Sermons choisis de George Whitefield
Préservatif contre les notions flottantes et le manque de principes touchant la justice et la perfection chrétienne : réponse plus particulière aux quatre sermons du docteur Trapp sur le même texte

Chapitre 10 · 37 min de lecture · 48 min d’écoute

Préservatif contre les notions flottantes et le manque de principes touchant la justice et la perfection chrétienne : réponse plus particulière aux quatre sermons du docteur Trapp sur le même texte

Préservatif contre les notions flottantes et le manque de principes touchant la justice et la perfection chrétienne44Réponse plus particulière aux quatre sermons du docteur Trapp sur le même texte

Ecclésiaste 7:16 — « Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage: pourquoi te détruirais-tu? »

À tous les membres de la sainte Église de Christ.

Chers frères en Christ,

Le grand motif, et à vrai dire le seul, qui m’a poussé à publier ce sermon, a été le désir de pourvoir à votre sûreté contre l’erreur, en un temps où ceux qui s’écartent de la vérité, et ceux qui prétendent faussement la posséder, sont si nombreux que les plus clairvoyants trouvent fort difficile d’éviter d’être entraînés par les uns ou par les autres dans un mensonge manifeste. On ne saurait broder des variations sur la vérité ; semblable à un point mathématique, elle n’admet ni soustraction ni addition : Et comme elle est indivisible par sa nature, il n’y a point de moyen terme à trouver là où il s’agit de la vérité. L’irréligion et l’enthousiasme sont diamétralement opposés, et la vraie piété, placée entre les deux comme le centre d’une ligne infinie, se trouve à une égale et infinie distance de l’un et de l’autre ; c’est pourquoi elle ne peut jamais admettre d’alliance avec aucun des deux. L’un pèche par défaut, l’autre par excès. Mais que nous péchions par défaut ou par excès, cela importe peu, si nous sommes également loin du but, comme nous le sommes certainement dans l’un et l’autre cas. Car tout ce qui est moins que la vérité ne peut être la vérité ; et tout ce qui est plus que vrai doit être faux.

C’est pourquoi, comme cette grande nation tout entière semble maintenant plus que jamais en danger d’être précipitée dans l’un ou l’autre de ces deux extrêmes également pernicieux, l’irréligion ou le fanatisme, je me suis cru plus qu’ordinairement obligé de réveiller votre vigilance, peut-être assoupie, en vous avertissant de la proximité de votre péril ; en vous mettant en garde contre toute inclination vers l’un ou l’autre côté, ne fût-ce que pour jeter un coup d’œil sur le précipice glissant ; et en me plaçant entre vous et l’erreur, avant qu’elle soit assez près pour vous saisir corps à corps. L’heureux milieu de la vraie piété chrétienne, dans lequel il a plu à la miséricorde de Dieu de vous établir, est bâti sur un roc solide, « et les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle ». Tant donc que vous vous tiendrez fermement debout dans la plénitude de la foi, le mensonge et le péché travailleront en vain à vous approcher ; tandis que la moindre familiarité avec l’erreur vous donnera le vertige, et si une fois vous chancelez dans vos principes, votre ruine est presque inévitable.

Mais maintenant que je vous ai avertis du danger que vous font courir les ennemis qui menacent de vous renverser, j’espère que votre propre vigilance suffira à vous garder de toute surprise. Et de leurs propres assauts vous n’avez rien à craindre, puisque, tant que vous persisterez dans la ferme résolution, par la grâce de Dieu, de les tenir dehors, l’irréligion et l’enthousiasme, le mensonge et le vice, l’impiété et la fausse piété se ligueront en vain pour forcer l’entrée de vos cœurs.

Recevez donc, mes bien-aimés, membres avec moi du corps mystique de Christ, recevez en bonne part l’avertissement amical que je vous donne, et efforcez-vous d’en profiter : soyez tout attentifs aux vérités salutaires que je vous expose ici, et soyez persuadés qu’elles sont prononcées par quelqu’un qui a votre salut éternel autant à cœur que le sien.

« Et toi, ô Seigneur Jésus-Christ, source de toute vérité, d’où découle toute sagesse, ouvre l’intelligence de ton peuple à la lumière de ta vraie foi, et touche leurs cœurs par ta grâce, afin qu’ils soient à la fois capables de voir et disposés à accomplir ce que tu demandes d’eux. Chasse loin de nous toute nuée d’erreur et de perversité ; garde-nous également de l’irréligion et des fausses prétentions à la piété ; et conduis-nous sans cesse vers cette perfection à laquelle tu nous as appris à aspirer ; afin que, nous gardant ici-bas dans une constante imitation de toi et dans une paisible union les uns avec les autres, tu puisses enfin nous amener à cette gloire éternelle que tu as promise à tous ceux qui s’efforceront d’être parfaits, comme le Père qui est dans les cieux est parfait, lui qui, avec toi et le Saint-Esprit, vit et règne, un seul Dieu, aux siècles des siècles ! Amen, Amen.

