Sermons choisis de George Whitefield
La conversion de Saul

Chapitre 41 · 38 min de lecture · 49 min d’écoute

La conversion de Saul

Actes 9:22 — « Cependant Saul se fortifiait de plus en plus, et il confondait les Juifs qui habitaient Damas, démontrant que Jésus est le Christ. »

C’est une vérité indubitable, quelque paradoxale qu’elle puisse paraître aux hommes naturels, que « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés ». Et c’est pourquoi il est bien remarquable que notre bienheureux Seigneur, dans son glorieux sermon sur la montagne, après avoir déclaré heureux les pauvres en esprit, les débonnaires, les cœurs purs et les autres, ajoute aussitôt (et il ne consacre pas moins de trois versets à cette béatitude : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ». Personne n’a jamais été, ni ne sera jamais, doué à quelque degré que ce soit des grâces que je viens de nommer, sans être aussi, dans une certaine mesure, persécuté à cause d’elles. Il y a une inimitié irréconciliable entre la postérité de la femme et la postérité du serpent. Et si nous ne sommes pas du monde, mais que nous montrions par nos fruits que nous sommes du nombre de ceux que Jésus-Christ a choisis du milieu de ce monde, pour cette raison même le monde nous haïra. Ce qui est vrai de chaque chrétien en particulier l’est aussi de toute Église chrétienne en général. Depuis quelques années, nous n’avons guère entendu parler de persécution publique : pourquoi ? Parce que la puissance de la piété n’a guère prévalu dans aucune dénomination. L’homme fort et bien armé a possédé pleinement le cœur de la plupart de ceux qui font profession de religion, et c’est pourquoi il les a laissés reposer dans une fausse paix. Mais nous pouvons en être assurés : quand Jésus-Christ commence à rassembler ses élus d’une manière remarquable, et qu’il ouvre une porte efficace à la prédication de l’Évangile éternel, la persécution s’enflamme, et Satan et ses émissaires font tout leur possible (quoique tout à fait en vain) pour arrêter l’œuvre de Dieu. Ainsi en fut-il dans les premiers siècles, ainsi en est-il de nos jours, et ainsi en sera-t-il jusqu’à ce que le temps ne soit plus.

Les chrétiens et les Églises chrétiennes doivent donc s’attendre à avoir des ennemis. Notre principal souci devrait être d’apprendre à nous conduire envers eux d’une manière chrétienne ; car, si nous ne prenons bien garde à nous-mêmes, nous aigrirons notre esprit et nous agirons d’une manière indigne des disciples de ce Seigneur « qui, injurié, ne rendait point d’injures, maltraité, ne faisait point de menaces ; et qui, semblable à une brebis muette devant ceux qui la tondent, n’a point ouvert la bouche ». Mais de quel motif nous servirons-nous pour nous amener à cette bienheureuse douceur d’agneau ? Après l’opération immédiate du Saint-Esprit sur nos cœurs, je ne connais pas de considération plus propre à nous enseigner la patience envers nos persécuteurs les plus acharnés que celle-ci : « Que, pour autant que nous sachions, quelques-unes de ces personnes mêmes qui persécutent aujourd’hui ont peut-être été choisies par Dieu de toute éternité, et seront appelées plus tard, dans le temps, pour édifier et bâtir l’Église de Christ. »

Le persécuteur Saul, dont il est fait mention dans les paroles de notre texte (et dont je me propose, si Dieu le veut, de traiter la conversion dans le discours qui va suivre), en est un noble exemple.

Je dis un persécuteur, et un persécuteur sanguinaire. Voyez, en effet, comment il est présenté au commencement de ce chapitre : « Cependant Saul, respirant encore la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur, se rendit chez le souverain sacrificateur, et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amenât liés à Jérusalem. »

« Cependant Saul, respirant encore. » Cela implique qu’il avait été persécuteur auparavant. Pour le prouver, il suffit de nous reporter au septième chapitre, où nous le trouverons si remarquablement actif à la mort d’Étienne que « les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul ». Il semble, quoique jeune, avoir été revêtu de quelque autorité. Peut-être, à cause de son zèle contre les chrétiens, avait-il reçu de l’avancement dans l’Église juive, et lui permettait-on de siéger au grand conseil, ou sanhédrin ; car il nous est dit, au chapitre 8, verset, que « Saul avait approuvé le meurtre d’Étienne » ; et de nouveau, au verset 3, il nous est présenté comme surpassant tous les autres dans son opposition ; car voici comment parle l’évangéliste : « Saul, de son côté, ravageait l’Église; pénétrant dans les maisons, il en arrachait hommes et femmes, et les faisait jeter en prison. » On aurait pu croire que cela suffirait à rassasier, ou du moins à apaiser, la fureur de ce jeune zélateur. Non : dans ses excès de fureur contre eux, comme il le raconte lui-même à Agrippa, et après avoir ravagé tout ce qui était à Jérusalem, il est maintenant résolu à persécuter les disciples du Seigneur jusque dans les villes étrangères ; c’est pourquoi il respire encore la menace. « Respirant. » Le mot est très expressif, et peint bien son amère inimitié. Il lui était maintenant aussi naturel de menacer les chrétiens que de respirer : il ne pouvait guère ouvrir la bouche sans proférer quelque menace contre eux. Bien plus, il ne respirait pas seulement la menace, mais aussi le meurtre (et ceux qui menacent tueraient aussi, s’ils en avaient le pouvoir) contre les disciples du Seigneur. Insatiable donc comme l’enfer, voyant qu’il ne pouvait ni réfuter ni arrêter les chrétiens par la force des arguments, il est résolu à le faire par la force des armes ; c’est pourquoi il se rendit chez le souverain sacrificateur (car il n’y eut jamais encore de persécution sans un souverain sacrificateur à sa tête), et lui demanda des lettres, émanées de sa cour spirituelle, pour les synagogues ou tribunaux ecclésiastiques de Damas, lui donnant pouvoir, « s’il trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes », de les amener « liés à Jérusalem », pour y être, je suppose, mis en accusation et condamnés devant le tribunal du souverain sacrificateur. Remarquez comment il parle des chrétiens. Luc, qui a écrit les Actes, les appelle « les disciples du Seigneur », et Saul les nomme « les hommes et les femmes de cette voie ». Je ne doute pas qu’il ne les ait représentés comme une troupe d’enthousiastes parvenus, qui s’étaient mis depuis peu à une nouvelle méthode, ou voie, de vivre ; qui ne voulaient pas se contenter du service du temple, mais qui voulaient être justes à l’excès, avoir leurs réunions privées ou conventicules, et rompre le pain, comme ils disaient, de maison en maison, au grand trouble du clergé établi et à l’entière subversion de tout ordre et de toute bienséance. Je ne vois pas que le souverain sacrificateur fasse aucune objection : non, il était aussi disposé à accorder les lettres que Saul à les demander, et merveilleusement satisfait en lui-même de se trouver un zélateur si actif à employer contre les chrétiens.

