Chapitre 42 · 26 min de lecture · 33 min d’écoute
Les marques auxquelles on reconnaît qu’on a reçu le Saint-Esprit
Actes 19:2 — « Avez-vous reçu le Saint-Esprit, quand vous avez cru? »
On a donné deux sens différents à ces paroles. Quelques-uns ont supposé que la question posée ici est de savoir si ces disciples, que saint Paul trouva à Éphèse, avaient reçu le Saint-Esprit par l’imposition des mains à la confirmation. D’autres pensent que ces disciples avaient déjà été baptisés du baptême de Jean, lequel n’étant pas accompagné d’une effusion immédiate du Saint-Esprit, l’apôtre leur demande ici s’ils avaient reçu le Saint-Esprit en étant baptisés en Jésus-Christ. Et, sur leur réponse négative, il les baptisa d’abord, puis les confirma au nom du Seigneur Jésus.
Laquelle de ces interprétations est la plus vraie, c’est ce qu’il n’est ni facile ni bien nécessaire de déterminer. Toutefois, comme ces paroles renferment une question de la plus haute importance, sans aucun égard au contexte, je me propose, à partir d’elles,
Premièrement, de montrer qui est le Saint-Esprit dont il est ici parlé, et que nous devons tous le recevoir avant de pouvoir être appelés de vrais croyants.
Secondement, j’établirai quelques marques tirées de l’Écriture, par lesquelles nous pourrons savoir si nous avons ainsi reçu le Saint-Esprit ou non. Et
Troisièmement, en manière de conclusion, je m’adresserai à plusieurs classes distinctes de ceux qui font profession de religion, au sujet de la doctrine qui aura été exposée.
Premièrement, je dois montrer qui est le Saint-Esprit dont il est parlé dans le texte, et que nous devons tous le recevoir avant de pouvoir être appelés de vrais croyants.
Par le Saint-Esprit est clairement désigné l’Esprit saint, la troisième Personne de la Trinité éternellement bénie, consubstantiel et coéternel au Père et au Fils, procédant de l’un et de l’autre, et pourtant égal à tous deux. Il est appelé saint par excellence, parce qu’il est infiniment saint en lui-même, et l’auteur et le consommateur de toute sainteté en nous.
Ce bienheureux Esprit, qui se mouvait autrefois au-dessus de la face du grand abîme ; qui couvrit de son ombre la bienheureuse Vierge avant que le saint enfant naquît d’elle ; qui descendit sous une forme corporelle, comme une colombe, sur notre bienheureux Seigneur, lorsqu’il sortit de l’eau à son baptême ; et qui descendit ensuite en langues de feu sur la tête de tous ses apôtres au jour de la Pentecôte : c’est là le Saint-Esprit qui doit se mouvoir au-dessus de la face de nos âmes ; cette puissance du Très-Haut doit venir sur nous, et nous devons être baptisés de son baptême et de son feu purifiant, avant de pouvoir être appelés de vrais membres du corps mystique de Christ.
Ainsi parle l’apôtre Paul : « Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous (c’est-à-dire par son Esprit), à moins peut-être que vous ne soyez réprouvés ? » Et : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » Et saint Jean dit encore : « Nous connaissons que nous sommes à lui par l’Esprit qu’il nous a donné. »
Il n’est pas nécessaire, il est vrai, que l’Esprit nous soit donné maintenant de cette manière miraculeuse dont il fut d’abord donné aux apôtres de notre Seigneur, avec des signes et des prodiges ; mais il est absolument nécessaire que nous recevions le Saint-Esprit dans ses grâces sanctifiantes, aussi réellement qu’ils le reçurent ; et il en sera ainsi jusqu’à la fin du monde.
Car voici quel est l’état des choses entre Dieu et l’homme : Dieu fit d’abord l’homme droit, ou, comme s’exprime l’écrivain sacré, « il le créa à l’image de Dieu » ; c’est-à-dire que son âme était la copie même, la transcription de la nature divine. Celui qui, auparavant, par sa parole toute-puissante, avait appelé le monde à l’existence, souffla dans l’homme le souffle de la vie spirituelle, et son âme fut ornée d’une ressemblance avec les perfections de la Divinité. Ce fut le dernier trait de la création : la perfection à la fois du monde moral et du monde matériel. Et l’homme ressemblait de si près à son divin Original, que Dieu ne pouvait que se réjouir et prendre plaisir à sa propre image ; c’est pourquoi nous lisons que, lorsque Dieu eut achevé la partie inanimée et animale de la création, il la regarda, et vit que cela était bon ; mais que, lorsque cette aimable créature semblable à Dieu, l’homme, eut été faite, voici, cela était très bon.
