Sermons choisis de George Whitefield
Abraham offrant son fils Isaac

Chapitre 3 · 31 min de lecture · 39 min d’écoute

Abraham offrant son fils Isaac

Genèse 22:12 — « L’ange dit: N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »11Texte intégral : Genèse 22:1–12

Le grand apôtre Paul, dans l’une de ses épîtres, nous apprend que « tout ce qui a été écrit d’avance l’a été pour notre instruction, afin que, par la patience, et par la consolation que donnent les Écritures, nous possédions l’espérance. » Et puisque, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ou d’être agréé en Jésus, le Fils de son amour, nous pouvons être assurés que tous les exemples d’une foi plus qu’ordinaire rapportés dans le livre de Dieu ont été destinés plus particulièrement par le Saint-Esprit à notre instruction et à notre imitation, à nous qui sommes parvenus à la fin des siècles. C’est pour cette raison que l’auteur de l’épître aux Hébreux, au 11e chapitre, dresse un si noble catalogue de saints et de martyrs de l’Ancien Testament, « qui vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, fermèrent la gueule des lions, etc., et nous ont précédés pour hériter des promesses. » C’est là, je pense, une réfutation suffisante de l’erreur de ceux qui font peu de cas des saints de l’Ancien Testament, et qui ne voudraient pas qu’on les citât aux chrétiens comme des personnes dont nous sommes appelés plus particulièrement à suivre la foi et la patience. S’il en était ainsi, l’apôtre n’aurait jamais produit une si grande nuée de témoins tirés de l’Ancien Testament pour exciter les chrétiens du premier âge de l’Église, et par conséquent du plus pur, à demeurer fermes et inébranlables dans la profession de leur foi. Parmi ce catalogue de saints, il me semble que le patriarche Abraham brille avec le plus d’éclat, et qu’il diffère des autres comme une étoile diffère en éclat d’une autre étoile ; car il brilla d’un lustre si remarquable qu’il fut appelé « ami de Dieu », « le père des croyants » ; et il est dit de ceux qui croient en Christ qu’ils sont « fils et filles d’Abraham le croyant, et bénis avec lui. » Dieu envoya bien des épreuves de sa foi à ce grand et saint homme, après lui avoir commandé de sortir de son pays et de sa parenté, pour aller dans le pays qu’il lui montrerait ; mais la dernière fut la plus rude de toutes : je veux dire celle d’offrir son fils unique. C’est ce que je me propose, avec le secours divin, de donner pour sujet à votre méditation présente, et, en manière de conclusion, de tirer de cette histoire instructive quelques conséquences pratiques, selon que Dieu m’en rendra capable.

L’écrivain sacré commence ainsi son récit, au verset 1 : « Après ces choses, Dieu tenta Abraham. » Après ces choses, c’est-à-dire après qu’il eut déjà subi bien des épreuves rigoureuses, après qu’il fut devenu vieux et rassasié de jours, et qu’il pouvait peut-être se flatter que les peines et les fatigues de la vie étaient désormais finies : « après ces choses, Dieu tenta Abraham. » Chrétiens, vous ne savez pas quelles épreuves vous pourrez rencontrer avant de mourir : quoique vous ayez peut-être déjà beaucoup souffert et été beaucoup éprouvés, il se peut qu’une plus grande mesure vous reste encore à remplir. « Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains ». Nos dernières épreuves seront, selon toute probabilité, les plus grandes ; et nous ne pouvons jamais dire que notre combat est achevé ou nos épreuves finies, avant d’avoir incliné la tête et rendu l’esprit. « Après ces choses, Dieu tenta Abraham. »

« Dieu tenta Abraham. » Mais l’Écriture peut-elle se contredire ? L’apôtre Jacques ne nous dit-il pas que Dieu « ne tente lui-même personne » ? Et en effet Dieu ne tente personne au mal, ni dans le dessein de l’entraîner dans le péché ; car, lorsqu’un homme est ainsi tenté, c’est qu’il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Mais dans un autre sens on peut dire que Dieu tente, je veux dire qu’il éprouve ses serviteurs ; et c’est en ce sens que nous devons entendre ce passage de Matthieu où il nous est dit que « Jésus fut emmené par l’Esprit (le bon Esprit) dans le désert, pour être tenté par le diable. » Et notre Seigneur, dans cette excellente forme de prière qu’il a bien voulu nous donner, ne nous demande pas de prier pour n’être absolument jamais induits en tentation, mais pour être délivrés du mal qui s’y trouve ; d’où nous pouvons clairement conclure que Dieu juge bon quelquefois de nous induire en tentation, c’est-à-dire de nous amener en des circonstances propres à éprouver notre foi et nos autres grâces chrétiennes. C’est en ce sens que nous devons entendre l’expression qui est devant nous : « Dieu tenta, ou éprouva, Abraham. »

