Chapitre 50 · 27 min de lecture · 34 min d’écoute
Les chrétiens, temples du Dieu vivant
Ésaïe, parlant de la gloire des jours de l’Évangile, disait : « Jamais on n’a appris ni entendu dire, Et jamais l’œil n’a vu, ô Dieu, hormis toi, ce qu’il a préparé pour celui qui s’attend à lui. » Chap. 64:4. Si un monde plongé dans le mal pouvait en être réellement convaincu, il n’aurait besoin d’aucun autre motif pour être amené à renoncer à lui-même, à se charger de sa croix et à suivre Jésus-Christ. Et si les croyants avaient toujours cette vérité profondément gravée dans leur âme, ils ne pourraient que s’abstenir de tout mal, aspirer continuellement à tout bien, et, en un mot, mettre tout leur zèle à marcher d’une manière digne de celui qui les a appelés à son royaume et à sa gloire. Si je ne me trompe, c’est là le but que se propose l’apôtre Paul dans les paroles du texte : « Vous êtes le temple du Dieu vivant » ; paroles adressées d’abord à l’Église de Corinthe, mais qui nous appartiennent également, à nous, à nos enfants, et à tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. Vous en donner le vrai sens, puis en faire l’application pratique, tel sera mon effort dans le discours qui suit.
C’est ainsi que les chrétiens sont « le temple du Dieu vivant », du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; ceux qui tinrent autrefois conseil pour créer l’homme ont tous une part égale à préparer et à accomplir efficacement sa rédemption. Le Père crée, le Fils rachète, et le Saint-Esprit sanctifie tout le peuple élu de Dieu. Aimés de toute éternité, ils sont efficacement appelés dans le temps, ils sont choisis du milieu du monde ; et, non seulement par une consécration extérieure et formelle au baptême ou à la sainte cène, mais par une offrande libre, volontaire et sans contrainte, ils se consacrent, esprit, âme et corps, au service entier de celui qui les a aimés et qui s’est donné lui-même pour eux.
Voilà la religion pure et sans tache devant Dieu notre Père céleste ; voilà le culte raisonnable du vrai chrétien, ou, comme quelques-uns pensent que le mot le signifie, voilà le service qui nous est demandé dans la Parole de Dieu. Il n’implique rien de moins qu’un renoncement total au monde ; en un mot, il fait de toute la vie du chrétien un seul sacrifice continuel d’amour envers Dieu ; de sorte que, « soit qu’il mange, soit qu’il boive, il fait tout pour sa gloire ». Non que je veuille insinuer par là que, pour être chrétiens, ou, pour nous en tenir aux paroles de notre texte, pour être temples du Dieu vivant, nous devions devenir ermites, ou nous enfermer dans des couvents ou des cloîtres ; loin de moi cette pensée ! Non. La religion que prescrit cette Bible que je tiens à la main est une religion sociale, une religion également praticable pour les grands et pour les petits, pour les riches et pour les pauvres, et qui exige absolument que l’on s’acquitte comme il convient de tous les devoirs de relation, dans quelque condition de vie qu’il plaise à Dieu de nous placer et de nous maintenir.
Que quelques-uns, à toutes les époques de l’Église, se soient littéralement séparés du monde, et que, par un désir sincère de sauver leur âme et d’atteindre de plus hauts degrés de perfection chrétienne, ils se soient entièrement voués à la solitude et à la retraite, c’est ce dont je ne doute nullement. Mais un tel zèle n’est en aucune manière selon la connaissance ; car les simples chrétiens, aussi bien que les ministres, sont appelés « le sel de la terre, et les lumières du monde », et il leur est commandé de « faire luire leur lumière devant les hommes ». Mais comment le faire, si nous nous enfermons, et nous excluons par là entièrement de toute espèce de commerce avec le monde ? Ou, à supposer que nous puissions prendre les ailes de l’aurore et nous enfuir dans les parties les plus lointaines et les plus désolées de la terre, à quoi cela nous servirait-il, à moins de pouvoir convenir avec un cœur méchant et un tentateur méchant qu’ils ne nous y poursuivront ni ne nous y tourmenteront ?
Bien loin de trouver ainsi le repos et la consolation, nous découvririons bientôt au contraire, je crois, par notre expérience, la vérité de ce qu’un ermite lui-même me dit un jour : qu’un arbre isolé est le plus exposé et le plus en butte aux plus violents coups de vent. Lorsque notre Sauveur devait être tenté par le diable, il fut conduit par l’Esprit dans le désert. Combien cela est contraire à la pratique de ceux qui vont au désert pour éviter la tentation ! Assurément, de tels hommes oublient la requête que notre bienheureux Seigneur présenta pour nous : « Père, je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. » Voici donc ce que c’est que d’être vraiment chrétien : être dans le monde, et pourtant n’être pas du monde ; avoir les mains occupées sur la terre, selon nos conditions respectives dans la vie, et en même temps le cœur attaché aux choses d’en haut. Alors, en vérité, nous sommes « temples du Dieu vivant », lorsque, avec une humble hardiesse, nous pouvons dire avec un grand et bon soldat de Jésus-Christ que nous sommes les mêmes au salon que dans notre cabinet ; que nous pouvons le soir nous défaire de nos soucis comme nous nous défaisons de nos vêtements ; et qu’étant en paix avec le monde, avec nous-mêmes et avec Dieu, il nous est indifférent de dormir ou de mourir.
De plus, le temple des Juifs était une maison de prière. « Ma maison (dit le grand Dieu) sera appelée une maison de prière » ; ce qui implique que le cœur des vrais croyants est le siège de la prière. C’est dans ce but qu’il fut bâti et orné de tels ustensiles. Salomon, dans l’admirable prière qu’il adressa à Dieu lors de la dédicace du temple, dit : « Daigne exaucer la supplication de ton serviteur et de ton peuple d’Israël, lorsqu’ils prieront en ce lieu ! » Et c’est de là, je suppose, que Daniel, cet homme bien-aimé, au temps de la captivité, « priait, comme il le faisait auparavant, trois fois le jour, le visage tourné vers le temple ». Et ce qui avait été dit du premier temple, notre Seigneur l’applique au second : « Ma maison sera appelée une maison de prière. » À cet égard aussi, les vrais croyants peuvent être appelés « le temple du Dieu vivant ». Car, étant entièrement voués et consacrés à Dieu, à un Dieu en Christ, leur cœur devient le siège de la prière, d’où, comme d’autant d’autels vivants, un sacrifice perpétuel de prière et de louange (semblable, quoique infiniment supérieur, à l’offrande perpétuelle sous l’économie mosaïque) monte continuellement et est offert au Père des miséricordes, au Dieu de toute consolation. Ceux-là, et ceux-là seuls, qui adorent ainsi Dieu dans le temple de leur cœur, peuvent véritablement être dits faits sacrificateurs pour Dieu, ou être appelés un sacerdoce royal ; ceux-là, et ceux-là seuls, peuvent véritablement être appelés « le temple du Dieu vivant », parce que ceux-là seuls le prient, comme quelqu’un l’a dit, dans le temple de leur cœur, et l’adorent par conséquent en esprit et en vérité.
Que personne ne dise qu’une telle dévotion est impraticable, ou du moins praticable seulement pour un petit nombre, et pour ceux qui n’ont rien à faire avec les affaires ordinaires de la vie ; car c’est le devoir et le privilège communs de tous les vrais chrétiens. « Prier sans cesse » et « se réjouir toujours dans le Seigneur » sont des préceptes qui obligent également tous ceux qui prononcent le nom de Christ. Et bien qu’il faille convenir qu’il est difficile à des personnes plongées dans le monde de servir le Seigneur sans distraction ; et bien que nous devions avouer que la lampe de la dévotion, même chez les meilleurs des saints, brûle parfois trop faiblement, ceux qui sont le temple du Dieu vivant trouvent cependant que la prière est leur élément même ; et, quand ceux qui font cette objection en viendront une fois à aimer la prière comme certains malheureux aiment à jurer, ils n’auront pas plus de difficulté à prier et à louer Dieu toujours que ces malheureuses créatures n’en ont à maudire et à jurer toujours. Ce qui a été avancé est bien loin d’être un état propre aux personnes entièrement retirées du monde.
Mes frères, l’amour de Dieu est tout en tous. Lorsque nous le possédons une fois, comme nous devons certainement le posséder si nous sommes « le temple du Dieu vivant », la méditation, la prière, la louange et les autres exercices spirituels deviennent habituels et délicieux. Une fois touchée par cet aimant divin, l’âme sent pour toujours une attraction divine, et se tourne continuellement vers son centre, Dieu ; et si elle en est détournée par quelque tentation soudaine ou violente, néanmoins, lorsque cet obstacle est ôté, comme une aiguille touchée par la pierre d’aimant lorsqu’on en retire le doigt, elle se tourne de nouveau vers son repos, son centre, son Dieu, son Tout.
Le temple des Juifs était aussi un lieu où le grand Jéhovah se plaisait à résider d’une manière plus immédiate. C’est pourquoi il est dit qu’il y mettait et y faisait rappeler son nom, et qu’il siégeait ou habitait entre les chérubins ; et lorsque Salomon en fit la première dédicace, il nous est dit que « la nuée remplit la maison de l’Éternel. Les sacrificateurs ne purent pas y rester pour faire le service, à cause de la nuée; car la gloire de l’Éternel remplissait la maison de l’Éternel ». Et pourquoi toute cette étonnante manifestation de la gloire divine ? Pour ceci même, ô homme : pour te montrer comment celui qui est haut et élevé, dont la demeure est éternelle, voulait faire du cœur des croyants son temple vivant, et habiter et faire sa demeure en tous ceux qui tremblent à sa parole.
C’est à cela que l’apôtre fait plus particulièrement allusion dans les paroles qui suivent immédiatement notre texte ; car, après avoir appelé les Corinthiens « le temple du Dieu vivant », il ajoute : « comme Dieu l’a dit: J’habiterai et je marcherai au milieu d’eux; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ». Étranges et fortes expressions que celles-là ! Mais, si étranges et si fortes qu’elles soient, elles doivent être éprouvées par tous ceux qui sont vraiment « le temple du Dieu vivant ». Car il est dit d’eux qu’ils sont « choisis pour être une sainte habitation par l’Esprit ; qu’ils demeurent en Dieu et Dieu en eux ; qu’ils ont le témoignage en eux-mêmes, et que l’Esprit de Dieu rend témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu ». Ces expressions ne signifient ni plus ni moins que la prière que notre Seigneur présenta pour son Église et son peuple peu avant sa douloureuse passion : « afin qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux, et toi en moi, afin qu’ils soient parfaitement un » ; ce glorieux passage, notre Église l’adopte dans son excellent office de la communion, et elle est si loin de penser que ce fût là le privilège des seuls apôtres, qu’elle affirme dans les termes les plus forts que c’est le privilège de tout communiant qui s’approche dignement. Car alors (dit-elle), si nous recevons dignement le sacrement, nous sommes un avec Christ, et Christ est un avec nous ; nous demeurons en Christ, et Christ en nous. Et qu’est-ce autre chose que cette inspiration du Saint-Esprit que nous demandons au commencement de cet office, et cette communion du Saint-Esprit que le ministre, à la fin de la prière publique de chaque jour, supplie le Seigneur d’accorder à nous tous pour toujours ?
Mes frères, le temps me manquerait pour mentionner tous les passages de l’Écriture, et les diverses parties de notre liturgie, de nos articles et de nos homélies, qui parlent de cette inestimable bénédiction, l’habitation du bienheureux Esprit, par laquelle nous devenons en vérité « les temples du Dieu vivant ». Si vous avez des yeux qui voient, ou des oreilles qui entendent, vous pouvez la contempler presque à chaque page des oracles vivants, et dans chaque partie de ces offices dont quelques-uns d’entre vous se servent chaque jour, et qu’ils entendent lire dans le culte public du Dieu tout-puissant. En affirmant donc cette doctrine, nous ne débitons pas les lubies d’un cerveau dérangé et d’une imagination échauffée ; nous ne mettons pas non plus en avant des doctrines nouvelles, ni n’établissons les opinions particulières d’une secte ou d’une dénomination chrétienne quelconque ; mais nous prononçons des paroles de vérité et de bon sens, nous vous montrons la bonne et ancienne voie, celle-là même sur laquelle les articles de toutes les Églises réformées, et tous les chrétiens sincères de tous les partis, si différents qu’ils soient à d’autres égards, s’accordent universellement. Nous insistons maintenant sur un point qu’on peut proprement appeler le schibboleth chrétien, quelque chose qui est le grand critère de notre très sainte religion ; et c’est à cause de cela que le saint Ignace, l’un des premiers Pères de l’Église, avait coutume de s’appeler lui-même porteur de Dieu, et d’appeler ainsi le peuple à qui il écrivait. C’est pour cela, comme on le rapporte de lui, qu’il fut traduit devant Trajan, qui dit impérieusement : Où est cet homme qui dit qu’il porte Dieu avec lui ? Avec une humble hardiesse, il répondit : C’est moi ; puis il cita le passage du texte : « Vous êtes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit: J’habiterai et je marcherai au milieu d’eux; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » Là-dessus, pour le guérir de son enthousiasme, il fut condamné à être dévoré par les lions.
Béni soit Dieu ! Nous ne courons pas aujourd’hui le danger d’être cités devant de tels Trajans persécuteurs : sous notre gouvernement présent, doux et heureux, le fouet de la langue est tout ce dont ils peuvent légalement nous frapper. Mais s’il leur était permis d’aller plus loin, nous n’aurions pas à rougir de rendre témoignage par cette belle confession. La grâce de souffrir sera donnée pour les temps de souffrance ; et si, comme Ignace, nous sommes porteurs de Dieu, nous aussi serons rendus capables de dire avec lui, lorsqu’on nous mènera aux lions dévorants : C’est maintenant que je commence à être disciple de Christ.
Mais il est temps pour moi,
Secondement, de faire quelque application pratique de ce qui a été dit. Vous avez entendu en quel sens les vrais chrétiens sont « le temple du Dieu vivant ». Vous demanderai-je : Croyez-vous ces choses ? Je sais, et j’en suis persuadé, que quelques-uns d’entre vous les croient en vérité, non parce que je vous les ai dites, mais parce que vous en avez vous-mêmes fait l’expérience.
Je vous en félicite du fond de mon âme. Oh ! que vos cœurs soient accordés aujourd’hui pour « exalter le Seigneur », et vos esprits disposés à « se réjouir en Dieu, votre Sauveur » ! Comme la vierge Marie, vous avez été grandement favorisés, et désormais toutes les générations du peuple de Dieu vous diront bienheureux. Vous pouvez appeler Christ Seigneur par le Saint-Esprit, et vous avez par là une preuve intérieure, aussi bien qu’extérieure, de la divinité, tant de sa personne que de sa sainte Parole. Vous pouvez maintenant prouver que ce livre méprisé, appelé par excellence les Écritures, renferme la volonté parfaite et agréable de Dieu. Vous avez trouvé que le second Adam est un esprit vivifiant ; il vous a fait passer de la mort à la vie. Et, ainsi enseignés et nés de Dieu, si ignorants que vous soyez à d’autres égards, vous pouvez dire : « Ne serait-ce point le Christ ? » Ô bénédiction ineffable ! Privilège inconcevable ! L’Esprit de Dieu rend témoignage à votre esprit que vous êtes enfants de Dieu. Quand vous y pensez, n’êtes-vous pas prêts à vous écrier avec le disciple bien-aimé : « Quel amour est-ce donc, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! » Je crois que ce saint homme était en extase lorsqu’il écrivit ces paroles ; et, bien qu’il soit au ciel depuis si longtemps, sa surprise extatique ne fait pourtant que commencer, et ne sera jamais qu’un commencement à travers les siècles de l’éternité. Ainsi en sera-t-il aussi de vous tous dont celui qui est haut et élevé, dont la demeure est éternelle, a fait ses temples vivants. Car il vous a scellés pour le jour de la rédemption, et il vous a donné les arrhes de votre héritage à venir. Ses yeux et son cœur seront donc continuellement sur vous ; et, en dépit de toute l’opposition des hommes ou des démons, la pierre du faîte de cet édifice spirituel sera posée, et vous crierez : « Grâce, grâce pour elle ! » Vos corps seront rendus semblables au corps glorieux du Rédempteur, et vos âmes, où (ô condescendance infinie !) il se plaît maintenant à habiter, seront remplies jusqu’à toute la plénitude de Dieu. Vous n’en sortirez plus alors ; vous n’aurez plus besoin alors de la lumière du soleil ni de la lumière de la lune, car le Seigneur lui-même sera votre temple, et l’Agneau qui est au milieu sera votre gloire. Bien-aimés dans le Seigneur, que dites-vous de ces choses ? Vos cœurs ne brûlent-ils pas au-dedans de vous, tandis que vous pensez à ces vérités de Dieu, profondes mais glorieuses ? Tandis que je les médite et que j’en parle, il me semble qu’un feu s’allume jusque dans ce cœur froid et glacé qui est le mien. Oh ! que rendrons-nous au Seigneur pour toutes ces miséricordes ? Assurément, il a fait pour nous de grandes choses : combien sa bonté est grande, et sa libéralité ! Ô la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur de l’amour de Dieu ! Assurément, il surpasse toute connaissance. Oh ! que nous ayons de l’humilité, et un sentiment de ces choses qui abaisse l’âme et qui exalte Dieu ! Lorsque la bienheureuse vierge alla dans la montagne pour rendre visite à sa cousine Élisabeth, celle-ci, stupéfaite d’une telle faveur, s’écria : « Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ? » Et lorsque le grand Jéhovah remplit le temple de sa gloire, le roi Salomon, de l’abondance de son cœur, éclata en cette exclamation pathétique : « Mais quoi! Dieu habiterait-il véritablement avec l’homme sur la terre ? » Avec combien plus d’étonnement devrions-nous dire : Et le Seigneur lui-même viendra-t-il véritablement à nous ? Celui qui est haut et élevé, dont la demeure est éternelle, habitera-t-il dans nos cœurs terrestres et en fera-t-il ses temples vivants ? Mes frères, d’où vient cela ? De quelque aptitude prévue en nous ? Non, je sais que vous désavouez une pensée si inconvenante. Est-ce donc du bon usage de notre libre arbitre ? Non, je suis persuadé que vous ne voudrez pas avilir ainsi les richesses de la grâce gratuite de Dieu. N’êtes-vous pas tous prêts à dire : Non pas à nous, non pas à nous, mais à ton amour et à ta miséricorde gratuits, immérités, souverains et discernants, ô Seigneur, soit toute la gloire ! C’est cela, et cela seul, qui a fait la différence entre nous et les autres. Nous n’avons rien qui ne nous soit gratuitement donné d’en haut : si nous aimons Dieu, c’est parce que Dieu nous a aimés le premier. Portons donc les regards sur le rocher d’où nous avons été taillés, sur le creux de la fosse d’où nous avons été tirés. Et s’il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union d’esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, appliquons-nous et efforçons-nous de marcher comme il convient à ceux qui ont été faits les temples du Dieu vivant, ou, comme l’apôtre s’exprime ailleurs, « un temple saint dans le Seigneur ». Quelles ne doivent pas être la sainteté de la conduite et la piété de tels hommes ? Avec quelle sainteté et quelle pureté ne devrions-nous pas vivre ! Comme notre apôtre le dit dans un autre endroit : « Car quel rapport y a-t-il entre la justice et l’iniquité? Ou qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres? Quel accord y a-t-il entre Christ et Bélial ? » Ceux qui sont les temples du Dieu vivant se laisseront-ils devenir des cavernes de voleurs et des cages d’oiseaux impurs ? Laissera-t-on des pensées vaines et impudiques habiter en eux ? Bien moins encore concevront-ils ou commettront-ils rien d’impur ! Provoquerons-nous la jalousie du Seigneur ? À Dieu ne plaise ! Nous savons tous avec quelle ardeur singulière notre bienheureux Rédempteur purifia un temple terrestre ; le zèle de la maison de son Père le dévorait : avec quelle sainte véhémence ne renversa-t-il pas les tables des changeurs, et ne chassa-t-il pas devant lui, à coups de fouet, ceux qui vendaient et ceux qui achetaient ! Pourquoi ? Ils faisaient de la maison de son Père une maison de trafic : ils avaient fait de la maison de prière une caverne de voleurs.
Ô mes frères, combien de fois vous et moi ne nous sommes-nous pas rendus coupables de ce grand mal ? Combien de fois la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie n’ont-ils pas insensiblement dérobé nos cœurs à Dieu ? Autrefois, ils étaient vraiment des maisons de prière ; la foi, l’espérance, l’amour, la paix, la joie et tous les autres fruits du bienheureux Esprit y logeaient ; mais maintenant, oh ! maintenant, ce sont peut-être des voleurs et des brigands. Hinc illa lachryma. De là ces moments où Dieu cache sa face, cette sécheresse, cette mort et cette stérilité de l’âme, ces nuits et ces jours de lassitude que beaucoup d’entre nous ont sentis de temps à autre, et sous lesquels nous avons dû gémir. De là ces plaintes douloureuses et déchirantes : « Oh ! si je savais où le trouver ! Oh ! s’il en était de moi comme aux jours d’autrefois, quand la lampe du Seigneur brillait d’un vif éclat sur mon âme ! » De là ces épreuves domestiques, ces pertes et ces déceptions personnelles ; et à cela quelques-uns d’entre nous peuvent peut-être ajouter : de là tous ces châtiments publics dont nous avons été visités ; ce ne sont tous que des fouets de petites cordes dans les mains du Rédempteur plein d’amour, pour chasser hors du temple de nos cœurs ceux qui vendent et ceux qui achètent. Oh ! puissions-nous connaître la verge et celui qui l’a ordonnée ! Il nous a châtiés avec des fouets : puissions-nous être sages, et, par une marche plus attentive et plus circonspecte, l’empêcher de nous châtier à l’avenir avec des scorpions ! Mais qui est suffisant pour cela ? Nul autre que toi, ô Seigneur, à qui seul tous les cœurs sont ouverts, tous les désirs connus, et pour qui aucun secret n’est caché ! Purifie donc les pensées de nos cœurs par l’inspiration de ton bienheureux Esprit, afin que désormais nous t’aimions plus parfaitement et que nous glorifiions plus dignement ton saint nom !
Mais quelques-uns d’entre vous ne sont-ils pas prêts à objecter et à craindre que le Seigneur ait oublié de faire grâce, qu’il ait, dans sa colère, fermé ses compassions, et qu’il ne se laisse plus fléchir ? C’est ainsi que pensa autrefois le psalmiste, lorsque, pour ses égarements, il fut visité par la main pesante de Dieu. Mais il reconnut que c’était là son infirmité ; et, que vous y pensiez ou non, je vous le dis, c’est là votre infirmité. Ô vous, âmes abattues, découragées et défiantes, écoutez la parole du Seigneur, et rappelez-vous ses merveilleuses déclarations d’autrefois à son peuple : « C’est moi, moi qui efface tes transgressions : quelques instants je t’avais abandonnée, mais avec des compassions éternelles je te rassemblerai. Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ? Oui, elle le peut ; mais le Seigneur ne vous oubliera pas, gens de peu de foi. Car comme un père a compassion de ses enfants, L’Éternel a compassion de ceux qui le craignent. Comment te livrerais-je, ô Éphraïm ? Te traiterai-je comme Adma? Te rendrai-je semblable à Tseboïm ? » Et quel est le fruit de toutes ces interrogations ? « Toutes mes compassions sont émues. Je n’agirai pas selon mon ardente colère, Je renonce à détruire Éphraïm; Car je suis Dieu, et non pas un homme. » Et le langage de tous ces passages si touchants n’est-il pas semblable à celui de Joseph à ses frères troublés et convaincus par leur propre conscience : « Approchez-vous de moi » ? Oh ! puisse-t-on dire de vous ce qui est dit d’eux : « Et ils s’approchèrent. » Alors vous trouveriez par une heureuse expérience que l’Éternel, l’Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant, est vraiment lent à la colère et riche en bonté, et qu’il se repent des maux qu’il envoie. Qui sait s’il ne descendra pas aujourd’hui, à cette heure, bien plus, en ce moment même, et ne visitera pas soudainement de nouveau le temple de vos cœurs ? Qui sait s’il ne ranimera pas son œuvre dans vos âmes précieuses, s’il ne vous fera pas revenir à votre premier amour, s’il ne vous aidera pas à pratiquer vos premières œuvres, et même s’il ne dépassera pas vos espérances, en faisant que la gloire de cette seconde visitation surpasse la gloire même qui remplit vos cœurs en ce jour heureux, à jamais inoubliable, où il daigna pour la première fois faire de vous ses temples vivants ? Oui, Père, qu’il en soit ainsi, puisque cela te semble bon !
Mais l’application de notre sujet ne doit pas s’arrêter ici. Jusqu’à présent, j’ai donné le pain aux enfants ; et c’est ma nourriture et mon breuvage de le faire : mais ne faut-il rien dire à ceux d’entre vous qui sont du dehors ? Je veux dire à ceux qui ne peuvent encore dire qu’ils sont « le temple du Dieu vivant ». Et oh ! combien grand peut être votre nombre, si l’on vous met tous ensemble : selon toute probabilité, de beaucoup la plus grande partie de cet auditoire. Ne dites pas que je manque de charité ; le Dieu de vérité l’a dit : « étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent ». Souffrez que je vous parle franchement, mes frères ; vous avez entendu ce qui a été dit sur les paroles de notre texte, et ce qui doit être opéré en nous avant que nous puissions véritablement dire que nous sommes « le temple du Dieu vivant ». En est-il ainsi de vous ? Êtes-vous séparés du monde et des dispositions mondaines ? Vos cœurs sont-ils devenus des maisons de prière ? L’Esprit de Dieu habite-t-il dans vos âmes ? Et, soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, quant à la pente habituelle de votre esprit, faites-vous tout pour la gloire de Dieu ? Ce sont là des questions courtes, mais claires, et, permettez-moi de vous le dire, très importantes. Quelle réponse pouvez-vous y faire ? Ne dites pas : « Pour le moment retire-toi; quand j’en trouverai l’occasion, je te rappellerai. » Je ne veux pas, je ne dois pas souffrir que vous m’éconduisiez ainsi ; je demande une réponse au nom de l’Éternel des armées. Que dites-vous ? Il me semble vous entendre dire : « Nous avons été consacrés à Dieu par le baptême, nous allons à l’église ou au temple, nous disons nos prières, nous récitons nos symboles, ou nous avons souscrit les articles et la confession de foi ; nous sommes parfaitement orthodoxes, et grands amis des doctrines de la grâce ; nous ne faisons de mal à personne, nous sommes d’honnêtes gens de bonne morale, nous sommes membres de l’Église, nous maintenons le culte de famille, et nous allons constamment à la table du Seigneur. » Toutes ces choses sont bonnes à leur place. Mais vous pouvez aller jusque-là, bien plus, beaucoup plus loin, et cependant être loin du royaume de Dieu. Le serviteur inutile ne faisait de mal à personne ; et les vierges folles avaient la lampe d’une profession extérieure, et montèrent jusqu’à la porte du ciel, appelant Christ « Seigneur, Seigneur ». Ces choses peuvent faire de vous des sépulcres blanchis, mais non « les temples du Dieu vivant ». Hélas ! hélas ! il vous manque encore une chose, la seule chose principale, sans laquelle tout n’est rien ; je veux dire l’habitation du bienheureux Esprit de Dieu, sans laquelle vous ne pourrez jamais devenir « les temples du Dieu vivant ».
Réveillez-vous donc, formalistes abusés, réveillez-vous, vous qui, vainement enflés de tout l’appareil de vos pratiques, vous écriez avec vanterie : « Le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel, c’est nous ! » Réveillez-vous, adorateurs du parvis extérieur : vous bâtissez sur un fondement de sable ; prenez garde d’aller, vous aussi, en enfer par la porte même du ciel. Voici, souvenez-vous que je vous l’ai annoncé d’avance.
Et quant à vous qui n’avez fait aucune de ces choses, qui, au lieu de faire une profession extérieure de religion, avez pour ainsi dire renié votre baptême, publiez votre péché comme Sodome, et vivez volontairement et audacieusement sans Dieu dans le monde, je vous le demande : comment pouvez-vous penser échapper, si vous persistez à négliger un si grand salut ? En vérité, je désespérerais entièrement que vous parveniez jamais au bienheureux privilège d’être temples du Dieu vivant, si je n’entendais parler de milliers d’hommes qui, par la grâce de Dieu, ont été transportés d’un semblable état de ténèbres à son admirable lumière. Tels, dit l’apôtre Paul, écrivant à ces mêmes Corinthiens qui étaient maintenant les temples vivants de Dieu (ivrognes, débauchés, adultères et autres semblables), « c’est là ce que vous étiez, quelques-uns de vous. Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l’Esprit de notre Dieu ». Oh ! que ce même bienheureux Esprit daigne venir aujourd’hui vous arracher, vous aussi, comme des tisons du feu ! Voici, je vous avertis de fuir la colère à venir. Retournez chez vous, et méditez ces choses ; et considérez s’il n’est pas infiniment meilleur, dès ici-bas, d’être temples du Dieu vivant que d’être esclaves de toute convoitise brutale, et d’être retenus captifs par le diable pour faire sa volonté. Le Seigneur Jésus le peut, et, si vous fuyez vers lui pour y chercher un refuge, il mettra vos âmes en liberté. Il a emmené des captifs, il est monté en haut, tout exprès pour recevoir ce don du bienheureux Esprit de Dieu pour les hommes, « même pour les rebelles », afin d’habiter dans vos cœurs par la foi ici-bas, et de vous préparer ainsi à habiter avec lui et avec toute l’armée céleste dans son royaume dans l’autre vie.
Que ce soit là l’heureux partage de vous tous, Dieu veuille l’accorder dans son infinie miséricorde, pour l’amour de son cher Fils, Jésus-Christ notre Seigneur ; à qui, avec le Père et le bienheureux Esprit, trois personnes, mais un seul Dieu, soient attribués toute puissance, toute force, toute majesté et toute domination, maintenant et à jamais. Amen ! Et amen !
Chapitre 50 terminé
Les chrétiens, temples du Dieu vivant