Heureux, inexprimablement heureux l’homme devait-il être, lorsqu’il participait ainsi de la nature divine. Et il aurait pu demeurer toujours tel, s’il était demeuré saint. Mais Dieu le plaça dans un état d’épreuve, avec la libre permission de manger de tous les arbres du jardin d’Éden, excepté de l’arbre de la connaissance du bien et du mal : le jour où il en mangerait, il devait mourir certainement ; c’est-à-dire être sujet non seulement à la mort temporelle, mais à la mort spirituelle ; et par conséquent perdre cette image divine, cette vie spirituelle que Dieu avait soufflée en lui peu de temps auparavant, et qui était autant son bonheur que sa gloire.
C’étaient là, pourrait-on penser, des conditions bien faciles pour que le bonheur d’une créature finie en dépendît. Mais l’homme, l’homme malheureux, séduit par le diable, et désirant, comme lui, être égal à son Créateur, mangea du fruit défendu ; et par là il devint sujet à cette malédiction que le Dieu éternel, qui ne peut mentir, avait prononcée contre sa désobéissance.
Aussi lisons-nous que, peu après sa chute, Adam se plaignit d’être nu ; nu, non seulement quant à son corps, mais nu et dépouillé de ces grâces divines qui, auparavant, paraient et embellissaient son âme. La malheureuse révolte et le désordre où tomba la création visible, les ronces et les épines qui germèrent alors et couvrirent la terre, n’étaient que de pauvres emblèmes, des représentations sans vie de cette confusion et de cette rébellion, et de ces convoitises et passions diverses qui germèrent dans l’âme de l’homme et la submergèrent entièrement aussitôt après la chute. Hélas ! il n’était plus désormais l’image du Dieu invisible ; mais, comme il avait imité le péché du diable, il devint pour ainsi dire participant de la nature du diable, et, de l’union avec Dieu, il tomba dans un état d’inimitié directe contre lui.
Or, c’est dans cette affreuse condition de désordre que nous venons tous au monde ; car telle est la racine, tels doivent être les rameaux. Aussi nous est-il dit qu’Adam « engendra un fils à sa ressemblance », c’est-à-dire avec la même nature corrompue qu’il avait lui-même après avoir mangé du fruit défendu. Et l’expérience, aussi bien que l’Écriture, prouve que nous aussi nous sommes entièrement nés dans le péché et la corruption, et par conséquent incapables, tant que nous sommes dans un tel état, d’avoir communion avec Dieu. Car, comme la lumière ne peut avoir de communion avec les ténèbres, ainsi Dieu ne peut avoir aucune communion avec de si impurs fils de Bélial.
Ici donc apparaît la fin et le dessein pour lesquels Christ a été manifesté en chair : mettre fin à ces désordres, et nous rétablir dans cette dignité primitive où nous avions été créés d’abord. C’est pourquoi il répandit son précieux sang pour satisfaire à la justice de son Père pour nos péchés ; et par là aussi il nous obtint le Saint-Esprit, qui devait imprimer de nouveau l’image divine sur nos cœurs, et nous rendre capables de vivre avec le Dieu bienheureux et de jouir de lui.
Telle fut la grande fin de la venue de notre Seigneur dans le monde ; bien plus, c’est la seule fin pour laquelle le monde lui-même est maintenant conservé. Car, dès qu’un nombre suffisant d’âmes en aura été sanctifié, les cieux seront roulés comme un livre, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre, avec tout ce qu’elle renferme, sera consumée.
Cette sanctification de l’Esprit est cette nouvelle naissance dont notre bienheureux Seigneur parla à Nicodème, « sans laquelle nous ne pouvons voir le royaume de Dieu ». C’est ce que saint Paul appelle être « renouvelés dans l’esprit de votre intelligence » ; et c’est la source de cette sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur.
Ainsi donc, il est indéniablement certain que nous devons recevoir le Saint-Esprit avant de pouvoir être appelés de vrais membres du corps mystique de Christ.