Eh bien donc, une procédure judiciaire est aussitôt délivrée, revêtue du sceau du souverain sacrificateur. Et maintenant il me semble voir le jeune persécuteur, bien équipé, se complaisant dans la pensée de revenir triomphalement à cheval avec « les hommes et les femmes de cette voie », traînés derrière lui jusqu’à Jérusalem.

Dans quelle situation pouvons-nous imaginer qu’étaient alors les pauvres disciples de Damas ! Sans doute avaient-ils entendu dire que Saul avait jeté en prison les saints de Jérusalem et ravagé leur Église, et nous pouvons bien supposer qu’ils étaient informés de son dessein contre eux. Je suis persuadé que ce fut pour ces chers frères un temps de croissance, parce que ce fut un temps d’épreuve. Oh ! comme ils luttèrent avec Dieu dans la prière, le suppliant soit de les délivrer de la fureur de leurs persécuteurs, soit de leur donner une grâce suffisante pour la supporter ! Le souverain sacrificateur, sans doute, avec le reste de ses révérends confrères, se flattait d’arrêter maintenant efficacement cette hérésie grandissante, et attendait avec impatience le retour de Saul.

Mais « Celui qui siège dans les cieux rit, Le Seigneur se moque d’eux ». C’est pourquoi, au verset 3, « comme il était en chemin, et qu’il approchait de Damas », peut-être jusqu’aux portes mêmes (notre Seigneur le permettant pour éprouver la foi de ses disciples, et pour confondre d’une manière plus éclatante les desseins de ses ennemis), « tout à coup (au milieu du jour, comme il le raconte à Agrippa) une lumière venant du ciel resplendit autour de lui », une lumière plus éclatante que le soleil ; « il tomba par terre (pourquoi pas en enfer ?), et il entendit une voix qui lui disait: Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » Le mot est redoublé : « Saul, Saul » ; comme dans la parole de notre Seigneur à Marthe : « Marthe, Marthe » ; ou dans celle du prophète : Ô terre, terre, terre ! » Peut-être ces paroles retentirent-elles comme le tonnerre dans son âme. Qu’elles aient été prononcées de façon audible, le verset 7 nous en donne l’assurance : « ses compagnons entendirent la voix ». Notre Seigneur arrête maintenant le zélateur persécuteur, en l’appelant par son nom ; car la parole ne nous fait jamais de bien tant que nous ne la trouvons pas adressée à nous en particulier. « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » Mettez l’accent sur le mot pourquoi : quel mal t’ai-je fait ? Mettez-le sur le mot persécutes : pourquoi persécutes-tu ? Je suppose que Saul pensait ne pas persécuter ; non, il ne faisait qu’exécuter les lois de la cour ecclésiastique ; mais Jésus, dont les yeux sont comme une flamme de feu, perçait à jour l’hypocrisie de son cœur, et voyait que, malgré ses prétextes spécieux, tout cela procédait d’un esprit persécuteur et d’une secrète inimitié du cœur contre Dieu ; c’est pourquoi il dit : « pourquoi me persécutes-tu? » Mettez l’accent sur le mot me : pourquoi me persécutes-tu ? Hélas ! Saul ne persécutait pas Christ, n’est-ce pas ? Il prenait seulement soin de prévenir les innovations dans l’Église, et de livrer à la justice une troupe d’enthousiastes qui, sans cela, renverseraient la constitution établie. Mais Jésus dit : « pourquoi me persécutes-tu? » Car ce qui est fait aux disciples de Christ, il le tient pour fait à lui-même, que ce soit en bien ou en mal. Celui qui touche les disciples de Christ touche la prunelle de son œil ; et ceux qui persécutent les disciples de notre Seigneur persécuteraient notre Seigneur lui-même, s’il venait de nouveau dresser sa tente parmi nous.

