Sermons choisis de George Whitefield
Le grand devoir de la charité recommandé

Chapitre 47 · 25 min de lecture · 32 min d’écoute

Le grand devoir de la charité recommandé

1 Corinthiens 13 :8 : « La charité ne périt jamais. »

Rien n’est plus précieux ni plus louable, et pourtant aucun devoir n’est moins pratiqué, que celui de la charité. Nous affectons souvent de l’intérêt et de la pitié pour la misère et la détresse de nos semblables, mais nous compatissons rarement à leur condition au point de les secourir selon nos moyens ; or, à moins que nous ne les aidions dans ce dont ils peuvent avoir besoin, pour le corps aussi bien que pour l’âme, tous nos vœux ne sont que des paroles sans valeur ni poids, qui ne méritent aucune estime ni considération ; car lorsque nous apprenons quelque situation déplorable où se trouvent nos semblables, qu’ils soient amis ou ennemis, il est de notre devoir, en tant que chrétiens, de les secourir de tout notre pouvoir.

À la vérité, mes frères, nous ne devons pas nous faire tort à nous-mêmes ni à nos familles ; ce n’est pas là cette charité que saint Paul recommande si fort ; non, mais si nous sommes de quelque manière en état de les secourir sans nuire ni à nous-mêmes ni à nos familles, alors c’est notre devoir de le faire ; et cette charité-là ne périt jamais, lorsqu’elle procède d’un bon motif et qu’elle a un juste but.

Saint Paul avait montré, dans le chapitre précédent, que les dons spirituels sont divers ; que Dieu a départi une bénédiction à l’un et une autre à un autre ; et que, bien qu’il y eût une diversité de bénédictions, Dieu ne les accordait pas toutes à une seule personne, mais donnait à l’un une bénédiction qu’il refusait à un autre, et donnait à l’autre une bénédiction, ou un don, qui pouvait le rendre aussi éminent dans un domaine que le don du premier le rendait éminent dans un autre ; mais que, bien qu’il y ait ces divers dons spirituels, ils sont tous donnés en vue de quelque fin sage, savoir pour l’utilité commune, et c’est à cette fin qu’ils sont ainsi diversement répartis. Nous ne devons pas, d’un côté, cacher les dons que Dieu nous a faits ; ni, de l’autre, en être si prodigues que nous les dépensions pour nos convoitises et nos plaisirs, afin de satisfaire nos appétits sensuels ; mais ils doivent servir à la gloire de Dieu et au bien des âmes immortelles. Après avoir particulièrement développé ce point, il en vient à montrer que tous les dons, si grands qu’ils soient en eux-mêmes, n’ont aucune valeur si nous n’avons pas la charité, comme vous pouvez le voir en particulier en considérant ce chapitre depuis le commencement.

Mais avant d’aller plus loin, je vous dirai ce que l’apôtre entend par la charité : c’est l’amour ; là où il y a un véritable amour, il y aura de la charité ; il y aura un effort pour assister, aider et secourir selon les moyens dont Dieu nous a bénis ; et puisque l’apôtre la recommande si fort, voyons combien cette charité est précieuse, et combien elle est louable chez tous ceux qui s’y appliquent. Je vais,

I. Considérer cette grâce dans son rapport avec le corps des hommes.

II. Je montrerai combien elle est plus précieuse encore lorsqu’elle se rapporte à l’âme des hommes.

III. Je vous montrerai quand votre charité est de la bonne sorte.

IV. Pourquoi cette charité, ou la grâce de l’amour, ne périt jamais.

V. Je conclurai le tout par une exhortation aux grands et aux petits, aux riches et aux pauvres, les uns comme les autres, à se trouver dans la pratique constante de ce devoir précieux et louable.

Premièrement, je considérerai ce devoir dans son rapport avec le corps des hommes. Et,

1. Oh ! si les riches voulaient considérer combien ce devoir est digne de louange, quand il s’agit d’aider leurs semblables ! Nous avons été créés pour être une aide les uns pour les autres ; Dieu n’a fait personne si indépendant qu’il n’ait besoin de l’assistance d’autrui ; l’homme le plus riche et le plus puissant qui soit sur la face de cette terre a besoin de l’aide et de l’assistance de ceux qui l’entourent ; et bien qu’il soit grand aujourd’hui, mille accidents peuvent le rendre demain tout aussi petit ; celui qui roule aujourd’hui dans l’abondance peut être demain dans une aussi grande disette. Si nos riches voulaient être plus charitables envers leurs amis et leurs voisins pauvres, ce serait pour eux un moyen de se recommander à la faveur des autres, si la Providence venait à leur être contraire ; mais hélas ! nos grands aiment bien mieux dépenser leur argent au théâtre, au bal, dans une assemblée ou à une mascarade, que de secourir un pauvre serviteur de Jésus-Christ dans la détresse. Ils aiment mieux dépenser leurs biens pour leurs faucons et leurs chiens, pour leurs prostituées, et pour des plaisirs terrestres, sensuels et diaboliques, que de consoler, de nourrir ou de secourir un seul de leurs semblables dans la détresse. Quelle différence y a-t-il entre le roi sur son trône et le mendiant sur son fumier, quand Dieu leur redemande leur souffle ? Il n’y a aucune différence, mes frères, dans le tombeau, et il n’y en aura aucune au jour du jugement. Vous ne serez pas excusés parce que vous aurez eu de grands biens, une belle maison, et que vous aurez vécu dans tous les plaisirs que la terre pouvait vous offrir ; non, ces choses seront l’un des moyens de votre condamnation ; et vous ne serez pas jugés selon l’étendue de vos biens, mais selon l’usage que vous en aurez fait.

Maintenant, vous pouvez ne penser à rien d’autre qu’à vos plaisirs et à vos délices, à vivre dans l’aisance et l’abondance, sans jamais considérer combien de milliers de vos semblables se réjouiraient de ce que vous gaspillez et dont vous ne faites aucun cas. Laissez-moi vous conjurer, mes frères riches, de considérer les pauvres de ce monde, et combien il est louable et digne d’éloge de secourir ceux qui sont dans la détresse. Considérez combien cela est agréable à Dieu, combien cela réjouit les hommes, et combien de prières seront offertes pour votre bien par les personnes que vous secourrez ; et que cette considération vous porte à prélever un peu sur l’abondance dont Dieu vous a bénis, pour le soulagement de ses pauvres. Il aurait pu vous placer dans leur humble condition, et eux dans votre haute position ; c’est seulement son bon plaisir qui a ainsi fait la différence ; et cela ne vous fera-t-il pas vous souvenir de vos semblables dans la détresse ?

Laissez-moi vous conjurer de considérer ce qui vous servira le mieux au jour du jugement : tant d’argent dépensé à une course de chevaux ou à un combat de coqs, au théâtre ou à la mascarade, ou tant d’argent donné pour le soulagement de vos semblables et des membres affligés de Jésus-Christ.

Je vous en conjure, considérez combien ce devoir est précieux et louable : ne vous fâchez pas de ce que je vous exhorte ainsi à un devoir que Jésus-Christ lui-même et tous ses apôtres recommandent si fort. Je m’adresse particulièrement à vous, mes frères riches, pour vous supplier de considérer ceux qui sont pauvres en ce monde, et de les aider de temps à autre, selon que leur nécessité le demande. Considérez qu’une malédiction est prononcée contre les richesses de ceux qui n’en font pas ainsi un bon usage, savoir : « A vous maintenant, riches! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous. Vos richesses sont pourries, et vos vêtements sont rongés par les teignes. Votre or et votre argent sont rouillés; et leur rouille s’élèvera en témoignage contre vous, et dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé des trésors dans les derniers jours! » Vous voyez le terrible malheur prononcé contre tous ceux qui amassent l’abondance des choses de cette vie sans soulager la détresse de ceux qui en manquent ; et l’apôtre Jacques continue en parlant aussi contre ceux qui ont acquis des biens par la fraude, comme trop de gens l’ont fait de nos jours : « Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées. Vous avez vécu sur la terre dans les voluptés et dans les délices, vous avez rassasié vos cœurs au jour du carnage. » Ainsi, si vous continuez à vivre selon la convoitise de la chair, à choyer votre ventre et à en faire votre dieu, tandis que les pauvres meurent de faim tout autour de vous, Dieu fera de ces choses un témoin contre vous, qui sera comme un ver pour vos âmes, et qui rongera vos consciences pendant toute l’éternité. C’est pourquoi laissez-moi encore une fois vous recommander la charité envers le corps des hommes, et vous conjurer de vous souvenir de ce que notre bienheureux Seigneur Jésus-Christ a promis à ceux qui aiment ainsi ses membres : « Toutes les fois qu’ils l’ont fait au plus petit de ses membres, c’est à lui qu’ils l’ont fait. »

Je ne parle pas maintenant pour moi-même ; je ne vous recommande pas mon petit troupeau de Géorgie ; vous pourriez alors dire, comme beaucoup le font à la légère, que je voulais l’argent pour moi ; non, mes frères, je vous recommande maintenant les pauvres de ce pays, vos voisins pauvres, vos amis pauvres, oui, vos ennemis pauvres ; ce sont eux pour qui je parle maintenant ; et quand je vois tant de gens mourir de faim dans les rues, et presque nus, mes entrailles sont émues de pitié et d’angoisse à la pensée que beaucoup, qui ont le pouvoir de leur tendre une main secourable, ferment leurs entrailles de compassion et ne veulent pas secourir leurs semblables, bien que ceux-ci soient dans la condition la plus déplorable faute de ce secours.

Comme j’ai ainsi recommandé la charité particulièrement aux riches d’entre vous, je voudrais maintenant,

2. Deuxièmement, la recommander à une autre classe de gens parmi nous, qui, au lieu d’être les plus empressés aux œuvres de charité, sont d’ordinaire les plus en retard ; je veux parler du clergé de ce pays.

Grand Dieu ! qu’elle est stupéfiante, la pensée que ceux que Dieu a appelés à travailler aux choses spirituelles soient si en retard dans ce devoir, comme une funeste expérience nous l’apprend ! Notre clergé (c’est-à-dire la plupart de ses membres) ne cherche que l’avancement, court çà et là pour obtenir un bénéfice après l’autre, et pour amasser du bien, soit pour le dépenser dans les plaisirs de la vie, soit pour satisfaire ses appétits sensuels, tandis que les pauvres de son troupeau sont oubliés ; que dis-je ? pis encore, ils sont méprisés, haïs et dédaignés.

Je ne parle pas maintenant, mes frères, de tout le clergé ; non, Dieu soit béni, il y en a parmi eux qui ont horreur de tels procédés et qui sont disposés à secourir les nécessiteux ; mais Dieu sait qu’ils ne sont que très peu, tandis que beaucoup ne prennent aucun souci des pauvres qui sont parmi eux.

Ils savent rendre visite aux riches et aux grands, mais les pauvres, ils ne peuvent les souffrir en leur présence ; ils oublient, ils oublient volontairement les pauvres membres de Jésus-Christ.

Ils ont quitté les anciens sentiers, et se sont engagés dans une nouvelle voie polie, mais qui n’est pas autorisée par la parole de Dieu ; ils se sont enfoncés dans une belle manière d’agir ; mais, toute belle qu’elle est, ce ne fut pas la pratique des apôtres, ni celle des chrétiens à aucune époque de l’Église ; car ils visitaient et secouraient les pauvres qui étaient parmi eux ; mais combien cela est rare parmi nous, combien rarement trouvons-nous la charité chez un ecclésiastique !

C’est avec douleur que je dis ces choses, mais une triste expérience est témoin de leur vérité ; et si tout le clergé de ce pays était ici, je lui dirais hardiment qu’il ne s’est pas tenu dans les voies de la charité, mais qu’il a été négligent dans son devoir ; au lieu de « vendre tout et de le donner aux pauvres », ils ne veulent rien vendre, ni rien donner du tout aux pauvres.

3. Troisièmement, je voudrais vous exhorter, vous qui êtes pauvres, à être charitables les uns envers les autres.

Bien que vous n’ayez peut-être ni argent ni biens de cette vie à vous donner les uns aux autres, vous pouvez cependant vous assister en vous consolant et en vous conseillant mutuellement de ne pas vous décourager, quoique vous soyez dans une humble condition en ce monde ; ou, dans la maladie, vous pouvez vous aider selon le temps ou les moyens que vous avez. Ne soyez pas durs les uns envers les autres ; ne vous affligez pas, ne vous irritez pas, ne vous fâchez pas les uns contre les autres ; car ce serait donner au monde un avantage sur vous.

