Sermons choisis de George Whitefield
De la justification par Christ

Chapitre 46 · 23 min de lecture · 29 min d’écoute

De la justification par Christ

Certains de ceux qui s’écartent de l’Église établie, et même, je puis l’ajouter, d’autres aussi qui en sont réellement les amis, ont objecté que les ministres de l’Église d’Angleterre se prêchent eux-mêmes, et non le Christ Jésus, le Seigneur ; qu’ils entretiennent leurs ouailles de leçons de pure morale, sans leur annoncer la bonne nouvelle du salut par Jésus-Christ. Jusqu’à quel point une telle objection est fondée, ce n’est pas à moi de le rechercher. Tout ce que je dirai pour le moment à ce sujet, c’est que, lorsqu’une si grave objection est élevée contre le corps entier du clergé en général, tout ministre honnête de Jésus-Christ doit faire tout son possible pour ôter toute espèce de prétexte à ceux qui cherchent un prétexte de se scandaliser de nous ; afin qu’en nous entendant sans cesse faire retentir la parole de vérité, et déclarer en toute hardiesse et pleine assurance de foi « qu’il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné par lequel ils puissent être sauvés, que celui de Jésus-Christ », ils aient honte de cette confiance avec laquelle ils se vantent contre nous.

C’est cette objection en vue, jointe à ce que le sujet a d’agréable et de délicieux (car qui pourrait ne pas se plaire à parler de ce que les saints anges désirent sonder ?), qui me pousse à discourir un peu sur ce grand et fondamental article de notre foi, à savoir que nous sommes justifiés gratuitement par le sang précieux de Jésus-Christ. « Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l’Esprit de notre Dieu. »

Ces paroles, qui commencent par la particule mais, se rapportent évidemment à quelque chose qui précède ; il ne sera donc pas hors de propos, avant de descendre dans le détail, de considérer ces paroles dans leur rapport avec le contexte. L’apôtre, dans les versets qui précèdent immédiatement, venait d’énumérer bien des péchés notoires, l’ivrognerie, l’adultère, l’impudicité et autres semblables, dont la pratique, sans une repentance vraie et sincère, devait, dit-il aux Corinthiens, les exclure entièrement du royaume de Dieu. Mais alors, de peur que, d’un côté, ils ne s’enflent d’un orgueil spirituel en se voyant différents de leurs frères non convertis, et ne soient ainsi tentés de les mépriser et de dire avec l’hypocrite infatué dont parle le prophète : « Ne m’approche pas, car je suis plus saint que toi » ; ou que, d’un autre côté, en regardant en arrière à la multitude de leurs offenses passées, ils ne soient portés à croire leurs péchés trop nombreux et trop graves pour être pardonnés : il leur rappelle d’abord, pour les tenir dans l’humilité, le triste état où ils étaient avant leur conversion, en leur disant en termes clairs : « C’est là (ou, comme on pourrait le lire, ces choses-là) ce que vous étiez, quelques-uns de vous » ; non pas un seul, mais tout ce triste catalogue de vices que j’ai dressé, quelques-uns d’entre vous s’en étaient autrefois rendus coupables ; mais en même temps, pour les préserver du désespoir, voici qu’il leur apporte une bonne nouvelle, le sujet d’une grande joie : « Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l’Esprit de notre Dieu. »

La première partie de ce texte, notre sanctification, je l’ai déjà traitée dans une certaine mesure ; je voudrais maintenant m’étendre sur notre justification gratuite par la précieuse obéissance et la mort de Jésus-Christ : « mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ. »

Dans ces paroles, je considérerai trois choses :

Premièrement, ce qu’il faut entendre par le mot justifié.

Deuxièmement, je m’efforcerai de prouver que tout le genre humain en général, et chaque personne en particulier, a besoin d’être justifié.

Troisièmement, qu’il n’y a aucune possibilité d’obtenir cette justification, dont nous avons un si grand besoin, sinon par l’obéissance toute parfaite et la mort précieuse de Jésus-Christ.

Premièrement, j’ai à considérer ce qu’il faut entendre par le mot justifié.

