Chapitre 108 · 26 min de lecture · 33 min d’écoute
Sur la vigne de Dieu
Sermon 107
Sur la vigne de Dieu
« Qu’y avait-il encore à faire à ma vigne, Que je n’aie pas fait pour elle? Pourquoi, quand j’ai espéré qu’elle produirait de bons raisins, En a-t-elle produit de mauvais? »
Ésaïe 5:4.
La vigne du Seigneur, à prendre ce mot dans son sens le plus large, peut comprendre le monde entier. Tous les habitants de la terre peuvent, en un sens, être appelés « la vigne du Seigneur », de celui « qui a fait que tous les hommes habitassent sur toute la surface de la terre ; il a voulu qu’ils cherchassent le Seigneur, et qu’ils s’efforçassent de le trouver en tâtonnant ». Mais, dans un sens plus restreint, la vigne du Seigneur peut désigner le monde chrétien, c’est-à-dire tous ceux qui prononcent le nom de Christ et font profession d’obéir à sa parole. Dans un sens plus restreint encore, on peut l’entendre de ce qu’on appelle la partie réformée de l’Église chrétienne. Dans le plus restreint de tous, on peut entendre par cette expression, « la vigne du Seigneur », le corps de ceux qu’on appelle communément méthodistes. C’est dans ce sens que je l’entends maintenant, désignant par là seulement cette société qui commença à Oxford en l’année 1729 et qui demeure unie aujourd’hui. En entendant le mot dans ce sens, je répète la question que Dieu pose par le prophète : « Qu’y avait-il encore à faire à ma vigne, Que je n’aie pas fait pour elle? Pourquoi, quand j’ai espéré qu’elle produirait de bons raisins, En a-t-elle produit de mauvais? »
Qu’est-ce que Dieu aurait pu faire de plus dans cette vigne qui est la sienne (supposé qu’il ait voulu qu’elle étendît de grandes branches et se répandît sur la terre), qu’il n’y ait pas fait,
I. Quant à la doctrine ?
II. Quant aux secours spirituels ?
III. Quant à la discipline ? Et
IV. Quant à la protection extérieure ?
Ces choses une fois considérées, je voudrais ensuite rechercher brièvement : « Pourquoi, quand il a espéré qu’elle produirait de bons raisins, en a-t-elle produit de mauvais ? »
I. 1. Premièrement. Qu’aurait-on pu faire dans cette vigne qui est la sienne, que Dieu n’y ait pas fait ? Qu’aurait-on pu faire de plus quant à la doctrine ? Dès le commencement même, dès le temps où quatre jeunes gens s’unirent ensemble, chacun d’eux fut homo unius libri, — « un homme d’un seul livre ». Dieu leur apprit à tous à faire de sa « parole une lampe à leurs pieds, et une lumière dans tous leurs sentiers ». Ils n’avaient qu’une seule règle de jugement, une seule, à l’égard de toutes leurs dispositions, de toutes leurs paroles et de toutes leurs actions, à savoir les oracles de Dieu. Ils étaient tous résolus, d’un commun accord, à être des chrétiens de la Bible. On le leur reprochait continuellement ; les uns les appelaient par dérision les bigots de la Bible ; d’autres, les mites de la Bible, se nourrissant, disaient-ils, de la Bible comme les mites se nourrissent du drap. Et, en vérité, jusqu’à ce jour, leur effort constant est de penser et de parler selon les oracles de Dieu.
2. Il est vrai qu’un savant homme, le docteur Trapp, peu après leurs débuts, donna d’eux une explication bien différente. « Quand je vis », disait le docteur, « ces deux livres, “Le Traité de la perfection chrétienne” et “L’Appel sérieux à une vie sainte”, je pensai : Ces livres feront certainement du mal. Et c’est ce qui arriva ; car aussitôt après surgirent les méthodistes. Ainsi lui (M. Law) fut leur père. » Bien que cela ne fût pas entièrement vrai, il y avait pourtant là quelque vérité. Tous les méthodistes lurent soigneusement ces livres, et en tirèrent un grand profit. Toutefois ils n’en procédaient nullement, mais des saintes Écritures, ayant été « régénérés », comme parle saint Pierre, « par la parole vivante et permanente de Dieu ».
