Chapitre 52 · 24 min de lecture · 31 min d’écoute
L’odieux péché d’ivrognerie
Éphésiens 5:18 — « Ne vous enivrez pas de vin: c’est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit. »
Ceux à qui ces paroles furent écrites étaient les habitants d’Éphèse, qui, comme nous l’apprenons dans les Actes, avaient été adorateurs de la grande déesse Diane et, selon toute probabilité, adoraient aussi le dieu Bacchus ; aux fêtes duquel il était toujours d’usage, que dis-je, cela faisait partie de leur religion, de s’enivrer ; comme s’il n’y avait pas d’autre moyen de plaire à leur dieu que de se changer en bêtes brutes.
L’apôtre, donc, dans ce chapitre, parmi bien d’autres préceptes qui leur convenaient plus particulièrement, pose celui-ci dans notre texte ; et il les exhorte, puisqu’ils avaient maintenant été, par la grâce gratuite de Dieu, tirés des ténèbres du paganisme à la lumière de l’Évangile, à marcher comme des enfants de lumière, et à ne plus faire une part de leur religion ou de leur conduite de s’enivrer « de vin: c’est de la débauche » ; mais, au contraire, à s’efforcer d’être « remplis de l’Esprit » de ce Sauveur dont ils portaient le nom, et dont la religion leur enseignait à s’abstenir d’un péché si immonde, et à vivre dans la sobriété, comme ils le devaient.
Le monde étant aujourd’hui chrétien, et les doctrines de l’Évangile reçues partout, on s’imaginerait qu’il n’y a plus de raison de répéter le précepte que nous avons devant nous. Mais hélas ! des chrétiens — j’entends des chrétiens faussement appelés ainsi — sont menés captifs par toute sorte de péché en général, et par celui-ci, l’ivrognerie, en particulier ; de sorte que, si saint Paul ressuscitait d’entre les morts, il serait tenté de croire que la plupart d’entre nous sont retournés au culte des idoles muettes, qu’ils ont élevé des temples en l’honneur de Bacchus, et qu’ils ont fait une part de leur religion, comme les Éphésiens de la leur, de s’enivrer « de vin: c’est de la débauche ».
Quelques-uns de nos magistrats civils n’ont pas manqué d’user du pouvoir qui leur a été donné d’en haut pour punir et réprimer de tels méfaits ; et je souhaiterais pouvoir dire que, par ce qu’ils ont fait, ce fléau de la boisson a été arrêté parmi nous. Mais hélas ! bien que leur travail, nous en avons confiance, n’ait pas été entièrement vain dans le Seigneur, des milliers d’hommes, et je pourrais presque dire des dizaines de milliers, tombent chaque jour à notre droite, par ce péché d’ivrognerie, dans nos rues ; que dis-je, les hommes semblent avoir fait alliance avec l’enfer, et bien que le pouvoir du magistrat civil s’exerce contre eux, bien qu’ils ne puissent s’empêcher de voir chaque jour les compagnons de leurs débauches conduits d’heure en heure au tombeau par ce péché, cependant « ils se lèvent de bon matin pour courir après les boissons enivrantes, et s’écrient : Nous en ferons autant demain, et beaucoup plus encore ; quand nous nous réveillerons, nous en voudrons encore ».
Il est donc grand temps, ô Dieu, que tes ministres élèvent leur voix comme une trompette ; et, puisque les menaces humaines ne peuvent rien, qu’ils mettent devant eux les terreurs du Seigneur, pour voir si elles ne les persuaderont pas de cesser de mal faire.
Mais hélas ! comment m’adresserai-je à eux ? Je crains que l’excès de boisson n’en ait fait de tels Nabal qu’il n’y ait pas moyen de leur parler. Bien des serviteurs de Dieu ont peiné toute leur vie à les détourner de ce péché d’ivrognerie, et pourtant ils ne veulent pas s’en abstenir. Toutefois, sur ton ordre, je parlerai moi aussi, bien qu’ils soient une maison rebelle. Glorifie ta force, ô Seigneur, dans ma faiblesse, et accorde-moi de parler avec une telle démonstration d’Esprit et de puissance que, dès maintenant, ils cessent d’agir si follement, et que ce péché d’ivrognerie ne soit pas leur ruine.
Croyez-moi, malheureux hommes de Bélial (car c’est ce que, hélas ! ce péché a fait de vous), ce n’est pas sans les plus fortes raisons, comme aussi avec le plus grand souci de vos âmes précieuses et immortelles, que je vous conjure maintenant, avec les paroles de l’apôtre, « de ne point vous enivrer de vin, ni d’aucune autre liqueur : c’est de la débauche ». Car,
Premièrement, l’ivrognerie est un péché qui doit souverainement déplaire à Dieu, parce qu’elle est un abus de ses bonnes créatures.
Lorsque Dieu fit d’abord l’homme, et qu’il eut soufflé en lui le souffle de vie, il lui donna la domination sur les ouvrages de ses mains ; et toute herbe portant de la semence, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence, lui furent donnés pour nourriture ; mais quand Adam eut goûté le fruit défendu, qui était la seule restriction qui lui eût été imposée, il perdit ce privilège, et n’eut plus aucun droit, après avoir désobéi à son Créateur, à l’usage d’aucune des créatures.
Mais, béni soit Dieu, cette charte, comme tous les autres privilèges, nous est rendue par la mort du second Adam, notre Seigneur et Maître Jésus-Christ. De toute bête des champs, de tout poisson de la mer, et de tout ce qui vole dans les airs ou se meut sur la face de la terre, qui est propre à la nourriture, « nous pouvons manger » librement, et en prendre et en manger sans scrupule ; mais cela, avec cette restriction, que nous en usions avec modération. Car Dieu, par la mort de Jésus, n’a donné à personne licence d’être intempérant ; mais, au contraire, il nous a placés sous les plus fortes obligations de vivre dans le siècle présent avec sobriété, aussi bien qu’avec piété.
Mais l’ivrogne, méprisant la bonté et la libéralité de Dieu, qui nous a rendu ce que nous avions si justement perdu, change sa grâce en dissolution ; et, comme si la créature n’était pas déjà assez soumise à la vanité, ayant été maudite à cause de nous, il en abuse davantage encore en la faisant servir à ses convoitises ; et il change ce vin, qui était destiné à réjouir son cœur, en un poison mortel.
Mais penses-tu, ô ivrogne, qui que tu sois, que tu échapperas au juste jugement de Dieu ? Non, le temps viendra bientôt où tu ne pourras plus administrer ses biens, et alors le Seigneur souverain de toute la terre te fera rendre compte de les avoir ainsi dissipés. Hélas ! continueras-tu alors de tordre l’Écriture pour ta propre damnation ? Et, parce que Jésus-Christ changea l’eau en vin au festin des noces, pour subvenir aux besoins de son hôte indigent, diras-tu qu’il convient donc de faire bonne chère et de s’enivrer ? Non, tu resteras muet devant lui ; et sache que, bien que tu te sois encouragé dans l’ivrognerie par de semblables arguments, pour toutes ces choses Dieu t’appellera en jugement. Mais,
Secondement, ce qui rend l’ivrognerie excessivement plus coupable encore, c’est qu’un homme, en y tombant, pèche contre son propre corps.
Quand l’apôtre voulait détourner les Corinthiens de l’impudicité, il leur présentait cet argument : « Fuyez l’impudicité, mes frères ; car celui qui se livre à l’impudicité pèche contre son propre corps. » Et ne puis-je pas m’écrier avec autant de justice : Fuyez l’ivrognerie, mes frères, puisque celui qui commet ce crime pèche contre son propre corps ? Car d’où viennent tant de maladies et d’infirmités dans vos corps ? Ne viennent-elles pas de là, de votre intempérance dans la boisson ? Pour qui les douleurs de tête ? Pour qui la pourriture des os ? Pour qui les yeux rouges ? Pour celui qui s’attarde auprès du vin, pour celui qui se lève de bon matin afin de chercher du vin nouveau. Combien de squelettes ambulants n’avez-vous pas vus, dont les corps étaient autrefois fort beaux à voir, gras et de belle apparence ; mais, par ce péché de la boisson, comme leur beauté s’est retirée d’eux, et comme il leur a été permis d’aller et de venir sur la terre, comme si Dieu avait voulu les dresser, ainsi qu’il fit de la femme de Lot, en monuments de sa justice, afin que d’autres apprennent à ne pas s’enivrer ! Bien plus, j’en appelle à vous-mêmes : n’y en a-t-il pas beaucoup parmi vous qui, pour cette cause, sont dès maintenant malades ? Et beaucoup de vos compagnons, que vous avez vus autrefois si florissants, comme des lauriers verdoyants, n’ont-ils pas été par elle conduits avec douleur au tombeau ?
Peut-être nous croirions-nous durement traités par Dieu s’il nous envoyait, comme au royal psalmiste, choisir entre trois fléaux celui par lequel nous serions détruits. Mais si le Tout-Puissant avait décrété de retrancher l’homme de dessus la face de la terre et d’abréger ses jours, il ne pourrait guère envoyer de fléau plus efficace que de permettre aux hommes, à leur gré, de s’appesantir par l’ivrognerie ; car, bien que ce soit un poison lent, c’en est un sûr. Et si l’épée a tué ses mille, l’ivrognerie a tué ses dix mille.
Et cela ne vous alarmera-t-il pas, ô transgresseurs ? Cela ne vous persuadera-t-il pas de vous épargner vous-mêmes, et de ne faire aucun mal à vos corps ? Quoi ! avez-vous perdu les premiers principes de la nature humaine, la loi fondamentale de la conservation de soi-même ? Vous semblez avoir une grande tendresse pour vos corps ; autrement, pourquoi boiriez-vous avec excès pour satisfaire vos appétits déréglés ? Mais assurément, si vous les aimiez véritablement, vous ne les détruiriez pas ainsi ; et, n’y eût-il pas d’autre argument à faire valoir contre l’ivrognerie, la considération qu’elle détruira ces vies auxquelles vous tenez tant devrait, semble-t-il, suffire.
Je sais bien que c’est une réponse commune que font les ivrognes à ceux qui, par amour, voudraient les arracher comme des tisons du feu : Nous ne sommes les ennemis de personne, sinon de nous-mêmes. Mais cela, loin d’excuser leur culpabilité, l’aggrave : car (sans parler de ce que l’ivrognerie d’un seul homme a vêtu de haillons bien des familles, et qu’il est à peine possible à quelqu’un de s’enivrer sans tenter aussi son prochain), sans parler, dis-je, de ces conséquences et de bien d’autres funestes, qui prouveraient qu’une telle excuse est entièrement fausse : qu’y a-t-il pourtant de plus cher à un homme que lui-même ? Et s’il se perd lui-même, à quoi lui servirait le monde entier ? Mais comment te tiendras-tu, ô homme, devant le tribunal de Christ, et présenteras-tu une telle excuse, lorsque tu seras traduit devant lui comme meurtrier de toi-même ? Penses-tu qu’il suffira alors de dire : Je n’étais l’ennemi de personne, sinon de moi-même ? Non ; Dieu te dira alors que tu aurais dû le glorifier dans ton esprit et dans ton corps, qui lui appartenaient ; et puisque, par ton intempérance, tu as détruit ton corps, il fera périr ton corps et ton âme dans l’enfer. Mais,
Troisièmement, ce qui rend l’ivrognerie plus inexcusable encore, c’est qu’elle dépouille l’homme de sa raison.
La raison est la gloire de l’homme, la principale chose par laquelle Dieu nous a distingués des bêtes. Et nos incrédules modernes l’ont élevée si haut qu’ils vont jusqu’à l’opposer à la révélation, et renient ainsi le Seigneur qui les a rachetés. Mais bien qu’en cela ils s’égarent grandement, et que, se vantant d’être sages, ils deviennent de vrais fous, nous devons reconnaître que la raison est une lampe de l’Éternel, et que quiconque l’éteint portera sa peine, qui qu’il soit.
Et cependant, c’est ce que fait l’ivrogne. La malédiction de Nebucadnetsar, il en fait son choix : sa raison se retire de lui ; et alors, en quoi vaut-il mieux qu’une brute ?
Les rois païens eux-mêmes en étaient si convaincus que, pour détourner leurs jeunes princes de la boisson, ils avaient coutume de faire enivrer leurs esclaves et de les exposer devant eux. Et si seulement tu voyais ton propre portrait, ô ivrogne, lorsque, après avoir noyé ta raison, tu chancelles de côté et d’autre comme l’un des insensés d’Israël, et que tu vois tes compagnons mêmes faire sur toi des chansons, assurément tu ne retournerais pas à ton vomissement, mais tu aurais horreur de toi-même et te repentirais sur la poussière et sur la cendre !
Lorsque David, dans un saint ravissement, dansait devant l’arche, Mical, fille de Saül, le méprisa dans son cœur ; et quand il revint chez lui, elle dit : « Quel honneur aujourd’hui pour le roi d’Israël de s’être découvert aux yeux des servantes de ses serviteurs, comme se découvrirait un homme de rien! » Mais tous ceux qui rencontrent un ivrogne ne peuvent-ils pas dire avec plus de justice : Quel honneur aujourd’hui pour celui qui fut fait un peu inférieur aux anges, lorsque, oublieux de sa dignité, il s’est par la boisson dépouillé de sa raison, et s’est rabaissé au niveau des bêtes qui périssent !
Mais que serait-ce si Dieu, au milieu d’un de ces accès d’ivresse, venait t’arrêter par la mort et te disait : « Insensé ! en ce moment même ton âme te sera redemandée. » Oh ! comment paraîtrais-tu, avec ces vêtements souillés, devant ce Dieu aux yeux duquel les cieux ne sont pas purs ? Et que sais-tu, ô homme, si ce ne sera pas là ton sort ? N’en as-tu pas connu beaucoup qui ont été appelés à une heure aussi imprévue ? Et quelle assurance as-tu de ne pas être le prochain ? Parce que Dieu t’a supporté si longtemps, penses-tu qu’il te supportera toujours ? Non, c’est plutôt le signe qu’il viendra à l’heure où tu ne l’attends pas ; et puisque sa bonté et sa longanimité ne t’ont pas poussé à la repentance, il te coupera, et ne te permettra pas d’occuper la terre plus longtemps inutilement. Considérez donc cela, vous tous qui trouvez votre plaisir à vous changer en brutes, de peur que Dieu ne vous emporte par une mort subite, et qu’il n’y ait personne pour vous délivrer.
Quatrièmement, il y a encore une aggravation de ce crime : c’est qu’il est la porte et l’avant-coureur de bien d’autres péchés ; car il vient rarement seul.
Nous pouvons dire de l’ivrognerie ce que Salomon dit de la querelle : c’est comme ouvrir une digue ; car nous ne savons pas quelle en sera la fin. Son nom est Légion ; voici, une troupe de péchés vient à sa suite. Et pour ma part, quand je vois un ivrogne, je puis à peine m’empêcher de pleurer, comme le saint prophète lorsqu’il regardait le visage d’Hazaël, en considérant dans combien de vices il peut tomber avant de revenir à lui-même.
Quel horrible inceste le juste Lot ne commit-il pas avec ses propres filles lorsqu’elles l’eurent enivré ? Et je ne doute pas qu’il n’y en ait beaucoup parmi vous qui, après vous être privés de votre raison par la boisson, avez commis de tels crimes que, si vous les entendiez raconter, votre cœur, comme celui de Nabal lorsqu’on lui dit comment il avait outragé David pendant son ivresse, mourrait au-dedans de vous. Et si quelqu’un vous avait dit, quand vous étiez à jeun, que vous seriez coupables de tels crimes, vous vous seriez écriés avec Hazaël, dont j’ai parlé : « Tes serviteurs sont-ils donc des chiens, pour faire une telle chose ? »
Mais il n’est pas étonnant que les ivrognes commettent de tels crimes ; car l’ivrognerie chasse d’eux le Saint-Esprit ; ils deviennent de pures machines que le diable pousse à tout ce qu’il lui plaît ; il entre en eux comme il entra dans le troupeau de pourceaux ; et il n’est pas étonnant qu’ils commettent alors avec avidité toute impureté et tout autre crime. Mais ceci m’amène à une
Cinquième considération, qui aggrave fortement le péché d’ivrognerie : il sépare de nous le Saint-Esprit.
Il faut espérer que personne ici présent n’a besoin qu’on lui apprenne qu’avant de pouvoir être assurés que nous sommes vraiment chrétiens, nous devons recevoir le Saint-Esprit, naître de nouveau d’en haut, et avoir l’Esprit de Dieu qui rende témoignage à notre esprit que nous sommes fils de Dieu. Ceci, ceci seul est le vrai christianisme ; et sans l’habitation de ce bienheureux Esprit dans nos cœurs, notre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, et nous n’entrerons point dans le royaume de Dieu.
Or les ivrognes, en fait, ordonnent à ce bienheureux Esprit de se retirer d’eux : car qu’a-t-il à faire avec de si immondes pourceaux ? Ils n’ont ni lot ni part dans l’Esprit du Fils de David. Ils l’ont chassé de leurs cœurs en souillant son temple, j’entends leurs corps. Et il ne peut pas plus avoir de communion avec eux que la lumière n’en peut avoir avec les ténèbres, ou que Christ ne peut s’accorder avec Bélial.
C’est pourquoi l’apôtre, dans les paroles du texte, exhorte les Éphésiens en ces termes : « Ne vous enivrez pas de vin: c’est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit », donnant ainsi à entendre que l’ivrognerie et l’Esprit de Dieu ne sauraient jamais habiter dans le même cœur. Et dans une autre épître, il leur ordonne d’éviter les conversations inutiles, comme une chose qui attriste le Saint-Esprit, par lequel seul ils pouvaient être scellés pour le jour de la rédemption. Et si les conversations inutiles attristent le Saint-Esprit, à quelle distance infinie l’ivrognerie ne doit-elle pas le chasser du cœur des hommes ?
Oh ! si vous étiez sages ! Si vous considériez quelle chose terrible c’est que l’Esprit du Dieu d’amour se retire de vous ! Car, soyez-en assurés, si vous vivez sans lui, vous vivrez sans Dieu dans le monde. Vous êtes dans la même condition misérable et abandonnée que Saül, lorsqu’un mauvais esprit venant de l’Éternel s’empara de lui ; et vous n’êtes qu’autant de vases de colère formés pour la perdition. Mais ceci m’amène à une
Sixième raison contre le péché d’ivrognerie : il rend l’homme absolument impropre à jouir de Dieu dans le ciel, et l’expose à sa colère éternelle.
Voir Dieu et jouir de lui, et être semblables aux anges bienheureux, qui contemplent toujours la face de notre Père céleste dans les gloires de son royaume, c’est un bonheur si inexprimable que les méchants eux-mêmes, bien qu’ils ne veuillent pas vivre de la vie du juste, ne peuvent s’empêcher de souhaiter que leur état futur soit semblable au sien.
Mais pensez-vous, ô ivrognes, que vous aurez jamais part à cet héritage des saints dans la lumière ? Vous flattez-vous que vous, qui avez souvent fait d’eux le sujet de vos chansons d’ivrognes, serez maintenant élevés pour chanter avec eux les cantiques célestes de Sion ? Non ; comme par l’ivrognerie vous avez fait de vos cœurs des cages d’oiseaux impurs, c’est avec des esprits impurs et immondes qu’il vous faudra habiter.
Un Topheth embrasé, allumé par la colère de Dieu, est préparé pour vous recevoir, où vous devrez subir la peine d’un feu éternel, et crier en vain pour une goutte d’eau qui rafraîchisse votre langue. Vous boirez, il est vrai, mais ce sera la coupe de la fureur de Dieu ; car il y aura dans la main de l’Éternel une coupe de fureur, pleine de mélange, et quant à la lie, tous les ivrognes du pays la suceront jusqu’au fond.
Mais peut-être ne croirez-vous pas à ce que nous annonçons. Peut-être ces paroles vous sembleront-elles de vains contes, et je puis vous paraître, comme Lot à ses gendres lorsqu’il vint les avertir de sortir de Sodome, « plaisanter ». Mais si vous ne me croyez pas, croyez la vérité éternelle elle-même, qui a positivement déclaré qu’aucun ivrogne n’entrera jamais dans son royaume.
Et je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre que, aussi sûrement que l’Éternel fit pleuvoir le feu et le soufre dès que Lot fut sorti de Sodome, aussi sûrement Dieu vous jettera dans un étang de feu et de soufre, lorsqu’il viendra exercer la vengeance contre ceux qui ne connaissent pas Dieu et qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ.
Voici donc, je vous l’ai dit d’avance ; souvenez-vous qu’aujourd’hui vous avez été avertis de ce que serait la fin de l’ivrognerie. Et je vous somme, au nom du Dieu que je sers, de me retrouver devant le tribunal de Christ, afin que vous déchargiez mon Maître et moi, et que vous confessiez de votre propre bouche que votre damnation est venue de vous-mêmes, et que nous sommes purs du sang de vous tous.
Mais, Seigneur, personne n’a-t-il cru à notre prédication ? Souffriras-tu que tant de paroles soient dites en vain, si toutefois c’est en vain ? Non, il me semble voir quelques-uns ayant le cœur vivement touché, et prêts à s’écrier, dans le langage de David à Abigaïl : « Béni soit l’Éternel, le Dieu d’Israël, qui t’a envoyé aujourd’hui pour nous parler ! » Car assurément, s’il ne t’avait pas envoyé, ce péché d’ivrognerie aurait été notre ruine ; mais maintenant que nous voyons où il nous mènerait, nous sommes résolus à ne boire aucune liqueur avec excès tant que le monde subsistera, de peur d’être tourmentés dans les flammes de l’enfer.
Mais hélas ! comment serons-nous délivrés de la puissance de ce péché ? Un Éthiopien peut-il changer sa peau, et un léopard ses taches ? Il vous sera presque aussi difficile, à vous qui avez été accoutumés à l’intempérance, d’apprendre à vivre sobrement.
Mais ne désespérez pas ; car ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. À qui donc devriez-vous demander du secours, sinon à lui, votre Seigneur ? Lui qui, à cause de ce péché d’ivrognerie, pourrait justement détourner de vous sa face ; cependant, remarquez ceci :
Premièrement, si vous répandez vos cœurs devant lui dans la prière quotidienne, et si vous demandez du secours d’en haut, peut-être Dieu vous revêtira-t-il de la puissance d’en haut, et vous rendra-t-il plus que vainqueurs par Jésus-Christ. Si vous aviez entretenu la communion avec lui dans la prière, vous n’auriez pas si longtemps, par l’ivrognerie, été en communion avec les démons. Mais, comme l’enfant prodigue, vous avez désiré être vos propres maîtres ; vous avez vécu sans prière, vous vous êtes appuyés sur vos propres forces ; et voyez maintenant, hélas ! sur quel roseau cassé vous vous êtes appuyés. Combien vite vous êtes-vous rendus semblables aux bêtes qui n’ont point d’intelligence ! Mais revenez, revenez de vos mauvaises voies. Venez à lui avec le prodigue repentant, en disant : « Père, nous avons péché » ; nous t’en supplions, ne permets plus que ce péché d’ivrognerie domine sur nous. Saisissez Christ par la foi, et voici ! il vous sera fait comme vous le voulez. Un
Second moyen que je voudrais vous recommander pour venir à bout de l’ivrognerie, c’est de fuir les mauvaises compagnies. Car ce sont les mauvaises conversations des méchants qui ont entraîné bien des milliers d’hommes dans ce péché, et qui ont ainsi corrompu leurs bonnes mœurs.
Mais vous direz peut-être : Si je quitte mes compagnons, je dois m’attendre au mépris ; car ils me mépriseront certainement parce que je me singularise. Et penses-tu, ô homme, entrer jamais par la porte étroite, par une vraie conversion, sans être un objet de risée pour ceux qui t’entourent ? Non ; tu peux être méprisé et ne pas aller au ciel, mais tu ne peux aller au ciel sans être méprisé : « Car l’amour du monde est inimitié contre Dieu. » Et ceux qui sont nés selon la chair persécuteront ceux qui sont nés selon l’Esprit. Ne laisse donc pas une crainte servile d’être méprisé par un homme qui mourra t’empêcher de te tourner vers le Dieu vivant. Car qu’est-ce qu’un peu de mépris ? Ce n’est qu’une vapeur qui s’évanouit et ne revient plus. Mieux vaut être tourné en dérision par quelques compagnons ici-bas, que d’être couvert de honte plus tard devant les hommes et les anges. Mieux vaut être la chanson de quelques ivrognes sur la terre, que d’habiter avec eux là où ils se reprocheront et se maudiront éternellement les uns les autres dans l’enfer. Encore un peu de temps, et eux-mêmes loueront ta conduite, et diront : Insensés que nous étions, nous regardions comme une folie qu’il nous quittât, et sa fin comme sans honneur ; mais comment est-il compté parmi les enfants de Dieu, et son partage est-il parmi les saints !
Mais je me hâte de proposer un
Troisième moyen pour ceux qui voudraient vaincre le péché d’ivrognerie : entrer dans une vie de stricte renonciation à soi-même et de mortification ; car cette sorte de péché ne sort que par la prière et par le jeûne. Il est vrai que cela peut sembler une tâche difficile ; mais alors, c’est à nous-mêmes que nous devons nous en prendre ; car si nous avions commencé plus tôt, notre ouvrage eût été plus facile. Et même maintenant, si seulement vous voulez lutter, le joug de la mortification deviendra de jour en jour plus léger.
Et maintenant, pour conclure, je ne puis m’empêcher d’exhorter toutes les personnes, grands et petits, riches et pauvres, à pratiquer une stricte renonciation à elles-mêmes dans le manger et le boire. Car, bien que « le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire », un usage abstème [modéré, sobre, tempérant] des bonnes créatures de Dieu favorise grandement la vie spirituelle. Et peut-être y en a-t-il davantage qui se perdent en vivant dans une sensualité réglée que par le péché même contre lequel je vous ai mis en garde. Je sais bien que beaucoup, qui ne sont que presque chrétiens, et qui cherchent, mais ne s’efforcent pas d’entrer dans le royaume de Dieu, allèguent un texte de l’Écriture pour justifier leur complaisance envers eux-mêmes, en disant que « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ». Et nous l’accordons, quand on en use avec modération ; mais ils devraient considérer qu’il est possible, que dis-je, l’expérience journalière le prouve, qu’une personne mange et boive assez peu pour ne pas nuire à son corps, et cause néanmoins un tort infini à son âme : car la complaisance envers soi-même endort l’âme dans un sommeil spirituel, aussi bien que l’intempérance directe ; et bien que celle-ci puisse nous exposer à plus de mépris parmi les hommes, celle-là, si l’on y persévère, nous fermera tout aussi sûrement l’accès de la présence de Dieu. Saint Paul le savait fort bien ; et c’est pourquoi, bien qu’il fût le père spirituel de milliers d’âmes, et près d’achever sa course, il dit que c’était sa pratique journalière de « traiter durement son corps et le tenir assujetti, de peur qu’après avoir prêché aux autres, il ne fût lui-même rejeté », c’est-à-dire désapprouvé, ou de faire quelque chose qui pût le rendre un sujet d’offense ou une pierre d’achoppement pour quelqu’un des enfants de Dieu : car quant à sa propre persévérance finale et à celle de tous les autres saints, il n’en doute aucunement, comme il ressort de plusieurs de ses épîtres ; et le mot ἀδόκιμος a ce sens en 2 Corinthiens 13:5 et en divers autres endroits. Mais pourquoi alléguer l’exemple de l’apôtre pour vous exciter à une stricte tempérance dans le manger et le boire ? Laissez-moi plutôt vous exhorter seulement à mettre en pratique la dernière partie du texte, à travailler à être « remplis de l’Esprit » de Dieu, et alors vous ne fouillerez plus les Écritures pour y trouver des arguments en faveur de la complaisance envers vous-mêmes ; mais vous agirez sincèrement avec vous-mêmes, et vous ne mangerez ni ne boirez jamais plus que ce qui s’accorde avec les préceptes les plus stricts de l’Évangile. Oh ! demandez à Dieu de voir combien vous êtes déchus en Adam, et la nécessité d’être renouvelés par l’Esprit de Jésus-Christ avant de pouvoir être heureux ! Supplions-le de nous éclairer pour voir la perfidie de nos cœurs corrompus, et combien ces corps doivent être purs et saints, puisqu’ils doivent être les temples vivants du Saint-Esprit ; et alors nous nous montrerons des hommes. Et, étant faits temples du Saint-Esprit par son habitation dans nos corps ici-bas, bien qu’après la mort les vers les détruisent, ils seront cependant ressuscités par le même Esprit, à la résurrection générale du dernier jour, pour être rendus semblables au corps glorieux de Christ.
Ce que Dieu veuille nous accorder dans sa miséricorde infinie, etc.
Chapitre 52 terminé
L’odieux péché d’ivrognerie