De quelle manière il plut à Dieu de révéler alors sa volonté à son fidèle serviteur, si ce fut par la Shekinah ou apparition divine, ou par un murmure doux et léger, comme lorsqu’il parla à Élie, ou par un chuchotement, semblable à celui de l’Esprit à Philippe lorsqu’il lui commanda de s’approcher du char de l’eunuque, cela ne nous est pas dit, et il n’importe pas de le rechercher. Il suffit qu’il nous soit appris que Dieu lui dit : Abraham ; et qu’Abraham sut que c’était la voix de Dieu, car il dit : « Me voici! » Oh ! quelle sainte familiarité (si je puis parler ainsi) il y a entre Dieu et les saintes âmes qui lui sont unies par la foi en Jésus-Christ ! Dieu dit : Abraham ; et Abraham répondit (sans la moindre surprise, semble-t-il) : Me voici. Réconcilié avec Dieu par la mort et l’obéissance de Christ, dont il se réjouissait et qu’il voyait de loin par la foi, il ne chercha pas, comme Adam coupable, à se cacher de lui parmi les arbres du jardin, mais il prend plaisir à converser avec Dieu, et s’entretient avec lui comme un homme parle à son ami. Oh ! si les pécheurs qui sont sans Christ savaient ce que c’est que d’être en communion avec le Père et avec le Fils ! Ils envieraient le bonheur des saints, et regarderaient comme un sujet de joie complète d’être traités d’enthousiastes et de fous à cause de Christ.

Mais que dit Dieu à Abraham ? Verset 2 : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai. »

Chaque mot mérite notre attention particulière. Quoi qu’il dût faire, il fallait qu’il le fît maintenant, immédiatement, sans consulter la chair et le sang. Mais que devait-il faire ? « Prends ton fils ». Si Dieu avait dit : Prends maintenant un premier-né, ou l’agneau ou la bête de choix de ton troupeau, et offre-le en holocauste, la chose n’aurait pas paru si effrayante ; mais que Dieu dise : « Prends ton fils, … offre-le en holocauste », c’était, on l’imaginerait, assez pour ébranler la foi la plus ferme. Mais ce n’est pas tout : il ne fallait pas seulement que ce fût un fils, mais « ton unique, celui que tu aimes, Isaac ». S’il fallait que ce fût un fils, et non une bête, qui fût offert, pourquoi Ismaël, le fils de l’esclave, ne suffirait-il pas ? Non, il fallait que ce fût son fils unique, l’héritier de tout, son Isaac, c’est-à-dire, par interprétation, le rire, le fils de sa vieillesse, en qui son âme prenait plaisir, « celui que tu aimes », dit Dieu, celui à la vie duquel la sienne était attachée : et ce fils, ce fils unique, cet Isaac, le fils de son amour, il fallait le prendre maintenant, à l’instant même, sans délai, et le faire offrir par son propre père en holocauste sur l’une des montagnes que Dieu lui dirait.

