prophètes et prêtres (Sermon 121 dans la Bicentennial Edition)] 118118[Au sujet de ce sermon, M. Moore donne les renseignements suivants dans sa « Vie de M. Wesley », vol. ii, p. 339 : — « J’étais avec M. Wesley à Londres lorsqu’il publia ce sermon. Il m’avait encouragé à être l’homme d’un seul livre ; et il m’avait invité à plusieurs reprises à lui dire franchement toute objection que j’aurais contre quoi que ce fût qu’il publiait. Je pensai que certaines choses de ce discours ne se trouvaient pas dans LE LIVRE ; et je résolus de le lui dire à la première occasion. Elle se présenta bientôt. Je lui fis respectueusement observer que j’étais d’accord avec lui pour dire que le Seigneur avait toujours envoyé par qui il voulait envoyer l’instruction, la répréhension et la correction selon la justice aux hommes ; et qu’il y avait une distinction réelle entre la charge prophétique et la charge sacerdotale dans l’Ancien Testament, et entre la charge prophétique et la charge pastorale dans le Nouveau ; (où il n’est fait mention d’aucun sacerdoce que celui de notre Seigneur ;) mais que je ne pouvais penser que ce qu’il avait dit des évangélistes et des pasteurs, ou évêques, fût conforme à ce que nous y lisons ; savoir, que ces derniers avaient le droit d’administrer les sacrements, droit que les premiers ne possédaient pas. Je lui fis observer : “Monsieur, vous savez que les évangélistes Timothée et Tite reçurent de l’apôtre l’ordre d’établir des évêques en chaque lieu ; et assurément ils ne pouvaient leur conférer une autorité qu’ils ne possédaient pas eux-mêmes.” Il me regarda fixement pendant quelque temps, mais sans déplaisir. Il ne fit aucune réponse, et passa bientôt à un autre sujet. Je n’en dis pas davantage. L’homme d’un seul livre ne voulut pas disputer contre lui. Je crois qu’il vit que son amour pour l’Église, dont il ne s’écarta jamais sans nécessité, l’avait, en cette circonstance, mené un peu trop loin. » — ÉD.]
« Nul ne s’attribue cette dignité, s’il n’est appelé de Dieu, comme le fut Aaron. »
Hébreux 5:4.
1. Il est extrêmement peu de textes de l’Écriture sainte que l’on ait plus souvent allégués que celui-ci contre les laïques qui ne sont ni prêtres ni diacres, et qui néanmoins se mêlent de prêcher. Beaucoup ont demandé : « Comment quelqu’un ose-t-il “s’attribuer cette dignité, s’il n’est appelé de Dieu, comme le fut Aaron ?” » Et un ecclésiastique pieux et sensé publia, il y a quelques années, un sermon sur ces paroles, où il s’efforce de montrer qu’il ne suffit pas d’être intérieurement appelé de Dieu à prêcher, comme beaucoup s’imaginent l’être, à moins d’être aussi appelé extérieurement par des hommes envoyés de Dieu à cette fin, comme Aaron fut appelé de Dieu par Moïse.
2. Mais il y a dans cet argument, chaque fois qu’on l’a fait valoir, un grave défaut. « Appelé de Dieu, comme le fut Aaron ! » Mais Aaron ne prêchait pas du tout : il n’y fut appelé ni par Dieu ni par les hommes. Aaron fut appelé à exercer le ministère des choses saintes ; — à offrir des prières et des sacrifices ; à remplir la charge de prêtre. Mais il ne fut jamais appelé à être prédicateur.
3. Dans les temps anciens, on savait que la charge de prêtre et celle de prédicateur étaient entièrement distinctes. Et quiconque remontera impartialement le cours des choses depuis le commencement en sera convaincu. D’Adam à Noé, tous reconnaissent que le premier-né de chaque famille était naturellement le prêtre de cette famille, en vertu de son droit d’aînesse. Mais cela ne lui donnait aucun droit d’être prédicateur, ou (pour parler le langage de l’Écriture) prophète. Cette charge appartenait assez souvent au plus jeune rameau de la famille. Car en ce point Dieu a toujours affirmé son droit d’envoyer par qui il voulait envoyer.
