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Le devoir de la communion constante

Chapitre 102 · 25 min de lecture · 33 min d’écoute

Le devoir de la communion constante

Sermon 101

Le devoir de la communion constante 104104Le discours qui suit fut écrit il y a plus de cinquante-cinq ans, à l’usage de mes élèves d’Oxford. J’y ai fort peu ajouté, mais j’en ai beaucoup retranché, car j’employais alors plus de mots que je ne le fais aujourd’hui. Mais, grâce à Dieu, je n’ai encore vu aucune raison de changer de sentiment sur aucun des points qui y sont exposés. —1788 J.W.

« faites ceci en mémoire de moi. »

Luc 22:19.

Il n’est pas étonnant que des hommes qui n’ont aucune crainte de Dieu ne songent jamais à faire cela. Mais il est étrange que ce devoir soit négligé par ceux qui craignent Dieu et qui désirent sauver leur âme ; et pourtant rien n’est plus commun. L’une des raisons pour lesquelles beaucoup le négligent, c’est qu’ils ont si grand-peur de « manger et boire indignement » qu’ils ne songent jamais combien le danger est plus grand encore lorsqu’ils ne mangent ni ne boivent du tout. Afin de faire ce que je puis pour amener ces hommes bien intentionnés à une manière de penser plus juste, je vais :

I. montrer que c’est le devoir de tout chrétien de recevoir la sainte cène aussi souvent qu’il le peut ; et

II. Répondre à quelques objections.

I. Je dois montrer que c’est le devoir de tout chrétien de recevoir la sainte cène aussi souvent qu’il le peut.

1. La première raison pour laquelle c’est le devoir de tout chrétien d’agir ainsi, c’est que c’est un commandement clair de Christ. Que ce soit là son commandement, cela ressort des paroles du texte : « faites ceci en mémoire de moi » ; paroles par lesquelles, de même que les apôtres étaient tenus de bénir, de rompre et de donner le pain à tous ceux qui s’unissaient à eux dans les choses saintes, de même tous les chrétiens étaient tenus de recevoir ces signes du corps et du sang de Christ. Ici donc, il est commandé de recevoir le pain et le vin en mémoire de sa mort, jusqu’à la fin du monde. Remarquez aussi que ce commandement fut donné par notre Seigneur au moment même où il allait donner sa vie pour nous. Ce sont donc, pour ainsi dire, ses dernières paroles à tous ceux qui le suivent.

2. Une deuxième raison pour laquelle tout chrétien devrait le faire aussi souvent qu’il le peut, c’est que les bienfaits qu’on en retire sont si grands pour tous ceux qui le font par obéissance envers lui, à savoir : le pardon de nos péchés passés, et la force et le rafraîchissement présents de nos âmes. En ce monde, nous ne sommes jamais à l’abri des tentations. Quel que soit notre genre de vie, quelle que soit notre condition, que nous soyons malades ou bien portants, dans la peine ou dans le repos, les ennemis de nos âmes guettent l’occasion de nous entraîner dans le péché. Et trop souvent ils l’emportent sur nous. Or, lorsque nous sommes convaincus d’avoir péché contre Dieu, quel moyen plus sûr avons-nous d’obtenir de lui le pardon que d’« annoncer la mort du Seigneur », et de le supplier, au nom des souffrances de son Fils, d’effacer tous nos péchés ?

3. La grâce de Dieu qui nous y est donnée nous confirme le pardon de nos péchés en nous rendant capables de les abandonner. Comme nos corps sont fortifiés par le pain et le vin, ainsi nos âmes le sont par ces gages du corps et du sang de Christ. C’est là la nourriture de nos âmes : c’est elle qui nous donne la force d’accomplir notre devoir, et qui nous conduit vers la perfection. Si donc nous avons quelque égard pour le commandement clair de Christ, si nous désirons le pardon de nos péchés, si nous souhaitons la force de croire, d’aimer Dieu et de lui obéir, alors nous ne devons négliger aucune occasion de recevoir la sainte cène ; alors nous ne devons jamais tourner le dos au festin que notre Seigneur nous a préparé. Nous ne devons négliger aucune des occasions que la bonne providence de Dieu nous offre à cet effet. Voici la vraie règle : nous devons communier aussi souvent que Dieu nous en donne l’occasion. Quiconque donc ne communie pas, mais s’éloigne de la sainte table quand tout est prêt, ou bien ne comprend pas son devoir, ou bien ne se soucie ni du commandement de son Sauveur mourant, ni du pardon de ses péchés, ni de la force de son âme, ni du rafraîchissement qu’elle trouve dans l’espérance de la gloire.

4. Que chacun donc, s’il a quelque désir de plaire à Dieu ou quelque amour pour sa propre âme, obéisse à Dieu et veille au bien de son âme en communiant chaque fois qu’il le peut, à l’exemple des premiers chrétiens, chez qui le sacrifice chrétien faisait constamment partie du culte du jour du Seigneur. Et, pendant plusieurs siècles, ils le reçurent presque chaque jour : quatre fois par semaine toujours, et en outre à chaque fête de saint. Aussi ceux qui s’unissaient aux prières des fidèles ne manquaient-ils jamais de participer au saint sacrement. Quelle opinion ils avaient de quiconque lui tournait le dos, nous pouvons l’apprendre de cet ancien canon : « Si un croyant s’unit aux prières des fidèles et s’en va sans recevoir la sainte cène, qu’il soit excommunié, comme portant le désordre dans l’Église de Dieu. »

5. Pour comprendre la nature de la sainte cène, il serait utile de lire attentivement les passages de l’Évangile et de la première Épître aux Corinthiens [1 Cor. 11] qui en rapportent l’institution. Nous y apprenons que le but de ce sacrement est le souvenir continuel de la mort de Christ, en mangeant le pain et en buvant le vin, qui sont les signes extérieurs de la grâce intérieure, le corps et le sang de Christ.

6. Il est fort convenable que ceux qui se proposent de le recevoir se préparent, chaque fois que leur temps le permet, à cette ordonnance solennelle par l’examen de soi-même et par la prière. Mais cela n’est pas absolument nécessaire. Et lorsque nous n’en avons pas le temps, nous devons veiller à avoir cette préparation habituelle qui est absolument nécessaire, et dont on ne peut jamais se dispenser pour aucune raison ni en aucune occasion. Cette préparation, c’est premièrement une ferme résolution du cœur de garder tous les commandements de Dieu, et secondement un sincère désir de recevoir toutes ses promesses.

II. Je dois, en second lieu, répondre aux objections communes contre la réception constante de la sainte cène.

1. Je dis la réception constante ; car, pour ce qui est de l’expression de communion fréquente, elle est absurde au dernier degré. Si elle signifie quelque chose de moins que constante, elle signifie plus qu’on ne peut prouver être le devoir d’aucun homme. Car, si nous ne sommes pas obligés de communier constamment, par quel argument peut-on prouver que nous sommes obligés de communier fréquemment ? bien plus, plus d’une fois par an, ou une fois en sept ans, ou une seule fois avant de mourir ? Tout argument avancé à cet effet, ou bien prouve que nous devons le faire constamment, ou bien ne prouve rien du tout. Cette manière de parler vague et vide de sens devrait donc être abandonnée par tous les hommes de jugement.

2. Pour prouver que c’est notre devoir de communier constamment, nous pouvons remarquer que la sainte communion doit être considérée soit (1.) comme un commandement de Dieu, soit (2.) comme une miséricorde envers l’homme.

Premièrement, comme un commandement de Dieu. Dieu, notre Médiateur et notre Souverain, de qui nous avons reçu la vie et toutes choses, et de la volonté de qui il dépend que nous soyons parfaitement heureux ou parfaitement misérables, depuis ce moment jusqu’à l’éternité, nous déclare que tous ceux qui obéissent à ses commandements seront éternellement heureux, et que tous ceux qui n’y obéissent pas seront éternellement misérables. Or, l’un de ces commandements est celui-ci : « faites ceci en mémoire de moi. » Je vous demande donc : Pourquoi ne le faites-vous pas, alors que vous pouvez le faire si vous le voulez ? Lorsque l’occasion est devant vous, pourquoi n’obéissez-vous pas au commandement de Dieu ?