L’apôtre pouvait bien dire de cet homme de Dieu : « Espérant contre toute espérance, il crut, et il fut fortifié par la foi, donnant gloire à Dieu. » Car, s’il n’avait pas été favorisé d’une foi telle qu’aucun homme n’en avait jamais eu avant lui, il aurait nécessairement refusé d’obéir à ce commandement rigoureux. Combien d’arguments, en effet, la nature n’aurait-elle pas pu lui suggérer pour prouver qu’un tel commandement ne pouvait venir de Dieu, ou pour s’excuser d’y obéir ? « Quoi ! (aurait pu dire le saint homme) égorger mon propre enfant ! C’est contraire à la loi même de la nature ; et bien plus encore d’égorger mon cher fils Isaac, en la postérité duquel Dieu lui-même m’a assuré une descendance nombreuse. Mais à supposer que je puisse renoncer à mes propres affections, et consentir à me séparer de lui, quoique je l’aime si tendrement, que deviendra pourtant la promesse de Dieu si je le tue ? D’ailleurs, je suis maintenant comme une ville située sur une montagne ; je brille comme un flambeau dans le monde, au milieu d’une génération perverse et corrompue : comment donc ferais-je blasphémer le nom de Dieu ? Comment deviendrais-je un objet de raillerie parmi les païens, s’ils apprenaient que j’ai commis un crime qu’ils ont eux-mêmes en horreur ! Mais surtout, que dira Sara, ma femme ? Comment pourrai-je jamais retourner auprès d’elle, après avoir trempé (c’est-à-dire mouillé ou souillé) mes mains dans le sang de mon cher enfant ? Oh ! si Dieu voulait me pardonner en cette chose, ou prendre ma vie à la place de celle de mon fils ! » Ainsi, dis-je, Abraham aurait pu raisonner, et cela même, en apparence, avec beaucoup de raison, pour se dispenser d’obéir au commandement divin. Mais de même qu’autrefois, par la foi, il n’avait point considéré que le sein de Sara était comme mort, alors qu’elle avait passé l’âge, mais avait cru en celui qui avait dit : « Certainement Sara, ta femme, t’enfantera un fils » ; de même, maintenant, convaincu que c’était le même Dieu qui lui parlait et lui commandait d’offrir ce fils, et sachant que Dieu était puissant pour le ressusciter des morts, il obéit sans délai à l’appel céleste.

Oh ! si les incrédules voulaient apprendre de ce fidèle Abraham à croire tout ce qui est révélé de la part de Dieu, quoiqu’ils ne puissent le comprendre pleinement ! Abraham savait que Dieu lui commandait d’offrir son fils, et c’est pourquoi il crut, bien que les raisonnements charnels pussent lui suggérer bien des objections. Nous avons un témoignage suffisant que Dieu nous a parlé par son Fils ; pourquoi ne croirions-nous pas, nous aussi, quoique bien des choses du Nouveau Testament soient au-dessus de notre raison ? Car là où la raison s’arrête, la foi commence. Et les incrédules ont beau se qualifier d’hommes de raison, ils sont de tous les hommes les plus déraisonnables : car n’est-il pas contraire à toute raison de mesurer l’infini avec une intelligence finie, ou de penser pénétrer parfaitement les mystères de la piété ?

Mais revenons au patriarche Abraham. Nous avons fait observer plus haut quelles objections plausibles il aurait pu faire ; mais il ne répondit pas un seul mot : non, sans répliquer à son Créateur, il nous est dit, au verset 3, qu’« Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l’holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit. »

De ce verset nous pouvons conclure que Dieu parla à Abraham en songe, ou dans une vision de la nuit ; car il est dit qu’il se leva de bon matin. C’était peut-être vers la quatrième veille de la nuit, juste avant le point du jour, que Dieu lui dit : Prends ton fils ; et Abraham se lève de bon matin pour le faire, comme il avait sans doute coutume de se lever de bon matin pour offrir son sacrifice matinal de louange et d’actions de grâces. Il est souvent remarqué des hommes de l’Ancien Testament qu’ils se levaient de bon matin ; et en particulier de notre Seigneur, dans le Nouveau, qu’il se leva longtemps avant le jour pour prier. Le matin est favorable à la dévotion ; et si les gens ne peuvent pratiquer assez de renoncement pour se lever tôt afin de prier, je ne sais comment ils pourront mourir sur un bûcher (s’ils y étaient appelés) pour Jésus-Christ.

L’humilité aussi bien que la piété du patriarche sont dignes de remarque : il sella lui-même son âne (les grands doivent être humbles) ; et, pour montrer sa sincérité, quoiqu’il prît avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac, il garde pourtant son dessein secret à eux tous ; bien plus, il n’en dit pas même un mot à Sara, sa femme ; car il ne savait si elle ne lui serait pas un piège en cette affaire ; et comme Rébecca, plus tard, en une autre occasion, conseilla à Jacob de s’enfuir, Sara aussi aurait pu persuader Isaac de se cacher ; ou bien les serviteurs, s’ils l’avaient su, auraient pu l’emmener de force, comme, dans les âges suivants, les soldats arrachèrent Jonathan des mains de Saül. Mais Abraham ne chercha aucune échappatoire de ce genre ; c’est pourquoi, en vrai Israélite, en qui il n’y avait point de fraude, il « fendit du bois pour l’holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit », avec résolution. Au second verset, Dieu lui avait commandé d’offrir son fils sur l’une des montagnes qu’il lui dirait. Il lui commanda d’offrir son fils, mais ne voulut pas lui dire alors directement en quel lieu : c’était pour le tenir dans la dépendance et le faire veiller dans la prière ; car rien ne vaut d’être tenu dans l’attente de Dieu ; et si nous l’attendons, assurément Dieu se révélera à nous davantage encore, en son propre temps. Pratiquons ce que nous savons, suivons la providence aussi loin que nous la voyons déjà ; et quant à ce que nous ne savons pas, à ce que nous ne voyons pas encore, soyons seulement trouvés dans le chemin du devoir, et le Seigneur nous révélera cela aussi. Abraham ne savait pas directement où il devait offrir son fils ; mais il se lève et se met en route, et voici que Dieu le lui montre maintenant : il « partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit ». Allons, et faisons de même.

