Sermons choisis de George Whitefield
Les ruses de Satan

Chapitre 48 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute

Les ruses de Satan

Voici à quelle occasion ces paroles furent écrites. Il y avait dans l’Église de Corinthe un malheureux qui avait commis un inceste tel qu’on n’en nommait pas même de semblable parmi les païens, en prenant la femme de son père ; mais, soit à cause de sa richesse, soit à cause de son pouvoir, soit pour quelque autre raison de ce genre, comme tant de pécheurs notoires de nos jours, il n’avait pas été soumis aux censures de l’Église. C’est pourquoi saint Paul, dans sa première épître, les reprend sévèrement de cette négligence de la discipline, et leur ordonne, « au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, lorsqu’ils seraient assemblés, de livrer un tel homme, quel qu’il fût, à Satan pour la destruction de la chair, afin que son esprit fût sauvé au jour du Seigneur » ; c’est-à-dire qu’ils devaient l’excommunier solennellement, ce qui s’accompagnait alors d’ordinaire de quelque maladie du corps. Les Corinthiens, obéissant à l’apôtre comme des enfants bien-aimés, n’eurent pas plus tôt reçu ce reproche qu’ils s’y soumirent et chassèrent de l’Église le coupable. Mais, tandis qu’ils s’efforçaient de corriger une faute, ils tombèrent malheureusement dans une autre ; et, de même qu’ils avaient été auparavant trop doux et trop relâchés, ils se conduisirent maintenant envers lui avec trop de sévérité et de ressentiment. C’est pourquoi l’apôtre, dans ce chapitre, les en reprend et leur dit qu’« il suffit pour cet homme du châtiment qui lui a été infligé par le plus grand nombre » ; qu’il avait maintenant assez souffert ; et que, par conséquent, de peur qu’il ne fût tenté de dire avec Caïn : « Mon châtiment est trop grand pour être supporté » ; ou, pour employer les propres paroles de l’apôtre, « de peur qu’il ne soit accablé par une tristesse excessive » ; ils devaient, puisqu’il avait donné la preuve de sa repentance, lui pardonner, lui confirmer leur amour et le relever dans un esprit de douceur ; « afin de ne pas laisser à Satan (aux soufflets duquel il était maintenant livré, puisqu’il le tentait de désespérer) l’avantage sur nous » ; et qu’ainsi, en vous faisant paraître impitoyables et cruels, il ne fasse blasphémer le saint nom par lequel vous êtes appelés ; « car nous n’ignorons pas ses desseins » : nous savons fort bien combien il a de moyens subtils pour détourner et séduire les hommes imprudents et irréfléchis.

Voilà donc le rapport de ces paroles avec le contexte ; mais, comme Satan a bien des ruses, et que son carquois est rempli d’autres traits empoisonnés, outre ceux qu’il nous lance pour nous pousser au désespoir, je me propose, dans le discours qui suit,

Premièrement, de considérer brièvement qui nous devons entendre par Satan. Et,

Secondement, de vous montrer quelles sont les principales ruses dont il se sert d’ordinaire pour détourner de Christ les nouveaux convertis, et aussi de vous prescrire quelques remèdes contre elles.

Premièrement, qui devons-nous entendre par Satan ?

Le mot Satan, dans sa signification première, voulait dire un adversaire ; et, dans son acception générale, il sert à désigner le chef des démons, qui, pour avoir voulu être comme Dieu, fut précipité du ciel, et à qui il est maintenant permis, « avec le reste de ses esprits méchants dans les lieux célestes, d’aller çà et là, cherchant qui il dévorera ». Il est question de lui aussitôt après la création, lorsque, sous la forme d’un serpent, il guetta nos premiers parents pour les séduire. Il est appelé Satan dans le livre de Job, où il nous est dit que « les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l’Éternel, et Satan vint aussi au milieu d’eux ». C’est ainsi que parle aussi l’Écriture dans le livre des Chroniques : « il excita David à faire le dénombrement d’Israël ». Dans le Nouveau Testament, il porte divers noms ; tantôt il est appelé le malin, parce qu’il est mauvais en lui-même et qu’il nous tente au mal ; tantôt « le prince de la puissance de l’air » et « l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion », parce qu’il réside principalement dans l’air et dans le monde entier ; et de tous ceux qui ne sont pas nés de Dieu, il est dit qu’ils sont sous sa puissance.

Il est ennemi de Dieu et du bien ; il hait toute vérité. Pourquoi, sans cela, aurait-il calomnié Dieu dans le paradis ? Pourquoi aurait-il dit à Ève : « Vous ne mourrez point » ? Et pourquoi aurait-il promis de donner à Jésus-Christ tous les royaumes du monde et leur gloire, s’il se prosternait pour l’adorer ?

Il est plein de malice, d’envie et de vengeance : car quel autre motif aurait pu le pousser à tourmenter l’homme innocent dans le paradis ? Et pourquoi est-il encore si infatigable dans ses efforts pour nous perdre, nous qui ne lui avons fait aucun tort ?

C’est un être d’une grande puissance, comme on le voit en ce qu’il put agir sur l’imagination de notre bienheureux Seigneur, au point de lui représenter en un instant tous les royaumes du monde et leur gloire ; et aussi en ce qu’il transporta son corps sacré à travers les airs jusque sur le haut du temple ; et en ce qu’il précipita avec tant de furie un troupeau de pourceaux dans l’abîme. Bien plus, sa force est si grande que, je n’en doute pas, si Dieu lui permettait d’user de toute sa puissance, il pourrait bouleverser la terre ou arracher le soleil de son orbite.

Mais ce par quoi il se signale le plus, c’est sa ruse : car, n’ayant pas reçu d’en haut le pouvoir de nous prendre par la force, il est obligé d’attendre les occasions de nous trahir et de nous attraper par artifice. C’est pourquoi il se servit du serpent, qui était le plus rusé de tous les animaux des champs, pour tenter nos premiers parents ; et c’est ainsi qu’il est dit, dans le Nouveau Testament, qu’il « use de ruse pour séduire » ; et, dans les paroles de notre texte, l’apôtre dit : « nous n’ignorons pas ses desseins » ; donnant à entendre par là que nous sommes plus en danger d’être séduits par sa politique que d’être terrassés par sa force.

Par cette courte description de Satan, nous pouvons aisément juger de qui sont enfants ceux qui aiment à forger le mensonge, qui médisent de leur prochain et le calomnient, et dont le cœur est plein d’orgueil, de ruse, de malice, d’envie, de vengeance et de toute sorte de manque de charité. Assurément, ils ont Satan pour père : car ils connaissent les dispositions de Satan, et ils font les œuvres de Satan. Mais s’ils pouvaient se voir eux-mêmes, ou voir Satan tel qu’il est, ils ne pourraient qu’être épouvantés de leur propre ressemblance, et ils se condamneraient sur la poussière et sur la cendre.

Mais la justice de Dieu, qui permet que nous soyons tentés, se justifie par les considérations suivantes : que nous sommes ici-bas dans un état de désordre ; qu’il a promis de ne pas permettre que nous soyons tentés au-delà de nos forces ; et non seulement cela, mais qu’à celui qui vaincra il donnera la couronne de vie.

Les saints anges eux-mêmes, semble-t-il, furent autrefois mis à l’épreuve, pour voir s’ils seraient fidèles ou non. Le premier Adam fut tenté, jusque dans le paradis. Et Jésus-Christ, ce second Adam, bien qu’il fût Fils, fut conduit, comme notre représentant, par le Saint-Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Et il n’y a pas un seul saint dans le paradis, parmi la belle communion des prophètes, la glorieuse compagnie des apôtres, la noble armée des martyrs et les esprits des justes parvenus à la perfection, qui, lorsqu’il était sur la terre, n’ait été assailli par les traits enflammés du malin, le diable.

Ce qui a donc été le sort commun de tous les enfants de Dieu, et des anges, bien plus, du Fils éternel de Dieu lui-même, nous ne devons pas penser en être exemptés : non, c’est assez si nous sommes rendus parfaits par les tentations, comme ils l’ont été. C’est pourquoi, puisque nous ne pouvons qu’être tentés, à moins de pouvoir défaire la nature humaine, au lieu de nous plaindre de notre condition, nous devrions plutôt rechercher à quel moment de notre vie Satan nous assaille le plus violemment, et quelles sont les ruses dont il se sert d’ordinaire pour « avoir l’avantage sur nous ».

Quant à la première question, à quel moment de la vie ? je réponds que nous devons nous attendre à être tentés par lui, à quelque degré que ce soit, tout le long de notre vie. — Car, cette vie étant une guerre continuelle, nous ne devons jamais espérer de repos de la part de notre adversaire spirituel, le diable, ni dire que notre combat avec lui est terminé, jusqu’à ce que, avec notre bienheureux Maître, nous baissions la tête et rendions l’esprit.

Mais, puisque le temps de notre conversion, ou de notre première entrée dans la vie spirituelle, est le moment le plus critique, celui où, la plupart du temps, il nous assiège avec violence, sachant bien que, s’il peut nous empêcher de nous mettre en route, il pourra nous emmener captifs à son gré ; et puisque le sage fils de Sirach nous avertit tout particulièrement, lorsque nous allons servir le Seigneur, de préparer notre âme à la tentation, je passerai, pour répondre à l’autre question, au

Second point général que je me suis proposé, et je vous montrerai les ruses dont Satan se sert d’ordinaire au moment de notre première conversion, afin d’avoir l’avantage sur nous.

Mais permettez-moi de vous faire observer que tout ce qui sera dit dans le discours qui suit n’est destiné qu’à ceux qui sont réellement entrés dans la vie divine, et non aux presque chrétiens charnels, qui ont l’apparence de la piété, mais qui n’en ont jamais encore senti la force dans leur cœur.

Cela posé, la première ruse dont Satan se sert, et que je mentionnerai, c’est de nous pousser au désespoir.

Lorsque Dieu le Père réveille un pécheur par les terreurs de la loi, et que, par son Saint-Esprit, il le convainc de péché, afin de le conduire à Christ et de lui montrer la nécessité d’un Rédempteur, alors Satan intervient d’ordinaire et aggrave ces convictions à tel point qu’il fait douter le pécheur de trouver miséricorde par le Médiateur.

Ainsi, dans toutes ses tentations contre le saint Jésus, il visa principalement à lui faire mettre en question s’il était le Fils de Dieu : « Si tu es Fils de Dieu », fais ceci ou cela. De bien des pensées de découragement semblables, il remplit sans doute le cœur du grand saint Paul, lorsqu’il resta trois jours sans manger de pain ni boire d’eau ; c’est pourquoi il parle d’expérience quand il dit, dans les paroles du texte : « nous n’ignorons pas ses desseins », à savoir qu’il chercherait à pousser l’incestueux au désespoir.

Mais qu’aucun de vous ne se laisse amener par lui à désespérer de trouver miséricorde. Car ce n’est pas la grandeur ni le nombre de nos crimes, mais l’impénitence et l’incrédulité, qui causeront notre ruine : non, nos péchés fussent-ils plus nombreux que les cheveux de notre tête, ou d’une teinte plus profonde que l’écarlate la plus éclatante, les mérites de la mort de Jésus-Christ sont infiniment plus grands, et la foi en son sang les rendra blancs comme la neige.

Répondez donc toujours à ses suggestions de désespoir comme le fit votre bienheureux Seigneur, par un « Il est écrit ». Dites-lui que vous savez que votre Rédempteur est vivant, toujours vivant pour intercéder en votre faveur ; que le Seigneur a reçu de lui le double pour tous vos crimes ; et que, si vous avez beaucoup péché, ce n’est pas une raison pour désespérer, mais seulement pour aimer beaucoup, puisqu’il vous a été tant pardonné.

Une deuxième ruse dont Satan se sert d’ordinaire pour avoir l’avantage sur les jeunes convertis, c’est de les tenter de présomption, c’est-à-dire de les porter à avoir d’eux-mêmes une plus haute opinion qu’ils ne doivent.