3. Un autre savant homme, feu l’évêque Warburton, affirme tout net « qu’ils étaient les rejetons de M. Law et du comte Zinzendorf ensemble ». Mais c’était là une erreur plus grande encore. Car ils s’étaient réunis plusieurs années avant d’avoir la moindre relation avec le comte Zinzendorf, ou même de savoir qu’il existait au monde une telle personne. Et quand ils le connurent, bien qu’ils l’estimassent très haut dans l’amour, ils n’osèrent pourtant pas le suivre d’un seul pas au-delà de ce que l’Écriture les autorisait à faire.
4. Le livre qui, après la sainte Écriture, leur fut de la plus grande utilité pour fixer leur jugement sur le grand point de la justification par la foi fut le livre des Homélies. Ils ne furent jamais clairement convaincus que nous sommes justifiés par la foi seule, jusqu’à ce qu’ils les eussent soigneusement consultées et comparées avec les écrits sacrés, particulièrement avec l’épître de saint Paul aux Romains. Et aucun ministre de l’Église ne peut, avec quelque bienséance, s’y opposer, puisque, à son ordination, il y a souscrit en souscrivant au trente-sixième article de l’Église.
5. On a souvent remarqué que très peu de gens ont eu un jugement clair à la fois sur la justification et sur la sanctification. Beaucoup de ceux qui ont parlé et écrit admirablement bien sur la justification n’avaient aucune conception claire, bien plus, étaient totalement ignorants de la doctrine de la sanctification. Qui a écrit avec plus de force que Martin Luther sur la justification par la foi seule ? Et qui fut plus ignorant de la doctrine de la sanctification, ou plus confus dans les conceptions qu’il en avait ? Pour être pleinement convaincu de cela, de sa totale ignorance à l’égard de la sanctification, il suffit de relire sans prévention son célèbre commentaire sur l’épître aux Galates. D’autre part, combien d’écrivains de l’Église romaine (comme François de Sales et Juan de Castaniza en particulier) ont écrit avec force et selon l’Écriture sur la sanctification, qui pourtant ignoraient entièrement la nature de la justification ! à tel point que le corps entier de leurs théologiens, au concile de Trente, dans leur Catechismus ad Parochos (le catéchisme que tout curé de paroisse doit enseigner à son peuple), confondent totalement la sanctification et la justification. Mais il a plu à Dieu de donner aux méthodistes une connaissance pleine et claire de l’une et de l’autre, et de la grande différence qu’il y a entre elles.
6. Ils savent, il est vrai, qu’au moment même où un homme est justifié, la sanctification commence proprement. Car, lorsqu’il est justifié, il est « né de nouveau », « né d’en haut », « né de l’Esprit » ; ce qui, bien que ce ne soit pas (comme quelques-uns le supposent) tout le processus de la sanctification, en est sans doute la porte. De cela aussi Dieu leur a donné une pleine vue. Ils savent que la nouvelle naissance implique un aussi grand changement dans l’âme, en celui qui est « né de l’Esprit », que celui qui s’opéra dans son corps lorsqu’il naquit d’une femme : non pas seulement un changement extérieur, comme de l’ivrognerie à la sobriété, du brigandage ou du vol à l’honnêteté (c’est là la pauvre, sèche et misérable idée de ceux qui ne savent rien de la vraie religion) ; mais un changement intérieur, de toutes les dispositions impies à toutes les dispositions saintes, — de l’orgueil à l’humilité, de l’emportement à la douceur, de l’humeur chagrine et du mécontentement à la patience et à la résignation ; en un mot, d’un esprit terrestre, sensuel, diabolique, aux sentiments qui étaient en Jésus-Christ.
