Chapitre 4 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute
Le grand devoir de la religion domestique
Josué 24:15 — « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel. »
Ces paroles contiennent la sainte résolution du pieux Josué, qui, après avoir rappelé aux Israélites, dans un discours des plus émouvants et des plus affectueux, les grandes choses que Dieu avait faites pour eux, en vient, au verset qui précède immédiatement le texte, à tirer une juste conséquence de ce qu’il leur avait exposé ; et il leur fait savoir, dans les termes les plus pressants, que, puisque Dieu avait été si extraordinairement favorable envers eux, ils ne pouvaient faire moins, par reconnaissance pour des faveurs et des miséricordes si peu communes, que de consacrer à son service et leurs personnes et leurs familles : « Maintenant, craignez l’Éternel, et servez-le avec intégrité et fidélité. Faites disparaître les dieux qu’ont servis vos pères de l’autre côté du fleuve ». Et c’est par ce même motif engageant que le prophète Samuel, plus tard, les presse d’obéir aux commandements de Dieu, 1 Sam. 12:24 : « Craignez seulement l’Éternel, et servez-le fidèlement de tout votre cœur; car voyez quelle puissance il déploie parmi vous. » Mais ensuite, afin qu’ils ne pussent s’excuser (comme trop d’entre eux auraient pu être enclins à le faire) sur ce qu’il leur aurait donné un mauvais exemple, ni penser qu’il leur imposait de pesants fardeaux sans les toucher lui-même d’un seul de ses doigts, il leur déclare dans le texte que, quelque cas qu’ils fissent de la doctrine qu’il venait de leur prêcher, lui du moins (comme tous les ministres devraient le faire) était résolu à y conformer sa vie et à la pratiquer lui-même : « choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir, ou les dieux que servaient vos pères au-delà du fleuve, ou les dieux des Amoréens dans le pays desquels vous habitez. Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel. »
Voilà une résolution digne de Josué, et non moins convenable, non moins nécessaire à tout vrai fils de Josué à qui sont confiés, de nos jours, le soin et le gouvernement d’une famille ; et s’il fut jamais opportun que les ministres prêchent la religion domestique, ou que le peuple la mette en pratique, cela ne le fut jamais plus que dans le siècle présent ; car il est fort à craindre que, parmi ces nombreuses maisons qui se disent chrétiennes, il n’y en ait que peu qui servent Dieu dans leurs familles comme elles le devraient.
Il est vrai que, si vous visitez nos églises, vous pourrez peut-être voir subsister encore parmi nous quelque chose de l’apparence de la piété ; mais même cela ne se rencontre guère dans les maisons particulières. De sorte que, si les anges bienheureux venaient, comme au temps des patriarches, observer notre économie spirituelle (oeconomy) [mot absent du dictionnaire, mais oecumenical = ecumenical, de sorte que oeconomy pourrait bien être la même chose que economy] dans nos foyers, ne seraient-ils pas tentés de dire, comme Abraham à Abimélec : « Sans doute, il n’y a aucune crainte de Dieu dans ce lieu ? » Gen. 20:11.
Comment une négligence si générale de la religion domestique commença à se répandre sur le monde chrétien, c’est ce qu’il est difficile de déterminer. Quant aux premiers chrétiens, je suis certain qu’il n’en était pas ainsi parmi eux. Non, ce n’est pas ainsi qu’ils avaient appris Christ, pour s’imaginer faussement que la religion devait être renfermée uniquement dans leurs assemblées de culte public ; au contraire, ils se conduisaient dans leurs familles avec une piété et une sainteté si exemplaires que saint Paul appelle souvent leur maison une Église : « Saluez un tel, dit-il, et l’Église qui est dans sa maison. » Et je crois que nous devons désespérer à jamais de voir revivre dans le monde l’esprit de piété des premiers temps, jusqu’à ce que nous ayons le bonheur de voir revivre la religion domestique des premiers temps, et de voir chacun prendre d’un commun accord, avec le bon vieux Josué, la résolution exprimée dans les paroles du texte : « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel. »
De ces paroles, je vous demanderai la permission d’insister sur ces trois points.