Lorsqu’une personne a, depuis quelque temps, goûté la bonne parole de vie et senti les puissances du siècle à venir, elle est d’ordinaire (comme elle a bien raison de l’être) transportée au plus haut point par le changement soudain qu’elle trouve en elle-même. Mais alors Satan ne manquera pas, en un tel moment, de l’enfler d’une haute idée de ses propres progrès, comme si elle était quelque grand personnage ; et il la tentera de mépriser ses frères, comme si elle était plus sainte qu’eux.

Prenez donc garde, et gardons-nous de cette ruse de notre adversaire spirituel ; car, comme l’humilité précède la gloire, de même un esprit hautain précède d’ordinaire la chute ; et Dieu est obligé, dans de telles circonstances, de nous envoyer quelque visitation humiliante, ou de permettre que nous tombions, comme il le fit pour Pierre, dans quelque péché grave, afin que nous apprenions à ne pas nous élever en nous-mêmes.

Pour réprimer donc toutes les suggestions de l’orgueil spirituel, considérons que ce n’est pas nous qui avons saisi Christ, mais que c’est nous qui avons été saisis par lui ; que nous n’avons rien que nous ne l’ayons reçu ; que la grâce gratuite de Dieu a seule fait la différence entre nous et les autres ; et que, si Dieu nous abandonnait un seul instant à la tromperie de notre propre cœur, nous deviendrions faibles et méchants comme les autres hommes. Nous devrions considérer encore que s’enorgueillir de la grâce est le chemin le plus prompt pour la perdre. « Car Dieu résiste aux orgueilleux, et ne donne davantage de grâce qu’aux humbles. » Et fussions-nous doués des perfections des séraphins, si nous étions orgueilleux de ces perfections, elles ne feraient que nous rendre des démons plus accomplis. Surtout, prions avec ardeur le Dieu tout-puissant, afin que nous apprenions de Jésus-Christ à être humbles de cœur ; que sa grâce, par la subtilité et la séduction de Satan, ne devienne pas pour nous un poison ; mais que nous ayons toujours de nous-mêmes des sentiments modestes, comme nous le devons.

Une troisième ruse dont Satan se sert d’ordinaire, et que je mentionnerai, pour « avoir l’avantage sur nous », c’est de nous tenter d’inquiétude et de nous faire avoir de dures pensées de Dieu lorsque nous sommes morts et stériles dans la prière.

Bien que ce langage ne soit pas compris de l’homme naturel, cependant tous ceux d’entre vous qui ont passé par les douleurs de la nouvelle naissance savent fort bien ce que je veux dire lorsque je parle de mort et de sécheresse dans la prière. Et je ne doute pas que beaucoup d’entre vous, au milieu desquels je prêche maintenant le royaume de Dieu, n’en souffrent en ce moment même.

Car, lorsque des personnes sont nouvellement réveillées à la vie divine, parce que la grâce est faible et la nature forte, Dieu daigne souvent leur accorder quelques illuminations extraordinaires de son Saint-Esprit ; mais, lorsqu’elles sont devenues des hommes plus faits en Christ, il semble souvent les abandonner à elles-mêmes ; et non seulement cela, mais il permet qu’une mort et une épouvante horribles les accablent ; et en ces moments Satan ne manquera pas de les tourmenter et de les tenter d’impatience, au grand désarroi de leur âme.

Mais ne craignez point ; car ce n’est rien de plus que ce que votre bienheureux Rédempteur, cet Agneau de Dieu sans tache, a souffert avant vous : témoin son amère agonie dans le jardin, lorsque son âme était triste jusqu’à la mort ; lorsque sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre ; lorsque le sentiment de la Divinité lui fut retiré, et que Satan, selon toute probabilité, eut la permission de ranger toutes ses terreurs en bataille devant lui.

Réjouissez-vous donc, mes frères, lorsque vous tombez dans de semblables circonstances, sachant que vous participez en cela aux souffrances de Jésus-Christ. Considérez qu’il est nécessaire que de telles épreuves intérieures arrivent, pour nous sevrer de l’amour immodéré de la dévotion sensible, et pour nous apprendre à suivre Christ, non pas seulement pour ses pains, mais par un principe d’amour et d’obéissance. Possédez donc vos âmes par la patience, et ne vous laissez pas épouvanter par les suggestions de Satan. Persévérez à chercher Jésus dans l’usage des moyens de grâce, fût-ce dans la tristesse, et dussiez-vous, à cause de la stérilité de votre âme, marcher tout le jour dans le deuil. Considérez que l’Époux est avec vous, quoique derrière le rideau, comme il était avec Marie au sépulcre, bien qu’elle ne le sût pas ; qu’il ne s’est retiré que pour un peu de temps, afin de rendre sa prochaine visite plus précieuse ; que, bien qu’il semble maintenant vous regarder d’un air sévère et se détourner de vous, comme il le fit à l’égard de la femme syrophénicienne, cependant, si vous criez, comme elle ou comme l’aveugle Bartimée, avec d’autant plus d’ardeur : « Jésus, Fils de David, aie pitié de nous », il se fera de nouveau connaître à vous, soit dans le temple, soit à la fraction du pain, soit de quelque autre manière.

Mais de toutes les ruses dont Satan se sert pour « avoir l’avantage sur nous », il n’en est aucune par laquelle il réussisse mieux, ou par laquelle il afflige plus cruellement les enfants de Dieu, qu’une

quatrième ruse que je vais mentionner : il vous trouble par des pensées blasphématoires, profanes et incrédules, et quelquefois à tel point qu’elles sont aussi torturantes que le chevalet.

Quelques-uns, il est vrai, sont enclins à imputer toutes ces mauvaises pensées à un dérèglement du corps. Mais ceux qui connaissent tant soit peu la vie spirituelle peuvent vous apprendre, avec une plus grande certitude, qu’en général elles procèdent du malin, du diable, qui, sans doute, a reçu d’en haut, aujourd’hui comme autrefois, le pouvoir de troubler le corps, comme il troubla celui de Job, afin de pouvoir, avec d’autant plus de secret et de succès, agir sur l’âme, l’agiter et la tourmenter.

Vous qui avez senti ses traits enflammés, vous pouvez souscrire à la vérité de ceci, et dire, par une funeste expérience, combien de fois il vous a dit : « Maudis Dieu, et meurs ! » et a lancé dans vos pensées mille suggestions blasphématoires, jusque dans vos retraites les plus secrètes et les plus solennelles ; au point que le simple souvenir vous en fait trembler jusqu’au fond du cœur.

J’en appelle à votre propre conscience : quelques-uns d’entre vous, lorsqu’ils élevaient des mains pures dans la prière, n’ont-ils pas été assaillis d’une telle foule d’insinuations les plus horribles qu’ils ont souvent été tentés de se relever de leurs genoux, et qu’on leur a fait croire que leurs prières étaient en abomination à l’Éternel ? Bien plus, lorsque, avec le reste de vos frères chrétiens, vous vous êtes pressés autour de la sainte table, et que vous avez pris dans vos mains les symboles sacrés du corps et du sang très bénis de Christ, au lieu de vous souvenir de la mort de votre Sauveur, n’avez-vous pas été occupés à chasser les mauvaises pensées, comme Abraham le fut à chasser les oiseaux qui venaient dévorer son sacrifice ; et n’avez-vous pas été épouvantés par là, de crainte d’avoir mangé et bu votre propre condamnation ?

Mais ne vous étonnez pas, comme d’une chose étrange qui vous arrive ; car ç’a été le sort commun de tous les enfants de Dieu. Nous lisons, dès le temps de Job, « que, lorsque les fils de Dieu vinrent se présenter devant leur Créateur (au culte public), Satan vint aussi au milieu d’eux », pour troubler leurs dévotions.

Et ne pensez pas que Dieu soit irrité contre vous à cause de ces pensées qui vous distraient, si blasphématoires qu’elles soient : non, il sait que ce n’est pas vous, mais Satan qui agit en vous ; c’est pourquoi, bien qu’il puisse être mécontent de lui, et qu’assurément il le punira, il aura néanmoins pitié de vous et vous récompensera. Et, bien qu’il soit difficile de le faire croire à des personnes dans votre situation, je ne doute pas que vous ne soyez plus agréables à Dieu lorsque vous accomplissez vos saints devoirs au milieu de ces distractions involontaires que lorsque vous êtes ravis par la dévotion, pour ainsi dire, jusqu’au troisième ciel ; car alors vous souffrez la volonté de Dieu en même temps que vous la faites ; et, comme les serviteurs de Néhémie lors de la construction du temple, vous tenez la truelle d’une main et l’épée de l’autre. Ne vous laissez écarter de l’usage d’aucune ordonnance, quelle qu’elle soit, à cause de ces abominables suggestions ; car alors vous laissez Satan prendre sur vous l’avantage qu’il désire, son dessein principal, par ces pensées, étant de vous brouiller avec les moyens de grâce, et de vous tenter de croire que vous ne plaisez pas à Dieu, pour la seule raison que vous ne vous plaisez pas à vous-mêmes. Persévérez plutôt dans l’usage de la sainte communion surtout, et de tous les autres moyens, quels qu’ils soient ; et, lorsque ces tentations auront produit en vous la résignation pour laquelle elles ont été permises, Dieu vous visitera par de nouveaux témoignages de son amour, comme il alla au-devant d’Abraham lorsqu’il revint de la défaite des cinq rois ; et il vous enverra un ange du ciel, comme il le fit pour son Fils, tout exprès pour vous fortifier.

Jusqu’ici, nous n’avons considéré que les ruses dont Satan se sert directement par lui-même ; mais il y en a une

cinquième, que je mentionnerai, et qui n’est pas la moindre : il nous tente par nos amis et nos parents charnels.

C’est là l’une des ruses les plus communes, et en même temps les plus artificieuses, dont il se serve pour détourner de Dieu les jeunes convertis ; car, lorsqu’il ne peut l’emporter sur eux par lui-même, il essaie ce qu’il pourra faire par l’influence et l’entremise des autres.

C’est ainsi qu’il tenta Ève, afin qu’elle tentât Adam. C’est ainsi qu’il excita la femme de Job à lui dire : « Maudis Dieu, et meurs ! » Et c’est ainsi qu’il se servit de la langue de Pierre pour persuader à notre bienheureux Seigneur « de s’épargner », et d’éviter ainsi ces souffrances par lesquelles seules nous pouvions être préservés de subir la peine d’un feu éternel. Et c’est ainsi que, dans ces derniers jours, il excite souvent nos amis les plus puissants et nos intimes les plus chers à nous détourner de marcher dans ce chemin étroit qui seul mène à la vie éternelle.

Mais notre bienheureux Seigneur nous a fourni une réponse suffisante à toutes ces suggestions : « Arrière de moi, mes adversaires » ; car autrement ils vous seront en scandale ; et la seule raison pour laquelle ils donnent de tels conseils, c’est que leurs « pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes ».

Vous donc, qui que vous soyez parmi vous, qui êtes résolus à servir le Seigneur, préparez votre âme à bien des tentations semblables ; car il est nécessaire que de tels scandales arrivent, pour éprouver votre sincérité, pour nous apprendre à ne plus nous confier en l’homme, et pour voir si nous voulons tout quitter pour suivre Christ.

Il est vrai que nos modernisateurs du christianisme voudraient nous persuader que l’Évangile n’était fait que pour environ deux cents ans, et qu’il n’est plus besoin aujourd’hui de haïr père et mère, ni d’être persécuté à cause de Christ et de son Évangile.

Mais ces gens-là sont dans l’erreur, ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de la piété dans leur cœur ; car quiconque reçoit l’amour de Dieu dans sa vérité trouvera que Christ est venu apporter sur la terre, non la paix, mais l’épée, aujourd’hui autant que jamais ; que la belle-mère sera contre la belle-fille dans ces derniers temps aussi bien que dans les temps primitifs ; et que, si nous voulons vivre pieusement en Jésus-Christ, nous devons, maintenant comme alors, souffrir la persécution de la part de nos amis et de nos parents charnels. Mais le diable a une

sixième ruse, aussi dangereuse qu’aucune des précédentes : c’est de ne pas nous tenter du tout, ou plutôt de se retirer pour un temps, afin de fondre sur nous à l’heure où nous n’y pensons pas.

C’est ainsi qu’il est dit qu’il ne quitta Jésus-Christ que pour un temps ; et notre bienheureux Seigneur nous a ordonné de veiller et de prier toujours, afin que nous ne tombions pas dans la tentation ; donnant à entendre par là que Satan, que nous y pensions ou non, cherche toujours comment il pourra nous dévorer.

Si donc nous voulons nous conduire en bons soldats de Jésus-Christ, nous devons être toujours sur nos gardes, et ne jamais prétendre déposer nos armes spirituelles, la prière et la vigilance, avant que notre combat soit achevé par la mort ; car, si nous le faisons, notre Amalek spirituel l’emportera bientôt sur nous. Qu’importe qu’il nous ait quittés ? Ce n’est que pour un temps ; encore un peu de temps, et, comme un lion rugissant, avec une double fureur, il se jettera de nouveau sur nous. Si grand lâche que soit le diable, il nous quitte rarement au premier assaut. Comme il poursuivit notre bienheureux Seigneur d’une tentation après l’autre, ainsi traitera-t-il ses serviteurs. Et la raison pour laquelle il ne renouvelle pas ses attaques, c’est tantôt que Dieu sait que nous sommes encore faibles et incapables de les supporter, tantôt que notre grand adversaire pense nous assaillir en une saison plus favorable.

Veille avec soin sur ton cœur, ô chrétien ; et chaque fois que tu t’aperçois que tu tombes dans un assoupissement spirituel, dis-lui, comme Christ à ses disciples : « Lève-toi (mon âme), pourquoi dors-tu ? » Réveille-toi, réveille-toi, revêts-toi de force, veille et prie, ou bien les Philistins tomberont sur toi et te mèneront où tu ne voudrais pas. Hélas ! cette vie est-elle un temps pour se coucher et dormir ? Lève-toi, et invoque ton Dieu ; ton ennemi spirituel n’est pas mort, mais il se tient caché en quelque lieu secret, cherchant une occasion favorable pour te trahir. Si tu cesses de lutter contre lui, tu cesses d’être l’ami de Dieu ; tu cesses de marcher dans ce chemin étroit qui mène à la vie.

Je me suis ainsi efforcé de vous montrer quelques-unes des ruses dont Satan se sert d’ordinaire « pour avoir l’avantage sur nous » ; il y en a sans doute bien d’autres dont il use souvent.

Mais celles-là, à cause de ma jeunesse et de mon manque d’expérience, je ne puis encore vous les faire connaître ; ceux qui sont enrôlés depuis bien des années au service de leur Maître, et qui ont combattu sous sa bannière contre notre Amalek spirituel, sont en état de découvrir davantage de ses artifices ; et, ayant été tentés en toutes choses comme leurs frères, ils peuvent, en toutes choses, conseiller et secourir ceux qui sont tentés.

En attendant, permettez-moi d’exhorter mes jeunes compagnons d’armes, qui, comme moi, ne font qu’entrer en campagne, et pour l’amour desquels ceci a été écrit, à ne pas se laisser décourager par la fournaise qui doit les éprouver, s’ils veulent être trouvés fidèles serviteurs de Jésus-Christ. Vous voyez, mes frères bien-aimés, par ce qui a été dit, que notre chemin à travers le désert de ce monde vers la Canaan céleste est semé d’épines, et qu’il y a des fils d’Anak avec qui il faut en venir aux mains avant de pouvoir posséder la terre promise. Mais que ceux-ci, comme autant d’espions infidèles, ne vous découragent pas de monter combattre les combats du Seigneur ; dites plutôt avec Caleb et Josué : « Non, nous monterons, car nous sommes capables de les vaincre. » Jésus-Christ, ce grand chef de notre salut, a, à notre place et comme notre représentant, confondu le grand ennemi du genre humain, et nous n’avons rien d’autre à faire que de combattre vaillamment sous sa bannière, et d’aller de victoire en victoire. Notre gloire ne consiste pas à être exemptés des tentations, mais à les endurer. « Heureux l’homme (dit l’apôtre) qui supporte patiemment la tentation » ; et encore : « Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète » de tomber dans diverses tentations ; et, dans cette prière parfaite que notre bienheureux Seigneur nous a prescrite, il nous est enseigné à demander, non pas tant d’être délivrés de toute tentation, que « du malin ». Tant que nous sommes de ce côté-ci de l’éternité, il faut nécessairement que les tentations viennent ; et, sans doute, « Satan nous a tous réclamés, pour nous cribler comme le froment ». Mais pourquoi craindrions-nous ? Car celui qui est pour nous est bien plus puissant que tous ceux qui sont contre nous. Jésus-Christ, notre grand souverain sacrificateur, est élevé à la droite de Dieu, et il y est assis pour intercéder en notre faveur, afin que notre foi ne défaille point.

Puis donc que Christ prie, qui craindrions-nous ? Et puisqu’il a promis de nous rendre plus que vainqueurs, de qui aurions-nous peur ? Non, quand une armée de démons serait rangée en bataille contre nous, n’ayons point de crainte ; quand la plus ardente persécution s’élèverait contre nous, confions-nous néanmoins en Dieu. Qu’importe que Satan et le reste de ses esprits apostats soient puissants, comparés à nous ? S’ils sont mis en parallèle avec le Tout-Puissant, ils sont aussi faibles que les plus vils vermisseaux. Dieu les tient tous enchaînés dans les ténèbres pour le jugement du grand jour. Ils iront aussi loin qu’il le leur permettra, mais pas plus loin ; et là où il lui plaira, là s’arrêteront leurs desseins orgueilleux et malveillants. Nous lisons dans l’Évangile que, bien qu’une légion d’entre eux possédât un seul homme, ils ne purent cependant le détruire ; et qu’ils ne purent pas même entrer dans un pourceau sans en avoir d’abord reçu la permission d’en haut. Il est vrai que nous voyons souvent qu’ils nous mettent en déroute lorsque nous sommes assaillis par eux ; mais fortifions-nous et ayons bon courage ; car, s’ils nous blessent au talon, nous finirons par leur écraser la tête. Encore un peu de temps, et celui qui doit venir viendra ; et alors nous verrons tous nos ennemis spirituels mis sous nos pieds. Qu’importe qu’ils s’avancent contre nous comme autant de grands Goliaths ? Si nous pouvons marcher, comme le jeune David, au nom et dans la force de l’Éternel des armées, nous pourrons dire : Ô Satan, où est ta puissance ? Ô esprits déchus, où est votre victoire ?

Encore une fois donc, et pour conclure : fortifions-nous et ayons bon courage, et revêtons-nous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister aux traits enflammés du malin. Renonçons à nous-mêmes et au monde, et alors nous lui ôterons les armes dans lesquelles il se confie, et il ne trouvera rien en nous sur quoi ses tentations puissent agir. Nous préviendrons ainsi ses desseins malveillants ; et, étant disposés à souffrir nous-mêmes, nous aurons besoin que moins de souffrances nous soient envoyées d’en haut. Ayons les reins ceints de la vérité, et pour casque l’espérance du salut, « faisant en tout temps toutes sortes de prières et de supplications ». Par-dessus tout, « prenons l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu », et « le bouclier de la foi », ayant toujours les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l’ignominie, et qui est maintenant assis à la droite de Dieu.

Puisse Dieu, dans son infinie miséricorde, nous transporter tous en ce lieu de bonheur, par notre Seigneur Jésus-Christ.

À qui, avec le Père et le Saint-Esprit, trois personnes et un seul Dieu éternel, soient tout honneur et toute gloire, maintenant et à jamais. Amen.

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