« mais vous avez été justifiés », dit l’apôtre ; c’est comme s’il disait : vos péchés vous sont pardonnés, et Dieu vous regarde comme si vous ne l’aviez jamais offensé. Car tel est le sens du mot justifié dans presque tous les passages de la sainte Écriture où ce mot se trouve. Ainsi, lorsque ce même apôtre écrit aux Romains, il leur dit que « ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés » ; et que ce mot justifié implique l’effacement de toutes nos transgressions, cela ressort clairement de ce qui suit : « ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés » ; ce qui ne pourrait être si la personne justifiée n’était pas regardée par Dieu comme si elle ne l’avait jamais offensé. Et encore, parlant de la foi d’Abraham, il leur dit qu’« Abraham crut en celui qui justifie l’impie », c’est-à-dire qui acquitte et absout l’homme impie ; car c’est un terme de droit, qui fait allusion à un juge acquittant un accusé du crime qu’on lui impute. Expression que l’apôtre explique lui-même par une citation tirée des Psaumes : « Heureux l’homme à qui le Seigneur n’impute pas son péché. » De toutes ces preuves, et de bien d’autres qu’on pourrait alléguer, il ressort qu’être justifié, c’est être acquitté aux yeux de Dieu de telle sorte qu’il nous regarde comme si nous ne l’avions jamais offensé. Et c’est en ce sens que nous devons entendre l’article que nous faisons profession de croire dans notre symbole, quand chacun de nous déclare en sa propre personne : Je crois la rémission des péchés. Ceci m’amène au

Deuxième point proposé : prouver que tout le genre humain en général, et chaque personne en particulier, a besoin d’être justifié.

Et en vérité l’apôtre le suppose dans les paroles du texte : « mais vous avez été justifiés », donnant ainsi à entendre que les Corinthiens (et par conséquent tout le genre humain, puisqu’il n’y a point de différence, comme on le montrera plus loin) avaient besoin d’être justifiés.

Mais, pour ne pas m’en tenir à de simples suppositions, je m’efforcerai, en développant davantage ce point, de prouver que nous avons tous besoin d’être justifiés à cause du péché de notre nature et du péché de notre vie.

1. Premièrement, j’affirme que nous avons tous besoin d’être justifiés à cause du péché de notre nature ; car nous sommes tous coupables du péché originel, c’est-à-dire du péché de nos premiers parents. Proposition qui, bien qu’un incrédule qui se justifie lui-même puisse la nier, lui qui « ne veut pas venir à Christ pour avoir la vie », ne pourra jamais être niée par quiconque croit que les épîtres de saint Paul furent écrites par inspiration divine ; car nous y lisons qu’« en Adam tous sont morts », c’est-à-dire que le péché d’Adam fut imputé à tous ; et de peur que nous n’oubliions d’en faire une application particulière, il est ajouté ailleurs « qu’il n’en est aucun qui fasse le bien (c’est-à-dire par nature), pas même un seul ; que nous sommes tous égarés (loin de la justice originelle), et que nous sommes par nature des enfants de colère ». Et David lui-même, qui était un homme selon le cœur de Dieu, et qui, si quelqu’un le pouvait, aurait sûrement pu se prévaloir d’une exemption de cette corruption universelle, confesse pourtant « qu’il est né dans l’iniquité, et que sa mère l’a conçu dans le péché ». Et pour ne citer qu’un texte de plus, qui s’applique directement à notre sujet, saint Paul, dans son épître aux Romains, dit que « la mort est venue sur tous les hommes par la désobéissance d’un seul, à savoir d’Adam, même sur ceux (c’est-à-dire les petits enfants) qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam » ; qui ne s’étaient rendus coupables d’aucun péché actuel, et qui n’auraient donc pu être punis de la mort temporelle (laquelle, comme ce même apôtre nous l’apprend ailleurs, n’est entrée dans le monde que par le péché), si la désobéissance de nos premiers parents ne leur avait été imputée. De sorte que ce qui a été dit sur ce point semble excellemment résumé dans cet article de notre Église où elle déclare que « le péché originel ne consiste pas à suivre Adam, mais qu’il est la faute et la corruption de la nature de tout homme qui est naturellement engendré de la race d’Adam ; par quoi l’homme est très éloigné de la justice originelle, et de sa propre nature enclin au mal, de sorte que la chair convoite toujours contre l’esprit ; et c’est pourquoi, en toute personne née en ce monde, il mérite la colère et la damnation de Dieu ».