Ecclésiaste 7:16 : « Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage: pourquoi te détruirais-tu? »

Juste à l’excès ! dira-t-on peut-être ; y a-t-il quelque danger de cela ? Est-ce même possible ? Pouvons-nous être trop bons ? Si nous ajoutons quelque foi à la parole expresse de Dieu, nous ne pouvons être trop bons, nous ne pouvons être justes à l’excès. L’injonction que Dieu donna à Abraham est très forte : « Marche devant ma face, et sois parfait. » Il impose de nouveau la même chose à tout Israël, au dix-huitième chapitre du Deutéronome : « Tu seras parfait et sans tache devant l’Éternel, ton Dieu. » Et de peur que quelqu’un ne pensât s’exempter de cette obligation en disant qu’elle a cessé quand l’ancienne loi fut abolie, notre bienheureux Sauveur l’a ratifiée et expliquée : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » De sorte que, tant que notre perfection ne surpassera pas celle de notre Père céleste, nous ne pourrons jamais être trop bons ni justes à l’excès ; et comme il est impossible que nous le surpassions jamais, ou même que nous l’égalions dans la perfection de la bonté et de la justice, il s’ensuit naturellement que nous ne pouvons jamais être bons ou justes avec excès. Néanmoins le docteur Trapp a découvert que nous pouvons être justes à l’excès, et il s’est donné une peine considérable, avec une grande agitation d’esprit, pour prouver que c’est une grande folie et une grande faiblesse, bien plus, un grand péché. « Ô Seigneur ! Réprime son esprit, et fais que cette fausse doctrine ne soit pas publiée à sa confusion au jour du jugement ! »

Mais si ce qu’avance cet homme emporté et abusé eût été vrai, y aurait-il eu néanmoins quelque raison d’en avertir en ces temps-ci, « où le danger (comme il l’avoue lui-même à sa confusion) est dans l’extrême contraire ; où toute sorte de vice et de méchanceté abonde à un degré presque inouï ? » Je réponds pour le moment qu’« il faut qu’il y ait des sectes parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient reconnus comme tels ».

Cependant ce ministre aux pensées terrestres d’un Évangile nouveau a pris un texte qui semble favoriser son mauvais dessein, qui est de détourner les petits de Christ bien disposés de cette parfaite pureté de cœur et d’esprit qui est nécessaire à tous ceux qui veulent vivre pour notre Seigneur Jésus. Ô Seigneur, que deviendra ton troupeau, quand ses bergers le livrent entre les mains du loup ravissant ! Quand un ministre de ta parole la pervertit pour renverser ton royaume, et pour détruire l’Écriture par l’Écriture !

Salomon, sous le personnage d’un homme découragé, ignorant, vivant dans l’indolence (habitant), dit à l’homme juste : « Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage: pourquoi te détruirais-tu? » Mais faut-il donc que mon frère Trapp, irrité et aveugle, revête un personnage si peu convenable à sa charge, uniquement pour renverser l’injonction expresse que le Seigneur nous adresse, laquelle nous oblige à ne jamais cesser de poursuivre la parfaite justice de Christ et d’en avoir soif, jusqu’à ce que nous nous reposions en lui ? Père, pardonne-lui, car il ne sait ce qu’il dit !

Quel avantage Satan ne pourrait-il pas gagner sur les élus, si la fausse interprétation que ce docteur aveugle a donnée de ce texte venait à prévaloir ! Mais bien qu’il ne rougisse pas d’aider Satan à nous blesser au talon, je m’efforcerai d’écraser la tête à l’un et à l’autre, en montrant,

I. Premièrement, le sens véritable du texte en question.

II. Le caractère des personnes qu’il faut supposer parler ici : Et

III. Le caractère des personnes à qui l’on parle.

D’où résulteront naturellement ces conséquences.

Premièrement, que le docteur s’est grossièrement trompé (Dieu veuille que ce n’ait pas été par malice) dans son sermon d’explication sur ce texte, aussi bien que dans l’application qu’il en a faite.

Secondement, qu’il est un docteur et un approbateur des maximes du monde.

Troisièmement, qu’il est par conséquent un ennemi de la parfaite justice dans les hommes, par Jésus-Christ, et, par suite, point un ami de Christ : Et que, par conséquent, personne ne doit se laisser abuser par la fausse doctrine qu’il avance pour séduire les innocents et tromper, s’il était possible, même les élus.

I. Pour parvenir au vrai sens du texte en question, il sera nécessaire de reporter nos regards sur le verset précédent, où le sage, réfléchissant sur les vanités de sa jeunesse, reprend pour un moment son ancien personnage. « J’ai vu tout cela pendant les jours de ma vanité : (et entre autres choses) il y a tel juste qui périt dans sa justice, et il y a tel méchant qui prolonge son existence dans sa méchanceté. » Or il est très clair qu’il ne parle pas ici d’un homme juste à l’excès, au sens où le docteur entend ces mots, c’est-à-dire « fautif et criminel par excès ». Car d’un côté il le loue d’être un homme juste et plein de justice, et pourtant de l’autre il nous dit que sa justice abrège sa vie. Au contraire, s’il avait regardé sa mort dans la justice comme une justice excessive, il ne l’aurait jamais appelé un homme juste. Par un méchant, il ne peut pas non plus entendre un homme livré au dernier excès de la méchanceté, puisqu’il nous dit qu’il prolonge son existence dans (ou par) sa méchanceté. Qui ne sait que l’excès de presque toute espèce de vice abrège de lui-même la vie ? De sorte que toute l’opposition et tout le contraste est entre un homme bon et un homme mauvais : un homme bon dont la bonté abrège la vie, et un homme mauvais dont l’iniquité allonge la vie, ou du moins n’est pas assez excessive pour en raccourcir le fil. Salomon, absorbé dans ces réflexions, exprime ici, par manière de prosopopée, non le sentiment de Salomon expérimenté, savant et sage, mais celui de l’ancien Salomon, un jeune homme vain, plein d’amour-propre et d’un vif désir de vivre. En cette qualité donc, il regarde du même œil le juste qui périt dans sa justice et le méchant qui viendrait à périr dans sa méchanceté. Car ce n’est ni la justice de l’un, ni la méchanceté de l’autre qui l’offense, mais leur degré superlatif à tous deux ; et comme l’un et l’autre tendent également à abréger la vie, il les regarde comme également contraires à l’amour-propre qu’il caresse au-dedans de lui. C’est pourquoi il juge un excès de débauche aussi grand ennemi de la jouissance durable des plaisirs de la vie que le serait une justice extraordinaire. Il pouvait donc bien dire au second, sous ce personnage : « Ne sois pas méchant à l’excès, et ne sois pas insensé: pourquoi mourrais-tu avant ton temps? » Et au premier : « Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage: pourquoi te détruirais-tu? »

Quoi d’étonnant, alors, qu’un jeune homme plein de vivacité et de bon sens, mais entraîné par l’amour-propre à aimer les plaisirs et les jouissances de la vie, quand on les obtient sans précipitation et qu’on les possède sans risque ; quoi d’étonnant, dis-je, qu’un tel jeune homme conçoive une égale aversion pour les degrés superlatifs de la vertu et du vice, et conseille par conséquent à ceux de ses compagnons qui se livrent à l’excès de la débauche de s’en abstenir, parce que cela doit infailliblement tendre à obscurcir leur intelligence, à hébéter leurs sens, et à attirer sur leur constitution une suite d’infirmités qui ne peuvent manquer d’affaiblir leur vigueur naturelle et d’abréger leurs jours ? « Ne sois pas méchant à l’excès, et ne sois pas insensé: pourquoi mourrais-tu avant ton temps? » Quoi d’étonnant que le même amour-propre le pousse à détourner ceux de ses amis ou de ses connaissances qu’il souhaite avoir pour compagnons et pour soutiens de ses poursuites mondaines, de rechercher la justice et la sagesse à un degré qui doit détruire en eux tout goût pour les plaisirs terrestres, et qui peut peut-être altérer leur constitution et hâter leur fin ? « Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage: pourquoi te détruirais-tu? »

Tel est le sens dans lequel Salomon (se replaçant dans l’état de vanité de sa jeunesse) parle à l’un et à l’autre : au juste et à l’impie. C’est là le sens vrai et véritable de la lettre ; et tout autre sens qu’on lui donne est faux et sans fondement, et forcé plutôt pour pervertir que pour expliquer la vérité du texte. Ô simplicité chrétienne, où t’es-tu enfuie ? Pourquoi le clergé ne veut-il pas dire la vérité ? Et pourquoi faut-il que ce faux prophète laisse ton peuple, ô Seigneur, croire au mensonge ? Ils ont retenu la vérité captive dans l’injustice. Suscite, je t’en conjure, ô Seigneur, quelques vrais pasteurs qui leur fassent connaître la nature et la nécessité de la parfaite justice, et qui les conduisent à cet amour de la perfection chrétienne dont l’irritable et voluptueux docteur Trapp travaille à les détourner, en enseignant que « tous les chrétiens doivent avoir affaire à quelques vanités ».

Le sens de ce texte n’est-il pas clair pour l’intelligence la plus faible ? Je vous l’ai donné ici tel que je le tiens de la bouche même du royal prédicateur. Je ne vous ai point séduits « par la philosophie et par une vaine tromperie, s’appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur Christ », pour vous imposer un sens charnel à la place du sens de la parole de Dieu. Non, je vous ai donné une explication naturelle, qui ressort des paroles mêmes. Par là vous pouvez voir, vous qui luttez avec moi pour la justice, combien notre adversaire irrité s’est grossièrement trompé dans son explication de ce texte. Seigneur ! Ouvre ses yeux, et touche son cœur ; et convertis-le, lui et tous ces ministres égarés qui ont eu pour ton peuple des visions vaines et insensées, et n’ont pas mis à nu son iniquité, afin de détourner sa captivité. Car ils chancellent dans le vin, Et les boissons fortes leur donnent des vertiges ! Sacrificateurs et prophètes chancellent dans les boissons fortes, Ils sont absorbés par le vin, Ils ont des vertiges à cause des boissons fortes; Ils chancellent en prophétisant, Ils vacillent en rendant la justice.

Il est clair, d’après les paroles du texte, que le royal Prédicateur parlait sous le personnage d’un mondain vain, quand il disait : « Ne sois pas juste à l’excès » ; par où il voulait exhorter les vrais justes à ne pas se laisser décourager, effrayer ou détourner de leur poursuite constante d’une perfection de justice toujours plus grande, jusqu’à ce qu’ils se reposent en Christ ; malgré les railleries, les persuasions charnelles, les mauvais traitements et la persécution des hommes du monde : lesquels, un jour, se repentant et gémissant dans l’angoisse de leur esprit, diront en eux-mêmes : « Ce sont là ceux que nous avons autrefois tournés en dérision, et dont nous avons fait un proverbe d’opprobre. Insensés que nous étions, nous regardions leur vie comme une folie, et leur fin comme sans honneur. Comment sont-ils comptés parmi les enfants de Dieu, et leur partage est-il avec les saints ! »

Combien donc est aveugle l’application (pour ne pas dire perverse) que ce clergyman sage à ses propres yeux fait du texte à ceux qui, suivant le conseil de l’apôtre (Colossiens 3:2), « s’affectionnent aux choses d’en haut, et non à celles qui sont sur la terre ». Faut-il que l’emportement de la colère l’emporte sur le bon sens et sur la vérité ? Faut-il que le peuple soit égaré parce que le pasteur ne peut ou ne veut pas voir ? Ou faut-il que l’injonction de Christ, « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait », cède la place à la maxime du païen Tullius : Le plus grand reproche qu’on puisse faire à un philosophe, c’est de réfuter sa doctrine par sa conduite ? S’il en est ainsi, hélas ! quelle déplorable, quelle indiciblement déplorable condition est celle de certains chrétiens ! C’est pourquoi, « Ainsi parle l’Éternel sur les prophètes qui égarent mon peuple, Qui annoncent la paix si leurs dents ont quelque chose à mordre, Et qui publient la guerre si on ne leur met rien dans la bouche: A cause de cela, vous aurez la nuit…, et plus de visions! Vous aurez les ténèbres…, et plus d’oracles! Le soleil se couchera sur ces prophètes, Le jour s’obscurcira sur eux.

Mais je laisserai ces amis des ténèbres, et je me tournerai vers vous, ô bien-aimés, élus de Dieu ! Je vous en conjure par les entrailles de Christ, ne vous laissez pas séduire par leurs discours flatteurs, qui endorment le péché. « Ne soyez pas de ce peuple rebelle, de ces enfants menteurs, Des enfants qui ne veulent point écouter la loi de l’Éternel, Qui disent aux voyants: Ne voyez pas! Et aux prophètes: Ne nous prophétisez pas des vérités, Dites-nous des choses flatteuses, Prophétisez des chimères! » Ne suivez pas ceux qui vous flattent dans les vanités qu’ils pratiquent eux-mêmes. Oh ! puissiez-vous n’être jamais du nombre de ceux sous le personnage desquels Salomon dit ici : « Ne sois pas juste à l’excès » ; car leur caractère est le caractère de la bête.

II. Le caractère des personnes qu’il faut supposer parler ici dans le texte est, en un mot, le même que le caractère de ceux que Salomon représente ici : lesquels, comme on l’a déjà montré, sont une race d’hommes vains, ni assez justes pour avoir un désir habituel de pousser la vertu jusqu’à sa perfection, ni tout à fait assez scélérats [coupables, illicites, méchants] pour se livrer à des vices qui détruisent ceux qui s’y adonnent : en un mot, ce sont des amateurs d’eux-mêmes, dont toutes les poursuites, qu’elles soient indifférentes, mauvaises ou louables en elles-mêmes, n’ont d’autre fin que leur propre jouissance. En sorte qu’ils regardent du même œil la vertu et le vice, la justice et la méchanceté, et que leur goût ou leur aversion pour l’une et l’autre sont pareils, selon que leurs différents degrés paraissent être des moyens d’accroître et de prolonger la jouissance du plaisir, ou d’amoindrir et d’abréger ces plaisirs. Ainsi une vertu, tant qu’elle est maintenue dans des bornes qui la rendent subordonnée aux degrés agréables du vice, ne rencontrera chez eux aucune opposition ; au contraire, ils iront jusqu’à la louer. Mais dès l’instant qu’elle devient une gêne pour le vice modéré (s’il m’est permis d’employer des termes appropriés à leur système), dès cet instant elle offense, et ils lui opposent leur avertissement : « Ne sois pas juste à l’excès. » De même le vice, tant qu’il est renfermé dans certaines limites qui favorisent les plaisirs plutôt qu’ils ne les entravent, est pour eux un bien désirable ; mais il ne s’est pas plutôt lancé en quelque profondeur suffisante pour noyer et diminuer le goût de ces plaisirs, qu’ils lui déclarent une guerre ouverte : « Ne sois pas méchant à l’excès. » Et la raison qu’ils allèguent de leur opposition dans les deux cas est la même : « pourquoi te détruirais-tu ? Pourquoi mourrais-tu avant ton temps ? » Telle est la prudence du monde, de la chair et du diable. Telles sont les maximes de ces libertins raffinés, d’autant plus dangereuses qu’elles sont moins apparentes ; d’autant plus insinuantes qu’elles sont éloignées de certaines extravagances capables de choquer tout homme qui a le moindre bon sens et la moindre délicatesse. Ô Seigneur, combien il est vrai que les fils des ténèbres sont plus prudents dans leur génération que les fils de lumière !

Vous ne devez donc pas vous imaginer, bien-aimés dans le Seigneur, que la plus grande opposition que vous rencontrerez, en luttant pour la parfaite justice, viendra des débauchés, d’hommes dont les vices énormes leur font horreur à eux-mêmes : non, vos ennemis les plus dangereux et les plus redoutables sont la sorte d’hommes que je vous ai dépeinte, qui rendent le vice agréable au goût par un mélange de vertu apparente, et qui revêtent la méchanceté des habits de la justice. « Gardez-vous d’eux, car ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs. »

Cette génération perverse vous fera tomber dans l’impiété par des oppositions apparentes au vice, et vous laissera avaler les apparences de la vertu et de la justice comme un émétique, seulement pour vous en faire rejeter la réalité. Ils peignent en blanc ce qui est noir, et le blanc ils le changent en noir. Non contents de paraître ce qu’ils ne sont pas, ils travaillent à vous rendre ce qu’ils sont. Ils entrelacent la justice et la méchanceté en un tissu artificieux, capable de tromper les élus mêmes, et difficile à démêler pour les plus clairvoyants d’entre eux ; ainsi l’aumône et l’avarice, l’orgueil et l’humilité, la tempérance et le luxe sont adroitement mêlés ensemble ; tandis que, se servant mutuellement de frein, ils s’unissent pour arrêter le flot des obstacles à la jouissance du monde qui pourraient naître de degrés extraordinaires de part ou d’autre. Ainsi, « l’aumône (vous dit-on) est une chose excellente », et vous croyez la proposition, sans connaître le sens particulier dans lequel elle est dite, à savoir que l’aumône est un excellent frein à l’avarice, en préservant un homme riche d’un amour de l’argent si superlatif qu’il le prive de la jouissance de son bien. Et sur la foi de cette croyance, l’homme mondain qui travaille à vous tromper gagne auprès de vous assez de crédit pour établir cette maxime, que tous les degrés superlatifs de l’aumône sont de grands péchés, et qu’un homme ne doit jamais vendre tout ce qu’il a pour le donner aux pauvres, parce que certains peuvent avoir une famille à eux, et doivent pourvoir suffisamment à ses besoins, selon ce proverbe : « Charité bien ordonnée commence par soi-même » ; alors que personne, ou du moins presque personne, n’est assez sage pour savoir quand il a suffisamment. Ô Seigneur, qui devons-nous croire, ces mondains ou toi ? Si tu nous trompes, pourquoi nous menaces-tu de châtiments si nous ne t’écoutons pas ? Et si le monde est trompeur, ne fuirons-nous pas loin de lui pour nous attacher à toi ?

« L’orgueil est un grand péché », même pour ces mondains, en tant que ses excès extérieurs peuvent barrer le chemin à bien des desseins ambitieux, et que ses agitations intérieures détruisent cette paix à laquelle aspire même l’amour-propre ; outre que la fréquente extravagance de ses mouvements peut non seulement nuire à la santé, mais encore abréger la vie. Il n’est donc pas étonnant qu’ils lui objectent : « Ne sois pas méchant à l’excès : pourquoi mourrais-tu avant ton temps ? » Pour cette raison, ils regardent un petit mélange d’humilité non seulement comme louable, mais même comme nécessaire pour réprimer les folies extravagantes d’un orgueil tyrannique. Mais un degré superlatif d’humilité, c’est-à-dire une humilité exempte de la moindre teinture d’orgueil ou de vanité, ce qui est pour eux la même chose qu’« une humilité outrée, est une faute aussi bien qu’une folie » ; parce que, voyez-vous, c’est un obstacle à la jouissance du monde et de ses plaisirs ; « tous les chrétiens doivent avoir affaire à quelques vanités, sinon il leur faudrait vraiment sortir du monde ; car le monde lui-même n’est que vanité d’un bout à l’autre ». Il n’est donc nullement surprenant, mes frères, de voir un homme de cette trempe d’esprit faire une vaine ostentation (étalage, parade) de sa petite connaissance superficielle des anciens Grecs et Romains. Qu’est-ce là, sinon agir conformément à son propre principe, que « tous les chrétiens doivent avoir affaire à quelques vanités » ? Et nous étonnerons-nous d’entendre un tel homme préférer leurs écrits à ceux d’un apôtre ; ou serons-nous surpris de le voir blesser l’apôtre par ses railleries (moquerie enjouée), à travers vous, pour avoir désiré ne savoir autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ? Non : chez lui, c’est être conséquent que de vous détourner par ses moqueries et ses reproches de la perfection de la justice, laquelle, de quelque manière qu’il joue sur les termes, est pour lui la même chose qu’être juste à l’excès ; mais chez vous ce serait une inconséquence, vous qui ne devez connaître aucune différence entre être juste et vivre dans un désir perpétuel et habituel de l’être au degré superlatif. Ce n’est donc rien de plus que ce à quoi vous devez vous attendre, d’entendre de tels avocats du monde vous crier : « Ne soyez pas justes à l’excès : pourquoi vous détruiriez-vous ? » Mais, ô Seigneur, assurément ce n’est pas la même voix qui nous dit que si nous ne nous humilions comme de petits enfants, nous n’entrerons pas dans le royaume des cieux, et que le plus grand dans ce royaume est celui qui s’humilie le plus comme un enfant ! Mais que n’avanceront pas des hommes ivres de passion et enivrés d’amour-propre ?

« Le vice de l’intempérance dans le manger et le boire est évident pour tout le monde », reconnaissent-ils. C’est pourquoi ils l’abandonnent comme un excès qui ne peut manquer de tendre à ruiner la santé et à abréger la vie : bien plus, il noie le goût même du plaisir dans l’acte de manger et de boire. De là vient que tout débauché raffiné s’écriera contre lui avec le docteur Trapp : « Ne sois pas méchant à l’excès : pourquoi te détruirais-tu ? » Un peu de sobriété, disent-ils, est nécessaire pour donner du piquant au luxe et aux plaisirs du monde. Mais trop, c’est trop : « ne manger que du pain et des herbes, et ne boire que de l’eau, à moins qu’il n’y ait une raison particulière pour cela (telle peut-être que celle que pourrait assigner le docteur Cheyne), c’est au mieux une folie (c’est-à-dire, même si on le fait pour l’amour de Christ), et par conséquent ce n’est pas une vertu » : « Ne sois donc pas juste à l’excès : pourquoi te détruirais-tu ? » Et si vous répondez à ces hommes à l’esprit charnel par les paroles de l’apôtre, Romains 8 : « Nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair ; car si nous vivons selon la chair, nous mourrons ; mais si par l’Esprit nous faisons mourir les actions de la chair, nous vivrons. » Si vous leur répondez ainsi, ils vous diront que c’est là enseigner comme doctrines des commandements d’hommes. » Et il ne servira pas davantage de leur répondre par ce que saint Paul dit ailleurs (Romains 14:17) : « Le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit » : ils ne rougiront pas de vous dire que « notre bienheureux Sauveur est venu mangeant et buvant, et a même fait un miracle pour faire du vin (dans un festin), alors qu’il est clair qu’on avait déjà bu plus qu’il n’était nécessaire ». Jusqu’où l’amour du monde n’entraîne-t-il pas ces mondains joyeux et épris d’eux-mêmes ! Parlez-leur du renoncement à soi-même, ils ne vous écouteront pas : c’est empiéter sur les plaisirs de la vie, et cela peut l’abréger de quelques jours, dont vous n’êtes jamais sûr de jouir ; c’est être « juste à l’excès : pourquoi te détruirais-tu ? » Jésus, direz-vous, nous dit (Jean 12:25) : « Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle. » Mais ceci et autres choses semblables, vous diront-ils, « sont des expressions hyperboliques ». Or à quoi bon faire attention à Jésus, quand il parle par hyperbole, c’est-à-dire quand il dit plus que ce qui est strictement vrai ? Toutefois, ô Seigneur Jésus, accorde-nous de faire attention à toi, quoi que puissent dire ces mondains ; rappelle-nous que si quelqu’un veut venir après toi, il doit renoncer à lui-même, se charger de sa croix et te suivre ! Oh ! combien il dilate l’âme de se charger de la croix de Christ et de le suivre !

Mais on vous accuse d’extravagances, vous, bien-aimés, amis de la parfaite justice. Vous ne permettez « aucune sorte de récréation ni de divertissement ; rien qu’une mortification et un renoncement universels ; aucun plaisir, sinon celui de la religion seule » : vous enseignez « que les appétits du corps ne doivent pas être satisfaits le moins du monde au-delà de ce qui est absolument nécessaire pour maintenir l’âme unie au corps et conserver le genre humain : On ne doit faire aucune concession aux tristes infortunes ni à l’infirmité humaine : le chagrin ne doit être guéri que par la prière » ; (horrible grief, en vérité, pour ceux qui trouvent la prière pénible au mieux aller) « le distraire par des amusements mondains est charnel ». Lourde accusation que celle-là : mais de peur qu’elle ne paraisse telle qu’à ces personnes charnelles qui sont résolues à céder à leurs appétits charnels, ces pervertisseurs de la vérité insinuent que ce que vous regardez seulement comme conseillé, vous le regardez comme des devoirs indispensables. Et de peur que la tergiversation ne suffise pas, il faut mettre sur votre compte de purs mensonges : « en sorte que goûter un fruit agréable, ou sentir une rose, doit être illicite à vos yeux », bien que vous le désavouiez. Mais, ô mes bien-aimés chrétiens, ne vous laissez pas décourager de la poursuite de la parfaite justice par ces représentations odieuses ou d’autres semblables. Car « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de Jésus-Christ. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. »

Ce que j’ai dit jusqu’ici peut donc suffire pour montrer clairement avec quels dangereux desseins les hommes du monde, que Salomon représente dans le texte qui nous occupe, assiègent vos âmes par de belles paroles. Ce que j’ai dit suffit à vous convaincre que leur caractère est celui de la bête que saint Jean, dans l’Apocalypse, « vit monter de la mer (c’est-à-dire du monde scélérat [coupable, illicite, méchant]) avec sept têtes ». Et que dirons-nous d’un homme, d’un ecclésiastique, qui enseigne leurs doctrines perverses et s’en fait l’avocat ? Ne pouvons-nous pas, bien plus, ne devons-nous pas, pour la gloire de Dieu et pour votre bien, vous avertir qu’il est « un docteur et un approbateur des maximes du monde » ? Ne puis-je pas, bien plus, ne dois-je pas vous donner cet avertissement avec le royal prédicateur : « Lorsqu’il prend une voix douce, ne le crois pas, Car il y a sept abominations dans son cœur » ? Mais combien le caractère que je vous ai dépeint diffère du caractère des personnes à qui s’adresse le texte que nous considérons ! C’est-à-dire du caractère de tous ceux qui, comme vous, sont résolus à ne jamais se reposer jusqu’à ce qu’ils se reposent en Jésus-Christ. Pour le montrer, je passerai maintenant à mon troisième point.

III. À quelle sorte de personnes Salomon, sous le personnage d’un mondain, s’adresse-t-il quand il dit : « Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage: pourquoi te détruirais-tu? » Ce n’est pas aux méchants, c’est évident ; car, outre que c’eût été une précaution inutile, il se tourne vers eux dans le verset suivant avec une autre sorte d’avertissement, qui a pourtant quelque analogie avec celui-ci : « Ne sois pas méchant à l’excès, et ne sois pas insensé: pourquoi mourrais-tu avant ton temps? » Était-ce donc aux justes d’une manière commune, c’est-à-dire à ceux qui se contentent d’observer les points absolument essentiels des lois de Dieu ? Assurément nos adversaires ne l’admettront pas, à moins qu’ils ne soient d’avis qu’être juste tant soit peu, c’est être juste à l’excès. Et pourtant on ne peut nullement supposer que les personnes à qui l’on parle soient des hommes parfaitement justes ; puisque, comme je vous l’ai prouvé dans l’introduction de ce discours, tant que nous ne parvenons pas à la perfection de notre Père céleste, nous ne pouvons jamais être assez justes, et bien moins encore parfaitement justes : c’est pourquoi, comme en cette vie les hommes ne peuvent atteindre à la perfection de leur Père céleste, il s’ensuit naturellement que les personnes à qui l’on parle ici ne peuvent être des hommes parfaitement justes, puisqu’il n’existe pas de tels hommes ; car, comme dit saint Jean : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous. » Hélas, ô Seigneur, quand serons-nous délivrés du corps de cette mort ?

Il reste donc que les personnes à qui l’on parle dans le texte sont seulement celles qui, persévérant fermement dans un attachement constant à toutes les lois essentielles de Dieu, ne se contentent pas de pratiquer les vertus communes à un degré commun, mais vivent dans une habitude perpétuelle de désirs, de luttes et d’aspirations vers une union intime avec Christ, la perfection de la justice. Elles ne sont pas du nombre de ces justes indifférents qui voudraient bien allier le service de Dieu et celui de Mamon, qui voudraient bien avoir pour maîtres Christ et le monde, et qui, clochant des deux côtés comme les enfants d’Israël d’autrefois, la face tournée vers le ciel et le cœur vers la terre, ne sont ni chauds ni froids. Hélas, plût à Dieu qu’ils fussent froids ou chauds ! Mais « parce qu’ils sont tièdes, et qu’ils ne sont ni froids ni bouillants, le Seigneur les vomira de sa bouche ».

Il n’en est pas ainsi des personnes à qui l’on parle dans mon texte ; il n’en est pas ainsi de vous, ô bien-aimés en Dieu, qui, ayant secoué le monde et les affections mondaines pour courir plus vite après la justice, haïssez votre propre vie pour l’amour de Christ. Heureux, heureux êtes-vous tous, vous qui revêtez notre Seigneur Jésus, et avec lui l’homme nouveau ! « C’est vous qui êtes la vraie circoncision, vous qui rendez à Dieu votre culte en esprit, qui vous glorifiez en Jésus-Christ, et qui ne mettez point votre confiance en la chair. »

Quoi d’étonnant donc, chrétiens ! C’est à vous que je parle, vous tous qui aimez la parfaite justice de votre divin Maître Christ et qui luttez pour l’atteindre ; quoi d’étonnant qu’on vous accuse d’enthousiasme, de folie, de fanatisme et de démence ? Les apôtres ne l’ont-ils pas été avant vous, lorsqu’ils prêchaient Jésus-Christ ? Bien plus, ne les a-t-on pas crus ivres de vin ? Pouvez-vous vous en étonner dans un siècle « où toute sorte de vice abonde à un degré presque inouï », où le pays est rempli d’adultères, et où le pays est en deuil à cause de la malédiction ? Oh ! comment la cité fidèle est devenue une prostituée ! Mon cœur est brisé au-dedans de moi à cause du clergé ; Tous mes os tremblent; Je suis comme un homme ivre, Comme un homme pris de vin, A cause de l’Éternel et à cause de ses paroles saintes, pervertis par cet ecclésiastique abusé.

Quand le clergé, que Christ a établi pour enseigner à son peuple « à marcher devant lui et à être parfait », devient docteur des maximes du monde, que peut-on attendre des laïques ? Il est notoire qu’à cause de l’iniquité moralisante du prêtre, le pays est en deuil. Par leurs prédications et par leur vie, ils ont chassé de l’Église d’Angleterre bien des personnes sincères. Ils s’efforcent de vous rendre vains : (comme le faisaient les prophètes au temps de Jérémie) ils disent une vision qui sort de leur propre bouche, et non de la bouche de l’Éternel. En un mot, « Prophètes et sacrificateurs sont corrompus, et font le mal dans la maison même de l’Éternel ». Bien plus, ils disent encore à ceux qui méprisent l’Éternel : L’Éternel a dit: Vous aurez la paix; et ils disent à tous ceux qui suivent les penchants de leur cœur: Il ne vous arrivera aucun mal.

Tel est le langage, mes bien-aimés amis de la perfection chrétienne, que le clergé indolent, terrestre et voluptueux de l’Église d’Angleterre emploie pour fortifier les mains des méchants, Afin qu’aucun ne revienne de sa méchanceté. Telle est la doctrine du théologien savant de la lettre qui a trempé sa plume dans le fiel pour décrier la parfaite justice, et pour vous en détourner par une fausse application de ce texte qu’il a si grandement mal compris : « Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage: pourquoi te détruirais-tu? » Mais ne vous laissez pas séduire par lui, mes frères en Christ. Car, comme je vous l’ai déjà montré, il s’est grossièrement trompé (Dieu veuille que ce n’ait pas été par malice) dans sa manière d’expliquer ce texte ; et, bien loin d’en faire une juste application selon l’intention de Salomon, le sage, l’expérimenté, il joue le personnage d’un libertin vain, plein d’amour-propre et de désirs terrestres, que Salomon ne fait que représenter pour le tourner en ridicule. Mais le docteur, en réalisant ce personnage en lui-même, devient le docteur et l’approbateur des maximes du monde, qu’il vous applique à dessein de détruire en vous les aspirations à la parfaite justice en Christ. Ne puis-je donc pas, bien plus, ne dois-je pas vous avertir, mes bien-aimés, que cet homme est un ennemi de la parfaite justice dans les hommes par Jésus-Christ, et, par conséquent, point un ami de Christ ? Oh ! si ma tête était un océan, et mes yeux des sources de larmes, pour pleurer jour et nuit sur cette pauvre créature, sur ce membre du clergé aux yeux bandés !

