Chapitre 106 · 21 min de lecture · 27 min d’écoute
Sur la conscience
Sermon 105
« Sur la conscience »
« Car ce qui fait notre gloire, c’est ce témoignage de notre conscience. »
2 Corinthiens 1:12.
1. Combien y a-t-il, dans le monde, peu de mots plus communs que celui-ci : la conscience ! Il est presque dans toutes les bouches. On serait donc porté à en conclure qu’il n’en est point qui soit plus généralement compris. Il est permis pourtant de douter qu’il en soit ainsi, bien que d’innombrables traités aient été écrits sur ce sujet. Car il est certain qu’une grande partie de ces auteurs ont plutôt embrouillé la question qu’ils ne l’ont éclaircie, et qu’ils ont d’ordinaire « obscurci le conseil par des discours sans intelligence ».
2. Le meilleur traité sur ce sujet que je me souvienne d’avoir vu est traduit du français de M. Placette ; il décrit d’une manière claire et raisonnable la nature et les fonctions de la conscience. Mais, bien qu’il ait été publié il y a près de cent ans, il est entre très peu de mains ; et, à vrai dire, une grande partie de ceux qui l’ont lu se plaignent de sa longueur. Un volume in-octavo de plusieurs centaines de pages, sur un sujet si simple, devait mettre à l’épreuve la patience de la plupart des gens sensés. Il semble donc qu’il manque encore sur ce sujet un discours qui soit court aussi bien que clair. C’est ce que, avec l’aide de Dieu, je m’efforcerai de fournir, en montrant, premièrement, la nature de la conscience, et ensuite ses différentes sortes ; après quoi je conclurai par quelques directions importantes.
I. 1. Et d’abord, je dois montrer la nature de la conscience. Un homme très pieux du siècle dernier (dans son sermon sur la Conscience universelle) la décrit de la manière suivante : — « Ce mot, qui signifie littéralement savoir avec un autre, exprime excellemment la notion que l’Écriture en donne. Ainsi Job (16:19) : “mon témoin est dans le ciel.” Et ainsi l’apôtre (Romains 9:1) : “Je dis la vérité ; ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit.” Dans l’un et l’autre passage, c’est comme s’il disait : “Dieu rend témoignage avec ma conscience. La conscience est placée au milieu, au-dessous de Dieu et au-dessus de l’homme. C’est une sorte de raisonnement silencieux de l’esprit, par lequel les choses que l’on juge droites sont approuvées avec plaisir, tandis que celles que l’on juge mauvaises sont désapprouvées avec malaise.” » C’est un tribunal dans le cœur des hommes, pour accuser les pécheurs et excuser ceux qui font le bien.
2. Pour la considérer sous un jour un peu différent : le mot conscience, aussi bien que le mot latin dont il est tiré, et le mot grec, syneideseos, implique nécessairement la connaissance de deux ou de plusieurs choses ensemble : par exemple, la connaissance de nos paroles et de nos actions, et en même temps de leur bonté ou de leur méchanceté ; à moins que ce ne soit plutôt la faculté par laquelle nous connaissons à la fois nos actions et leur qualité.
3. La conscience est donc cette faculté par laquelle nous avons à la fois conscience de nos propres pensées, paroles et actions, et de leur mérite ou démérite, du fait qu’elles sont bonnes ou mauvaises, et qu’elles méritent par conséquent la louange ou le blâme. Un certain plaisir accompagne en général la première sentence, un certain malaise la seconde ; mais cela varie extrêmement, selon l’éducation et mille autres circonstances.
4. Peut-on nier que l’on trouve quelque chose de cela en tout homme qui vient au monde ? Et cela n’apparaît-il pas dès que l’entendement s’ouvre, dès que la raison commence à poindre ? Chacun ne commence-t-il pas alors à savoir qu’il y a une différence entre le bien et le mal, si imparfaites que puissent être les diverses circonstances de ce sentiment du bien et du mal ? Tout homme, par exemple, ne sait-il pas, à moins d’être aveuglé par les préjugés de l’éducation (comme les habitants du cap de Bonne-Espérance), qu’il est bon d’honorer ses parents ? Tous les hommes, si incultes ou si barbares qu’ils soient, ne reconnaissent-ils pas qu’il est juste de faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils nous fissent ? Et tous ceux qui savent cela ne sont-ils pas condamnés dans leur propre esprit lorsqu’ils font quelque chose de contraire, de même que, lorsqu’ils agissent en conformité avec cela, ils ont l’approbation de leur propre conscience ?