I. Premièrement, que c’est le devoir de tout chef de famille de prendre soin que non seulement lui-même, mais aussi ceux qui sont confiés à sa charge, « servent l’Éternel ».
II. Secondement, je m’efforcerai de montrer de quelle manière un chef de famille et sa maison doivent servir l’Éternel. Et,
III. Troisièmement, je proposerai quelques motifs, afin d’exciter tous les chefs de famille, avec leurs maisons respectives, à servir l’Éternel de la manière qui leur aura été recommandée.
Et d’abord, j’ai à montrer que c’est le devoir de tout chef de famille de prendre soin que non seulement lui-même, mais aussi ceux qui sont confiés à sa charge, servent l’Éternel.
Et cela paraîtra si nous considérons que tout chef de famille doit se regarder comme obligé d’agir en trois qualités : comme prophète, pour instruire les siens ; comme sacrificateur, pour prier pour eux et avec eux ; comme roi, pour les gouverner, les diriger et pourvoir à leurs besoins. Il est vrai que, dans la dernière de ces charges, leur office royal, ils ne sont pas si souvent en défaut (bien plus, ils y sont généralement trop empressés) ; mais quant aux deux premières, leur office sacerdotal et leur office prophétique, ils ne s’en mettent pas plus en peine que Gallion. Mais, quelque indifférents que puissent être là-dessus certains chefs de famille, qu’ils soient assurés que Dieu leur demandera compte de la manière dont ils se seront acquittés de ces charges. Car, comme l’apôtre le démontre, « si quelqu’un n’a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa famille », dans les choses temporelles, « il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle » : à quel degré d’apostasie plus grand encore ne doit pas être parvenu celui qui ne prend aucun souci de pourvoir au bien spirituel de sa famille !
Mais de plus, on est généralement fort prodigue d’invectives contre le clergé, et l’on pense blâmer avec justice la conduite du ministre qui ne prend pas garde au troupeau sur lequel le Saint-Esprit l’a établi évêque, et qui ne veille pas sur lui ; mais tout chef de famille qui ne prend aucun souci des âmes confiées à sa charge ne peut-il pas encourir, à un degré moindre, le même blâme ? Car chaque maison est pour ainsi dire une petite paroisse, chaque chef de famille (comme on l’a déjà fait observer) un sacrificateur, chaque famille un troupeau ; et si quelqu’un d’entre eux périt par la négligence du chef de famille, Dieu redemandera son sang de leurs mains.
Si un ministre négligeait d’enseigner son peuple publiquement et dans les maisons, et qu’il s’excusât en disant qu’il avait assez à faire de travailler à son propre salut avec crainte et tremblement, sans se mettre en peine de celui des autres, ne seriez-vous pas portés à penser qu’un tel ministre ressemble au juge inique, « qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne » ? Et pourtant, si odieux que fût un tel caractère, il n’est pas pire que celui que mérite le chef de famille qui se croit seulement obligé de sauver sa propre âme, sans avoir aucun égard aux âmes de sa maison. Car (comme on l’a indiqué plus haut) chaque maison est pour ainsi dire une paroisse, et tout maître est aussi tenu d’assurer, autant qu’il dépend de lui, la prospérité spirituelle de chacun de ceux qui vivent sous son toit, que n’importe quel ministre est obligé de veiller au bien spirituel de chaque personne confiée à sa charge.
Quels précédents les hommes qui négligent leur devoir sur ce point peuvent invoquer pour justifier une telle omission, je ne saurais le dire. Ce n’est assurément pas l’exemple du saint homme Job, qui était si éloigné de s’imaginer qu’en tant que chef de famille il n’avait à se soucier d’aucune âme que de la sienne, que l’Écriture nous apprend que, « quand les jours de festin étaient passés, Job appelait et sanctifiait ses fils, et offrait pour chacun d’eux un holocauste; car Job disait: Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils offensé Dieu dans leur cœur. C’est ainsi que Job avait coutume d’agir. » Ils ne peuvent pas davantage invoquer la conduite du bon vieux Josué, que nous trouvons, dans le texte, aussi préoccupé du bien de sa maison que du sien propre. Ni enfin celle de Corneille, qui craignait Dieu, non seulement lui-même, mais avec toute sa maison : et si les chrétiens avaient seulement le même esprit que Job, que Josué et que le centenier païen, ils agiraient comme agirent Job, Josué et Corneille.
Mais, hélas ! s’il en est ainsi, et si tous les chefs de famille doivent non seulement servir eux-mêmes l’Éternel, mais encore veiller à ce que leurs maisons respectives le servent aussi, que deviendront donc ceux qui, non contents de négliger eux-mêmes le service de Dieu, se font aussi une occupation de ridiculiser et de railler ceux de leur maison qui le servent ? Qui ne se contentent pas de « ne pas entrer eux-mêmes dans le royaume des cieux, mais qui n’y laissent pas entrer ceux qui veulent entrer » ? Assurément de tels hommes sont bien les agents du diable. Assurément leur condamnation ne sommeille point : car, bien que Dieu, dans sa bonne providence, puisse permettre que de telles pierres d’achoppement soient mises sur le chemin de ses enfants, et que leurs plus grands ennemis soient les gens de leur propre maison, pour éprouver leur sincérité et faire croître leur foi ; nous ne pouvons cependant nous empêcher de prononcer malheur contre les maîtres par qui de tels scandales arrivent. Car si ceux qui ne prennent soin que de leur propre âme ne sont sauvés qu’avec peine, où paraîtront de tels chefs de famille, si monstrueusement profanes et méchants ?
Mais, espérant qu’il n’y en a que peu de cette malheureuse espèce, passons maintenant au
Second point proposé : montrer de quelle manière un chef de famille et sa maison doivent servir l’Éternel.
1. Et la première chose que je mentionnerai, c’est la lecture de la Parole de Dieu. C’est là un devoir qui incombe à chaque particulier. « Sondez les Écritures, car vous pensez avoir en elles la vie éternelle » : c’est un précepte donné indistinctement à tous par notre bienheureux Seigneur ; mais bien plus encore tout chef de famille doit-il penser qu’il lui est adressé d’une manière particulière, parce que (comme on l’a déjà prouvé) il doit se regarder comme un prophète, et par conséquent, conformément à un tel caractère, comme tenu d’instruire ceux qui sont sous sa charge dans la connaissance de la parole de Dieu.
Tel fut, nous le voyons, l’ordre que Dieu donna à Israël, son peuple particulier ; car voici comment parle Moïse, son représentant, Deut. 6:6-7 : « Et ces commandements », c’est-à-dire les paroles de l’Écriture, « que je te donne aujourd’hui, seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants », c’est-à-dire, selon l’explication qu’on en donne généralement, aux serviteurs aussi bien qu’aux enfants, « et tu en parleras quand tu seras dans ta maison ». D’où nous pouvons conclure que la seule raison pour laquelle tant de gens négligent de lire avec soin à leurs enfants les paroles de l’Écriture, c’est que les paroles de l’Écriture ne sont pas dans leur cœur : car si elles y étaient, c’est de l’abondance du cœur que leur bouche parlerait.
D’ailleurs, les serviteurs aussi bien que les enfants sont, pour la plupart, fort ignorants, et de simples novices dans les lois de Dieu : et comment sauront-ils, si personne ne les enseigne ? Et quoi de plus propre à les enseigner que les oracles vivants de Dieu, « qui peuvent les rendre sages à salut » ? Et qui est plus propre à les instruire par ces oracles vivants que les parents et les maîtres, qui (comme on l’a fait observer plus d’une fois) sont aussi tenus de les nourrir, jour après jour, du pain spirituel que du pain corporel ?