7. Il est vrai qu’un auteur très éminent, récemment disparu, dans son étrange « Traité de la régénération », procède entièrement dans la supposition qu’elle est tout le progrès graduel de la sanctification. Non ; elle n’en est que le seuil, la première entrée. Et de même que, dans la naissance naturelle, un homme naît en un instant, puis grandit et se fortifie par degrés, de même, dans la naissance spirituelle, un homme naît en un instant, puis croît graduellement en stature et en force spirituelles. La nouvelle naissance est donc le premier point de la sanctification, laquelle peut croître de plus en plus jusqu’au milieu du jour.
8. C’est donc une grande bénédiction accordée à ce peuple que, de même qu’ils ne pensent ni ne parlent de la justification de manière à supplanter la sanctification, de même ils ne pensent ni ne parlent de la sanctification de manière à supplanter la justification. Ils ont soin de garder chacune à sa place, mettant un égal accent sur l’une et sur l’autre. Ils savent que Dieu les a jointes ensemble, et que ce n’est pas à l’homme de les séparer. C’est pourquoi ils maintiennent avec un égal zèle et une égale diligence la doctrine d’une justification gratuite, pleine et présente, d’une part, et d’une sanctification entière du cœur et de la vie, d’autre part ; aussi attachés à la sainteté intérieure que n’importe quel mystique, et à la sainteté extérieure que n’importe quel pharisien.
9. Qui donc est chrétien, selon la lumière que Dieu a daigné accorder à ce peuple ? Celui qui, « étant justifié par la foi, a la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ », et qui, en même temps, est « né de nouveau », « né d’en haut », « né de l’Esprit » ; changé intérieurement de l’image du diable en cette « image de Dieu selon laquelle il fut créé » ; celui qui sent l’amour de Dieu répandu dans son cœur par le Saint-Esprit qui lui a été donné, et que cet amour presse doucement d’aimer son prochain, tout homme, comme lui-même ; celui qui a appris de son Seigneur à être doux et humble de cœur, et à être content dans quelque état qu’il se trouve ; celui en qui sont tous ces sentiments, toutes ces dispositions qui étaient aussi en Jésus-Christ ; celui qui s’abstient de toute apparence du mal dans ses actions, et qui ne bronche point par sa langue ; celui qui marche d’une manière irréprochable dans tous les commandements de Dieu et dans toutes ses ordonnances ; celui qui, dans toutes ses relations avec les hommes, fait aux autres ce qu’il voudrait qu’ils lui fissent ; et qui, dans toute sa vie et toute sa conduite, soit qu’il mange, soit qu’il boive, soit qu’il fasse quelque autre chose, fait tout pour la gloire de Dieu.
Or, qu’est-ce que Dieu aurait pu faire de plus pour cette vigne qui est la sienne, qu’il n’y ait pas fait, quant à la doctrine ? Nous avons à rechercher,
II. Secondement, ce qu’on aurait pu faire, qu’il n’y ait pas fait, quant aux secours spirituels.
1. Considérons ce sujet dès son commencement même. Deux jeunes ecclésiastiques, qui n’avaient rien de bien remarquable, d’âge moyen, jouissant d’une santé passable, quoique plutôt faibles que forts, commencèrent, il y a environ cinquante ans, à appeler les pécheurs à la repentance. Ils le firent pendant quelque temps dans beaucoup d’églises de Londres et des environs. Mais deux difficultés s’élevèrent. Premièrement, les églises étaient si pleines que beaucoup de paroissiens ne pouvaient y entrer. Secondement, ils prêchaient des doctrines nouvelles, — que nous sommes sauvés par la foi, et que « sans la sanctification personne ne pouvait voir le Seigneur ». Pour l’une ou l’autre de ces raisons, on ne leur permit pas longtemps de prêcher dans les églises. Ils prêchèrent alors à Moorfields, à Kennington-Common, et dans beaucoup d’autres lieux publics. Le fruit de leur prédication parut bientôt. Beaucoup de pécheurs furent changés de cœur et de vie. Mais il semblait que cela ne pouvait durer longtemps, car chacun voyait clairement que ces prédicateurs s’épuiseraient bientôt, et aucun ecclésiastique n’osait les aider. Mais bientôt l’un, puis un autre, quoique non ordonnés, s’offrirent pour les aider. Dieu accorda à leur parole une bénédiction signalée. Beaucoup de pécheurs furent profondément convaincus de péché, et beaucoup se convertirent véritablement à Dieu. Leurs aides se multiplièrent, tant en nombre que dans le succès de leurs travaux. Quelques-uns d’entre eux étaient instruits ; d’autres, sans instruction. La plupart étaient jeunes ; quelques-uns d’âge moyen. Quelques-uns étaient d’une intelligence faible ; d’autres, au contraire, d’une intelligence remarquablement forte. Mais il plut à Dieu de les reconnaître tous, de sorte que de plus en plus de tisons furent arrachés du feu.
2. On peut remarquer que ces ecclésiastiques, pendant tout ce temps, n’avaient aucun plan. Ils allaient seulement çà et là, partout où ils avaient l’espérance de sauver des âmes de la mort. Mais lorsqu’un nombre toujours plus grand demandèrent « que faut-il que je fasse pour être sauvé? », on les pria de se réunir tous ensemble. Douze vinrent le premier jeudi soir ; quarante le suivant ; peu après, cent. Et ils continuèrent à s’accroître, jusqu’à ce que, il y a vingt-trois ou vingt-quatre ans, la société de Londres s’élevât à environ 2 800 membres.
3. « Mais comment maintenir ensemble cette multitude de gens ? Et comment savoir s’ils marchaient d’une manière digne de leur profession ? » Ils furent conduits providentiellement, alors qu’ils pensaient à tout autre chose, à savoir à payer la dette commune, à diviser tout le peuple en petites compagnies, ou classes, selon leur lieu d’habitation, et à désigner dans chaque classe une personne qui verrait toutes les autres chaque semaine. Par ce moyen, on découvrait bientôt si quelqu’un d’entre eux vivait dans quelque péché connu. S’il en était ainsi, ils étaient d’abord avertis, et, lorsqu’on les jugeait incorrigibles, exclus de la société.
4. Cette division du peuple, et l’exclusion de ceux qui marchaient dans le désordre, sans aucune acception de personnes, étaient des secours que peu d’autres communautés possédaient. À ceux-là, à mesure que les sociétés s’accroissaient, il s’en ajouta bientôt un autre. On pria les intendants des sociétés de chaque district de se réunir avec les prédicateurs une fois par trimestre, en quelque lieu central, pour rendre compte de l’état spirituel et temporel de leurs diverses sociétés. On trouva bientôt que l’utilité de ces assemblées trimestrielles était extrêmement grande ; en considération de quoi, elles furent peu à peu étendues à toutes les sociétés du royaume.
5. Afin d’accroître l’union entre les prédicateurs, aussi bien que celle du peuple, on les pria de se réunir tous ensemble à Londres, et, quelque temps après, un nombre choisi d’entre eux. Plus tard, pour plus de commodité, ils se réunirent alternativement à Londres, à Bristol et à Leeds. Ils passaient quelques jours ensemble dans cette Conférence générale, à examiner ce qui pouvait le mieux contribuer au bien commun. Le résultat en était aussitôt communiqué à tous leurs frères. Et ils trouvèrent bientôt que ce que saint Paul observe de l’Église entière peut, dans une certaine mesure, s’appliquer à chacune de ses parties : « tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, grâce à tous les liens de son assistance, tire son accroissement et s’édifie lui-même dans la charité. » (Éphésiens 4:16.)
