Chapitre 109 · 20 min de lecture · 26 min d’écoute
Sur les richesses
Sermon 108
Sur les richesses
« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
Matthieu 19:24.
1. Dans les versets qui précèdent, nous avons le récit d’un jeune homme qui vint en courant vers notre Seigneur, et qui, s’agenouillant, non par hypocrisie, mais dans un profond sérieux de l’âme, lui dit : « Bon maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle? » « Tous ces commandements », dit-il, « je les ai observés dès ma jeunesse : que me manque-t-il encore? » Probablement il les avait observés au sens littéral ; pourtant il aimait encore le monde. Et celui qui savait ce qui était dans l’homme savait que, dans ce cas particulier (car ce n’est nullement là une règle générale), il ne pouvait être guéri de cette maladie désespérée que par un remède désespéré. C’est pourquoi il lui répondit : « va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres ; Puis viens, et suis-moi. » Mais quand il eut entendu cela, il s’en alla tout triste; car il avait de grands biens. Ainsi toutes ces belles fleurs se flétrirent ! Car il ne voulait pas amasser un trésor dans le ciel à un si haut prix ! Jésus, voyant cela, « regardant autour de lui, dit à ses disciples » (Marc 10:23) : « Qu’il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Et ils furent encore plus étonnés, et ils se dirent les uns aux autres; Et qui peut être sauvé? » — s’il est si difficile aux riches d’être sauvés, eux qui ont tant et de si grands avantages, qui sont libres des soucis de ce monde et de mille difficultés auxquelles les pauvres sont continuellement exposés ?
2. On a supposé, il est vrai, qu’il rétracte en partie ce qu’il avait dit sur la difficulté du salut des riches, par ce qui est ajouté au dixième chapitre de saint Marc. Car, après qu’il eut dit (verset 23) : « Qu’il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! », comme « Les disciples furent étonnés de ce que Jésus parlait ainsi. Et, reprenant », il leur dit : « qu’il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! » (Verset 24.) Mais remarquez : (1) Notre Seigneur n’entendait point par là rétracter ce qu’il avait dit auparavant. Bien loin de là, il le confirme aussitôt par cette déclaration redoutable : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Remarquez : (2) L’une et l’autre de ces sentences affirment exactement la même chose. Car il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à ceux qui ont des richesses de ne pas s’y confier.
3. Voyant leur étonnement à cette parole dure, « Jésus les regarda » (sans doute avec un air d’inexprimable tendresse, pour les empêcher de croire désespéré le cas des riches), « et dit: Cela est impossible aux hommes, mais non à Dieu: car tout est possible à Dieu. »
4. J’entends que par un riche il faut entendre ici non seulement un homme qui possède d’immenses trésors, qui a entassé l’or comme la poussière et l’argent comme le sable de la mer, mais quiconque possède plus que le nécessaire et les commodités de la vie. Celui qui a la nourriture et le vêtement en suffisance pour lui-même et pour sa famille, et quelque chose de plus, est riche. Par le royaume de Dieu, ou des cieux (termes exactement équivalents), j’entends, je crois, non le royaume de la gloire (bien qu’il doive sans aucun doute suivre), mais le royaume des cieux, c’est-à-dire la vraie religion, sur la terre. Le sens de l’affirmation de notre Seigneur est donc celui-ci : il est absolument impossible, sinon par cette puissance à laquelle tout est possible, qu’un riche soit chrétien, qu’il ait les sentiments qui étaient en Christ et qu’il marche comme Christ a marché : tels sont les obstacles à la sainteté, aussi bien que les tentations au péché, qui l’environnent de tous côtés.
I. Premièrement. Tels sont les obstacles à la sainteté qui l’environnent de tous côtés. Pour les énumérer tous, il faudrait un gros volume : je voudrais seulement en effleurer quelques-uns.
1. La racine de toute religion est la foi, sans laquelle il est impossible d’être agréable à Dieu. Or, que vous la preniez dans son acception générale, comme une « démonstration des choses qu’on ne voit pas », du monde invisible et éternel, de Dieu et des choses de Dieu, quelle tendance naturelle ont les richesses à obscurcir cette démonstration, à détourner votre attention de Dieu et des choses de Dieu, des choses invisibles et éternelles ! Et si vous la prenez dans un autre sens, comme une confiance, quelle tendance ont les richesses à la détruire ; à vous faire mettre votre confiance, soit pour le bonheur, soit pour la défense, en elles, et non « dans le Dieu vivant » ! Ou si vous prenez la foi dans le sens proprement chrétien, comme une confiance divine en un Dieu qui pardonne, quel obstacle mortel, quel obstacle presque insurmontable les richesses sont-elles à cette foi ! Quoi ! un homme opulent, et par conséquent honoré, peut-il venir à Dieu comme n’ayant rien pour payer ? Peut-il déposer toute sa grandeur et venir comme un pécheur, un simple pécheur, le plus vil des pécheurs ; comme au niveau de ceux qui nourrissent les chiens de son troupeau ; de ce « mendiant couché à sa porte, couvert d’ulcères » ? Impossible, si ce n’est par la même puissance qui a fait les cieux et la terre. Et pourtant, sans faire cela, il ne peut, en aucun sens, « entrer dans le royaume de Dieu ».
2. Quel obstacle sont les richesses au tout premier fruit de la foi, — à savoir l’amour de Dieu ! « Si quelqu’un aime le monde », dit l’apôtre, « l’amour du Père n’est point en lui ». Mais comment est-il possible qu’un homme n’aime pas le monde, quand il est environné de tous ses attraits ? Comment se peut-il qu’il entende alors ce murmure doux et léger qui dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur » ? Quelle puissance, moindre que la toute-puissance, peut accorder au riche l’exaucement de cette prière, —
Garde-moi mort à tout ici-bas,
Résolu à ne connaître que Christ ;
Ferme, et détaché, et libre,
Cherchant en toi tout mon bonheur !
3. Les richesses sont également un obstacle à l’amour du prochain comme de nous-mêmes, c’est-à-dire à l’amour de tous les hommes comme Christ nous a aimés. Un riche peut, il est vrai, aimer ceux qui sont de son parti, ou de son opinion. Il peut aimer ceux qui l’aiment : « Les païens aussi », baptisés ou non baptisés, « n’agissent-ils pas de même? » Mais il ne peut avoir une bienveillance pure et désintéressée envers tout enfant des hommes. Celle-ci ne peut naître que de l’amour de Dieu, que ses grands biens ont chassé de son âme.
4. C’est de l’amour de Dieu, et d’aucune autre source, que découle aussi la véritable humilité. C’est pourquoi, dans la mesure où elles font obstacle à l’amour de Dieu, les richesses doivent aussi faire obstacle à l’humilité. Elles y font obstacle encore chez les riches en les privant de cette liberté d’entretien par laquelle ils pourraient prendre conscience de leurs défauts et parvenir à une vraie connaissance d’eux-mêmes. Mais qu’il est rare qu’ils rencontrent un ami fidèle, quelqu’un qui puisse et veuille agir franchement avec eux ! Et, sans cela, nous risquons de vieillir dans nos fautes ; bien plus, de mourir « avec toutes nos imperfections sur la tête ».
5. La douceur ne peut non plus subsister sans l’humilité ; car c’est « de l’orgueil » que naturellement « naissent les querelles ». Aussi notre Seigneur nous ordonne-t-il d’apprendre de lui, en même temps, « à être doux et humble de cœur ». Les richesses sont donc un aussi grand obstacle à la douceur qu’à l’humilité. En empêchant l’humilité d’esprit, elles empêchent par conséquent la douceur, qui croît dans la même proportion que nous baissons dans notre propre estime, et qui, au contraire, décroît nécessairement à mesure que nous pensons de nous-mêmes plus avantageusement.
6. Il est une autre disposition chrétienne, étroitement apparentée à la douceur et à l’humilité, mais qui a à peine un nom. Saint Paul l’appelle epieikeia. Peut-être, jusqu’à ce que nous trouvions un meilleur nom, pouvons-nous l’appeler la facilité à céder : une disposition à se soumettre aux autres, à renoncer à notre propre volonté. Il semble que ce soit la qualité que saint Jacques attribue à « La sagesse d’en haut », lorsqu’il la qualifie d’un mot que nous traduisons par facile à fléchir ; facile à convaincre de ce qui est vrai ; facile à persuader. Mais qu’il est rare de trouver cette aimable disposition chez un homme opulent ! Je ne sache pas avoir trouvé un tel prodige dix fois en plus de soixante-dix ans !
7. Et combien est-il peu commun de trouver la patience chez ceux qui ont de grands biens ! à moins qu’il n’y ait le contrepoids d’une affliction longue et sévère, par laquelle il plaît souvent à Dieu de visiter ceux qu’il aime, comme un antidote à leurs richesses. Cela n’est pas rare : il envoie souvent la douleur, la maladie et de grandes croix à ceux qui ont de grands biens. Par ces moyens, « la patience accomplit parfaitement son œuvre », jusqu’à ce qu’ils soient « parfaits et accomplis, sans faillir en rien ».
II. Tels sont quelques-uns des obstacles à la sainteté qui environnent les riches de tous côtés. Nous pouvons maintenant remarquer, d’autre part, quelle tentation les richesses sont à toutes les dispositions impies.
1. Et, premièrement, combien grande est la tentation à l’athéisme qui découle naturellement des richesses, jusqu’à l’entier oubli de Dieu, comme s’il n’y avait pas un tel Être dans l’univers. C’est ce qu’on appelle d’ordinaire aujourd’hui la dissipation, — joli nom que le grand vulgaire attache à un mépris total de Dieu, et à vrai dire de tout le monde invisible. Et comme le riche est environné de toutes sortes de tentations à une dissipation continuelle ! Oui, comme on étudie l’art de la dissipation parmi les riches et les grands ! Comme le dit Prior avec mordant, —
On donne les cartes, on apporte les dés,
Heureux effets de l’esprit humain,
Pour qu’Alma s’oublie elle-même.
Dites plutôt : pour que les mortels oublient leur Dieu ; pour qu’ils le tiennent entièrement hors de leurs pensées, lui qui, bien qu’il soit assis sur le cercle des cieux, est pourtant « autour de leur lit, et autour de leur sentier, et épie toutes leurs voies ». Appelez cela de l’esprit, si vous voulez ; mais est-ce de la sagesse ? Oh ! non. C’en est loin, très loin. Insensé ! T’imagines-tu, parce que tu ne vois pas Dieu, que Dieu ne te voit pas ? Ris toujours ; joue toujours ; chante toujours ; danse toujours : mais « pour tout cela Dieu t’appellera en jugement » !
2. De l’athéisme, la transition est facile à l’idolâtrie, du culte d’aucun Dieu au culte de faux dieux. Et, en fait, celui qui n’aime pas Dieu (ce qui est son culte propre, et son seul culte propre) aimera sûrement quelqu’une des œuvres de ses mains ; il aimera la créature, s’il n’aime pas le Créateur. Mais à combien d’espèces d’idolâtrie tout riche n’est-il pas exposé ! À quelles tentations continuelles et presque insurmontables n’est-il pas soumis d’« aimer le monde » ! et cela dans toutes ses branches, — « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ». Quelles tentations innombrables ne trouvera-t-il pas de satisfaire « la convoitise de la chair » ! Comprenez bien ceci. Cela ne se rapporte pas à un seul des sens extérieurs, mais à tous. C’est une égale idolâtrie que de chercher notre bonheur dans la satisfaction de l’un quelconque d’entre eux, ou de tous. Mais le plus grand danger est que les hommes ne le cherchent dans la satisfaction de leur goût ; dans une sensualité modérée ; dans une sorte d’épicurisme réglé ; non dans la gloutonnerie ou l’ivrognerie : loin d’eux cette pensée ! Ils ne dérèglent pas le corps ; ils tiennent seulement l’âme morte, — morte à Dieu et à toute vraie religion.
3. Les riches sont également environnés de tentations provenant de « la convoitise des yeux », c’est-à-dire de la recherche du bonheur dans la satisfaction de l’imagination, dont les plaisirs viennent principalement par les yeux. Les objets qui procurent du plaisir à l’imagination sont grands, ou beaux, ou nouveaux. À la vérité, tous les riches n’ont pas le goût des objets grandioses ; mais ils l’ont pour les choses nouvelles et belles, surtout pour les nouvelles, le désir de la nouveauté étant aussi naturel aux hommes que le désir du manger et du boire. Or, combien nombreuses sont les tentations à cette sorte d’idolâtrie, qui naît naturellement des richesses ! Avec quelle force et quelle constance ne sont-ils pas sollicités de chercher le bonheur (sinon dans les choses grandioses, du moins) dans de belles maisons, dans un ameublement élégant, dans des tableaux rares, dans des jardins délicieux ! peut-être dans cette bagatelle des bagatelles, — de riches ou brillants vêtements ! Bien plus, dans toute chose nouvelle, petite ou grande, que recommande la mode, cette maîtresse des sots. Combien les riches d’une tournure d’esprit plus élevée ne sont-ils pas tentés de chercher le bonheur, selon que les mènent leurs goûts divers, dans la poésie, l’histoire, la musique, la philosophie, ou les arts et les sciences curieuses ! Or, bien qu’il soit certain que toutes ces choses ont leur utilité, et qu’on peut donc s’y appliquer innocemment, chercher le bonheur dans l’une quelconque d’entre elles, au lieu de Dieu, est une idolâtrie manifeste ; et c’est pourquoi, ne fût-ce qu’à ce titre, que les richesses lui fournissent les moyens de satisfaire tous ces désirs, on pourrait bien demander : « La vie d’un riche n’est-elle pas, plus que toute autre, une tentation sur la terre ? »
4. Quelle tentation tout riche ne doit-il pas avoir aussi de chercher le bonheur dans « l’orgueil de la vie » ! Je ne pense pas que l’apôtre entende par là la pompe, l’apparat ou l’équipage, autant que « l’honneur qui vient des hommes », qu’il soit mérité ou non. Un riche est sûr de le rencontrer : c’est un piège auquel il ne peut échapper. Toute la Cité de Londres emploie les mots riche et bon comme termes équivalents. « Oui », disent-ils, « c’est un homme bon ; il vaut cent mille livres sterling. » Et, à vrai dire, partout, « si tu te fais du bien à toi-même », si tu t’accrois en biens, « les hommes diront du bien de toi ». Tout le monde est d’accord :
Mille livres sterling suppléent
Au défaut de vingt mille qualités.
Et qui peut supporter l’applaudissement général sans en être enflé, — sans être insensiblement amené à penser de lui-même « plus haut qu’il ne faut penser » ?
5. Comment est-il possible qu’un riche échappe à l’orgueil, ne fût-ce qu’à ce titre, — que sa situation fait nécessairement affluer vers lui la louange de toutes parts ? Car la louange est généralement un poison pour l’âme ; et plus elle est agréable, plus elle est funeste, particulièrement quand elle n’est pas méritée. De sorte que notre poète a bien pu dire, —
Mère du mal, fléau des actions honnêtes,
Flatterie pernicieuse ! tes semences funestes,
En une heure mauvaise, et par une main fatale,
Tristement répandues sur la glèbe de la vertu,
Lèvent parmi le blé avec l’orgueil naissant,
Et ruinent l’espérance et la promesse de l’année !
Et non seulement la louange, méritée ou non, mais tout ce qui l’entoure tend à lui inspirer et à accroître en lui l’orgueil. Sa noble maison, son ameublement élégant, ses tableaux bien choisis, ses beaux chevaux, son équipage, ses vêtements mêmes, bien plus, jusqu’à « la broderie plaquée sur ses basques », — tout cela sera un sujet d’éloges pour tel ou tel de ses hôtes, et aura ainsi une tendance presque irrésistible à lui faire croire qu’il vaut mieux que ceux qui n’ont pas ces avantages.
6. Combien naturellement aussi les richesses nourrissent et accroissent la volonté propre qui naît avec tout enfant des hommes ! Comme non seulement ses domestiques et ceux qui dépendent immédiatement de lui sont gouvernés implicitement par sa volonté, y trouvant leur compte, mais que la plupart de ses voisins et de ses connaissances s’étudient aussi à lui complaire en toutes choses, sa volonté, continuellement satisfaite, sera naturellement fortifiée continuellement, jusqu’à ce qu’à la fin il soit mal en état de se soumettre à la volonté soit de Dieu, soit des hommes.
7. Telle est la tendance des richesses à engendrer et à nourrir toutes les dispositions contraires à l’amour de Dieu. Et elles ont une égale tendance à nourrir toutes les passions et toutes les dispositions contraires à l’amour du prochain : le mépris, par exemple, particulièrement des inférieurs, ce qui est plus contraire à l’amour que toute autre chose ; — le ressentiment de quelque offense réelle ou supposée ; peut-être même la vengeance, bien que Dieu la revendique comme sa prérogative propre et particulière ; — du moins la colère, car aussitôt s’élève dans l’esprit d’un riche cette pensée : « Quoi ! me traiter ainsi ! Non, mais il apprendra bientôt à mieux faire : je suis maintenant en état de me faire justice moi-même ! »
8. Étroitement apparentées à la colère, si elles n’en sont pas plutôt une espèce, sont l’irritabilité et l’humeur chagrine. Mais les riches en sont-ils plus assaillis que les pauvres ? Toute l’expérience montre qu’ils le sont. J’en fus témoin d’un exemple remarquable il y a bien des années : — Un gentilhomme d’une grande fortune, tandis que nous nous entretenions sérieusement, ordonna à un domestique de mettre du charbon sur le feu. Une bouffée de fumée en sortit. Il se rejeta en arrière dans son fauteuil, et s’écria : « Ô monsieur Wesley, voilà les croix que je rencontre chaque jour ! » Je ne pus m’empêcher de lui demander : « Je vous prie, sir John, sont-ce là les croix les plus lourdes que vous rencontriez ? » Assurément ces croix ne l’auraient pas tant irrité s’il avait eu cinquante livres de rente au lieu de cinq mille !
9. Mais il ne serait pas étrange que les riches fussent en général dépourvus de toutes bonnes dispositions et une proie facile pour toutes les mauvaises, puisque si peu d’entre eux font attention à cette déclaration solennelle de notre Seigneur, sans l’observation de laquelle nous ne pouvons être ses disciples : « Et il dit à tous », — à toute la multitude, et non seulement à ses apôtres, — « Si quelqu’un veut venir après moi », — veut être un vrai chrétien, — « qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive. » (Luc 9:23.) Oh ! combien cette parole est dure pour ceux qui sont « à leur aise au milieu de leurs biens » ! Pourtant l’Écriture ne peut être anéantie. C’est pourquoi, à moins qu’un homme ne « renonce » à tout plaisir qui ne le prépare pas à trouver son plaisir en Dieu, et qu’il ne « se charge chaque jour de sa croix », — n’obéisse à tout commandement de Dieu, quelque pénible qu’il soit à la chair et au sang, — il ne peut être disciple de Christ ; il ne peut « entrer dans le royaume de Dieu ».
10. Sur ce point important du renoncement à nous-mêmes et de la croix à porter chaque jour, faisons appel aux faits ; faisons appel à la conscience de chacun sous le regard de Dieu. Combien y a-t-il de riches parmi les méthodistes (remarquez qu’il n’y en avait pas un seul quand ils furent d’abord unis ensemble) qui effectivement « renoncent à eux-mêmes et se chargent chaque jour de leur croix » ? qui s’abstiennent résolument de tout plaisir, soit des sens, soit de l’imagination, à moins qu’ils ne sachent par expérience qu’il les prépare à trouver leur plaisir en Dieu ? Qui ne refuse aucune croix, aucun travail ni aucune peine qui se trouve sur le chemin de son devoir ? Qui de vous, qui êtes maintenant riches, renoncez à vous-mêmes exactement comme vous le faisiez quand vous étiez pauvres ? Qui de vous endurez le travail ou la peine aussi volontiers maintenant que lorsque vous ne possédiez pas cinq livres ? Venons-en aux détails. Jeûnez-vous maintenant aussi souvent que vous le faisiez alors ? Vous levez-vous d’aussi bonne heure le matin ? Supportez-vous le froid ou la chaleur, le vent ou la pluie, d’aussi bon cœur que jamais ? Voyez là une raison, entre beaucoup d’autres, pour laquelle si peu de gens s’accroissent en biens sans décroître en grâce ! C’est qu’ils ne renoncent plus à eux-mêmes et ne se chargent plus de leur croix chaque jour. Ils ne supportent plus, hélas ! les souffrances, comme de bons soldats de Jésus-Christ !
11. « A vous maintenant, riches! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous. » — qui doivent venir sur vous dans peu de jours, à moins qu’un changement profond et entier ne les prévienne ! « La rouille de votre or et de votre argent » sera « en témoignage contre vous », et « dévorera vos chairs comme un feu » ! Oh ! combien votre condition est digne de pitié ! Et qui peut vous secourir ? Vous avez besoin de plus de franchise que personne au monde, et vous en rencontrez moins. Car combien peu osent vous parler aussi franchement, à vous, qu’ils le feraient à l’un de vos domestiques ! Aucun homme vivant qui espère gagner quelque chose par votre faveur, ou qui craint de perdre quelque chose par votre mécontentement. Oh ! que Dieu veuille me donner des paroles agréées, et les faire pénétrer profondément dans vos cœurs ! Beaucoup d’entre vous me connaissent depuis longtemps, presque depuis votre enfance ; vous m’avez souvent aidé quand j’étais dans le besoin. Ne puis-je dire que vous m’avez aimé ? Mais maintenant le temps de notre séparation approche : mes pieds heurtent déjà contre les montagnes de la nuit. Je voudrais vous laisser une parole avant de m’en aller d’ici ; et vous pourrez vous en souvenir quand on ne me verra plus.
12. Oh ! que votre cœur soit tout entier à Dieu ! Cherchez votre bonheur en lui, et en lui seul. Prenez garde de ne pas vous attacher à la poussière ! « Cette terre n’est pas votre place. » Veillez à user de ce monde comme n’en abusant pas ; usez du monde, et jouissez de Dieu. Soyez aussi détaché de toutes les choses d’ici-bas que si vous étiez un pauvre mendiant. Soyez un bon dispensateur des diverses grâces de Dieu, afin que, lorsque vous serez appelé à rendre compte de votre administration, il puisse vous dire : « C’est bien, bon et fidèle serviteur ; entre dans la joie de ton maître ! »
Chapitre 109 terminé
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