4. Du temps de Noé à celui de Moïse, on peut faire la même observation. L’aîné de la famille était le prêtre, mais tout autre pouvait être le prophète. Cette charge de prêtre, nous voyons qu’Ésaü en hérita en vertu de son droit d’aînesse, jusqu’à ce qu’il la vendît profanement à Jacob pour un plat de lentilles. Et c’est là ce qu’il ne put jamais recouvrer, « quoiqu’il la sollicitât avec larmes ».
5. À la vérité, du temps de Moïse, un changement très considérable se fit à l’égard du sacerdoce. Dieu ordonna alors qu’au lieu du premier-né de chaque maison une tribu entière lui fût consacrée ; et que tous ceux qui, dans la suite, le serviraient comme prêtres fussent de cette tribu. Ainsi Aaron était de la tribu de Lévi. Et Moïse l’était aussi. Mais il n’était pas prêtre, bien qu’il fût le plus grand prophète qui eût jamais vécu avant que Dieu introduisît son Premier-né dans le monde. Cependant, peu de lévites étaient prophètes. Et s’il s’en trouvait, c’était une chose purement accidentelle. Ils ne l’étaient pas en tant que membres de cette tribu. Beaucoup de prophètes, sinon la plupart (à ce que nous apprennent les anciens écrivains juifs), étaient de la tribu de Siméon. Et quelques-uns étaient de la tribu de Benjamin ou de Juda, et probablement aussi d’autres tribus.
6. Mais nous avons lieu de croire qu’il y eut, en tout temps, deux sortes de prophètes. Les extraordinaires, tels que Nathan, Ésaïe, Jérémie et beaucoup d’autres, sur qui le Saint-Esprit descendit d’une manière extraordinaire. Tel était en particulier Amos, qui dit de lui-même : « Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète; mais je suis berger : et l’Éternel m’a dit: Va, prophétise à mon peuple d’Israël. » Les ordinaires étaient ceux qui étaient instruits dans « les écoles des prophètes », dont l’une était à Rama, sous la présidence de Samuel. (1 Samuel 19:18.) Ceux-là étaient formés pour instruire le peuple, et c’étaient les prédicateurs ordinaires de leurs synagogues. Dans le Nouveau Testament, on les appelle d’ordinaire scribes, ou nomikoi, « interprètes de la loi ». Mais peu d’entre eux, si même il y en eut, étaient prêtres. Ceux-ci formèrent toujours un ordre différent.
7. Beaucoup de savants ont amplement montré que notre Seigneur lui-même et tous ses apôtres bâtirent l’Église chrétienne, autant que possible, sur le plan de l’Église juive. Ainsi, le grand souverain sacrificateur de notre profession envoya des apôtres et des évangélistes pour proclamer la bonne nouvelle au monde entier ; puis des pasteurs, des prédicateurs et des docteurs, pour édifier dans la foi les assemblées qui se formeraient. Mais je ne trouve pas que la charge d’évangéliste ait jamais été la même que celle de pasteur, appelé souvent évêque. Celui-ci présidait le troupeau et administrait les sacrements : celui-là l’assistait, et prêchait la Parole, soit dans une seule assemblée, soit dans plusieurs. Je ne puis prouver, par aucune partie du Nouveau Testament ni par aucun auteur des trois premiers siècles, que la charge d’évangéliste ait donné à qui que ce soit le droit d’agir comme pasteur ou évêque. Je crois que ces charges furent considérées comme tout à fait distinctes l’une de l’autre jusqu’au temps de Constantin.