Je ne vois pas que Saul donne aucune raison pour laquelle il persécutait ; non, il fut frappé de mutisme, comme le sera tout persécuteur lorsque Jésus-Christ lui posera cette même question au terrible jour du jugement. Mais, le cœur transpercé, sans doute par le sentiment non seulement de cette offense, mais de toutes ses autres offenses contre le grand Dieu, il dit, au verset 5 : « Qui es-tu, Seigneur? » Voyez avec quelle promptitude Dieu peut changer le cœur et la voix de ses ennemis les plus acharnés. Il y a peu de jours, Saul non seulement blasphémait lui-même Christ, mais encore, autant qu’il était en lui, forçait les autres à blasphémer aussi ; mais maintenant celui qui auparavant était un imposteur est appelé Seigneur : « Qui es-tu, Seigneur? » Cela montre admirablement de quelle manière l’Esprit de Dieu agit sur le cœur : il commence par convaincre puissamment de péché et de notre état de damnation, puis il nous porte à nous enquérir de Jésus-Christ. Saul, renversé à terre, ou transpercé au cœur, s’écrie vers Jésus : « Qui es-tu, Seigneur? » Tous ceux d’entre vous qui n’ont jamais été rendus assez sensibles à leur état de damnation pour être amenés à chercher Jésus-Christ avec un sentiment profond n’ont jamais encore été véritablement convaincus par Dieu, et bien moins encore convertis à lui. Que le Seigneur, qui frappa Saul, frappe maintenant efficacement tous ceux de mes auditeurs qui sont sans Christ, et les porte à s’enquérir de Jésus, comme de leur tout en tous ! Saul dit : « Qui es-tu, Seigneur? Et le Seigneur dit: Je suis Jésus que tu persécutes. » Jamais personne ne s’est véritablement enquis de Jésus-Christ sans que Christ ne se soit révélé d’une manière salutaire à son âme. Il semble que notre Seigneur lui soit apparu en personne ; car Ananias dit plus tard : « le Seigneur Jésus, qui t’est apparu sur le chemin par lequel tu venais » ; quoique cela puisse seulement signifier que Christ le rencontra sur le chemin ; peu importe : il est clair que Christ lui parle ici, et dit : « Je suis Jésus que tu persécutes. » Il est remarquable que notre Seigneur prenne pour lui-même le nom de Jésus ; car c’est un nom dans lequel il se plaît : Je suis Jésus, un Sauveur de mon peuple, à la fois de la culpabilité et de la puissance de ses péchés ; « un Jésus que tu persécutes ». Cela semble dit pour convaincre Saul de plus en plus de son péché ; et je ne doute pas que chaque mot n’ait été plus tranchant qu’une épée à deux tranchants, et ne soit entré comme autant de poignards dans son cœur. Oh ! comme ces paroles le touchèrent ! Un Jésus ! Un Sauveur ! Et c’est lui que je persécute ! Cela le frappe d’horreur ; mais ensuite le mot Jésus, quoiqu’il fût un persécuteur, pouvait lui donner quelque espérance. Toutefois notre cher Seigneur, pour convaincre Saul qu’il devait être sauvé par grâce, et que lui-même ne craignait ni sa puissance ni son inimitié, lui dit : « Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. » Comme s’il disait : il avait beau persécuter, il ne pourrait renverser l’Église de Christ ; car il siégerait comme Roi sur Sion, sa montagne sainte ; la malice des hommes ou des démons ne pourrait jamais prévaloir contre lui.

Verset 6 : « Tremblant et saisi d’effroi, il dit: Seigneur, que veux-tu que je fasse? » Ceux qui pensent que Saul avait déjà reçu auparavant une révélation de Jésus dans son cœur pensent que cette question est le fruit de sa foi, et qu’il désire maintenant savoir ce qu’il doit faire, par reconnaissance pour ce que le Seigneur avait fait pour son âme ; on peut l’entendre en ce sens ; « et je m’en suis servi comme d’un exemple pour prouver que la foi est agissante par la charité ; mais peut-être sera-t-il plus conforme au contexte de supposer que Saul n’avait reçu qu’une révélation lointaine de Christ, et non une pleine assurance de foi ; car il nous est dit : « Tremblant et saisi d’effroi », tremblant à la pensée d’avoir persécuté un Jésus, et saisi d’effroi devant sa propre bassesse et la condescendance infinie de ce Jésus, il s’écrie : « Seigneur, que veux-tu que je fasse? » Les personnes qui sont dans la détresse de l’âme et sous une vive conviction seraient heureuses de faire n’importe quoi, ou de se soumettre à n’importe quelles conditions, pour avoir la paix avec Dieu. « Lève-toi (dit notre Seigneur), entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. »

Et ici nous laisserons Saul un moment, pour voir ce que sont devenus ses compagnons. Mais que dirons-nous ? Dieu est un agent souverain ; son Esprit sacré souffle quand et où il veut ; « il fera miséricorde à qui il fera miséricorde ». Saul est pris, mais, pour autant que nous sachions, ses compagnons de voyage sont laissés pour périr dans leurs péchés ; car il nous est dit, au verset 7 : « Que les hommes qui l’accompagnaient demeurèrent en effet muets, et entendirent une voix confuse » ; je dis une voix confuse, car c’est là ce que signifie le mot, et c’est ainsi qu’il faut l’interpréter pour le concilier avec le chapitre 22, verset 9, où Saul, rendant compte de ces hommes, dit à Agrippa : « ils n’entendirent pas la voix de celui qui parlait ». Ils entendirent une voix, un bruit confus, mais non la voix articulée de celui qui parlait à Saul, et c’est pourquoi ils demeurèrent inconvertis. Car que sont toutes les ordonnances, que sont même les dispensations les plus extraordinaires de la providence, si Christ ne parle à l’âme par leur moyen ? Il en est ainsi maintenant sous la prédication de la Parole : beaucoup, comme les compagnons de Saul, sont parfois si frappés des manifestations de Dieu dans le sanctuaire qu’ils en demeurent muets ; ils entendent la voix du prédicateur, mais non la voix du Fils de Dieu, qui, peut-être, parle au même moment efficacement à bien d’autres cœurs ; je l’ai souvent vu ; et que dirons-nous à ces choses ? Ô profondeur de la souveraineté de Dieu ! Elle est insondable. Seigneur, je désire adorer ce que je ne puis comprendre. « Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. »

