Chapitre 7 · 28 min de lecture · 36 min d’écoute
La reconnaissance pour les miséricordes reçues, un devoir nécessaire
L’homme porte dans son âme d’innombrables marques de sa chute et de son éloignement de Dieu ; mais rien n’en donne une plus grande preuve que cette répugnance que chacun trouve en soi-même pour le devoir de la louange et de l’action de grâces.
Lorsque Dieu plaça le premier homme dans le paradis, son âme, sans aucun doute, était si remplie du sentiment des richesses de l’amour divin, qu’il employait continuellement ce souffle de vie que le Tout-Puissant avait, peu de temps auparavant, soufflé en lui, à bénir et à magnifier ce Dieu infiniment libéral et infiniment miséricordieux en qui il avait la vie, le mouvement et l’être.
Et la plus brillante idée que nous puissions nous faire de la hiérarchie angélique d’en haut, et des esprits des justes parvenus à la perfection,, c’est qu’ils se tiennent continuellement autour du trône de Dieu, et ne cessent jour et nuit de dire : « L’agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, et la louange. » Apocalypse 5:12.
Ce qui fut donc la perfection de l’homme quand le temps commença, et ce qui sera son occupation quand la mort aura été engloutie dans la victoire et qu’il n’y aura plus de temps, fait sans contredit partie de notre perfection, et doit être notre fréquent exercice sur la terre ; et je ne doute pas que ces esprits bienheureux, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut?, ne soient souvent dans l’étonnement lorsqu’ils campent autour de nous, de trouver nos cœurs si rarement élargis, et nos bouches si rarement ouvertes, pour publier la bonté de l’Éternel ou pour dire toute sa louange.
Le sujet de louange et d’adoration ne peut jamais manquer à des créatures rachetées par le sang du Fils de Dieu, et qui ont sous les yeux de si continuels spectacles de sa bonté infinie, que, si leurs âmes étaient dûment touchées du sentiment de son amour universel, elles ne pourraient s’empêcher d’appeler continuellement le ciel et la terre, les hommes et les anges, à se joindre à elles pour louer et bénir « le Très-Haut, Dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint: J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté; Mais je suis avec l’homme contrit et humilié, Afin de ranimer les esprits humiliés, Afin de ranimer les cœurs contrits., qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. », et qui répand chaque jour ses bénédictions sur toute la race des hommes.
Mais peu de gens sont parvenus à un tel degré de charité ou d’amour qu’ils se réjouissent avec ceux qui se réjouissent; pleurez avec ceux qui pleurent., et soient aussi reconnaissants pour les miséricordes faites aux autres que pour les leurs. Cette partie de la perfection chrétienne, bien que commencée sur la terre, ne sera consommée que dans le ciel, où nos cœurs brûleront d’un amour si ardent envers Dieu et les uns envers les autres, que chaque nouveau degré de gloire communiqué à notre prochain nous communiquera aussi un nouveau sujet de reconnaissance et de joie.
Ce qui est le plus propre à exciter la généralité des hommes déchus à la louange et à l’action de grâces, c’est le sentiment des miséricordes particulières de Dieu, et des bienfaits spéciaux dont il nous a comblés nous-mêmes. Car, comme ceux-ci touchent de plus près nos propres cœurs, ils doivent aussi nous émouvoir davantage ; et, comme ce sont des preuves particulières par lesquelles nous pouvons connaître que Dieu nous favorise d’une manière plus spéciale que les autres, ils ne peuvent manquer de nous toucher sensiblement ; et si nos cœurs ne sont pas tout à fait gelés, ils doivent, comme les charbons du feu d’un fondeur, nous fondre en reconnaissance et en amour. Ce fut la considération de la faveur particulière que Dieu avait témoignée à son peuple élu d’Israël, et des délivrances fréquentes et remarquables qu’il avait opérées en faveur de « Ceux qui étaient descendus sur la mer dans des navires, Et qui travaillaient sur les grandes eaux, », qui fit éclater si souvent le saint psalmiste, comme il le fait dans ce psaume, en cette exclamation émouvante et pathétique : « Oh ! Qu’ils louent l’Éternel pour sa bonté, Et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme! »
Le fait qu’il s’exprime d’une manière si fervente montre à la fois l’importance de ce devoir et la négligence qu’on en fait. Ainsi lorsque Moïse, en une autre occasion, s’écria : « Oh ! S’ils étaient sages, voici ce qu’ils comprendraient, Et ils penseraient à ce qui leur arrivera., dans la pratique, à ce qui leur arrivera. ! » Deutéronome 32:29.
Je dis l’importance de ce devoir et la négligence qu’on en fait ; car, parmi ces milliers et ces milliers d’hommes qui reçoivent des bénédictions de l’Éternel, combien peu lui rendent grâces en célébrant sa sainteté ! Le récit qui nous est fait des lépreux ingrats n’est qu’une représentation trop vive de l’ingratitude du genre humain en général ; car les hommes, comme eux, lorsqu’ils sont sous quelque dispensation humiliante, savent crier : « Jésus, maître, aie pitié de nous! » Luc 17:13. Mais, une fois guéris de leur maladie ou délivrés de leur détresse, à peine en trouve-t-on un sur dix pour « revenir et donner gloire à Dieu? ».
Et pourtant, si commun que soit ce péché d’ingratitude, il n’en est aucun contre lequel nous devions prier plus instamment. Car qu’y a-t-il de plus absolument condamné dans la sainte Écriture que l’ingratitude ? Ou qu’y a-t-il de plus impérieusement (absolument, expressément) exigé que la disposition contraire ? Ainsi parle l’apôtre : « Soyez toujours joyeux. ; Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ. », 1 Thessaloniciens 5:16, 18. « Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces », Philippiens 4:6.
Au contraire, l’apôtre mentionne comme l’un des plus grands crimes des païens qu’ils n’ont pas été reconnaissants : « ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. », Romains 1:21. De même, en un autre endroit, il range les « ingrats, irréligieux, », 2 Timothée 3:2, parmi ces personnes impies et profanes qui doivent avoir leur part dans l’étang de feu et de soufre.
Quant à nos péchés, Dieu les jette derrière son dos ; mais ses miséricordes, il veut qu’on les reconnaisse. « une force était sortie de moi. », dit Jésus-Christ, Luc 8:46, et la femme qui avait été guérie de sa perte de sang dut le confesser. Et nous trouvons généralement que, lorsque Dieu envoyait quelque châtiment remarquable sur une personne en particulier, il lui rappelait les faveurs qu’elle avait reçues, comme autant d’aggravations de son ingratitude. Ainsi, lorsque Dieu fut sur le point de visiter la maison d’Éli, il lui fit par son prophète ces remontrances : « Ne me suis-je pas révélé à la maison de ton père, lorsqu’ils étaient en Égypte dans la maison de Pharaon? Je l’ai choisie parmi toutes les tribus d’Israël pour être à mon service dans le sacerdoce, pour monter à mon autel, pour brûler le parfum, pour porter l’éphod devant moi. Pourquoi foulez-vous aux pieds mes sacrifices et mes offrandes, que j’ai ordonné de faire dans ma demeure? Et d’où vient que tu honores tes fils plus que moi, afin de vous engraisser des prémices de toutes les offrandes d’Israël, mon peuple? C’est pourquoi voici ce que dit l’Éternel, le Dieu d’Israël: J’avais déclaré que ta maison et la maison de ton père marcheraient devant moi à perpétuité. Et maintenant, dit l’Éternel, loin de moi! Car j’honorerai celui qui m’honore, mais ceux qui me méprisent seront méprisés. » 1 Samuel 2:27-30.
Ce sont ces exemples, et d’autres semblables, de la sévérité de Dieu envers les ingrats, qui m’ont porté à choisir les paroles du texte comme le sujet le plus convenable que je pusse traiter en ce moment.
Voilà maintenant quatre mois, mes bons amis, que nous sommes sur la mer dans ce navire, et que nous « travaillons sur les grandes eaux ». À la parole du Dieu tout-puissant, nous avons vu se lever « la tempête, Qui souleva les flots de la mer.. Nous sommes montés jusqu’aux cieux, nous sommes descendus dans l’abîme, et l’âme de quelques-uns d’entre nous a été éperdue en face du danger ; mais nous avons, je l’espère, crié ardemment à l’Éternel, et il nous a délivrés de nos angoisses. Car il a arrêté la tempête, et les ondes se sont tues. Et maintenant nous nous réjouissons de ce qu’elles se sont apaisées, car Dieu nous a conduits au port désiré. Oh ! que vous louiez donc l’Éternel pour sa bonté, et que vous publiiez les merveilles qu’il a faites en notre faveur, à nous, les plus indignes des fils de l’homme. »
Ainsi fit Moïse, ainsi fit Josué. Car, lorsqu’ils furent sur le point de prendre congé des enfants d’Israël, ils leur rappelèrent les grandes choses que Dieu avait faites pour eux, comme les meilleurs arguments et les meilleurs motifs qu’ils pussent faire valoir pour les engager à l’obéissance. Et comment pourrais-je suivre de meilleurs exemples ? Quels motifs plus convenables, plus nobles, à la sainteté et à la pureté de vie, pourrais-je vous présenter que ceux qu’ils présentèrent ?
À la vérité, je ne puis dire que nous ayons vu la colonne de nuée le jour dans une colonne de nuée pour les guider dans leur chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils marchassent jour et nuit., ou la colonne de feu la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils marchassent jour et nuit., marcher visiblement devant nous pour guider notre course ; mais ce que je puis dire, c’est que le même Dieu qui était dans cette colonne de nuée et cette colonne de feu qui ne se retira point de devant les Israélites, et qui a fait le soleil pour présider au jour et la lune pour présider à la nuit, nous a, par sa bonne providence, dirigés dans le droit chemin ; autrement le pilote nous eût dirigés en vain.
Je ne puis pas dire non plus que nous ayons vu « le soleil s’arrêter », comme les enfants d’Israël le virent aux jours de Josué. Mais assurément Dieu, pendant une partie de notre voyage, l’a fait retenir quelque chose de cette chaleur qu’il répand d’ordinaire dans ces climats plus chauds ; sans quoi il n’aurait pas manqué d’arriver que quelques-uns d’entre vous eussent péri dans la maladie qui a régné et qui règne encore parmi nous.
Nous n’avons pas vu les eaux se dresser exprès en un monceau pour que nous puissions passer au travers, et nous n’avons pas été poursuivis par Pharaon et son armée, ni délivrés de leurs mains ; mais nous avons été conduits à travers la mer comme à travers un désert, et nous avons été une fois remarquablement préservés d’être abordés et coulés par un autre navire ; et si Dieu l’avait permis, les eaux, selon toute probabilité, nous auraient aussitôt engloutis, et, comme Pharaon et son armée, nous serions descendus au fond de la mer comme des pierres.
Nous pouvons, il est vrai, à la manière des athées, attribuer toutes ces choses à des causes naturelles, et dire : « Notre propre habileté et notre prévoyance nous ont amenés ici sains et saufs. » Mais aussi certainement que Jésus-Christ, le messager de l’alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l’Éternel des armées., marcha sur les eaux aux jours de sa chair, et dit à ses disciples qui enfonçaient : « Rassurez-vous, c’est moi; n’ayez pas peur! », aussi sûrement le même éternel JE SUIS, « qui s’enveloppe de lumière comme d’un manteau; Il étend les cieux comme un pavillon., qui étend les cieux comme un pavillon., qui serre les vents dans son poing, qui tient les eaux dans le creux de sa main », et qui guida les mages par une étoile en Orient ; aussi sûrement, dis-je, a-t-il parlé, et à son commandement les vents nous ont poussés là où nous voici maintenant arrivés. Car sa providence gouverne toutes choses : « Les vents et les tempêtes obéissent à sa parole » ; il dit au vent une fois : Va ! et il va ; une autre fois : Viens ! et il vient ; et une troisième fois : Souffle de ce côté ! et il souffle.
C’est lui, mes frères, et non pas nous-mêmes, qui nous a envoyé ces derniers temps des vents si favorables, et qui nous a fait aller, pour ainsi dire, sur les ailes du vent., jusqu’au port désiré.
« Oh ! que vous louiez donc l’Éternel pour sa bonté », et que vous déclariez par votre vie que vous êtes vraiment reconnaissants des merveilles qu’il nous a montrées, à nous qui sommes moindres que le moindre des fils des hommes.
Je dis : déclarez-le par votre vie. Car lui rendre grâces seulement des lèvres, tandis que vos cœurs sont éloignés de lui, ce n’est qu’un sacrifice dérisoire, bien plus, une abomination devant l’Éternel.
Telle était, dit le royal psalmiste, la fin que Dieu avait en vue lorsqu’il montrait de temps à autre de telles merveilles au peuple d’Israël : « Afin qu’ils gardassent ses ordonnances, Et qu’ils observassent ses lois », Psaume 105:45 ; et telle est, mes bons amis, la fin que Dieu voudrait voir accomplie en nous, et le seul retour qu’il désire que nous lui rendions pour tous les bienfaits dont il nous a comblés.
Oh ! laissez-moi donc vous en supplier : donnez à Dieu vos cœurs, vos cœurs tout entiers ; et laissez-vous attirer par les liens de l’amour infini à l’honorer et à lui obéir.
Soyez assurés que vous ne sauriez jamais servir un meilleur maître ; car son service est la parfaite liberté ; son joug, quand on l’a porté quelque temps, est extrêmement doux, son fardeau léger ; et à garder ses commandements il y a une grande récompense : l’amour, la paix, la joie par le Saint-Esprit ici-bas, et, dans l’autre monde, une couronne de gloire qui ne se flétrit point.
Vous pouvez, il est vrai, laisser d’autres maîtres dominer sur vous, et Satan peut vous promettre de vous donner tous les royaumes du monde et leur gloire si vous voulez vous prosterner et l’adorer ; mais il est menteur, et il l’a été dès le commencement ; il n’a pas même de quoi vous donner l’espace que pourrait fouler la plante de votre pied ; ou, pût-il vous donner le monde entier, cela même ne pourrait vous rendre heureux sans Dieu. C’est Dieu seul, mes frères, Dieu à qui nous appartenons, au nom de qui je parle maintenant, et qui nous a montré ces derniers temps de telles miséricordes sur l’abîme, qui peut donner à vos âmes un bonheur solide et durable ; et s’il désire vos cœurs, c’est pour cette seule raison que sans lui vous ne pouvez qu’être misérables.
Ne me laissez donc pas partir sans avoir rempli ma mission ; puisque c’est la dernière fois que je vous parlerai, ne permettez pas que je parle en vain ; mais que le sentiment de la bonté divine vous pousse à la repentance.
Saül lui-même, ce misérable abandonné, lorsque David lui montra le pan de son manteau qu’il avait coupé, alors qu’il aurait pu lui ôter aussi la vie, fut si attendri par sa bonté qu’il éleva la voix et pleura.. Et il faudrait que nous eussions des cœurs plus durs que celui de Saül, bien plus, plus durs que la meule inférieure, si le sentiment des bontés récentes de Dieu, bien qu’il eût pu si souvent nous détruire, ne nous contraignait pas à mettre bas les armes que nous portons contre lui, et à devenir ses fidèles serviteurs et ses fidèles soldats jusqu’à la fin de notre vie.
Si elles ne produisent pas cet effet sur nous, nous serons de tous les hommes les plus malheureux ; car Dieu est juste aussi bien que miséricordieux ; et plus nous aurons reçu de bénédictions ici-bas, plus grande sera la damnation que nous encourrons dans l’autre monde, si nous ne les faisons pas fructifier.
Mais à Dieu ne plaise que nul de ceux parmi lesquels j’ai, depuis ces quatre mois, prêché l’Évangile de Christ, souffre jamais la peine du feu éternel ! Et pourtant il en doit être ainsi si vous ne faites pas fructifier les miséricordes divines ; et au lieu que vous soyez ma couronne de joie au jour de notre Seigneur Jésus-Christ, il me faudra paraître contre vous comme un témoin prompt à vous accuser.
Mais, mes frères, bien que je parle ainsi, j’attends de vous des choses meilleures et favorables au salut.
Dieu soit béni, quelques marques d’une réformation au moins partielle ont été visibles parmi vous tous qui êtes soldats. Et mes faibles, mais sincères efforts pour vous édifier dans la connaissance et la crainte de Dieu n’ont pas été tout à fait vains dans le Seigneur.
Les jurements, je l’espère, ont en grande partie diminué parmi vous ; et Dieu, j’en ai la confiance, a béni ses récentes visitations en les rendant le moyen de réveiller vos consciences et de vous porter à vous enquérir avec plus de sollicitude des choses qui appartiennent à votre paix éternelle.
Rendez donc ma joie parfaite en persévérant dans ces dispositions, et travaillez à tendre à la perfection. Car je n’aurai pas de plus grand plaisir que de voir ou d’apprendre que vous marchez dans la vérité.
Considérez, mes bons amis, que vous entrez maintenant, pour ainsi dire, dans un monde nouveau, où vous serez entourés d’une multitude de païens ; et si vous ne prenez garde d’« avoir au milieu d’eux une bonne conduite », et de « marcher d’une manière digne de la sainte vocation qui vous a été adressée », vous jouerez de nouveau le rôle infernal des soldats d’Hérode, et vous ferez que la religion de Christ, comme ils le firent de sa personne, soit tournée en dérision par ceux qui vous entourent.
Considérez encore de quels privilèges particuliers vous avez joui, au-dessus de beaucoup d’autres qui entrent dans le même pays. Ils ont eu, pour ainsi dire, une famine de la Parole ; mais vous, vous avez plutôt été en danger d’être rassasiés jusqu’au dégoût de votre manne spirituelle. C’est pourquoi, comme on vous a donné plus d’instructions, c’est aussi de vous que les hommes attendront avec le plus de justice les plus grands progrès dans le bien.
À la vérité, je ne puis dire que je me sois acquitté envers vous de mon devoir comme je l’aurais dû. Non, je sens bien les nombreuses fautes que j’ai commises dans mon ministère, et pour lesquelles je n’ai pas manqué, et ne manquerai jamais, je l’espère, de m’humilier en secret devant Dieu. Toutefois, voici ce que je puis dire : à l’exception de quelques jours que j’ai dû nécessairement consacrer à d’autres personnes auxquelles Dieu m’appelait directement à écrire et à porter mon ministère, et des deux dernières semaines pendant lesquelles j’ai été retenu par la maladie, pendant tout le temps que j’ai été à bord, j’ai été ou bien occupé à vous instruire, ou bien en train de m’y préparer. Et bien que vous deviez maintenant être confiés aux soins d’un autre (dont je supplie Dieu de tout mon cœur de bénir les travaux parmi vous), j’espère cependant qu’en toute saison, s’il le faut, je dépenserai très volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins aimé de vous.
Quant à vos affaires militaires, je n’ai rien à y voir. Craignez Dieu, et vous ne pourrez qu’honorer le roi. Je ne connais pas bien non plus la nature de ce pays que vous êtes venus protéger ; je me hasarderai seulement à affirmer en général qu’à votre arrivée dans une nouvelle colonie vous devez nécessairement vous attendre à rencontrer bien des difficultés. Mais votre profession même vous apprend à endurer la peine. « Ne perdez donc pas courage, mais conduisez-vous en hommes, et fortifiez-vous », Nombres 14. Ne soyez pas comme ces lâches qui furent effrayés par le rapport des faux espions venus dire qu’il y avait là des gens d’une haute taille, comme les fils d’Anak, à combattre ; mais soyez comme Caleb et Josué, tout courage, et dites : Nous agirons vaillamment, car nous serons plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. de toutes les difficultés par Jésus-Christ, celui qui nous a aimés.. Avant toutes choses, mes frères, prenez garde, et gardez-vous de murmurer, comme les Israélites rebelles, contre ceux qui sont établis au-dessus de vous ; et « apprenez à être contents de l’état où vous vous trouverez », Philippiens 4:11.
Comme je vous ai parlé, j’espère que vos femmes aussi supporteront la parole d’exhortation.
Votre conduite à bord, surtout pendant la première partie du voyage, je préfère la couvrir d’un manteau ; car, pour employer les termes les plus doux, elle n’a pas été telle qu’il convient à l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ. Toutefois, ces derniers temps, Dieu soit béni, vous avez pris plus garde à vos voies, et quelques-unes d’entre vous ont marché tout le temps comme il convient à des femmes qui font profession de servir Dieu.. Que celles-là reçoivent mes remerciements sincères ; et permettez-moi de vous supplier toutes en général, maintenant que vous êtes toutes mariées, de vous souvenir du vœu solennel que vous avez fait en entrant dans l’état du mariage, et de veiller à être soumises à vos propres maris en toute chose légitime. Demandez à Dieu de veiller sur la porte de vos lèvres, afin que vous ne péchiez pas par la langue ; et marchez dans l’amour, afin que rien ne vienne faire obstacle à vos prières. Vous qui avez des enfants, que votre principal souci soit de les élever en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. Et vivez toutes d’une manière si sainte et si irréprochable qu’on ne puisse pas même vous soupçonner d’impureté ; et, comme quelques-unes d’entre vous ont imité Marie-Madeleine dans son péché, efforcez-vous de l’imiter aussi dans sa repentance.
Quant à vous, matelots, que vous dirai-je ? Comment m’adresserai-je à vous ? Comment ferai-je ce que je désire tant faire : toucher vos cœurs ? La reconnaissance m’oblige à vous souhaiter ainsi du bien. Car vous m’avez souvent donné bien des leçons instructives, et vous m’avez rappelé d’adresser à Dieu bien des prières pour vous, afin que vous receviez la vue spirituelle.
Lorsque je vous ai vus vous préparer à une tempête, et prendre des ris [on pourrait lire aussi reesing] dans vos voiles pour vous en garantir, combien de fois n’ai-je pas souhaité que vous et moi fussions aussi soigneux d’éviter cette tempête de la colère de Dieu qui, sans la repentance, nous surprendra certainement bientôt ! Lorsque je vous ai vus saisir toute brise favorable, combien de fois ne me suis-je pas écrié en secret : Oh ! que nous fussions aussi soigneux de connaître les choses qui appartiennent à notre paix, avant qu’elles soient pour toujours cachées à nos yeux ! Et lorsque j’ai remarqué avec quelle constance vous aviez l’œil sur votre boussole afin de gouverner droit, combien de fois n’ai-je pas souhaité que nous eussions l’œil aussi constamment fixé sur la Parole de Dieu, qui seule peut nous préserver de « faire naufrage quant à la foi et à une bonne conscience » ! En un mot, il n’est presque rien de ce que vous faites qui n’ait été pour moi une leçon ; c’est pourquoi ce serait de l’ingratitude de ma part si je ne saisissais pas cette occasion de vous exhorter, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à être aussi sages dans les choses qui concernent votre âme que je vous ai vus l’être dans les affaires de votre navire.
Je sais que la mer passe pour une bien mauvaise école où apprendre Christ, et que voir un matelot pieux est regardé comme une chose aussi rare que de voir Saül parmi les prophètes. Mais d’où vient cet étonnement ? D’où vient qu’on regarde un matelot pieux comme un homme dont il faut s’étonner, comme un oiseau bigarré dans la création ? Je suis sûr que, pour le peu de temps que j’ai passé à aller et venir parmi vous, et autant que j’en puis juger par le peu d’expérience que j’ai des choses, je ne connais guère de genre de vie qui soit susceptible de plus grands progrès que le vôtre.