8. À la vérité, en cette heure funeste où Constantin le Grand se dit chrétien, et versa sur les chrétiens les honneurs et les richesses, les choses changèrent du tout au tout. Il devint bientôt commun qu’un seul homme prît toute la charge d’une assemblée, afin d’en accaparer tout le salaire. De là vint que la même personne fit office de prêtre et de prophète, de pasteur et d’évangéliste. Et cet usage se répandit peu à peu de plus en plus dans toute l’Église chrétienne. Toutefois, même aujourd’hui, bien que la même personne remplisse d’ordinaire ces deux charges, la charge d’évangéliste ou de docteur n’implique pas celle de pasteur, à qui appartient en propre l’administration des sacrements ; ni chez les presbytériens, ni dans l’Église d’Angleterre, ni même chez les catholiques romains. Toutes les Églises presbytériennes, on le sait, et celle d’Écosse en particulier, autorisent des hommes à prêcher avant qu’ils soient ordonnés, dans tout ce royaume. Et l’on n’entend jamais que cette autorisation de prêcher leur donne le moindre droit d’administrer les sacrements. De même, dans notre propre Église, des personnes peuvent être autorisées à prêcher, oui, peuvent être docteurs en théologie (comme l’était le docteur Alwood à Oxford, lorsque j’y résidais), qui ne sont nullement ordonnées, et qui par conséquent n’ont aucun droit d’administrer la sainte cène. Oui, même dans l’Église de Rome, si un frère lai croit qu’il est appelé à aller en mission, comme on dit, on l’envoie, bien qu’il ne soit ni prêtre ni diacre, remplir cette charge-là, et non l’autre.
9. Mais ne pensera-t-on pas que le cas qui nous occupe est différent de tous ceux-là ? Sans doute il l’est à beaucoup d’égards. Il a paru un phénomène tel qu’il n’en avait point paru auparavant dans le monde chrétien, du moins depuis bien des siècles. Deux jeunes hommes semèrent la parole de Dieu, non seulement dans les églises, mais aussi, à la lettre, « le long du chemin » ; et, en vérité, en tout lieu où ils voyaient une porte ouverte, où des pécheurs avaient des oreilles pour entendre. Ils étaient membres de l’Église d’Angleterre, et n’avaient aucun dessein de s’en séparer. Et ils conseillaient à tous ceux qui en faisaient partie d’y demeurer, quoiqu’ils se joignissent à la société méthodiste ; car cela n’impliquait pas qu’ils quittassent leur ancienne assemblée, mais seulement qu’ils quittassent leurs péchés. Les membres de l’Église anglicane pouvaient toujours aller à l’église ; le presbytérien, l’anabaptiste, le quaker pouvaient garder leurs propres opinions, et fréquenter leurs propres assemblées. Avoir un désir réel de fuir la colère à venir était la seule condition qu’on leur demandât. Quiconque, donc, « craignait Dieu et pratiquait la justice » était qualifié pour cette société.
10. Peu après, un jeune homme, Thomas Maxfield, s’offrit à les servir comme un fils dans l’Évangile. Puis un autre, Thomas Richards, et un peu après un troisième, Thomas Westell. Qu’on remarque bien à quelles conditions nous les reçûmes, savoir, comme prophètes, non comme prêtres. Nous les reçûmes uniquement et seulement pour prêcher, non pour administrer les sacrements. Et ceux qui s’imaginent que ces charges sont inséparablement unies ignorent totalement la constitution de toute l’Église juive aussi bien que de l’Église chrétienne. Ni l’Église romaine, ni l’Église anglaise, ni les Églises presbytériennes ne les ont jamais tenues pour telles. Autrement, nous n’aurions jamais accepté les services ni de M. Maxfield, ni de Richards, ni de Westell.
11. En 1744, tous les prédicateurs méthodistes tinrent leur première Conférence. Mais aucun d’eux n’imagina que l’appel à prêcher leur donnât le moindre droit d’administrer les sacrements. Et lorsqu’on proposa cette question : « Sous quel jour devons-nous nous considérer ? » il fut répondu : « Comme des messagers extraordinaires, suscités pour exciter à la jalousie les messagers ordinaires. » Dans ce but, l’une de nos premières règles, donnée à chaque prédicateur, fut : « Vous devez faire la partie de l’œuvre que nous vous assignons. » Mais quelle œuvre était-ce ? Vous avons-nous jamais assigné d’administrer les sacrements, d’exercer la charge sacerdotale ? Un tel dessein n’entra jamais dans notre esprit ; rien n’était plus éloigné de nos pensées : et si quelque prédicateur avait fait un tel pas, nous l’aurions regardé comme une violation manifeste de cette règle, et par conséquent comme une rupture de notre union.