J’en viens, en second lieu, à établir quelques marques tirées de l’Écriture, par lesquelles nous pourrons aisément juger si nous avons ainsi reçu le Saint-Esprit ou non.
Et la première que je mentionnerai, c’est d’avoir reçu un esprit de prière et de supplication ; car il accompagne toujours l’esprit de grâce. Paul ne fut pas plus tôt converti que « voici, il prie ». Et cela fut avancé comme un argument pour convaincre Ananias qu’il était converti. Il est dit aussi des élus de Dieu qu’ils « crient à lui jour et nuit ».
Et puisque l’une des grandes œuvres du Saint-Esprit est de nous convaincre de péché, et de nous porter à chercher le pardon et la grâce qui renouvelle, par les mérites tout-suffisants d’un Rédempteur crucifié, quiconque a senti la puissance du siècle à venir le réveiller de sa léthargie spirituelle ne peut que s’écrier sans cesse : « Seigneur, que veux-tu que je fasse? » Ou, dans le langage de l’aveugle Bartimée, si importun : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi! »
Le bienheureux Jésus, de même qu’il reçut le Saint-Esprit sans mesure, ne le manifesta par rien plus que par ses fréquentes approches du trône de la grâce. Aussi lisons-nous qu’il était souvent seul sur la montagne à prier ; qu’il se leva longtemps avant le jour pour prier ; bien plus, qu’il passa des nuits entières en prière. Et quiconque est rendu participant du même Esprit que le saint Jésus aura les mêmes sentiments, et ne prendra plaisir à rien tant qu’à « s’approcher de Dieu », et à élever des mains et des cœurs saints dans des prières fréquentes et ferventes.
Il faut reconnaître, il est vrai, que cet esprit de supplication est souvent comme sensiblement perdu, et qu’il décline pendant quelque temps, même chez ceux qui ont réellement reçu le Saint-Esprit. Par suite de la sécheresse spirituelle et de la stérilité de l’âme, ils trouvent en eux-mêmes de l’indolence et de la répugnance pour ce devoir de la prière ; mais alors ils le regardent comme leur croix, et ils persévèrent à chercher Jésus, fût-ce avec douleur ; et leurs cœurs, malgré tout, sont fixés sur Dieu, quoiqu’ils ne puissent exercer leurs affections aussi fortement que d’ordinaire, à cause de cette mort spirituelle par laquelle Dieu, pour de sages raisons, a permis que leurs âmes fussent engourdies.
Mais quant au croyant formaliste, il n’en est pas ainsi : non ; ou bien il ne prie pas du tout, ou bien, s’il entre dans son cabinet, c’est à contrecœur, par habitude, ou pour apaiser les reproches de sa conscience. Tandis que le vrai croyant ne peut pas plus vivre sans la prière que sans la nourriture de chaque jour. Et il trouve son âme aussi réellement et aussi sensiblement nourrie par l’une que son corps est nourri et soutenu par l’autre.
Une deuxième marque scripturaire qui montre que nous avons reçu le Saint-Esprit, c’est de ne pas commettre le péché.
« Quiconque est né de Dieu (dit saint Jean) ne pratique pas le péché, et il ne peut pécher, parce que la semence de Dieu demeure en lui. » Il ne peut pécher. Cette expression n’implique pas qu’il soit impossible à un chrétien de pécher ; car il nous est dit que « nous bronchons tous de plusieurs manières » ; elle signifie seulement ceci : qu’un homme qui est réellement né de nouveau de Dieu ne commet pas volontairement le péché, bien moins encore ne vit dans sa pratique habituelle. Car comment celui qui est mort au péché, comme l’est toute personne convertie, vivrait-il encore dans le péché ?
Il est vrai qu’un homme né de nouveau de Dieu peut, par surprise ou par la violence d’une tentation, tomber dans un acte de péché : témoin l’adultère de David, et le reniement de Pierre envers son Maître. Mais alors, comme eux, il se relève promptement, sort du monde et pleure amèrement ; il lave la culpabilité de son péché par les larmes d’une sincère repentance, jointe à la foi au sang de Jésus-Christ ; il prend doublement garde à ses voies pour l’avenir, et il achève sa sanctification dans la crainte de Dieu.