6. Pour que cela se fasse plus efficacement, ils ont un autre excellent secours dans le changement constant des prédicateurs, leur règle étant qu’aucun prédicateur ne restera dans le même circuit plus de deux ans de suite, et peu d’entre eux plus d’un an. Quelques-uns, il est vrai, se sont imaginé que c’était là un obstacle à l’œuvre de Dieu ; mais une longue expérience, dans toutes les parties du royaume, prouve le contraire. Elle a toujours montré que le peuple profite moins d’une seule personne que d’une variété de prédicateurs, tandis qu’ils
Usaient des dons à chacun départis,
Tempérés par l’art de Dieu.
7. Outre ces secours, qui sont propres à leur société, ils ont tous ceux dont jouissent en commun les autres membres de l’Église d’Angleterre. À la vérité, on les a longtemps pressés de s’en séparer, et ils ont eu pour cela des tentations de toute sorte. Mais ils ne peuvent, ils n’osent, ils ne veulent pas s’en séparer, tant qu’ils peuvent y demeurer avec une bonne conscience. Il est vrai que, si on leur imposait quelque condition de communion qui fût coupable, ils seraient alors contraints de se séparer ; mais, comme ce n’est pas le cas présentement, nous nous réjouissons d’y demeurer.
8. Qu’est-ce donc que Dieu aurait pu faire de plus pour cette vigne qui est la sienne, qu’il n’y ait pas fait, quant aux secours spirituels ? C’est à peine s’il a agi ainsi envers aucun autre peuple du monde chrétien. Si l’on dit : « Il aurait pu en faire un peuple séparé, comme les Frères moraves », je réponds : Cela eût été en contradiction directe avec tout son dessein en les suscitant, à savoir de répandre la religion scripturaire dans tout le pays, parmi des gens de toute dénomination, laissant chacun garder ses propres opinions et suivre son propre mode de culte. Cela ne pouvait se faire efficacement qu’en laissant ces choses telles qu’elles étaient, et en s’efforçant de faire pénétrer dans toute la nation, comme un levain, cette « foi qui est agissante par la charité ».
III. 1. Tels sont les secours spirituels que Dieu a accordés d’une main libérale à cette vigne qui est la sienne. On pourrait ranger la discipline parmi eux ; mais nous pouvons aussi bien en parler sous un chef séparé. Il est certain qu’à cet égard les méthodistes sont un peuple hautement favorisé. Rien ne peut être plus simple, rien de plus raisonnable, que la discipline méthodiste : elle est entièrement fondée sur le bon sens, et applique particulièrement les règles générales de l’Écriture. Toute personne résolue à sauver son âme peut s’unir à eux (c’est la seule condition requise). Mais ce désir doit se prouver par trois marques : éviter tout péché connu ; faire le bien selon son pouvoir ; et fréquenter toutes les ordonnances de Dieu. On la place alors dans une classe qui lui convient, où elle passe environ une heure par semaine. Et, le trimestre suivant, si rien n’est objecté contre elle, elle est admise dans la société ; et elle peut y demeurer aussi longtemps qu’elle continue de se réunir avec ses frères et qu’elle marche selon sa profession.
2. Leur service public a lieu à cinq heures du matin, et à six ou sept heures du soir, afin que leurs affaires temporelles ne soient pas entravées. Le dimanche seulement, il commence entre neuf et dix heures, et se termine par la sainte cène. Le dimanche soir, la société se réunit ; mais on a soin de la congédier de bonne heure, afin que tous les chefs de famille aient le temps d’instruire leurs maisons respectives. Une fois par trimestre, le principal prédicateur de chaque circuit examine chaque membre des sociétés qui s’y trouvent. Par ce moyen, si la conduite de quelqu’un est répréhensible, ce à quoi il faut souvent s’attendre dans un corps de gens si nombreux, on le découvre aisément, et l’on écarte à temps soit l’offense, soit l’offenseur.