Mais s’il en est ainsi, dans quelle misérable condition se trouvent ces malheureux chefs de famille qui, bien loin de nourrir ceux qui sont confiés à leurs soins du lait pur de la parole, afin qu’ils croissent par lui, ne sondent pas eux-mêmes les Écritures, et ne prennent aucun soin de les expliquer aux autres ! De telles familles sont assurément en bonne voie de faire la volonté de leur Maître, elles qui prennent une peine si prodigieuse pour la connaître ! Ne s’imaginerait-on pas qu’elles se sont converties à l’Église de Rome, qu’elles tiennent l’ignorance pour la mère de la dévotion, et que ceux qui lisent leur Bible doivent être condamnés comme hérétiques ? Et pourtant combien peu y a-t-il de familles parmi nous qui n’agissent pas de cette manière inconvenante ! Mais les louerai-je en cela ? Je ne les loue point ; il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi.
2. Passons maintenant au second moyen par lequel tout chef de famille et sa maison doivent servir l’Éternel : la prière en famille.
C’est là un devoir qui, quoique tout aussi négligé, est aussi absolument nécessaire que le précédent. La lecture est une bonne préparation à la prière, comme la prière est un excellent moyen de rendre la lecture efficace. Et la raison pour laquelle tout chef de famille doit joindre ensemble ces deux exercices est évidente : c’est qu’un chef de famille ne peut remplir son office de sacrificateur (dont nous avons fait observer plus haut qu’il est revêtu en quelque mesure) sans accomplir ce devoir de la prière en famille.
C’est pourquoi nous trouvons remarqué, lorsqu’il est fait mention des sacrifices offerts par Caïn et Abel, qu’ils les apportèrent. Mais à qui les apportèrent-ils ? Eh bien, selon toute probabilité, à leur père Adam, qui, comme sacrificateur de la famille, devait offrir le sacrifice en leur nom. Et ainsi tout fils spirituel du second Adam, à qui est confié le soin d’une maison, doit offrir les sacrifices spirituels de supplications et d’actions de grâces, agréables à Dieu par Jésus-Christ, en présence et au nom de tous ceux qui le servent ou qui mangent à sa table.
C’est ainsi, lisons-nous, que se conduisit notre bienheureux Seigneur lorsqu’il habita parmi nous : car il est dit souvent qu’il pria avec ses douze disciples, qui formaient alors sa petite famille. Et il a lui-même promis une bénédiction particulière aux supplications faites en commun : « là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Et encore : « si deux ou trois s’accordent pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée. » Ajoutez à cela que l’apôtre nous commande de « prier en tout temps, avec toutes sortes de prières et de supplications », ce qui comprend sans doute la prière en famille. Et le saint homme Josué, lorsqu’il prit la bonne résolution exprimée dans le texte, que lui et sa maison serviraient l’Éternel, résolut certainement de prier avec sa famille, ce qui est l’un des meilleurs témoignages qu’ils pouvaient donner qu’ils le servaient.
D’ailleurs, il n’y a point de famille qui n’ait quelques bénédictions communes, auxquelles tous ont eu part, et dont il faut rendre grâces ; quelques croix et quelques afflictions communes, contre lesquelles il faut prier ; quelques péchés communs, que tous doivent déplorer et pleurer : mais comment cela peut se faire sans qu’on se joigne ensemble dans un même acte commun d’humiliation, de supplication et d’actions de grâces, c’est ce qu’il est difficile d’imaginer.
De toutes ces considérations réunies, il est évident que la prière en famille est un devoir grand et nécessaire ; et par conséquent, les chefs de famille qui la négligent sont certainement inexcusables. Et il est fort à craindre que, s’ils vivent sans la prière en famille, ils ne vivent sans Dieu dans le monde.