Le sens de cette expression de l’apôtre, qu’« un homme qui est né de Dieu ne peut commettre le péché », a été fort justement éclairci par l’exemple d’un homme du monde avare, au penchant général duquel la libéralité et la prodigalité sont directement opposées : mais si, dans quelque occasion soudaine et imprévue, il vient à faire le prodigue, il se repent aussitôt de sa faute, et revient avec un double soin à sa ladrerie. Il en est de même de quiconque est né de nouveau : commettre le péché est aussi contraire à la disposition et à la pente habituelles de son esprit que la générosité l’est aux inclinations d’un avare ; mais si, en quelque temps, il est entraîné dans le péché, il revient aussitôt, avec un double zèle, à son devoir, et il produit des fruits dignes de la repentance. Tandis que le pécheur inconverti est entièrement mort dans ses offenses et dans ses péchés ; ou, s’il s’abstient des actes grossiers du péché, pour des motifs mondains et intéressés, il y a pourtant quelque œil droit qu’il ne veut pas arracher, quelque main droite qu’il ne veut pas couper, quelque Agag spécieux qu’il ne veut pas sacrifier à Dieu ; et par là il est convaincu de n’être qu’un simple Saül ; et par conséquent, quelques prétentions contraires qu’il puisse avoir, il n’a pas encore reçu le Saint-Esprit.
Une troisième marque par laquelle nous pouvons savoir si nous avons reçu ou non le Saint-Esprit, c’est notre victoire sur le monde.
« Car tout ce qui est né de Dieu (dit l’apôtre) triomphe du monde. » Par le monde, nous devons entendre, comme saint Jean l’a exprimé, « tout ce qui est dans le monde, la convoitise des yeux, la convoitise de la chair, et l’orgueil de la vie » ; et par triompher du monde, il faut entendre que nous renonçons à ces choses, de manière à ne pas les suivre ni nous laisser conduire par elles ; car quiconque est né d’en haut a ses affections placées sur les choses d’en haut : il sent dans son âme une attraction divine qui entraîne puissamment son esprit vers le ciel ; et, comme une biche soupire après des courants d’eau, ainsi elle fait soupirer son âme après la jouissance de son Dieu.
Non qu’il soit tellement occupé des affaires d’une autre vie qu’il néglige les affaires de celle-ci : non ; un homme vraiment spirituel n’ose rester oisif un seul jour ; mais il prend soin, tout en travaillant pour la nourriture qui périt, de s’assurer d’abord celle qui subsiste pour la vie éternelle. Ou, si Dieu l’a élevé au-dessus de ses frères, il se regarde pourtant, comme Moïse, Joseph et Daniel, comme un étranger et un voyageur sur la terre : ayant reçu un principe de vie nouvelle, il marche par la foi et non par la vue ; et ses espérances étant pleines d’immortalité, il peut regarder toutes les choses d’ici-bas comme vanité et poursuite du vent. En un mot, bien qu’il soit dans le monde, il n’est pas du monde ; et comme il a été fait pour jouir de Dieu, rien que Dieu ne peut satisfaire son âme.
Le bienheureux Jésus fut un parfait exemple de la victoire sur le monde. Car, bien qu’il allât de lieu en lieu faisant continuellement le bien, et qu’il vécût toujours comme au milieu de la presse et de la foule, pourtant, où qu’il fût, sa conversation tendait vers le ciel. De même, celui qui est uni au Seigneur dans un même esprit réglera ses pensées, ses paroles et ses actions de telle sorte qu’il montrera à tous que sa bourgeoisie est dans les cieux.
Au contraire, un homme inconverti, étant de la terre, est terrestre ; et n’ayant point d’œil spirituel pour discerner les choses spirituelles, il cherche toujours le bonheur dans cette vie, où il n’a jamais été, ne sera jamais et ne peut être trouvé. N’étant pas né de nouveau d’en haut, il est courbé par un esprit d’infirmité naturelle : la malédiction du serpent devient son choix, et il mange la poussière de la terre tous les jours de sa vie.
Une quatrième marque scripturaire qui montre que nous avons reçu le Saint-Esprit, c’est notre amour les uns pour les autres.
« Nous savons (dit saint Jean) que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. » « Et à ceci (dit Christ lui-même) tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » L’amour est l’accomplissement de l’Évangile aussi bien que de la loi ; car « Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu ».