Mais revenons à Saul : le Seigneur lui ordonne de se lever et d’entrer « dans la ville » ; et il nous est dit, au verset 8, que « Saul se releva de terre, et, quoique ses yeux fussent ouverts » (il était si accablé par la grandeur de la lumière qui avait brillé sur eux), « il ne voyait rien; on le prit par la main, et on le conduisit à Damas », cette ville même qui devait être le lieu où il exécuterait ou emprisonnerait les disciples du Seigneur. « Il resta trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but. » Mais qui peut dire quelles horreurs de conscience, quels bouleversements de l’âme, quelles convictions de péché profondes et poignantes il endura pendant ces trois longs jours ? C’est là ce qui lui ôta l’appétit (car qui peut manger ou boire sous le sentiment de la colère de Dieu contre le péché ?) ; et, devant être grandement employé dans la suite, il fallait qu’il fût grandement humilié maintenant ; c’est pourquoi le Seigneur le laisse trois jours gémir sous l’esprit de servitude, et assailli, sans doute, par les traits enflammés du diable, afin que, tenté comme ses frères, il pût dans la suite secourir ceux qui sont tentés. Si Saul, dans ces circonstances, s’était adressé à l’un des conducteurs aveugles de l’Église juive, ils auraient dit qu’il était fou, ou qu’il perdait l’esprit ; comme bien des docteurs charnels et des pharisiens aveugles en usent aujourd’hui envers les pauvres âmes qui travaillent sous des convictions réveillantes de leur état de damnation, et les jettent ainsi dans une détresse toujours plus grande. Mais Dieu, souvent, lors de nos premiers réveils, nous visite par de rudes épreuves, surtout ceux qui doivent, comme Saul, briller dans l’Église et être employés comme instruments pour conduire beaucoup de fils à la gloire : ceux qui doivent être hautement élevés doivent d’abord être profondément humiliés ; et je dis cela pour la consolation de ceux qui gémissent peut-être maintenant sous l’esprit de servitude et qui, comme Saul, ne peuvent ni manger ni boire ; car j’ai généralement observé que ceux qui ont eu les convictions les plus profondes ont été ensuite favorisés des communications les plus précieuses, et ont joui le plus de la présence divine dans leur âme. C’est ce qui se vérifia remarquablement par la suite en Saul, qui « resta trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but ».

Mais le Seigneur laissera-t-il son pauvre serviteur dans cette détresse ? Non ; son Jésus (quoique Saul l’eût persécuté) avait promis (et il accomplira sa promesse) qu’on lui dirait ce qu’il devait faire. « Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananias. Le Seigneur lui dit dans une vision: Ananias! Il répondit: Me voici, Seigneur! » Quelle sainte familiarité il y a entre Jésus-Christ et les âmes régénérées ! Ananias était accoutumé à de telles visites d’amour, et c’est pourquoi il reconnut la voix de son bien-aimé. Le Seigneur dit : « Ananias! » Ananias dit : « Me voici, Seigneur! » C’est ainsi que Christ, aujourd’hui comme autrefois, s’entretient souvent avec ses enfants, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, comme un homme parle avec son ami. Mais qu’est-ce que le Seigneur a à dire à Ananias ?

Verset 11 : « Et le Seigneur lui dit: Lève-toi, va dans la rue qu’on appelle la droite, et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse » ; (voyez ici, pour votre consolation, ô enfants du Dieu Très-Haut, quelle attention Jésus-Christ porte à la rue et à la maison où logent ses chers serviteurs) « car voici, il prie » ; mais pourquoi cela est-il introduit par le mot voici ? Quoi ! était-ce une telle merveille d’apprendre que Saul priait ? Mais Saul était un pharisien, et par conséquent, sans doute, il jeûnait et faisait de longues prières ; et puisqu’il nous est dit qu’il était plus avancé que beaucoup de ceux de son âge, je ne doute pas qu’il ne fût remarqué pour son don de prière ; et pourtant il semble qu’avant ces trois jours Saul n’eût jamais prié de sa vie ; et pourquoi ? Parce qu’avant ces trois jours, il ne s’était jamais senti une créature condamnée : il était vivant à ses propres yeux, parce qu’il était sans connaissance du sens spirituel de la loi ; il ne sentait pas le besoin d’un Jésus, et c’est pourquoi, jusqu’alors, il n’avait pas crié après lui ; et par conséquent, bien qu’il eût pu dire ou faire une prière (comme bien des pharisiens de nos jours), il n’avait jamais prié une prière ; mais maintenant, « voici ! il priait véritablement » ; et cela fut avancé comme l’une des raisons qui montraient qu’il était converti. Aucun des enfants de Dieu, comme quelqu’un l’a remarqué, ne vient au monde mort-né ; la prière est le souffle même de la nouvelle créature ; et c’est pourquoi, si nous sommes sans prière, nous sommes sans Christ ; si nous n’avons jamais eu l’esprit de supplication, c’est un triste signe que nous n’avons jamais eu l’esprit de grâce dans nos âmes ; et vous pouvez être assurés que vous n’avez jamais prié, à moins que vous ne vous soyez sentis pécheurs et que vous n’ayez vu votre besoin de Jésus pour être votre Sauveur. Que le Seigneur, que je sers dans l’Évangile de son cher Fils, vous transperce tous le cœur, et qu’il puisse être dit de vous tous, comme il fut dit de Saul : voici, ils prient !