Et pourtant, si odieux que soit un tel caractère, il est à craindre que, si Dieu envoyait un ange pour nous détruire, comme il le fit autrefois pour détruire les premiers-nés de l’Égypte, et lui donnait en même temps pour mission, comme alors il ne devait épargner que les maisons où il voyait le sang sur le linteau et aspergé sur les poteaux de la porte, de ne laisser échapper maintenant que les familles qui l’invoquent dans la prière du matin et du soir, peu échapperaient à son épée vengeresse. Appellerai-je de telles familles chrétiennes ou païennes ? Sans doute elles ne méritent pas le nom de chrétiennes ; et les païens se lèveront au jugement contre ces familles profanes de cette génération : car ils avaient toujours leurs dieux domestiques, qu’ils adoraient et dont ils invoquaient fréquemment le secours. Et elles en sont venues à une belle extrémité, ces familles qu’il faut envoyer à l’école des païens ! Mais l’Éternel ne se vengera-t-il pas de maisons aussi profanes que celles-là ? Ne répandra-t-il pas sa fureur sur ceux qui n’invoquent pas son nom ?
3. Mais il est temps que je me hâte d’en venir au troisième et dernier moyen que je recommanderai, par lequel tout chef de famille doit servir l’Éternel avec sa maison : catéchiser et instruire ses enfants et ses serviteurs, et les élever en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur.
Que ce soit là, aussi bien que les deux précédents, un devoir incombant à tout chef de maison, c’est ce qui ressort de ce célèbre éloge, ou témoignage, que Dieu rend à Abraham : « Je sais qu’il ordonnera à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel, en pratiquant la droiture et la justice. » Et en vérité, il n’est guère de chose qui nous soit plus souvent recommandée dans les saintes Écritures que ce devoir de catéchiser. Ainsi Dieu dit, dans un passage déjà cité : « Tu les inculqueras à tes enfants. » Et il est commandé aux parents, dans le Nouveau Testament, d’« élever leurs enfants en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur ». Le saint psalmiste nous apprend que l’une des grandes fins pour lesquelles Dieu fit de si grands prodiges pour son peuple, c’était « que, devenus grands, ils en parlassent à leurs enfants, ou à leurs serviteurs ». Et au chapitre 6 du Deutéronome, au 20e verset et aux suivants, Dieu commande expressément à son peuple d’instruire ses enfants de la vraie nature du culte cérémoniel, lorsqu’ils s’en informeraient, comme il supposait qu’ils le feraient, dans l’avenir. Et si les serviteurs et les enfants devaient être instruits de la nature des rites juifs, combien plus doivent-ils maintenant être initiés et affermis dans les doctrines et les premiers principes de l’Évangile de Christ : non seulement parce que c’est une révélation qui a mis la vie et l’immortalité dans une lumière plus pleine et plus claire, mais aussi parce que beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde, qui font tous leurs efforts non seulement pour détruire l’édifice, mais encore pour saper le fondement même de notre très sainte religion.
Si donc la génération présente voulait que sa postérité aimât et honorât véritablement Dieu, il faudrait que les maîtres et les parents suivissent le bon conseil de Salomon, et qu’ils instruisissent et catéchisassent leurs maisons respectives selon la voie qu’elles doivent suivre.
Je ne vois qu’une seule objection que l’on puisse, avec quelque apparence de raison, alléguer contre ce qui a été avancé : c’est qu’une telle manière de faire prendra trop de temps et détournera trop longtemps les familles de leurs affaires temporelles. Mais il est fort à mettre en question si ceux qui soulèvent une telle objection ne sont pas animés du même esprit hypocrite que le traître Judas, qui s’indigna contre la pieuse Marie de ce qu’elle prodiguait ainsi son parfum en oignant notre bienheureux Seigneur, et demanda pourquoi on ne l’avait pas vendu deux cents deniers pour les donner aux pauvres. Car Dieu nous a-t-il donné tant de temps pour travailler pour nous-mêmes, et n’en accorderons-nous pas quelque petite portion, matin et soir, pour la consacrer plus directement à son culte et à son service ? Les gens n’ont-ils pas lu que c’est Dieu qui donne aux hommes la force d’acquérir des richesses, et que, par conséquent, le meilleur moyen de prospérer dans le monde est de s’assurer sa faveur ? Et notre bienheureux Seigneur lui-même n’a-t-il pas promis que, si nous cherchons premièrement le royaume et la justice de Dieu, toutes les choses extérieures nécessaires nous seront données par-dessus ?
Abraham, sans doute, était un homme aussi chargé d’affaires que peuvent l’être ceux qui font cette objection ; et pourtant il savait trouver le temps d’ordonner à sa maison de servir l’Éternel. Bien plus, David était roi, et avait par conséquent beaucoup d’affaires sur les bras ; et néanmoins il déclare qu’il marcherait dans l’intégrité de son cœur, au milieu de sa maison. Et, pour ne citer plus qu’un exemple, le saint homme Josué était certainement fort occupé des affaires temporelles ; et pourtant il déclare solennellement devant tout Israël que, quant à lui et à sa maison, ils serviraient l’Éternel. Et si les gens rachetaient seulement leur temps, comme le firent Abraham, David ou Josué, ils ne se plaindraient plus que les devoirs de famille les retiennent trop longtemps loin des affaires du monde.
III. Mais mon troisième et dernier point général, sous lequel je devais proposer quelques motifs afin d’exciter tous les chefs de famille, avec leurs maisons respectives, à servir l’Éternel de la manière recommandée plus haut, servira, je l’espère, au lieu de mille arguments, à prouver la faiblesse et la folie d’une telle objection.
1. Et le premier motif que je mentionnerai, c’est le devoir de reconnaissance que vous, qui êtes chefs de famille, devez à Dieu. Votre lot, chacun doit le reconnaître, est tombé en un bon terrain : la providence vous a donné un bel héritage, au-dessus de beaucoup de vos semblables ; c’est pourquoi, par un principe de reconnaissance, vous devez vous efforcer, autant qu’il dépend de vous, d’amener chaque personne de vos maisons respectives à l’invoquer aussi longtemps qu’elle vivra : sans parler de ce que l’autorité dont Dieu vous a revêtus comme parents et comme chefs de famille est un talent confié à votre garde, et que vous êtes tenus de faire valoir pour l’honneur de votre Maître. En d’autres choses, nous voyons que les chefs de famille et les parents savent exercer facilement leur autorité sur leurs enfants et leurs serviteurs, et peuvent assez souvent dire à l’un : Va ! et il va ; à l’autre : Viens ! et il vient ; à un troisième : Fais cela ! et il le fait. Et ce pouvoir sera-t-il si souvent employé dans vos propres affaires, et jamais exercé dans les choses de Dieu ? Cieux, soyez étonnés de cela !
Ce n’est pas ainsi qu’agit le fidèle Abraham ; non, Dieu dit qu’il savait qu’Abraham ordonnerait à ses serviteurs et à ses enfants après lui. Ce n’est pas ainsi qu’agit Josué : non, il était résolu non seulement à marcher lui-même avec Dieu, mais à faire valoir son autorité pour amener tous ceux qui l’entouraient à en faire autant : « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel. » Allons, et faisons de même.
2. Mais secondement, si la reconnaissance envers Dieu ne vous y pousse pas, il me semble que l’amour et la pitié pour vos enfants devraient vous porter à servir l’Éternel avec vos familles respectives.
La plupart des gens témoignent une grande tendresse pour leurs enfants : si grande même que, très souvent, leur propre vie est attachée à celle de leurs rejetons. « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite? N’a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles? » dit Dieu par son prophète Ésaïe. Il en parle comme d’une chose monstrueuse et à peine croyable ; mais les paroles qui suivent immédiatement affirment que cela est possible : « Oui, elles peuvent oublier » ; et l’expérience aussi nous assure qu’elles le peuvent. Le père et la mère peuvent l’un et l’autre abandonner leurs enfants : car quel plus grand degré d’oubli peuvent-ils leur témoigner que de négliger la culture de leur meilleure partie, et de ne pas les élever dans la connaissance et la crainte de Dieu ?
Il est vrai que les parents oublient rarement de pourvoir aux besoins du corps de leurs enfants (quoiqu’il soit à craindre que certains hommes ne soient tombés si bas, au-dessous des bêtes qui périssent, qu’ils négligent même cela) ; mais combien de fois oublient-ils, ou plutôt quand se souviennent-ils, d’assurer le salut de leurs âmes immortelles ? Est-ce donc là leur manière de témoigner leur tendresse pour le fruit de leurs entrailles ? Est-ce là le meilleur témoignage qu’ils puissent donner de leur affection pour les chéris de leur cœur ? Delila aimait donc Samson, lorsqu’elle le livra entre les mains des Philistins ? Ces scélérats voulaient donc du bien à Daniel, lorsqu’ils le jetèrent dans la fosse aux lions ?
3. Mais troisièmement, si ni la reconnaissance envers Dieu, ni l’amour et la pitié pour vos enfants ne prévalent sur vous, qu’un principe de simple honnêteté et de justice vous porte du moins à prendre la sainte résolution exprimée dans le texte.
C’est là un principe d’après lequel tous les hommes voudraient passer pour agir. Mais assurément, si quelques-uns peuvent être justement blâmés pour leur injustice, nul ne saurait être plus exposé à ce blâme que ceux qui se croient lésés si leurs serviteurs se dérobent à leur travail corporel, et qui, en retour, ne prennent aucun soin de leurs âmes inestimables. Car est-il juste que les serviteurs dépensent leur temps et leurs forces au service de leurs maîtres, et que les maîtres ne leur donnent pas en même temps ce qui est juste et équitable pour leur service ?
Il est vrai que certains hommes peuvent penser en avoir fait assez lorsqu’ils donnent à leurs serviteurs la nourriture et le vêtement, et disent : « N’es-tu pas convenu avec moi de tant par an ? » Mais s’ils ne leur donnent pas d’autre salaire que celui-là, que font-ils de moins pour leurs bêtes mêmes ? Et les serviteurs ne valent-ils pas mieux qu’elles ? Sans aucun doute : et quoique les maîtres puissent écarter pour le moment leurs convictions, ils verront qu’un temps viendra où ils sauront qu’ils auraient dû leur donner un salaire spirituel aussi bien que temporel ; et les cris de ceux qui ont moissonné leurs champs parviendront jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées.
4. Mais quatrièmement, si ni la reconnaissance envers Dieu, ni la pitié pour vos enfants, ni un principe de simple justice envers vos serviteurs ne suffisent pour contrebalancer toutes les objections, que ce motif si cher et si puissant de l’intérêt personnel fasse du moins pencher la balance, et vous engage à servir l’Éternel avec vos maisons respectives.
Ce motif pèse beaucoup sur vous en d’autres matières : laissez-vous donc persuader de lui donner aussi sur vous, en celle-ci, une juste et pleine influence ; et s’il l’a, si vous avez seulement de la foi comme un grain de sénevé, comment pourriez-vous ne pas croire que favoriser la religion domestique sera le meilleur moyen de favoriser votre propre bien temporel, aussi bien que votre bien éternel ? Car « la piété a la promesse de la vie présente et de celle qui est à venir ».
D’ailleurs, vous souhaitez tous, sans doute, des serviteurs honnêtes et des enfants pieux : et les voir tourner autrement serait pour vous un aussi grand chagrin que ce le fut pour Élisée d’avoir un traître Guéhazi, ou pour David d’être affligé d’un Absalom rebelle. Mais comment peut-on s’attendre à ce qu’ils apprennent leur devoir, si ceux qui sont établis sur eux ne prennent soin de le leur enseigner ? N’est-ce pas comme si vous vous attendiez à moissonner où vous n’avez pas semé, ou à amasser où vous n’avez pas vanné ?
Si le christianisme, en vérité, autorisait en quelque manière les enfants et les serviteurs à ne pas tenir compte de leurs parents et de leurs maîtres selon la chair, ou s’il représentait leur devoir envers eux comme incompatible avec leur entière obéissance envers leur Père et leur Maître qui est dans les cieux, il pourrait alors y avoir quelque prétexte de négliger de les instruire dans les principes d’une telle religion. Mais puisque les préceptes de cette religion pure et sans tache sont tous saints, justes et bons, et que plus on leur enseigne leur devoir envers Dieu, mieux ils rempliront leurs devoirs envers vous, il me semble que négliger la culture de leurs âmes, par crainte de dépenser trop de temps en devoirs religieux, c’est agir tout à fait contrairement à votre propre intérêt aussi bien qu’à votre devoir.
