Chapitre 9 · 40 min de lecture · 52 min d’écoute
La folie et le danger de n’être pas assez juste
Ecclésiaste 7:16 — « Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage: pourquoi te détruirais-tu? »
Rien n’est plus fréquent que ceci : tant que les gens vivent dans une suite de péchés, selon la mode et la manière du monde, on ne fait point attention à eux, et leurs voies ne déplaisent ni à leurs compagnons ni à leurs parents selon la chair ; mais s’ils tournent leur face vers Sion, et commencent à sentir la puissance de Dieu dans leur cœur, ils se voient alors assaillis de tentations par leurs amis, qui font ainsi l’office du diable. Les ennemis, les plus grands ennemis que rencontre un jeune converti, mes chers frères, ce sont les gens de sa maison. Ceux qui veulent vivre pieusement seront persécutés ; il en fut ainsi au temps de Christ, et il en fut ainsi encore au temps des apôtres ; car notre Seigneur n’est pas venu apporter la paix, mais l’épée. Nos parents ne voudraient pas nous voir assis sur le siège des moqueurs ; ils ne voudraient pas que nous fussions des prodigues, dissipant notre bien avec des prostituées ; ils ne voudraient pas non plus que nous fussions des débauchés (un homme dissolu [relâché dans ses mœurs ou dans sa conduite]) ou des libertins ; mais ils voudraient que nous nous contentions d’un presque-christianisme. Soutenir notre réputation en allant à l’église et en nous attachant aux formes extérieures de la religion, en disant nos prières, en lisant la parole de Dieu et en recevant les sacrements : voilà, s’imaginent-ils, tout ce qu’il faut pour être chrétiens en vérité ; et dès que nous faisons un pas de plus, leur bouche s’ouvre contre nous, comme celle de Pierre contre Christ : « Épargne-toi, ne te fais point de mal. »
Et telles sont les paroles de notre texte. Ce ne sont pas les paroles de Salomon lui-même, mais celles d’un incrédule qui lui parle, et qu’il fait intervenir en plusieurs endroits de ce livre ; car Salomon venait de montrer les malheurs qui accompagnent les hommes vraiment bons, comme dans le verset qui précède notre texte.
Là-dessus l’incrédule dit : « Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage: pourquoi te détruirais-tu? » c’est-à-dire : Pourquoi attirerais-tu sur toi ces malheurs en étant trop rigoureux ? Ne sois pas juste à l’excès ; mange, bois, et réjouis-toi, vis comme vit le monde, et alors tu éviteras ces malheurs qui pourraient t’atteindre pour avoir été juste à l’excès.
Ce texte a un autre sens ; mais prenez-le comme vous voudrez, mes frères, il fut prononcé par un incrédule ; ce n’était donc pas un honneur pour celui qui a récemment prêché sur ce texte de tenir pour acquis que c’étaient là les paroles de Salomon : les paroles d’un incrédule n’étaient pas un texte convenable pour une assemblée chrétienne. Mais comme David marcha contre Goliath, non pas armé comme le champion, d’une épée et d’une lance, mais d’une fronde et d’une pierre, et lui coupa ensuite la tête avec sa propre épée, ainsi je m’avance contre ces savants de la lettre, dans la force du Seigneur Jésus-Christ ; et, mes chers frères, j’ai confiance qu’il me dirigera dans l’usage de ma fronde, en sorte que nos ennemis ne puissent nous contredire, et que, par l’épée de la parole de Dieu, je coupe la tête aux ennemis de notre Rédempteur.
Mais bien que ce ne soient pas les paroles de Salomon, nous les prendrons cependant de la même manière que l’auteur récent ; et, d’après ces paroles, je vais,
Premièrement, vous montrer ce que ce n’est pas qu’être juste à l’excès, afin que nous ne nous détruisions pas nous-mêmes.
Secondement, je vous ferai voir ce que c’est qu’être juste à l’excès. Et puis,
Troisièmement, je conclurai par une exhortation à vous tous, grands et petits, riches et pauvres, tous ensemble, à venir au Seigneur Jésus-Christ.
Premièrement, la première chose proposée est de vous montrer ce que ce n’est pas qu’être juste à l’excès. Et ici,
Ce n’est nullement être juste à l’excès que d’affirmer que nous devons avoir le même Esprit de Dieu qu’avaient les premiers apôtres, et que nous devons sentir cet Esprit dans notre cœur.
Par recevoir l’Esprit de Dieu, il ne faut pas entendre que nous devions être inspirés pour faire des signes et des prodiges extérieurs, ressusciter des morts, guérir des lépreux ou rendre la vue aux aveugles : ces miracles n’étaient utiles qu’aux premiers âges de l’Église ; c’est pourquoi des chrétiens (des chrétiens de nom, car nous n’avons guère autre chose que le nom) peuvent avoir tous les dons de l’Esprit, et cependant n’avoir aucune de ses grâces. Toi, ô homme, tu peux recevoir par la foi le pouvoir de transporter des montagnes ; toi, par la puissance de Dieu, tu peux chasser des démons ; toi, par cette puissance, tu peux parler les langues des hommes et des anges ; oui, tu peux, par cette puissance, lever le doigt et arrêter le soleil dans le firmament ; et si toutes ces choses ne sont pas sanctifiées par l’Esprit de Dieu, elles ne te seraient d’aucun service, mais ne feraient que t’entraîner en enfer avec plus de solennité. Saül reçut l’esprit de prophétie, et eut un autre cœur ; et pourtant Saül fut probablement un réprouvé. Il faut que nous recevions dans nos âmes l’Esprit de Dieu avec ses grâces sanctifiantes ; car Christ dit : « Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » Nous sommes tous par nature nés dans le péché, et aussi éloignés de Dieu que les démons eux-mêmes. Je vous l’ai dit souvent, et je vous le redis maintenant : vous êtes par nature un mélange bigarré de la bête et du démon, et nous ne pouvons nous relever de l’état où nous sommes tombés ; il faut donc que nous soyons renouvelés par le Saint-Esprit. Par le Saint-Esprit, j’entends la troisième Personne de la Trinité à jamais bénie, coégale, coessentielle, coéternelle et consubstantielle au Père et au Fils ; et c’est pourquoi, lorsque nous sommes baptisés, c’est dans la nature du Père, dans la nature du Fils et dans la nature du Saint-Esprit : et nous ne sommes pas de vrais chrétiens tant que nous ne sommes pas sanctifiés par l’Esprit de Dieu.