Priez, je vous en prie, ô vrais chrétiens, priez et soupirez avec force vers le Seigneur ; importunez-le en faveur de ce pasteur égaré ; priez-le de daigner ouvrir les yeux et toucher le cœur endurci de ce scribe, afin qu’il soit mieux instruit. Autrement, comme l’Éternel l’a dit par la bouche de son vrai prophète Jérémie : « Voici, je vais le nourrir d’absinthe, et je lui ferai boire des eaux empoisonnées ; car c’est de lui que l’impiété s’est répandue dans tout le pays. »

Il a pourtant fait ce bien, en tentant de montrer la folie, le péché et le danger de ce qu’il appelle à tort être juste à l’excès, c’est-à-dire être juste au degré superlatif par le désir et par des luttes habituelles : il m’a donné par là l’occasion de vous montrer, mes frères, dans le cours de ce sermon, la grande et réelle folie, le péché et le danger de n’être pas assez juste ; ce que peut-être je n’aurais jamais songé à faire, si cette fausse doctrine ne m’en avait fait voir la nécessité. C’est ainsi que la providence de Dieu, qui est toute sage, se sert des vices mêmes des hommes pour tirer le bien du mal, et choisit leurs erreurs mêmes pour confondre le mensonge et frayer le chemin à la vérité. Bien que ce soit plus que notre adversaire irrité n’avait en vue, rends-lui pourtant, Seigneur, selon ses œuvres : et ne permets pas qu’il soit plus longtemps précipité dans ses paroles, afin que nous ayons lieu de concevoir de lui de meilleures espérances pour l’avenir.

Béni soit Dieu de vous avoir envoyé de meilleurs guides ! Je suis convaincu que telle était sa volonté divine : notre cher semblable, le docteur Trapp, en tombant dans de telles erreurs, a porté un si rude coup à la saine religion de la perfection chrétienne que, si je ne m’étais pas opposé à lui, je crois vraiment que tout le troupeau qui écoutait sa doctrine aurait été dispersé comme des brebis qui n’ont point de berger. « Mais malheur à vous, scribes et pharisiens ! Malheur aux pasteurs qui détruisent et dispersent Le troupeau de mon pâturage! Dit l’Éternel. »

Je sais fort bien que ce sermon ne plaira pas à mon pauvre adversaire chagrin ; mais la correction n’est pas faite pour plaire, mais pour profiter : il est peu d’enfants qu’on puisse amener de bon gré à baiser la verge qui les reprend ; mais quand ils parviennent à une intelligence plus mûre, ils bénissent la main qui les a conduits. Ainsi cet homme irrité, je l’espère, me remerciera un jour de l’avoir repris, quand la raison lui aura été rendue par la lumière du Saint-Esprit. Ô Seigneur, accorde-lui cette lumière, et permets-lui de voir avec quelles entrailles de pitié et de tendresse je l’aime en toi, au moment même où je le châtie.

Je n’ignore pas non plus, mes frères, combien mes paroles offenseront les mondains en général, qui, aimant le mensonge plus que la vérité, et la chair plus que l’esprit, préféreront toujours les doctrines du docteur, qui endorment le péché, aux simples vérités de l’Évangile que j’ai prêchées. Oh ! combien mon âme a pitié d’eux ! Mais j’ai fait mon devoir, je me lave les mains, et je suis innocent du sang de tous. Je n’ai pas cherché à plaire à mes auditeurs, mais j’ai dit la pure vérité, dût-elle offenser. Car ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ ; et j’espère qu’il en sera toujours ainsi. Non que je présume me croire déjà parfait. Mais « je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ ».

Aucun de nous, comme je vous l’ai déjà dit, ne peut se vanter d’avoir atteint le sommet de la perfection ; toutefois celui-là en est le plus proche qui est le plus éloigné des appétits de la chair, et celui-là est le plus élevé qui est le plus humble à ses propres yeux : c’est pourquoi, nous tous qui avons fait quelques progrès vers Christ et son royaume, « au point où nous sommes parvenus, marchons d’un même pas, ayons les mêmes pensées ».

Ne marchez donc pas, mes frères, selon les voies du monde : mais soyez tous ensemble mes imitateurs en suivant Christ. Et si quelqu’un, fût-ce un ange de lumière, avait la présomption de vous enseigner un autre Évangile que celui que je vous ai enseigné ici, qu’il soit anathème ! « Car vous en trouverez plusieurs qui marchent, comme ceux dont je vous ai déjà parlé, et dont je vous parle maintenant encore en pleurant, en ennemis de la croix de Christ : leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieu leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, car ils ne pensent qu’aux choses de la terre. Mais votre cité à vous est dans les cieux, d’où vous attendez aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera le corps de votre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire, par le pouvoir qu’il a de s’assujettir toutes choses », même le cœur endurci de notre adversaire pervers.

Ce que Dieu veuille nous accorder dans son infinie miséricorde, etc.

Chapitre 10 terminé

Préservatif contre les notions flottantes et le manque de principes touchant la justice et la perfection chrétienne : réponse plus particulière aux quatre sermons du docteur Trapp sur le même texte

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