J’ai traité ce point plus en détail, parce qu’il est le fondement même de la religion chrétienne. Car je suis intimement persuadé que ce n’est rien d’autre que le manque d’un solide enracinement dans la doctrine du péché originel, et de la condition désespérée, je puis même dire damnable, dans laquelle chacun de nous vient au monde, qui fait que tant d’incrédules s’y opposent, et que tant de gens qui se disent chrétiens sont si tièdes dans leur amour et leurs affections envers Jésus-Christ. C’est cela, et je pourrais presque dire cela seul, qui fait abonder l’incrédulité parmi nous autant qu’elle abonde. Car, hélas ! nous nous trompons si nous imaginons que les hommes deviennent ou demeurent aujourd’hui incrédules, et opposent une raison corrompue à la révélation divine, simplement faute de preuves (car je crois qu’on pourrait aisément prouver qu’un incrédule moderne est la créature la plus crédule qui soit) ; non, c’est uniquement faute d’un esprit humble, d’un sentiment de leur dépravation originelle et d’une disposition à se reconnaître ainsi dépravés, qu’ils ferment avec tant d’obstination les yeux à la lumière du glorieux Évangile de Christ. Au contraire, s’ils avaient seulement une fois le cœur transpercé d’un juste et vif sentiment de leur corruption naturelle et de leur exposition à la condamnation, nous ne les verrions plus se moquer de la révélation divine et la regarder comme une fable ; mais ils s’écrieraient avec le geôlier tremblant : « que faut-il que je fasse pour être sauvé? » Ce fut une erreur sur ce point fondamental qui fit que tant de gens résistèrent à l’évidence que le Fils de Dieu lui-même donna de sa mission divine, quand il habita parmi nous comme sous une tente. Chaque parole qu’il prononçait, chaque action qu’il faisait, chaque miracle qu’il opérait, prouvait qu’il venait de Dieu. Pourquoi donc tant de gens endurcirent-ils leur cœur, et ne voulurent-ils pas croire à sa prédication ? Eh bien, il nous l’apprend lui-même : « Ils ne veulent pas venir à moi pour avoir la vie » ; ils s’obstinent à résister aux moyens que Dieu avait établis pour leur salut. Et saint Paul nous dit que « Si notre Évangile est encore voilé, il est voilé pour ceux qui périssent ; pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne vissent pas briller la splendeur de l’Évangile de la gloire de Christ, qui est l’image de Dieu. » 2 Cor. 4 :3–4.

Si l’on demande comment il s’accorde avec la bonté divine d’imputer la culpabilité du péché d’un seul homme à une postérité innocente, je penserais qu’il suffit de se servir des paroles de l’apôtre : « O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu? Le vase d’argile dira-t-il à celui qui l’a formé: Pourquoi m’as-tu fait ainsi? » Mais pour en venir à une réponse plus directe : on fera bien de considérer que, dans la première alliance que Dieu fit avec l’homme, Adam agit comme une personne publique, comme le représentant commun de tout le genre humain, et que par conséquent nous devions tenir ou tomber avec lui. S’il avait persévéré dans son obéissance et n’avait pas mangé du fruit défendu, les bienfaits de cette obéissance nous auraient sans doute été imputés ; mais puisqu’il n’y persévéra pas, et qu’il rompit l’alliance faite avec lui, et avec nous en lui, qui osera accuser d’injustice le juste Juge de toute la terre, parce qu’il nous impute aussi cela ? Je passe,

Deuxièmement, à prouver que nous avons besoin d’être justifiés à cause du péché de notre vie.

Que Dieu, ayant fait l’homme, ait le droit d’exiger son obéissance, c’est, je suppose, une vérité que personne ne niera ; qu’il nous ait aussi donné une loi naturelle et une loi écrite, d’après lesquelles nous serons jugés, cela ne peut être mis en doute par quiconque croit que l’épître de saint Paul aux Romains est d’autorité divine ; car il nous y est parlé d’une loi écrite dans le cœur et d’une loi donnée par Moïse ; et que chacun de nous ait transgressé ces lois, ce n’est que trop évident par notre triste et fréquente expérience. Aussi la sainte Écriture nous apprend-elle qu’« il n’y a point d’homme qui ne pèche » ; que « Nous bronchons tous de plusieurs manières » ; que « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes », et autres paroles semblables. Et si nous sommes ainsi des offenseurs envers Dieu, il s’ensuit que nous avons besoin du pardon pour l’avoir ainsi offensé ; à moins de supposer que Dieu édicte des lois et ne se soucie pas en même temps qu’on les observe ou non ; ce qui est aussi absurde que de supposer qu’un prince établisse des lois pour le bon gouvernement de son pays, et laisse pourtant chacun de ceux qui les violent s’en tirer impunément. Mais Dieu n’a pas agi si follement avec ses créatures. Non, comme il nous a donné une loi, il exige notre obéissance à cette loi, et nous a obligés à l’observer universellement et avec persévérance, sous peine de rien moins que d’encourir sa malédiction et la mort éternelle pour chaque transgression. Car voici ce que dit l’Écriture : « Maudit est quiconque n’observe pas tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, et ne le met pas en pratique » ; comme l’Écriture dit aussi en un autre endroit : « l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra. » Or il a déjà été prouvé que nous avons tous péché ; et donc, à moins qu’on ne trouve quelque moyen de satisfaire la justice de Dieu, nous devons périr éternellement.

