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L’unité de l’Être divin

Chapitre 115 · 21 min de lecture · 27 min d’écoute

L’unité de l’Être divin

Sermon 114

L’unité de l’Être divin

« Dieu est unique. »

Marc 12:32.

1. Et comme Dieu est unique, ainsi il n’y a qu’une religion et qu’un bonheur pour tous les hommes. Dieu n’a jamais voulu qu’il y en eût davantage ; et il n’est pas possible qu’il y en ait. À la vérité, dans un autre sens, comme l’observe l’apôtre, « il y a plusieurs dieux et plusieurs seigneurs ». Toutes les nations païennes avaient leurs dieux ; et beaucoup, des multitudes entières. Et, en général, plus elles étaient policées, plus elles s’entassaient de dieux. Mais pour nous, pour tous ceux qui sont favorisés de la révélation chrétienne, « il n’y a qu’un seul Dieu » ; qui déclare lui-même : « Y a-t-il un autre Dieu que moi? Il n’y en a point ; je n’en connais point. »

2. Mais qui peut sonder ce Dieu jusqu’à la perfection ? Aucune des créatures qu’il a faites. Il lui a seulement plu de nous révéler quelques-uns de ses attributs dans sa parole. Nous y apprenons que Dieu est un Être éternel. « Ses origines sont de toute éternité », et elles se prolongeront jusqu’à l’éternité. Comme il a toujours été, ainsi il sera toujours ; comme son existence n’a point eu de commencement, ainsi elle n’aura point de fin. On reconnaît universellement que cela est contenu dans son nom même, Jéhovah ; que l’apôtre Jean rend en conséquence par : « Celui qui était, qui est, et qui vient. » Peut-être serait-il aussi juste de dire : « Il est d’éternité en éternité. »

3. Étroitement liée à l’éternité de Dieu est son omniprésence. Comme il existe à travers une durée infinie, ainsi il ne peut qu’exister à travers un espace infini ; selon sa propre question, qui équivaut à l’affirmation la plus forte : — « Ne remplis-je pas, moi, les cieux et la terre? Dit l’Éternel. » (les cieux et la terre, dans l’idiome hébreu, signifiant l’univers entier) ; lequel, par conséquent, selon sa propre déclaration, est rempli de sa présence.

4. Cet Être unique, éternel et présent partout, est aussi tout parfait. Il possède, d’éternité en éternité, toutes les perfections, et infiniment plus qu’il n’est jamais monté ou qu’il ne pourra jamais monter au cœur de l’homme de concevoir ; oui, infiniment plus que les anges du ciel ne peuvent concevoir. Ces perfections, nous les appelons d’ordinaire les attributs de Dieu.

5. Et il est tout-puissant, aussi bien que présent partout ; il ne peut pas plus y avoir de bornes à sa puissance qu’à sa présence. Il « a un bras puissant ; sa main est forte, et sa droite élevée ». Il fait tout ce qu’il lui plaît, dans les cieux, sur la terre, dans la mer et dans tous les abîmes. Pour les hommes, nous le savons, bien des choses sont impossibles, mais non pour Dieu : avec lui « tout est possible ». Dès qu’il veut, il a aussi le pouvoir de faire.

6. L’omniscience de Dieu est une conséquence claire et nécessaire de son omniprésence. S’il est présent dans toutes les parties de l’univers, il ne peut que connaître tout ce qui y est, ou qui s’y fait ; selon la parole de saint Jacques : « Toutes ses œuvres sont connues de Dieu », ainsi que les œuvres de toute créature, « depuis le commencement » du monde ; ou plutôt, comme l’expression le signifie littéralement, « de toute éternité ». Ses yeux ne sont pas seulement « sur toute la terre, observant les méchants et les bons » ; mais aussi sur la création entière, oui, et sur les sentiers de la nuit incréée. Y a-t-il quelque différence entre sa connaissance et sa sagesse ? S’il y en a une, sa connaissance n’est-elle pas le terme le plus général (du moins selon nos faibles conceptions), et sa sagesse une branche particulière de celle-ci ; savoir, la connaissance de la fin de tout ce qui existe, et des moyens de l’appliquer à cette fin ?

