Sermons choisis de George Whitefield
L’intercession, devoir de tout chrétien

Chapitre 54 · 22 min de lecture · 29 min d’écoute

L’intercession, devoir de tout chrétien

Si nous demandons pourquoi il se trouve si peu d’amour parmi les chrétiens, pourquoi le trait même auquel chacun devrait reconnaître que nous sommes disciples du saint Jésus est presque banni du monde chrétien, nous trouverons que cela vient, dans une large mesure, de ce que l’on néglige, ou que l’on ne pratique que superficiellement, cette excellente partie de la prière, l’intercession, c’est-à-dire l’action d’implorer pour d’autres la grâce et la miséricorde divines.

Certains oublient ce devoir de prier pour les autres, parce qu’ils se souviennent rarement de prier pour eux-mêmes ; et ceux-là mêmes qui sont constants à prier leur Père qui est dans les cieux sont souvent si égoïstes dans les requêtes qu’ils adressent au trône de la grâce qu’ils n’étendent pas, comme ils le devraient, leurs demandes au bien de leurs frères chrétiens ; et par là ils restent en deçà de cette charité chrétienne, de cet amour sincère pour leurs frères, auquel leur sainte profession les oblige d’aspirer, et sans lequel, quand même ils distribueraient tous leurs biens pour nourrir les pauvres, et livreraient même leur corps pour être brûlé, cela ne leur servirait de rien.

Puisqu’il en est ainsi, je m’efforcerai, d’après les paroles du texte (bien qu’elles aient eu à l’origine une portée plus restreinte), de montrer :

I. Premièrement, que c’est le devoir de tout chrétien de prier pour les autres aussi bien que pour lui-même.

II. Secondement, je montrerai pour qui nous devons prier, et de quelle manière nous devons le faire. Et,

III. Troisièmement, je présenterai quelques motifs pour exciter tous les chrétiens à abonder dans ce grand devoir de l’intercession.

I. Premièrement, je m’efforcerai de montrer que c’est le devoir de tout chrétien de prier pour les autres aussi bien que pour lui-même.

Or la prière est un devoir fondé sur la religion naturelle ; les païens eux-mêmes ne l’ont jamais négligée, bien que beaucoup de païens chrétiens parmi nous la négligent ; et elle est si essentielle au christianisme que l’on pourrait aussi raisonnablement s’attendre à trouver un homme vivant sans souffle qu’un vrai chrétien sans l’esprit de prière et de supplication. Ainsi, saint Paul ne fut pas plus tôt converti que « voici, il prie », dit le Seigneur tout-puissant. Et il en sera ainsi de tout enfant de Dieu dès qu’il le devient : la prière étant à juste titre appelée le cri naturel de l’âme nouvellement née.

Car il y a dans le cœur de tout vrai croyant une tendance céleste, une attraction divine, qui l’entraîne aussi sensiblement à converser avec Dieu que l’aimant attire l’aiguille.

Un profond sentiment de leur propre faiblesse et de la plénitude de Christ, une forte conviction de leur corruption naturelle et de la nécessité de la grâce qui renouvelle, ne les laisseront pas cesser de crier jour et nuit à leur Rédempteur tout-puissant, afin que l’image divine qu’ils ont perdue en Adam soit, par sa médiation toute-puissante et par l’opération sanctifiante de son bienheureux Esprit, commencée, avancée et pleinement achevée dans leurs âmes et dans leurs corps.

Voilà avec quelle ardeur, avec quelle instance, tous les chrétiens sincères prient pour eux-mêmes ; mais alors, n’ayant pas un sentiment aussi vif, aussi durable et aussi profond des besoins de leurs frères chrétiens, ils sont pour la plupart trop négligents et trop défaillants dans leurs prières pour eux. Tandis que, si l’amour de Dieu était répandu dans nos cœurs, et si nous aimions notre prochain de la manière dont le Fils de Dieu, notre Sauveur, nous a aimés, et selon son commandement et son exemple, nous ne pourrions nous empêcher d’être aussi pressants pour leur bien spirituel et temporel que pour le nôtre, et de désirer et de chercher aussi ardemment que d’autres aient part aux bienfaits de la mort et de la passion de Jésus-Christ, que nous-mêmes.

Que personne ne pense que ce soit là un degré de charité peu commun, un haut point de perfection auquel tout le monde ne peut atteindre ; car, s’il nous est commandé à tous d’« aimer notre prochain (c’est-à-dire tout homme) comme nous-mêmes », et même de « donner notre vie pour les frères », alors c’est le devoir de tous de prier pour leur prochain autant que pour eux-mêmes, et, par tous les actes et toutes les marques possibles d’amour et d’affection envers lui, de montrer en tout temps qu’ils sont prêts à donner même leur vie pour lui, s’il plaisait jamais à Dieu de les y appeler.

Notre bienheureux Sauveur, de même qu’« il nous a laissé un exemple, afin que nous suivions ses traces » en toute autre chose, l’a fait plus particulièrement en celle-ci : car, dans cette prière divine, parfaite et inimitable (rapportée au chapitre 17 de saint Jean), qu’il prononça juste avant sa passion, nous trouvons peu de demandes pour lui-même, mais beaucoup pour le bien de ses disciples ; et dans cette forme parfaite qu’il lui a plu de nous prescrire, il nous est enseigné à dire, non pas mon Père, mais « Notre Père », pour nous rappeler par là que, toutes les fois que nous approchons du trône de la grâce, nous devons prier, non pour nous seuls, mais pour tous nos frères en Christ.

L’intercession est donc certainement un devoir qui incombe à tous les chrétiens.

II. Pour qui nous devons intercéder, et comment ce devoir doit être accompli, c’est ce qu’il faut considérer ensuite.

1. Et d’abord, notre intercession doit être universelle. « J’exhorte (dit l’apôtre) à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes. » Car, comme la miséricorde de Dieu s’étend sur toutes ses œuvres, comme Jésus-Christ est mort pour racheter un peuple de toutes les nations et de toutes les langues, ainsi nous devons prier pour que « tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité, et soient sauvés ». Beaucoup de précieuses promesses sont faites dans la sainte Écriture, que l’Évangile sera publié dans le monde entier, que « la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent » ; et c’est pourquoi c’est notre devoir de ne pas borner nos demandes à notre propre nation, mais de prier pour que toutes ces nations qui sont maintenant assises dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort voient le glorieux Évangile briller sur elles aussi bien que sur nous. Mais vous n’avez pas besoin que personne vous enseigne cela, puisque vous êtes vous-mêmes enseignés de Dieu, et de Jésus-Christ lui-même, à prier pour que son règne vienne ; et une partie du sens de cette demande, c’est « que la voie de Dieu soit connue sur la terre, et son salut parmi toutes les nations ».

2. Après la prière pour tous les hommes, nous devons, selon la règle de saint Paul, prier pour les rois ; particulièrement pour notre souverain actuel, le roi George, et pour tous ceux qui sont constitués en autorité sous lui, afin que nous menions une vie paisible, en toute piété et honnêteté. Car, si nous considérons combien le fardeau du gouvernement est lourd, et combien le bien d’un peuple dépend du zèle et de la conduite pieuse de ceux qui le gouvernent ; si nous nous représentons les nombreux dangers et difficultés auxquels les gouvernants sont exposés par leur rang, et les tentations continuelles de luxe et de complaisance envers eux-mêmes auxquelles ils sont soumis, non seulement nous aurons pitié d’eux, mais nous prierons pour eux : afin que celui qui préserva Esther, David et Josias « des souillures du monde », au milieu de la grandeur d’une cour, et qui donna le succès à leurs desseins, les garde aussi saints et irréprochables, et fasse prospérer sur eux tout l’ouvrage de leurs mains. Mais

3. Troisièmement, vous devez prier d’une manière plus particulière pour ceux sur qui « le Saint-Esprit vous a établis évêques ». C’est ce que saint Paul demande, encore et encore, aux Églises auxquelles il écrit. Il dit dans le texte : « Frères, priez pour nous. » ; et encore, dans son épître aux Éphésiens : « Faites en tout temps toutes sortes de prières et de supplications ; et priez pour moi aussi, afin que j’ouvre hardiment la bouche pour faire connaître le mystère de l’Évangile. » Et ailleurs, pour exprimer l’ardeur de cette requête et la grande importance de leurs prières pour lui, il exhorte l’Église à « combattre (ou, comme le signifie le mot original, être dans l’agonie) avec lui dans leurs prières ». Et assurément, si le grand saint Paul, ce vase d’élection, ce favori du ciel, avait besoin des prières les plus instantes de ses convertis chrétiens, combien plus les ministres ordinaires de l’Évangile ont-ils besoin de l’intercession de leurs troupeaux respectifs !

Et je ne puis m’empêcher d’insister plus particulièrement sur cette partie de votre devoir, parce que c’est une chose d’une telle importance : car, sans aucun doute, bien du bien est souvent refusé à beaucoup de gens parce qu’ils négligent de prier pour leurs ministres, bien qu’ils l’eussent reçu s’ils avaient prié pour eux comme ils le devaient. Sans parler de ce que l’on se plaint souvent du manque de pasteurs diligents et fidèles. Mais comment méritent-ils de bons pasteurs, ceux qui ne veulent pas prier Dieu avec ardeur pour en avoir ? Si nous ne voulons pas prier le Seigneur de la moisson, peut-on s’attendre à ce qu’il envoie des ouvriers dans sa moisson ?

De plus, quelle ingratitude n’est-ce pas de ne pas prier pour vos ministres ! Car veilleront-ils et travailleront-ils à la prédication et à l’enseignement pour vous et pour votre salut, et vous, en retour, ne prierez-vous pas pour eux ? Si quelqu’un accorde des faveurs à vos corps, vous pensez qu’il est juste, convenable, et de votre devoir le plus strict de prier pour lui ; et ceux qui nourrissent et entretiennent chaque jour vos âmes ne seront-ils pas rappelés dans vos prières ? Ajoutez à tout cela que prier pour vos ministres sera une preuve manifeste que vous croyez que, bien que Paul plante et qu’Apollos arrose, c’est Dieu seul qui fait croître. Et vous trouverez aussi que c’est le meilleur moyen que vous puissiez employer pour avancer votre propre bien ; car Dieu, en réponse à vos prières, peut leur accorder une double portion de son Saint-Esprit, par laquelle ils seront rendus capables de vous distribuer de plus larges mesures de connaissance dans les choses spirituelles, et de dispenser avec plus d’habileté la parole de la vérité.

Si seulement les hommes observaient constamment cette règle, et, lorsque leurs ministres prient Dieu en leur nom, le suppliaient humblement d’exaucer toutes leurs demandes ; ou, lorsqu’ils leur parlent au nom de Dieu, priaient pour que le Saint-Esprit descende sur tous ceux qui écoutent la parole, nous verrions un effet plus visible de leur doctrine, et un plus grand amour mutuel entre les ministres et leur peuple. Car les mains des ministres seraient alors soutenues par les intercessions du peuple, et le peuple n’oserait jamais avilir ni calomnier ceux qui sont le sujet constant de ses prières.

4. Après nos ministres, nos amis réclament une place dans nos intercessions ; mais alors nous ne devons pas nous contenter de prier pour eux en termes généraux, mais nous devons adapter nos prières à leur situation particulière. Lorsque Marie fut frappée de lèpre par Dieu, Moïse cria et dit : « Seigneur, guéris-la! » Et lorsque le seigneur de la cour vint s’adresser à Jésus-Christ en faveur de son enfant, il dit : « Seigneur, ma petite fille est à l’extrémité, je te prie de venir la guérir. » De même, lorsque nos amis sont dans quelque situation affligeante, nous devons nous efforcer de prier pour eux en ayant particulièrement égard à cette situation. Par exemple, un ami est-il malade ? Nous devons prier pour que, si c’est le bon plaisir de Dieu, cette maladie ne soit point à la mort ; mais, s’il en est autrement, que Dieu lui donne la grâce de recevoir sa visitation de telle manière qu’au terme de cette vie douloureuse il habite avec lui dans la vie éternelle. Un ami est-il dans le doute sur une affaire importante ? Nous devons exposer sa cause devant Dieu, comme Moïse le fit pour celle des filles de Tselophchad, et prier pour que le Saint-Esprit de Dieu le conduise dans toute la vérité et lui donne toute direction opportune. Est-il dans le besoin ? Nous devons prier pour que sa foi ne défaille jamais, et qu’au temps marqué par Dieu il soit secouru. Et dans tous les autres cas, nous ne devons pas prier pour nos amis seulement en termes généraux, mais adapter nos demandes à leurs souffrances et à leurs afflictions particulières ; car autrement nous ne demanderons peut-être jamais les choses dont nos amis ont le plus besoin.

Il faut avouer qu’une telle manière de faire obligera souvent certains à s’écarter des formulaires dont ils se servent ; mais si nous nous y accoutumons, et si nous avons un profond sentiment de ce que nous demandons, les plus illettrés ne manqueront pas de mots convenables pour s’exprimer.

Nous avons dans la sainte Écriture beaucoup d’exemples remarquables du succès de cette sorte d’intercession particulière ; mais aucun n’est plus remarquable que celui du serviteur d’Abraham, dans le livre de la Genèse, qui, envoyé pour chercher une femme à Isaac, fils de son maître, pria de la manière la plus particulière en sa faveur. Et la suite du récit nous apprend combien sa prière fut remarquablement exaucée. Et si les chrétiens priaient aujourd’hui pour leurs amis de la même manière particulière, et avec la même foi que le serviteur d’Abraham pour son maître, ils recevraient sans doute, en bien des cas, des réponses aussi visibles, et auraient autant de raisons que lui d’en bénir Dieu. Mais

5. De même que nous devons ainsi intercéder pour nos amis, de même aussi nous devons prier pour nos ennemis. « bénissez ceux qui vous maudissent (dit Jésus-Christ), et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. » Commandements qu’il appuya de la manière la plus forte par son propre exemple : dans les agonies mêmes et les angoisses de la mort, il pria même pour ses meurtriers : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! » C’est là, il faut bien l’avouer, un devoir difficile, mais non pas impraticable pour ceux qui ont renoncé aux choses de cette vie présente (d’un amour déréglé desquelles naissent toutes les inimitiés), et qui, connaissant les terribles malheurs prononcés contre ceux qui scandalisent les petits de Christ, peuvent, par une réelle pitié et par le sentiment de leur danger, prier pour ceux par qui de tels scandales arrivent.

6. Enfin, et pour conclure ce point, nous devons intercéder pour tous ceux qui sont de quelque manière affligés dans leur esprit, dans leur corps ou dans leurs biens ; pour tous ceux qui désirent nos prières et en ont besoin ; et pour tous ceux qui ne prient pas pour eux-mêmes.

Et oh ! si tous ceux qui m’entendent voulaient mettre à part quelque temps chaque jour pour s’acquitter comme il faut de ce devoir si nécessaire ! Pour cela,

Je vais maintenant passer

III. À montrer les avantages de l’intercession quotidienne, et à présenter quelques considérations pour vous exciter à la pratiquer. Et

1. Premièrement, elle remplira vos cœurs d’amour les uns pour les autres. Celui qui, chaque jour, intercède de tout son cœur devant le trône de la grâce pour tout le genre humain, ne peut manquer d’être en peu de temps rempli d’amour et de charité pour tous ; et l’exercice fréquent de son amour de cette manière élargira insensiblement son cœur, et le rendra participant de cette surabondance d’amour qui est en Jésus-Christ notre Seigneur ! L’envie, la malice, la vengeance, et autres dispositions infernales semblables, ne pourront jamais demeurer longtemps dans le sein d’un intercesseur pieux ; mais il sera rempli de joie, de paix, de douceur, de patience, et de toutes les autres grâces du Saint-Esprit. En exposant fréquemment devant Dieu les besoins de son prochain, il sera touché d’une compassion fraternelle à leur égard ; il se réjouira avec ceux qui se réjouissent, et pleurera avec ceux qui pleurent. Chaque bénédiction accordée à d’autres, au lieu d’exciter en lui l’envie, sera regardée comme une réponse à son intercession particulière, et remplira son âme d’une joie ineffable et glorieuse.

Abondez donc en actes d’intercession générale et particulière ; et quand vous entendez parler des fautes de votre prochain, au lieu de les raconter à d’autres et de les exposer devant eux, déposez-les en secret devant Dieu, et suppliez-le de les corriger et de les réformer. Quand vous entendez parler d’un pécheur notoire, au lieu de penser que vous faites bien de vous irriter, suppliez Jésus-Christ de le convertir et d’en faire un monument de sa grâce gratuite. Vous ne pouvez imaginer quel heureux changement cette pratique opérera dans votre cœur, et combien vous croîtrez de jour en jour dans l’esprit d’amour et de douceur envers tous les hommes !

Mais de plus, pour vous exciter à la pratique constante de ce devoir de l’intercession, considérez les nombreux exemples de sa puissance et de son efficace dans la sainte Écriture. De grandes et excellentes choses y sont rapportées comme les effets de cette occupation divine. Elle a arrêté des fléaux, elle a ouvert et fermé le ciel, et elle a souvent détourné la fureur de Dieu de dessus son peuple. Comme la maison d’Abimélec fut délivrée de la maladie que Dieu avait envoyée parmi eux, à l’intercession d’Abraham ! Lorsque « Phinées se leva et pria », combien vite la plaie s’arrêta ! Lorsque Daniel humilia et affligea son âme, et intercéda pour l’héritage du Seigneur, avec quelle promptitude un ange fut envoyé pour lui dire « que sa prière était entendue » ! Et, pour ne citer qu’un exemple de plus, comme Dieu se reconnaît, pour ainsi dire, vaincu par l’importunité de Moïse, lorsqu’il intercédait pour son peuple idolâtre : « laisse-moi », dit Dieu !