Mais par cet amour il ne faut pas entendre une douceur et une tendresse de la simple nature, ni un amour fondé sur des motifs mondains (car l’homme naturel peut avoir celui-là) ; mais un amour pour nos frères qui procède de l’amour envers Dieu : aimant tous les hommes en général, à cause de leur relation avec Dieu ; et aimant les hommes de bien en particulier, pour la grâce que nous voyons en eux, et parce qu’ils aiment notre Seigneur Jésus avec sincérité.
C’est là la charité chrétienne, et ce commandement nouveau que Christ donna à ses disciples. Nouveau, non dans son objet, mais dans le motif et l’exemple sur lesquels il est fondé, à savoir Jésus-Christ. C’est là cet amour par lequel les premiers chrétiens étaient si renommés qu’il en était devenu un proverbe : voyez comme ces chrétiens s’aiment les uns les autres. Et sans cet amour, quand nous distribuerions tous nos biens pour nourrir les pauvres, et que nous livrerions nos corps pour être brûlés, cela ne nous servirait de rien.
De plus, cet amour ne se borne à aucune catégorie particulière d’hommes, mais il est impartial et universel : c’est un amour qui embrasse l’image de Dieu partout où il la voit, et qui ne prend plaisir à rien tant qu’à voir venir le règne de Christ.
C’est là l’amour dont Jésus-Christ a aimé le genre humain : il aimait tous les hommes, même les pires, comme il paraît par ses larmes sur ceux qui étaient obstinément pervers ; mais partout où il voyait la moindre apparence de la ressemblance divine, cette âme-là, il l’aimait en particulier. Ainsi nous lisons que, lorsqu’il entendit le jeune homme dire : « J’ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse », il l’aima jusque-là. Et lorsqu’il voyait quelque noble exemple de foi, fût-ce chez un centenier et une Syrophénicienne, étrangers à la cité d’Israël, n’est-il pas dit qu’il s’en étonna, qu’il s’en réjouit, qu’il en parla et qu’il le loua ? Ainsi tout disciple spirituel de Jésus-Christ embrassera cordialement tous ceux qui adorent Dieu en esprit et en vérité, quelles que soient leurs divergences quant aux accessoires de la religion, et dans les choses qui ne sont pas essentiellement nécessaires au salut.
J’avoue, il est vrai, que le cœur de l’homme naturel ne s’élargit pas ainsi tout d’un coup ; et qu’une personne peut avoir réellement reçu le Saint-Esprit (comme Pierre l’avait sans doute reçu lorsqu’il ne voulait pas aller vers Corneille), sans être encore parvenue jusque-là ; mais alors, là où une personne est véritablement en Christ, toute étroitesse d’esprit diminue en elle de jour en jour ; le mur de séparation de l’esprit de secte et du zèle de parti est abattu de plus en plus ; et plus elle approche du ciel, plus son cœur s’élargit de cet amour qui, là-haut, ne fera aucune différence entre aucun peuple, nation ou langue ; mais nous chanterons tous, d’un même cœur et d’une même voix, les louanges de celui qui est assis sur le trône aux siècles des siècles.
Mais je me hâte d’en venir à une cinquième marque scripturaire : aimer nos ennemis.
« Je vous dis (dit Jésus-Christ) : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. » Et ce devoir d’aimer vos ennemis est si nécessaire que, sans lui, notre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, ni même celle des publicains et des pécheurs : « Car si vous ne faites du bien qu’à ceux qui vous en font, que faites-vous de plus que les autres ? » Que faites-vous d’extraordinaire ? « Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? » Et ces préceptes, notre Seigneur les confirma par son propre exemple : lorsqu’il pleura sur la ville sanguinaire ; lorsqu’il se laissa mener comme une brebis à la boucherie ; lorsqu’il fit au traître Judas cette douce réponse : « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme! » et plus encore lorsque, dans les angoisses et les douleurs de la mort, il pria pour ses meurtriers mêmes : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. »
C’est là un devoir difficile pour l’homme naturel ; mais quiconque est rendu participant de la promesse de l’Esprit le trouvera praticable et facile ; car si nous sommes nés de nouveau de Dieu, nous devons lui ressembler, et par conséquent prendre plaisir à être parfaits dans ce devoir de faire du bien à nos pires ennemis, de la même manière, quoique non au même degré, qu’il est parfait lui-même : il envoie sa pluie sur les méchants et sur les bons ; il fait lever son soleil sur les justes et sur les injustes ; et surtout il a prouvé son amour envers nous en ce que, lorsque nous étions ses ennemis, il a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi, afin qu’il devînt malédiction pour nous.