5. Cette faculté semble être ce qu’on entend d’ordinaire quand on parle de la conscience naturelle, expression qui se rencontre souvent chez quelques-uns de nos meilleurs auteurs, mais qui n’est pourtant pas rigoureusement juste. Car, si en un sens on peut l’appeler naturelle, parce qu’elle se trouve chez tous les hommes, à proprement parler elle n’est pas naturelle : c’est un don surnaturel de Dieu, au-dessus de toutes ses facultés naturelles. Non ; ce n’est pas la nature, mais le Fils de Dieu, qui est « la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme ». De sorte que nous pouvons dire à toute créature humaine : « Il », et non la nature, « t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ». Et c’est son Esprit qui te donne un avertissement intérieur, qui te fait éprouver du malaise, quand tu marches en quoi que ce soit contrairement à la lumière qu’il t’a donnée.
6. On donnera peut-être une force particulière à ce beau passage en considérant par qui et à quelle occasion ces paroles furent prononcées. Les personnes qui parlent sont Balak, roi de Moab, et Balaam, alors sous des impressions divines (il était alors, semble-t-il, « pas loin du royaume de Dieu », bien qu’il se soit ensuite si honteusement révolté). Probablement Balak lui-même éprouvait-il alors quelque chose de la même influence. C’est ce qui l’amena à consulter Balaam, à lui demander conseil, — à lui proposer la question à laquelle Balaam fait une réponse si complète (Michée 6:5 et suiv.) : « Mon peuple », dit le prophète au nom de Dieu, « rappelle-toi ce que projetait Balak, roi de Moab » (dans la plénitude de son cœur, semble-t-il), « et ce que lui répondit Balaam, fils de Beor. Avec quoi », dit-il, « me présenterai-je devant l’Éternel, Pour m’humilier devant le Dieu Très-Haut? Me présenterai-je devant lui avec des veaux d’un an ? L’Éternel agréera-t-il des milliers de béliers, Des myriades de torrents d’huile? Donnerai-je pour mes transgressions mon premier-né, Pour le péché de mon âme le fruit de mes entrailles? » (C’est ce que les rois de Moab avaient effectivement fait dans des circonstances de profonde détresse ; on en trouve un récit remarquable au troisième chapitre du second livre des Rois.) À cela Balaam fait cette noble réponse (étant sans doute alors enseigné de Dieu) : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l’Éternel demande de toi, C’est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
7. Pour considérer la conscience plus distinctement, elle paraît avoir une triple fonction. Premièrement, elle est un témoin, — attestant ce que nous avons fait en pensée, en parole ou en action. Secondement, elle est un juge, — prononçant sur ce que nous avons fait la sentence qu’il est bon ou mauvais. Et, troisièmement, elle exécute en quelque sorte la sentence, en produisant un certain degré de contentement chez celui qui fait le bien, et un certain degré de malaise chez celui qui fait le mal.
8. Le professeur Hutcheson, naguère à Glasgow, présente la conscience sous un jour différent. Dans son Essai sur les passions », il fait observer que nous avons plusieurs sens, ou voies naturelles du plaisir et de la douleur, outre les cinq sens extérieurs. L’un d’eux, il l’appelle le sens public, par lequel nous sommes naturellement peinés de la misère d’un de nos semblables, et réjouis de sa délivrance. Et tout homme, dit-il, a un sens moral, par lequel il approuve la bienveillance et désapprouve la cruauté. Bien plus, il éprouve du malaise quand il a lui-même commis une action cruelle, et du plaisir quand il en a fait une généreuse.
9. Tout cela, en un sens, est indubitablement vrai. Mais il n’est pas vrai que ni le sens public ni le sens moral (tous deux compris dans le terme de conscience) soient maintenant naturels à l’homme. Quoi qu’il en ait été au commencement, tandis que l’homme était dans l’état d’innocence, l’un et l’autre sont maintenant une branche de ce don surnaturel de Dieu que nous appelons d’ordinaire la grâce prévenante. Mais le professeur n’est nullement d’accord avec cela. Il met Dieu entièrement hors de question. Dieu n’a rien à voir dans son système de vertu, du commencement à la fin. De sorte que, pour dire la vérité, son système de vertu est d’un bout à l’autre de l’athéisme. Voilà bien du raffinement ! Beaucoup ont exclu Dieu du monde ; lui l’exclut même de la religion !
10. Mais ne le comprenons-nous pas mal ? Saisissons-nous bien sa pensée ? Afin qu’elle soit assez claire, et que nul ne puisse s’y méprendre, il pose lui-même cette question : « Que dire si un homme, en faisant une action vertueuse, c’est-à-dire généreuse, en aidant un de ses semblables, a égard à Dieu, soit comme le commandant, soit comme promettant de la récompenser ? Alors », dit-il, « dans la mesure où il a égard à Dieu, la vertu de l’action est perdue. Toutes les actions qui naissent de la considération de la rémunération n’ont en elles aucune vertu, aucune bonté morale. » Hélas ! cet homme fut-il appelé chrétien ? Combien on l’a calomnié par cette affirmation ! Même le docteur Taylor, bien qu’il n’admette pas que Christ soit Dieu, ne se fait pourtant pas scrupule de l’appeler « une personne d’une vertu consommée ». Mais le professeur ne peut lui accorder aucune vertu !
11. Mais revenons à notre sujet. Qu’est-ce que la conscience, au sens chrétien ? C’est cette faculté de l’âme qui, par l’assistance de la grâce de Dieu, voit en un seul et même temps (1) nos propres dispositions et notre vie, — la nature et la qualité réelles de nos pensées, de nos paroles et de nos actions ; (2) la règle par laquelle nous devons être dirigés ; et (3) leur accord ou leur désaccord avec cette règle. Pour exprimer cela un peu plus amplement : la conscience implique, premièrement, la faculté qu’a l’homme de se connaître lui-même, de discerner, tant en général qu’en particulier, ses propres dispositions, pensées, paroles et actions. Mais cela, il ne lui est pas possible de le faire sans l’assistance de l’Esprit de Dieu. Autrement, l’amour-propre, et, à vrai dire, toute autre passion déréglée, le déguiseraient et le cacheraient entièrement à lui-même. Elle implique, secondement, la connaissance de la règle par laquelle il doit être dirigé en chaque chose, règle qui n’est autre que la parole écrite de Dieu. La conscience implique, troisièmement, la connaissance que toutes ses pensées, ses paroles et ses actions sont conformes à cette règle. Dans toutes les fonctions de la conscience, « l’onction de la part de celui qui est saint » est indispensablement nécessaire. Sans elle, nous ne pourrions discerner clairement ni notre vie ni nos dispositions ; nous ne pourrions juger ni de la règle selon laquelle nous devons marcher, ni de notre conformité ou de notre non-conformité à cette règle.
12. C’est là proprement la description d’une bonne conscience, que l’on peut exprimer en d’autres termes ainsi : une conscience divine de marcher en toutes choses selon la parole écrite de Dieu. Il semble, en effet, qu’il ne puisse y avoir de conscience qui n’ait égard à Dieu. Si vous dites : « Si, il peut certainement y avoir conscience d’avoir bien ou mal fait, sans aucune référence à lui », je réponds : Je ne puis l’accorder. Je doute que les mots mêmes de bien et de mal, selon le système chrétien, n’impliquent pas, dans leur idée même, l’accord et le désaccord avec la volonté et la parole de Dieu. S’il en est ainsi, il n’y a rien de tel que la conscience chez un chrétien, si nous laissons Dieu hors de question.
13. Pour l’existence même d’une bonne conscience, aussi bien que pour sa durée, l’influence continuelle de l’Esprit de Dieu est absolument nécessaire. Aussi l’apôtre Jean déclare-t-il aux croyants de tous les âges : « vous avez reçu l’onction de la part de celui qui est saint, et vous connaissez toutes choses » : toutes les choses qui vous sont nécessaires pour avoir « une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ». Aussi ajoute-t-il : « vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne », sinon « comme son onction vous enseigne ». Cette onction nous enseigne clairement ces trois choses : premièrement, le vrai sens de la parole de Dieu ; secondement, elle nous rappelle nos actions ; et, troisièmement, l’accord de toutes choses avec les commandements de Dieu.
14. Passons maintenant à considérer, en second lieu, les différentes sortes de conscience. Nous avons déjà parlé de la bonne conscience. Saint Paul l’exprime de diverses manières. En un endroit il l’appelle simplement une « bonne conscience envers Dieu » ; en un autre, « une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ». Mais il en parle plus amplement encore dans le texte : « ce qui fait notre gloire, c’est ce témoignage de notre conscience, que nous nous sommes conduits dans le monde avec simplicité », d’un œil simple, « et avec une sincérité selon Dieu ». Il fait observer en même temps que cela s’est fait « non point avec une sagesse charnelle », — ce qu’on appelle communément la prudence, — (laquelle n’a jamais produit et ne pourra jamais produire un tel effet), « mais avec la grâce de Dieu », qui seule suffit à opérer cela en quelque enfant des hommes que ce soit.
15. Étroitement apparentée à celle-ci (si ce n’est la même vue sous un autre aspect, ou l’une de ses branches particulières) est la conscience délicate. Celui qui a une conscience délicate remarque exactement tout écart de la parole de Dieu, que ce soit en pensée, en parole ou en œuvre, et il en éprouve aussitôt du remords et de la condamnation de soi. Et le cri constant de son âme est :
Oh ! que mon âme sensible fuie
Du mal la première approche abhorrée,
Prompte comme la prunelle de l’œil
À sentir du péché la moindre atteinte !
16. Mais quelquefois cette excellente qualité, la délicatesse de conscience, est poussée à l’extrême. Nous en trouvons qui craignent là où il n’y a pas sujet de crainte, qui se condamnent continuellement sans cause, s’imaginant que certaines choses sont des péchés, alors que l’Écriture ne les condamne nulle part, et supposant que d’autres sont leur devoir, alors que l’Écriture ne les prescrit nulle part. C’est ce qu’on appelle proprement une conscience scrupuleuse, et c’est un mal cruel. Il est extrêmement utile d’y céder le moins possible ; c’est bien plutôt le sujet d’une prière instante, afin que vous soyez délivré de ce mal cruel et que vous retrouviez un esprit sain ; à quoi rien ne contribuerait davantage que la conversation d’un ami pieux et judicieux.
17. Mais l’extrême opposé est beaucoup plus dangereux. Une conscience endurcie est mille fois plus dangereuse qu’une conscience scrupuleuse : celle-là peut violer un commandement clair de Dieu sans se condamner aucunement, soit en faisant ce qu’il a expressément défendu, soit en négligeant ce qu’il a expressément commandé, et cela sans aucun remords ; bien plus, peut-être en se glorifiant de cette dureté même de cœur ! Nous rencontrons de nos jours bien des exemples de cette déplorable stupidité, et cela même parmi des gens qui se croient une part non petite de religion. Quelqu’un fait une chose que l’Écriture défend clairement. Vous lui demandez : « Comment osez-vous faire cela ? » et l’on vous répond avec une parfaite indifférence : « Oh ! mon cœur ne me condamne pas. » Je réplique : « Tant pis. Plût à Dieu qu’il vous condamnât ! Vous seriez alors dans un état plus sûr que celui où vous êtes maintenant. C’est une chose terrible que d’être condamné par la parole de Dieu, et de ne pas être condamné par son propre cœur ! » Si nous pouvons enfreindre le plus petit des commandements connus de Dieu sans nous condamner nous-mêmes, il est clair que le dieu de ce siècle a endurci nos cœurs. Si nous ne nous relevons bientôt de cet état, nous aurons « perdu tout sentiment », et nos consciences (comme parle saint Paul) seront « cautérisées comme au fer chaud ».
18. Il ne me reste plus qu’à ajouter quelques directions importantes. Le premier grand point est celui-ci : supposé que nous ayons une conscience délicate, comment la conserverons-nous ? Je crois qu’il n’y a qu’un seul moyen possible de le faire, c’est de lui obéir. Tout acte de désobéissance tend à l’aveugler et à l’engourdir ; à lui crever les yeux, pour qu’elle ne voie pas la volonté bonne et agréable de Dieu ; et à endurcir le cœur, pour qu’il ne sente pas la condamnation de soi quand nous agissons à l’encontre de cette volonté. Et, au contraire, tout acte d’obéissance donne à la conscience une vue plus perçante et plus forte, et un sentiment plus vif de tout ce qui offense la glorieuse majesté de Dieu. C’est pourquoi, si vous désirez avoir une conscience toujours prompte à discerner et fidèle à vous accuser ou à vous excuser, si vous voulez la garder toujours sensible et délicate, ayez soin de lui obéir à tout prix ; écoutez continuellement ses avertissements, et suivez-les avec constance. Tout ce qu’elle vous ordonne de faire selon la parole de Dieu, faites-le, quelque pénible que ce soit à la chair et au sang. Tout ce qu’elle défend, si la défense est fondée sur la parole de Dieu, gardez-vous de le faire, quelque agréable que ce puisse être à la chair et au sang. L’un ou l’autre peut souvent arriver. Ce que Dieu défend peut être agréable à notre nature mauvaise : alors vous êtes appelé à renoncer à vous-même, ou vous renierez votre Maître. Ce qu’il ordonne peut être pénible à la nature : alors chargez-vous de votre croix. Tant est vraie la parole de notre Seigneur : « Si quelqu’un ne renonce pas à lui-même et ne se charge pas chaque jour de sa croix, il ne peut être mon disciple. »
19. Je ne saurais mieux conclure ce discours que par un extrait du sermon du docteur Annesley sur « la Conscience universelle ». [Le docteur Annesley (le père de ma mère) était recteur de la paroisse de Cripplegate.]
« Laissez-vous persuader de pratiquer les directions suivantes, et votre conscience demeurera droite : —
1. « Prenez garde à tout péché ; ne tenez aucun péché pour petit ; et obéissez de toute votre force à chaque commandement. Veillez contre les premiers mouvements du péché, et gardez-vous de ses abords. Fuyez jusqu’à l’apparence du mal. Ne vous aventurez pas dans la tentation ni dans les occasions de péché.
2. « Considérez-vous comme vivant sous l’œil de Dieu : vivez comme dans la présence sensible du Dieu jaloux. Souvenez-vous que tout est à nu et à découvert devant lui ! Vous ne pouvez le tromper, car il est la sagesse infinie ; vous ne pouvez le fuir, car il est partout ; vous ne pouvez le corrompre, car il est la justice même ! Parlez comme sachant que Dieu vous entend ; marchez comme sachant que Dieu vous entoure de tous côtés. Le Seigneur est avec vous tant que vous êtes avec lui ; c’est-à-dire que vous jouirez de sa présence favorable tant que vous vivrez dans sa présence redoutable.
3. « Soyez sérieux et fréquent dans l’examen de votre cœur et de votre vie. Il est certains devoirs semblables à ces parties du corps dont le défaut peut être suppléé par d’autres parties ; mais le défaut de ceux-ci, rien ne peut le suppléer. Chaque soir, passez en revue votre conduite de la journée : ce que vous avez fait ou pensé qui ne convenait pas à votre caractère ; si votre cœur a été attaché avec ardeur à la religion et indifférent au monde. Ayez un soin particulier de deux portions du temps, à savoir le matin et le soir : le matin, pour prévoir ce que vous avez à faire, et le soir, pour examiner si vous avez fait ce que vous deviez.
4. « Que chacune de vos actions se rapporte à votre vie entière, et non à une partie seulement. Que toutes vos fins subordonnées s’accordent avec la grande fin de votre vie. “Exerce-toi à la piété.” Sois aussi diligent dans la religion que tu voudrais que tes enfants qui vont à l’école le fussent dans l’étude. Que ta vie entière soit une préparation pour le ciel, comme la préparation des lutteurs pour le combat.
5. « Ne vous aventurez pas dans le péché parce que Christ a acquis un pardon : c’est là un abus de Christ des plus horribles. C’est précisément pour cette raison qu’il n’y avait, sous la loi, aucun sacrifice pour aucun péché volontaire, de peur que les gens ne crussent connaître le prix des péchés, comme le font ceux qui trafiquent des indulgences papistes.
6. « Soyez néant à vos propres yeux : car qu’avons-nous, hélas ! dont nous puissions être orgueilleux ? Notre conception même fut pécheresse, notre naissance douloureuse, notre vie pénible, notre mort nous ne savons quoi ! Mais tout cela n’est rien auprès de l’état de notre âme. Si nous savons cela, quelle excuse avons-nous pour l’orgueil ?
7. « Consultez le devoir, non les événements. Nous n’avons rien d’autre à faire que de veiller à notre devoir. Toutes les spéculations qui ne tendent pas à la sainteté sont au nombre de vos superfluités ; mais les pressentiments de ce qui peut vous arriver dans l’accomplissement de votre devoir peuvent être comptés au nombre de vos péchés ; et s’aventurer dans le péché pour éviter le danger, c’est couler le navire par crainte des pirates. Oh ! combien nos vies seraient paisibles, aussi bien que saintes, si nous avions appris cette seule leçon, — ne nous inquiéter de rien, mais faire notre devoir et laisser à Dieu toutes les conséquences ! Quelle folie, pour une vile poussière, que de prescrire à la sagesse infinie ! que de laisser là notre œuvre pour nous mêler de celle de Dieu ! Il a gouverné les affaires du monde, et de chaque personne en particulier, sans donner à personne sujet de se plaindre, depuis plus de cinq mille ans. Et aurait-il maintenant besoin de vos conseils ? Non ; votre affaire est de veiller à votre propre devoir.
8. « Le conseil que vous donneriez à un autre, prenez-le pour vous-même : les pires des hommes sont assez prompts à charger les autres de fardeaux qui, s’ils les prenaient eux-mêmes, feraient d’eux de rares chrétiens.
9. « Ne faites rien sur quoi vous ne puissiez demander une bénédiction. Toute action bonne d’un chrétien est sanctifiée par la parole et par la prière. Il ne convient pas à un chrétien de faire quelque chose de si futile qu’il ne puisse prier à son sujet. Et s’il voulait seulement accorder une sérieuse oraison jaculatoire à chaque action qui se présente, une telle prière retrancherait toutes les choses coupables et encouragerait toutes les choses permises.
10. « Pensez, parlez et faites ce que vous êtes persuadé que Christ lui-même ferait à votre place, s’il était sur la terre. Il convient à un chrétien d’être plutôt un exemple pour tous, qui était, qui est et qui sera toujours notre modèle absolu. Ô chrétiens, comme Christ priait, et rachetait le temps pour la prière ! Comme Christ prêchait, lui de la bouche duquel ne sortaient que des paroles de grâce ! Quel temps Christ passait-il en discours inutiles ? Comme Christ allait de lieu en lieu faisant du bien aux hommes, et ce qui était agréable à Dieu ! Bien-aimés, je vous recommande ces quatre mémoriaux : (1) Veillez au devoir ; (2) ce qui serait le devoir d’un autre à votre place est le vôtre ; (3) ne vous mêlez de rien, si vous ne pouvez dire : Que la bénédiction du Seigneur soit sur cela ; (4) surtout, oubliez plutôt votre nom de chrétien que d’oublier d’avoir l’œil sur Christ ! Quelque traitement que vous receviez du monde, souvenez-vous de lui et suivez ses traces, “Lui qui n’a point commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s’est point trouvé de fraude; lui qui, injurié, ne rendait point d’injures, mais s’en remettait à celui qui juge justement.” »
Chapitre 106 terminé
Sur la conscience