Cela montre suffisamment, je pourrais presque dire, la toute-puissance de l’intercession, et comment nous pouvons, comme Jacob, lutter avec Dieu, et par une sainte violence l’emporter, tant pour nous-mêmes que pour les autres. Et c’est sans doute grâce aux intercessions secrètes et victorieuses du petit nombre d’âmes justes qui restent encore parmi nous, que Dieu a jusqu’ici épargné cette nation si misérablement pécheresse : car s’il ne restait pas quelques fidèles semblables, qui, comme Moïse, se tiennent à la brèche, nous serions bientôt détruits comme le fut Sodome, et réduits en cendres comme Gomorrhe.

Mais, pour vous exciter encore davantage à cet exercice de l’intercession, considérez que, selon toute probabilité, c’est l’occupation fréquente des saints glorifiés eux-mêmes : car, bien qu’ils soient délivrés du fardeau de la chair et rétablis dans la glorieuse liberté des enfants de Dieu, cependant, comme leur bonheur ne peut être parfaitement consommé avant la résurrection du dernier jour, quand tous leurs frères seront glorifiés avec eux, nous ne pouvons que penser qu’ils supplient souvent avec instance notre Père céleste d’accomplir bientôt le nombre de ses élus et de hâter son règne. Et nous qui sommes sur la terre, ne serons-nous pas souvent exercés à cette occupation divine avec la glorieuse assemblée des esprits des justes parvenus à la perfection ? Puisque notre bonheur doit consister si grandement dans la communion des saints dans l’Église triomphante là-haut, n’intercéderons-nous pas souvent pour l’Église militante ici-bas, et ne demanderons-nous pas ardemment que nous soyons tous un, comme le saint Jésus et son Père sont un, afin que nous soyons aussi parfaitement un ?

Pour vous provoquer à cette grande œuvre et à ce travail de l’amour, souvenez-vous que c’est l’occupation incessante du saint et souverainement élevé Jésus lui-même, qui est assis à la droite de Dieu pour entendre toutes nos prières et intercéder continuellement pour nous ! De sorte que celui qui est constamment occupé à intercéder pour les autres fait sur la terre ce que le Fils éternel de Dieu fait toujours dans le ciel.

Imaginez-vous donc, lorsque vous élevez des mains pures dans la prière les uns pour les autres, que vous voyez les cieux ouverts, et le Fils de Dieu dans toute sa gloire, comme le grand souverain sacrificateur de votre salut, plaidant pour vous le mérite tout-suffisant de son sacrifice devant le trône de son Père céleste ! Joignez donc vos intercessions aux siennes, et suppliez-le qu’elles montent par lui comme l’encens, et soient reçues comme un parfum d’agréable odeur, agréable aux yeux de Dieu ! Cette pensée fortifiera votre foi, excitera dans vos prières une sainte ardeur, et vous fera lutter avec Dieu comme Jacob, lorsqu’il le vit face à face et que sa vie fut sauve ; comme Abraham, lorsqu’il plaida pour Sodome ; et comme Jésus-Christ lui-même, lorsque, étant en agonie, il pria d’autant plus instamment, la nuit qui précéda sa cruelle passion.

Et maintenant, frères, que dirai-je de plus, puisque vous êtes enseignés par Jésus-Christ lui-même à abonder dans l’amour, et dans cette bonne œuvre de prier les uns pour les autres ? Quelque humbles que vous soyez, fussiez-vous aussi pauvres que Lazare, vous deviendrez alors les bienfaiteurs de tout le genre humain ; des milliers, et vingt fois dix mille, seront alors bénis à cause de vous ! Et après avoir employé quelques années à cet exercice divin ici-bas, vous serez transportés dans ce lieu de bonheur où vous avez si souvent souhaité que d’autres fussent élevés, et vous serez élevés à vous asseoir à la droite de notre Intercesseur tout-puissant et toujours exaucé, dans le royaume de son Père céleste.

