Chapitre 55 · 31 min de lecture · 40 min d’écoute
La persécution, partage de tout chrétien
Lorsqu’il plut à notre Seigneur de prendre la forme d’un serviteur et d’aller de lieu en lieu prêchant le royaume de Dieu, il saisit toutes les occasions, en public, et plus encore en particulier, pour mettre ses disciples en garde contre la recherche des grandes choses pour eux-mêmes, et aussi pour les avertir d’avance des nombreuses détresses, afflictions et persécutions qu’ils devaient s’attendre à endurer à cause de son nom. C’est pourquoi le grand apôtre Paul, l’auteur de cette épître, suivant en ceci, comme en toutes choses, les traces de son bienheureux Maître, prend un soin particulier, parmi d’autres avertissements apostoliques, d’avertir le jeune Timothée des difficultés qu’il devait s’attendre à rencontrer dans le cours de son ministère : « Sache que, dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles. Car les hommes seront égoïstes, amis de l’argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, insensibles, déloyaux, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien, traîtres, emportés, enflés d’orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu, ayant l’apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force. Éloigne-toi de ces hommes-là. Il en est parmi eux qui s’introduisent dans les maisons, et qui captivent des femmes d’un esprit faible et borné, chargées de péchés, agitées par des passions de toute espèce, apprenant toujours et ne pouvant jamais arriver à la connaissance de la vérité. De même que Jannès et Jambrès (deux des magiciens d’Égypte) s’opposèrent à Moïse (en opérant de faux miracles), de même ces hommes s’opposent à la vérité, et (bien qu’ils maintiennent la forme de la religion) ils sont corrompus d’entendement, réprouvés en ce qui concerne la foi. » Mais, pour l’empêcher de succomber sous leur opposition, il lui dit que, bien que Dieu, pour de sages desseins, permît à ces faux docteurs, comme il l’avait permis aux magiciens, de s’opposer pendant quelque temps, ils n’iraient cependant pas plus loin : « Car leur folie sera manifeste pour tous (dit-il), comme le fut celle de ces deux hommes (des magiciens) », lorsqu’ils ne purent se tenir devant Moïse à cause des ulcères ; car les ulcères étaient sur les magiciens, comme sur tous les Égyptiens. Et alors, pour encourager Timothée davantage encore, il lui propose son propre exemple : « Pour toi, tu as suivi de près mon enseignement, ma conduite, mes résolutions, ma foi, ma douceur, ma charité, ma constance, mes persécutions, mes souffrances. A quelles souffrances n’ai-je pas été exposé à Antioche, à Icone, à Lystre? Quelles persécutions n’ai-je pas supportées? Et le Seigneur m’a délivré de toutes. » Et alors, de peur que Timothée ne pensât que ce n’était là que le cas particulier de Paul, il dit, dans les paroles du texte : « Or, tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés. »
Ces paroles, sans les considérer dans leur rapport avec le contexte, contiennent une vérité importante : c’est que la persécution est le partage commun de tout homme pieux. C’est là une parole dure ; combien peu peuvent la supporter ! J’ai confiance que Dieu, dans le discours qui suit, me rendra capable de l’établir, en montrant :
I. Ce que c’est que de vivre pieusement en Jésus-Christ.
II. Les différentes sortes de persécution auxquelles sont exposés ceux qui vivent pieusement.
III. Pourquoi les hommes pieux doivent s’attendre à souffrir la persécution.
Enfin, nous ferons l’application du tout.
1. Premièrement, considérons ce que c’est que de vivre pieusement en Jésus-Christ. Cela suppose que nous sommes devenus justice de Dieu en Christ, que nous sommes nés de nouveau, et que nous sommes un avec Christ par une foi vivante et une union vitale, comme Jésus-Christ et le Père sont un. À moins que nous ne soyons ainsi convertis et transformés par le renouvellement de notre intelligence, on ne peut proprement dire que nous soyons en Christ, et encore moins que nous vivions pieusement en lui. Être en Christ simplement par le baptême et par une profession extérieure, ce n’est pas être en lui au sens strict du mot ; non : « Ceux qui sont en Christ sont de nouvelles créatures ; les choses anciennes sont passées ; toutes choses sont devenues nouvelles » dans leurs cœurs. Leur vie est cachée avec Christ en Dieu ; leurs âmes se nourrissent chaque jour des réalités invisibles d’un autre monde. « vivre pieusement en Christ », c’est faire de la volonté divine, et non de la nôtre, le seul principe de toutes nos pensées, de toutes nos paroles et de toutes nos actions ; en sorte que, « soit que nous mangions, soit que nous buvions, soit que nous fassions quelque autre chose, nous faisons tout pour la gloire de Dieu ». De ceux qui vivent pieusement en Christ, on peut dire moins qu’ils vivent que Christ vit en eux : il est leur Alpha et leur Oméga, leur premier et leur dernier, leur commencement et leur fin. Ils sont conduits par son Esprit comme un enfant est conduit par la main de son père, et ils sont prêts à suivre l’Agneau partout où il les mène. Ils entendent, connaissent et suivent sa voix. Leurs affections sont attachées aux choses d’en haut ; leurs espérances sont pleines d’immortalité ; leur cité est dans les cieux. Étant nés de Dieu, ils vivent habituellement pour Dieu et marchent chaque jour avec lui. Ils ont le cœur pur ; et, par un principe de foi en Christ, ils sont saints dans toute leur conduite et dans toute leur piété.
Voilà ce que c’est que de « vivre pieusement en Jésus-Christ » ; et de là nous pouvons facilement apprendre pourquoi si peu de gens souffrent la persécution : c’est que si peu vivent pieusement en Jésus-Christ. Vous pouvez vivre formellement en Christ, vous pouvez vous acquitter des devoirs extérieurs ; vous pouvez vivre moralement en Christ, vous pouvez (comme ils disent) ne faire de tort à personne, et éviter la persécution ; mais « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés ».
2. Secondement, je viens maintenant à considérer ce que signifie le mot persécution, et combien il y en a de sortes.
Le mot persécution est dérivé d’un mot grec qui signifie poursuivre, et implique généralement que l’on poursuit une personne à cause de sa bonté, ou de la bienveillance de Dieu envers elle. La
Première sorte est celle du cœur. Nous en avons un exemple ancien dans le méchant Caïn, qui, parce que l’Éternel avait porté un regard favorable sur Abel et sur son offrande, et non sur lui et sur son offrande, fut très irrité, eut le visage abattu, et finit par tuer cruellement le frère qu’il enviait. Ainsi les pharisiens haïrent et persécutèrent notre Seigneur longtemps avant de mettre la main sur lui ; et notre Seigneur mentionne le fait d’être intérieurement haï des hommes comme une sorte de persécution que ses disciples auraient à subir. Cette inimitié du cœur (si je puis l’appeler ainsi) est la racine de toutes les autres sortes de persécution, et se trouve, à un degré ou à un autre, dans l’âme de tout homme non régénéré ; et beaucoup sont coupables de cette persécution qui n’ont jamais le pouvoir de persécuter d’aucune autre manière. Bien plus, beaucoup mettraient effectivement en pratique tous les autres degrés de la persécution, si le nom de persécution n’était devenu odieux parmi les hommes, et s’ils ne couraient par là le risque de perdre leur réputation. Hélas ! combien, au grand jour, que nous ne connaissons pas maintenant, seront convaincus et condamnés pour avoir nourri toute leur vie une secrète malveillance contre Sion ! Ils peuvent maintenant la cacher aux hommes ; mais Dieu voit l’inimitié de leurs cœurs, et il les jugera comme persécuteurs au grand et terrible jour du jugement.
Le second degré de la persécution est celui de la langue : « c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle ». Beaucoup, je suppose, pensent qu’il n’y a aucun mal à lancer des flèches, à savoir des paroles amères, contre les disciples du Seigneur ; ils jettent leurs tisons, leurs flèches et la mort, en disant : « N’était-ce pas pour plaisanter ? » Mais, quelle que soit l’estime qu’ils en font, aux yeux de Dieu la médisance est un haut degré de persécution. C’est ainsi que les moqueries d’Ismaël envers Isaac sont appelées une persécution. « Heureux serez-vous (dit notre Seigneur), lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. » D’où nous pouvons conclure qu’outrager quelqu’un et dire de lui toute sorte de mal à cause de Christ est un haut degré de persécution. Car « Une bonne réputation (dit le sage) vaut mieux que le bon parfum », et, pour beaucoup, elle est plus chère que la vie même. C’est une grave violation du sixième commandement que de calomnier qui que ce soit ; mais dire du mal des disciples de Christ et les calomnier uniquement parce qu’ils sont ses disciples, doit être souverainement provocant aux yeux de Dieu ; et ceux qui en sont coupables (s’ils ne se repentent) trouveront que Jésus-Christ leur en demandera compte, et les punira, pour toutes leurs paroles impies et dures, dans un étang de feu et de soufre. Tel sera le partage de leur coupe. La
Troisième et dernière sorte de persécution est celle qui s’exprime par des actions : comme lorsque les méchants séparent les enfants de Dieu de leur compagnie : « Heureux serez-vous (dit notre Seigneur) lorsqu’on vous séparera de sa compagnie » ; ou qu’ils les exposent aux censures de l’Église : « Ils vous excluront des synagogues » ; qu’ils les menacent et leur défendent de faire profession ouverte de sa religion ou de son culte ; ou qu’ils interdisent aux ministres de prêcher sa parole, comme les souverains sacrificateurs menacèrent les apôtres, et « leur défendirent de parler désormais au nom de Jésus » ; et comme Paul respirait la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur ; ou lorsqu’ils les traînent devant les tribunaux : « Vous serez menés devant des gouverneurs », dit notre Seigneur ; ou lorsqu’ils les frappent d’amendes, les emprisonnent ou les punissent par la confiscation de leurs biens, par de cruelles flagellations, et enfin par la mort même.
Il serait impossible d’énumérer sous combien de formes diverses la persécution a paru. C’est un monstre à plusieurs têtes, cruel comme le sépulcre, insatiable comme l’enfer ; et, ce qui est pire, elle paraît généralement sous le manteau de la religion. Mais, toute cruelle, insatiable et horrible qu’elle est, ceux qui vivent pieusement en Jésus-Christ doivent s’attendre à la souffrir et à l’affronter sous toutes ses formes.
C’est ce que nous avons à établir sous notre point général suivant.
3. Troisièmement, pourquoi les hommes pieux doivent-ils s’attendre à souffrir la persécution ? Et
Premièrement, cela ressort de toute la teneur de la doctrine de notre Seigneur. Commençons par son divin sermon sur la montagne : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! » De sorte que, si notre Seigneur a dit la vérité, nous ne sommes pas assez heureux pour avoir part au royaume des cieux, à moins que nous ne soyons ou n’ayons été persécutés pour la justice. Bien plus, notre Seigneur (cela est remarquable) emploie trois versets pour cette béatitude, et un seul pour chacune des autres ; non seulement pour montrer que c’était une chose que les hommes (en tant qu’hommes) répugnent à croire, mais aussi qu’elle est la conséquence nécessaire de ce que nous sommes chrétiens. Cela est également évident par tous les passages où notre Seigneur nous apprend qu’il est venu sur la terre, non pour « apporter la paix, mais l’épée » ; que la belle-mère serait contre la belle-fille, et que l’homme aurait pour ennemis les gens de sa maison. Passages que de faux prophètes restreignent au premier âge, mais qui, j’en suis persuadé, seront vérifiés par l’expérience de tous les vrais chrétiens en ce siècle et en tout siècle de l’Église. Il serait sans fin d’énumérer tous les endroits où notre Seigneur avertit ses disciples qu’ils seraient traduits devant les magistrats et chassés des synagogues, et même que le temps viendrait où les hommes croiraient rendre un culte à Dieu en les faisant mourir. C’est pour cette raison qu’il déclarait si souvent « qu’à moins qu’un homme ne renonçât à tout ce qu’il avait, et même ne haït sa propre vie, il ne pouvait être son disciple ». Et c’est pourquoi il vaut la peine de remarquer que, dans ce passage remarquable où notre Seigneur fait une promesse si étendue à ceux qui ont tout quitté pour lui, il insère avec précaution la persécution : « Jésus répondit: Je vous le dis en vérité, il n’est personne qui, ayant quitté, à cause de moi et à cause de la bonne nouvelle, sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou sa mère, ou son père, ou ses enfants, ou ses terres, ne reçoive au centuple, présentement dans ce siècle-ci, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, et des terres, avec des persécutions (le mot est au pluriel, et comprend toutes sortes de persécutions), et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. » Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ce que Christ dit dans tous ces passages, et qu’il confesse ensuite que tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés.
De même que cela est prouvé par la doctrine de notre Seigneur, cela n’est pas moins évident par sa vie. Suivez-le de la crèche à la croix, et voyez s’il y eut jamais une persécution semblable à celle que le Fils de Dieu, le Seigneur de gloire, a subie pendant qu’il était ici-bas sur la terre. Combien ne fut-il pas haï des méchants ! Que de fois cette haine ne les eût-elle pas poussés à mettre la main sur lui, sans la crainte du peuple ! Comme il fut outragé, tenu et appelé blasphémateur, buveur de vin, Samaritain, et même démon ; en un mot, comme on dit faussement de lui toute sorte de mal ! Quelle opposition de la part des pécheurs n’a-t-il pas supportée contre sa personne ! Comme les hommes se séparèrent de sa compagnie, et eurent honte de marcher ouvertement avec lui ! Tellement qu’il dit une fois à ses propres disciples : « Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller? » Et encore, comme il fut lapidé, chassé des synagogues, accusé comme séducteur du peuple, comme un homme séditieux et pernicieux, comme un ennemi de César, et, à ce titre, flagellé, les yeux bandés, couvert de crachats, et enfin condamné et cloué sur un bois maudit ! Ainsi fut persécuté le Maître, ainsi souffrit le Seigneur ; et le serviteur n’est pas au-dessus de son maître, ni le disciple au-dessus de son Seigneur : « S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi », dit le bienheureux Jésus. Et encore : « tout disciple accompli (un vrai chrétien) sera comme son maître », c’est-à-dire souffrira comme lui. Car en toutes ces choses notre Seigneur nous a laissé un exemple, afin que nous suivions ses traces ; c’est pourquoi loin de nous la pensée que quelqu’un de ceux qui vivent pieusement en Jésus-Christ s’attende désormais à échapper à la persécution !
Mais de plus, non seulement l’exemple de notre Seigneur, mais l’exemple de tous les saints qui ont jamais vécu démontre avec évidence la vérité de l’affirmation de l’apôtre dans le texte. Combien tôt Abel ne devint-il pas martyr pour sa religion ! Comme Isaac fut moqué par le fils de l’esclave ! Et quel long catalogue de saints de l’Ancien Testament qui ont souffert nous est rapporté au chapitre 11 de l’épître aux Hébreux ! Lisez les Actes des apôtres, et voyez comment les premiers chrétiens furent menacés, lapidés, emprisonnés, flagellés et persécutés jusqu’à la mort. Examinez l’histoire de l’Église dans les âges suivants, et vous trouverez que le massacre des innocents par Hérode n’était que les arrhes du sang innocent qui devait être versé à cause de Jésus. Examinez l’expérience des saints qui vivent maintenant sur la terre ; et, s’il était possible de consulter les esprits des justes parvenus à la perfection, je suis persuadé que chacun d’eux s’accorderait avec l’apôtre pour affirmer que « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés ».
Comment pourrait-il en être autrement dans la nature même des choses ? Depuis la chute, il y a eu une inimitié irréconciliable entre la postérité de la femme et la postérité du serpent. Les méchants haïssent Dieu, et c’est pourquoi ils ne peuvent que haïr ceux qui lui ressemblent ; ils haïssent la réforme de leur vie, et c’est pourquoi ils doivent haïr et persécuter ceux qui, par une conduite contraire, rendent d’eux ce témoignage que leurs œuvres sont mauvaises. De plus, l’orgueil du cœur pousse les hommes à persécuter les serviteurs de Jésus-Christ. S’ils les louaient, ils craindraient qu’on ne leur demandât : Pourquoi ne les suivez-vous pas ? Et c’est pourquoi, parce qu’ils n’osent les imiter, bien qu’ils soient parfois même forcés d’approuver leur voie, l’orgueil et l’envie en font des persécuteurs. De là vient que, comme il en était autrefois, ainsi en est-il maintenant, et ainsi en sera-t-il jusqu’à la fin des temps : « Celui qui est né selon la chair (l’homme naturel, le fait et) persécutera celui qui est né selon l’Esprit », l’homme régénéré. Parce que les chrétiens ne sont pas du monde, mais que Christ les a choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde les haïra. Si l’on objecte contre cette doctrine que nous vivons maintenant dans un monde chrétien, et que par conséquent nous ne devons pas nous attendre à une persécution telle qu’autrefois, je réponds : Tous ne sont pas chrétiens qui en portent le nom ; et, tant que le cœur n’est pas changé, l’inimitié contre Dieu (qui est la racine de toute persécution) demeure ; et par conséquent les chrétiens faussement appelés ainsi persécuteront aussi bien que les autres. C’est pourquoi j’ai fait observer, au commencement de ce discours, que Paul mentionne ceux qui avaient une forme de religion comme les personnes dont Timothée devait surtout se garder : car, de même que notre Seigneur et ses apôtres furent persécutés surtout par leurs compatriotes, les Juifs, de même nous devons nous attendre au même traitement de la part des formalistes de notre propre nation, les pharisiens, qui paraissent religieux. Les persécutions les plus horribles et les plus barbares ont été exercées par ceux qui se disaient chrétiens ; témoin les jours de la reine Marie ; et les amendes, les bannissements et les emprisonnements des enfants de Dieu au siècle dernier ; et la haine amère et irréconciliable qui paraît chez des milliers de gens qui se disent chrétiens, même dans les jours présents où nous vivons.
Ceux qui raisonnent contre la persécution ne sentent pas assez l’inimitié amère du cœur de tout homme non régénéré contre Dieu. Pour ma part, je suis si loin de m’étonner que les chrétiens soient persécutés, que je m’étonne que nos rues ne ruissellent pas du sang des saints : si le pouvoir des hommes égalait leur volonté, un si horrible spectacle paraîtrait bientôt. Mais
La persécution est nécessaire à l’égard des hommes pieux eux-mêmes. Si l’on ne dit pas de nous toute sorte de mal, comment pouvons-nous savoir si nous ne cherchons que l’honneur qui vient d’en haut ? Si nous n’avons pas de persécuteurs, comment nos grâces passives pourront-elles être tenues en exercice ? Comment beaucoup de préceptes chrétiens pourront-ils être mis en pratique ? Comment pourrons-nous aimer ceux qui nous maltraitent, prier pour eux, et leur faire du bien ? Comment pourrons-nous surmonter le mal par le bien ? En un mot, comment pourrons-nous savoir que nous aimons Dieu plus que la vie même ? Paul sentait tout cela, et c’est pourquoi il affirme si positivement et si péremptoirement que « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés ».
Non que j’affirme que tous sont persécutés à un égal degré. Non, cela serait contraire à la fois à l’Écriture et à l’expérience. Mais bien que tous les chrétiens ne soient pas réellement appelés à souffrir toute espèce de persécution, tous les chrétiens y sont cependant exposés ; et quoique quelques-uns puissent vivre dans des temps de l’Église plus paisibles que d’autres, cependant tous les chrétiens, en tous les âges, trouveront par leur propre expérience que, qu’ils agissent dans une condition privée ou publique, ils doivent, à un degré ou à un autre, souffrir la persécution.
Je m’arrêterais donc ici, et, enfin, en manière d’application, j’exhorterais toutes les personnes :
Premièrement, à s’arrêter un moment et à s’examiner elles-mêmes. Car, par ce qui a été dit, vous pouvez recueillir une marque à laquelle vous pouvez juger si vous êtes chrétiens ou non. Avez-vous jamais été persécutés pour la justice ? Sinon, vous n’avez encore jamais vécu pieusement en Christ notre Seigneur. Quoi que vous puissiez dire au contraire, l’apôtre inspiré, dans les paroles du texte (dont j’ai, je pense, suffisamment prouvé la vérité), affirme positivement que tous ceux qui veulent vivre pieusement en lui seront persécutés. Non que tous ceux qui sont persécutés soient de vrais chrétiens ; car beaucoup souffrent quelquefois et sont persécutés pour d’autres raisons que pour la justice. La grande question est donc de savoir si vous avez jamais été persécutés pour avoir vécu pieusement. Vous pouvez vous vanter de votre grande prudence et de votre sagacité (et ce sont là, en effet, d’excellentes choses), et vous glorifier de ce que vous n’êtes pas allés si loin, ni ne vous êtes rendus si singuliers et exposés à un tel mépris que certains autres. Mais hélas ! ce n’est pas la marque d’un esprit chrétien, mais d’un esprit de Laodicée, qui n’est ni chaud ni froid, et qui n’est bon qu’à être vomi de la bouche de Dieu. Ce que vous appelez prudence n’est souvent que lâcheté, affreuse hypocrisie, orgueil du cœur, qui vous fait redouter le mépris et craindre de sacrifier votre réputation pour Dieu. Vous avez honte de Christ et de son Évangile ; et, selon toute probabilité, s’il paraissait une seconde fois sur la terre, vous le renieriez en paroles aussi bien qu’en œuvres. Réveillez-vous donc, vous tous qui ne vivez que formellement en Jésus-Christ, et ne cherchez plus l’honneur qui vient des hommes. Je ne désire pas vous flatter, mais je vous supplie de vivre pieusement, et de ne pas craindre le mépris pour l’amour de Jésus-Christ. Demandez à Dieu de vous donner son Saint-Esprit, afin que vous perciez à jour et découvriez l’hypocrisie cachée de vos cœurs, et que vous ne trompiez plus vos propres âmes. Souvenez-vous que vous ne pouvez concilier deux choses inconciliables, Dieu et Mamon, l’amitié de ce monde et la faveur de Dieu. Ne savez-vous pas qui vous a dit que « l’amour du monde est inimitié contre Dieu » ? Si donc vous êtes en amitié avec le monde, malgré toutes vos belles prétentions à la piété, vous êtes en inimitié avec Dieu : vous n’êtes que des hypocrites de cœur ; et « Quelle espérance reste-t-il à l’impie, quand Dieu lui retire son âme? » Que les paroles du texte sonnent l’alarme à vos oreilles ; oh ! qu’elles pénètrent profondément dans vos cœurs : « Or, tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés. »
Secondement, je voudrais prendre occasion des paroles du texte pour parler à ceux qui sont sur le point de s’enrôler sous la bannière de la croix de Christ. Que dites-vous ? Êtes-vous résolus à vivre pieusement en Jésus-Christ, bien que la conséquence doive être que vous souffriez la persécution ? Vous commencez à bâtir ; mais avez-vous suivi le conseil de notre Seigneur, de « s’asseoir d’abord pour calculer la dépense » ? Avez-vous bien pesé en vous-mêmes cette déclaration si grave : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » ; et encore : « À moins qu’un homme ne renonce à tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple » ? Peut-être quelques-uns d’entre vous ont-ils de grands biens ; ne vous en irez-vous pas tout tristes, si Christ vous demandait de vendre tout ce que vous avez ? D’autres parmi vous, encore, peuvent être parents, ou alliés de quelque manière, ou obligés envers les souverains sacrificateurs ou d’autres grands personnages qui persécutent peut-être l’Église de Christ : que dites-vous ? Voulez-vous, avec Moïse, « aimer mieux être maltraités avec le peuple de Dieu que d’avoir pour un temps la jouissance du péché » ? Peut-être direz-vous : Mes amis ne s’opposeront pas à moi. C’est plus que vous n’en savez : selon toute probabilité, vos principaux ennemis seront les gens de votre propre maison. Si donc ils s’opposent à vous, êtes-vous disposés à suivre, nus, un Christ nu ? Et à errer çà et là, vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dans les antres et les cavernes de la terre, affligés, dénués de tout, maltraités, plutôt que de n’être pas disciples de Christ ? Vous suivez tous maintenant avec zèle, comme Ruth et Orpa suivaient Naomi, et vous pouvez pleurer en entendant la parole ; mais vos larmes ne sont-elles pas des larmes de crocodile ? Et, quand les difficultés viendront, ne cesserez-vous pas de suivre votre Seigneur, comme Orpa cessa de suivre Naomi ? Avez-vous réellement la racine de la grâce dans vos cœurs ? Ou n’êtes-vous que des auditeurs semblables au sol pierreux ? Vous recevez la parole avec joie ; mais quand la persécution surviendra à cause de la parole, n’y trouverez-vous pas aussitôt une occasion de chute ? Ne vous fâchez pas contre moi de ce que je vous pose ces questions. Je suis jaloux de vous, mais d’une jalousie de Dieu : car, hélas ! combien ont mis la main à la charrue, et ensuite ont honteusement regardé en arrière ! Je ne fais qu’agir envers vous comme notre Seigneur envers celui qui lui disait : « Seigneur, je te suivrai partout où tu iras. Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme (dit-il) n’a pas un lieu où il puisse reposer sa tête. » Que dites-vous ? Êtes-vous disposés à endurer les souffrances, et à vous montrer ainsi de bons soldats de Jésus-Christ ? Vous venez maintenant à pied des villes et des villages pour entendre la parole, et vous me recevez comme un messager de Dieu ; mais ne vous écrierez-vous pas bientôt : Ôte-le, ôte-le ; un tel homme n’est pas digne de vivre sur la terre ? Peut-être quelques-uns d’entre vous diront-ils, comme Hazaël : « Sommes-nous des chiens, pour faire cela ? » Mais hélas ! j’ai rencontré bien des âmes malheureuses qui se sont retirées pour se perdre, et qui m’ont ensuite regardé comme leur ennemi parce que j’avais agi fidèlement envers elles ; quoique autrefois, s’il eût été possible, elles se fussent arraché les yeux pour me les donner. Asseyez-vous donc, je vous en supplie, et calculez sérieusement la dépense ; et demandez-vous encore et encore si vous regardez toutes choses comme de la boue et des scories, et si vous êtes disposés à souffrir la perte de toutes choses, afin de gagner Christ et d’être trouvés en lui : car vous pouvez en être assurés, l’apôtre n’a pas parlé en vain : « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés. »
Troisièmement, le texte s’adresse à vous qui souffrez patiemment pour l’amour de la vérité : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse ; votre récompense sera grande dans les cieux. » Car il vous a été donné, non seulement de croire, mais encore de souffrir, et peut-être d’une manière remarquable, pour l’amour de Jésus ! C’est là une marque que vous êtes ses disciples, une preuve que vous vivez pieusement en Jésus-Christ. Ne craignez donc point, et ne soyez point effrayés. Oh ! ne vous lassez point, et ne perdez point courage ! Jésus, votre Seigneur, votre vie, vient, et sa rétribution est avec lui. Quand tous les hommes vous abandonneraient, lui ne vous abandonnera pas ; non, l’Esprit de Christ et de gloire reposera sur vous. Possédez donc vos âmes par votre patience. Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Dieu. Ne vous laissez effrayer en rien par vos adversaires : de leur part, Christ est blasphémé ; de votre part, il est glorifié. N’ayez pas honte de votre gloire, puisque d’autres peuvent se glorifier de leur honte. Ne trouvez pas étrange la fournaise qui est au milieu de vous ou qui pourrait y être pour vous éprouver. Le diable est en fureur, sachant qu’il n’a que peu de temps pour régner. Lui ou ses émissaires n’ont pas plus de pouvoir que ce qui leur est donné d’en haut : Dieu leur fixe des bornes qu’ils ne peuvent franchir ; et les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. Ne craignez point : personne ne mettra la main sur vous pour vous faire du mal à l’insu de votre Père céleste. Vos amis et vos parents selon la terre vous abandonnent-ils ? Êtes-vous chassés des synagogues ? Le Seigneur se révélera à vous, comme à l’aveugle-né. Jésus-Christ vous recueillera. S’ils vous mènent en prison et vous chargent de chaînes, de sorte que le fer entre dans votre âme, là même Christ enverra un ange du ciel pour vous fortifier, et vous rendre capables, avec Paul et Silas, de « chanter des louanges au milieu de la nuit ». Êtes-vous menacés d’être jetés dans une fosse aux lions, ou dans une fournaise ardente, parce que vous ne voulez pas vous prosterner devant la bête ni l’adorer ? Ne craignez point : le Dieu que vous servez peut vous délivrer ; ou, s’il permettait que les flammes dévorent vos corps, elles ne serviraient que comme autant de chars de feu pour porter vos âmes à Dieu. Il en fut ainsi des martyrs d’autrefois ; tellement qu’un jour l’un d’eux, pendant qu’on le brûlait, s’écria : « Venez, papistes, si vous voulez un miracle, en voici un ! Ce lit de flammes est pour moi un lit de duvet. » Il en fut ainsi de presque tous ceux qui ont souffert dans les temps passés : car Jésus, bien qu’il ait retiré de lui-même sa propre divinité, a toujours cependant fait luire la lumière de sa face sur les âmes des saints qui souffrent. « Ne craignez donc pas ceux qui peuvent tuer le corps, et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus ; mais craignez seulement celui qui peut faire périr le corps et l’âme dans l’enfer. » Osez, osez vivre pieusement en Jésus-Christ, dussiez-vous souffrir toute sorte de persécution. Mais
Quatrièmement, y a-t-il ici de vrais ministres de Jésus-Christ ? Vous ne vous offenserez pas si je vous dis que les paroles du texte vous sont applicables d’une manière toute particulière. Paul les écrivit à Timothée ; et nous, de tous les hommes qui vivent pieusement en Jésus-Christ, devons nous attendre à souffrir la persécution la plus rigoureuse. Satan s’efforcera de nous blesser au talon, quels que soient ceux qui y échappent ; et la manière ordinaire de la providence de Dieu, dans les temps de persécution, a été de permettre que les bergers soient frappés les premiers, avant que les brebis soient dispersées. Ne montrons donc pas que nous ne sommes que des mercenaires, qui ne se soucient pas des brebis ; mais, comme le grand Pasteur et Évêque des âmes, donnons promptement notre vie pour les brebis. Pendant que d’autres se vantent de leurs grandes promotions, glorifions-nous plutôt de nos grandes afflictions et de nos persécutions pour l’amour de Christ. Paul se réjouissait de souffrir afflictions et persécutions à Icone et à Lystre : le Seigneur le délivra de toutes ; de toutes, le Seigneur nous délivrera, et nous fera asseoir dans la suite avec lui sur des trônes, lorsqu’il viendra juger les douze tribus d’Israël.
Je pourrais continuer ; mais j’ai conscience que, dans cette partie de mon discours, je dois plus particulièrement me parler à moi-même, sachant que Satan m’a réclamé pour me cribler comme le froment. Sans esprit de prophétie, nous pouvons aisément discerner les signes des temps. Les persécutions sont à la porte : le tabernacle du Seigneur est déjà chassé dans le désert ; l’arche du Seigneur est tombée entre les mains profanes des Philistins incirconcis. Il y a longtemps qu’ils nous ont exclus de leurs synagogues, et des souverains sacrificateurs ont fait appel aux magistrats civils pour qu’ils exercent leur autorité contre les disciples du Seigneur. Des hommes au pouvoir respirent la menace : nous pouvons aisément deviner ce qui suivra, l’emprisonnement et le meurtre. L’orage s’amasse depuis quelque temps ; il doit éclater bientôt. Peut-être tombera-t-il sur moi le premier.
C’est pourquoi, frères, que vous soyez dans le ministère ou non, je vous en supplie, « priez pour moi », afin que je ne souffre jamais justement, comme un malfaiteur, mais seulement pour la justice. Oh ! priez pour que je ne renie mon Seigneur en aucune manière, mais que je le suive avec joie, et en prison et à la mort, s’il lui plaît de m’appeler à sceller ses vérités de mon sang. N’ayez pas honte de Christ ni de son Évangile, quand même je deviendrais prisonnier du Seigneur. Bien que je sois lié, la parole de Dieu ne sera pas liée ; non, une porte grande et efficace est ouverte pour la prédication de l’Évangile éternel, et ni les hommes ni les démons ne pourront jamais prévaloir contre elle. Priez seulement afin que, soit par ma vie, soit par ma mort, Christ soit glorifié en moi : alors je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore.
Et maintenant, à qui m’adresserai-je ensuite ?
Cinquièmement, à ceux qui persécutent leurs prochains parce qu’ils vivent pieusement en Jésus-Christ. Mais que vous dirai-je ? Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous ; car le Seigneur vous permet pour un peu de temps de passer sur la tête de son peuple ; mais bientôt la mort vous arrêtera, le jugement vous atteindra, et Jésus-Christ vous posera une question qui vous rendra muets : pourquoi m’avez-vous persécuté ? Vous pouvez alléguer vos lois et vos canons, et prétendre que ce que vous faites, vous le faites par zèle pour Dieu ; mais Dieu découvrira l’hypocrisie maudite et l’inimitié de serpent de vos cœurs, et vous livrera aux bourreaux. Heureux encore si, dès cette vie, Dieu ne met pas sur vous quelque marque. Il plaida la cause de Naboth, lorsqu’il fut injustement condamné pour avoir blasphémé Dieu et le roi ; et notre Seigneur envoya ses armées, et fit périr la ville de ceux qui tuaient les prophètes et lapidaient ceux qui leur étaient envoyés. Si donc vous avez à cœur de combler la mesure de vos iniquités, continuez, persécutez et méprisez les disciples du Seigneur ; mais sachez « que pour tout cela Dieu vous appellera en jugement ». Bien plus, ceux que vous persécutez maintenant seront en partie vos juges, et siégeront à la droite de la Majesté divine dans les lieux très hauts, tandis que vous serez traînés par les esprits infernaux dans l’étang ardent de feu et de soufre, et que la fumée de votre tourment montera aux siècles des siècles. Déposez donc, rebelles, les armes que vous portez contre le Dieu très-haut, et ne persécutez plus ceux qui vivent pieusement en Jésus-Christ. Le Seigneur plaidera leur cause, le Seigneur la vengera. Il peut vous être permis de leur blesser le talon, mais à la fin ils écraseront vos têtes maudites. Je ne dis pas cela comme si j’avais peur de vous ; car je sais en qui j’ai cru : c’est seulement par pur amour que je vous avertis, et parce que je ne sais si Jésus-Christ ne fera pas de quelques-uns d’entre vous des vases de miséricorde, et ne vous arrachera pas, vous-mêmes, persécuteurs, comme des tisons du feu. Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, même les persécuteurs, les pires des pécheurs : sa justice leur suffit ; son Esprit peut purifier et changer leurs cœurs. Il convertit autrefois Saul : puisse le même Dieu manifester sa puissance en convertissant tous ceux qui, autant qu’il est en eux, font souffrir la persécution à ceux qui vivent pieusement en Jésus-Christ ! Le Seigneur soit avec vous tous. Amen.
Chapitre 55 terminé
La persécution, partage de tout chrétien