Bien d’autres marques sont répandues çà et là dans les Écritures, par lesquelles nous pouvons savoir si nous avons reçu ou non le Saint-Esprit ; telles que : « l’affection de la chair, c’est la mort, tandis que l’affection de l’esprit, c’est la vie et la paix ». « Or, le fruit de l’Esprit, c’est la joie, la paix, la patience, la douceur », avec une multitude de textes dans le même sens. Mais comme la plupart d’entre elles, sinon toutes, sont comprises dans les devoirs déjà exposés, j’ose affirmer que quiconque, après un examen impartial, peut trouver dans son âme les marques susdites peut être aussi certain, que si un ange venait le lui dire, que son pardon est scellé dans le ciel.
Pour ma part, j’aimerais mieux voir ces grâces divines et ces dispositions célestes imprimées dans mon âme que d’entendre un ange du ciel me dire : Mon enfant, prends courage, tes péchés te sont pardonnés.
Ce sont là des témoins infaillibles ; c’est là Emmanuel, Dieu avec nous et en nous ; ce sont elles qui composent ce caillou blanc que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit ; ce sont les arrhes de l’héritage céleste dans nos cœurs. En un mot, c’est la gloire commencée, c’est cette bonne chose, cette meilleure part, que, si vous continuez à ranimer ce don de Dieu, ni les hommes ni les démons ne pourront jamais nous ôter.
Je passe, comme je me l’étais proposé, au troisième point : faire une application de la doctrine exposée à plusieurs classes distinctes de ceux qui font profession de religion. Et
Premièrement, je m’adresserai à ceux qui sont morts dans leurs offenses et dans leurs péchés. Oh ! comme je pourrais pleurer sur vous, comme notre Seigneur pleura sur Jérusalem ! Car, hélas ! combien vous devez être loin de Dieu ! Quelle œuvre prodigieuse n’avez-vous pas à accomplir, vous qui, au lieu de prier jour et nuit, ne priez que rarement ou jamais ? Et qui, au lieu d’être nés de nouveau de Dieu, de manière à ne pas commettre le péché, êtes si profondément enfoncés dans la nature des démons que vous vous en moquez ? Ou qui, au lieu de triompher du monde, de manière à ne pas le suivre ni vous laisser conduire par lui, prenez continuellement soin de la chair pour en satisfaire les convoitises ? Et qui, au lieu d’être revêtus de cette disposition divine qui aime tous les hommes, même vos ennemis, avez le cœur plein de haine, de malice et de vengeance, et tournez en dérision ceux qui sont les sincères disciples de l’humble Jésus ? Mais pensez-vous, ô pécheurs, que Dieu admette en sa présence de si impurs misérables ? Ou, s’il vous y admettait, vous imaginez-vous que vous pourriez prendre quelque plaisir en lui ? Non ; le ciel même ne serait pas un ciel pour vous ; les dispositions diaboliques qui sont dans vos cœurs rendraient toutes les jouissances spirituelles de ces bienheureuses demeures impuissantes à vous rendre heureux. Pour vous rendre propres à participer avec bonheur à cet héritage céleste des saints dans la lumière, une aptitude est requise : y parvenir devrait être la principale affaire de votre vie.
Il est vrai que vous, aussi bien que les justes, dans un certain sens, vous verrez Dieu (car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ) ; mais vous ne le verrez qu’une fois, pour ne plus jamais le revoir. Car, comme vous portez en vous l’image du diable, c’est avec les démons que vous devez habiter : étant de la même nature, vous devez partager le même sort. « Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés. » Ayez soin de recevoir le Saint-Esprit avant de vous en aller d’ici ; car autrement, comment échapperez-vous à la damnation de l’enfer ?
Secondement, permettez-moi de m’adresser à ceux qui se séduisent eux-mêmes par de fausses espérances de salut. Quelques-uns, sous l’influence d’une bonne éducation ou d’autres freins de la providence, ne sont pas tombés dans le même débordement de débauche que les autres hommes, et ils pensent n’avoir pas besoin de recevoir le Saint-Esprit, mais ils se flattent d’être réellement nés de nouveau.