5. Cinquièmement et enfin, si ni la reconnaissance envers Dieu, ni l’amour pour vos enfants, ni la simple justice envers vos serviteurs, ni même ce motif si puissant de l’intérêt personnel ne vous excitent, que du moins la considération des terreurs du Seigneur vous persuade de mettre en pratique la pieuse résolution exprimée dans le texte. Souvenez-vous que le temps viendra, et peut-être très prochainement, où il nous faudra tous comparaître devant le tribunal de Christ, où nous devrons rendre un compte solennel et rigoureux de la manière dont nous nous serons conduits dans nos familles respectives en ce monde. Comment supporterez-vous de voir vos enfants et vos serviteurs (qui devraient être votre joie et votre couronne de gloire au jour de notre Seigneur Jésus-Christ) s’avancer comme autant de témoins prompts à déposer contre vous, maudissant le père qui les a engendrés, le sein qui les a portés, les mamelles qu’ils ont sucées, et le jour où ils sont entrés dans vos maisons ? Ne pensez-vous pas que la damnation que les hommes doivent subir pour leurs propres péchés sera suffisante, sans qu’ils aient besoin de se charger encore de la culpabilité d’avoir contribué à la damnation des autres ? Oh ! considérez cela, vous tous qui oubliez de servir l’Éternel avec vos maisons respectives, « de peur qu’il ne vous déchire, sans que personne délivre ! »
Mais à Dieu ne plaise, mes frères, qu’un tel malheur vous arrive ! Non, j’espère plutôt que vous avez été en quelque mesure convaincus, par ce qui a été dit, de la grande importance de la religion domestique, et que vous êtes donc prêts à vous écrier, dans les paroles qui suivent immédiatement le texte : « Loin de nous la pensée d’abandonner l’Éternel » ; et encore, au verset 21 : « Non! Car nous servirons (avec nos maisons respectives) l’Éternel. »
Et afin que vous ayez toujours un tel cœur, permettez-moi d’exhorter tous les chefs de famille, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à réfléchir souvent au prix inestimable de leur propre âme, et à la rançon infinie, le sang précieux de Jésus-Christ, qui a été payée pour elle. Souvenez-vous, je vous en conjure, souvenez-vous que vous êtes des créatures déchues ; que vous êtes par nature perdus et éloignés de Dieu ; et que vous ne pourrez jamais être rétablis dans votre bonheur primitif jusqu’à ce que, nés de nouveau du Saint-Esprit, vous parveniez à votre état primitif de pureté, que l’image de Dieu soit de nouveau empreinte sur vos âmes, et que vous soyez ainsi rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. Réfléchissez seulement, dis-je, sérieusement et fréquemment à ces vérités si importantes, et agissez comme des personnes qui les croient, et vous ne négligerez pas plus le bien spirituel de votre famille que le vôtre propre. Non, l’amour de Dieu, qui sera alors répandu dans vos cœurs, vous pressera de faire tout votre possible pour les préserver ; et le profond sentiment de la grâce gratuite de Dieu en Jésus-Christ (que vous aurez alors) qui vous a appelés, vous excitera à faire tout votre possible pour en sauver d’autres, surtout ceux de votre propre maison. Et quoique, après tous vos pieux efforts, quelques-uns puissent demeurer sans se réformer, vous aurez du moins cette consolante réflexion à faire, que vous avez fait ce que vous pouviez pour rendre vos familles religieuses : et vous pourrez donc être assurés de vous asseoir dans le royaume des cieux avec Abraham, Josué et Corneille, et avec tous les pieux chefs de maison qui, dans leurs générations successives, ont brillé comme autant de flambeaux dans leurs maisons respectives sur la terre. Amen.
Chapitre 4 terminé
Le grand devoir de la religion domestique