Chapitre 39 · 49 min de lecture · 1 h 3 min d’écoute
La résurrection de Lazare
Jean 11:43–44 — « Ayant dit cela, il cria d’une voix forte: Lazare, sors! Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit: Déliez-le, et laissez-le aller. »
Lorsque Jésus-Christ, la Parole éternelle, voulut bien créer toutes choses par la parole de sa puissance, ses dernières œuvres furent les meilleures. Lorsqu’il considéra et contempla les premiers ouvrages de sa toute-puissance, il les déclara « bons » ; mais lorsque cette dernière, cette aimable créature, l’homme, eut été formée, il les déclara « très bons ». De même, ce même Jésus, lorsqu’il vint dresser sa tente parmi nous, et commencer et poursuivre une nouvelle et seconde création, quoique toutes ses œuvres fussent des miracles dignes d’admiration et manifestassent la gloire de sa divinité éternelle, plus il approchait du terme de son ministère public, plus les miracles qu’il opérait paraissaient grands et nobles. La résurrection de Lazare, qui doit faire le sujet du discours qui suit, en est, je crois, une preuve suffisante. Aux yeux des sens, elle semble être l’un des plus grands miracles, sinon le plus grand de tous, qu’ait accomplis notre Seigneur béni. Lorsque notre Sauveur ordonna aux disciples de Jean d’aller rapporter à leur Maître ce qu’ils avaient vu et entendu, il leur commanda de lui annoncer que, par sa puissance divine, « les morts ressuscitent » ; faisant sans doute allusion à la fille du chef, qui fut ressuscitée aussitôt après sa mort, et au fils de la veuve, qui, à l’ordre de Jésus, se leva de son cercueil tandis qu’on portait son corps en terre. C’étaient là des preuves éclatantes que Jésus était bien le Messie qui devait venir dans le monde. Mais le fait d’avoir ressuscité Lazare d’entre les morts, après qu’il eut été mort quatre jours et eut vu la corruption, est encore, s’il est possible, un plus grand miracle, et par conséquent une preuve plus forte qu’il était l’Oint, le Christ de Dieu. L’évangéliste Jean est très circonstancié dans le récit qu’il nous donne de ce miracle ; il l’est au point de consacrer un chapitre entier à rapporter les circonstances qui le précédèrent, l’accompagnèrent et le suivirent. Et puisqu’il fut sans aucun doute dirigé en cela par l’Esprit de Dieu, souverainement sage et infaillible, cela ne nous montre-t-il pas que ce miracle, avec toutes ses circonstances, appelle de notre part une méditation particulière et des plus sérieuses ? Il m’apparaît ainsi ; c’est pourquoi, selon qu’il plaira au Seigneur de m’assister, je reviendrai au commencement de ce chapitre, je suivrai l’évangéliste pas à pas, j’examinerai les détails de ce merveilleux miracle avec, chemin faisant, quelques observations pratiques, et je conclurai par quelques instructions et exhortations convenables, qui découleront naturellement du corps de ce discours.
L’évangéliste, au premier verset, fait mention de la maladie de Lazare. « Il y avait un homme malade, Lazare, de Béthanie, village de Marie et de Marthe, sa sœur. » Quelques-uns pensent que ces sœurs étaient fort riches, au point de posséder une bonne partie de la ville, ou, comme le mot original semble l’indiquer, du village. Mais alors il est probable que l’évangéliste aurait dit le village de Lazare, les biens se transmettant d’ordinaire, comme chez nous, en ligne masculine ; cela ne signifie donc rien de plus, sinon que Marthe et Marie demeuraient à Béthanie. Le Saint-Esprit nous montre par là que rien ne rend une ville aussi digne de l’attention et de l’estime d’une âme pieuse que d’avoir pour habitants beaucoup des chers enfants de Dieu. Béthanie, bien que ce fût un petit endroit, est plus célèbre pour avoir été le village de Marthe et de Marie que si Alexandre y avait livré l’une de ses plus grandes batailles. Ces deux femmes aimaient Jésus avec sincérité, et elles étaient aussi bonnes que grandes. Mais Marie, quoique la sœur cadette, semble avoir été la plus éminente ; car l’évangéliste, au deuxième verset, parle d’elle d’une manière toute particulière. « C’était cette Marie (cette Marie à jamais mémorable) qui oignit de parfum le Seigneur (si coûteux qu’il fût) et qui lui essuya les pieds (après les avoir lavés de larmes d’amour) avec ses cheveux », oui, avec les cheveux de sa tête. Quelle attention est accordée à cette action ! Avec quel éloge, en quels termes élevés il en est parlé ici ! Tels sont les honneurs de tous les saints de Dieu. Bien que toutes nos bonnes œuvres ne soient pas rapportées comme celles de Marie, Dieu n’est pourtant pas oublieux au point de mettre en oubli nos œuvres de foi et les travaux que l’amour a produits. Chaque larme que nous versons, chaque soupir que nous poussons, chaque aumône que nous donnons, ne fût-ce qu’un verre d’eau froide, tout est inscrit dans le livre de souvenir de l’Agneau, et tout sera produit pour notre honneur éternel, et récompensé d’une récompense de grâce, et non de dette, au grand et redoutable jour du Seigneur. « j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade et en prison, et vous êtes venus vers moi. » Quelle raison n’avons-nous donc pas d’être « fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, assurés que nos travaux ne seront ni vains ni oubliés du Seigneur ! » C’était cette Marie qui oignit de parfum le Seigneur et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux. Et qu’est-ce qui suit ? « c’était son frère Lazare qui était malade. » De sorte qu’être apparenté à Christ ou à ses disciples n’exempte personne de la maladie. En cette vie, le temps et les circonstances atteignent chacun, avec cette seule différence capitale : les afflictions qui endurcissent l’impénitent obstiné attendrissent et purifient le cœur du vrai croyant. « Mon fils, ne méprise pas le châtiment du Seigneur (d’une part), et ne perds pas courage lorsqu’il te reprend (d’autre part) ; car le Seigneur châtie celui qu’il aime, et il frappe de la verge tous ceux qu’il reconnaît pour ses fils. »