Et si Dieu suscite quelqu’un pour vous secourir, ne faites pas un mauvais usage de ce que sa providence, par les mains de quelque chrétien, vous a accordé ; soyez toujours humbles et attendez-vous à Dieu ; ne murmurez pas et ne vous plaignez pas si vous en voyez d’autres secourus et que vous ne l’êtes pas ; attendez-vous toujours au Seigneur, et aidez-vous les uns les autres, selon vos moyens, de temps à autre.

Après vous avoir montré combien cette charité est précieuse pour le corps des hommes, je passe maintenant,

Deuxièmement, à vous montrer combien elle est plus précieuse encore lorsqu’elle s’étend à l’âme des hommes.

Et l’âme n’est-elle pas plus précieuse que le corps ? Il ne nous servirait de rien, et ce serait même pour nous une perte infinie, de gagner le monde entier si nous devions perdre notre âme. L’âme est d’une valeur infinie et d’une importance infinie ; c’est pourquoi nous devrions étendre notre charité toutes les fois que nous le voyons nécessaire, et aussi reprendre, censurer et exhorter en toute piété et en tout amour.

Nous devrions, mes chers frères, user de tous les moyens et de toutes les occasions pour le salut de nos propres âmes et de l’âme des autres. Nous pouvons avoir beaucoup de charité et de sollicitude pour le corps de nos semblables, alors que nous n’avons aucune pensée, aucun souci de leurs âmes immortelles. Mais oh ! qu’il est triste d’avoir de la sollicitude pour la partie mortelle, et non pour la partie immortelle ; d’avoir de la charité pour le corps de nos semblables, tandis que nous ne nous soucions pas de leurs âmes immortelles ; peut-être les aidons-nous à se perdre, sans avoir aucun souci de leur salut.

Vous aimez peut-être passer avec eux une joyeuse soirée, aller au théâtre ou à une course de chevaux ; mais d’autre part, vous ne pouvez supporter la pensée d’aller avec eux à un sermon ou à une société religieuse ; non, vous chanteriez avec eux les chansons de l’ivrogne, mais vous ne voulez pas chanter des cantiques avec eux ; cela n’est pas assez poli, cela ne sied pas à un gentilhomme de goût, ce n’est pas à la mode, et cela ne se pratique que parmi une bande d’enthousiastes et d’insensés.

Ainsi, vous serez assez peu charitables pour vous joindre, la main dans la main, à ceux qui se hâtent vers leur propre damnation, tandis que vous ne serez pas assez charitables pour les aider à passer des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu. Mais ceci, ceci, mes chers frères, est la plus grande charité qui soit : sauver une âme de la mort ; c’est là un bien bien plus grand que de soulager le corps d’un de nos semblables ; car pour l’être le plus misérable qui soit, la mort le délivrerait de tout. Mais la mort, pour ceux qui ne sont pas nés de nouveau, serait si loin d’être une délivrance de toute misère, qu’elle serait l’entrée dans tous les tourments, et cela pour toute l’éternité. C’est pourquoi nous devrions aider, autant qu’il est possible, à empêcher une âme de tomber entre les mains de Satan ; car il est le grand ennemi des âmes. Combien cela ne devrait-il pas vous exciter à veiller sur votre âme et sur celle des autres ! Car à moins que vous ne soyez ardents auprès de Dieu, Satan sera trop fort pour vous. Assurément, c’est la plus grande charité que de veiller sur les paroles et les actions les uns des autres, afin de nous avertir mutuellement quand le danger est proche, ou quand l’ennemi des âmes s’approche.

Et si vous avez une fois connu la valeur de vos propres âmes, et su ce que c’est que d’être arraché comme un tison du feu, vous serez soucieux que d’autres soient tirés du même état. Ce n’est pas de mener une vie morale, d’être honnête et de payer à chacun ce qui lui est dû ; ce n’est pas là une preuve que vous êtes dans l’état de grâce, que vous êtes nés de nouveau et renouvelés dans l’esprit de votre intelligence. Non, vous pouvez mourir honnêtes, justes, charitables, et pourtant n’être pas dans l’état de salut.