Verset 4 : « Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin. »

De sorte que le lieu que Dieu lui avait dit n’était pas à moins de trois journées de marche de l’endroit où Dieu lui était d’abord apparu et lui avait commandé de prendre son fils. N’était-ce pas pour éprouver sa foi, et pour lui faire voir que ce qu’il faisait ne procédait pas simplement d’un élan soudain de dévotion, mais d’un choix et d’une délibération ? Mais qui peut dire ce que le vieux patriarche éprouva pendant ces trois jours ? Si fort qu’il fût dans la foi, je suis persuadé que ses entrailles s’émurent souvent pour son cher fils Isaac. Il me semble voir le bon vieillard marcher en tenant son cher enfant par la main, et de temps en temps le regarder, l’aimer, puis se détourner pour pleurer. Et peut-être restait-il quelquefois un peu en arrière pour répandre son cœur devant Dieu, car il n’avait aucun mortel à qui confier sa peine. Puis il me semble le voir rejoindre son fils et ses serviteurs, et s’entretenir avec eux des choses qui concernent le royaume de Dieu, tandis qu’ils marchaient par le chemin. Enfin, « le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin. » Et pour montrer qu’il était encore sincèrement résolu à faire tout ce que le Seigneur lui demandait, même alors il ne veut pas découvrir son dessein à ses serviteurs, mais il « dit à ses serviteurs », verset 5 (comme nous devrions le dire à nos pensées mondaines, quand nous sommes sur le point d’entrer dans les parvis de la maison du Seigneur) : « Restez ici avec l’âne; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous. » C’était là une raison suffisante pour qu’ils restassent en arrière ; et comme leur maître avait coutume d’aller souvent adorer, ils ne pouvaient avoir aucun soupçon de ce qu’il allait faire. Et de ce qu’Abraham dit que lui et le jeune homme reviendraient, je suis porté à penser qu’il croyait que Dieu le ressusciterait des morts, s’il lui permettait d’offrir son enfant en holocauste. Quoi qu’il en soit, il est toujours résolu à obéir à Dieu jusqu’au bout ; et c’est pourquoi,

Verset 6 : « Abraham prit le bois pour l’holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et ils marchèrent tous deux ensemble. » Isaac ne se doutait guère qu’il devait être offert sur ce bois même qu’il portait sur ses épaules ; c’est pourquoi Isaac, innocemment et avec une sainte liberté (car les hommes pieux ne doivent pas tenir leurs enfants trop à distance), « parlant à Abraham, son père, dit: Mon père! Et il » (avec une égale affection et une sainte condescendance) « répondit: Me voici, mon fils! » Et pour montrer avec quel soin Abraham avait instruit son Isaac (comme tous les parents chrétiens devraient le faire) dans la manière de sacrifier à Dieu, comme un jeune homme instruit dans la voie qu’il devait suivre, Isaac dit : « Voici le feu et le bois; mais où est l’agneau pour l’holocauste? » Que la piété précoce est belle ! Qu’il est aimable d’entendre des jeunes gens poser des questions sur la manière de sacrifier à Dieu d’une façon agréable ! Isaac savait très bien qu’un agneau manquait, et qu’un agneau était nécessaire pour un sacrifice en règle : « Voici le feu et le bois; mais où est l’agneau pour l’holocauste? » Jeunes gens et jeunes filles, apprenez de lui.

Jusqu’ici, il est clair qu’Isaac ne savait rien du dessein de son père ; mais je crois, d’après ce que son père dit en réponse à sa question, que ce fut alors le moment où Abraham le lui révéla.

