Chapitre 112 · 14 min de lecture · 19 min d’écoute
Sur l’omniprésence de Dieu
Sermon 111
Sur l’omniprésence de Dieu
« Ne remplis-je pas, moi, les cieux et la terre? Dit l’Éternel. »
Jérémie 23:24.
1. Avec quelle force et quelle beauté ces paroles expriment l’omniprésence de Dieu ! Et peut-il y avoir, dans toute l’étendue de la nature, un sujet plus sublime ? Peut-il y en avoir un plus digne de la considération de toute créature raisonnable ? En est-il un qu’il soit plus nécessaire de considérer et de comprendre, autant que nos pauvres facultés le permettent ? À combien d’excellentes fins il peut servir ! Quelle profonde instruction il peut apporter à tous les enfants des hommes ! Et plus directement aux enfants de Dieu.
2. Comment se fait-il donc qu’on ait si peu écrit sur un sujet si sublime et si utile ? Il est vrai que quelques-uns de nos écrivains les plus éminents l’ont touché à l’occasion, et ont plusieurs réflexions fortes et belles qu’il leur a naturellement suggérées. Mais lequel d’entre eux a publié un traité en règle, ou même un sermon, sur ce chapitre ? Peut-être beaucoup ont-ils senti leur incapacité de rendre justice à un sujet si vaste. Il est possible que quelque écrit de ce genre demeure caché dans les volumineux ouvrages du siècle dernier. Mais s’ils sont cachés même dans leur propre pays, s’ils sont déjà ensevelis dans l’oubli, c’est la même chose, quant à l’usage qu’on en fait, que s’ils n’avaient jamais été écrits.
3. Ce qui semble manquer encore, pour l’usage général, c’est un discours simple sur l’omniprésence ou l’ubiquité de Dieu : d’abord, expliquant et prouvant en quelque manière cette glorieuse vérité : « Dieu est en ce lieu-ci, et en tout lieu » ; et ensuite, l’appliquant à la conscience de tous les hommes qui réfléchissent, en quelques conséquences pratiques.
I. 1. Je m’efforcerai donc, avec l’assistance de son Esprit, d’abord d’expliquer un peu l’omniprésence de Dieu ; de montrer comment nous devons entendre cette glorieuse vérité : « Dieu est en ce lieu-ci, et en tout lieu. Le psalmiste, vous vous en souvenez peut-être, en parle avec force et beauté dans le cent trente-neuvième psaume ; observant dans l’ordre le plus exact, d’abord, « Dieu est en ce lieu-ci » ; et ensuite, « Dieu est en tout lieu ». Il observe d’abord : « Tu es autour de mon lit et autour de mon sentier, et tu épies toutes mes voies. » (Psaume 139:3.) « Tu m’as formé par derrière et par devant, et tu as posé ta main sur moi. » (Psaume 139:5) Bien qu’il ne pût en expliquer la manière ; il ne pouvait dire comment cela se faisait. « Une telle connaissance, dit-il, est trop merveilleuse pour moi : je ne puis y atteindre. » (Psaume 139:6) Il observe ensuite, de la manière la plus vive et la plus touchante, que Dieu est en tout lieu. « Où irais-je loin de ton esprit, Et où fuirais-je loin de ta face? Si je monte aux cieux, tu y es; Si je me couche au séjour des morts, t’y voilà. » (Psaume 139:7, 8.) Si je pouvais monter, pour parler à la manière des hommes, jusqu’à la partie la plus haute de l’univers, ou si je pouvais descendre jusqu’au point le plus bas, tu es également présent dans l’un et dans l’autre. « Si je prends les ailes de l’aurore, Et que j’aille habiter à l’extrémité de la mer, Là aussi ta main me conduira, » — ta puissance et ta présence seraient devant moi, — « Et ta droite me saisira. » puisque tu es également dans la longueur et la largeur, dans la hauteur et la profondeur de l’univers. À la vérité, ta présence et ta connaissance n’atteignent pas seulement les bornes extrêmes de la création ; mais
Ton regard présent partout
S’étend jusqu’aux royaumes sans chemins
De la nuit incréée.
En un mot, il n’y a aucun point de l’espace, soit au-dedans, soit au-dehors des bornes de la création, où Dieu ne soit pas.
2. À la vérité, ce sujet est beaucoup trop vaste pour être embrassé par les étroites limites de l’entendement humain. Nous pouvons seulement dire : Le grand Dieu, l’Esprit éternel et tout-puissant, est aussi illimité dans sa présence que dans sa durée et dans sa puissance. Par condescendance, il est vrai, pour notre faible entendement, il est dit habiter dans le ciel : mais, à parler exactement, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent le contenir ; mais il est dans toutes les parties de son empire. Le Dieu universel habite l’espace universel ; de sorte que nous pouvons dire :
Salut, ô Père ! dont la voix créatrice
Rassemble des mondes sans nombre !
Jéhovah, qui comprends tout,
Que nul ne peut comprendre !
3. Si nous pouvons oser essayer d’éclaircir ceci un peu plus, qu’est-ce que l’espace occupé par un grain de sable, comparé à l’espace qu’occupent les cieux étoilés ? C’est comme un zéro ; ce n’est rien ; cela s’évanouit dans la comparaison. Qu’est-ce donc, comparé à toute l’étendue de l’espace, auprès de laquelle la création entière est infiniment moindre qu’un grain de sable ? Et cependant cet espace, avec lequel la création entière n’a aucune proportion, est infiniment moindre, en comparaison du grand Dieu, que ne l’est un grain de sable, oui, la millionième partie d’un grain, par rapport à cet espace tout entier.
II. 1. Tel paraît être le sens simple de ces paroles solennelles que Dieu dit de lui-même : « Ne remplis-je pas, moi, les cieux et la terre? » Et elles prouvent suffisamment son omniprésence ; laquelle peut encore se prouver par cette considération : Dieu agit partout, et, par conséquent, il est partout ; car il est absolument impossible qu’un être quelconque, créé ou incréé, agisse là où il n’est pas. Dieu agit dans le ciel, sur la terre, et sous la terre, dans toute l’étendue de sa création ; en soutenant toutes choses, sans quoi toute chose retomberait en un instant dans son néant primitif ; en gouvernant tout, présidant à chaque instant à tout ce qu’il a fait ; influant sur tout avec force et avec douceur, et cependant sans détruire la liberté de ses créatures raisonnables. Les païens mêmes reconnaissaient que le grand Dieu gouverne les parties vastes et visibles de l’univers ; qu’il règle les mouvements des corps célestes, du soleil, de la lune et des étoiles ; qu’il est
Totam
Mens agitans molem, et magno se corpore miscens :
L’âme qui donne à tout sa forme,
Qui remplit, pénètre et anime le tout.
Mais ils n’avaient aucune idée de ce qu’il prend garde aux plus petites choses aussi bien qu’aux plus grandes ; de ce qu’il préside à tout ce qu’il a fait, et gouverne les atomes aussi bien que les mondes. Cela, nous n’aurions pu le savoir, s’il n’avait plu à Dieu de nous le révéler lui-même. S’il ne nous l’avait dit lui-même, nous n’aurions pas osé penser que « pas un passereau ne tombe à terre sans la volonté de notre Père qui est dans les cieux » ; et encore moins affirmer que « même les cheveux de notre tête sont tous comptés ! »
2. Cette consolante vérité, que « Dieu remplit les cieux et la terre », nous l’apprenons aussi du psaume cité plus haut : « Si je monte aux cieux, tu y es; Si je me couche au séjour des morts, t’y voilà. Si je prends les ailes de l’aurore, Et que j’aille habiter à l’extrémité de la mer, Là aussi ta main me conduira. » Le sens simple est : Si je m’éloigne à quelque distance que ce soit, tu y es ; tu m’entoures encore, et tu mets ta main sur moi. Que je fuie à une distance concevable ou inconcevable ; en haut, en bas, ou de quelque côté que ce soit, cela ne fait aucune différence ; tu y es encore également : en toi j’ai encore « la vie, le mouvement, et l’être ».
3. Et là où il n’y a aucune créature, Dieu est encore là. La présence ou l’absence d’une créature, ou de toutes, ne fait aucune différence à son égard. Il est également en toutes, ou hors de toutes. Il y a eu bien des disputes entre les philosophes sur la question de savoir s’il y a dans l’univers quelque chose comme un espace vide ; et on suppose maintenant généralement que tout l’espace est plein. Peut-être ne peut-on pas prouver que tout l’espace est rempli de matière. Mais le païen lui-même nous rendra témoignage : Jovis omnia plena : « Toutes choses sont pleines de Dieu. » Oui, et l’espace existe au-delà des bornes de la création (car la création doit avoir des bornes, puisque rien n’est sans bornes, rien ne peut l’être, que le grand Créateur) ; et cet espace même ne peut exclure celui qui remplit le ciel et la terre.
4. C’est exactement l’équivalent de l’expression de l’apôtre (Éphésiens 1:23, non pas, comme quelques-uns l’ont étrangement supposé, au sujet de l’Église, mais au sujet de son Chef) : « la plénitude de celui qui remplit tout en tous » ; ta panta en pasin, littéralement traduit, « toutes choses en toutes choses » ; — l’expression d’universalité la plus forte qu’on puisse concevoir. Elle comprend nécessairement les plus petites et les plus grandes de toutes les choses qui existent. De sorte que, si une expression pouvait être plus forte, elle serait plus forte que celle-là même : « remplir les cieux et la terre ».
5. À la vérité, cette expression même : « Ne remplis-je pas, moi, les cieux et la terre? » (la question équivalant à l’affirmation la plus forte), implique l’assertion la plus claire que Dieu est présent partout et remplit tout l’espace ; car on sait bien que l’expression hébraïque « les cieux et la terre » comprend l’univers entier ; toute l’étendue de l’espace, créé ou incréé, et tout ce qui s’y trouve.
6. Bien plus, nous ne pouvons croire à la toute-puissance de Dieu, à moins de croire à son omniprésence ; car, puisque, comme on l’a remarqué plus haut, rien ne peut agir là où il n’est pas, — s’il y avait quelque espace où Dieu ne fût pas présent, il n’y pourrait rien faire. C’est pourquoi nier l’omniprésence de Dieu implique aussi la négation de sa toute-puissance. Mettre des bornes à l’une, c’est indubitablement en mettre aussi à l’autre.
7. À la vérité, partout où nous supposons qu’il n’est pas, nous supposons que tous ses attributs sont vains. Il ne peut y exercer ni sa justice ni sa miséricorde, ni sa puissance ni sa sagesse. Dans l’espace extra-mondain (pour ainsi parler), où nous supposons que Dieu n’est pas présent, nous devons naturellement supposer qu’il n’a aucune durée ; mais, comme on le suppose au-delà des bornes de la création, ainsi il est au-delà des bornes de la puissance du Créateur. Telle est l’absurdité blasphématoire qu’implique cette supposition.
8. Mais à tout ce qu’on dit ou qu’on peut dire de l’omniprésence de Dieu, le monde a une grande objection : ils ne peuvent le voir. Et c’est réellement là la racine de toutes leurs autres objections. Notre bienheureux Seigneur l’a remarqué il y a longtemps : « que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point. » Mais n’est-il pas facile de répondre : « Pouvez-vous voir le vent ? » Vous ne le pouvez pas. Mais niez-vous pour cela son existence ou sa présence ? Vous dites : « Non ; car je puis le percevoir par mes autres sens. » Mais par lequel de vos sens percevez-vous votre âme ? Assurément vous ne niez ni l’existence ni la présence de celle-ci ! Et cependant elle n’est l’objet ni de votre vue, ni d’aucun de vos autres sens. Qu’il suffise donc de considérer que Dieu est Esprit, comme l’est aussi notre âme. Par conséquent, il est celui « que nul homme n’a vu ni ne peut voir », avec des yeux de chair et de sang.
III. 1. Mais, en admettant que Dieu est ici, comme en tout lieu, qu’il est « autour de notre lit et autour de notre sentier » ; qu’il « nous entoure par derrière et par devant, et met sa main sur nous » ; quelle conséquence devons-nous en tirer ? Quel usage devons-nous faire de cette redoutable considération ? N’est-il pas convenable et juste de nous humilier devant les yeux de sa majesté ? Ne devons-nous pas travailler continuellement à reconnaître sa présence, « avec piété et avec crainte » ? non pas, il est vrai, avec la crainte des démons, qui croient et qui tremblent, mais avec la crainte des anges, avec quelque chose de semblable à ce qu’éprouvent les habitants du ciel, quand
Sombres d’un éclat excessif, les pans de sa robe paraissent,
Et pourtant éblouissent le ciel, si bien que les plus brillants séraphins
N’approchent qu’en voilant leurs yeux de leurs deux ailes.
2. En second lieu. Si vous croyez que Dieu est autour de votre lit et autour de votre sentier, et qu’il épie toutes vos voies, prenez donc garde de ne pas faire la moindre chose, de ne pas dire la moindre parole, de ne pas entretenir la moindre pensée, dont vous ayez lieu de croire qu’elle l’offenserait. Supposez qu’un messager de Dieu, un ange, se tienne maintenant à votre droite, et fixe les yeux sur vous : ne prendriez-vous pas garde de vous abstenir de toute parole ou de toute action que vous sauriez devoir l’offenser ? Oui, supposez qu’un de vos compagnons de service mortels, supposez seulement qu’un saint homme se tienne près de vous : ne seriez-vous pas extrêmement attentif à la manière dont vous vous conduiriez, en paroles et en actions ? Combien plus attentif devez-vous être, quand vous savez que ce n’est pas un saint homme, ni un ange de Dieu, mais Dieu lui-même, le Saint « qui habite l’éternité », qui examine à chaque instant votre cœur, votre langue, votre main ; et que lui-même vous amènera certainement en jugement pour tout ce que vous pensez, dites et faites sous le soleil !
3. En particulier : s’il n’y a pas une parole sur votre langue, pas une syllabe que vous prononciez, qu’il « ne connaisse entièrement » ; avec quelle exactitude ne devez-vous pas « mettre une garde à votre bouche, et veiller sur la porte de vos lèvres » ! Avec quelle circonspection il vous convient d’agir dans toute votre conversation, étant averti par votre Juge que « par vos paroles vous serez justifiés, ou par vos paroles vous serez condamnés » ! Avec quelle précaution, de peur qu’« aucune parole mauvaise », aucun discours dépourvu de charité, ou même inutile, ne « sorte de votre bouche » ; au lieu de « quelque bonne parole, qui serve à l’édification et communique une grâce à ceux qui l’entendent » !
4. Oui, si Dieu voit nos cœurs aussi bien que nos mains, et en tous lieux ; s’il pénètre nos pensées longtemps avant qu’elles soient revêtues de paroles, avec quelle ardeur ne devons-nous pas présenter cette requête : « Sonde-moi, ô Seigneur, et éprouve-moi ; scrute mes reins et mon cœur ; regarde bien s’il y a en moi quelque voie de méchanceté, et conduis-moi sur la voie de l’éternité ! » Oui, combien n’est-il pas nécessaire d’agir avec lui, en « gardant nos cœurs avec toute diligence », jusqu’à ce qu’il ait « renversé les imaginations », les mauvais raisonnements, « et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amené toute pensée captive à l’obéissance de Christ ! »
5. D’autre part, si vous êtes déjà enrôlés sous le grand Chef de votre salut, puisque vous êtes continuellement sous l’œil de votre Chef, avec quel zèle et quelle activité ne devez-vous pas « combattre le bon combat de la foi, et saisir la vie éternelle » ; « souffrir, comme de bons soldats de Jésus-Christ » ; user de toute diligence, « combattre le bon combat », et faire tout ce qui est agréable à ses yeux ! Avec quel soin ne devez-vous pas chercher à rendre toutes vos voies agréables à ses yeux qui voient tout ; afin qu’il puisse dire à vos cœurs ce qu’il proclamera hautement dans la grande assemblée des hommes et des anges : « C’est bien, bons et fidèles serviteurs ! »
6. Afin de parvenir à ces glorieuses fins, n’épargnez aucune peine pour conserver toujours un sentiment profond, continuel, vif et joyeux de sa présence pleine de grâce. N’oubliez jamais sa parole si riche adressée au grand père des croyants : « Je suis le Dieu tout-puissant » (ou plutôt, le Dieu qui suffit à tout) ; « Marche devant ma face, et sois parfait ! » Attendez-vous avec joie à ce que celui devant qui vous vous tenez vous conduise toujours de son regard, vous soutienne de sa main protectrice, vous garde de tout mal, et, « après que vous aurez souffert un peu de temps, [il] vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables » ; et qu’ensuite il « vous conserve irrépréhensibles jusqu’à l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ » !
Portsmouth, 12 août 1788
Chapitre 112 terminé
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