7. La sainteté est un autre des attributs du Dieu tout-puissant et tout sage. Il est infiniment éloigné de toute atteinte du mal. Il « est lumière, et il n’y a point en lui de ténèbres ». Il est un Dieu d’une justice et d’une vérité sans tache ; mais, par-dessus tout, il y a sa miséricorde. C’est ce que nous pouvons aisément apprendre de ce beau passage des trente-troisième et trente-quatrième chapitres de l’Exode : « Moïse dit: Fais-moi voir ta gloire! L’Éternel descendit dans une nuée, […] et proclama le nom de l’Éternel. — L’Éternel, l’Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, qui conserve son amour jusqu’à mille générations, qui pardonne l’iniquité, la rébellion et le péché. »

8. Ce Dieu est Esprit ; il n’a point de corps, ni de parties, ni de passions, comme en ont les hommes. Ce fut l’opinion, tant des anciens Juifs que des anciens chrétiens, que lui seul est un pur Esprit, entièrement séparé de toute matière ; tandis qu’ils supposaient que tous les autres esprits, même les plus élevés des anges, même les chérubins et les séraphins, habitent des véhicules matériels, quoique d’une substance extrêmement légère et subtile. Au point de la durée que la sagesse infinie de Dieu jugea le plus convenable, pour des raisons qui demeurent cachées dans l’abîme de son propre entendement, et qu’aucun esprit fini ne peut sonder, Dieu « appela à l’existence tout ce qui est » ; il créa les cieux et la terre, avec tout ce qu’ils contiennent. « Toutes choses ont été créées par lui, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. » Il créa l’homme, en particulier, à sa propre image, pour être « une peinture de sa propre éternité ». Quand il eut formé l’homme de la poussière de la terre, il souffla en lui un esprit immortel. C’est pourquoi il est appelé d’une manière particulière « le Père de nos esprits » ; oui, « le Père des esprits de toute chair ».

9. Il « a tout fait », comme le remarque le sage, « pour lui-même » ; « c’est pour sa gloire que toutes choses ont été créées ». Non « comme s’il avait besoin de quoi que ce soit » ; puisque c’est lui « qui donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses ». Il a fait toutes choses pour être heureuses. Il a fait l’homme pour être heureux en lui. Il est le vrai centre des esprits ; pour qui tout esprit créé a été fait. Tant est vraie cette parole bien connue des anciens Pères : Fecisti nos ad te : et irrequietum est cor nostrum, donec requiescat in te : « Tu nous as faits pour toi ; et notre cœur ne peut trouver de repos jusqu’à ce qu’il repose en toi. »

10. Cette observation nous donne une réponse claire à cette question du catéchisme de l’Assemblée : « Dans quel but Dieu a-t-il créé l’homme ? » La réponse est : « Pour le glorifier, et jouir de lui à jamais. » Cela est indubitablement vrai ; mais est-ce tout à fait clair, surtout pour les hommes d’une capacité ordinaire ? Le commun du peuple comprend-il en général cette expression : « Glorifier Dieu » ? Non ; pas plus qu’il ne comprend le grec. Et elle est tout à fait au-dessus de la portée des enfants, à qui nous ne pouvons presque jamais parler assez simplement. Or, n’est-ce pas là le principe même qu’on devrait inculquer à toute créature humaine, — « Vous êtes faits pour être heureux en Dieu », aussitôt que la raison commence à poindre ? Tout père, toute mère, dès qu’un enfant commence à parler, ou à marcher seul, ne devraient-ils pas lui dire quelque chose de ce genre : « Vois ! qu’est-ce que cela qui brille ainsi au-dessus de ta tête ? Nous l’appelons le soleil. Vois comme il est brillant ! Sens comme il te réchauffe ! Il fait pousser l’herbe, et croître toutes choses. Mais c’est Dieu qui a fait le soleil. Le soleil ne pourrait ni briller, ni réchauffer, ni faire aucun bien sans lui. » De cette manière simple et familière, un père sage pourrait, bien des fois dans un jour, dire quelque chose de Dieu ; insistant particulièrement sur ceci : « Il t’a fait ; et il t’a fait pour être heureux en lui ; et rien d’autre ne peut te rendre heureux. » Nous ne pouvons inculquer cela trop tôt. Si vous dites : « Mais ils ne peuvent vous comprendre quand ils sont si jeunes » ; je réponds : Non ; ni quand ils ont cinquante ans, à moins que Dieu n’ouvre leur entendement : et ne peut-il pas le faire à tout âge ?

11. À la vérité, il faudrait inculquer cela à toute créature humaine, jeune ou vieille, avec d’autant plus d’ardeur et de diligence que si peu de gens, même parmi ceux qu’on appelle chrétiens, semblent en savoir quoi que ce soit. Beaucoup, il est vrai, pensent à être heureux avec Dieu dans le ciel ; mais être heureux en Dieu sur la terre ne leur est jamais venu à l’esprit. D’autant moins que, dès le moment où ils viennent au monde, ils sont environnés d’idoles. Telles sont, tour à tour, toutes « les choses visibles » (tandis que Dieu ne se voit pas), qui toutes promettent un bonheur indépendant de Dieu. À la vérité, il est vrai que

Droits de cœur et de volonté,

Nous fûmes faits par notre Dieu ;

Mais nous nous tournâmes du bien vers le mal,

Et errâmes parmi les créatures ;

Nous multipliâmes notre pensée vagabonde,

Qui d’abord était fixée sur Dieu seul ;

Dans dix mille objets nous cherchâmes

Le bonheur que nous perdîmes en un seul.

12. Ces idoles, ces rivales de Dieu, sont innombrables ; mais on peut à peu près les ramener à trois classes. Premièrement. Les objets des sens ; ceux qui satisfont un ou plusieurs de nos sens extérieurs. Ils excitent la première espèce d’« amour du monde », que saint Jean appelle « la convoitise de la chair ». Secondement. Les objets de l’imagination ; les choses qui satisfont notre fantaisie par leur grandeur, leur beauté ou leur nouveauté. Toutes ces choses nous font de belles promesses de bonheur, et nous empêchent par là de le chercher en Dieu. C’est ce que l’apôtre appelle « la convoitise des yeux » ; par laquelle surtout l’imagination est satisfaite. Elles sont, troisièmement, ce que saint Jean appelle « l’orgueil de la vie ». Il semble entendre par là les honneurs, la richesse, et tout ce qui tend directement à engendrer l’orgueil.

13. Mais supposez que nous soyons gardés contre toutes ces choses, n’y a-t-il pas d’autres idoles que nous ayons lieu de redouter ; et des idoles d’autant plus dangereuses que nous n’en soupçonnons aucun danger ? Car y a-t-il quelque danger à craindre de nos amis et de nos parents ; de la tendresse mutuelle des maris et des femmes, ou des parents et des enfants ? Ne devons-nous pas leur porter une très tendre affection ? Ne devons-nous pas les aimer moins seulement que Dieu ? Oui, et n’y a-t-il pas une tendre affection due à ceux que Dieu a rendus utiles à nos âmes ? Ne nous est-il pas commandé de « les estimer très haut dans l’amour, à cause de leur œuvre » ? Tout cela est incontestablement vrai ; et c’est cela même qui fait la difficulté. Qui est suffisant pour cela ? — pour aller assez loin en ceci, et pas plus loin ? pour les aimer assez, et non trop ? Pouvons-nous aimer une épouse, un enfant, un ami, assez bien, sans aimer la créature plus que le Créateur ? Qui est capable de suivre l’avertissement que saint Paul donne aux chrétiens de Thessalonique ? (1 Thessaloniciens 4:5.)

14. Je voudrais que ce passage important (si étrangement déguisé dans notre traduction) fût dûment considéré : « Que chacun de vous sache posséder son vase », sa femme, « dans la sanctification et l’honneur » ; de manière à ne déshonorer ni Dieu ni lui-même ; à ne point entraver, mais à avancer la sainteté. Saint Paul poursuit : me en pathei epithymias, ce que nous traduisons : Non dans la convoitise de la concupiscence. (Qu’est-ce que cela ? Cela ne donne au lecteur anglais aucune idée. pathos signifie toute affection violente ou impétueuse. epithymia est le désir. Par ces deux mots, l’apôtre entend sans aucun doute des affections véhémentes et impétueuses) — « comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu », et qui peuvent ainsi naturellement chercher le bonheur dans une créature.

15. Si, par la grâce de Dieu, nous avons évité ou abandonné toutes ces idoles, il en reste une plus dangereuse que toutes les autres ; c’est la religion. On comprendra aisément que je veux parler de la fausse religion ; c’est-à-dire de toute religion qui n’implique pas le don du cœur à Dieu. Telle est, premièrement, une religion d’opinions ; ou ce qu’on appelle l’orthodoxie. Dans ce piège tombent des milliers de ceux qui font profession de tenir « le salut par la foi » ; et même tous ceux qui, par la foi, n’entendent qu’un système d’opinions arminiennes ou calvinistes. Telle est, secondement, une religion de formes ; d’un culte purement extérieur, quelque constamment qu’on l’accomplisse ; oui, quand même nous assisterions chaque jour à l’office de l’Église, et chaque dimanche à la sainte cène. Telle est, troisièmement, une religion d’œuvres ; qui cherche la faveur de Dieu en faisant du bien aux hommes. Telle est, enfin, une religion d’athéisme ; c’est-à-dire toute religion dont Dieu n’est pas posé comme le fondement. En un mot, une religion où « Dieu en Christ, réconciliant le monde avec lui-même », n’est pas l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin, le premier et le dernier point.

16. La vraie religion, ce sont des dispositions justes envers Dieu et envers les hommes. C’est, en deux mots, la reconnaissance et la bienveillance ; la reconnaissance envers notre Créateur et souverain Bienfaiteur, et la bienveillance envers nos semblables. En d’autres termes, c’est aimer Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes.

17. C’est parce que nous savons que Dieu nous aime que nous l’aimons, et que nous aimons notre prochain comme nous-mêmes. La reconnaissance envers notre Créateur ne peut que produire la bienveillance envers nos semblables. L’amour de Christ nous presse, non seulement d’être inoffensifs, de ne faire aucun mal à notre prochain, mais d’être utiles, d’être « zélés pour les bonnes œuvres » ; « pendant que nous en avons l’occasion, de pratiquer le bien envers tous » ; et d’être pour tous des modèles d’une moralité vraie et sincère ; de justice, de miséricorde et de vérité. C’est là la religion, et c’est là le bonheur ; le bonheur pour lequel nous avons été faits. Il commence quand nous commençons à connaître Dieu par l’enseignement de son propre Esprit. Aussitôt que le Père des esprits révèle son Fils dans nos cœurs, et que le Fils révèle son Père, l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs ; alors, et pas avant, nous sommes heureux. Nous sommes heureux, premièrement, dans le sentiment de sa faveur, qui vaut à la vérité mieux que la vie même ; ensuite, dans la communion constante avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ ; puis, dans toutes les dispositions célestes qu’il a opérées en nous par son Esprit ; de plus, dans le témoignage de son Esprit, que toutes nos œuvres lui sont agréables ; et enfin, dans le témoignage de notre propre esprit, que « nous nous sommes conduits dans le monde avec simplicité et sincérité devant Dieu ». Demeurant fermes dans cette liberté du péché et de la tristesse, par laquelle Christ les a affranchis, les vrais chrétiens « sont toujours joyeux, prient sans cesse, et rendent grâces en toutes choses ». Et leur bonheur augmente sans cesse, à mesure qu’ils « croissent jusqu’à la mesure de la stature parfaite de Christ ».

18. Mais combien peu cette religion est-elle connue par expérience, ou même l’objet d’une pensée, dans le monde chrétien ! Au contraire, quelle raison n’avons-nous pas de reprendre la lamentation d’un saint mourant (M. Haliburton, de St Andrews, en Écosse) : « Ô messieurs, je crains qu’une sorte de religion rationnelle ne prévale de plus en plus parmi nous ; une religion qui n’a rien de Christ en elle ; bien plus, qui non seulement n’a rien de Christ, mais rien de Dieu en elle ! » Et, à la vérité, combien cela prévaut généralement, non seulement parmi les incrédules déclarés, mais aussi parmi ceux qui se disent chrétiens ; qui font profession de croire que la Bible est la parole de Dieu ! Ainsi notre compatriote, M. Wollaston, dans cet ouvrage travaillé, « La religion de la nature exposée », nous présente un système complet de religion, sans rien de Dieu ; sans rien devoir, à aucun degré, ni à la révélation juive ni à la révélation chrétienne. Ainsi M. Burlomachi, de Genève, dans son curieux « Traité du droit de la nature », ne fait pas plus usage de la Bible que s’il ne l’avait jamais vue. Et ainsi le feu professeur Hutcheson, de Glasgow (écrivain plus étrange que l’un et l’autre des précédents), est si loin de fonder la vertu sur la crainte ou sur l’amour de Dieu, qu’il exclut entièrement Dieu de la question ; ne craignant pas de déclarer, en termes exprès, que le regard vers Dieu est incompatible avec la vertu ; à tel point que, si, en faisant une action bienfaisante, vous attendez que Dieu la récompense, la vertu de l’action est perdue : ce n’est plus alors une action vertueuse, mais une action égoïste.

19. Peut-être, à la vérité, n’y en a-t-il pas beaucoup qui poussent la chose aussi loin. Mais combien est grand le nombre de ceux qui, admettant que la religion se compose de deux branches, — notre devoir envers Dieu, et notre devoir envers notre prochain, — oublient entièrement la première partie, et mettent la seconde pour le tout, — pour le devoir entier de l’homme ! Ainsi presque tous les gens de lettres, en Angleterre, en France, en Allemagne, oui, et dans tous les pays civilisés de l’Europe, exaltent jusqu’aux cieux l’humanité, comme l’essence même de la religion. À cela le grand triumvirat, Rousseau, Voltaire et David Hume, a consacré tous ses travaux, n’épargnant aucune peine pour établir une religion qui reposerait sur son propre fondement, indépendante de toute révélation quelle qu’elle soit ; oui, qui ne supposerait pas même l’existence d’un Dieu. Ainsi, le laissant à lui-même, s’il existe, ils ont trouvé une religion et un bonheur qui n’ont aucun rapport avec Dieu, ni aucune dépendance de lui.

20. Il n’est pas étonnant que cette religion devienne à la mode, et se répande au loin dans le monde. Mais appelez-la humanité, vertu, moralité, ou comme il vous plaira, elle n’est ni meilleure ni pire que l’athéisme. Les hommes séparent par là, volontairement et de propos délibéré, ce que Dieu a joint, — les devoirs de la première et de la seconde table. C’est séparer l’amour du prochain de l’amour de Dieu. C’est une manière spécieuse de chasser Dieu du monde qu’il a fait. Ils peuvent faire l’affaire sans lui ; et ainsi, ou bien ils le laissent entièrement de côté, sans le considérer en rien, ou bien ils supposent que, puisque

Il donna aux choses leur commencement,

Et mit cette toupie en branle, il ne s’est pas mis en peine de ces bagatelles, mais a laissé chaque chose suivre son propre cours.

21. Au contraire, nous avons la plus pleine évidence que l’Esprit éternel, présent partout, tout-puissant et tout sage, de même qu’il a créé toutes choses, préside continuellement à tout ce qu’il a créé. Il gouverne tout, non seulement jusqu’aux bornes de la création, mais à travers l’étendue la plus reculée de l’espace ; et non seulement pendant le court temps que mesurent la terre et le soleil, mais d’éternité en éternité. Nous savons que, comme toute la nature, ainsi toute religion et tout bonheur dépendent de lui ; et nous savons que quiconque enseigne à chercher le bonheur sans lui est un monstre, et un fléau de la société.

22. Mais, après toutes les vaines tentatives des hommes savants ou ignorants, on trouvera que, comme il n’y a qu’un Dieu, ainsi il n’y a qu’un bonheur et qu’une religion. Et l’un et l’autre ont leur centre en Dieu. Par l’Écriture et par l’expérience, nous savons qu’un homme impie, et par conséquent malheureux, cherchant le repos, mais n’en trouvant point, est tôt ou tard convaincu que le péché est la cause de sa misère ; et il crie du fond de l’abîme à celui qui peut sauver : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur ! » Il ne tarde pas à trouver « la rédemption par le sang de Jésus, la rémission des péchés ». Alors « le Père révèle son Fils » dans son cœur ; et il « appelle Jésus Seigneur par le Saint-Esprit ». Et alors l’amour de Dieu est « répandu dans son cœur par le Saint-Esprit qui lui a été donné ». De ce principe naît une bienveillance réelle et désintéressée envers tout le genre humain ; qui le rend humble, doux, bienveillant envers tous les hommes, facile à fléchir, — à se laisser convaincre de ce qui est juste, et persuader de ce qui est bon ; inviolablement patient, avec un acquiescement reconnaissant à chaque pas de son adorable providence. C’est là la religion, savoir, tous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ. Et quelqu’un a-t-il l’insolence ou la stupidité de nier que ce soit là le bonheur ; oui, qu’elle

Donne plus de bonheur ici-bas

Que n’en connaissent les vainqueurs dans un triomphe ?

23. On ne peut douter que de cet amour pour Dieu et pour les hommes ne découle une conduite convenable. Sa « parole », c’est-à-dire son discours, « sera toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, et propre à communiquer une grâce à ceux qui l’entendent ». Il « ouvrira toujours la bouche avec sagesse, et la loi de la bonté sera sur sa langue ». C’est pourquoi ses paroles affectueuses « tomberont comme la rosée, et comme des ondées sur la verdure ». Et les hommes sauront que ce n’est pas lui seulement qui parle, mais l’Esprit du Père qui parle en lui. Ses actions découleront de la même source que ses paroles ; savoir, de l’abondance d’un cœur aimant. Et tandis que toutes tendent à la gloire de Dieu, et à ce seul but, quoi qu’il fasse, il peut dire avec vérité : —

Fin de chacune de mes actions, c’est toi,

En toutes choses je te vois :

Accepte maintenant mon travail consacré,

Je le fais comme pour toi !

24. Celui à qui ce caractère appartient, et lui seul, est chrétien. Pour lui, l’Esprit unique, éternel, présent partout et tout parfait, est « l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier » ; non seulement son Créateur, mais son Soutien, son Conservateur, son Gouverneur ; oui, son Père, son Sauveur, son Sanctificateur et son Consolateur. Ce Dieu est son Dieu, et son Tout, dans le temps et dans l’éternité. C’est la bienveillance qui naît de cette racine qui est la religion pure et sans tache. Mais si elle est bâtie sur un autre fondement, de même qu’elle est sans valeur aux yeux de Dieu, de même elle n’apporte à l’homme aucun bonheur réel, solide et permanent, mais le laisse toujours une pauvre créature, aride, indigente et mécontente.

25. Que tous ceux donc qui désirent plaire à Dieu daignent être enseignés de Dieu, et prennent garde de marcher dans le sentier que Dieu lui-même a tracé. Gardez-vous de prendre la moitié de cette religion pour le tout ; mais prenez-en les deux parties ensemble. Et veillez à commencer là où Dieu lui-même commence : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. » N’est-ce pas là, au jugement de notre Seigneur lui-même, le premier, aussi bien que le grand commandement ? Premièrement donc, veillez à aimer Dieu ; ensuite votre prochain, — tout enfant des hommes. Que de cette source découlent toute disposition, toute affection, toute passion. Ainsi « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ » seront en vous. Que toutes vos pensées, vos paroles et vos actions découlent de là ! Ainsi vous « prendrez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde ». Prêché à DUBLIN, le 9 avril 1789.

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