Verset 8 : « Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau pour l’holocauste. » Quelques-uns pensent qu’Abraham vit de loin, par la foi, le Seigneur Jésus, et qu’il parla ici prophétiquement de cet Agneau de Dieu déjà immolé dans le décret divin, et qui devait plus tard être réellement offert pour les pécheurs. C’était bien là un agneau de la providence de Dieu (nous n’aurions pas osé y penser) pour satisfaire sa propre justice, et le rendre juste en justifiant l’impie. Que sont tout notre feu et tout notre bois, les meilleures préparations et les meilleures œuvres que nous puissions faire ou présenter, si Dieu ne s’était pas pourvu lui-même de cet Agneau pour l’holocauste ? Il n’aurait pu les supporter. Les paroles se prêtent bien à cette interprétation. Mais, quelle qu’ait pu être l’intention d’Abraham, je ne puis m’empêcher de penser qu’il fit ici l’application à son fils et l’instruisit de la manière dont Dieu avait agi envers son âme ; et qu’enfin, les larmes aux yeux et le cœur plein de la plus vive affection, il s’écria : « C’est toi qui dois être l’agneau, mon fils » ; Dieu m’a commandé de te préparer pour l’holocauste, et de t’offrir sur la montagne que nous gravissons maintenant. Et, comme il paraît d’un verset suivant, Isaac, convaincu que c’était la volonté divine, n’opposa aucune résistance ; car il est dit : « Et ils marchèrent tous deux ensemble » ; et encore, lorsqu’il nous est dit qu’Abraham lia Isaac, nous ne l’entendons ni se plaindre, ni chercher à s’échapper, ce qu’il aurait pu faire, puisqu’il avait (comme quelques-uns le pensent) près de trente ans, et qu’il était, c’est évident, capable de porter assez de bois pour un holocauste. Mais il avait reçu en partage une foi du même prix que celle de son vieux père ; c’est pourquoi il est aussi disposé à être offert qu’Abraham l’est à l’offrir : et ainsi « ils marchèrent tous deux ensemble. »

Ver. 9. Enfin : « Lorsqu’ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. »

Et ici arrêtons-nous un moment, et contemplons par la foi le lieu où le père l’a déposé. Je ne doute pas que les anges bienheureux ne planassent autour de l’autel en chantant : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts », pour avoir donné une telle foi à un homme. Venez, vous tous, parents au cœur tendre, qui savez ce que c’est que de veiller sur un enfant mourant : figurez-vous que vous voyez l’autel dressé devant vous, et le bois rangé, et le bien-aimé Isaac lié dessus ; figurez-vous que vous voyez le vieux père debout à côté, en pleurs. (Car pourquoi ne supposerions-nous pas qu’Abraham pleura, puisque Jésus lui-même pleura au tombeau de Lazare ?) Oh ! quelles paroles pieuses et tendres s’échangèrent alors entre le père et le fils ! Josèphe rapporte un discours touchant prononcé par chacun d’eux ; s’il est authentique, je ne le sais ; mais il me semble voir les larmes couler sur les joues du patriarche Abraham ; et de l’abondance de son cœur il s’écrie : Adieu, adieu, mon fils ; l’Éternel t’avait donné à moi, et l’Éternel te rappelle ; que le nom de l’Éternel soit béni ! Adieu, mon Isaac, mon fils unique, que j’aime comme ma propre âme ; adieu, adieu. Je vois en même temps Isaac se remettre avec douceur entre les mains de son Père céleste, et prier le Très-Haut de fortifier son père terrestre pour porter le coup. Mais pourquoi tenterais-je de décrire ce que le fils ou le père éprouvaient ? C’est impossible : nous pouvons bien en former quelque faible idée, mais nous ne le comprendrons jamais pleinement jusqu’à ce que nous venions nous asseoir avec eux dans le royaume des cieux, et que nous les entendions raconter de nouveau cette douce histoire. Hâte, ô Seigneur, ce temps bienheureux ! Oh ! que ton règne vienne !

Et maintenant, le coup fatal va être porté. « Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. » Mais ne pensez-vous pas qu’il voulait détourner la tête en portant le coup ? Bien plus, pourquoi ne supposerions-nous pas qu’il retira quelquefois sa main après l’avoir étendue, voulant faire encore un dernier adieu à son bien-aimé Isaac, et désireux de différer un peu, quoique résolu à frapper enfin ? Quoi qu’il en soit, son bras est maintenant étendu, le couteau est dans sa main, et il est sur le point de le porter à la gorge de son cher fils.