Mais le montrez-vous en portant les fruits de l’Esprit ? Priez-vous sans cesse ? Ne commettez-vous pas le péché ? Avez-vous triomphé du monde ? Et aimez-vous vos ennemis, et tout le genre humain, de la même manière que Jésus-Christ les a aimés ?
Si ces choses, frères, sont en vous et y abondent, alors vous pouvez avoir de l’assurance devant Dieu ; mais sinon, bien que vous puissiez être civilisés, vous n’êtes pas convertis : non, vous êtes encore dans vos péchés. La nature du vieil Adam règne encore dans vos âmes ; et à moins que la nature du second Adam ne soit greffée à sa place, vous ne pourrez jamais voir Dieu.
Ne pensez donc pas vous parer des ornements d’un bon naturel et d’une éducation polie, et dire avec Agag : « Certainement, l’amertume de la mort est passée » ; car la justice de Dieu, malgré cela, comme Samuel, vous mettra en pièces. Quelque haute estime que vous ayez aux yeux des hommes, vous n’êtes pourtant, aux yeux de Dieu, que comme les pommes de Sodome, des fumiers couverts de neige, de vrais sépulcres blanchis, qui paraissent un peu beaux au dehors, mais qui au dedans sont pleins de corruption et de toute espèce d’impureté ; et par conséquent vous serez congédiés au dernier jour par un : « En vérité, je ne vous connais pas. »
Mais la parole de Dieu est utile pour consoler aussi bien que pour corriger.
Troisièmement, je m’adresse donc à ceux qui sont sous l’attraction du Père, qui sont exercés par l’esprit de servitude, et qui, ne trouvant pas en eux les marques mentionnées ci-dessus, s’écrient : Qui nous délivrera du corps de cette mort ?
Mais ne craignez point, petit troupeau ; car, malgré votre état présent d’enfance dans la grâce, votre Père trouvera bon de vous donner le royaume. La grâce de Dieu, par Jésus-Christ, vous délivrera et vous donnera ce dont vous avez soif : il l’a promis, il le fera aussi. Vous recevrez l’Esprit d’adoption, cette promesse du Père, si vous ne vous relâchez pas : persévérez seulement à le chercher ; et résolvez-vous à ne point prendre de repos en votre âme jusqu’à ce que vous sachiez et sentiez que vous êtes ainsi nés de nouveau d’en haut, et que l’Esprit de Dieu rend témoignage à votre esprit que vous êtes enfants de Dieu.
Quatrièmement et enfin, je m’adresse à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit dans toutes ses grâces sanctifiantes, et qui sont presque mûrs pour la gloire.
Salut, saints bienheureux ! Car votre ciel est commencé sur la terre : vous avez déjà reçu les prémices de l’Esprit, et vous attendez patiemment que vienne ce bienheureux changement où votre moisson sera complète. Je vous vois et je vous admire, quoique, hélas ! à une si grande distance de vous : votre vie, je le sais, est cachée avec Christ en Dieu. Vous avez des consolations, vous avez une nourriture à manger, dont un monde pécheur, charnel et moqueur ne sait rien. Le joug de Christ vous est maintenant devenu doux, et son fardeau léger. Vous avez passé par les douleurs de la nouvelle naissance, et vous vous réjouissez maintenant de ce que Jésus-Christ est spirituellement formé dans vos cœurs. Vous savez ce que c’est que de demeurer en Christ, et Christ en vous. Comme l’échelle de Jacob, bien que vos corps soient sur la terre, vos âmes et vos cœurs sont pourtant dans le ciel ; et par votre foi et votre recueillement constant, comme les anges bienheureux, vous contemplez sans cesse la face de votre Père qui est dans les cieux.
Je n’ai pas besoin de vous exhorter à avancer, car vous savez qu’à marcher selon l’Esprit il y a une grande récompense. Je vous exhorterai plutôt à posséder vos âmes par la patience encore un peu de temps, et Jésus-Christ vous délivrera du fardeau de la chair, et l’entrée vous sera largement accordée dans la joie éternelle et la félicité ininterrompue de son royaume céleste.
Que Dieu nous l’accorde, dans son infinie miséricorde, par Jésus-Christ notre Seigneur : à qui, avec le Père et le Saint-Esprit, trois Personnes et un seul Dieu, soient attribués tout honneur, toute puissance et toute gloire, aux siècles des siècles.
Chapitre 42 terminé
Les marques auxquelles on reconnaît qu’on a reçu le Saint-Esprit