3. Peut-être direz-vous : « Dieu ne me commande pas de le faire aussi souvent que je le peux » ; c’est-à-dire que les mots « aussi souvent que vous le pouvez » ne sont pas ajoutés en cet endroit particulier. Eh bien ? Ne devons-nous pas obéir à tout commandement de Dieu aussi souvent que nous le pouvons ? Toutes les promesses de Dieu ne sont-elles pas faites à ceux, et à ceux-là seuls, qui « font tous leurs efforts », c’est-à-dire à ceux qui font tout ce qu’ils peuvent pour obéir à ses commandements ? Notre pouvoir est la seule règle de notre devoir. Tout ce que nous pouvons faire, nous le devons. Qu’il s’agisse de ce commandement ou de tout autre, celui qui, pouvant y obéir s’il le veut, n’y obéit pas, n’aura point de place dans le royaume des cieux.

4. Et cette grande vérité, que nous sommes obligés de garder chaque commandement autant que nous le pouvons, est clairement prouvée par l’absurdité de l’opinion contraire ; car, si nous admettions que nous ne sommes pas obligés d’obéir à chaque commandement de Dieu aussi souvent que nous le pouvons, il ne nous resterait aucun argument pour prouver qu’un homme quelconque est tenu d’obéir à un commandement quelconque à un moment quelconque. Par exemple : si je demandais à un homme pourquoi il n’obéit pas à l’un des plus clairs commandements de Dieu, pourquoi, par exemple, il n’aide pas ses parents, il pourrait répondre : « Je ne le ferai pas maintenant, mais je le ferai une autre fois. » Quand ce moment sera venu, rappelez-lui de nouveau le commandement de Dieu, et il vous dira : « J’y obéirai un jour ou l’autre. » Et il n’est jamais possible de prouver qu’il doit le faire maintenant, sinon en prouvant qu’il doit le faire aussi souvent qu’il le peut ; et que, par conséquent, il doit le faire maintenant, parce qu’il le peut s’il le veut.

5. Considérez la sainte cène, en second lieu, comme une miséricorde de Dieu envers l’homme. Dieu, dont les compassions s’étendent sur toutes ses œuvres, et particulièrement sur les enfants des hommes, savait qu’il n’y avait pour l’homme qu’un seul moyen d’être heureux comme lui-même, à savoir de lui être semblable en sainteté ; et comme il savait que nous ne pouvions rien faire par nous-mêmes pour y parvenir, il nous a donné certains moyens d’obtenir son secours. L’un de ces moyens est la sainte cène, qu’il nous a donnée, dans son infinie miséricorde, pour cette fin même : afin que, par ce moyen, nous soyons aidés à atteindre les bénédictions qu’il nous a préparées ; afin que nous obtenions la sainteté sur la terre, et la gloire éternelle dans le ciel.

Je vous demande donc : Pourquoi n’acceptez-vous pas sa miséricorde aussi souvent que vous le pouvez ? Dieu vous offre maintenant sa bénédiction ; — pourquoi la refusez-vous ? Vous avez maintenant l’occasion de recevoir sa miséricorde ; — pourquoi ne la recevez-vous pas ? Vous êtes faible : — pourquoi ne saisissez-vous pas chaque occasion d’accroître votre force ? En un mot : si l’on considère ceci comme un commandement de Dieu, celui qui ne communie pas aussi souvent qu’il le peut n’a point de piété ; si on le considère comme une miséricorde, celui qui ne communie pas aussi souvent qu’il le peut n’a point de sagesse.

6. Ces deux considérations fourniront une réponse complète à toutes les objections communes qu’on a faites contre la communion constante, et même à toutes celles qui ont jamais été faites ou qui peuvent l’être. En vérité, on ne peut rien objecter contre elle, sinon en supposant qu’[en] ce moment particulier, ou bien la communion ne serait pas une miséricorde, ou bien je ne suis pas commandé de la recevoir. Bien plus, quand nous accorderions qu’elle ne serait pas une miséricorde, cela ne suffit pas ; car l’autre raison subsisterait encore : que cela vous fasse du bien ou non, vous devez obéir au commandement de Dieu.

7. Voyons cependant les excuses particulières que les hommes donnent d’ordinaire pour ne pas y obéir. La plus commune est celle-ci : « Je suis indigne ; et “celui qui mange et boit indignement mange et boit sa propre condamnation”. Je n’ose donc pas communier, de peur de manger et de boire ma propre condamnation. »

Voici ce qui en est : Dieu vous offre l’une des plus grandes miséricordes qui soient de ce côté-ci du ciel, et il vous commande de l’accepter. Pourquoi n’acceptez-vous pas cette miséricorde, par obéissance à son commandement ? Vous dites : « Je suis indigne de la recevoir. » Eh bien ? Vous êtes indigne de recevoir aucune miséricorde de Dieu. Mais est-ce là une raison pour refuser toute miséricorde ? Dieu vous offre le pardon de tous vos péchés. Vous en êtes indigne, c’est certain, et il le sait ; mais, puisqu’il lui plaît de vous l’offrir malgré cela, ne l’accepterez-vous pas ? Il vous offre de délivrer votre âme de la mort : vous êtes indigne de vivre ; mais refuserez-vous pour cela la vie ? Il vous offre de revêtir votre âme d’une force nouvelle ; parce que vous en êtes indigne, refuserez-vous de la prendre ? Que peut faire Dieu lui-même de plus pour nous, si nous refusons sa miséricorde parce que nous en sommes indignes ?

8. Mais supposons que ce ne fût pas une miséricorde pour nous (ce qui revient, à vrai dire, à donner un démenti à Dieu, à dire que n’est pas bon pour l’homme ce qu’il a ordonné tout exprès pour son bien) ; je vous demande encore : Pourquoi n’obéissez-vous pas au commandement de Dieu ? Il dit : « faites ceci. » Pourquoi ne le faites-vous pas ? Vous répondez : « Je suis indigne de le faire. » Quoi ! Indigne d’obéir à Dieu ? Indigne de faire ce que Dieu vous ordonne de faire ? Indigne d’obéir au commandement de Dieu ? Que voulez-vous dire par là ? que ceux qui sont indignes d’obéir à Dieu ne doivent pas lui obéir ? Qui vous l’a dit ? Quand ce serait même « un ange du ciel, qu’il soit anathème! » Si vous pensez que Dieu lui-même vous l’a dit par saint Paul, écoutons ses paroles. Les voici : « Celui qui mange et boit indignement mange et boit sa propre condamnation. »

Mais c’est là tout autre chose. Il n’est pas dit ici un mot d’être indigne de manger et de boire. Il parle bien de manger et de boire indignement ; mais c’est une chose toute différente, et il nous l’a dit lui-même. Dans ce même chapitre, il nous est dit que, par manger et boire indignement, il faut entendre recevoir le saint sacrement d’une manière si grossière et si désordonnée que « l’un a faim, tandis que l’autre est ivre ». Mais en quoi cela vous regarde-t-il ? Y a-t-il quelque danger que vous fassiez de même, — que vous mangiez et buviez ainsi indignement ? Si indigne que vous soyez de communier, il n’y a pas à craindre que vous communiiez de cette manière. Par conséquent, quel que soit le châtiment réservé à ceux qui le font ainsi indignement, il ne vous concerne pas. Vous n’avez pas plus de raison, d’après ce texte, de désobéir à Dieu que s’il n’y avait pas un tel texte dans la Bible. Si vous parlez de « manger et boire indignement » au sens où saint Paul emploie ces mots, vous pourriez aussi bien dire : « Je n’ose pas communier, de peur que l’église ne s’écroule », que « de peur de manger et boire indignement ».

9. Si donc vous craignez d’attirer sur vous la condamnation par ce moyen, vous craignez là où il n’y a pas sujet de craindre. Ne la craignez pas pour avoir mangé et bu indignement ; car cela, au sens de saint Paul, vous ne le pouvez pas faire. Mais je vais vous dire pourquoi vous devez craindre la condamnation : — pour ne pas manger et boire du tout ; pour ne pas obéir à votre Créateur et Rédempteur ; pour désobéir à son commandement clair ; pour mépriser ainsi à la fois sa miséricorde et son autorité. Voilà ce que vous devez craindre ; car écoutez ce que dit son apôtre : « Car quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous. » (Jacques 2:10.)

10. Nous voyons donc combien est faible l’objection : « Je n’ose pas recevoir [la sainte cène], parce que je suis indigne. » Et elle n’est pas plus forte, quand même la raison pour laquelle vous vous croyez indigne serait que vous êtes récemment tombé dans le péché. Il est vrai que notre Église défend à ceux « qui ont commis quelque crime grave » de communier sans repentance. Mais tout ce qui en découle, c’est que nous devons nous repentir avant de venir, et non que nous devions négliger de venir.

Dire donc qu’« un homme peut tourner le dos à l’autel parce qu’il est récemment tombé dans le péché, afin de s’imposer à lui-même cette pénitence », c’est parler sans aucune autorité de l’Écriture. Car où la Bible enseigne-t-elle à expier la transgression d’un commandement de Dieu par la transgression d’un autre ? Quel conseil est-ce là : — « Commettez un nouvel acte de désobéissance, et Dieu vous pardonnera plus facilement le passé ! »

11. Il en est d’autres qui, pour excuser leur désobéissance, allèguent qu’ils sont indignes en un autre sens : qu’ils « ne peuvent pas en être à la hauteur ; qu’ils ne sauraient prétendre mener une vie aussi sainte que celle à laquelle les obligerait la communion constante ». Mettez cela en termes clairs. Je vous demande : Pourquoi n’acceptez-vous pas la miséricorde que Dieu vous commande d’accepter ? Vous répondez : « Parce que je ne puis être à la hauteur de la profession que je dois faire en la recevant. » Alors il est clair que vous ne devriez jamais la recevoir du tout. Car il n’est pas plus permis de promettre une seule fois ce que vous savez ne pouvoir accomplir, que de le promettre mille fois. Vous savez aussi que c’est une seule et même promesse, que vous la fassiez chaque année ou chaque jour. Vous promettez exactement autant, que vous promettiez souvent ou rarement.

Si donc vous ne pouvez être à la hauteur de la profession que font ceux qui communient une fois par semaine, vous ne pouvez pas davantage être à la hauteur de celle que vous faites, vous qui communiez une fois par an. Mais ne le pouvez-vous vraiment pas ? Alors mieux vaudrait pour vous que vous ne fussiez jamais né. Car tout ce que vous professez à la table du Seigneur, vous devez à la fois le professer et le garder, ou vous ne pouvez être sauvé. Car vous n’y professez rien d’autre que ceci : — que vous garderez avec soin ses commandements. Et ne pouvez-vous être à la hauteur de cette profession ? Alors vous ne pouvez entrer dans la vie.

12. Pensez donc à ce que vous dites, avant de dire que vous ne pouvez être à la hauteur de ce qui est exigé des communiants constants. Ce n’est rien de plus que ce qui est exigé de tout communiant, et même de quiconque a une âme à sauver. De sorte que dire que vous ne pouvez être à la hauteur de cela, ce n’est ni plus ni moins que renoncer au christianisme. C’est, en effet, renoncer à votre baptême, dans lequel vous avez promis solennellement de garder tous ses commandements. Vous fuyez maintenant cette profession. Vous transgressez volontairement l’un de ses commandements, et, pour vous excuser, vous dites que vous ne pouvez garder ses commandements : alors vous ne pouvez espérer recevoir les promesses, qui ne sont faites qu’à ceux qui les gardent.

13. Ce qui a été dit de ce prétexte contre la communion constante s’applique à ceux qui disent la même chose en d’autres termes : « Nous n’osons pas le faire, parce que cela exige ensuite une obéissance si parfaite que nous ne pouvons promettre de l’accomplir. » Non : cela n’exige ni plus ni moins d’obéissance parfaite que vous n’en avez promis à votre baptême. Vous vous êtes alors engagé à garder les commandements de Dieu avec son secours ; et vous ne promettez rien de plus quand vous communiez.

14. Une deuxième objection qu’on fait souvent contre la communion constante, c’est qu’on a tant d’affaires qu’elles ne laissent pas le temps de s’y préparer comme il est nécessaire. Je réponds : Toute la préparation absolument nécessaire est contenue dans ces paroles : « Repentez-vous sincèrement de vos péchés passés ; ayez foi en Christ notre Sauveur » (et remarquez que ce mot n’est pas pris ici dans son sens le plus élevé) ; « amendez votre vie, et soyez en charité avec tous les hommes ; ainsi vous serez dignes de participer à ces saints mystères. » Tous ceux qui sont ainsi préparés peuvent s’approcher sans crainte, et recevoir le sacrement pour leur consolation. Or, quelle affaire peut vous empêcher d’être ainsi préparé ? — de vous repentir de vos péchés passés, de croire que Christ est mort pour sauver les pécheurs, d’amender votre vie et d’être en charité avec tous les hommes ? Aucune affaire ne peut vous en empêcher, à moins que ce ne soit une affaire qui vous empêche d’être dans un état de salut. Si vous êtes résolu et décidé à suivre Christ, vous êtes en état de vous approcher de la table du Seigneur. Si vous n’en avez pas le dessein, vous n’êtes bon que pour la table et la compagnie des démons.