Mais chantez, ô cieux ! et réjouis-toi, ô terre ! L’extrémité de l’homme est l’occasion de Dieu : car voici, au moment même où le couteau était, selon toute probabilité, près de sa gorge, ver. 11, « l’ange de l’Éternel (ou plutôt le Seigneur des anges, Jésus-Christ, l’ange de l’alliance éternelle) l’appela (probablement d’une voix très distincte) des cieux, et dit: Abraham! Abraham! (Le mot est redoublé pour fixer son attention ; et peut-être la soudaineté de l’appel lui fit-elle retirer la main, juste au moment où il allait frapper son fils.) Et il répondit: Me voici! »

« L’ange dit: N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. »

C’est donc ici qu’Abraham recouvra son fils Isaac d’entre les morts, par une sorte de résurrection. Il avait été en effet offert sur l’autel, et Dieu le regarda comme offert et donné à lui. C’est maintenant que la foi d’Abraham, ayant été éprouvée, fut trouvée plus précieuse que l’or sept fois épuré au feu. Maintenant, comme une récompense de grâce, et non comme une chose due, pour cet acte insigne d’obéissance, Dieu donne et confirme par un serment la promesse « que toutes les nations de la terre seraient bénies en sa postérité », ver. 17, 18. Avec quelle consolation pouvons-nous supposer que le bon vieillard et son fils descendirent de la montagne et retournèrent auprès des serviteurs ! Avec quelle joie pouvons-nous imaginer qu’il rentra chez lui et raconta à Sara tout ce qui s’était passé ! Et surtout, avec quel triomphe il exulte maintenant dans le paradis de Dieu, adorant cet amour riche, gratuit, distinctif, électif et éternel qui seul l’a distingué du reste du genre humain, et l’a rendu digne de ce titre qu’il portera aussi longtemps que subsisteront le soleil et la lune : « Le père des croyants ! »

Mais détournons maintenant nos regards de la créature, et faisons ce à quoi Abraham, s’il était présent, nous exhorterait ; je veux dire : fixons-les sur le Créateur, Dieu béni éternellement.

Je vois vos cœurs émus, je vois vos yeux pleurer. (Et en vérité, qui peut s’empêcher de pleurer au récit d’une telle histoire ?) Mais voici, je vous montre un mystère caché sous le sacrifice du fils unique d’Abraham, qui, à moins que vos cœurs ne soient endurcis, doit vous faire verser des larmes d’amour, et cela en abondance. Je voudrais espérer que vous me devancez même ici, et que vous êtes prêts à dire : « C’est l’amour de Dieu, qui a donné Jésus-Christ pour mourir pour nos péchés. » Oui, c’est cela même. Et pourtant vous trouvez peut-être que vos cœurs, à cette mention, ne sont pas si émus. Que cela vous convainque que nous sommes tous des créatures déchues, et que nous n’aimons pas Dieu ni Christ comme nous le devrions : car si vous admirez Abraham offrant son Isaac, combien plus ne devriez-vous pas exalter, magnifier et adorer l’amour de Dieu, qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, Jésus-Christ notre Seigneur, « afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » ? Ne pouvons-nous pas bien nous écrier : Nous savons maintenant, ô Seigneur, que tu nous as aimés, puisque tu ne nous as pas refusé ton Fils, ton Fils unique ! Abraham était la créature de Dieu (et Dieu était l’ami d’Abraham), et par conséquent il était sous la plus haute obligation de livrer son Isaac. Mais, ô amour prodigieux ! Lorsque nous étions ses ennemis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sous la loi, afin qu’il devînt malédiction pour nous. Oh ! la gratuité aussi bien que l’infinité de l’amour de Dieu notre Père ! Il est insondable : je me perds à le contempler ; il est incompréhensible. Pensez, ô croyants, pensez à l’amour de Dieu, qui a donné Jésus-Christ pour être une victime expiatoire pour nos péchés. Et quand vous entendez comment Abraham éleva un autel, rangea le bois, lia son fils Isaac et le mit sur l’autel par-dessus le bois, pensez comment votre Père céleste lia Jésus-Christ, son Fils unique, l’offrit sur l’autel de sa justice, et fit retomber sur lui l’iniquité de nous tous. Quand vous lisez qu’Abraham étendit la main pour égorger son fils, pensez, oh ! pensez comment Dieu permit réellement que son Fils fût immolé, afin que nous vivions éternellement. Lisez-vous qu’Isaac porta sur ses épaules le bois sur lequel il devait être offert ? Que cela vous conduise au mont du Calvaire (cette même montagne de Morija où Isaac fut offert, comme quelques-uns le pensent), et contemplez l’antitype, Jésus-Christ, le Fils de Dieu, portant cette croix sur laquelle il devait être suspendu pour nous, et prêt à succomber sous son poids. Admirez-vous Isaac consentant si librement à mourir, lui qui n’était qu’une créature, et qui par conséquent était obligé d’aller quand Dieu l’appelait ? Oh ! n’oubliez pas d’admirer infiniment plus le cher Seigneur Jésus, cette postérité promise, qui dit volontiers : « voici, je viens », bien qu’il n’y fût nullement obligé, « pour faire » « ta volonté », pour obéir et mourir pour les hommes, « ô Dieu » ! Avez-vous pleuré tout à l’heure, lorsque je vous ai invités à vous figurer que vous voyiez l’autel, et le bois rangé, et Isaac lié sur l’autel ? Regardez par la foi, contemplez le bienheureux Jésus, notre tout-glorieux Emmanuel, non pas lié, mais cloué sur un bois maudit : voyez comme il y pend, couronné d’épines, et tourné en dérision par tous ceux qui l’entourent ! Voyez comme les épines le transpercent, et comme le sang ruisselle en flots de pourpre sur ses tempes sacrées ! Écoutez comme le Dieu de la nature gémit ! Voyez comme il incline la tête, et comme enfin son humanité rend l’esprit ! Isaac est sauvé, mais Jésus, le Dieu d’Isaac, meurt ; un bélier est offert à la place d’Isaac, mais Jésus n’a point de substitut ; il faut que Jésus saigne, il faut que Jésus meure ; Dieu le Père s’est pourvu de cet Agneau de toute éternité. Il faut qu’il soit offert dans le temps, ou que l’homme soit damné éternellement. Et maintenant, où sont vos larmes ? Vous dirai-je : Retenez vos pleurs ? Non ; laissez-moi plutôt vous exhorter à tourner les regards vers celui que vous avez percé, et à pleurer comme on pleure sur un premier-né : car c’est nous qui avons été les traîtres, c’est nous qui avons été les meurtriers de ce Seigneur de gloire ; et ne déplorerons-nous pas ces péchés qui ont conduit le bienheureux Jésus au bois maudit ? Puisqu’il a tant fait, tant souffert pour nous, et tant pardonné, n’aimerons-nous pas beaucoup ? Oh ! aimons-le de tout notre cœur, de toute notre pensée et de toute notre force, et glorifions-le dans notre âme et dans notre corps, car ils lui appartiennent. Ce qui m’amène à une seconde conséquence que je tirerai du discours qui précède.