Bien que nos prédicateurs modernes ne nient pas positivement l’Esprit de Dieu, ils disent cependant : « Les chrétiens ne doivent pas le sentir » ; ce qui revient à le nier. Quand Nicodème vint à Christ, et que le Seigneur Jésus l’instruisait touchant la nouvelle naissance, il dit à notre Seigneur : « Comment cela peut-il se faire? » Nicodème, quoique docteur d’Israël, agit exactement comme nos savants rabbins d’aujourd’hui. La réponse que Christ lui fit devrait fermer la bouche à nos pharisiens savants de la lettre : « Le vent souffle où il veut, et nous en entendons le bruit ; mais nous ne savons d’où il vient, ni où il va. » Or, tant que l’Esprit de Dieu n’est pas senti dans nos âmes comme le vent l’est sur nos corps, en vérité, mes chers frères, vous n’avez point de part en lui : la religion ne consiste pas dans des œuvres extérieures ; elle doit être dans le cœur, sinon ce n’est qu’un nom, qui ne peut nous profiter, un nom de vivant alors que nous sommes morts.
Un prédicateur récent sur ce texte semble se moquer de nous parce que nous parlons de l’Esprit d’une manière sensible, et il nous parle comme les Juifs parlaient à Christ : Ils disaient : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger? » De même il demande : « Quel signe ou quelle preuve en donnons-nous ? » Nous ne nous imaginons pas que Dieu doive nous apparaître pour nous le donner : non ; mais il peut y avoir, et il y a, une réception fréquente, sans qu’on la voie ; et elle est aussi clairement sentie dans l’âme que l’est ou que peut l’être aucune impression sur le corps. À quelle condition damnable réduirions-nous les pauvres pécheurs, s’ils ne pouvaient sentir l’Esprit de Dieu ; à savoir, à un sens réprouvé, et à l’insensibilité ?
« Quelle preuve en donnent-ils ? » dit l’auteur. Quel signe voudraient-ils ? S’attendent-ils à ce que nous ressuscitions les morts, que nous rendions la vue aux aveugles, que nous guérissions les lépreux, que nous fassions marcher les boiteux et entendre les sourds ? Si c’est là ce qu’ils attendent, je le dis avec humilité, Dieu, par nous, a fait de plus grandes choses que celles-là : beaucoup, qui étaient morts dans le péché, sont ressuscités à la vie selon l’Écriture ; ceux qui étaient lépreux par nature sont purifiés par l’Esprit de Dieu ; ceux qui étaient boiteux dans le devoir courent maintenant dans les commandements de Dieu ; ceux qui étaient sourds ont les oreilles débouchées pour entendre ses instructions et écouter ses conseils ; et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Il n’est pas étonnant que des gens parlent de la sorte, quand ils peuvent nous dire « que l’Esprit de Dieu est une bonne conscience, qui en découle ». Mes chers frères, Sénèque, Cicéron, Platon, ou n’importe lequel des philosophes païens en aurait donné une définition tout aussi bonne. Cela ne signifie rien de plus que la réflexion que nous avons bien agi. Ceci, ceci n’est que du déisme raffiné : les déistes se moquent de nous quand nous prétendons être contre les notions, et cependant ces hommes n’allèguent, pour se séparer de nous, d’autre raison que ce qui s’accorde avec les principes des déistes.
Cet auteur nous dit : « Il est contraire au sens commun de parler de sentir l’Esprit de Dieu. » Le sens commun, mes frères, n’a jamais été admis comme juge ; oui, ces choses sont au-dessus de sa compréhension ; les voies de Dieu ne sont ni ne peuvent être connues par le sens commun. Nous n’aurions jamais connu du tout les choses de Dieu par notre sens commun : non ; c’est la révélation de Dieu qui doit être notre juge ; c’est à elle que nous en appelons, et non à nos conceptions faibles et superficielles des choses. Ainsi nous pouvons voir que ce n’est nullement être juste à l’excès que d’affirmer que nous devons avoir l’Esprit de Dieu comme l’avaient les apôtres. Ce n’est pas non plus,
Secondement, être juste à l’excès que de fréquenter les assemblées religieuses.
Le prédicateur qui a pris ce texte vise à écarter toutes les sociétés religieuses qui existent dans le royaume : En effet, il dit : « Vous pouvez aller à l’église aussi souvent que l’occasion s’en présente, et le dimanche ; dire vos prières, lire la parole de Dieu ; et, à son avis, il vaut mieux laisser tout le reste : et quant à l’Esprit de Dieu dans vos âmes, vous devez le regarder comme inutile et superflu. » Si c’est là, mes frères, la doctrine qu’on nous prêche maintenant, le christianisme est bien bas en vérité ; mais à Dieu ne plaise que vous appreniez ainsi Jésus-Christ ! Ne vous abstenez donc pas de fréquenter les assemblées religieuses ; car, comme rien n’aide davantage à édifier le royaume du diable que les sociétés des méchants, rien ne contribuerait davantage à l’abattre que les réunions du peuple de Dieu pour se fortifier mutuellement les mains ; et puisque le diable a tant d’amis, aucun de vous ne sera-t-il l’ami du bienheureux Jésus ? Oui, j’espère que beaucoup d’entre vous seront du côté du Seigneur, et s’édifieront les uns les autres dans l’amour et la communion chrétienne. C’est en cela que les premiers chrétiens trouvaient leurs délices ; et ne suivrons-nous pas un si excellent exemple ? Mes frères, tant que la conversation chrétienne ne nous sera pas plus agréable, nous ne pouvons nous attendre à voir l’Évangile de Christ se répandre et être glorifié. Ainsi, ce n’est nullement être juste à l’excès que de fréquenter les assemblées religieuses. Ce n’est pas non plus,
Troisièmement, être juste à l’excès que de s’abstenir des divertissements et des amusements du siècle.
Il nous est commandé « de nous abstenir de toute apparence de mal », et « que, soit que nous mangions, soit que nous buvions, nous fassions tout pour la gloire de Dieu ». L’auteur qui a écrit sur ce texte nous dit « qu’on tiendra pour illicite de sentir une rose » : non, mes chers frères, vous pouvez sentir un œillet, et une rose aussi, s’il vous plaît ; mais prenez garde d’éviter l’apparence du péché. On parle de divertissements et de récréations innocentes ; pour ma part, je ne connais d’autre divertissement que celui de faire le bien : si vous pouvez trouver quelque divertissement qui ne soit pas contraire à votre vœu de baptême, par lequel vous avez renoncé aux pompes et aux vanités de ce monde méchant ; si vous pouvez trouver quelque divertissement qui tende à la gloire de Dieu ; si vous pouvez trouver quelque divertissement où vous voudriez bien être trouvés par le Seigneur Jésus-Christ, je vous donne pleine permission d’y aller, et soyez les bienvenus ; mais si, au contraire, on trouve qu’ils empêchent les pécheurs de venir au Seigneur Jésus-Christ ; s’ils sont un moyen d’endurcir le cœur, et tels que vous ne voudriez pas volontiers y être trouvés au moment de mourir, alors, mes chers frères, tenez-vous-en éloignés : car, en vérité, les divertissements de ce siècle sont contraires au christianisme. Beaucoup d’entre vous pensent peut-être que je suis allé trop loin ; mais j’irai encore beaucoup plus loin : j’attaquerai le diable dans ses plus fortes places, et je rendrai témoignage contre nos amusements polis et à la mode. Quelle satisfaction peut-il y avoir, quel plaisir y a-t-il à passer plusieurs heures aux cartes ? Chose étrange ! Que des gens mêmes qui ont vieilli puissent passer des nuits entières à ce divertissement : peut-être beaucoup d’entre vous s’écrieront-ils : « Quel mal y a-t-il à cela ? » Mes chers frères, tout ce qui ne procède pas de la foi, ou n’est pas pour la gloire de Dieu, est un péché. Or les cartes tendent-elles à cela ? N’est-ce pas mal employer votre temps précieux, qui devrait être employé à travailler à votre salut avec crainte et tremblement ? Les théâtres, les courses de chevaux, les bals et les assemblées tendent-ils à la gloire de Dieu ? Voudriez-vous que votre âme vous fût redemandée pendant que vous êtes dans l’un de ces lieux ? Beaucoup de ces choses sont (il faut que je parle, je ne puis m’empêcher de parler contre ces amusements ; advienne que pourra, je me déclarerai contre eux) beaucoup, dis-je, de ces choses sont maintenues par l’autorité publique ; les théâtres sont soutenus par des fonds publics, et nos journaux sont pleins de courses de chevaux dans tout le royaume : ces choses sont coupables ; oui, elles sont extrêmement coupables. Quel bien peut-il sortir d’une course de chevaux, de ce qu’on abuse des créatures du Dieu tout-puissant, et qu’on les emploie à un usage auquel il ne les a jamais destinées ? Les théâtres ne sont-ils pas les pépinières de la débauche de ce siècle ? Et ceux qui les soutiennent et les patronnent encouragent et favorisent tout le mal qui s’y fait ; ils sont le fléau du siècle, et ils seront la perte de ceux qui les fréquentent. N’est-il pas grand temps que les vrais ministres de Jésus-Christ, qui ont eu part au don céleste, élèvent leur voix comme une trompette, et crient à haute voix contre ces divertissements du siècle ? Ne sont-ils pas terrestres, charnels, diaboliques ? Si vous aviez goûté l’amour de Dieu, et senti sa puissance dans vos âmes, vous n’iriez pas plus au spectacle que vous ne vous jetteriez la tête la première dans une fournaise.
Et ce qui fait que ces lieux sont tant fréquentés, c’est que le clergé ne se fait aucun scrupule de se trouver dans ces lieux polis : ils fréquentent les théâtres, ils vont aux courses de chevaux, ils vont aux bals et aux assemblées, ils fréquentent les tavernes, et suivent tous les amusements qu’offre le siècle ; et pourtant ce sont ceux-là mêmes qui devraient conseiller à leurs auditeurs de s’en abstenir ; mais, au lieu de cela, ils les y encouragent par leur exemple. Les gens ne sont que trop portés à se fier à leurs pasteurs et à les croire, plutôt que les Écritures ; ils pensent qu’il n’y a aucun crime à aller au spectacle ou aux courses de chevaux, aux bals et aux assemblées ; car s’il y en avait, pensent-ils, ceux qui sont leurs ministres ne les fréquenteraient pas : mais, mes chers frères, remarquez qu’ils y vont toujours déguisés ; les ministres craignent d’y être vus dans leurs robes et leurs soutanes ; la raison en est claire : leur conscience les avertit que ce n’est pas là un exemple qu’il convienne à des ministres de l’Évangile de donner ; ainsi ils sont cause de ce scandale donné au peuple de Dieu, que je ne voudrais pas donner pour dix mille mondes : ils mettent une pierre d’achoppement sur le chemin de leurs frères faibles, et ils ne veulent pas l’ôter, bien que ce soit une pierre d’achoppement et de scandale. « Malheur au monde à cause des scandales! mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive! » Les messieurs polis du siècle passent leur temps à suivre ces divertissements parce que l’amour de Dieu n’est pas dans leur cœur ; ils sont sans Christ, et dépourvus de l’Esprit de Dieu ; et, ne connaissant pas les délices qu’il y a en Dieu et dans ses voies, étant étrangers à ces choses, ils courent au diable pour avoir des divertissements, et se plaisent et se délectent aux niaiseries qu’il leur montre.
Mes chers frères, je parle de ces choses, de ces divertissements innocents, comme les appelle la partie polie du monde, par expérience ; peut-être personne, pour mon âge, n’a-t-il lu ou vu plus de pièces de théâtre que moi : j’y prenais plaisir, et elles me charmaient. Il est vrai que j’allais souvent à l’église, que je recevais le sacrement, et que j’étais diligent dans l’usage des formes de la religion ; mais pendant tout ce temps j’ignorais la puissance de Dieu sur mon cœur, et je ne connaissais pas l’œuvre de la grâce ; mais quand il plut à Dieu de faire briller sa lumière avec puissance dans mon âme, je ne pus me contenter plus longtemps de me nourrir de carouges, ou de ce que mangeaient les pourceaux ; la Bible devint alors ma nourriture ; c’est là, et là seulement, que je trouvais mes délices : et tant que vous ne sentirez pas cette même puissance, vous ne vous abstiendrez pas des plaisirs terrestres de ce siècle, vous ne trouverez aucune consolation dans les voies de Dieu, et vous n’en recevrez aucune de lui ; car vous êtes dépourvus de l’amour de Dieu, n’ayant que l’apparence de la piété, tandis que vous en reniez la force ; vous êtes des chrétiens de nom, alors que vous n’avez pas la puissance du christianisme.
Les messieurs polis disent : « Devons-nous être toujours à genoux ? Voudriez-vous que nous fussions toujours en prière, à lire ou à écouter la parole de Dieu ? »
Mes chers frères, les gens à la mode qui se plaisent à la chasse ne se lassent pas d’être continuellement à cheval derrière leurs chiens ; et quand une fois vous serez renouvelés par l’Esprit de Dieu, ce sera pour vous un plaisir continuel de marcher avec Dieu et de parler de lui, et de raconter quelles grandes choses Jésus-Christ a faites pour vos âmes ; et tant que vous ne trouverez pas autant de plaisir à converser avec Dieu que ces hommes en trouvent à parler de leurs chiens, vous n’avez aucune part en lui ; mais quand vous aurez goûté combien le Seigneur est bon, vous publierez ses louanges ; c’est de l’abondance de votre cœur que votre bouche parlera.
Ceci m’amène à la seconde chose proposée, qui est un extrême qui se rencontre très rarement :
Secondement, montrer ce que c’est qu’être juste à l’excès, et ici,
Premièrement, quand nous renfermons l’Esprit de Dieu dans telle ou telle Église particulière, et que nous ne voulons converser qu’avec ceux de la même communion, c’est là être juste à l’excès au plus haut point ; et il en est de même lorsqu’on renferme notre communion entre les murs d’une église, et qu’on pense que Jésus ne pourrait pas prêcher dans un champ aussi bien que sur une terre consacrée : c’est du judaïsme, c’est de la bigoterie ; c’est faire comme Pierre, qui ne voulait pas aller prêcher l’Évangile aux païens avant d’avoir eu une vision de Dieu ; et quand sa conduite fut blâmée par les disciples, il ne put les satisfaire qu’en leur faisant connaître la vision qu’il avait eue. Et nous pouvons donc légitimement conclure que l’Esprit de Dieu est le centre de l’unité ; et partout où je vois l’image de mon Maître, je ne m’enquiers jamais de leurs opinions ; je ne leur demande pas ce qu’ils sont, pourvu qu’ils aiment Jésus-Christ en sincérité et en vérité, mais je les embrasse comme mon frère, ma sœur et mon épouse : et c’est là l’esprit du christianisme. Beaucoup de gens, attachés aveuglément à telle ou telle opinion, ont quitté la chambre ou le lieu où ils se trouvaient, lorsqu’il y était venu quelqu’un d’une autre manière de penser : c’est là l’esprit du diable ; et s’il était possible que ces gens fussent admis au ciel avec de telles dispositions, ce lieu même serait pour eux un enfer. Le christianisme ne fleurira jamais tant que nous ne serons pas tous d’un même cœur et d’une même âme ; et ce serait là le seul moyen de voir l’Évangile de Jésus fleurir, bien plus qu’il ne fleurira jamais en persécutant ceux qui diffèrent de nous.
On pourra regarder cela comme de l’enthousiasme et de la folie, et comme un dessein de saper l’Église établie : Non ; Dieu m’en est témoin, je me réjouirais de voir le monde entier adhérer à ses articles ; je me réjouirais de voir les ministres de l’Église d’Angleterre prêcher ces articles mêmes qu’ils ont signés ; mais les ministres qui prêchent les articles sont regardés comme des fous, des enthousiastes, des schismatiques et des destructeurs de l’Église établie : et bien qu’on dise ces choses de moi, Dieu soit béni, elles sont sans fondement. Mes chers frères, je suis un ami de ses articles, je suis un ami de ses homélies, je suis un ami de sa liturgie ; et s’ils ne me chassaient pas de leurs églises, je les lirais tous les jours ; mais je n’y renferme pas l’Esprit de Dieu ; car, je le répète, j’aime tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus-Christ, et je regarde un tel homme comme mon frère, mon ami, mon épouse ; oui, mon âme même est étroitement unie à cette personne. L’esprit de persécution ne fera jamais, non, il ne fera jamais aimer Jésus-Christ à personne. Les pharisiens font passer pour folie le simple fait de parler de persécution dans un pays chrétien ; mais il y a autant d’esprit de persécution maintenant dans le monde qu’il y en eut jamais ; leur volonté est aussi grande, mais, Dieu soit béni, le pouvoir leur manque ; autrement, avec quelle promptitude ils m’enverraient en prison, me mettraient les pieds dans les ceps ; oui, ils croiraient rendre un culte à Dieu en me tuant, et se réjouiraient de m’ôter la vie.
Ce n’est pas là l’Esprit de Christ, mes chers frères ; je ne serais pas venu prêcher ainsi ; je ne serais pas venu dans les chemins et le long des haies ; je ne me serais pas exposé aux mauvais traitements de ces savants de la lettre, si ce n’était pour l’amour de vos âmes : en vérité, je n’avais d’autre raison que votre salut ; et pour cela (je dis la vérité en Christ, je ne mens point) je consentirais à aller en prison ; oui, je me réjouirais de mourir pour vous, pourvu que je pusse seulement être le moyen d’amener quelques-uns d’entre vous à Jésus : je ne pouvais supporter de voir tant de gens sur le grand chemin de la perdition sans leur montrer leur danger : je ne pouvais supporter, mes frères, de vous voir plus disposés à apprendre que les docteurs ne le sont à vous instruire : et si quelques-uns d’entre eux venaient vous prêcher, je ne leur porterais pas envie, je ne les appellerais ni enthousiastes ni fous ; je me réjouirais d’apprendre qu’ils ont eu dix mille fois plus de succès que je n’en ai eu ; je leur donnerais la main d’association ; je les engagerais à poursuivre ; je leur souhaiterais bon succès au nom du Seigneur, et je dirais comme Christ, lorsque les disciples l’informèrent que certains chassaient des démons en son nom, et voulaient les en reprendre : « Ne les en empêchez pas, car qui n’est pas contre nous est pour nous » ; ou comme dit saint Paul : « Quelques-uns prêchent Christ par envie, et d’autres par bienveillance ; néanmoins, pourvu que Christ soit prêché, je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore. » L’Évangile de Jésus est l’Évangile de paix. Ainsi vous pouvez voir qu’être juste à l’excès, c’est être sans charité, se faire censeur, et persécuter les gens parce qu’ils diffèrent de nous en religion.
Secondement, on est juste à l’excès quand on passe tant de temps dans les assemblées religieuses qu’on en néglige sa famille. Le bienheureux Jésus ne donne aucune permission à l’oisiveté ; car dès l’enfance même du monde, l’oisiveté n’était pas permise. Dans le paradis, Adam et Ève cultivaient le jardin ; Caïn était laboureur, et Abel était berger ; et il y a chez les Juifs un proverbe : « Celui qui élève son fils sans métier l’élève pour en faire un voleur » ; c’est pourquoi notre Sauveur était charpentier. « N’est-ce pas le fils du charpentier? » disaient les Juifs ; et saint Paul, bien qu’élevé aux pieds de Gamaliel, était faiseur de tentes. Le travail, mes frères, est imposé à tout le genre humain comme une partie de la malédiction divine ; et vous êtes appelés à être utiles dans la société à laquelle vous appartenez : prenez soin d’abord du royaume de Dieu, et toutes les choses nécessaires vous seront données par-dessus. Travailler pour la nourriture qui périt, c’est votre devoir ; prenez garde seulement de ne pas négliger de vous procurer la nourriture de l’âme : c’est elle qui est de la plus grande conséquence, pour cette raison bien simple : les choses de cette vie sont temporelles, mais celles de l’autre sont éternelles. Je voudrais que les riches travaillassent aussi bien que les pauvres ; c’est à cause de leur oisiveté que le diable les entraîne à ses divertissements ; ils peuvent rester au lit toute la matinée, et passer l’après-midi et la soirée à s’habiller, à faire des visites, et aux bals, aux spectacles ou aux assemblées, alors qu’ils devraient travailler à leur salut avec crainte et tremblement. Une telle vie produit dans l’âme un engourdissement spirituel ; et si Jésus-Christ n’arrêtait pas ceux qui passent ainsi leur temps, ils seraient précipités dans l’éternité sans avoir songé une seule fois à leur âme immortelle. Mais Jésus-Christ a compassion de beaucoup d’entre eux, et pendant qu’ils sont dans leur sang, il leur dit : « Vivez. » Et bien que je vous prêche cette doctrine, je ne vous dis pas pour autant d’être oisifs ; non : ceux qui ne travaillent pas ne doivent pas manger. Vous avez deux vocations, l’une générale, l’autre particulière : comme nous devons avoir égard à l’une pour ce qui est de nos corps, ainsi nous devons avoir égard à l’autre à cause de nos âmes. Prenez garde, mes frères, je vous en conjure, prenez garde de travailler tellement pour la nourriture qui périt que vous oubliiez cette nourriture qui subsiste à jamais. Cherchez premièrement les choses de Dieu ; veillez bien à avoir de l’huile dans vos lampes, la grâce dans vos cœurs. Je ne vous persuade pas de ne prendre aucun soin des choses du monde, mais seulement de ne pas vous en embarrasser au point de négliger votre devoir envers Dieu et le juste souci de vos âmes. Il est convenable, il est juste, c’est votre devoir obligé, de vous appliquer à la vocation dans laquelle Dieu vous a placés ; et l’on peut dire que vous êtes justes à l’excès si vous n’y avez pas égard. Ceci m’amène,
Troisièmement, à vous donner un autre signe qu’on est juste à l’excès ; et c’est lorsque nous jeûnons et pratiquons des austérités corporelles au point de nous rendre impropres au service de Dieu.
Ceci, mes frères, vous penserez peut-être qu’il n’y a aucune occasion de vous en avertir, et en effet il n’y en a pas grande nécessité ; cependant beaucoup de personnes, lorsqu’elles sont d’abord réveillées au sentiment de leur péché, sont tentées de pratiquer des austérités jusqu’à un excès qui est coupable. C’est notre devoir de jeûner, c’est notre devoir de jeûner souvent, et c’est à quoi Jésus-Christ lui-même nous invite ; mais il faut alors prendre garde de le faire d’une manière convenable : assujettir notre corps pour le service de Dieu, voilà ce qui nous est commandé par notre Seigneur Jésus-Christ.
Le prédicateur récent sur ce texte tombe dans de grands excès, et nous accuse de dire et de faire des choses auxquelles nous n’avons jamais pensé ; mais je ne me soucie pas de ce qu’il a dit de moi : je ne fais pas attention à ses amères invectives contre mon ministère ; je ne fais pas attention à ce qu’il méprise ma jeunesse, et m’appelle novice et enthousiaste ; je lui pardonne du fond du cœur : mais quand il s’en prend à mon Maître, quand il parle contre mon Rédempteur, quand on parle contre Jésus-Christ, il faut que je parle (il faut que je parle, en vérité, ou j’éclaterais) : quand il donne aux gens la liberté de prendre un verre joyeux, et qu’il allègue Christ comme exemple, au festin de noces, en disant : « Christ changea l’eau en vin, alors qu’il est clair qu’on avait déjà bu plus qu’il n’était nécessaire », qu’est-ce là, sinon accuser Christ d’encourager l’ivrognerie ? Il est vrai que l’ordonnateur du repas dit : « Tout homme sert d’abord le bon vin, puis le moins bon après qu’on s’est enivré; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent. » Mais il ne s’ensuit nullement que ce vin ne fût pas nécessaire, ou qu’il y en eût eu auparavant une quantité suffisante : je ne voudrais pas, pour le monde entier, parler aussi légèrement de l’un des miracles de mon Maître. Et nous pouvons remarquer que, comme Christ visitait surtout les pauvres gens, ceux-ci pouvaient ne pas avoir de quoi acheter une quantité suffisante de vin ; car, comme il y avait plus d’invités qu’on n’en attendait, le vin fut épuisé plus tôt qu’ils ne pensaient ; alors la mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont plus de vin » ; il répond : « Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi? Mon heure n’est pas encore venue. » Après cela il leur commanda de remplir d’eau les vases, et ils les remplirent jusqu’au bord, et cette eau, il la changea en vin : or il ne s’ensuit pas qu’on eût bu plus qu’il n’était nécessaire ; et le Seigneur Jésus-Christ ne serait pas non plus resté dans la maison s’il en avait été ainsi. Mais nous avons une excellente leçon à tirer de ce miracle : par les vases vides, nous pouvons entendre le cœur de l’homme, dépourvu par nature de sa grâce ; son ordre, sa parole qui commande de les remplir, montre que, quand Christ parle, le cœur qui auparavant était vide de grâce sera rempli ; et les vases remplis jusqu’au bord montrent que Christ remplira jusqu’au bord le cœur des croyants du Saint-Esprit : et de ce que l’ordonnateur du repas remarqua que le dernier vin était le meilleur, apprenez que les meilleures consolations du croyant seront les dernières et les plus grandes, car elles viendront avec la plus grande puissance sur l’âme, et y demeureront le plus longtemps : voilà, voilà, mes chers frères, la leçon que nous pouvons tirer de ce miracle.
Mais je ne puis m’empêcher de relever une grande inconséquence chez ce savant prédicateur récent. Au commencement de son sermon, il nous accuse de « mettre sur les gens de lourds fardeaux qu’ils ne peuvent porter » ; dans la dernière partie, il nous accuse d’être des antinomiens, dont les principes sont : « Pourvu que vous disiez que vous croyez au Seigneur Jésus-Christ, vous pouvez mener la vie des démons. » Tantôt il nous accuse d’être trop stricts, et bientôt après d’être trop relâchés. Quel parti, mes frères, prendrez-vous ? Ainsi vous voyez que, lorsque les gens abandonnent Christ, ils tombent dans d’étranges méprises ; car il ne peut y avoir de plus grande opposition de sentiments que celle qu’a établie cet écrivain savant de la lettre : aussi opposés que la lumière et les ténèbres, le bien et le mal, le doux et l’amer. Et c’est pour cette raison que, afin de découvrir les notions de ces messieurs savants de la lettre sur la nouvelle naissance, j’ai inséré un paragraphe dans mon Journal ; et, Dieu soit béni, j’ai obtenu ce que je désirais, et j’ai clairement aperçu que ceux qui ont récemment écrit sur la nouvelle naissance n’en savent pas plus qu’un aveugle ne sait des couleurs, et qu’ils ne peuvent pas en avoir plus de notion (avec toute leur science, faussement ainsi nommée) que l’aveugle qui devait rendre compte de ce qu’était le soleil, et qui, après un temps considérable accordé à l’étude, dit « que c’était comme le son d’une trompette ». Et tant qu’ils ne seront pas enseignés de Dieu, ils ne connaîtront pas la nouvelle naissance ; c’est pourquoi, si vous avez envie de savoir ce que le diable a à dire contre nous, lisez les sermons du docteur Trapp.
C’est avec douleur que je dis ces choses ; et si le bien de vos âmes et l’honneur de mon Rédempteur n’étaient pas en jeu, je n’ouvrirais pas maintenant la bouche ; oui, je mourrais volontiers (Dieu m’en est témoin) pour celui qui a écrit des choses si amères contre moi, si cela pouvait être un moyen de sauver son âme. S’il n’avait parlé que contre moi, je ne lui aurais pas répondu ; mais puisqu’il fait de mon Rédempteur un modèle de vice, si je ne parlais pas, les pierres mêmes crieraient ; c’est pourquoi l’honneur de mon Rédempteur et l’amour que je vous porte me pressent de parler. Il est nécessaire que je parle : quand on parle contre la divinité de Jésus-Christ, c’est le devoir des ministres de crier à plein gosier, et de ne pas se retenir. Je ne puis m’en empêcher, advienne que pourra ; car je ne sais quelle sorte de théologie nous avons maintenant parmi nous : il faut que nous ayons une justice à nous, que nous fassions de notre mieux, et alors Christ suppléera à ce qui manque ; c’est-à-dire que vous devez être en partie votre propre Sauveur. Ce n’est pas là la doctrine de l’Évangile ; ce n’est pas là la doctrine de Jésus : non ; Christ est tout et en tous ; Jésus-Christ doit être toute votre sagesse ; Jésus-Christ doit être toute votre justice. Jésus-Christ doit être toute votre sanctification ; ou Jésus-Christ ne sera jamais votre rédemption et votre sanctification éternelles. La sainteté intérieure est regardée par quelques-uns comme l’effet de l’enthousiasme et de la folie ; et ceux qui prêchent la nécessité de la nouvelle naissance sont regardés comme des gens bons pour Bedlam. Notre doctrine polie et à la mode est « qu’il y a en l’homme une aptitude, et que Dieu, voyant que vous êtes une bonne créature, vous accorde sa grâce ». À Dieu ne plaise, mes chers frères, que vous appreniez ainsi Jésus-Christ !
Ce n’est pas là la doctrine que je vous prêche : je dis que le salut est le don gratuit de Dieu. C’est la grâce gratuite de Dieu que je vous prêche, non par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. Jésus-Christ justifie l’impie ; Jésus-Christ a passé près de vous, et vous a vus souillés dans votre sang, et vous a dit : Vivez. Ce n’est pas par les œuvres, c’est par la foi : nous ne sommes pas justifiés à cause de notre foi, car la foi est l’instrument ; mais par votre foi, l’obéissance active aussi bien que passive de Christ doit vous être appliquée. Jésus-Christ a accompli la loi, il l’a rendue honorable ; Jésus-Christ a satisfait à la justice de son Père, pleinement satisfait ; et cette satisfaction est aussi parfaite qu’elle est pleine, et Dieu ne la réclamera plus. Jésus-Christ est le chemin ; Jésus-Christ est la vérité ; et Jésus-Christ est la vie. La justice de Jésus-Christ, mes frères, doit vous être imputée, ou vous ne pourrez jamais avoir aucune part au sang de Jésus ; vos propres œuvres ne sont que comme un vêtement souillé, car vous êtes justifiés devant Dieu sans aucun égard à vos œuvres passées, présentes ou à venir. Cette doctrine est niée par les savants rabbins ; mais s’ils nient ces vérités de l’Évangile, il ne faut pas qu’ils s’offensent si un enfant ose parler à un docteur ; et, pour la défense de la cause de Jésus-Christ, un enfant, un jeune garçon, par l’Esprit de Dieu, peut parler au savant clergé de ce siècle.
Si j’avais une voix assez forte, et que je pusse parler assez haut pour que le monde entier m’entendît, je crierais : « Ne soyez pas justes à l’excès », en apportant votre justice à Christ, et en étant justes à vos propres yeux. Il faut que l’homme soit abaissé, afin que Dieu soit élevé.
La justice imputée de Jésus-Christ est une doctrine consolante pour tous les vrais chrétiens ; et vous, pécheurs, qui demandez ce que vous devez faire pour être sauvés ? Combien il serait peu consolant de vous dire : Par de bonnes œuvres, alors que peut-être vous n’avez jamais fait une seule bonne œuvre de toute votre vie : ce serait vraiment vous pousser au désespoir ; non : « Croyez au Seigneur Jésus-Christ, et vous serez sauvés » ; c’est pourquoi aucun de vous n’a besoin de s’en aller désespéré. Venez au Seigneur Jésus par la foi, et il vous recevra. Vous n’avez aucune justice à vous sur laquelle vous appuyer. Si vous êtes sauvés, c’est par la justice de Christ, par son expiation, par le sacrifice qu’il a fait pour le péché : sa justice doit vous être imputée, sinon vous ne pouvez être sauvés. Il n’y a, par nature, aucune différence entre vous et le plus grand malfaiteur qui ait jamais été exécuté à Tyburn : la différence qui existe est due tout entière à la grâce gratuite, riche et imméritée de Dieu ; c’est elle qui a fait la différence. Il est vrai que parler de la sorte offensera les pharisiens, qui n’aiment pas cette doctrine niveleuse (comme ils l’appellent) ; mais si jamais vous êtes amenés à Jésus-Christ par la foi, vous en éprouverez la vérité. Venez par la foi à Jésus-Christ ; ne venez pas, à la manière du pharisien, dire à Dieu ce que vous avez fait, combien de fois vous êtes allés à l’église, combien de fois vous avez reçu le sacrement, jeûné, prié, et autres choses semblables : non ; venez à Christ comme de pauvres pécheurs perdus, ruinés, damnés ; venez à lui de cette manière, et il vous acceptera : ne soyez pas riches en esprit, orgueilleux et élevés, car aucune bénédiction n’accompagne de tels hommes ; mais soyez pauvres en esprit, car le royaume de Dieu est à eux ; ils seront faits membres de son corps mystique ici-bas, et le seront de l’Église triomphante dans l’au-delà. Reconnaissez que vous n’êtes rien du tout, et quand vous aurez tout fait, dites : « Vous êtes des serviteurs inutiles. » Il n’y a de salut que par Jésus-Christ ; il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous puissions être sauvés, que celui du Seigneur Jésus. Dieu, hors de Christ, est un feu dévorant ; efforcez-vous donc d’avoir part à son Fils, le Seigneur Jésus-Christ ; prenez-le aux conditions qui vous sont offertes dans l’Évangile ; acceptez-le de la manière que Dieu a établie, saisissez-le par la foi.
Ne pensez pas que vous êtes chrétiens ; ne vous flattez pas d’être assez justes et assez bons parce que vous menez une vie morale et décente, que vous ne faites de mal à personne, que vous allez à l’église et que vous assistez aux moyens extérieurs de grâce ; non, mes frères, vous pouvez faire cela, et beaucoup plus encore, et pourtant être bien loin d’avoir une connaissance salutaire et expérimentale de Jésus-Christ.
Demandez à Christ de frapper droit à vos cœurs, afin que vous sentiez la puissance de la religion. En vérité, il faut que vous sentiez la puissance de Dieu ici-bas, ou la colère de Dieu dans l’au-delà. Ce sont là des vérités de la plus haute importance ; ne vous en allez donc pas en contredisant, ne vous en allez pas en blasphémant. Dieu soit béni, vous n’êtes pas assez lâches pour vous enfuir à cause d’un peu de pluie. J’espère de bonnes choses de vous ; j’espère que vous avez senti la puissance de Dieu ; et si Dieu amène à lui quelqu’un d’entre vous par cette folie de la prédication, vous n’aurez aucune raison de vous plaindre que cela ait été fait par un jeune homme, par un enfant ; non ; si je pouvais devenir un instrument pour vous amener à Dieu, ils peuvent m’appeler novice, enthousiaste, ou ce qu’il leur plaira, je m’en réjouirais ; oui, et je m’en réjouirais encore.
Oh ! si quelque pécheur pouvait être amené à Jésus-Christ ! Ne dites pas que je prêche le désespoir ; je ne désespère de personne, quand je considère que Dieu a fait miséricorde à un misérable tel que moi, qui courais à toute bride vers l’enfer : je m’y hâtais, mais Jésus-Christ a passé près de moi et m’a arrêté ; Jésus-Christ a passé près de moi quand j’étais dans mon sang, quand j’étais souillé d’ordure ; il a passé près de moi, et m’a dit : Vis. Ainsi je suis un monument de la grâce gratuite de Dieu ; c’est pourquoi, mes frères, je ne désespère d’aucun de vous, quand je considère, dis-je, quel misérable j’étais. Je ne parle pas maintenant par fausse humilité, par une sainteté affectée, comme l’appellent les pharisiens : non, je dis la vérité en Christ ; c’est pourquoi, hommes et démons, faites du pis que vous pourrez ; j’ai un Maître plein de grâce qui me protégera ; c’est à son œuvre que je suis engagé, et Jésus-Christ m’élèvera au-dessus de leur rage.
Vous qui êtes venus ici ce soir par curiosité, pour entendre ce que dit ce discoureur ; vous qui venez passer une heure oisive pour trouver de quoi alimenter la conversation du soir dans un café ; ou vous qui vous êtes arrêtés dans vos carrosses en passant, souvenez-vous que Jésus-Christ vous a été offert ; j’offre Jésus-Christ à chacun de vous : peut-être n’y ferez-vous pas attention parce que cela se passe dans un champ. Mais Jésus-Christ est partout où son peuple se réunit en sincérité et en vérité pour l’adorer : il n’est pas renfermé entre les murs d’une église : il nous a rencontrés ici ; beaucoup, un très grand nombre d’entre vous savent qu’il l’a fait ; et c’est pourquoi vous pouvez croire en lui avec une plus grande assurance.
Pouvez-vous supporter la pensée d’un Jésus sanglant, haletant, mourant, qui s’offre lui-même pour les pécheurs, et refuserez-vous de l’accepter ? Ne dites pas que vous êtes pauvres, et que vous avez honte, pour cette raison, d’aller à l’église, car Dieu vous a envoyé l’Évangile jusqu’ici. N’endurcissez pas vos cœurs : ne résistez pas à la volonté de Jésus.
Oh ! si je pouvais parler à vos cœurs, si mes paroles pouvaient s’y fixer ! Mon cœur est plein d’amour pour vous. Je parlerais jusqu’à ce que je ne puisse plus parler, pourvu que je pusse seulement vous amener à Christ. Je ne vous reverrai peut-être jamais tous. La nuée de la providence de Dieu semble se mettre en mouvement. Dieu m’appelle par sa providence loin de vous pour un temps. Dieu sait si nous nous reverrons jamais dans la chair. Au jour du jugement, nous nous retrouverons tous. Je vous demande instamment vos prières. Priez pour que non seulement je commence, à la manière de Jean, par l’Esprit, mais que j’y persévère. Priez pour que je ne tombe pas, pour que je ne me dérobe pas à la souffrance pour vous, si j’y étais appelé. Soyez ardents, oh ! soyez ardents auprès de Dieu en ma faveur, afin qu’en prêchant aux autres, je ne sois pas moi-même rejeté. Faites monter vos prières pour moi, je vous en conjure. N’allez pas au trône de la grâce sans me porter sur votre cœur ; car vous ne savez pas quelle influence vos prières peuvent avoir. Quant à vous, mes chers frères, Dieu connaît mon cœur. Je vous porte continuellement dans mon esprit, quand j’entre et que je sors devant le Seigneur ; et c’est mon ardent désir que vous ne périssiez pas faute de connaissance, mais qu’il envoie davantage de ministres pour arroser ce que sa propre droite a planté. Puisse l’Ancien des jours s’avancer sur son cheval blanc, et puisse toute opposition tomber à terre ! Puisque nous avons commencé à écraser la tête du serpent, nous devons nous attendre à ce qu’il nous blesse au talon. Le diable ne laissera pas tomber son royaume sans faire une rage horrible. Il ne souffrira pas que les ministres de Christ avancent sans employer sa puissance à les arrêter. Mais ne craignez point, mes chers frères : David, quoique tout jeune, affronta le grand Goliath ; et si nous prions, Dieu nous donnera la force contre tous nos ennemis spirituels. Montrez votre foi par vos œuvres. Donnez le démenti au monde. Pressez-vous en avant. Ne vous arrêtez pas, ne vous attardez pas dans votre voyage, mais efforcez-vous d’atteindre le but qui vous est proposé. Combattez le bon combat de la foi, et Dieu vous donnera des grâces spirituelles. J’espère que nous nous retrouverons tous à la droite de Dieu. Efforcez-vous, efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, afin que nous soyons portés dans le sein d’Abraham, où le péché et la douleur cesseront. Aucun moqueur ne sera là ; mais nous verrons Jésus, qui est mort pour nous ; et non seulement nous le verrons, mais nous vivrons avec lui pour toujours.
Ce que Dieu veuille nous accorder, dans son infinie miséricorde, miséricorde accordée par Jésus-Christ notre Seigneur ; auquel, avec le Père et le Saint-Esprit, trois personnes et un seul Dieu, soient attribués, comme il est très justement dû, tout honneur et toute louange, la puissance, la majesté et la domination, maintenant et à jamais. Amen.
Chapitre 9 terminé
La folie et le danger de n’être pas assez juste