Sermons sur divers sujets
Plaire à tous les hommes

Chapitre 101 · 18 min de lecture · 24 min d’écoute

Plaire à tous les hommes

Sermon 100

Plaire à tous les hommes

« Que chacun de nous complaise au prochain pour ce qui est bien en vue de l’édification. »

Romains 15:2

1. Sans aucun doute, le devoir ici prescrit incombe à tout le genre humain ; du moins à chacun de ceux à qui sont confiés les oracles de Dieu. Car il est ici enjoint à quiconque, sans exception, prononce le nom de Christ. Et la personne à qui chacun reçoit l’ordre de plaire, c’est son prochain ; c’est-à-dire tout enfant des hommes. Seulement, nous devons nous souvenir ici de ce que dit le même apôtre en une occasion semblable : « S’il est possible, autant que cela dépende de vous, soyez en paix avec tous les hommes. » De même, nous devons plaire à tous les hommes, s’il est possible, autant que cela dépend de nous. Mais, à proprement parler, ce n’est pas possible ; c’est ce que nul homme n’a jamais fait ni ne fera jamais. Mais supposé que nous y apportions notre plus grande diligence, quelle que soit l’issue, nous accomplissons notre devoir.

2. Nous pouvons remarquer, en outre, de quelle admirable manière l’apôtre limite cette prescription ; autrement, si on la suivait sans aucune limite, elle pourrait produire les conséquences les plus funestes. Il nous est prescrit de leur plaire pour leur bien ; non simplement pour le plaisir de leur plaire, ou de nous plaire à nous-mêmes ; beaucoup moins pour leur plaire à leur détriment ; ce qui se fait si fréquemment, bien plus, continuellement, par ceux qui n’aiment pas leur prochain comme eux-mêmes. Et ce n’est pas seulement leur bien temporel que nous devons avoir en vue en plaisant à notre prochain ; mais, ce qui est d’une conséquence infiniment plus grande, nous devons le faire en vue de leur édification ; d’une manière qui puisse contribuer à leur bien spirituel et éternel. Nous devons leur plaire de telle sorte que le plaisir ne périsse pas par l’usage, mais qu’il tourne à leur avantage durable ; qu’il les rende plus sages et meilleurs, plus saints et plus heureux, dans le temps et dans l’éternité.

3. Nombreux sont les traités et les discours qui ont été publiés sur cet important sujet. Mais tous ceux que j’ai vus ou entendus étaient misérablement défectueux. À peine l’un d’eux se proposait-il la vraie fin : tous, sans exception, avaient en plaisant aux hommes quelque dessein plus bas que de sauver leurs âmes, — de les édifier dans l’amour et la sainteté. Par conséquent, il n’était pas probable qu’ils proposassent les vrais moyens d’atteindre cette fin. Un traité célèbre de ce genre, intitulé « Le Courtisan », fut publié en Espagne il y a environ deux cents ans, et traduit en diverses langues. Mais il n’a rien à voir avec l’édification, et il est donc entièrement à côté du but. Un autre traité, intitulé « Le Courtisan raffiné [accompli] », fut publié dans notre propre pays, sous le règne du roi Charles II, et, à ce qu’il semble, par un familier de sa cour. Il y a là plusieurs avis très sensés touchant notre conduite extérieure ; et l’on y relève beaucoup de petites inconvenances en paroles ou en actions, par lesquelles les hommes déplaisent aux autres sans le vouloir ; mais cet auteur, lui aussi, n’a nullement en vue le bien spirituel ou éternel de son prochain. Il y a soixante-dix ou quatre-vingts ans, un autre livre fut imprimé à Londres, intitulé « L’Art de plaire ». Mais, comme il était écrit d’une manière languissante et ne contenait que des observations communes et rebattues, il n’était guère propre à être utile aux hommes d’intelligence, et moins encore aux hommes de piété.

4. Mais on demandera peut-être : Le sujet n’a-t-il pas été traité depuis par un écrivain d’un tout autre caractère ? N’a-t-il pas été épuisé par un homme qui était lui-même un maître consommé dans l’art de plaire ? Et qui, écrivant à quelqu’un qu’il aimait tendrement, à un fils favori, lui donne tous les conseils que pouvaient suggérer sa grande intelligence, enrichie d’un savoir varié, l’expérience de bien des années et un commerce étendu avec toutes sortes d’hommes ? J’entends feu lord Chesterfield, l’idole commune de toute la nation irlandaise aussi bien que de l’anglaise.

5. Les moyens de plaire que ce père sage et indulgent recommande continuellement et instamment à son enfant chéri, et sur lesquels il forma sans doute à la fois ses dispositions et sa conduite extérieure,

Jusqu’à ce qu’une mort prématurée arrêtât sa langue harmonieuse, —

étaient, premièrement, de faire la cour, au sens le plus grossier, à toutes les femmes mariées auxquelles il le pourrait commodément. (Quant aux femmes non mariées, il lui conseille de s’en abstenir, par crainte de conséquences désagréables.) Secondement. Une dissimulation constante et soigneuse ; porter toujours un masque ; ne se fier à aucun homme sur la terre au point de lui laisser connaître ses vraies pensées, mais paraître perpétuellement vouloir dire ce qu’il ne voulait pas dire, et paraître être ce qu’il n’était pas. Troisièmement. Le mensonge bien concerté envers toutes sortes de gens ; dire ce qui était le plus éloigné de son cœur ; et en particulier flatter hommes, femmes et enfants, comme le moyen infaillible de leur plaire.

Il ne faut pas grand art pour montrer que ce n’est pas là le moyen de plaire à notre prochain pour son bien, ou en vue de l’édification. Je m’efforcerai de montrer qu’il y a une meilleure manière de le faire, et même une manière diamétralement opposée à celle-là. Elle consiste,

I. À ôter les obstacles du chemin ; et

II. À employer les moyens qui tendent directement à cette fin.

I. 1. Je conseille à tous ceux qui désirent « complaire à leur prochain pour ce qui est bien en vue de l’édification », premièrement, d’ôter du chemin tous les obstacles ; ou, en d’autres termes, d’éviter tout ce qui tend à déplaire aux hommes sages et bons, aux hommes d’une intelligence saine et d’une piété réelle. Or « la cruauté, la malice, l’envie, la haine et la vengeance » déplaisent à tous les hommes de bien, à tous ceux qui sont doués d’une intelligence saine et d’une piété véritable. Il y a aussi une autre disposition apparentée à celles-là, seulement d’une espèce inférieure, qu’on rencontre ordinairement dans la vie commune, et dont les hommes en général ne sont pas satisfaits. Nous l’appelons d’ordinaire le mauvais caractère. Évitez avec tout le soin possible toutes ces choses ; bien plus, tout ce qui leur ressemble en quelque façon, — comme l’aigreur, la dureté, la maussaderie, d’un côté ; l’humeur chagrine et l’irritabilité, de l’autre, — si jamais vous espérez « complaire à votre prochain pour ce qui est bien en vue de l’édification ».

2. Après la cruauté, la malice et les dispositions semblables, avec les paroles et les actions qui en naissent naturellement, rien n’est plus rebutant, non seulement pour les personnes de sens et de religion, mais même pour le commun des hommes, que l’orgueil, la hauteur d’esprit, et son fruit naturel, une conduite présomptueuse, arrogante, impérieuse. Même un savoir peu commun, joint à des talents brillants, ne rachètera pas ce défaut ; mais un homme doué de dons éminents, s’il est éminemment hautain, sera méprisé de beaucoup et mal vu de tous. Le célèbre directeur du Trinity College de Cambridge en fut un exemple remarquable. Combien peu de personnes de son temps avaient une intelligence plus forte, ou un savoir plus profond, que le docteur Bentley ! Et pourtant combien peu furent moins aimées ! à moins que ce ne soit un homme qui ne lui était guère, sinon point du tout, inférieur en sens ou en savoir, et qui était aussi éloigné de l’humilité, — l’auteur de « La Divine Légation de Moïse ». Quiconque donc désire plaire à son prochain pour son bien doit prendre garde de se briser sur cet écueil. Autrement, le même orgueil qui le pousse à rechercher l’estime de son prochain l’empêchera infailliblement de l’obtenir.

3. Presque aussi rebutants pour le commun des hommes que la hauteur elle-même sont un caractère et une conduite emportés. Les hommes d’une disposition tendre craignent même de converser avec des personnes de cet esprit. Et les autres ne recherchent guère leur fréquentation ; parce qu’ils y rencontrent fréquemment (peut-être quand ils s’y attendaient le moins) des chocs qu’ils supportent sur le moment, mais au-devant desquels ils ne se remettent pas volontiers. De là vient que les hommes emportés ont rarement beaucoup d’amis ; du moins pas pour longtemps. Des foules, il est vrai, peuvent les entourer pour un temps, surtout quand cela peut servir leurs intérêts. Mais elles se rebutent d’ordinaire l’une après l’autre, et tombent comme les feuilles en automne. Si donc vous désirez plaire durablement à votre prochain pour son bien, évitez par tous les moyens possibles la violence de la colère.