De là nous pouvons apprendre quelle est la nature de la vraie foi, de la foi qui justifie. Quiconque comprend et prêche la vérité telle qu’elle est en Jésus doit reconnaître que le salut est le don gratuit de Dieu, et que nous sommes sauvés, non par aucune ni par l’ensemble des œuvres de justice que nous avons faites ou que nous pouvons faire : non ; nous ne pouvons ni entièrement ni en partie nous justifier devant Dieu. Le Seigneur Jésus-Christ est notre justice ; et si nous sommes agréés de Dieu, ce ne peut être que dans et par la justice personnelle, l’obéissance active et passive de Jésus-Christ, son Fils bien-aimé. Il faut que cette justice nous soit imputée, ou portée à notre compte, et appliquée à nos cœurs par la foi, sans quoi nous ne pouvons en aucune manière être justifiés devant Dieu : et à l’instant même où un pécheur est rendu capable de saisir par la foi la justice de Christ, il est gratuitement justifié de tous ses péchés, et il ne viendra jamais en condamnation, bien qu’il ait été auparavant un tison de l’enfer. C’est ainsi qu’Abraham fut justifié avant d’avoir fait aucune bonne œuvre : il fut rendu capable de croire au Seigneur Christ ; cela lui fut imputé à justice ; c’est-à-dire que la justice de Christ lui fut transférée, et ainsi comptée comme sienne. Voilà, voilà l’Évangile ; voilà le seul moyen d’être agréé de Dieu : les bonnes œuvres n’ont rien à voir avec notre justification devant lui. Nous sommes justifiés par la foi seule, comme le dit l’article de notre Église ; conformément à quoi l’apôtre Paul dit : « c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » Néanmoins les bonnes œuvres ont leur place propre : elles justifient notre foi, mais non nos personnes ; elles la suivent, et rendent manifeste notre justification aux yeux des hommes. C’est pourquoi l’apôtre Jacques demande : Abraham ne fut-il pas justifié par les œuvres ? (faisant allusion, sans doute, à l’histoire sur laquelle nous venons de discourir) c’est-à-dire : ne prouva-t-il pas qu’il était dans un état de justification, puisque sa foi produisait de bonnes œuvres ? C’est cette justification déclarative aux yeux des hommes qu’il faut entendre directement dans les paroles du texte : « Je sais maintenant, dit Dieu, que tu me crains, puisque tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. » Non que Dieu ne le sût auparavant ; mais cela est dit par condescendance pour nos faibles capacités, et montre clairement que l’offrande de son fils fut agréée de Dieu comme une preuve de la sincérité de sa foi, et fut, pour cette raison, conservée par écrit pour les âges à venir. Vous pouvez donc apprendre par là si vous êtes favorisés de la bénédiction d’Abraham le croyant, et si vous êtes ses fils et ses filles. Vous dites que vous croyez ; vous parlez de la grâce gratuite et de la justification gratuite : vous faites bien ; les démons le croient aussi, et ils tremblent. Mais la foi que vous prétendez avoir a-t-elle agi sur vos cœurs, renouvelé vos âmes, et, comme celle d’Abraham, est-elle agissante par l’amour ? Vos affections, comme les siennes, sont-elles placées sur les choses d’en haut ? Avez-vous l’esprit tourné vers le ciel, et, comme lui, confessez-vous que vous êtes étrangers et voyageurs sur la terre ? En un mot, votre foi vous a-t-elle rendus capables de vaincre le monde, et vous a-t-elle fortifiés pour livrer à Dieu vos Isaacs, votre rire, vos convoitises les plus chéries, vos amis, vos plaisirs et vos profits ? S’il en est ainsi, prenez-en la consolation ; car vous pouvez dire à juste titre : « Nous savons assurément que nous craignons et aimons Dieu, ou plutôt que nous sommes aimés de lui. » Mais si vous n’êtes que des croyants en paroles, si vous n’avez qu’une foi de la tête et n’en avez jamais senti la puissance dans vos cœurs, vous aurez beau vous étayer et dire : « Nous avons Abraham pour père, ou : Christ est notre Sauveur », à moins que vous n’obteniez une foi du cœur, une foi agissante par l’amour, vous ne serez jamais assis avec Abraham, Isaac, Jacob ou Jésus-Christ dans le royaume des cieux.

Mais il me faut tirer encore une conséquence, et par elle je finirai.

Apprenez, ô saints, de ce qui a été dit, à ne tenir que faiblement à toutes vos consolations terrestres, et à vous tenir prêts à vous séparer de tout, quand Dieu vous le demandera. Quelques-uns d’entre vous ont peut-être des amis qui vous sont comme votre propre âme ; et d’autres peuvent avoir des enfants à la vie desquels la leur est attachée : tous, je le crois, ont leurs Isaacs, leurs délices particulières de quelque sorte. Travaillez, pour l’amour de Christ, travaillez, vous fils et filles d’Abraham, à les remettre chaque jour à Dieu dans vos affections, afin que, lorsqu’il vous demandera de les sacrifier réellement, vous ne consultiez pas la chair et le sang, pas plus que le bienheureux patriarche qui est maintenant devant nous. Et quant à vous qui avez été, en quelque mesure, éprouvés comme lui, que son exemple vous encourage et vous console. Souvenez-vous qu’Abraham votre père a été éprouvé ainsi avant vous : pensez, oh ! pensez au bonheur dont il jouit maintenant, et comme il rend grâces sans cesse à Dieu de l’avoir tenté et éprouvé quand il était ici-bas. Levez souvent les yeux de la foi, et voyez-le assis avec son bien-aimé Isaac dans le monde des esprits. Souvenez-vous qu’encore un peu de temps, et vous serez assis avec eux, vous aussi, et vous vous raconterez les uns aux autres ce que Dieu a fait pour vos âmes. C’est là que j’espère m’asseoir avec vous, entendre de sa propre bouche cette histoire de l’offrande de son fils, et louer l’Agneau qui est assis sur le trône pour ce qu’il a fait pour nos âmes à tous, aux siècles des siècles.

Page 1 / 1 · 31 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant