Chapitre 53 · 21 min de lecture · 27 min d’écoute
La puissance de la résurrection de Christ
Philippiens 3:10 — « Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection. »
L’apôtre, dans les versets qui précèdent le texte, avait mis les Philippiens en garde, leur disant : « prenez garde aux faux circoncis », ces docteurs judaïsants qui s’efforçaient de les détourner de la simplicité de l’Évangile, en leur disant qu’ils devaient encore être soumis à la circoncision et à toutes les autres ordonnances de Moïse. Et afin qu’ils ne pensent pas qu’il parlait par préjugé, et qu’il condamnait leurs opinions parce qu’il était lui-même étranger à l’économie juive, il leur fait savoir que si quelque autre croyait avoir de quoi se confier en la chair, ou cherchait à être justifié par les privilèges extérieurs des Juifs, lui le pouvait bien davantage : car il était « circoncis le huitième jour, de la race d’Israël (non pas un prosélyte, mais un Israélite de naissance) ; de la tribu de Benjamin (la tribu qui resta attachée à Juda quand les autres se révoltèrent) ; Hébreu né d’Hébreux (Juif à la fois du côté de son père et de sa mère) ; quant à la loi, pharisien », la secte la plus rigide de tout Israël. Pour montrer qu’il n’était pas un Gallion en matière de religion, il avait, par son grand zèle, quoique mal dirigé, persécuté l’Église de Christ ; et il était « irréprochable, à l’égard de la justice de la loi » (pour autant que s’étendait l’interprétation qu’en donnaient les pharisiens), et il l’avait gardée dès sa jeunesse. Mais lorsqu’il plut à Dieu, qui l’avait mis à part dès le sein de sa mère, de révéler en lui son Fils, « ces choses qui étaient pour moi des gains », dit-il, ces privilèges dont je me glorifiais et par lesquels je cherchais à être justifié, « je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ ». Et afin qu’ils ne pensent pas qu’il se repentait de l’avoir fait, il leur dit qu’il était maintenant plus affermi que jamais dans son jugement. Car, dit-il, « Et même (l’expression, dans l’original, s’élève avec un saint triomphe) je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur ». Et afin qu’ils ne puissent objecter qu’il disait et ne faisait pas, il leur fait savoir qu’il avait donné des preuves de la sincérité de ces déclarations, puisqu’à cause d’elles il avait souffert la perte de tous ses biens terrestres, et qu’il était prêt à faire davantage encore ; car « je les regarde comme de la boue (pas plus que les déchets que l’on jette aux chiens), afin de gagner (ou d’avoir en lui une part qui sauve) Christ, et d’être trouvé en lui (comme le meurtrier dans la ville de refuge), non avec ma justice, celle qui vient de la loi (ne comptant pas sur ce que j’ai Abraham pour père, ni sur aucune œuvre de justice que j’aie faite, soit pour expier mes mauvaises actions, soit pour leur servir de contrepoids), mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi », une justice que Dieu a établie, et qui me sera imputée si je crois en Christ, afin « de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection » ; afin que j’aie une connaissance expérimentale de l’efficace de sa résurrection, en sentant dans mon âme les influences de son bienheureux Esprit. Ces paroles impliquent deux choses.
Premièrement, que Jésus-Christ est réellement ressuscité des morts.
Secondement, qu’il nous importe extrêmement de connaître la puissance de sa résurrection.
En conséquence, dans le discours qui suit, je m’efforcerai de montrer :
Premièrement, que Christ est vraiment ressuscité des morts, et qu’il était nécessaire qu’il le fût ; et,
Secondement, qu’il nous importe extrêmement de connaître et d’éprouver la puissance de sa résurrection.
Premièrement, Christ est vraiment ressuscité.
Il était absolument nécessaire que Jésus ressuscitât des morts :
1. Premièrement, à cause de lui-même. Il en avait souvent appelé à ce fait comme à la dernière et la plus convaincante preuve qu’il leur donnerait qu’il était le Messie : « Il ne vous sera donné d’autre miracle que celui du prophète Jonas. » Et encore : « Détruisez ce temple de mon corps, et en trois jours je le relèverai. » Ses ennemis se souvinrent de ces paroles, et les firent valoir comme un argument pour amener Pilate à leur accorder une garde, afin d’empêcher qu’on ne le dérobât du sépulcre : « Nous savons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore: Après trois jours je ressusciterai. » De sorte que, s’il n’était pas ressuscité, ils auraient pu dire à juste titre : Nous savons que cet homme était un imposteur.
2. Secondement, cela était nécessaire à cause de nous. « Il est ressuscité (dit l’apôtre) pour notre justification » ; c’est-à-dire afin que la dette que nous avions envers Dieu à cause de nos péchés fût pleinement satisfaite et acquittée.
Il avait plu au Père (que son amour infini et sa grâce gratuite soient à jamais adorés !) de briser son Fils unique pour nos transgressions, et de l’arrêter et de l’enfermer dans la prison du sépulcre, comme notre caution pour la culpabilité que nous avions contractée en méprisant ses commandements. Or, si Christ était toujours demeuré dans le sépulcre, nous n’aurions pas pu avoir plus d’assurance qu’il avait été satisfait pour nos péchés, qu’un débiteur ordinaire n’en peut avoir que son créancier est satisfait, tandis que sa caution reste en prison. Mais, ayant été délivré de la puissance de la mort, il nous donne par là l’assurance que Dieu a agréé son sacrifice, que notre expiation a été achevée sur la croix, et qu’il a offert un sacrifice, une oblation et une satisfaction pleine, parfaite et suffisante pour les péchés du monde.
3. Troisièmement, il était nécessaire que notre Seigneur Jésus ressuscitât des morts, pour nous assurer de la certitude de la résurrection de nos propres corps.
La doctrine de la résurrection du corps était entièrement rejetée et méprisée parmi les païens, comme il paraît par les Athéniens qui se moquaient de saint Paul et l’appelaient « un discoureur et un homme qui annonce des doctrines étrangères », quand il leur annonçait Jésus et la résurrection. Et bien qu’elle fût crue par la plupart des Juifs, comme il ressort de plusieurs passages de l’Écriture, elle ne l’était pourtant pas de tous : toute la secte des sadducéens la niait. Mais la résurrection de Jésus-Christ l’a mise hors de discussion. Car, comme il agissait en qualité de notre représentant, si lui, notre chef, est ressuscité, il faut que nous aussi, qui sommes ses membres, nous ressuscitions avec lui. Et comme dans le premier Adam nous sommes tous morts, de même en lui, notre second Adam, nous devons tous, en ce sens, être rendus vivants.
De même qu’il était nécessaire, pour ces raisons, que notre bienheureux Seigneur ressuscitât des morts, de même il est clair, sans contradiction possible, qu’il est ressuscité. Jamais fait ne fut mieux attesté ; jamais on ne prit plus de précautions pour empêcher une fraude. Il fut enseveli dans un sépulcre taillé dans le roc, de sorte qu’on ne pouvait dire que quelqu’un eût creusé par-dessous et l’eût emporté. C’était aussi un sépulcre où personne n’avait encore été mis ; de sorte que, si quelque corps en sortait ressuscité, ce devait être le corps de Jésus de Nazareth. De plus, le sépulcre fut scellé ; une grande pierre fut roulée à son entrée ; et une troupe de soldats (composée non d’amis, mais de ses ennemis déclarés) fut placée pour le garder. Et quant à l’idée que ses disciples seraient venus de nuit pour le dérober, elle était tout à fait invraisemblable : car il n’y avait pas longtemps qu’ils l’avaient tous abandonné, et ils furent les plus lents à croire à sa résurrection. Et supposé qu’il fût vrai qu’ils fussent venus pendant que les soldats dormaient, encore fallait-il que les soldats fussent plongés dans un bien profond sommeil, pour que l’enlèvement d’une si grande pierre n’en réveillât aucun.
Et les apparitions que notre bienheureux Seigneur fit ensuite à ses disciples, à plusieurs reprises et de diverses manières, comme lorsqu’ils étaient assemblés, lorsqu’ils marchaient vers Emmaüs, lorsqu’ils pêchaient ; bien plus, la condescendance avec laquelle il leur montra ses mains et ses pieds, et son apparition à plus de cinq cents frères à la fois, mettent la vérité de sa résurrection hors de toute discussion.
Il est vrai qu’on peut faire une objection contre ce qui a été dit : c’est que les livres où ces faits sont rapportés furent écrits par ses disciples.
Et qui pouvait mieux convenir que ceux qui furent les témoins oculaires de ce qu’ils racontaient, et qui mangèrent et burent avec lui après sa résurrection ? « Mais c’étaient des hommes illettrés et ignorants. » Ils étaient pourtant d’aussi bons témoins d’un simple fait que les plus savants docteurs d’Israël. Bien plus, cela même en faisait des témoins plus convenables. Car, étant des hommes simples, ils étaient d’autant moins suspects de dire ou d’inventer un mensonge, d’autant plus qu’ils donnèrent leur vie en témoignage de sa vérité. Nous lisons, il est vrai, que Jacob, quoiqu’il fût un homme simple, mentit pour obtenir la bénédiction de son père. Mais on n’a jamais ouï dire, depuis que le monde existe, qu’un homme, et encore moins toute une troupe d’hommes, soit mort martyr pour l’amour d’un mensonge, alors qu’eux-mêmes ne devaient en retirer aucun avantage.
Non, cette seule circonstance prouve qu’ils étaient de vrais Israélites, dans lesquels il n’y avait point de fraude. Et le succès merveilleux que Dieu donna ensuite à leur ministère, lorsque trois mille âmes furent converties par un seul sermon, et que douze pauvres pêcheurs furent rendus capables, en très peu de temps, d’être plus que vainqueurs de toute l’opposition que les hommes ou les démons pouvaient leur faire, fut une démonstration aussi claire que Christ était ressuscité, selon leur Évangile, que celle d’une puissance divine qui, au son de quelques cornes de bélier, fait tomber les murailles de Jéricho.
Mais qu’avons-nous besoin d’autres témoins ? Croyez-vous à la résurrection de notre bienheureux Seigneur ? Je sais que vous y croyez, comme le témoigne abondamment votre assemblée, en ce premier jour de la semaine, dans les parvis de la maison du Seigneur.
Ce dont il nous importe le plus d’être assurés, et qui est la
Seconde chose dont je devais parler, c’est de savoir si nous avons connu par expérience la puissance de sa résurrection ; c’est-à-dire si, oui ou non, nous avons reçu le Saint-Esprit, et si, par ses puissantes opérations dans nos cœurs, nous avons été ressuscités de la mort du péché à une vie de justice et de vraie sainteté.
C’est là ce que le grand apôtre désirait principalement connaître. La résurrection du corps de Christ, il en était persuadé, ne lui servirait de rien, à moins qu’il n’en éprouvât la puissance dans la résurrection de son âme morte.
Car une autre fin, et même une fin principale, pour laquelle notre bienheureux Seigneur ressuscita des morts, fut d’entrer au ciel comme notre représentant, et d’envoyer le Saint-Esprit pour appliquer à nos cœurs la rédemption qu’il avait achevée sur la croix, en y opérant un changement complet.
Sans cela, Christ serait mort en vain. Car il ne nous aurait servi de rien que sa justice extérieure nous fût imputée, si une justice intérieure et inhérente n’était opérée en nous. Parce que, étant entièrement conçus et nés dans le péché, et par conséquent impropres à avoir communion avec un Dieu infiniment pur et saint, nous ne pouvons nullement être rendus capables de le voir ou de jouir de lui, avant qu’un renouvellement complet ait passé sur nos cœurs.
Sans cela, nous laissons de côté le Saint-Esprit dans la grande œuvre de notre rédemption. Mais, comme nous avons été faits par le concours et le conseil communs de la bienheureuse Trinité, et comme nous avons été baptisés en leur nom, il faut que toutes trois concourent à notre salut : comme le Père nous a faits et que le Fils nous a rachetés, il faut aussi que le Saint-Esprit nous sanctifie et nous scelle ; autrement nous avons cru en vain.
Voilà donc ce que l’apôtre entend par « la puissance de la résurrection de Christ », et voilà ce qu’il nous importe autant de connaître par expérience que le fait même qu’il soit ressuscité.
Sans cela, nous pouvons être des moralistes, nous pouvons être des gens civilisés et d’un bon naturel, mais nous ne sommes pas chrétiens. Car celui-là n’est pas un vrai chrétien qui ne l’est qu’au-dehors ; et nous n’avons pas droit à ce nom parce que nous déclarons chaque jour croire que Christ est ressuscité des morts le troisième jour. Mais celui-là est un vrai chrétien qui l’est au-dedans ; et nous ne pouvons être appelés de vrais croyants que lorsque, non contents de faire profession de croire, nous avons senti la puissance de la résurrection de notre bienheureux Seigneur, en étant vivifiés et ressuscités par son Esprit, alors que nous étions morts par nos offenses et par nos péchés, à un entier renouvellement du cœur et de la vie.
Les démons eux-mêmes ne peuvent s’empêcher de croire la doctrine de la résurrection, et ils tremblent ; mais ils demeurent pourtant des démons, parce que les bienfaits de cette résurrection ne leur ont pas été appliqués, et qu’ils n’en ont pas reçu une puissance renouvelante qui change et dépouille leur nature diabolique. De même, à moins que nous ne fassions pas seulement profession de savoir, mais que nous ne sentions aussi que Christ est vraiment ressuscité, en naissant de nouveau d’en haut, nous serons aussi loin qu’eux du royaume de Dieu : notre foi sera aussi inefficace que la foi des démons.
Rien n’a fait plus de mal au monde chrétien, rien n’a rendu la croix de Christ plus vaine, que cette vaine supposition, que la religion est quelque chose qui est hors de nous. Tandis que nous devrions considérer que tout ce que Christ a fait au-dehors doit être fait de nouveau dans nos âmes ; autrement, croire qu’il y eut autrefois sur la terre une telle personne divine, qui triompha de l’enfer et du sépulcre, ne nous profitera pas plus que de croire qu’il y eut autrefois un homme nommé Alexandre, qui conquit le monde.
Comme Christ naquit du sein de la Vierge, ainsi doit-il être formé spirituellement dans nos cœurs. Comme il mourut pour le péché, ainsi devons-nous mourir au péché. Et comme il ressuscita des morts, ainsi devons-nous aussi ressusciter à une vie divine.
Nul, sinon ceux qui l’ont suivi dans cette régénération, ou nouvelle naissance, ne siégera sur des trônes, pour approuver sa sentence, lorsqu’il viendra dans sa terrible majesté juger les douze tribus d’Israël.
Il est vrai que, pour ce qui est de l’œuvre extérieure de notre rédemption, ce fut un acte passager, et elle fut certainement achevée sur la croix ; mais l’application de cette rédemption à nos cœurs est une œuvre qui se poursuivra toujours, jusqu’à la fin du monde.
Aussi longtemps qu’il y aura sur la terre un élu qui respire, engendré naturellement de la postérité du premier Adam, aussi longtemps l’Esprit vivifiant, acquis par la résurrection du second Adam, ce Seigneur venu du ciel, devra souffler sur son âme.
Car, bien que nous puissions exister par Christ, on ne peut dire que nous existions en lui avant que nous lui soyons unis par un même Esprit, et que nous entrions dans un nouvel état de choses, aussi certainement qu’il entra lui-même dans un nouvel état de choses après qu’il fut ressuscité des morts.
Nous pouvons nous presser et nous entasser autour de Christ, et l’appeler « Seigneur, Seigneur », quand nous venons adorer devant son marchepied ; mais nous ne l’avons pas touché efficacement, tant que, par une foi vivante en sa résurrection, nous ne sentons pas une vertu divine sortir de lui pour renouveler et purifier nos âmes.
Combien donc se trompent ceux qui se reposent sur une simple foi historique en la résurrection de notre Sauveur, et ne cherchent que des preuves extérieures pour l’établir ! Car, fussions-nous les plus savants disputeurs de ce siècle, et pussions-nous parler de la certitude de ce fait avec la langue des hommes et des anges, si nous n’en avions pas le témoignage intérieur dans nos cœurs, nous pourrions bien convaincre les autres, mais nous ne serions jamais sauvés nous-mêmes par là.
Car nous ne sommes que des morts, nous sommes comme autant de cadavres enveloppés de linceuls, jusqu’à ce que ce même Jésus, qui appela Lazare hors de son tombeau, et à la résurrection duquel plusieurs de ceux qui dormaient se levèrent, nous ressuscite aussi par son Esprit vivifiant de cette mort naturelle où nous sommes restés si longtemps couchés, à une vie sainte et céleste.
Nous pourrions nous estimer heureux si nous avions vu le saint Jésus après qu’il fut ressuscité des morts, et si nos mains avaient touché ce Seigneur de la vie. Mais plus heureux sont ceux qui ne l’ont pas vu, et qui néanmoins, ayant senti la puissance de sa résurrection, croient en lui à cause de cela. Car beaucoup virent notre divin Maître qui ne furent pas sauvés par lui ; mais quiconque a ainsi senti la puissance de sa résurrection a dans son cœur les arrhes de son héritage ; il est passé de la mort à la vie, et ne tombera jamais dans la condamnation finale.
Je sais très bien que cela est une folie pour l’homme naturel, comme le furent beaucoup de vérités semblables pour les propres disciples de notre Seigneur, lorsqu’ils n’étaient encore que faibles dans la foi, avant qu’il ressuscitât. Mais quand ces hommes naturels, comme eux, auront pleinement senti la puissance de sa résurrection, ils reconnaîtront alors que cette doctrine vient de Dieu, et diront avec les Samaritains : « Ce n’est plus à cause de ce que tu as dit que nous croyons », car nous l’avons éprouvé nous-mêmes dans nos cœurs.
Et oh ! si tous les incrédules, tous ces docteurs d’Israël savants dans la lettre, qui regardent aujourd’hui la doctrine de la puissance de la résurrection de Christ, ou de notre nouvelle naissance, comme un vain conte, et condamnent ceux qui la prêchent comme des enthousiastes et des insensés, en sentaient seulement ainsi la puissance dans leurs âmes, ils ne demanderaient plus comment cela peut se faire ! Mais ils en seraient aussi convaincus que le fut Thomas lorsqu’il vit le Christ du Seigneur ; et, comme lui, lorsque Jésus lui ordonna d’avancer les mains et de les mettre dans son côté, ils s’écrieraient dans une sainte confession : « Mon Seigneur et mon Dieu! »
Mais comment un incrédule, comment le chrétien de pure forme parviendra-t-il ainsi à « connaître Christ, et la puissance de sa résurrection » ? Dieu, qui ne peut mentir, nous a dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort. » Et l’apôtre dit encore : « C’est par la foi que nous sommes sauvés, et cela ne vient pas de nous, c’est le don de Dieu. »
Voici le chemin, voici le chemin, marchez-y. Croyez, et vous vivrez en Christ, et Christ en vous ; vous serez un avec Christ, et Christ un avec vous. Mais sans cela, votre bonté extérieure et vos professions ne vous serviront de rien.
Mais alors, par cette foi, il ne faut pas entendre une foi morte et spéculative, une foi qui est dans la tête, mais un principe vivant opéré dans le cœur par les puissantes opérations du Saint-Esprit, une foi qui nous rendra capables de vaincre le monde et de renoncer à toute affection pour l’amour de Jésus-Christ. Car ainsi parle notre bienheureux Maître : « À moins qu’un homme ne renonce à tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple. »
Et de même l’apôtre, dans les paroles qui suivent immédiatement le texte, dit : « en devenant conforme à lui dans sa mort », donnant ainsi à entendre que nous ne pouvons connaître la puissance de la résurrection de Christ, à moins que nous ne soyons rendus conformes à lui dans sa mort.
Si nous pouvons concilier la lumière et les ténèbres, le ciel et l’enfer, alors nous pouvons espérer connaître la puissance de la résurrection de Christ sans mourir à nous-mêmes et au monde. Mais tant que nous ne pouvons le faire, autant vaudrait nous attendre à ce que Christ s’accorde avec Bélial.
Car il y a une telle contrariété entre l’esprit de ce monde et l’Esprit de Jésus-Christ, que celui qui veut être ami de l’un doit être ennemi de l’autre : « Nous ne pouvons servir Dieu et Mamon. »
Ceci peut, à la vérité, sembler une parole dure ; et beaucoup, comme le jeune homme de l’Évangile, peuvent être tentés de s’en aller tout tristes. Mais pourquoi cela les scandaliserait-il ? Car qu’est-ce que tout ce qui est dans le monde, la convoitise des yeux, la convoitise de la chair et l’orgueil de la vie, sinon vanité et rongement d’esprit ?
Dieu est amour ; c’est pourquoi, si nos propres volontés ou le monde avaient pu nous rendre heureux, il n’aurait jamais envoyé son propre Fils bien-aimé, Jésus-Christ, mourir et ressusciter pour nous délivrer de leur puissance. Mais parce qu’ils ne font que tourmenter et ne peuvent satisfaire, Dieu nous ordonne d’y renoncer.
Si quelqu’un avait persuadé le profane Ésaü de ne pas perdre un si glorieux privilège, uniquement pour satisfaire une inclination présente et corrompue, lorsqu’il le vit sur le point de vendre son droit d’aînesse pour un peu de potage roux, ne penserait-on pas que cet homme eût été l’ami d’Ésaü ? Et c’est exactement ainsi que se présente la cause entre Dieu et nous. Par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, nous sommes nés de nouveau pour un héritage céleste parmi tous ceux qui sont sanctifiés ; mais nos propres volontés corrompues voudraient nous tenter de vendre ce glorieux droit d’aînesse pour les vanités du monde, qui, comme le potage roux d’Ésaü, peuvent nous plaire un moment, mais nous seront bientôt ôtées. Dieu le sait, et c’est pourquoi il nous ordonne d’y renoncer pour une raison, plutôt que de perdre, pour en jouir un peu de temps, le privilège de ce glorieux droit d’aînesse auquel nous avons droit en connaissant la puissance de la résurrection de Jésus-Christ.
Ô profondeur de la richesse et de l’excellence du christianisme ! Le grand saint Paul pouvait bien regarder toutes choses comme de la boue et des scories, à cause de l’excellence de cette connaissance. Il pouvait bien désirer si ardemment connaître Jésus et la puissance de sa résurrection. Car, même de ce côté-ci de l’éternité, elle nous élève au-dessus du monde, et nous fait asseoir dans les lieux célestes en Jésus-Christ.
Elle pouvait bien, cette glorieuse compagnie d’hommes illustres dont parlent les saintes Écritures, soutenue par un sentiment profond de sa vocation céleste, mépriser les plaisirs et les profits de cette vie, et aller çà et là vêtue de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dans les antres et les cavernes de la terre, dénuée de tout, persécutée, maltraitée.
Et oh ! si nous étions tous dans les mêmes dispositions ! Si nous sentions comme eux la puissance de la résurrection de Christ ! Comme nous « regarderions alors toutes choses comme de la boue et des scories, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ notre Seigneur » ! Comme nous recouvrerions alors notre dignité primitive, foulerions la terre sous nos pieds, et soupirerions continuellement après Dieu de toute notre âme !
Et qu’est-ce qui nous empêche d’être dans ces dispositions ? Jésus-Christ, notre grand souverain sacrificateur, est-il changé de ce qu’il était ? Non, « il est le même hier, aujourd’hui, et éternellement ». Et bien qu’il soit élevé à la droite de Dieu, il n’a pourtant pas honte de nous appeler frères. La puissance de sa résurrection est aussi grande maintenant qu’autrefois, et le Saint-Esprit, qui nous a été assuré par sa résurrection, est aussi prêt et aussi capable de nous vivifier, nous qui sommes morts par nos offenses et par nos péchés, qu’aucun saint qui ait jamais vécu. Crions seulement, et cela sans tarder, à celui qui est puissant et capable de sauver ; renonçons, en sincérité et en vérité, sans en retenir secrètement la moindre part, à nous-mêmes et au monde ; alors nous serons vraiment chrétiens. Et bien que le monde puisse nous rejeter et se séparer de notre compagnie, Jésus-Christ marchera avec nous et demeurera en nous. Et à la résurrection générale du dernier jour, lorsque la voix de l’archange et la trompette de Dieu ordonneront à la mer et aux tombeaux de rendre leurs morts, et que toutes les nations paraîtront devant lui, alors il nous confessera devant son Père et devant les saints anges, et nous recevrons cette invitation qu’il adressera alors à tous ceux qui l’aiment et le craignent : « Venez, enfants bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. »
Accorde-nous cela, ô Père, pour l’amour de ton cher Fils Jésus-Christ notre Seigneur ; à qui, avec toi et le Saint-Esprit, etc.
Chapitre 53 terminé
La puissance de la résurrection de Christ