12. Car, à supposer (ce que je nie absolument) que l’acte de vous recevoir comme prédicateur vous donnât en même temps l’autorité d’administrer les sacrements, il ne vous donnait pourtant d’autre autorité que celle de le faire, ou de faire toute autre chose, là où je l’assigne. Mais où vous ai-je assigné de le faire ? Nulle part. Donc, par cette règle même, il vous est interdit de le faire. Et en le faisant, vous reniez le premier principe du méthodisme, qui était uniquement et seulement de prêcher l’Évangile.
13. Il se passa plusieurs années après la formation de notre société avant qu’aucune tentative de ce genre fût faite. La première eut lieu, je crois, à Norwich. Un de nos prédicateurs de cette ville céda aux instances de quelques personnes et baptisa leurs enfants. Mais dès que la chose fut connue, on lui fit savoir qu’elle ne devait pas se faire, à moins qu’il n’eût dessein de quitter notre Connexion. Il promit de ne plus le faire ; et je suppose qu’il tint sa promesse.
14. Or, tant que les méthodistes s’en tiendront à ce plan, ils ne peuvent se séparer de l’Église. Et c’est là notre gloire particulière. C’est une chose nouvelle sur la terre. Parcourez toutes les histoires de l’Église, depuis les premiers âges, et vous trouverez que, chaque fois qu’il y eut une grande œuvre de Dieu dans quelque ville ou nation particulière, ceux qui en étaient l’objet dirent bientôt à leurs voisins : « Tenez-vous à part, car nous sommes plus saints que vous ! » Aussitôt qu’ils s’étaient séparés, ou bien ils se retiraient dans les déserts, ou ils bâtissaient des maisons religieuses ; ou du moins ils formaient des partis où l’on n’admettait personne qui ne souscrivît à la fois à leur sentiment et à leur pratique. Mais il en va tout autrement des méthodistes : ils ne sont pas une secte ou un parti ; ils ne se séparent pas de la communauté religieuse à laquelle ils appartenaient d’abord. Ils sont encore membres de l’Église ; — tels ils désirent vivre et mourir. Et je crois que l’une des raisons pour lesquelles il plaît à Dieu de prolonger si longtemps ma vie, c’est de les affermir dans leur résolution présente de ne pas se séparer de l’Église.
15. Mais, malgré cela, bien des hommes ardents disent : « Si, vous vous séparez bel et bien de l’Église. » D’autres sont tout aussi ardents parce qu’ils disent que je ne m’en sépare pas. Je vais exposer simplement la chose telle qu’elle est.
Je tiens toutes les doctrines de l’Église d’Angleterre. J’aime sa liturgie. J’approuve son plan de discipline, et je souhaite seulement qu’on pût le mettre à exécution. Je ne m’écarte sciemment d’aucune règle de l’Église, sinon dans ces quelques cas où je juge, et autant que je juge, qu’il y a une nécessité absolue.
Par exemple : (1.) Comme peu d’ecclésiastiques m’ouvrent leurs églises, je suis dans la nécessité de prêcher en plein air.
(2.) Comme je ne connais pas de formules qui conviennent à toutes les occasions, je suis souvent dans la nécessité de prier d’abondance.
(3.) Afin d’édifier le troupeau de Christ dans la foi et dans l’amour, je suis dans la nécessité de les unir ensemble, et de les partager en petites compagnies, afin qu’ils s’excitent les uns les autres à la charité et aux bonnes œuvres.
(4.) Afin que mes compagnons d’œuvre et moi puissions nous aider plus efficacement les uns les autres à sauver nos propres âmes et celles de ceux qui nous écoutent, je juge nécessaire de réunir les prédicateurs, ou du moins la plus grande partie d’entre eux, une fois par an.
(5.) Dans ces Conférences, nous fixons les postes de tous les prédicateurs pour l’année suivante.
Mais tout cela n’est pas se séparer de l’Église. Tant s’en faut que, toutes les fois que j’en ai l’occasion, j’assiste moi-même au service de l’Église, et je conseille à toutes nos sociétés d’en faire autant.
16. Néanmoins, [quant à] la plupart des gens, même religieux, qui ne comprennent pas les motifs de ma conduite, et qui, d’un côté, m’entendent déclarer que je ne me séparerai pas de l’Église, et de l’autre, que je m’en écarte en ces points, ils penseront naturellement que je suis en contradiction avec moi-même. Et ils ne peuvent que le penser, à moins qu’ils ne remarquent mes deux principes : l’un, que je n’ose me séparer de l’Église, que je crois que ce serait un péché de le faire ; l’autre, que je crois que ce serait un péché de ne pas m’en écarter dans les points mentionnés ci-dessus. Je le dis, mettez ensemble ces deux principes : premièrement, je ne me séparerai pas de l’Église ; et cependant, secondement, dans les cas de nécessité je m’en écarterai (deux choses que j’ai constamment et ouvertement déclarées depuis plus de cinquante ans), et la contradiction s’évanouit. J’ai été fidèle à ma profession depuis 1730 jusqu’à ce jour.
17. « Mais n’est-il pas contraire à votre profession de permettre le service à Dublin aux heures de l’église ? Car quelle nécessité y a-t-il à cela ? ou à quelle bonne fin cela sert-il ? » Je crois que cela sert plusieurs bonnes fins, auxquelles on ne pourrait si bien parvenir d’aucune autre manière. La première est (si étrange que cela puisse paraître) de prévenir une séparation d’avec l’Église. Beaucoup de membres de notre société étaient totalement séparés de l’Église ; ils n’y assistaient jamais. Mais maintenant ils assistent régulièrement au service de l’Église chaque premier dimanche du mois. « Mais ne feraient-ils pas mieux d’y assister chaque semaine ? » Oui ; mais qui peut les y persuader ? Moi, je ne le puis. Je me suis efforcé de le faire pendant vingt ou trente ans, mais en vain. La deuxième est de les déshabituer de fréquenter les assemblées des dissidents, que beaucoup d’entre eux fréquentaient constamment, mais qu’ils ont maintenant entièrement quittées. La troisième est qu’ils entendent constamment cette saine doctrine qui peut sauver leurs âmes.
18. Je voudrais que vous tous qu’on appelle vulgairement méthodistes considériez sérieusement ce qui vient d’être dit. Et vous particulièrement que Dieu a chargés d’appeler les pécheurs à la repentance. Il ne s’ensuit nullement de là que vous soyez chargés de baptiser ou d’administrer la sainte cène. Vous n’y avez jamais songé pendant les dix ou vingt années qui suivirent le moment où vous commençâtes à prêcher. Vous ne vouliez pas alors, comme Koré, Dathan et Abiram, « rechercher aussi le sacerdoce ». Vous saviez que « Nul ne s’attribue cette dignité, s’il n’est appelé de Dieu, comme le fut Aaron. » Oh ! contenez-vous dans vos propres limites ; contentez-vous de prêcher l’Évangile ; « faites l’œuvre d’évangélistes » ; proclamez au monde entier la bonté de Dieu notre Sauveur ; déclarez à tous : « Le royaume des cieux est proche : Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle ! » Je vous conseille instamment de rester à votre place ; gardez votre poste. Vous étiez, il y a cinquante ans, ceux d’entre vous qui étaient alors prédicateurs méthodistes, des messagers extraordinaires de Dieu, non pas allant de votre propre volonté, mais poussés dehors, non pour supplanter, mais pour « exciter la jalousie » des messagers ordinaires. Au nom de Dieu, arrêtez-vous là ! Par votre prédication et par votre exemple, excitez-les à la charité et aux bonnes œuvres. Vous êtes un phénomène nouveau sur la terre, — un corps de gens qui, n’étant d’aucune secte ni d’aucun parti, sont amis de tous les partis, et s’efforcent d’avancer tous les hommes dans la religion du cœur, dans la connaissance et l’amour de Dieu et des hommes. Vous-mêmes, vous avez d’abord été appelés dans l’Église d’Angleterre ; et bien que vous ayez et que vous deviez avoir mille tentations de la quitter et de vous établir à part, n’en tenez pas compte. Restez des hommes de l’Église d’Angleterre ; ne rejetez pas la gloire particulière que Dieu a mise sur vous, et ne frustrez pas le dessein de la Providence, la fin même pour laquelle Dieu vous a suscités.
19. Je voudrais ajouter quelques mots à l’adresse des personnes sérieuses qui ne sont pas liées aux méthodistes, dont beaucoup sont de notre propre Église, l’Église d’Angleterre. Et pourquoi vous offenseriez-vous de nous ? Nous ne vous faisons aucun mal ; nous n’avons ni le dessein ni le désir de vous offenser en quoi que ce soit ; nous tenons vos doctrines ; nous observons vos règles, plus que ne le font la plupart des gens du royaume. Quelques-uns d’entre vous sont ecclésiastiques. Et pourquoi vous, plus que tous les autres hommes, vous offenseriez-vous de nous ? Nous n’attaquons ni votre caractère ni vos revenus ; nous vous honorons « à cause de votre œuvre » ! Si nous voyons certaines choses que nous n’approuvons pas, nous ne les publions pas ; nous jetons plutôt un manteau sur elles, et nous cachons ce que nous ne pouvons louer. Quand vous nous traitez avec dureté ou injustice, nous le supportons. « injuriés, nous bénissons » ; nous ne rendons pas injure pour injure. Oh ! que votre main ne soit pas sur nous !
20. Vous qui êtes riches en ce monde, ne nous regardez pas comme vos ennemis parce que nous vous disons la vérité, et peut-être d’une manière plus pleine et plus forte que d’autres ne le voudront ou ne l’oseront. Vous avez donc besoin de nous, un besoin inexprimable. Vous ne pouvez acheter de tels amis à aucun prix. Tout votre or et tout votre argent ne peuvent en acheter de pareils. Servez-vous de nous pendant que vous le pouvez. Si c’est possible, ne soyez jamais sans quelques-uns de ceux qui vous diront la vérité du fond du cœur. Autrement, vous pouvez vieillir dans vos péchés ; vous pouvez dire à vos âmes : « Paix! Paix! » alors qu’il n’y a point de paix ! Vous pouvez continuer à dormir, et rêver que vous êtes sur le chemin du ciel, jusqu’à ce que vous vous réveilliez dans le feu éternel.
21. Mais que vous écoutiez ou que vous n’écoutiez pas, nous, par la grâce de Dieu, nous poursuivons notre chemin ; demeurant nous-mêmes membres de l’Église d’Angleterre, comme nous l’étions dès le commencement, mais recevant tous ceux qui aiment Dieu, dans quelque Église que ce soit, comme notre frère, et notre sœur, et notre mère. Et pour leur union avec nous, nous n’exigeons aucune unité d’opinions ni de formes de culte, mais seulement qu’ils « craignent Dieu et pratiquent la justice », comme il a été dit. Or c’est là une chose entièrement nouvelle, inouïe dans toute autre communauté chrétienne. Dans quelle autre Église ou assemblée, par tout le monde chrétien, peut-on être admis à ces conditions, sans aucune autre condition ? Qu’on en montre une, qui le peut. Je n’en connais aucune en Europe, en Asie, en Afrique ou en Amérique ! C’est là la gloire des méthodistes, et d’eux seuls ! Ils ne sont eux-mêmes aucune secte ni aucun parti particulier ; mais ils reçoivent ceux de tous les partis qui « s’efforcent de pratiquer la justice, d’aimer la miséricorde, et de marcher humblement avec leur Dieu ». Cork, le 4 mai 1789
Chapitre 116 terminé
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