Arrêtons-nous donc un moment, et voyons dans quelle condition déplorable chacun de nous vient au monde, et demeure encore, jusqu’à ce que nous soyons transportés dans l’état de grâce. Car assurément on ne saurait guère imaginer rien de plus déplorable que de naître sous la malédiction de Dieu, d’être chargé de la culpabilité originelle, et non seulement cela, mais d’être convaincu de transgressions actuelles de la loi de Dieu, dont la moindre mérite justement la damnation éternelle. Assurément ce ne peut être qu’une perspective bien sombre que celle où nous nous voyons, et elle doit nous pousser à chercher quelque moyen de satisfaire et d’apaiser notre juge offensé. Mais quels doivent être ces moyens ? Nous repentirons-nous ? Hélas ! il n’est pas dit un mot de repentance dans la première alliance : « le jour où tu en mangeras, tu mourras. » De sorte que, si Dieu est vrai, à moins qu’on ne trouve quelque moyen de satisfaire la justice divine, nous devons périr ; et il ne nous reste aucune place pour espérer un changement de pensée en Dieu, quand même nous le chercherions avec larmes. Eh bien donc, si la repentance n’y suffit pas, invoquerons-nous la loi des œuvres ? Hélas ! « Nul vivant ne sera justifié par la loi : car c’est par la loi que vient la connaissance du péché. » C’est elle qui convainc et condamne, et elle ne peut donc en aucune manière nous justifier ; et « toute notre justice (dit le prophète) est comme un vêtement souillé ». Avec quoi donc nous présenterons-nous devant le Seigneur, et nous prosternerons-nous devant le Dieu Très-Haut ? Nous présenterons-nous devant lui avec des veaux d’un an, avec des milliers de béliers, ou des myriades de torrents d’huile ? Hélas ! Dieu t’a fait connaître, ô homme, que cela ne servira de rien. Car il a déclaré : « Je ne prendrai pas de taureau dans ta maison, Ni de bouc dans tes bergeries. Car tous les animaux des forêts sont à moi, Toutes les bêtes des montagnes par milliers. » Le Seigneur voudra-t-il donc accepter notre premier-né pour notre transgression, le fruit de nos entrailles pour le péché de nos âmes ? Cela même n’achètera pas notre pardon ; car il a déclaré que « les enfants ne porteront pas l’iniquité de leurs pères ». D’ailleurs ils sont pécheurs, et donc, étant sous la même condamnation, ils ont autant besoin de pardon que nous-mêmes. Ils sont impurs ; et le Seigneur acceptera-t-il en sacrifice ce qui est aveugle et boiteux ? Quelque ange donc, ou quelque archange, entreprendra-t-il d’accomplir l’alliance que nous avons rompue, et de faire l’expiation pour nous ? Hélas ! ce ne sont que des créatures, quoique des créatures du rang le plus élevé ; elles sont donc tenues d’obéir à Dieu aussi bien que nous ; et après avoir tout fait, elles doivent dire qu’elles n’ont fait que ce qu’elles devaient faire. Et à supposer qu’il leur fût possible de mourir, comment la mort d’une créature finie pourrait-elle satisfaire une justice infiniment offensée ? Misérables que nous sommes ! Qui nous délivrera ? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur. Ce qui m’amène naturellement au

Troisième point proposé, qui était de m’efforcer de prouver qu’il n’y a aucune possibilité d’obtenir cette justification, dont nous avons un si grand besoin, sinon par l’obéissance toute parfaite et la mort précieuse de Jésus-Christ : « mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ. »

Mais ce point ayant déjà été prouvé dans une certaine mesure par ce qui a été dit sous le chef précédent, où j’ai montré que ni notre repentance, ni notre justice, ni nos sacrifices, non, pas même l’obéissance et la mort des anges eux-mêmes, ne pourraient nous procurer la justification, il ne me reste rien à faire sous ce chef, sinon de montrer que Jésus-Christ nous l’a procurée.

Et ici j’aurai encore recours « à la loi et au témoignage ». Car après toutes les disputes les plus subtiles de part et d’autre, rien d’autre que les vivants oracles de Dieu ne peut nous satisfaire sur ce point capital ; c’est un mystère si inconcevable que le Fils éternel et unique de Dieu soit mort pour l’homme pécheur, que nous n’aurions jamais osé nous permettre seulement d’y penser, si Dieu ne l’avait révélé dans sa sainte parole. Il est vrai que la raison peut nous montrer la plaie, mais la révélation seule peut nous conduire au moyen de notre guérison. Et bien que la méthode qu’il a plu à Dieu de prendre pour nous rendre heureux puisse être une pierre d’achoppement pour l’incrédule, et une folie pour le sage raisonneur et disputeur de ce monde, la sagesse, c’est-à-dire l’économie de notre rédemption, sera pourtant justifiée, approuvée et reçue avec soumission par tous ses enfants vraiment sages et saints, par tout chrétien sincère et droit.

Mais venons-en plus directement au point qui nous occupe. Deux choses, comme on l’a déjà observé, nous étaient nécessaires pour être en paix avec Dieu.

1. Être délivrés de la culpabilité du péché de notre nature.

2. Et du péché de notre vie.

Et l’une et l’autre (grâces soient rendues à Dieu pour ce don ineffable !) sont assurées aux croyants par l’obéissance et la mort de Jésus-Christ. Car que dit l’Écriture ?

1. Quant à la première, elle nous apprend que, « comme par la désobéissance d’un seul homme beaucoup ont été rendus pécheurs (ou par une seule transgression, à savoir celle d’Adam), de même par l’obéissance d’un seul, Jésus-Christ (ce qui comprend son obéissance passive aussi bien qu’active), beaucoup ont été rendus justes ». Et encore : « Comme par la désobéissance d’un seul homme le jugement est venu sur tous les hommes pour la condamnation » ; c’est-à-dire que tous les hommes furent condamnés, le péché d’Adam leur étant imputé ; « de même par l’obéissance d’un seul, c’est-à-dire de Jésus-Christ, le don gratuit du pardon et de la paix est venu sur tous les hommes (sur toutes sortes d’hommes) pour la justification qui donne la vie ». Je dis sur toutes sortes d’hommes ; car l’apôtre, dans ce chapitre, ne fait qu’établir un parallèle entre le premier et le second Adam sous ce rapport, qu’ils agirent l’un et l’autre comme représentants ; et que, comme la postérité d’Adam se vit imputer son péché, de même ceux pour qui Christ est mort, et dont il est le représentant, se verront aussi imputer ses mérites. Quiconque pousse le parallèle plus loin, pour prouver la rédemption universelle (quelques arguments qu’on puisse tirer en sa faveur d’autres passages de l’Écriture), s’il veut tirer de celui-ci un argument à cette fin, étend, je pense, le cordeau de son interprétation au-delà des limites de l’Écriture.

2. Le pardon du péché de notre vie était l’autre chose qu’il nous fallait voir assurée, avant de pouvoir être en paix avec Dieu.

Et la sainte Écriture nous apprend que cela est abondamment accompli par la mort de Jésus-Christ. Le prophète évangélique annonça que le Rédempteur promis serait « blessé pour nos péchés, et brisé pour nos iniquités ; que le châtiment qui nous donne la paix tomberait sur lui, et que par ses meurtrissures nous serions guéris », Ésaïe 53:5. Les anges, à sa naissance, dirent que « c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». Et saint Paul déclare que « C’est une parole certaine et entièrement digne d’être reçue, que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ». Et ici, dans les paroles du texte : « C’est là (ou, comme je l’ai fait observer, ces choses-là) ce que vous étiez, quelques-uns de vous ; Mais vous avez été lavés, etc. » ; et encore : « Jésus-Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient. » Et pour nous montrer que nul autre que Jésus-Christ ne peut faire tout cela, l’apôtre saint Pierre dit : « Il n’y a de salut en aucun autre; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés, que le nom de Jésus-Christ.

Comment il plaira à Dieu d’agir avec les païens, qui sont encore assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, et sur qui le soleil de la justice ne s’est jamais encore levé, ce n’est pas à nous de le rechercher. « Qu’avons-nous à juger ceux du dehors ? » Recommandons-les à la miséricorde de Dieu, et attendons la solution de ce point, et de tout autre point difficile, jusqu’au grand jour des comptes, où toutes les dispensations de Dieu, tant de la providence que de la grâce, seront pleinement éclaircies par des voies qui nous sont encore inconnues, parce que non révélées. Toutefois, nous savons ceci : le juge de toute la terre fera très assurément ce qui est juste.

Mais il est temps pour moi de conclure.

J’ai maintenant, mes frères, par la bénédiction de Dieu, discouru sur les paroles du texte selon la méthode que je m’étais proposée. On pourrait tirer bien des conséquences utiles de ce qui a été dit ; mais comme je vous ai retenus, je le crains, déjà trop longtemps, permettez-moi seulement de faire une ou deux réflexions sur ce qui a été dit, et j’aurai fini.

Si donc nous sommes justifiés gratuitement par la mort et l’obéissance de Jésus-Christ, arrêtons-nous ici un moment ; et comme nous avons réfléchi plus haut à la misère de l’âme déchue, détournons-nous maintenant pour voir le bonheur de l’âme croyante. Mais hélas ! comme je me perds à penser que Dieu le Père, alors que nous étions dans un état d’inimitié et de rébellion contre lui, ait néanmoins eu les entrailles émues envers nous, ses créatures déchues, apostates ; et que, parce que rien d’autre qu’une rançon infinie ne pouvait satisfaire une justice infiniment offensée, il ait envoyé son Fils unique et bien-aimé, Jésus-Christ (qui est Dieu béni éternellement, et qui avait reposé dans son sein de toute éternité), pour accomplir l’alliance des œuvres et mourir d’une mort maudite, douloureuse, ignominieuse, pour nous et pour notre salut ! Qui pourrait s’empêcher de s’écrier, en considérant ce mystère de la piété : « Ô profondeur des richesses de l’amour de Dieu » envers nous, ses créatures misérables, malheureuses et perdues ! « Que sa miséricorde est insondable, et ses voies incompréhensibles ! » Maintenant nous savons en vérité, ô Dieu, que tu nous as aimés, « puisque tu ne nous as pas refusé ton Fils, ton unique, Jésus-Christ », pour faire et mourir ainsi pour nous.

Mais de même que nous admirons le Père qui envoie, adorons aussi avec humilité et reconnaissance le Fils qui vient, lorsqu’il fut envoyé pour mourir pour l’homme. Mais, ô ! quelles pensées peuvent concevoir, quelles paroles exprimer la grandeur infinie de cet amour sans pareil qui engagea le Fils de Dieu à descendre des demeures de la gloire de son Père pour obéir et mourir pour l’homme pécheur ! Les Juifs, lorsqu’il versa seulement une larme aux funérailles du pauvre Lazare, dirent : « Voyez comme il l’aimait. » Combien plus justement pouvons-nous nous écrier : Voyez comme il nous a aimés ! puisque non seulement il a accompli toute la loi morale, mais qu’il n’a pas épargné son propre sang très précieux pour nous.

Et après cela, un pauvre pécheur vraiment convaincu pourrait-il désespérer de la miséricorde ? Quoi ! pourrait-il voir son Sauveur pendu au bois, les bras étendus, prêt à l’embrasser, et pourtant douter, s’il croit véritablement en lui, d’être accueilli par lui ? Non, loin de nous toutes ces pensées découragées, qui le déshonorent. Regardez ses mains, percées de clous de fer ; regardez son côté, ouvert par une lance cruelle pour donner libre cours aux flots de son sang et ouvrir une source pour le péché et pour toute impureté ; et puis désespérez de la miséricorde, si vous le pouvez ! Non, croyez seulement en lui ; et alors, quand même vous l’auriez crucifié de nouveau, il vous pardonnera abondamment ; « quand vos péchés seraient comme l’écarlate, ils deviendront comme la laine ; quand ils seraient plus profonds que le cramoisi, ils deviendront plus blancs que la neige ».

Ce que Dieu veuille nous accorder dans son infinie miséricorde, etc.

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