15. Aucune affaire ne peut donc empêcher personne d’avoir cette préparation qui seule est nécessaire, à moins que ce ne soit une affaire qui le rende impropre au ciel, qui le mette hors de l’état de salut. Certes, tout homme prudent, lorsqu’il en a le temps, s’examinera lui-même avant de recevoir la sainte cène : s’il se repent sincèrement de ses péchés passés ; s’il croit aux promesses de Dieu ; s’il est pleinement résolu à marcher dans ses voies et à être en charité avec tous les hommes. Il y consacrera sans doute, ainsi qu’à la prière secrète, tout le temps dont il peut commodément disposer. Mais qu’est-ce que cela pour vous qui n’avez pas le temps ? Quelle excuse est-ce là pour ne pas obéir à Dieu ? Il vous commande de venir, et de vous préparer par la prière si vous en avez le temps ; si vous ne l’avez pas, venez néanmoins. Ne faites pas du respect pour le commandement de Dieu un prétexte pour l’enfreindre. Ne vous révoltez pas contre lui de peur de l’offenser. Quoi que vous fassiez ou laissiez de côté par ailleurs, ayez soin de faire ce que Dieu vous ordonne de faire. S’examiner soi-même et prier en secret, surtout avant la sainte cène, est une bonne chose ; mais voici ! « l’obéissance vaut mieux que » l’examen de soi-même, « et l’observation de sa parole » vaut mieux que la prière d’un ange.

16. Une troisième objection contre la communion constante, c’est qu’elle diminue notre respect pour le sacrement. Supposons qu’il en soit ainsi ? Eh bien ? En conclurez-vous que vous ne devez pas le recevoir constamment ? Cela ne s’ensuit pas. Dieu vous commande : « faites ceci. » Vous pouvez le faire maintenant, mais vous ne le voulez pas, et, pour vous excuser, vous dites : « Si je le fais si souvent, cela diminuera le respect avec lequel je le fais maintenant. » Supposons qu’il en soit ainsi : Dieu vous a-t-il jamais dit que, lorsque l’obéissance à son commandement diminue votre respect pour lui, vous pouvez alors y désobéir ? S’il l’a dit, vous êtes innocent ; sinon, ce que vous dites ne fait absolument rien à l’affaire. La loi est claire. Ou bien montrez que le législateur fait cette exception, ou bien vous êtes coupable devant lui.

17. Le respect pour le sacrement peut être de deux sortes : ou bien celui qui est dû uniquement à la nouveauté de la chose, tel que les hommes l’éprouvent naturellement pour tout ce à quoi ils ne sont pas accoutumés ; ou bien celui qui est dû à notre foi, ou à l’amour ou à la crainte de Dieu. Or, le premier n’est pas proprement un respect religieux, mais purement naturel. Et cette sorte de respect pour la sainte cène, la réception constante doit nécessairement la diminuer. Mais elle ne diminuera pas le vrai respect religieux ; elle l’affermira plutôt et l’augmentera.

18. Une quatrième objection est celle-ci : « J’ai communié constamment depuis si longtemps, mais je n’en ai pas retiré le bienfait que j’attendais. » Tel a été le cas de beaucoup de personnes bien intentionnées, et cette objection mérite donc d’être examinée en particulier. Et considérez ceci : premièrement, tout ce que Dieu nous commande de faire, nous devons le faire parce qu’il le commande, que nous en sentions ou non quelque bienfait. Or, Dieu commande : « faites ceci en mémoire de moi. » Nous devons donc le faire parce qu’il le commande, que nous en trouvions ou non un bienfait présent. Mais sans aucun doute nous en trouverons le bienfait tôt ou tard, quoique peut-être insensiblement. Nous serons insensiblement fortifiés, rendus plus propres au service de Dieu et plus constants dans ce service. Du moins, nous sommes gardés de rechuter, et préservés de beaucoup de péchés et de tentations ; et assurément cela devrait suffire pour nous faire recevoir cette nourriture aussi souvent que nous le pouvons, quoique nous n’en sentions pas sur-le-champ les heureux effets, comme d’autres les ont sentis, et comme nous-mêmes pourrons les sentir quand Dieu le jugera bon.