Le Seigneur continue d’encourager Ananias à aller vers Saul ; il dit, au verset 12 : « il a vu en vision un homme du nom d’Ananias, qui entrait, et qui lui imposait les mains, afin qu’il recouvrât la vue ». De sorte que, bien que Christ ait converti Saul immédiatement par lui-même, il poursuivra pourtant par un ministre l’œuvre ainsi commencée. Heureux ceux qui, dans leurs détresses d’âme, ont des guides aussi expérimentés, et aussi bien instruits de Jésus-Christ que l’était Ananias ! Vous qui en avez de tels, faites-en grand cas et soyez-en reconnaissants ; et vous qui n’en avez point, confiez-vous en Dieu : il poursuivra son œuvre sans eux.

Sans doute Ananias était un homme de bien ; mais le louerai-je de sa réponse à notre Seigneur ? Je ne l’en loue point ; car il dit, au verset 13 : « Seigneur, j’ai appris de plusieurs personnes tout le mal que cet homme a fait à tes saints dans Jérusalem; et il a ici des pouvoirs, de la part des principaux sacrificateurs, pour lier tous ceux qui invoquent ton nom. » Je crains que cette réponse ne procédât de quelques restes de propre justice, aussi bien que d’incrédulité, demeurés cachés dans le cœur d’Ananias. « Lève-toi (avait dit notre Seigneur), va dans la rue qu’on appelle la droite, et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie ! » On penserait que c’était assez pour le satisfaire ; mais Ananias dit : « Seigneur, j’ai appris de plusieurs personnes (il semble parler de lui avec beaucoup de mépris ; car même les hommes de bien sont enclins à penser avec trop de mépris de ceux qui sont encore dans leurs péchés) tout le mal que cet homme a fait à tes saints dans Jérusalem; et il a ici des pouvoirs, de la part des principaux sacrificateurs, pour lier tous ceux qui invoquent le nom de Christ, le lierait lui aussi, s’il allait vers lui ; mais le Seigneur fait taire toutes les objections par un : « Va, car cet homme est un instrument que j’ai choisi, pour porter mon nom devant les nations, devant les rois, et devant les fils d’Israël; et je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom. » Ici Dieu lui ferme aussitôt la bouche, en affirmant sa souveraineté et en lui prêchant la doctrine de l’élection. Et la fréquente conversion à Dieu de pécheurs notoires est pour moi une grande preuve, entre mille autres, de cette précieuse doctrine de l’amour électif de Dieu, mais trop rejetée et tristement défigurée ; car d’où vient que de tels hommes sont pris, tandis que des milliers d’autres, qui sont loin d’être aussi vils, meurent insensibles et stupides ? Toute la réponse que l’on puisse donner, c’est qu’ils sont des instruments choisis : « Va (dit Dieu), car cet homme est un instrument que j’ai choisi, pour porter mon nom devant les nations, devant les rois, et devant les fils d’Israël; et je lui montrerai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom. » Remarquez quelle étroite liaison il y a entre agir et souffrir pour Christ. Si quelques-uns de mes frères dans le ministère sont présents, qu’ils entendent quel avancement nous devons attendre, si nous sommes appelés à travailler d’une manière remarquable pour Dieu : non pas de grandes prébendes ou des évêchés, mais de grandes souffrances pour le nom de notre Seigneur ; voilà les fruits de notre travail ; et celui qui ne veut pas souffrir de bon cœur de grandes choses pour avoir prêché Christ n’est pas digne de lui. On trouvera que la souffrance est le meilleur avancement, lorsque nous serons appelés à rendre compte de notre ministère au grand jour.

Je ne vois pas qu’Ananias ait querellé Dieu au sujet de la doctrine de l’élection ; non (oh ! que tous les hommes de bien apprennent de lui en cela !), « Ananias sortit; et, lorsqu’il fut arrivé dans la maison, il imposa les mains à Saul, en disant: Saul, mon frère » ; tout à l’heure, c’était cet homme ; maintenant c’est Saul, mon frère : peu importe ce qu’un homme a été, s’il est maintenant chrétien ; il doit être notre frère, notre sœur et notre mère ; Dieu efface comme un épais nuage les transgressions de tout converti, et nous devons faire de même ; plus un homme a été vil, plus nous devons l’aimer lorsqu’il croit en Christ, parce que Christ en sera d’autant plus glorifié. Je ne doute pas qu’Ananias n’ait été merveilleusement réjoui d’apprendre qu’un persécuteur si remarquable avait été ramené à Dieu ; je suis persuadé qu’il sentit aussitôt son âme unie à lui par l’amour, et c’est pourquoi il ne l’aborde pas en disant : toi, persécuteur, toi, meurtrier, qui es venu pour massacrer moi et mes amis ; mais : « Saul, mon frère ». Il est remarquable que les chrétiens primitifs aient fait grand usage des mots frère et frères ; je sais que c’est aujourd’hui un terme fort décrié ; mais ceux qui le méprisent seraient bien aises, je crois, d’être de notre fraternité, lorsqu’ils nous verront assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts. « Saul, mon frère, le Seigneur (Jésus, qui t’est apparu sur le chemin par lequel tu venais) m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli du Saint-Esprit. » À ce moment, nous pouvons le supposer, il lui imposa les mains. Voyez les conséquences.

Verset 18 : « Au même instant, il tomba de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue » ; non seulement la vue corporelle, mais la vue spirituelle ; il émergea pour ainsi dire dans un monde nouveau ; il vit, et sentit aussi, des choses ineffables : il sentit l’union de son âme avec Dieu ; il reçut l’Esprit d’adoption ; il pouvait maintenant, dans une pleine assurance de foi, crier : « Abba! Père! » Maintenant il était rempli du Saint-Esprit, et l’amour de Dieu était répandu dans son cœur ; maintenant les jours de son deuil étaient finis ; maintenant Christ était formé dans son âme ; maintenant il pouvait défier les hommes et les démons, sachant que Christ l’avait justifié ; maintenant il voyait les excellences de Christ, et l’estimait le plus beau entre dix mille. Vous seuls savez partager la joie de l’apôtre, vous qui, après une longue nuit de servitude, avez été affranchis par l’Esprit et avez reçu la joie par le Saint-Esprit. Puissent tous ceux qui mènent deuil maintenant, comme Saul, être consolés de la même manière !

Les écailles sont maintenant tombées des yeux de l’esprit de Saul ; Ananias le lui a fait, sous la main de Dieu : il doit maintenant remplir un autre office, le baptiser, et ainsi le recevoir dans l’Église visible de Christ ; ce qui est pour moi une bonne preuve de la nécessité du baptême là où on peut l’avoir ; car je trouve ici, comme ailleurs, que le baptême est administré même à ceux qui avaient reçu le Saint-Esprit ; Saul en était convaincu, et c’est pourquoi il se leva, et fut baptisé ; et maintenant il est temps pour lui de restaurer l’homme extérieur, qui, par trois jours d’abstinence et de combats spirituels, avait été fort affaibli ; il nous est donc dit (verset 19) : « après qu’il eut pris de la nourriture, les forces lui revinrent ».

Mais oh ! avec quelle consolation l’apôtre prit-il alors sa nourriture ! Je suis sûr que ce fut avec simplicité, et je suis persuadé aussi que ce fut avec joie de cœur ; et pourquoi ? Il savait qu’il était réconcilié avec Dieu ; et, pour ma part, si je ne savais combien nos cœurs sont naturellement aveugles et durs comme le caillou, je m’étonnerais que quelqu’un pût manger même sa nourriture ordinaire avec quelque satisfaction, sans avoir quelque espérance bien fondée d’être réconcilié avec Dieu. Notre Seigneur nous fait entendre autant ; car dans sa glorieuse prière, après nous avoir enseigné à prier pour notre pain quotidien, il ajoute aussitôt cette demande : « pardonne-nous nos offenses » ; comme si notre pain quotidien ne devait nous être d’aucun profit, à moins que nous n’ayons le sentiment d’avoir le pardon de nos péchés.

Poursuivons. Saul a pris de la nourriture, et les forces lui sont revenues ; et où va-t-il aller maintenant ? Voir les frères : « Saul resta quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas. » Si nous connaissons et aimons Christ, nous aimerons aussi les frères de Christ, et nous désirerons faire leur connaissance : on peut généralement connaître un homme par sa compagnie. Et quoique tous ceux qui fréquentent les saints ne soient pas des saints (car l’ivraie lèvera toujours au milieu du froment jusqu’au temps de la moisson), pourtant, si nous ne recherchons jamais leur compagnie, mais que nous fuyions les enfants méprisés de Dieu et que nous ayons honte d’eux, c’est un signe certain que nous n’avons pas encore appris Jésus par expérience, ni ne l’avons reçu dans nos cœurs. Mes chers amis, ne vous y trompez pas : si nous sommes amis de l’Époux, nous serons amis des enfants de l’Époux. Saul, dès qu’il fut rempli du Saint-Esprit, « resta quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas ».

Mais qui peut dire quelle joie ressentirent ces disciples quand Saul vint au milieu d’eux ! Je suppose que le saint Ananias le leur présenta. Il me semble voir l’ancien zélateur persécuteur, lorsqu’ils vinrent le saluer d’un saint baiser, se jeter au cou de chacun d’eux, pleurant sur eux à torrents de larmes, et disant : « Ô mon frère, ô ma sœur, pouvez-vous me pardonner ? Pouvez-vous donner la main d’association à un misérable tel que moi, qui voulais vous traîner derrière moi, liés, jusqu’à Jérusalem ! » C’est ainsi, dis-je, que nous pouvons supposer que Saul s’adressa à ses condisciples ; et je ne doute pas qu’ils ne fussent aussi prêts à pardonner et à oublier que l’avait été Ananias, et qu’ils ne le saluassent du titre affectueux de « Saul, mon frère ». Qu’elle fut aimable, cette rencontre ! si aimable qu’il semble que Saul resta quelques jours avec eux pour communiquer leurs expériences, et apprendre plus exactement la voie de Dieu ; pour prier afin d’obtenir une bénédiction sur son ministère futur, et pour louer Jésus-Christ de ce qu’il avait fait pour leurs âmes. Saul avait peut-être été assis quelques années aux pieds de Gamaliel, mais sans aucun doute il apprit davantage en ces quelques jours qu’il n’avait appris auparavant dans toute sa vie. Il m’est doux de penser comment ce grand savant est transformé par le renouvellement de son intelligence. Quel prodigieux changement ! Qu’un homme aussi grand que l’était Saul, tant par son rang dans le monde que par ses qualités intérieures, et un ennemi si amer des chrétiens, qu’un tel homme, dis-je, aille passer quelques jours avec les gens de cette voie insensée, et s’asseye tranquillement pour être enseigné par des hommes illettrés, comme l’étaient, nous pouvons en être sûrs, beaucoup de ces disciples : quelle preuve solide c’était de la réalité de sa conversion !

Dans quel trouble et quelle confusion pouvons-nous supposer que furent alors les principaux sacrificateurs ! Je vous garantis qu’ils étaient prêts à s’écrier : Quoi ! lui aussi s’est-il laissé séduire ? Que le bas peuple, qui ne connaît pas la loi et qui est maudit, se laisse entraîner, ce n’est pas si étonnant ; mais qu’un homme élevé aux pieds de Gamaliel, un tel savant, un tel ennemi de la cause que Saul, se laisse entraîner par une troupe d’hommes et de femmes sots et séduits, c’est sûrement impossible : nous ne pouvons le croire. Mais Saul les convainc bientôt de la réalité de sa folie pour l’amour de Christ ; car aussitôt, au lieu d’aller remettre les lettres des souverains sacrificateurs, comme ils s’y attendaient, afin d’amener liés à Jérusalem les disciples qui étaient à Damas, « il prêcha dans les synagogues que Jésus est le Fils de Dieu ». C’est là une autre preuve de sa conversion. Il ne s’entretenait pas seulement avec les chrétiens en particulier, mais il prêchait Christ publiquement dans les synagogues ; il insistait surtout sur la divinité de notre Seigneur, prouvant que, malgré son état d’humiliation, il était réellement le Fils de Dieu.

Mais pourquoi Saul prêchait-il ainsi Christ ? Parce qu’il avait senti la puissance de Christ dans sa propre âme. Et voici la raison pour laquelle Christ est si rarement prêché, et sa divinité si légèrement soutenue, dans nos synagogues : c’est que la plupart de ceux qui prétendent le prêcher n’ont jamais senti dans leur propre âme une œuvre salutaire de conversion. Comment peuvent-ils prêcher, s’ils ne sont d’abord enseignés par Dieu, puis envoyés par lui ? Saul ne prêcha pas Christ avant de le connaître ; aucun autre ne devrait le faire non plus. Un ministre inconverti, quand même il parlerait les langues des hommes et des anges, ne sera qu’un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit pour ceux dont le jugement est exercé à discerner les choses spirituelles. Les ministres inconvertis peuvent parler de Christ et discourir à son sujet, et prouver par les livres qu’il est le Fils de Dieu ; mais ils ne peuvent prêcher avec une démonstration d’Esprit et de puissance, à moins qu’ils ne prêchent par expérience, et qu’ils n’aient eu une preuve de sa divinité par une œuvre de grâce accomplie dans leur propre âme. Que Dieu pardonne à ceux qui imposent les mains à un homme inconverti, sachant qu’il l’est : je ne le ferais pas pour mille mondes. Seigneur Jésus, garde purs tes fidèles serviteurs, et ne permets pas qu’ils participent aux péchés d’autrui !

Un exemple comme celui de la conversion de Saul, nous pouvons en être assurés, ne pouvait manquer de faire grand bruit ; et il n’est donc pas étonnant qu’il nous soit dit, au verset 21 : « Tous ceux qui l’entendaient étaient dans l’étonnement, et disaient: N’est-ce pas celui qui persécutait à Jérusalem ceux qui invoquent ce nom, et n’est-il pas venu ici pour les emmener liés devant les principaux sacrificateurs? »

Il en sera ainsi de tous ceux qui se déclarent publiquement pour Jésus-Christ ; et il est aussi impossible à un vrai chrétien d’être caché qu’à une ville bâtie sur une montagne. Frères, si vous êtes fidèles, vous serez nécessairement couverts d’opprobre et l’on fera des remarques sur vous à cause de Christ ; surtout si vous avez été remarquablement méchants avant votre conversion. Vos amis diront : n’est-ce pas là celui, ou celle, qui il y a peu de temps se jetait dans un aussi grand excès de débauche et de vanité que le pire d’entre nous ? Qu’est-ce qui vous a tourné la tête ? — Ou bien, si vous avez été des hypocrites renfermés, faux et formalistes, comme l’était Saul, ils s’étonneront que vous vous soyez laissé séduire au point de croire que vous n’étiez pas auparavant dans un état sûr. Sans doute beaucoup furent surpris d’entendre Saul, qui à l’égard de la loi était irréprochable, affirmer (comme il le fit selon toute probabilité) que, quelques jours auparavant, il était dans un état de damnation.

Frères, vous devez vous attendre à rencontrer bien des difficultés semblables. Le fouet de la langue est généralement la première croix que nous soyons appelés à porter pour l’amour de Christ. Que cela donc ne vous ébranle point : cela n’intimida pas Saul ; non, cela l’encouragea plutôt : le texte dit : « Cependant Saul se fortifiait de plus en plus, et il confondait les Juifs qui habitaient Damas, démontrant que Jésus est le Christ. » L’opposition n’a jamais fait et ne fera jamais de mal à un converti sincère : rien de tel que l’opposition pour rendre l’homme de Dieu accompli. Il n’y a qu’un mercenaire, qui ne se soucie pas des brebis, qui soit effrayé à l’approche ou aux aboiements des loups. Les ministres de Christ sont hardis comme des lions : ce n’est pas à des hommes tels qu’eux de prendre la fuite.

C’est pourquoi (pour m’acheminer vers la conclusion) que les ministres et les disciples de Christ apprennent de Saul à ne pas craindre les hommes ni leurs outrages ; mais, comme lui, à se fortifier d’autant plus que les méchants s’efforcent davantage d’affaiblir leurs mains. Nous ne pouvons être chrétiens sans rencontrer d’opposition : non ; les disciples en général doivent souffrir ; les ministres en particulier doivent souffrir de grandes choses. Mais que cela n’ébranle aucun de nous dans notre fermeté dans l’Évangile : celui qui assista et fortifia Saul nous assistera et nous fortifiera aussi : c’est un Dieu puissant pour sauver tous ceux qui se confient en lui. Si nous regardons en haut avec l’œil de la foi, nous pouvons, aussi bien que le premier martyr Étienne, voir Jésus debout à la droite de Dieu, prêt à nous assister et à nous protéger. Bien que le trône du Seigneur soit dans le ciel, il a pourtant égard à ses saints d’une manière toute particulière lorsqu’ils souffrent ici-bas sur la terre : alors l’Esprit de Christ et de gloire repose sur leurs âmes. Et, s’il m’est permis de parler de ma propre expérience, « je ne jouis jamais de plus riches communications de Dieu que lorsque je suis méprisé et rejeté des hommes à cause de Jésus-Christ ». Si peu qu’ils en aient le dessein, mes ennemis sont mes plus grands amis. Ce que je crains le plus, c’est le calme ; mais l’inimitié qui est dans le cœur des hommes naturels contre Christ ne leur permettra pas de rester longtemps tranquilles. Non ; comme j’espère que l’œuvre de Dieu croîtra, de même la rage des hommes et des démons croîtra aussi. Revêtons-nous donc de toutes les armes de Dieu ; ne craignons pas la face des hommes : « Craignons celui-là seul qui peut faire périr l’âme et le corps dans l’enfer. » Je vous le dis, craignons-le, lui seul. Vous voyez avec quelle promptitude Dieu peut arrêter la fureur de ses ennemis.

Vous venez d’entendre parler d’un zélateur orgueilleux et puissant arrêté en pleine course, renversé à terre par une lumière venant du ciel, converti par la toute-puissance de la grâce efficace, et dès lors propageant avec zèle, bien plus, souffrant résolument pour la foi qu’il s’efforçait autrefois de détruire par la menace et le meurtre. Que cela nous enseigne à avoir pitié des ennemis les plus invétérés de notre Seigneur et à prier pour eux. Qui sait si, en réponse à nos prières, notre Seigneur ne leur donnera pas la repentance qui mène à la vie ? La plupart pensent que Christ eut égard à la prière d’Étienne lorsqu’il convertit Saul. Peut-être est-ce pour cette raison que Dieu laisse ses adversaires aller leur train, afin que sa bonté et sa puissance brillent avec plus d’éclat dans leur conversion.

Mais que les persécuteurs de Christ ne tirent pas de là un encouragement à persister dans leur opposition. Souvenez-vous que, si Saul fut converti, le souverain sacrificateur et les compagnons de Saul furent laissés morts dans leurs offenses et dans leurs péchés. Et si tel devait être votre cas, vous serez les plus malheureux de tous les hommes ; car les persécuteurs ont la place la plus basse en enfer. Et si Saul fut renversé à terre par une lumière venant du ciel, comment pourrez-vous subsister devant Jésus-Christ, lorsqu’il viendra dans sa terrible majesté pour tirer vengeance de tous ceux qui ont persécuté son Évangile ? Alors la question : « pourquoi me persécutes-tu? » vous transpercera de part en part. L’inimitié secrète de vos cœurs sera alors dévoilée devant les hommes et les anges, et vous serez condamnés à demeurer dans l’obscurité des ténèbres pour l’éternité. Baisez donc le Fils, de peur qu’il ne s’irrite ; car vous-mêmes pouvez encore trouver miséricorde, si vous croyez au Fils de Dieu : quoique vous le persécutiez, il sera pourtant votre Jésus. Je ne puis désespérer d’aucun de vous, quand je trouve un Saul parmi les disciples de Damas. Qu’importe que vos péchés soient comme l’écarlate ? Le sang de Christ les lavera et les rendra blancs comme la neige. Vous à qui il y a beaucoup à pardonner, ne désespérez pas ; croyez seulement, et, comme Saul, dont je viens de vous parler, aimez beaucoup. Il se tenait pour le premier des pécheurs, et c’est pourquoi il a travaillé plus que tous.

Qui d’entre vous craint le Seigneur ? Duquel d’entre vous le Seigneur a-t-il maintenant ouvert le cœur pour être attentif à la voix de son pauvre et indigne serviteur ? Certainement, le Seigneur ne me laissera pas prêcher en vain. Quelle est l’âme heureuse qui doit aujourd’hui être lavée dans le sang de l’Agneau ? Aucun pauvre pécheur ne tirera-t-il de l’exemple de Saul un encouragement à venir à Jésus-Christ ? Vous vous pressez tous autour de lui, mais lequel d’entre vous touchera le Seigneur Jésus ? Quelle consolation ce sera pour Saul, et pour vos propres âmes, lorsque vous le rencontrerez dans le ciel, de lui dire que l’histoire de sa conversion a été, sous la main de Dieu, un moyen de votre conversion ! Sans doute elle a été écrite pour l’encouragement de tous les pauvres pécheurs qui reviennent ; il nous le dit lui-même : « en moi Dieu a fait voir toute sa longanimité, pour que je servisse d’exemple à ceux qui croiraient dans la suite ». Si Saul était ici lui-même, il vous le dirait ; oui, il vous le dirait ; mais, quoique mort, il parle encore par ce récit de sa conversion. Oh ! que Dieu parle par lui à vos cœurs ! Oh ! que les flèches de Dieu s’enfoncent aujourd’hui dans vos âmes, et que vous soyez amenés à crier : « Qui es-tu, Seigneur? » Y en a-t-il de tels parmi vous ? Il me semble sentir quelque chose de ce que ce Saul sentait lorsqu’il disait : « j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous ». Oh ! venez, venez à Jésus, en qui Saul crut ; et alors peu m’importe que les souverains sacrificateurs lancent tant de mandats qu’ils voudront, ou qu’ils me traînent injustement en prison. La pensée d’avoir été un instrument pour votre salut me fera chanter des louanges même à minuit. Et je sais que vous serez ma joie et ma couronne d’allégresse, lorsque je serai délivré de cette prison terrestre et que je vous retrouverai plus tard dans le royaume de Dieu.

Maintenant à Dieu, &c.

Page 1 / 1 · 38 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant