Chapitre 49 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute
De la régénération
La doctrine de notre régénération, ou nouvelle naissance en Jésus-Christ, bien qu’elle soit l’une des doctrines les plus fondamentales de notre sainte religion ; bien qu’elle nous soit si clairement et si souvent inculquée dans les saintes Écritures, « afin qu’on la lise couramment » ; bien plus, bien qu’elle soit le pivot même sur lequel roule le salut de chacun de nous, et un point, de surcroît, sur lequel tous les chrétiens sincères, de toute dénomination, sont d’accord ; elle est pourtant si rarement méditée, et si peu comprise par expérience par la généralité de ceux qui font profession de religion, que, si nous devions juger de sa vérité par l’expérience de la plupart de ceux qui se disent chrétiens, nous serions portés à croire qu’ils n’ont « pas même entendu dire » qu’il y ait quelque chose comme la régénération. Il est vrai que les hommes, pour la plupart, sont orthodoxes sur les articles communs de leur symbole ; ils croient qu’« il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » ; et qu’il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné par lequel ils puissent être sauvés, hormis le sien : mais dites-leur ensuite qu’ils doivent être régénérés, qu’ils doivent naître de nouveau, qu’ils doivent être renouvelés dans l’esprit même, dans les facultés les plus intimes de leur intelligence, avant de pouvoir véritablement appeler Christ « Seigneur, Seigneur », ou avoir quelque preuve qu’ils ont part aux mérites de son sang précieux ; et ils sont prêts à s’écrier avec Nicodème : « Comment cela peut-il se faire ? » ou avec les Athéniens, en une autre occasion : « Que veut dire ce discoureur ? Il semble qu’il annonce des divinités étrangères » ; parce que nous leur prêchons Christ et la nouvelle naissance.
Afin donc d’apporter mon obole pour guérir l’erreur fatale de ces personnes, qui voudraient ainsi séparer ce que Dieu a uni d’une manière inséparable, et qui s’imaginent vainement être justifiées par Christ, ou avoir reçu le pardon de leurs péchés et l’imputation de sa parfaite obéissance, alors qu’elles ne sont pas sanctifiées, que leur nature n’a pas été changée ni rendue sainte, je vous demanderai la permission de développer les paroles du texte de la manière suivante :
Premièrement, je m’efforcerai d’expliquer ce que signifie être en Christ : « Si quelqu’un est en Christ. »
Secondement, ce que nous devons entendre par être une nouvelle créature : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. »
Troisièmement, j’apporterai quelques arguments pour établir l’affirmation de l’apôtre. Et
Quatrièmement, je tirerai quelques conséquences de ce qui aura été dit, puis je conclurai par un mot ou deux d’exhortation.
Premièrement, je dois m’efforcer d’expliquer ce que signifie cette expression du texte : « Si quelqu’un est en Christ. »
Or, on peut dire d’une personne qu’elle est en Christ de deux manières.
Premièrement, par une simple profession extérieure. Et en ce sens, quiconque est appelé chrétien, ou baptisé dans l’Église de Christ, peut être dit en Christ. Mais que ce ne soit pas là le seul sens de l’expression de l’apôtre qui nous occupe, c’est évident, car alors quiconque prononce le nom de Christ, ou est baptisé dans son Église visible, serait une nouvelle créature. Ce qui est notoirement faux, car il n’est que trop clair, au-delà de toute contestation, qu’en comparaison bien peu de ceux qui sont « nés d’eau » sont aussi « nés de l’Esprit » ; ou, pour employer une autre manière spirituelle de parler, beaucoup sont baptisés d’eau qui n’ont jamais été baptisés du Saint-Esprit.
Être en Christ, dans toute la portée du mot, doit donc assurément signifier quelque chose de plus qu’une simple profession extérieure, ou que le fait de porter son nom. Car, comme ce même apôtre nous le dit, « tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël » ; de même, appliqué au christianisme, tous ceux qui portent le nom de chrétiens ne sont pas de vrais chrétiens. Bien plus, il s’en faut tellement que ce soit le cas, que notre bienheureux Seigneur lui-même nous apprend que beaucoup qui ont prophétisé ou prêché en son nom, qui ont chassé des démons en son nom et fait beaucoup de miracles, seront néanmoins renvoyés au dernier jour par ces mots : « Retirez-vous de moi, je ne vous connais pas, ouvriers d’iniquité. »
Il reste donc que cette expression, « si quelqu’un est en Christ », doit être entendue dans un
Second sens, plus étroit : être en lui de manière à participer aux bienfaits de ses souffrances ; être en lui, non seulement par une profession extérieure, mais par un changement intérieur et une pureté de cœur, et par l’habitation de son Saint-Esprit ; être en lui de manière à lui être mystiquement uni par une foi vraie et vivante, et à recevoir par là de lui une vertu spirituelle, comme les membres du corps naturel la reçoivent de la tête, ou les sarments du cep ; être en lui de la manière dont l’apôtre, parlant de lui-même, nous apprend qu’il connaissait quelqu’un qui l’était : « Je connais un homme en Christ », un vrai chrétien ; ou comme il désire lui-même être en Christ, lorsqu’il souhaite, dans son épître aux Philippiens, d’être trouvé en lui.
C’est là indubitablement le sens propre de l’expression de l’apôtre dans les paroles du texte ; de sorte que ce qu’il dit de la circoncision dans son épître aux Romains peut fort bien s’appliquer au sujet présent : celui-là n’est pas un vrai chrétien qui ne l’est qu’au dehors, et ce n’est pas le vrai baptême que celui qui n’est qu’extérieur, dans la chair. Mais celui-là est un vrai chrétien qui l’est intérieurement, dont le baptême est celui du cœur, selon l’esprit, et non simplement dans l’eau, et dont la louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu. Ou, comme il le dit en un autre endroit : « Car ce n’est rien que d’être circoncis ou incirconcis (par soi-même) ; ce qui est quelque chose, c’est d’être une nouvelle créature. » Ce qui revient à ce qu’il déclare ici dans le verset que nous considérons, à savoir que, si quelqu’un est véritablement et proprement en Christ, il est une nouvelle créature. Ce qui m’amène à montrer,
Secondement, ce que nous devons entendre par être une nouvelle créature.
Et ici, il est évident au premier coup d’œil que cette expression ne doit pas être expliquée comme si un changement physique devait se faire en nous, ou comme si nous devions être réduits à notre néant primitif, puis créés et formés de nouveau. Car, à supposer que nous puissions, comme Nicodème se l’imaginait dans son ignorance, « rentrer une seconde fois dans le sein de notre mère et naître », hélas ! en quoi cela contribuerait-il à faire de nous spirituellement de nouvelles créatures ? Puisque « ce qui est né de la chair serait encore chair », nous serions les mêmes personnes charnelles que jamais, étant issus de parents charnels, et recevant par conséquent d’eux les semences de toute espèce de péché et de corruption. Non, cela signifie seulement que nous devons être tellement changés quant aux qualités et aux dispositions de notre âme, que nous oublions entièrement quelle sorte de personnes nous étions autrefois. Comme on peut dire d’un morceau d’or, qui était autrefois dans le minerai, après qu’il a été nettoyé, purifié et poli, que c’est un or nouveau ; comme on peut dire d’un miroir brillant qui avait été couvert d’ordure, lorsqu’on l’a essuyé et qu’il est ainsi redevenu transparent et clair, que c’est un miroir nouveau ; ou comme on pouvait dire de Naaman, lorsqu’il fut guéri de sa lèpre et que sa chair redevint comme la chair d’un jeune enfant, que c’était un homme nouveau : de même nos âmes, bien qu’elles demeurent les mêmes quant à leur essence, sont cependant tellement purgées, purifiées et nettoyées de leurs scories, de leur souillure et de leur lèpre naturelles, par les bienheureuses influences du Saint-Esprit, qu’on peut dire proprement qu’elles ont été faites nouvelles.
Comment ce glorieux changement s’opère dans l’âme, on ne peut l’expliquer aisément : car personne ne connaît les voies de l’Esprit, sinon l’Esprit de Dieu lui-même. Non que ce doive être un argument contre cette doctrine ; car, comme notre bienheureux Seigneur le fit observer à Nicodème, lorsqu’il l’entretenait de ce sujet même : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va » ; et si l’on nous parle des choses naturelles et que nous ne les comprenions pas, combien moins devons-nous nous étonner si nous ne pouvons rendre compte sur-le-champ des opérations invisibles du Saint-Esprit ? La vérité de la chose est celle-ci : la doctrine de notre régénération, ou nouvelle naissance en Jésus-Christ, est difficile à comprendre pour l’homme naturel. Mais qu’il existe réellement une telle chose, et que chacun de nous doive naître spirituellement de nouveau, c’est ce que je m’efforcerai de montrer sous mon
Troisième point général, où je devais apporter quelques arguments pour établir l’affirmation de l’apôtre.
Et ici, on penserait qu’il suffit d’affirmer,
Premièrement, que Dieu lui-même, dans sa sainte Parole, nous l’a dit. On pourrait citer bien des textes de l’Ancien Testament pour prouver ce point ; et, en vérité, on s’étonnerait que Nicodème, qui était docteur d’Israël, et qui devait par conséquent instruire le peuple du sens spirituel de la loi, ait été aussi ignorant de ce grand article qu’il l’était réellement, comme nous le voyons lorsqu’il demanda à notre bienheureux Seigneur, qui l’en pressait : Comment cela peut-il se faire ? Assurément, il ne pouvait oublier combien de fois le psalmiste avait demandé à Dieu de lui créer « un cœur pur » et de « renouveler en lui un esprit bien disposé » ; ni combien souvent les prophètes avaient averti le peuple de se faire « un cœur nouveau » et un esprit nouveau, et de revenir ainsi à l’Éternel leur Dieu. Mais, sans parler de ces textes de l’Ancien Testament et d’autres semblables, cette doctrine est si souvent et si clairement répétée dans le Nouveau que, comme je l’ai fait observer plus haut, on peut la lire couramment. Car que dit le grand Prophète et Docteur du monde lui-même ? « Si un homme (quiconque est par nature la postérité d’Adam) ne naît de nouveau d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Et de peur que nous ne fussions enclins à faire peu de cas de cette affirmation, et, à la manière de Nicodème, à rejeter la doctrine parce que nous ne pouvons expliquer sur-le-champ « comment cela peut se faire », notre bienheureux Maître l’affirme, pour ainsi dire, par un serment : « En vérité, en vérité, je vous le dis » ; ou, comme on peut le lire : Moi, l’Amen ; moi qui suis la vérité même, je vous dis que c’est le décret immuable de mon Père céleste que, « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ».
À cela s’accordent les nombreux passages que nous rencontrons dans les épîtres, où il nous est commandé d’être « renouvelés dans l’esprit », ou, comme on l’a expliqué plus haut, dans les facultés les plus intimes de notre intelligence ; de « nous dépouiller du vieil homme qui se corrompt, et de revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité » ; où il est dit que « les choses anciennes doivent passer, et que toutes choses doivent devenir nouvelles » ; que nous devons être « sauvés par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit ». Ou plutôt, me semble-t-il, n’y eût-il point d’autre passage à citer que les paroles du texte, ce serait bien assez, puisque l’apôtre y affirme positivement que, « si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature ».
Une multitude d’autres textes pourraient être cités pour confirmer cette même vérité ; mais ceux qui ont déjà été allégués sont si clairs et si convaincants qu’on s’imaginerait que personne ne peut la nier ; si l’on ne nous disait qu’il en est « qui, ayant des yeux, ne voient point, et, ayant des oreilles, n’entendent point, et qui ne veulent pas comprendre de leur cœur ni entendre de leurs oreilles, de peur qu’ils ne se convertissent et que Christ ne les guérisse ».
Mais je passe à un
Deuxième argument ; et celui-ci sera tiré de la pureté de Dieu, et de l’état présent de corruption et de souillure de l’homme.
Dieu est décrit dans la sainte Écriture (et je parle à ceux qui font profession de connaître l’Écriture) comme un Esprit ; comme un être d’une sainteté si infinie qu’il a « les yeux trop purs pour voir le mal » ; comme si transcendant en sainteté qu’il est dit que « les cieux mêmes ne sont pas purs devant lui, et qu’il trouve de la folie chez ses anges ». D’autre part, l’homme est décrit (et toute personne régénérée le trouvera vrai par sa propre expérience) comme une créature tout entière « conçue et née dans le péché » ; comme n’ayant « rien de bon qui habite en lui » ; comme étant « charnel, vendu au péché » ; bien plus, comme ayant « une affection qui est inimitié contre Dieu », et autres choses semblables. Et puisqu’il y a une si infinie disproportion, quelqu’un peut-il concevoir comment un misérable souillé, corrompu, impur pourrait habiter avec un Dieu infiniment pur et saint, avant d’avoir été changé et rendu, en quelque mesure, semblable à lui ? Celui qui a les yeux trop purs pour voir le mal peut-il habiter avec lui ? Celui devant qui les cieux ne sont pas purs peut-il se plaire à habiter avec l’impureté même ? Non ; autant vaudrait supposer que la lumière peut avoir communion avec les ténèbres, ou Christ s’accorder avec Bélial. Mais je passe à un
Troisième argument, qui sera fondé sur la considération de la nature de ce bonheur que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment sincèrement.
Entreprendre une description minutieuse et détaillée du ciel serait, il est vrai, vain et présomptueux, puisqu’il nous est dit que ce sont « des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme », qui sont préparées pour les disciples sincères du saint Jésus, même en cette vie, et bien moins encore dans celle qui est à venir. Toutefois, nous pouvons nous hasarder à affirmer en général que, comme Dieu est Esprit, le bonheur qu’il a réservé à son peuple est aussi spirituel ; et que, par conséquent, à moins que nos cœurs charnels ne soient changés et spiritualisés, nous ne pourrons jamais être rendus capables d’avoir part à cet héritage des saints dans la lumière.
C’est sans doute pour cette raison que l’apôtre déclare que c’est le décret irrévocable du Tout-Puissant que, sans la sanctification (sans avoir été rendus purs par la régénération, et sans que l’image de Dieu ait été ainsi de nouveau empreinte sur l’âme), « personne ne verra le Seigneur ». Et il est très digne de remarque que notre divin Maître, dans le célèbre passage déjà mentionné touchant la nécessité absolue de la régénération, ne dit pas : Si un homme ne naît de nouveau, il n’entrera pas, mais : « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». Cela est fondé sur la nature même des choses : à moins que des dispositions appropriées aux objets qui doivent nous réjouir n’aient été opérées en nous, nous ne pouvons y trouver aucune espèce de plaisir ni de satisfaction. Par exemple, quel délice la musique la plus harmonieuse peut-elle procurer à un sourd, ou quel plaisir le plus excellent tableau peut-il donner à un aveugle ? Un palais sans goût peut-il savourer les mets les plus exquis, ou un pourceau immonde se plaire dans le plus beau jardin de fleurs ? Non ; et quelle raison peut-on en donner ? La réponse est toute prête : c’est que ni l’un ni l’autre n’ont aucune disposition d’esprit correspondant ou convenant à ce qui doit les divertir. Et il en est ainsi de l’âme dans l’autre vie ; car la mort n’apporte pas d’autre changement à l’âme que d’en élargir les facultés et de la rendre capable de recevoir des impressions plus profondes, soit de plaisir, soit de douleur. Si elle se plaisait à converser avec Dieu ici-bas, elle sera ravie de la vue de sa glorieuse Majesté dans l’autre vie. Si elle se plaisait dans la communion des saints sur la terre, elle se plaira infiniment plus dans la communion et la société des saints anges et des esprits des justes parvenus à la perfection dans le ciel. Mais si c’est le contraire de tout cela qui est vrai, nous pouvons tenir pour certain que l’âme ne pourrait être heureuse, quand Dieu lui-même l’admettrait (ce qu’il ne fera jamais) dans les régions des bienheureux. Mais il est temps que je me hâte d’arriver au
Quatrième argument : c’est que la rédemption de Christ ne sera pas complète en nous, à moins que nous ne soyons de nouvelles créatures.
Si nous réfléchissons, il est vrai, à la fin première et principale de la venue de notre bienheureux Seigneur, nous trouverons qu’il est venu pour être la propitiation pour nos péchés, pour donner sa vie comme la rançon de plusieurs. Mais si les bienfaits de la mort de notre cher Rédempteur ne devaient pas s’étendre plus loin qu’à nous procurer simplement le pardon de nos péchés, nous aurions aussi peu de raison de nous en réjouir qu’un pauvre criminel condamné, sur le point de périr de quelque maladie mortelle, en aurait à recevoir sa grâce de son juge. Car les chrétiens feraient bien de considérer qu’il n’y a pas seulement un obstacle légal à notre bonheur, en tant que nous sommes des transgresseurs de la loi de Dieu, mais aussi une impureté morale dans notre nature, qui nous rend incapables de jouir du ciel (comme on l’a déjà prouvé) jusqu’à ce que quelque puissant changement se soit opéré en nous. Il est donc nécessaire, pour que la rédemption de Christ soit complète, que le Saint-Esprit de Dieu nous soit accordé pour changer notre nature, et nous préparer ainsi à la jouissance de ce bonheur que notre Sauveur a acquis par son sang précieux.
Aussi les saintes Écritures nous apprennent-elles que ceux que Christ justifie, ou dont il pardonne les péchés, et à qui il impute sa parfaite obéissance, il les sanctifie aussi, les purifie, les nettoie, et change entièrement leur nature corrompue. Comme l’Écriture le dit aussi en un autre endroit : « Christ est pour nous justification, sanctification, et ensuite rédemption. » Mais,
Quatrièmement, passons maintenant au point général suivant que je me suis proposé : tirer quelques conséquences de ce qui a été dit. Et,
Premièrement, si celui qui est en Christ est une nouvelle créature, cela peut servir de reproche à ceux qui se reposent sur l’accomplissement pur et simple de devoirs extérieurs, sans s’apercevoir d’aucun changement intérieur et réel du cœur.
Nous pouvons voir un grand nombre de personnes très ponctuelles dans le retour régulier de la prière publique et particulière, comme aussi à recevoir la sainte communion, et peut-être même, de temps à autre, à observer un jeûne. Mais voici le malheur : elles se reposent uniquement sur l’usage des moyens, et pensent que tout est fait lorsqu’elles se sont ainsi conformées à ces saintes institutions ; tandis que, si elles étaient bien instruites, elles considéreraient que tous les moyens de grâce institués, comme la prière, le jeûne, l’audition et la lecture de la Parole de Dieu, la réception du saint sacrement, et autres semblables, ne nous sont utiles qu’autant qu’ils nous rendent intérieurement meilleurs et qu’ils entretiennent la vie spirituelle dans l’âme.
Ce sont des moyens, il est vrai ; mais ce ne sont que des moyens ; ils sont une partie, mais non le tout de la religion : car, s’il en était ainsi, qui serait plus religieux que le pharisien ? Il jeûnait deux fois la semaine, il donnait la dîme de tout ce qu’il possédait, et pourtant il ne fut pas justifié devant Dieu, comme notre Sauveur lui-même nous l’apprend.
Vous pouvez peut-être, comme le pharisien, jeûner souvent et faire de longues prières ; vous pouvez, comme Hérode, écouter avec plaisir de bons sermons. Mais si, malgré cela, vous demeurez vains et frivoles, immoraux ou mondains, et si vous ne différez du reste de vos voisins que parce que vous allez à l’église, ou que vous vous conformez à quelques pratiques extérieures, valez-vous mieux qu’eux ? Non, en aucune manière ; vous êtes de beaucoup pires : car, si vous en usez et qu’en même temps vous en abusiez, vous encouragez par là les autres à penser qu’il n’y a rien en eux, et vous devez par conséquent vous attendre à subir une plus grande condamnation. Mais,
Secondement, si celui qui est en Christ est une nouvelle créature, cela peut réprimer la présomption sans fondement d’une autre classe de ceux qui font profession de religion, qui se reposent sur l’acquisition de quelques vertus morales, et s’imaginent faussement être de bons chrétiens, s’ils sont justes dans leurs affaires, tempérants dans leur nourriture, et s’ils ne font ni tort ni violence à personne.
Mais si c’était là tout ce qui est requis pour faire de nous des chrétiens, pourquoi les païens d’autrefois, qui se distinguaient par ces vertus, n’auraient-ils pas été de bons chrétiens ? Ou saint Paul avant sa conversion, lui qui nous dit qu’il s’était conduit en toute bonne conscience ? Mais nous voyons qu’il renonce à toute confiance en des œuvres de cette nature, et qu’il ne désire qu’être trouvé en Christ et connaître la puissance de sa résurrection, c’est-à-dire avoir la preuve expérimentale qu’il a reçu le Saint-Esprit, acquis pour lui par la mort de Jésus-Christ, et qui lui est assuré et appliqué par sa résurrection.
Voici le fond de la chose : le christianisme renferme la morale, comme la grâce renferme la raison ; mais si nous ne sommes que de purs moralistes, si nous n’avons pas été travaillés intérieurement et changés par les opérations puissantes du Saint-Esprit, et si nos actions morales ne procèdent pas du principe d’une nature nouvelle, nous aurons beau nous appeler chrétiens, nous serons trouvés nus au grand jour, et au nombre de ceux qui n’ont ni la justice de Christ qui leur soit imputée pour leur justification aux yeux de Dieu, ni assez de sainteté dans leur âme, comme conséquence de cette justification, pour les rendre capables de jouir de Dieu. Et,
Troisièmement, cette doctrine ne condamnera pas moins ceux qui se reposent sur un amendement partiel d’eux-mêmes, sans éprouver un changement de cœur complet, réel et intérieur.
Une petite connaissance du monde nous fournira des exemples d’un nombre non négligeable de personnes qui, peut-être, étaient auparavant ouvertement profanes ; mais, voyant les tristes conséquences de leurs vices, et les nombreux inconvénients temporels auxquels ils les ont réduites, deviennent tout à coup, pour ainsi dire, civilisées ; et là-dessus elles se flattent d’être très religieuses, parce qu’elles diffèrent un peu de ce qu’elles étaient, et ne sont plus aussi scandaleusement méchantes qu’elles l’ont été ; tandis qu’en même temps elles gardent quelque péché mignon secret, quelque Délila ou quelque Hérodias bien-aimée, dont elles ne veulent pas se séparer ; quelque convoitise cachée qu’elles ne veulent pas mortifier ; quelque habitude vicieuse qu’elles ne veulent pas prendre la peine de déraciner. Mais voudrais-tu savoir, ô homme vain, qui que tu sois, ce que l’Éternel ton Dieu demande de toi ? Il faut que tu apprennes que rien de moins qu’une conversion complète et solide ne te rendra propre au royaume des cieux. Il ne suffit pas de passer de la profanité à la civilité ; il faut que tu passes de la civilité à la piété. Non pas seulement quelques choses, mais « toutes choses doivent devenir nouvelles » dans ton âme. Il te servira de peu de faire beaucoup de choses, s’il te manque encore une seule chose. En un mot, tu dois être, non pas seulement presque, mais tout à fait une nouvelle créature, ou c’est en vain que tu te vantes d’être chrétien.
Quatrièmement, si celui qui est en Christ est une nouvelle créature, cela peut être prescrit comme une règle infaillible à toute personne, de quelque dénomination, âge, rang ou condition qu’elle soit, pour se juger elle-même ; c’est là le seul fondement solide sur lequel nous puissions bâtir une assurance bien fondée de pardon, de paix et de bonheur.
Nous pouvons, il est vrai, nous appuyer sur le roseau cassé d’une profession extérieure ; nous pouvons penser que nous sommes assez bons si nous menons une vie aussi sobre, honnête et morale que beaucoup de païens l’ont fait. Nous pouvons nous imaginer être dans un état sûr si nous assistons aux offices publics de la religion et si nous sommes assidus aux devoirs de notre cabinet. Mais à moins que tout cela ne tende à réformer notre vie et à changer notre cœur, et que nous n’en usions que comme d’autant de canaux de la grâce divine, comme je vous l’ai dit auparavant, je vous le dis encore : le christianisme ne vous servira de rien.
Que chacun de nous pose donc sérieusement cette question à son cœur : Avons-nous reçu le Saint-Esprit, quand nous avons cru ? Sommes-nous de nouvelles créatures en Christ, ou non ? Du moins, si nous ne le sommes pas encore, est-ce notre effort de chaque jour de le devenir ? Usons-nous constamment et consciencieusement de tous les moyens de grâce requis pour cela ? Jeûnons-nous, veillons-nous et prions-nous ? Cherchons-nous, non pas avec paresse, mais nous efforçons-nous avec labeur d’entrer par la porte étroite ? En un mot, renonçons-nous à notre propre justice, prenons-nous notre croix et suivons-nous Christ ? S’il en est ainsi, nous sommes dans ce chemin étroit qui mène à la vie ; la bonne semence est semée dans notre cœur, et, si elle est dûment arrosée et nourrie par un usage régulier et persévérant de tous les moyens de grâce, elle croîtra jusqu’à la vie éternelle. Mais si, au contraire, nous avons seulement entendu parler du Saint-Esprit, sans savoir par expérience s’il y a un Saint-Esprit ; si nous sommes étrangers au jeûne, à la vigilance et à la prière, et à tous les autres exercices spirituels de la dévotion ; si nous nous contentons de marcher dans le chemin large, simplement parce que nous voyons la plupart des autres gens le faire, sans jamais nous demander si c’est le bon ou non ; en un mot, si nous sommes étrangers, bien plus, ennemis de la croix de Christ, par une vie de mondanité et de plaisirs sensuels, et si nous faisons ainsi penser aux autres que le christianisme n’est qu’un nom vide, une simple profession formelle ; si tel est le cas, dis-je, Christ est encore mort en vain pour nous ; nous sommes sous la culpabilité de nos péchés, et nous ne connaissons pas une conversion vraie et complète.
Mais, bien-aimés, quoique je parle ainsi, j’attends de vous des choses meilleures et favorables au salut ; j’ose humblement espérer que vous êtes sincèrement persuadés que celui qui n’a pas l’Esprit de Christ ne lui appartient pas ; et que, si l’Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts n’habite pas en vous ici-bas, vos corps mortels ne seront pas non plus vivifiés par ce même Esprit pour habiter avec lui dans l’autre vie.
Permettez-moi donc (comme je me le suis proposé en dernier lieu) de vous exhorter instamment, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à agir conformément à ces convictions, et à vivre en chrétiens, à qui il est commandé dans les saintes Écritures de « se dépouiller, eu égard à leur vie passée, du vieil homme, et de revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité ».
Il faut convenir, il est vrai, que c’est là une œuvre grande et difficile ; mais, béni soit Dieu, elle n’est pas impossible. Des milliers d’âmes heureuses ont été assistées par une puissance divine pour l’accomplir ; pourquoi désespérerions-nous du succès ? La main de Dieu est-elle trop courte pour sauver ? S’il a été le Dieu de nos pères, n’est-il pas aussi le Dieu de leurs enfants ? Oui, sans doute, de leurs enfants aussi. C’est aussi une tâche qui nous coûtera quelque peine ; elle nous obligera à renoncer à quelque convoitise, à rompre avec quelque ami, à mortifier quelque passion chérie, qui peut nous être extrêmement chère, et peut-être aussi difficile à quitter que de couper une main droite ou d’arracher un œil droit. Mais qu’importe tout cela ? Le fait d’être rendu un membre réel et vivant de Christ, un enfant de Dieu et un héritier du royaume des cieux, ne compensera-t-il pas abondamment toute cette peine ? Sans aucun doute, il le fera.
Entreprendre et poursuivre cette grande et nécessaire œuvre nous exposera peut-être, bien plus, nous exposera assurément aussi aux moqueries de la partie irréfléchie du genre humain, qui s’étonnera que nous ne nous précipitions pas avec eux dans le même débordement de débauche ; et, parce que nous renonçons à nos appétits coupables et que nous ne nous conformons pas à ce monde, puisqu’il nous est commandé dans l’Écriture de faire l’un, et d’avoir notre conversation dans les cieux, par opposition à l’autre, ils pourront tenir notre vie pour une folie, et notre fin pour une fin sans honneur. Mais le fait d’être compté au nombre des saints, et de briller comme les étoiles, à toujours et à perpétuité, ne sera-t-il pas une récompense plus que suffisante pour toutes les moqueries, les calomnies ou les outrages que nous pourrons rencontrer ici-bas ?
En vérité, une conversion complète n’eût-elle d’autre récompense que cette paix de Dieu qui en est la conséquence inévitable, et qui, dès cette vie, « surpasse toute intelligence », nous aurions grand sujet de nous réjouir. Mais quand nous considérons que c’est là la moindre des miséricordes que Dieu a préparées pour ceux qui sont en Christ et qui sont devenus de nouvelles créatures ; que ce n’est là que le commencement d’une succession éternelle de délices ; que le jour de notre mort, que le pécheur non converti et non renouvelé doit tant redouter, ne sera, pour ainsi dire, que le premier jour de notre nouvelle naissance, et nous ouvrira une scène éternelle de bonheur et de consolation ; en un mot, si nous nous souvenons que ceux qui sont régénérés et nés de nouveau ont un titre réel à toutes les glorieuses promesses de l’Évangile, et sont infailliblement certains d’être aussi heureux, ici-bas et dans l’autre vie, qu’un Dieu infiniment sage, infiniment bon et tout-puissant peut les rendre ; il me semble que quiconque a le moindre souci du salut de son âme précieuse et immortelle, ayant devant lui de telles promesses, une telle espérance, une telle éternité de bonheur, ne devrait jamais cesser de veiller, de prier et de lutter, jusqu’à ce qu’il trouve un changement réel, intérieur et salutaire opéré dans son cœur, et qu’il sache ainsi en vérité qu’il demeure en Christ et Christ en lui ; qu’il est une nouvelle créature, et par conséquent un enfant de Dieu ; qu’il est déjà héritier, et qu’il sera bientôt possesseur effectif du royaume des cieux.
Que Dieu nous l’accorde dans son infinie miséricorde, par Jésus-Christ notre Seigneur.
À qui, etc.
Chapitre 49 terminé
De la régénération