Le danger continuel où vous êtes d’être engloutis par les grandes eaux ; les nombreuses occasions que vous avez de contempler ses merveilles au milieu de l’abîme. ; l’heureuse retraite dont vous jouissez, loin des tentations du monde ; et les occasions qui vous sont offertes chaque jour d’endurer la peine, sont des moyens si nobles d’avancer la vie spirituelle que, si vos cœurs étaient tournés vers Dieu, vous estimeriez comme votre plus grand bonheur que sa providence vous ait appelés à « descendre sur la mer dans des navires, et à travailler sur les grandes eaux ».
Le royal psalmiste le savait, et c’est pourquoi, dans les paroles du texte, il appelle plus particulièrement les hommes de votre état : « Qu’ils louent l’Éternel pour sa bonté, Et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme! »
Et oh ! que vous soyez sages à temps, et que vous écoutiez aujourd’hui sa voix, « aussi longtemps qu’on peut dire: Aujourd’hui! Afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché. » Car vous savez vous-mêmes combien peu on peut faire sur un lit de maladie. Dieu vous a, ces derniers temps, invités d’une manière toute particulière à la repentance : il a enlevé par la mort deux hommes de votre équipage, et il a, dans sa miséricorde, visité la plupart d’entre vous d’une grave maladie. Les terreurs du Seigneur ont été sur vous ; et, brûlés d’une fièvre ardente, quelques-uns d’entre vous se sont écriés : « Que faut-il que nous fassions pour être sauvés ? » Souvenez-vous donc des résolutions que vous avez prises lorsque vous pensiez que Dieu allait vous redemander votre âme ; et veillez, selon vos promesses, à montrer votre reconnaissance non seulement de vos lèvres, mais par votre vie. Car, bien que Dieu puisse patienter longtemps, il ne patientera pas toujours ; et si ces miséricordes et ces jugements signalés ne vous amènent pas à la repentance, soyez assurés qu’il viendra enfin, de la présence du Seigneur, une tempête de feu qui vous balaiera, vous et tous les autres adversaires de Dieu.
Je suis certain que ni vous ni les soldats n’avez manqué, ni ne manquerez, d’aucune sorte d’encouragement à la piété et à la sainteté de vie de la part de ces deux personnes qui ont ici le gouvernement sur vous ; car elles m’ont été d’un tel secours dans mon ministère, et ont concouru si volontiers à tout ce qui était pour votre bien, qu’elles peuvent à juste titre réclamer, de vous comme de moi, un témoignage public de reconnaissance.
Permettez-moi, mes honorés amis, au nom des deux classes de vos gens, de vous remercier de tout cœur du soin et de la tendresse que vous avez témoignés pour le bien de la meilleure partie d’eux-mêmes.
Quant aux faveurs particulières que vous avez témoignées à ma personne, j’espère qu’elles sont si profondément gravées dans mon cœur que je les plaiderai devant Dieu dans la prière tant que je vivrai.
Mais j’ai des obligations plus fortes encore d’intercéder en votre faveur. Car Dieu (que sa grâce gratuite en Jésus-Christ soit à jamais adorée !) a apposé dans vos cœurs le sceau de son approbation à mon ministère. J’ai observé que quelques douleurs lointaines de la nouvelle naissance vous saisissaient ; et à Dieu ne plaise que je pèche contre l’Éternel en cessant de prier pour que la bonne œuvre commencée dans vos âmes soit poursuivie jusqu’au jour de notre Seigneur Jésus-Christ !
Le temps de notre séparation est maintenant proche, et vous allez entrer dans un monde de tentations. Mais, quoique absents de corps, soyons présents les uns aux autres en esprit ; et Dieu, j’en ai la confiance, vous rendra capables d’être singulièrement bons, d’être prêts à passer pour fous à cause de Christ ; et alors nous nous retrouverons, pour ne plus jamais nous séparer, dans le royaume de notre Père qui est dans les cieux.
C’est à vous, mes compagnons et mes amis intimes, qui êtes venus avec moi séjourner sur une terre étrangère, que je m’adresse ensuite. Car je crains particulièrement pour vous, aussi bien que pour moi-même ; parce que, comme nous vivons ensemble plus que d’autres dans une douce intimité, et que vous êtes admis dans la vie privée à une amitié plus étroite avec moi, les yeux de tous les hommes seront sur vous pour noter jusqu’au moindre faux pas ; c’est pourquoi il vous importe au plus haut point de « vous conduire avec circonspection envers ceux du dehors ». J’espère que rien d’autre qu’un regard simple tourné vers la gloire de Dieu et le salut de vos âmes ne vous a fait quitter votre pays natal. Souvenez-vous donc du but de votre venue ici, et vous ne pourrez jamais mal faire. Soyez des modèles d’activité aussi bien que de piété pour ceux qui vous entoureront ; et avant toutes choses, ayons entre nous une charité si ardente qu’on puisse dire de nous, comme des premiers chrétiens : « Voyez comme les chrétiens s’aiment les uns les autres. »
Et maintenant que j’ai parlé aux autres en particulier, j’ai une demande générale à vous faire à tous, et cela à mon propre sujet.
Vous avez entendu, mes chers amis, comment je vous ai exhortés, chacun de vous, à montrer votre reconnaissance pour la bonté divine, non seulement de vos lèvres, mais par votre vie. Mais on peut à juste titre me renvoyer ce mot : « Médecin, guéris-toi toi-même; et vous me direz: Fais ici, dans ta patrie, tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capernaüm. ». Car (sans aucune fausse prétention à l’humilité) je trouve mon propre cœur si peu enclin à ce devoir de l’action de grâces pour les bienfaits que j’ai reçus, que j’aurais lieu de craindre de partager le sort d’Ézéchias, qui, parce qu’il s’éleva à cause des grandes choses que Dieu avait faites pour lui, au lieu de lui en être assez reconnaissant, fut livré en proie à l’orgueil de son propre cœur.
J’ai donc besoin de vos prières les plus instantes devant le trône de la grâce, et je vous les demande, afin qu’un tel malheur ne m’arrive point ; afin que plus Dieu m’élève, plus je m’abaisse moi-même ; et qu’après avoir prêché aux autres., je ne sois pas moi-même rejeté.
Et maintenant, frères, je remets vos esprits entre les mains de Dieu, qui, je l’espère, par ses miséricordes infinies en Jésus-Christ, vous gardera irréprochables jusqu’à son second avènement pour juger le monde.
Excusez-moi de vous retenir si longtemps ; c’est peut-être la dernière fois que je vous parlerai : mon cœur est plein, et de son abondance je pourrais prolonger mon discours jusqu’à minuit. Mais il faut que je m’en aille vers votre nouveau monde. Que Dieu vous donne des cœurs nouveaux, et vous rende capables de mettre en pratique ce que vous avez entendu, de temps à autre, être votre devoir ; et je n’ai rien de meilleur à vous souhaiter. Car alors Dieu vous bénira de telle sorte que « vous fonderez des villes pour les habiter ; alors vous ensemencerez vos champs et planterez des vignes, et vous en recueillerez les produits », Psaume 107:37. « Alors vos génisses seront fécondes, point de captivité, point de cris dans vos rues ; alors vos fils seront comme des plantes qui croissent dans leur jeunesse, et vos filles comme les colonnes sculptées qui font l’ornement des palais ; alors vos greniers seront pleins, regorgeant de toute espèce de provisions, et vos troupeaux se multiplieront par milliers, par dix milliers, dans vos campagnes », Psaume 144. En un mot, alors l’Éternel sera votre Dieu ; et aussi sûrement qu’il nous a maintenant amenés en ce port désiré, aussi sûrement, après que nous aurons traversé les orages et les tempêtes de ce monde agité, il nous amènera au port du repos éternel, où nous n’aurons rien d’autre à faire qu’à le louer éternellement pour sa bonté, et à publier, en des cantiques de louange qui ne cesseront jamais, les merveilles qu’il a faites pour nous et pour tous les autres fils des hommes.
« Veuille Dieu, dans sa miséricorde infinie, nous amener tous à ce bienheureux repos, par Jésus-Christ notre Seigneur ! À lui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire, la puissance, la majesté et l’empire, maintenant, désormais et à jamais. Amen, amen. »
Chapitre 7 terminé
La reconnaissance pour les miséricordes reçues, un devoir nécessaire