Ce n’est pas la prédication de cette morale que produisent maintenant la plupart de nos chaires, qui suffit à vous amener du péché à Dieu. Je vous voyais disposés à apprendre, et cependant ignorants de la nécessité d’être nés de nouveau, régénérés, de voir toutes les choses anciennes abolies et toutes choses devenir nouvelles dans vos âmes ; je ne pouvais supporter, mes frères, de vous voir sur le grand chemin de la perdition, sans personne pour vous ramener. Ce fut l’amour de vos âmes, ce fut le désir de voir Christ formé en vous, qui m’amena dans les champs, sur les grands chemins et le long des haies, pour vous prêcher Jésus, un Jésus crucifié, mourant pour vous. Ce fut la charité, oui, ce fut la charité envers vos âmes, qui m’a exposé aux mauvais traitements que me font présentement mes frères savants dans la lettre.

C’est pourquoi laissez-moi vous conseiller d’être charitables envers l’âme les uns des autres, c’est-à-dire en vous conseillant mutuellement, avec tout amour et toute tendresse, de suivre Christ et les choses qui appartiennent à votre paix immortelle, avant qu’elles soient pour toujours cachées à vos yeux.

Je passe maintenant, en troisième lieu, à montrer quand votre charité est de la bonne sorte.

Et ici, mes frères, je montrerai, premièrement, quand elle ne l’est pas ; et, deuxièmement, quand elle est de la bonne sorte.

1. Premièrement, votre charité n’est pas de la bonne sorte quand elle procède de vues ou de fins mondaines.

Si c’est pour être vu des hommes, pour en recevoir quelque avantage, pour être estimé ou pour se faire une réputation dans le monde ; ou si vous en tirez quelque orgueil, et que vous attendiez de Dieu quelque récompense pour cela seul ; si tout cela, ou chacune de ces choses, est le but de votre charité, alors tout est vain ; votre charité ne procède pas d’un bon motif, mais vous trompez par là vos propres âmes. Si vous faites l’aumône uniquement pour être remarqué des hommes, ou dans l’attente d’une faveur de Dieu à cause de cela seul, alors vous n’avez à cœur ni la gloire de Dieu ni le bien de vos semblables, mais uniquement vous-mêmes ; ceci, ceci n’est pas la charité. Et ce n’est pas non plus,

Deuxièmement, la vraie charité, que de donner quoi que ce soit à nos semblables uniquement pour les entretenir dans le vice ; cela est si loin d’être de la charité, que c’est un péché, à la fois contre Dieu et contre nos semblables. Et pourtant cela est aussi commun que coupable : entraîner nos amis, sous un spécieux prétexte de charité, à tel ou tel divertissement, sans autre but que de les faire tomber dans l’excès. Par là vous vous rendez coupables d’un double péché : nous ne devons pas pécher nous-mêmes, et encore bien moins devons-nous chercher à faire pécher autrui. Mais,

Troisièmement, notre charité procède d’un bon motif lorsqu’elle procède de l’amour pour Dieu, et qu’elle vise le bien, à la fois du corps et de l’âme, de nos semblables.

Lorsque tel est le but unique du secours que nous apportons à nos semblables dans la détresse, alors notre charité procède d’un bon motif, et nous pouvons espérer en recueillir du fruit ; c’est là la charité qui est agréable à Dieu. Dieu prend plaisir à ce que toutes nos actions procèdent de l’amour : l’amour pour lui-même et l’amour pour les âmes immortelles.

Considérez, mes chers frères, que ce fut l’amour des âmes qui fit descendre le bienheureux Jésus du sein de son Père ; qui fit que lui, qui était égal en puissance et en gloire, vint prendre notre nature ; qui fit que le Prince de la vie mourut de la mort douloureuse, ignominieuse et maudite de la croix. Ce fut l’amour des âmes immortelles qui amena ce bienheureux Jésus parmi nous. Et oh ! puissions-nous par là considérer combien grande était et est la valeur des âmes : ce fut elle qui fit saigner, haleter et mourir Jésus. Et certes les âmes doivent être d’un prix infini, pour que l’Agneau de Dieu soit mort d’une mort si honteuse.

Et cela ne vous fera-t-il pas avoir une juste estime pour les âmes ? L’âme est du plus grand prix ; et ceci, ceci est la plus grande charité, lorsqu’elle procède de l’amour pour Dieu et de l’amour pour les âmes. Ce sera une charité dont la satisfaction durera toute l’éternité. Oh ! que cela vous fasse avoir une telle estime pour la valeur des âmes, que vous ne négligiez aucune occasion de leur faire du bien : voilà qui mérite bien qu’on ait de la charité pour elles, puisqu’elles demeurent pendant toute l’éternité. C’est pourquoi laissez-moi vous conjurer instamment, tous, de considérer le prix des âmes immortelles, et que votre charité s’étende jusqu’à elles, afin que, par vos conseils et vos avertissements, vous soyez un instrument entre les mains de Dieu pour amener des âmes au Seigneur Jésus.

J’ai ensuite à considérer, quatrièmement, pourquoi cette charité, ou grâce de l’amour, ne périt jamais.

Et elle ne périt jamais, en ce qu’elle procède d’un Dieu immuable. Nous ne devons pas entendre que notre charité soit toujours la même. Non, il peut y avoir, et il y a fréquemment, des flux et des reflux ; mais pourtant elle ne périt jamais entièrement. Non, la grâce de l’amour demeure à jamais. Il y a, et il y aura, une charité envers tous ceux qui se sont égarés et éloignés de Dieu. Nous ne pouvons être tranquilles en voyant des âmes sur le grand chemin de la perdition, sans faire tous nos efforts pour les ramener du péché et leur montrer les terribles conséquences où l’on court en se livrant au mal. Les chrétiens ne peuvent supporter de voir périr faute de connaissance ces âmes pour lesquelles Christ est mort ; et s’ils voient quelqu’un de leurs semblables dans le besoin quant au corps, ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour le secourir.

La charité ne périra jamais parmi ceux qui ont un véritable amour pour le Seigneur Jésus et qui connaissent la valeur des âmes : ils seront charitables envers ceux qui sont dans la détresse. Et ainsi vous voyez que la vraie charité, si elle procède d’un bon motif, ne périt jamais.

Je passe maintenant, mes frères, en dernier lieu, à vous exhorter tous, grands et petits, riches et pauvres, les uns comme les autres, à pratiquer ce précieux et louable devoir de la charité.

Ce n’est pas de rouler dans vos carrosses, de prendre votre plaisir et de ne pas considérer les misères de vos semblables, qui est louable ou digne d’éloge ; mais secourir vos pauvres semblables dans la détresse, voilà ce qui est précieux et digne d’éloge partout où cela se trouve. Mais hélas ! combien peu de nos gentilshommes élégants et polis pensent à leurs amis pauvres ; ils les méprisent plutôt, et n’en font aucun cas. Ils peuvent se livrer aux folies de la vie, et aiment bien mieux dépenser leurs biens en convoitises et en plaisirs, tandis que les pauvres tout autour d’eux ne sont pas jugés dignes d’être mis avec les chiens de leur troupeau. Si vous avez l’abondance des choses de ce monde, alors on vous estime digne d’être le compagnon des gens polis et élégants ; mais si vous êtes pauvres, alors vous ne devez vous attendre à trouver aucune faveur, mais à être haïs, ou jugés indignes de toute compagnie et de toute conversation ; et si vous avez l’abondance des choses de cette vie, et que vous n’ayez besoin d’aucune aide, alors beaucoup sont prêts à vous aider. Mes chers frères, je ne doute pas que votre propre expérience ne prouve mes assertions ; ni que, si quelqu’un tombe dans la détresse, ceux qui avaient promis de le secourir n’oublient entièrement ce qu’ils ont promis, et ne le méprisent, parce que la Providence lui est devenue contraire. Mais ce n’est pas là agir comme ceux qui sont en route pour la Jérusalem céleste ; ainsi nos cœurs et nos actions donnent un démenti à nos lèvres ; car si nous professons le nom de Christ, et que nous ne nous éloignions pas de toute iniquité, nous ne sommes pas de ceux qui méritent d’être tenus pour de vrais chrétiens.

Car si nous n’avons pas la charité, nous ne sommes pas chrétiens : la charité est le grand devoir des chrétiens ; et où est notre christianisme, si la charité nous manque ? C’est pourquoi laissez-moi vous conjurer d’exercer la charité envers vos semblables dans la détresse. En vérité, mes chers frères, cela est véritablement louable, véritablement précieux ; et c’est pourquoi je vous conjure, par les entrailles d’une tendre miséricorde envers Christ, de considérer ses pauvres membres dans la détresse ; exercez, exercez, je vous en conjure, cette charité : si vous n’avez pas de compassion, vous n’êtes pas de vrais disciples du Seigneur Jésus-Christ. Je vous supplie humblement de considérer ceux qui ont besoin de secours et qui sont réellement dans le dénuement, et de les secourir selon vos moyens. Considérez que plus la Providence vous a été favorable, plus cela doit vous rendre ardents et empressés à secourir ceux que vous trouverez dans la détresse ; c’est de la plus haute importance, ce qui est agréable à vos semblables et l’accomplissement de votre devoir envers Dieu.

Quand vous serez appelés d’ici, alors toutes les richesses et toutes les grandeurs seront finies ; le tombeau ne fera aucune distinction ; de grands biens n’auront aucune signification dans l’autre monde ; et si vous avez fait un mauvais usage du talent que Dieu a mis entre vos mains, il ne servira qu’à aggraver votre condamnation au grand jour des comptes, quand Dieu viendra redemander vos âmes et vous appeler à rendre compte de l’usage que vous aurez fait de l’abondance des choses de cette vie.

Pour conclure, laissez-moi encore une fois vous conjurer, chacun de vous, d’agir selon la condition de vie que Dieu, dans sa riche et libre miséricorde, vous a donnée.

Si vous sentiez les grandes conséquences qu’aurait le fait d’agir de cette manière charitable, et si vous le considériez comme une preuve de votre amour pour Dieu, en aimant ses membres, vous ne pourriez avoir des dispositions dépourvues de charité, ni manquer de secourir aucun de vos semblables dans la détresse.

Considérez combien il est facile à beaucoup d’entre vous, en mettant vos petites pites ensemble, d’aider quelqu’un qui est dans la détresse ; et que savez-vous si le peu que vous donnez ne sera pas le moyen de faire passer quelqu’un de la détresse à une situation florissante ? Et alors, s’il y a en eux le véritable esprit d’un chrétien, ils ne pourront jamais être assez reconnaissants envers Dieu, qui en est l’auteur, et envers vous, qui en êtes l’instrument, pour avoir été un si grand ami pour eux dans leur triste situation. Considérez aussi, encore une fois, combien votre compte sera meilleur au jour du jugement, et de quelle paix de conscience vous jouirez. Quelle satisfaction doit procurer la pensée d’avoir secouru la veuve et l’orphelin ! Cela est recommandé par le Seigneur Jésus-Christ, et a été pratiqué dans tous les siècles de l’Église ; et c’est pourquoi, mes frères, trouvez-vous maintenant dans la pratique de ce devoir.

Je me suis étendu plus longuement sur ce sujet, parce que nos ennemis disent que nous rejetons toutes les actions morales ; mais, Dieu soit béni, ils parlent contre nous sans cause : nous en faisons grand cas ; mais nous disons que la foi en Christ, l’amour de Dieu et la nouvelle naissance sont d’un prix infiniment plus grand ; mais vous ne pouvez être de vrais chrétiens sans avoir de la charité pour vos semblables, qu’ils soient amis ou ennemis, s’ils sont dans la détresse. C’est pourquoi employez-vous à ce devoir, comme le commande le bienheureux Jésus ; et si vous avez la vraie charité, vous vivrez et régnerez avec lui à jamais.

Maintenant, à Dieu le Père, à Dieu le Fils et à Dieu le Saint-Esprit, soient tout honneur, toute puissance, toute gloire, toute force, toute majesté et toute domination, maintenant et à jamais. Amen.

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