Sermons choisis de George Whitefield
La connaissance de Jésus-Christ, la meilleure des connaissances

Chapitre 45 · 18 min de lecture · 24 min d’écoute

La connaissance de Jésus-Christ, la meilleure des connaissances

Les personnes à qui ces paroles furent écrites étaient les membres de l’Église de Corinthe ; or, comme on le voit par le chapitre précédent, non seulement ils s’étaient divisés en sectes diverses, l’un disant : « Moi, je suis de Paul ; et l’autre : Moi, d’Apollos » ; mais il y avait encore parmi eux des hommes si remplis de la sagesse de ce monde, et si sages à leurs propres yeux, qu’ils faisaient peu de cas de la simplicité de l’Évangile et tenaient pour une folie la prédication de l’apôtre.

Jamais l’apôtre n’eut plus besoin qu’en ce moment de la prudence du serpent, unie à la simplicité de la colombe. Et quelle est la somme de toute sa sagesse ? Il le leur dit dans les paroles de notre texte : « je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. »

Voilà une résolution digne du grand saint Paul ; et non moins digne, non moins nécessaire à tout ministre et à tout disciple de Christ, pour la prendre toujours, jusqu’à la fin du monde.

Dans le discours qui va suivre, je veux,

Premièrement, expliquer ce qu’il faut entendre par « ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ».

Deuxièmement, donner quelques raisons pour lesquelles tout chrétien devrait résolument ne rien savoir d’autre. Et

Troisièmement, conclure par une exhortation générale à mettre cette résolution en pratique.

Premièrement, j’ai à expliquer ce qu’il faut entendre par « ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ».

Par Jésus-Christ, nous devons entendre le Fils éternel de Dieu. Il est appelé Jésus, c’est-à-dire Sauveur, parce qu’il devait nous sauver de la culpabilité et de la puissance de nos péchés ; et, comme Josué, qui en fut une figure remarquable, conduire l’Israël spirituel de Dieu à travers le désert de ce monde jusqu’à la Canaan céleste, l’héritage promis aux enfants de Dieu.

Il est appelé Christ, ce qui signifie oint, parce qu’il fut oint du Saint-Esprit à son baptême pour être le prophète qui instruit son Église, le sacrificateur qui fait pour elle l’expiation, et le roi qui la gouverne et la protège. Et il fut crucifié, c’est-à-dire pendu (ô prodigieux amour !) jusqu’à la mort sur la croix, afin de devenir malédiction pour nous ; car il est écrit : « Maudit est quiconque est pendu au bois. »

Le fondement, la cause première de ses souffrances, ce fut notre chute en Adam ; en qui, comme le déclarent les oracles vivants de Dieu, « nous sommes tous morts » ; son péché nous fut imputé à tous. Il plut à Dieu, après avoir appelé le monde à l’existence par sa parole, de créer l’homme selon sa propre image divine, de souffler en lui le souffle de vie, et de le placer, comme notre représentant, dans le jardin d’Éden.

Mais, laissé à son libre arbitre, il mangea du fruit défendu, bien que Dieu lui eût dit que « le jour où il en mangerait, il mourrait certainement » ; et par là, lui et toute sa postérité, au nom de laquelle il agissait, devinrent passibles de la colère de Dieu et tombèrent dans une mort spirituelle.

Mais voyez la bonté, aussi bien que la sévérité de Dieu ! Car à peine l’homme fut-il convaincu de péché, que voici ! un Sauveur lui est révélé sous les traits de la postérité de la femme : un Sauveur dont les mérites du sacrifice devaient prendre effet dès lors, et qui devait, dans la plénitude des temps, en souffrant la mort, satisfaire pour la culpabilité que nous avions contractée ; en obéissant à toute la loi morale, nous acquérir une justice éternelle ; et, en devenant en nous un principe de vie nouvelle, détruire la puissance du diable, et ainsi nous rétablir dans un état meilleur que celui où nous avions été créés au commencement.

Tel est le récit clair et scripturaire de ce mystère de la piété, Dieu manifesté en chair ; et nos propres cœurs, à moins d’être aveuglés par le dieu de ce siècle, ne peuvent que lui donner un assentiment immédiat.