Toutefois, je ne puis m’empêcher de vous presser maintenant tout particulièrement sur ce point, parce que vous tous, parmi lesquels j’ai prêché jusqu’ici, ne me reverrez selon toute probabilité plus : car je vais maintenant vous quitter (sous la conduite, je l’espère, du très saint Esprit de Dieu), ne sachant pas ce qui m’arrivera. J’ai donc besoin de vos intercessions les plus instantes, afin que rien ne me détourne de mon devoir, et que je ne fasse pour moi-même « aucun cas de ma vie, comme si elle m’était précieuse, pourvu que j’accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus, d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu ! »

Pendant que j’ai été ici, autant que je le sache, je n’ai pas manqué de vous annoncer toute la volonté de Dieu ; et bien que ma prédication ait pu être pour quelques-uns une odeur de mort qui donne la mort, j’ai cependant confiance qu’elle a aussi été pour d’autres une odeur de vie qui donne la vie ; c’est pourquoi j’espère ardemment que ceux-là ne manqueront pas de se souvenir de moi dans leurs prières. Pour ma part, les nombreuses bontés imméritées que j’ai reçues de vous ne me permettront pas de vous oublier : du fond de l’abîme, j’en ai la confiance, mon cri montera donc vers Dieu ; et pendant que les vents et les tempêtes souffleront sur moi, c’est à l’Éternel que j’adresserai ma supplication pour vous. Car encore un peu de temps, et « il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ », où je devrai rendre un compte rigoureux de la doctrine que j’ai prêchée, et vous du profit que vous en aurez tiré. Et oh ! puissé-je n’être jamais appelé comme un prompt témoin contre aucun de ceux pour le salut desquels j’ai sincèrement, quoique trop faiblement, soupiré et travaillé !

Il est vrai que quelques-uns m’ont blâmé comme si j’agissais par des vues intéressées et égoïstes ; « mais il m’importe fort peu d’être jugé par un tribunal humain » ; j’espère que mon œil est simple ; mais je vous en supplie, frères, par les compassions de Dieu en Jésus-Christ, priez pour qu’il le soit davantage ! Et pour que je croisse, avec l’accroissement de la grâce, dans la connaissance et l’amour de Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur.

Et maintenant, frères, que dirai-je de plus ? Je voudrais prolonger beaucoup plus longtemps mon discours ; car je ne pourrai jamais exprimer pleinement le désir de mon âme à votre égard ! Au reste, donc, frères, « tout ce qui est saint, tout ce qui est pur, tout ce qui est honorable, tout ce qui mérite l’approbation ; s’il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque union d’esprit », s’il y a quelque espérance que nous paraissions pour notre consolation mutuelle devant le redoutable tribunal de Jésus-Christ, « pensez aux choses que vous avez entendues », et à celles que vos pasteurs vous ont annoncées et vous annonceront encore ; et continuez, sous leur ministère, à « travailler à votre salut avec crainte et tremblement » ; afin que, soit que je ne vous revoie jamais, soit qu’il plaise à Dieu de me ramener un jour vers vous, j’aie toujours la satisfaction de savoir que votre conduite est « d’une manière digne de l’Évangile de Christ ».

Je me persuade presque que je pourrais volontiers souffrir toutes choses, pourvu que cela pût de quelque manière avancer le salut de vos âmes précieuses et immortelles ; et je vous en supplie, comme ma dernière requête : « obéissez à vos conducteurs dans le Seigneur » ; et soyez toujours prêts à suivre leur ministère, comme c’est votre devoir le plus strict. Ne pensez pas que je désire être élevé aux dépens de la réputation d’un autre ; mais pensez plutôt à ceci : à ne pas avoir trop d’admiration pour la personne d’aucun homme ; mais ayez pour tous vos ministres beaucoup d’affection, comme ils le méritent justement à cause de leur œuvre.

Et maintenant, « frères, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, qui peut vous édifier et vous donner l’héritage avec tous les sanctifiés ». Que Dieu vous récompense de toutes vos œuvres de foi et de vos travaux d’amour, et qu’il vous fasse abonder de plus en plus en toute bonne parole et en toute bonne œuvre envers tous les hommes. Qu’il convertisse véritablement tous ceux qui ont été convaincus, et qu’il réveille tous ceux qui sont morts par leurs offenses et par leurs péchés ! Qu’il affermisse tous ceux qui chancellent ! Et puissiez-vous tous avancer de degré en degré dans la grâce, jusqu’à ce que vous parveniez à la mesure de la stature parfaite de Christ, et que vous soyez ainsi rendus propres à paraître devant ce Dieu « devant la face duquel il y a d’abondantes joies, et à la droite duquel sont des délices éternelles » ! Amen ! Amen !

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