3. Chaque fois qu’il est nécessaire d’exclure de la société quelque membre déréglé, on le fait de la manière la plus paisible et la moins blessante, simplement en ne renouvelant pas son billet lors de la visite trimestrielle. Mais, dans certains cas, où l’offense est grave et où il y a danger de scandale public, on juge nécessaire de déclarer, quand tous les membres sont présents : « A. B. n’est plus membre de notre société. » Or, qu’y a-t-il de plus raisonnable ou de plus conforme à l’Écriture que cette simple discipline, qui n’entraîne, du commencement à la fin, ni embarras, ni dépense, ni délai ?
IV. 1. Mais était-il possible que toutes ces choses se fissent sans un déluge d’opposition ? Le prince de ce monde n’était ni mort ni endormi ; et ne combattrait-il pas, afin que son royaume ne fût pas livré ? Si la parole de l’apôtre se trouve vraie dans tous les âges et chez toutes les nations : « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés » ; si cela est vrai à l’égard de chaque chrétien en particulier, combien plus à l’égard de corps d’hommes visiblement unis ensemble dans le dessein avoué de renverser son royaume ! Et qu’est-ce qui pourrait résister à la persécution qu’il ne manquerait pas de susciter contre un peuple pauvre, sans défense, méprisé, sans aucun secours visible, sans argent, sans pouvoir, sans amis ?
2. En vérité, le dieu de ce siècle n’était pas endormi. Il n’était pas oisif non plus. Il combattit, et cela de toute sa puissance, afin que son royaume ne fût pas livré. Il « fit sortir toutes ses armées pour la guerre ». Premièrement, il souleva les bêtes du peuple. Ils rugirent comme des lions ; ils environnèrent de toutes parts le petit troupeau sans défense. Et la tempête s’éleva de plus en plus, jusqu’à ce que la délivrance vînt d’une manière que personne n’attendait. Dieu inclina le cœur de notre feu gracieux souverain à donner à ses magistrats des ordres tels que, mis à exécution, ils apaisèrent efficacement la fureur du peuple. Ce fut à peu près au même moment qu’un grand personnage s’adressa en personne à Sa Majesté, la suppliant de bien vouloir « prendre des mesures pour arrêter ces prédicateurs ambulants ». Sa Majesté, le regardant sévèrement, répondit sans cérémonie, en roi : « Je vous le dis, tant que je serai assis sur le trône, nul ne sera persécuté pour cause de conscience. »
3. Mais, au mépris de cela, plusieurs de ceux qui tenaient leur commission de Sa Majesté les ont persécutés de temps à autre, et cela sous couleur de loi, en se prévalant de ce qu’on appelle la loi sur les conventicules ; l’un en particulier, dans le Kent, qui, il y a quelques années, prit sur lui de mettre à l’amende l’un des prédicateurs et plusieurs de ses auditeurs. Mais ceux-ci crurent de leur devoir d’en appeler à la Cour du Banc du Roi de Sa Majesté. La cause fut jugée en faveur des plaignants, à qui il a été permis depuis lors d’adorer Dieu selon leur propre conscience.
4. Je crois que c’est là une chose entièrement sans précédent. Je n’en trouve aucun autre exemple, dans aucun âge de l’Église, depuis le jour de la Pentecôte jusqu’à ce jour. Toutes les opinions, justes ou fausses, ont été tolérées presque en tout âge et chez toute nation. Tous les modes de culte ont été tolérés, quelque superstitieux ou absurdes qu’ils fussent. Mais je ne sache pas que la religion vraie, vivante, scripturaire, ait jamais été tolérée auparavant. Pour cela, le peuple appelé méthodiste a d’abondantes raisons de louer Dieu. En sa faveur, il a fait une chose nouvelle sur la terre : il a imposé silence à l’ennemi et au vindicatif. Ils doivent donc l’attribuer à lui, l’Auteur de leur paix extérieure aussi bien qu’intérieure.
V. 1. Qu’est-ce donc, en vérité, que Dieu aurait pu faire de plus pour cette vigne qui est la sienne, qu’il n’y ait pas fait ? Cela ayant été amplement montré, nous pouvons maintenant passer à cette forte et tendre plainte : « Après tout ce que j’avais fait, n’aurais-je pas pu m’attendre aux raisins les plus excellents ? Pourquoi donc en a-t-elle produit de mauvais ? N’aurais-je pas pu m’attendre à un accroissement général de foi et d’amour, de justice et de vraie sainteté ; bien plus, du fruit de l’Esprit, — l’amour, la joie, la paix, la patience, la douceur, la bénignité, la fidélité, la bonté, la tempérance ? » N’était-il pas raisonnable de s’attendre à ce que ces fruits se fussent répandus sur toute son Église ? En vérité, quand je vis ce que Dieu avait fait parmi son peuple il y a entre quarante et cinquante ans ; quand je les vis brûlants de leur premier amour, magnifiant le Seigneur et se réjouissant en Dieu leur Sauveur, je ne pouvais m’attendre à rien de moins qu’à voir tous ceux-là vivre ici-bas comme des anges ; qu’à les voir marcher comme voyant celui qui est invisible sans cesse, ayant une communion constante avec le Père et le Fils, vivant dans l’éternité et marchant dans l’éternité. Je m’attendais à voir « une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis » dans toute la teneur de leur conduite, « annonçant les vertus de celui qui les avait appelés à son admirable lumière ».
2. Mais, au lieu de cela, elle a produit de mauvais raisins, — un fruit d’une nature tout opposée. Elle a produit l’erreur sous dix mille formes, détournant du chemin beaucoup de gens simples. Elle a produit l’enthousiasme, l’inspiration imaginaire, qui attribue au Dieu souverainement sage tous les rêves extravagants, absurdes et contradictoires d’une imagination échauffée. Elle a produit l’orgueil, qui ravit au Dispensateur de tout don excellent l’honneur dû à son nom. Elle a produit les préjugés, les mauvais soupçons, l’esprit de censure, les jugements et les condamnations des uns par les autres ; — toutes choses qui renversent entièrement cet amour fraternel qui est l’insigne même de la profession chrétienne, et sans lequel quiconque vit est compté pour mort devant Dieu. Elle a produit la colère, la haine, la malice, la vengeance, et toute mauvaise parole et toute mauvaise œuvre ; — fruits funestes, non du Saint-Esprit, mais de l’abîme sans fond !
3. Elle a produit aussi chez beaucoup, particulièrement chez ceux dont les biens se sont accrus, ce grand poison des âmes, l’amour du monde, et cela dans toutes ses branches : « la convoitise de la chair », c’est-à-dire la recherche du bonheur dans les plaisirs des sens ; — « la convoitise des yeux », c’est-à-dire la recherche du bonheur dans la parure, ou dans quelque autre des plaisirs de l’imagination ; — et « l’orgueil de la vie », c’est-à-dire la recherche du bonheur dans la louange des hommes, ou dans ce qui pourvoit à toutes ces choses, en amassant des trésors sur la terre. Elle a produit la complaisance envers soi-même sous toutes ses formes, la délicatesse, la mollesse, la langueur ; mais non pas la tendresse de bon aloi, qui fond devant la misère humaine. Elle a produit des affections si basses et si rampantes, un attachement si profond aux choses de la terre, qu’on eût dit celui des pauvres païens qui arracha à leur propre poète cette lamentation sur eux : — O curvae in terras animae et coelestium inanes ! — « Ô âmes courbées vers la terre, et vides de Dieu ! »
4. Ô vous qui possédez des richesses, écoutez une fois encore la parole du Seigneur ! Vous qui êtes riches en ce monde, qui avez de quoi manger, de quoi vous vêtir, et quelque chose de plus, êtes-vous exempts de la malédiction de l’amour du monde ? Avez-vous conscience de votre danger ? Sentez-vous combien il « sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume des cieux » ? Demeurez-vous sans brûler au milieu du feu ? Êtes-vous à l’abri de l’amour du monde ? Êtes-vous exempts de la convoitise de la chair, de la convoitise des yeux et de l’orgueil de la vie ? « Mettez-vous un couteau à votre gorge » quand vous vous asseyez pour manger, de peur que votre table ne vous devienne un piège ? Votre ventre n’est-il pas votre dieu ? Le manger et le boire, ou quelque autre plaisir des sens, ne sont-ils pas le plus grand plaisir dont vous jouissiez ? Ne cherchez-vous pas le bonheur dans la parure, l’ameublement, les tableaux, les jardins, ou toute autre chose qui plaît à l’œil ? Ne devenez-vous pas mous et délicats, incapables de supporter le froid, la chaleur, le vent ou la pluie, comme vous le faisiez quand vous étiez pauvres ? N’êtes-vous pas en train d’accroître vos biens, d’amasser des trésors sur la terre, au lieu de rendre à Dieu, en la personne des pauvres, non pas tant ou tant, mais tout ce que vous pouvez épargner ? Assurément, « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux » !
5. Mais pourquoi produirez-vous encore de mauvais raisins ? Quelle excuse pouvez-vous alléguer ? Dieu a-t-il manqué de son côté ? N’avez-vous pas été avertis à maintes reprises ? N’avez-vous pas été nourris du « lait pur de la parole » ? Toute la parole de Dieu ne vous a-t-elle pas été annoncée, et sans aucun mélange d’erreur ? Les doctrines fondamentales ne vous ont-elles pas été annoncées, tant celle de la justification gratuite, pleine et présente, que celle de la sanctification, à la fois graduelle et instantanée ? Chaque branche de la sainteté, tant intérieure qu’extérieure, n’a-t-elle pas été clairement exposée et appliquée avec instance ; et cela par des prédicateurs de toute sorte, jeunes et vieux, instruits et sans instruction ? Mais ce serait bien si quelques-uns d’entre vous n’avaient pas méprisé les secours que Dieu avait préparés pour vous. Peut-être ne vouliez-vous entendre que des ecclésiastiques, ou du moins que des hommes instruits. Ne laisserez-vous donc pas à Dieu la liberté de choisir ses propres messagers ? d’envoyer par qui il voudra envoyer ? Ce serait bien si cette mauvaise sagesse n’avait pas été l’une des causes pour lesquelles vous avez produit de mauvais raisins !
6. Une autre cause n’en fut-elle pas que vous avez méprisé cet excellent secours, l’union avec une société chrétienne ? N’avez-vous pas lu : « celui qui est seul, comment aura-t-il chaud? » et : « malheur à celui qui est seul et qui tombe » ? Mais vous avez assez de compagnons. Peut-être plus qu’assez ; plus qu’il n’est utile à votre âme. Mais en avez-vous assez qui aient soif de Dieu, et qui travaillent à vous rendre tels ? Avez-vous assez de compagnons qui veillent sur votre âme comme devant en rendre compte, et qui vous avertissent librement et fidèlement si vous faites quelque faux pas, ou si vous êtes en danger d’en faire ? Je crains que vous n’ayez peu de ces compagnons-là ; autrement vous porteriez de meilleurs fruits !
7. Si vous êtes membre de la société, usez-vous pleinement de votre privilège ? Ne manquez-vous jamais de vous rendre à votre classe, et cela non par manière de forme, mais en vous attendant à ce que, lorsque vous êtes réunis en son nom, votre Seigneur soit au milieu de vous ? Êtes-vous vraiment reconnaissants de l’étonnante liberté de conscience qui vous est accordée, à vous et à vos frères, telle que jamais personne en votre situation n’en a joui auparavant ? Et êtes-vous reconnaissants envers le Dispensateur de tout don excellent pour la diffusion générale de la vraie religion ? Assurément, vous ne pourrez jamais assez louer Dieu de toutes ces bénédictions répandues si abondamment sur vous, jusqu’à ce que vous le louiez avec les anges et les archanges, et avec toute l’armée des cieux !
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