Car sondons seulement nos propres cœurs, et demandons-nous si, pouvant créer nos propres enfants, nous ne les créerions pas avec un moindre mélange de bien et de mal que celui que nous trouvons en nous-mêmes. Si l’on suppose donc que Dieu n’eût que notre bonté, il n’aurait pu, au commencement, nous faire aussi pécheurs, aussi souillés que nous le sommes. Mais si on le suppose tel qu’il est, infiniment bon, la bonté même, alors il est absolument impossible qu’il ait créé quoi que ce soit qui ne lui ressemble, parfait, accompli, ne manquant de rien. L’homme n’a donc pu sortir des mains de son Créateur aussi misérablement aveugle et nu, avec ce mélange de la bête et du diable qu’il trouve maintenant en lui-même ; il faut qu’il soit déchu de ce qu’il était ; et comme il ne convient ni à la bonté ni à la justice de Dieu de punir toute la race humaine de ces désordres sans aucun motif ; et puisque les hommes apportent ces désordres avec eux en venant au monde ; il s’ensuit que, n’ayant pu pécher eux-mêmes, n’étant pas encore nés, c’est le péché d’un autre homme qui doit leur avoir été imputé ; et c’est de là, comme d’une source, que découlent tous ces maux.

Je sais que cette doctrine de notre péché originel, ou de notre chute en Adam, passe pour une folie aux yeux du sage disputeur de ce monde, qui répliquera : Comment s’accorde-t-il avec la bonté de Dieu d’imputer le péché d’un seul homme à une postérité innocente ? Mais n’a-t-on pas démontré qu’il en est ainsi ? Dès lors, à supposer que nous ne puissions le concilier avec nos courtes intelligences, ce n’est nullement un argument ; car s’il apparaît que Dieu a fait une chose, nous pouvons être sûrs qu’elle est juste, que nous en voyions les raisons ou non.

Mais tout ceci est entièrement éclairci par ce qui a été dit plus haut : à peine le péché fut-il imputé, qu’un Christ fut révélé ; et ce Christ, ce Dieu incarné, qui fut conçu du Saint-Esprit afin d’être exempt de la culpabilité de notre péché originel ; qui naquit de la vierge Marie, afin d’être uniquement la postérité de la femme ; qui souffrit sous Ponce Pilate, gouverneur païen, afin d’accomplir les prophéties qui annonçaient de quelle mort il devait mourir : ce même Jésus, crucifié dans la faiblesse mais ressuscité dans la puissance, est cette personne divine, cet Emmanuel, ce Dieu avec nous, que nous prêchons, en qui vous croyez, et que seul l’apôtre, dans notre texte, était résolu à connaître.

Par ce mot savoir, nous ne devons pas entendre une simple connaissance historique ; car savoir de cette manière seulement que Christ fut crucifié par ses ennemis à Jérusalem ne nous servira pas plus que de savoir que César fut massacré par ses amis à Rome ; mais le mot savoir signifie connaître de manière à approuver ; comme lorsque Christ dit : « Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas » ; c’est-à-dire : je ne vous connais pas de manière à vous approuver. Il signifie le connaître de manière à l’embrasser dans tous ses offices, à le prendre pour notre prophète, notre sacrificateur et notre roi, de manière à nous livrer tout entiers à lui pour être instruits, sauvés et gouvernés par lui. Il implique une connaissance expérimentale de sa crucifixion, de manière à en sentir la puissance et à être crucifiés au monde, comme l’apôtre s’en explique lui-même dans l’épître aux Philippiens, où il dit : « Je regarde toutes choses comme de la boue et des balayures, afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection. »

L’apôtre était si absorbé dans cette connaissance qu’il était résolu à ne rien savoir d’autre ; il était décidé à en faire son unique étude, le principe qui gouvernait sa vie, le point et le but où devaient converger toutes ses pensées, ses paroles et ses actions.

Deuxièmement, je passe à quelques raisons pour lesquelles tout chrétien devrait, avec l’apôtre, résolument « ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ».

Premièrement, sans cela nos personnes ne seront pas agréées aux yeux de Dieu. « Or, la vie éternelle (et par conséquent elle seule), c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Et saint Pierre dit de même : « Il n’y a maintenant sous le ciel aucun autre nom donné par lequel nous puissions être sauvés, que celui de Jésus-Christ. »

Certains, à la vérité, peuvent se complaire dans la connaissance du monde ; d’autres se glorifient de connaître une multitude de langues ; mais quand nous parlerions les langues des hommes et des anges, quand nous saurions le nombre des étoiles et pourrions les appeler toutes par leur nom, sans cette connaissance expérimentale de Jésus-Christ, et de Jésus-Christ crucifié, cela ne nous servirait de rien.

La première, il est vrai, peut nous procurer un peu de cette gloire qui vient des hommes ; mais la seconde seule peut nous rendre agréables aux yeux de Dieu ; car si nous ignorons Christ, Dieu sera pour nous un feu dévorant.

Christ est le chemin, la vérité et la vie ; « nul ne vient au Père que par lui » ; « il est l’agneau immolé dès la fondation du monde » ; et nul n’a jamais été, ni ne sera jamais, élevé dans la gloire, sinon par une application expérimentale de ses mérites à son cœur.

Autant vaudrait penser rebâtir la tour de Babel, ou atteindre le ciel avec nos mains, que de nous imaginer pouvoir y entrer par une autre porte que celle de la connaissance de Jésus-Christ. D’autres connaissances peuvent vous rendre sages à vos propres yeux et vous enfler ; mais celle-ci seule édifie et rend sage à salut.

Comme le plus humble chrétien, s’il sait cela, ne sût-il rien d’autre, sera agréé ; ainsi le plus grand docteur en Israël, le maître le plus savant dans la lettre, sans cela sera rejeté. Sa philosophie n’est que pure absurdité, sa sagesse que pure folie aux yeux de Dieu.

L’auteur des paroles qui sont devant nous en fut un exemple remarquable ; jamais peut-être il n’y eut plus grand savant que lui dans tout ce que le monde appelle le beau savoir ; car il avait été élevé aux pieds de Gamaliel, et il avait progressé dans la connaissance des livres, aussi bien que dans la religion juive, plus que beaucoup de ceux de son âge, comme le montrent la langue, la rhétorique et l’esprit de ses écrits ; et pourtant, quand il vint à savoir ce que c’est qu’être chrétien, « il regarda toutes choses comme une perte, afin de gagner Christ ». Et bien qu’il fût alors à Corinthe, ce siège du savoir raffiné, il était absolument résolu à ne rien savoir, à ne faire son étude de rien, sinon de ce qui lui apprenait à connaître Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.

De là paraît donc la folie de ceux qui passent leur vie entière à amasser d’autres connaissances, et qui, au lieu de sonder les Écritures, lesquelles rendent témoignage de Jésus-Christ et peuvent seules les rendre sages à salut, se tourmentent à rechercher la connaissance de choses qui, une fois connues, ne les concernent pas davantage que de savoir qu’un oiseau a laissé tomber une plume sur l’une des montagnes des Pyrénées.

De là vient que tant de gens qui se disent sages, parce qu’ils savent disputer des causes et des effets, de la convenance et de la disconvenance morales des choses, paraissent de vrais insensés dans les choses de Dieu ; de sorte que, lorsque vous venez à vous entretenir avec eux de la grande œuvre de la rédemption accomplie pour nous par Jésus-Christ, de ce qu’il est la propitiation pour nos péchés, celui qui a accompli l’alliance des œuvres et le principe d’une vie nouvelle dans nos âmes, ils ignorent entièrement toute la question, et prouvent, de façon démonstrative, qu’avec tout leur savoir ils ne savent encore rien comme il faut savoir.

Mais hélas ! quelle surprise pour un homme, quand le Très-Haut est sur le point de lui redemander son âme, de penser qu’il a passé pour un sage et un savant disputeur dans ce monde, et qu’il est pourtant dépourvu de la seule connaissance qui puisse le faire paraître avec assurance devant le tribunal de Jésus-Christ ! Quelle douleur pour lui, dans l’état à venir, de voir d’autres hommes, qu’il méprisait comme des ignorants parce qu’ils connaissaient par expérience Christ, et Christ crucifié, élevés à la droite de Dieu ; et lui-même, avec toutes ses belles qualités, parce qu’il savait tout peut-être, sauf Christ, précipité en enfer !

L’apôtre pouvait bien s’écrier, dans un saint triomphe : « Où est le sage? Où est le scribe? Où est le disputeur de ce siècle? » Car Dieu rendra alors folle la sagesse de ce monde et réduira à néant la sagesse de ceux qui étaient si savants à leurs propres yeux.

J’ai fait cette digression hors du point principal qui nous occupe, non pour condamner ou décrier les lettres humaines, mais pour montrer qu’elles ne doivent servir qu’en subordination aux lettres divines ; et qu’un chrétien, si le Saint-Esprit a guidé la plume de l’apôtre quand il écrivit cette épître, ne doit étudier d’autres livres que ceux qui le conduisent à une connaissance plus avancée de Jésus-Christ, et de Jésus-Christ crucifié.

Et il y a d’autant plus de raison de le faire, à cause du grand mal que la pratique contraire a causé à l’Église de Dieu ; car qu’est-ce donc, sinon ce savoir, ou plutôt cette ignorance, qui tint tant de scribes et de pharisiens éloignés de la connaissance salutaire de Jésus-Christ ? Et qu’est-ce, sinon cette sagesse humaine, cette science faussement ainsi nommée, qui aveugle l’intelligence et corrompt le cœur de tant d’incrédules modernes, et les rend peu disposés à se soumettre à la justice qui vient de Dieu par la foi en Jésus-Christ ? Mais,

Deuxièmement, sans cette connaissance, nos œuvres, aussi bien que nos personnes, ne seront pas agréables aux yeux de Dieu.

« C’est par la foi, dit l’apôtre (c’est-à-dire par une foi vivante en un Médiateur à venir), qu’Abel offrit un sacrifice plus agréable que Caïn. » Et c’est par une foi semblable, ou une connaissance expérimentale du même divin Médiateur, que nos sacrifices de prière, de louange et d’actions de grâces montent comme un encens devant le trône de la grâce.

Deux personnes peuvent monter au temple pour prier ; mais celle-là seule retournera dans sa maison justifiée qui, selon le langage de nos collectes, offre sincèrement ses prières par Jésus-Christ notre Seigneur.

Car c’est cette grande expiation, ce sacrifice tout-suffisant, qui seul peut nous donner l’assurance d’approcher avec nos prières du saint des saints ; et celui qui a la présomption d’y aller sans lui renouvelle le crime de Koré, il offre à Dieu un feu étranger et sera, par conséquent, rejeté par lui.

De plus, de même que nos dévotions envers Dieu, de même nos actes de charité envers les hommes ne seront point agréés de lui sans cette connaissance de Jésus-Christ. Car quand nous distribuerions tous nos biens pour la nourriture des pauvres, si nous étions dépourvus de cette connaissance, cela ne nous servirait de rien.

C’est ce que notre bienheureux Seigneur lui-même donne à entendre au chapitre 25 de Matthieu, lorsqu’il dit à ceux qui avaient été riches en bonnes œuvres « que, toutes les fois qu’ils avaient fait ces choses à l’un des plus petits de ses frères, c’est à lui qu’ils les avaient faites ». D’où nous pouvons clairement conclure que c’est de voir Christ dans ses membres, et de leur faire du bien par une connaissance expérimentale de son amour pour nous, qui seul rendra nos aumônes dignes de récompense au dernier jour.

Enfin, ni nos actes de piété ni nos actes de charité, ni non plus nos actions civiles ou morales, ne seront agréables à Dieu sans cette connaissance expérimentale de Jésus-Christ.

Nos modernes prétendants à la raison, il est vrai, posent un autre principe d’action ; ils parlent de je ne sais quoi, d’accomplir les devoirs moraux et civils de la vie d’après la convenance et la disconvenance morales des choses. Mais de tels hommes sont aveugles, quelque prétention qu’ils aient à voir ; et cherchant ainsi à établir leur propre justice, ils ignorent entièrement la justice qui vient de Dieu par la foi en Jésus-Christ.

Car, tout en accordant que la morale est une partie essentielle du christianisme, et que Christ n’est pas venu abolir ou supprimer la loi morale comme règle de conduite, mais l’expliquer et ainsi l’accomplir, nous affirmons pourtant que nos actions morales et civiles ne sont désormais agréables aux yeux de Dieu le Père qu’autant qu’elles procèdent du principe d’une nature nouvelle et d’une connaissance expérimentale de son Fils bien-aimé, ou d’une foi vivante en lui.

La mort de Jésus-Christ a changé toute notre vie en un sacrifice continuel ; et soit que nous mangions, soit que nous buvions, soit que nous priions Dieu, soit que nous fassions quoi que ce soit envers les hommes, tout doit se faire par amour pour celui qui est mort et ressuscité, et dans la connaissance de lui, pour rendre toutes choses, même nos actes les plus ordinaires, agréables aux yeux de Dieu.

Si nous vivons selon ce principe, si Christ est l’alpha et l’oméga de toutes nos actions, alors les moindres d’entre elles sont des sacrifices agréables ; mais si ce principe fait défaut, nos services les plus pompeux ne servent de rien : nous ne sommes que des idolâtres spirituels ; nous sacrifions à notre filet ; nous faisons de nous-mêmes une idole, en faisant de nous-mêmes, et non de Christ, le but de nos actions ; et c’est pourquoi de telles actions sont si loin d’être agréées de Dieu que, selon le langage de l’un des Articles de notre Église, « nous ne doutons pas qu’elles n’aient la nature du péché, parce qu’elles ne procèdent pas d’une foi expérimentale en Jésus-Christ et d’une connaissance de lui ».

Si nous n’étions pas des créatures déchues, nous pourrions alors agir, peut-être, selon d’autres principes ; mais puisque nous sommes déchus de Dieu en Adam, et que nous ne sommes rétablis que par l’obéissance et la mort de Jésus-Christ, la face des choses est entièrement changée, et tout ce que nous pensons, disons ou faisons n’est agréé qu’en lui et par lui.

C’est donc à juste titre que je puis, en

Troisième et dernier lieu, vous exhorter à mettre en pratique la résolution de l’apôtre, et vous conjurer de résoudre avec lui de ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ».

Je dis résoudre ; car à moins que vous ne vous asseyiez d’abord pour calculer la dépense, et que, d’après une conviction bien fondée de l’excellence de cette connaissance au-dessus de toute autre, vous ne résolviez d’en faire votre étude principale, votre but unique, la seule chose nécessaire, la moindre tentation frivole vous détournera de sa poursuite.

Vos amis et vos connaissances charnelles, et surtout votre grand adversaire le diable, chercheront à vous persuader de résoudre de ne rien savoir, sinon comment amasser des biens pour plusieurs années, et acquérir la connaissance et le goût des pompes et des vanités de ce monde mauvais ; mais vous, résolvez de ne pas les suivre, de ne pas vous laisser conduire par eux ; et plus ils vous pressent de savoir d’autres choses, plus « résolvez de ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ». Car cette connaissance ne périt jamais ; mais s’agit-il de richesses, elles prendront fin ; s’agit-il de pompes, elles cesseront ; s’agit-il de vanités, elles se faneront ; mais la connaissance de Jésus-Christ, et de Jésus-Christ crucifié, demeure éternellement.

Quoi que vous ignoriez donc, n’ignorez pas cela. Si vous connaissez Christ, et Christ crucifié, vous en savez assez pour être heureux, à supposer que vous ne sachiez rien d’autre ; et sans cela, toutes vos autres connaissances ne sauraient vous empêcher d’être éternellement misérables.

Ne faites donc pas cas du mépris de vos amis, que vous rencontrerez nécessairement dès que vous ferez ouvertement profession d’agir selon cette résolution. Car votre Maître, à qui vous appartenez, a été méprisé avant vous ; et tous ceux qui ne veulent rien savoir d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié, doivent, à quelque degré, souffrir la persécution.

Il est nécessaire qu’il arrive des scandales, pour éprouver ce qu’il y a dans nos cœurs, et voir si nous serons, ou non, de fidèles soldats de Jésus-Christ.

Oserez-vous donc confesser notre bienheureux Maître devant les hommes, et briller comme des flambeaux dans le monde, au milieu d’une génération perverse et corrompue ? Ne nous contentons pas de le suivre de loin, car alors nous le renierons bientôt, comme fit Pierre ; mais soyons des chrétiens tout à fait, et que nos paroles et toutes nos actions déclarent au monde de qui nous sommes les disciples, et que nous avons en vérité « résolu de ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ». Alors il nous en ira bien, et nous serons heureux, indiciblement heureux, dès ici-bas ; et, ce qui est infiniment meilleur, quand ceux qui nous méprisaient crieront aux montagnes de tomber sur eux et aux collines de les couvrir, nous serons élevés pour nous asseoir à la droite de Dieu, et nous resplendirons comme le soleil au firmament, dans le royaume de notre très adorable Rédempteur, aux siècles des siècles.

Ce que Dieu veuille nous accorder dans son infinie miséricorde, etc.

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