19. Mais supposons qu’un homme se soit souvent approché du sacrement et n’en ait pourtant reçu aucun bienfait. N’était-ce pas sa propre faute ? Ou bien il n’était pas convenablement préparé, disposé à obéir à tous les commandements et à recevoir toutes les promesses de Dieu ; ou bien il ne l’a pas reçu comme il faut, en se confiant en Dieu. Veillez seulement à y être dûment préparé, et plus souvent vous viendrez à la table du Seigneur, plus grand sera le bienfait que vous y trouverez.

20. Une cinquième objection que certains ont faite contre la communion constante, c’est que « l’Église ne l’ordonne que trois fois par an ». Les paroles de l’Église sont celles-ci : « Notez que chaque paroissien communiera au moins trois fois dans l’année. » À cela je réponds, premièrement : Eh quoi ! si l’Église ne l’avait pas ordonné du tout, ne suffit-il pas que Dieu l’ordonne ? Nous n’obéissons à l’Église qu’à cause de Dieu. Et n’obéirons-nous pas à Dieu lui-même ? Si donc vous communiez trois fois par an parce que l’Église le commande, communiez chaque fois que vous le pouvez parce que Dieu le commande. Sinon, bien loin que l’accomplissement de l’un vous excuse de ne pas faire l’autre, votre propre pratique prouvera votre folie et votre péché, et vous laissera sans excuse.

Mais, secondement, nous ne pouvons conclure de ces paroles que l’Église excuse celui qui ne communie que trois fois par an. Leur sens évident est que celui qui ne communie pas au moins trois fois sera retranché de l’Église ; mais elles n’excusent nullement celui qui ne communie pas plus souvent. Tel n’a jamais été le jugement de notre Église : au contraire, elle prend tout le soin possible pour que le sacrement soit dûment administré, partout où se lit la Prière commune, chaque dimanche et chaque jour de fête de l’année.

L’Église donne une direction particulière au sujet de ceux qui sont dans les saints ordres : « Dans toutes les églises cathédrales et collégiales, et dans les collèges, où il y a beaucoup de prêtres et de diacres, ils recevront tous la communion avec le prêtre, au moins chaque dimanche. »

21. Il a été montré, premièrement, que si nous considérons la sainte cène comme un commandement de Christ, nul ne peut prétendre à la piété chrétienne s’il ne la reçoit pas (non une fois par mois, mais) aussi souvent qu’il le peut. Secondement, que si nous considérons son institution comme une miséricorde envers nous-mêmes, nul qui ne la reçoit pas aussi souvent qu’il le peut ne peut prétendre à la prudence chrétienne. Troisièmement, qu’aucune des objections ordinairement avancées ne peut servir d’excuse à l’homme qui n’obéit pas à ce commandement et n’accepte pas cette miséricorde à chaque occasion.

22. Il a été montré en particulier, premièrement, que l’indignité n’est pas une excuse ; parce que, quoiqu’en un sens nous soyons tous indignes, aucun de nous n’a pourtant à craindre d’être indigne au sens de saint Paul, de « manger et boire indignement ». Secondement, que le manque de temps pour se préparer ne peut être une excuse, puisque la seule préparation absolument nécessaire est celle qu’aucune affaire ne peut empêcher, ni même rien sur la terre, sinon dans la mesure où cela nous empêche d’être dans un état de salut. Troisièmement, que la diminution de notre respect n’est pas une excuse, puisque celui qui a donné le commandement : « faites ceci », n’ajoute nulle part : « à moins que cela ne diminue votre respect ». Quatrièmement, que le fait de n’en pas profiter n’est pas une excuse, puisque c’est notre propre faute, pour avoir négligé cette préparation nécessaire qui est en notre pouvoir. Enfin, que le jugement de notre propre Église est entièrement en faveur de la communion constante. Si ceux qui l’ont négligée jusqu’ici sous l’un de ces prétextes veulent prendre ces choses à cœur, ils en viendront, par la grâce de Dieu, à de meilleurs sentiments, et ne délaisseront plus jamais leurs propres miséricordes.

Chapitre 102 terminé

Le devoir de la communion constante

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