4. Bien plus, si vous désirez plaire, même à ce point de vue, suivez ce conseil de l’apôtre : « Renoncez à tout mensonge. » C’est la remarque d’un ingénieux auteur que, de tous les vices, le mensonge n’a jamais encore trouvé d’apologiste, personne qui voulût plaider ouvertement en sa faveur, quels que fussent ses sentiments secrets. Mais il faut se souvenir que M. Addison s’en alla dans un monde meilleur avant que les Lettres de lord Chesterfield fussent publiées. Peut-être l’apologie que celui-ci en a faite est-elle la meilleure qui ait jamais été faite ou qui puisse l’être pour une si mauvaise cause. Mais, après tout le travail qu’il y a consacré, elle n’a que « l’apparence du mérite, non la substance ». Elle n’a rien de solide ; elle n’est rien de mieux qu’un fantôme brillant. Et comme le mensonge ne peut jamais être louable ni innocent, il ne peut pas non plus être agréable ; du moins quand il est dépouillé de son déguisement et paraît sous sa propre forme. Par conséquent, il doit être soigneusement évité par tous ceux qui désirent plaire à leur prochain pour son bien, en vue de l’édification.

5. « Mais la flatterie, dira peut-être quelqu’un, n’est-elle pas une espèce de mensonge ? Et n’a-t-on pas reconnu dans tous les siècles qu’elle est le moyen sûr de plaire ? Cette observation n’a-t-elle pas été confirmée par de nombreuses expériences, —

Obsequium amicos, veritas odium parat?

La complaisance fait des amis, la franchise des ennemis ?

Un spirituel [éminent] écrivain récent n’en a-t-il pas rapporté, dans son “Voyage sentimental”, quelques exemples frappants ? » Je réponds : C’est vrai : la flatterie plaît pour un temps, et non seulement aux esprits faibles, car le désir de la louange, méritée ou non, est planté dans tout enfant des hommes. Mais elle ne plaît que pour un temps. Dès que le masque tombe, dès qu’il paraît que celui qui parlait n’entendait rien par ses douces paroles, nous ne sommes plus satisfaits. L’expérience de chacun le lui enseigne. Et nous savons tous que, si un homme continue de flatter après que son manque de sincérité a été découvert, cela devient rebutant et non agréable. C’est pourquoi même cette espèce de mensonge, si fort à la mode, doit être évitée par tous ceux qui désirent plaire à leur prochain pour son avantage durable.

6. Bien plus, quiconque désire le faire doit se souvenir que non seulement le mensonge, sous toutes ses espèces, mais même la dissimulation (qui n’est pas la même chose que la flatterie, quoiqu’elle en soit proche parente) déplaît aux hommes d’intelligence, quand même ils n’ont pas de religion. Térence représente même un vieux païen, à qui l’on imputait ce défaut, répondant avec indignation : Simulare non est meum : « La dissimulation n’est point dans mon caractère. » La ruse, la subtilité, l’astuce, tout l’art de tromper, en quelques termes qu’on l’exprime, n’est pas tenu pour un talent par les hommes sages, mais leur est en vérité une abomination. Et ceux-là mêmes qui le pratiquent le plus, qui sont les plus grands artisans de fraude, ne s’en accommodent pas chez les autres, et n’aiment pas non plus converser avec ceux qui le pratiquent à leur égard. Bien plus, les plus grands trompeurs sont fort mécontents de ceux qui retournent contre eux leurs propres artifices.

II. Or, si la cruauté, la malice, l’envie, la haine, la vengeance, le mauvais caractère ; si l’orgueil et la hauteur ; si la colère déraisonnable ; si le mensonge et la dissimulation, avec la ruse, la subtilité et l’astuce, déplaisent tous et chacun à tous les hommes, surtout aux hommes sages et bons, nous pouvons aisément en conclure quel est le moyen sûr de leur plaire pour leur bien, en vue de l’édification. Seulement, nous devons nous souvenir qu’il y a, en tout temps et en tout lieu, des gens à qui nous ne devons pas nous attendre à plaire. Nous ne devons donc pas être surpris quand nous rencontrons des hommes à qui l’on ne peut plaire d’aucune manière. Il en est aujourd’hui comme autrefois, quand notre Seigneur lui-même se plaignait : « A qui donc comparerai-je les hommes de cette génération ? Ils ressemblent aux enfants assis dans la place publique, et qui, se parlant les uns aux autres, disent: Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé; nous vous avons chanté des complaintes, et vous n’avez pas pleuré. » Mais, laissant à eux-mêmes ces gens revêches, nous pouvons raisonnablement espérer plaire aux autres en observant avec soin et avec constance le petit nombre de directions qui suivent.

1. Premièrement. Que l’amour ne vous visite pas comme un hôte passager, mais qu’il soit la disposition constante et dominante de votre âme. Veillez à ce que votre cœur soit rempli en tout temps et en toute occasion d’une bienveillance réelle et sans feinte ; non pas seulement envers ceux qui vous aiment, mais envers toute âme humaine. Qu’elle palpite dans votre cœur ; qu’elle étincelle dans vos yeux ; qu’elle brille dans toutes vos actions. Toutes les fois que vous ouvrez les lèvres, que ce soit avec amour ; et qu’il y ait sur votre langue la loi de la bonté. Votre parole se répandra alors comme la pluie, et comme la rosée sur l’herbe tendre. Ne soyez ni à l’étroit ni borné dans votre affection, mais qu’elle embrasse tout enfant des hommes. Quiconque est né de la femme a droit à votre bienveillance. Vous la devez, non à quelques-uns, mais à tous. Et que tous les hommes sachent que vous désirez leur bonheur temporel et éternel aussi sincèrement que le vôtre.

2. Secondement. Si vous voulez plaire à votre prochain pour son bien, appliquez-vous à être humble de cœur. Soyez petit et vil à vos propres yeux, prévenant les autres par honneur. Ayez un sentiment profond de vos propres faiblesses, de vos folies et de vos imperfections ; aussi bien que du péché qui reste dans votre cœur et qui s’attache à toutes vos paroles et à toutes vos actions. Et que cet esprit paraisse dans tout ce que vous dites ou faites : « Revêtez-vous d’humilité. » Rejetez avec horreur cette maxime favorite du vieux païen, sortie de l’abîme sans fond : Tanti eris aliis, quanti tibi fueris : « Plus vous vous estimerez vous-même, plus les autres vous estimeront. » Il n’en est pas ainsi. Au contraire, Dieu et les hommes « résistent aux orgueilleux » ; et, comme Dieu « fait grâce aux humbles », de même l’humilité, et non l’orgueil, nous recommande à l’estime et à la faveur des hommes, surtout de ceux qui craignent Dieu.

3. Si vous désirez plaire à votre prochain pour son bien, en vue de l’édification, vous devez, troisièmement, travailler et prier afin d’être doux aussi bien qu’humble de cœur. Travaillez à être d’une humeur calme et sans passion ; doux envers tous les hommes ; et que la douceur de votre caractère paraisse dans toute la teneur de votre conduite. Que toutes vos paroles et toutes vos actions en soient réglées. Souvenez-vous aussi de ce conseil de saint Pierre : comme un complément de votre douceur, soyez miséricordieux ; « soyez affables » ; soyez compatissants ; soyez tendrement compatissants envers tous ceux qui sont dans la détresse ; envers tous ceux qui sont sous quelque affliction d’esprit, de corps ou de fortune. Que

Les diverses scènes de la misère humaine

Éveillent votre plus tendre compassion !

Pleurez avec ceux qui pleurent. Si vous ne pouvez faire davantage, du moins mêlez vos larmes aux leurs ; et donnez-leur des paroles qui guérissent, propres à calmer leur esprit et à adoucir leurs douleurs. Mais si vous le pouvez, si vous êtes en état de leur donner une assistance effective, qu’elle ne leur manque pas. Soyez l’œil de l’aveugle, le pied du boiteux, un mari pour la veuve et un père pour l’orphelin. Cela tendra grandement à gagner l’affection, et à donner un plaisir profitable, non seulement à ceux qui sont l’objet immédiat de votre compassion, mais aussi à d’autres qui « voient vos bonnes œuvres » et « glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

4. Et tandis que vous êtes compatissants envers les affligés, veillez à être affables envers tous les hommes. Peu importe, à cet égard, qu’ils soient grands ou petits, riches ou pauvres, vos supérieurs ou vos inférieurs. Non, ni même qu’ils soient bons ou méchants, qu’ils craignent Dieu ou non. À la vérité, la manière de montrer votre affabilité peut varier, selon que la prudence chrétienne l’indiquera ; mais la chose elle-même est due à tous ; les plus humbles et les pires ont droit à notre affabilité. [Mais qu’est-ce que l’affabilité ?] Elle peut être intérieure ou extérieure ; soit une disposition, soit une manière de se conduire : une manière de se conduire telle qu’elle naît naturellement de l’affabilité du cœur. Est-ce la même chose que la bonne éducation, ou la politesse ? (laquelle ne semble être qu’un haut degré de bonne éducation :) Non ; la bonne éducation est surtout le fruit de l’instruction reçue ; mais l’instruction ne peut donner l’affabilité du cœur. La définition bien connue que M. Addison donne de la politesse semble plutôt être une définition de celle-ci : « Un désir constant de plaire à tous les hommes, qui paraît dans toute la conduite. » Or cela peut exister, même à un haut degré, là où il n’y a eu aucun avantage d’éducation. J’ai vu une affabilité aussi réelle dans une cabane irlandaise que celle qu’on pourrait trouver à St. James’s ou au Louvre.

5. Essaierons-nous d’aller un peu plus profond, de sonder le fondement de cette matière ? Quelle est la source de ce désir de plaire que nous appelons affabilité ? Regardons attentivement dans notre cœur, et nous trouverons bientôt la réponse. Le même apôtre qui nous enseigne à être affables nous enseigne à honorer tous les hommes ; et son Maître m’enseigne à aimer tous les hommes. Joignez ces deux choses ensemble, et quel en sera l’effet ? Un pauvre misérable crie vers moi pour avoir l’aumône : je regarde, et je le vois couvert de saleté et de haillons. Mais à travers ces haillons je vois quelqu’un qui a un esprit immortel, fait pour connaître, aimer et habiter avec Dieu pour l’éternité. Je l’honore pour l’amour de son Créateur. Voici, je vois à travers tous ces haillons qu’il est tout empourpré du sang de Christ. Je l’aime pour l’amour de son Rédempteur. L’affabilité donc que je ressens et que je montre envers lui est un mélange de l’honneur et de l’amour que je porte à la postérité de Dieu, à l’acquisition du sang de son Fils, au candidat à l’immortalité. Ressentons et montrons cette affabilité envers tous les hommes, et nous plairons à tous les hommes en vue de leur édification.

6. Encore une chose. Saisissez toutes les occasions convenables de déclarer aux autres l’affection que vous ressentez réellement pour eux. Cela peut se faire avec un air et d’une manière tels qu’on ne puisse l’imputer à la flatterie : et l’expérience montre que les honnêtes gens y prennent tout autant de plaisir que les fripons à la flatterie. Ceux qui sont persuadés que vos expressions de bienveillance à leur égard sont le langage de votre cœur en seront aussi satisfaits que des plus grands éloges que vous puissiez leur adresser. Vous pouvez en juger par vous-mêmes, par ce que vous ressentez dans votre propre sein. Vous aimez être honorés ; mais n’aimeriez-vous pas mieux être aimés ?

7. Permettez-moi d’ajouter encore un avis. Si vous voulez plaire à tous les hommes pour leur bien, dites à tous, quoi qu’il arrive, l’exacte vérité du fond du cœur. Quand vous parlez, ouvrez la fenêtre de votre poitrine : que vos paroles soient l’image même de votre cœur. En toute compagnie et en toute occasion, soyez un homme véridique. Bien plus, ne vous contentez pas de la simple véracité ; mais « conduisez-vous dans le monde, en toute votre conduite, avec simplicité et une sincérité selon Dieu », comme « vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude ».

8. Pour tout résumer en un mot, — si vous voulez plaire aux hommes, plaisez à Dieu ! Que la vérité et l’amour possèdent votre âme tout entière. Qu’ils soient la source de toutes vos affections, de vos passions, de vos dispositions ; la règle de toutes vos pensées. Qu’ils inspirent tous vos discours, toujours assaisonnés de ce sel, et propres à « communiquer une grâce à ceux qui l’entendent ». Que toutes vos actions soient accomplies dans l’amour. Que jamais « la bonté ni la fidélité ne t’abandonnent : lie-les à ton cou ». Qu’elles soient visibles et manifestes à tous ; et « écris-les sur la table de ton cœur ». « Tu acquerras ainsi de la grâce et une raison saine, Aux yeux de Dieu et des hommes. »

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