Au verset 5, il est dit que « Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare ». Ô heureuse famille ! Trois personnes en elle aimées de Jésus d’un amour particulier et éternel. « Il arrive très souvent (pour employer les paroles du pieux évêque Beveridge) qu’il n’y en ait “qu’un dans une ville, et deux dans une contrée, de cette trempe”. » Mais voici deux sœurs et un frère, qui tous aiment le glorieux Jésus et sont aimés de lui. Que dirons-nous donc à l’égard de ces choses? Eh bien, que la grâce de notre Sauveur est libre et souveraine, et qu’il peut faire de son bien ce qu’il veut. Ceux qui sont si hautement favorisés que d’avoir tant de convertis dans une même maison doivent être doublement reconnaissants ! Tous ses saints n’ont pas une telle bénédiction. Non ; beaucoup, un très grand nombre, passent toute leur vie à mener deuil sur des parents pervers et sans grâce, et trouvent, jusqu’au jour de leur mort, que leurs plus grands ennemis sont les gens de leur propre maison. Assurément ces trois parents vivaient un ciel sur la terre. Car que peut-il manquer, qu’est-ce qui pourrait rendre malheureux ceux qui sont assurés de l’amour de Jésus ? Mais si Jésus aime cette chère petite famille, la première nouvelle que nous devrions apprendre, semble-t-il, serait qu’il partit aussitôt guérir Lazare, ou du moins qu’il le guérit à distance. Mais au lieu de cela, il nous est dit, au verset 6 : « Lors donc qu’il eut appris que Lazare était malade, il resta deux jours encore dans le lieu où il était. » Étrange manière, aux yeux de la raison naturelle, de témoigner de l’amour ; mais non pas si étrange aux yeux de la foi : car le Seigneur Jésus montre bien souvent son amour en différant d’accorder une réponse immédiate à nos prières. Par là il éprouve notre foi et notre patience, et il exerce toutes nos grâces passives. Nous en avons une preuve dans la femme syro-phénicienne, à qui le bienheureux Jésus fit d’abord mauvais visage et parla rudement, seulement afin de pouvoir ensuite se tourner vers elle et lui dire : « Femme, ta foi est grande. » Que ceux donc qui croient ne se hâtent point trop, et ne murmurent pas aussitôt dans leur cœur contre le Seigneur, parce qu’il ne répond peut-être pas à leurs requêtes en leur temps et à leur manière. Le temps et la manière de Dieu sont les meilleurs. Et nous trouverons qu’il en est ainsi à la fin. Marthe et Marie firent l’expérience de cette vérité, bien que le retard apparent de notre Seigneur à venir guérir leur frère leur ait sans doute coûté de grandes délibérations du cœur. Mais le Seigneur Jésus oubliera-t-il son cher Lazare, que son âme aime ? « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite? » Elle le peut, en vérité ; mais le Seigneur ne fait jamais défaut à ceux qui le craignent. Il ne tarde pas non plus dans l’accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns le croient : car ses retards mêmes sont des réponses. La vision a son temps marqué ; à la fin elle parlera, et ne mentira point.
Bien que notre Seigneur fût resté deux jours où il était, pour éprouver la foi de ces sœurs, après cela pourtant il dit à ses disciples, au verset 7 : « Retournons en Judée. » Avec quelle sainte familiarité Jésus s’entretient avec ses chers enfants ! Notre Sauveur semble parler à ses disciples comme s’il n’était que leur frère, et pour ainsi dire sur un pied d’égalité avec eux : « Retournons en Judée. » Avec quelle douceur, selon ce qui avait été prédit de lui, conduit-il les brebis qui allaitent ! Jésus connaissait fort bien la faiblesse de ses disciples, et aussi combien la Judée était un lieu dangereux : avec quelle gradation il leur fait donc connaître son dessein de s’y rendre ! Et comme il permet à ses disciples de lui faire des remontrances à ce sujet ! « Rabbi, disent-ils, les Juifs tout récemment cherchaient à te lapider, et tu retournes en Judée! » Ils étaient stupéfaits de la hardiesse de notre Seigneur, et prêts à l’appeler présomption ; de même que nous sommes généralement enclins à censurer et à condamner d’autres personnes zélées et entreprenantes, comme poussant les choses trop loin ; et peut-être, si nous sondons le fond de nos cœurs, pour nulle autre raison sinon qu’elles nous devancent et nous surpassent. Les disciples pensaient sans doute parler par amour pour leur Seigneur, et assurément ils le faisaient ; mais quelle quantité d’amour-propre ne s’y trouvait-il pas mêlée et confondue ? Ils semblent fort inquiets pour leur Maître, mais ils l’étaient davantage pour eux-mêmes. Toutefois Jésus passe sur leur faiblesse et répond avec douceur, aux versets 9 et 10 : « N’y a-t-il pas douze heures au jour? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne bronche point, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais, si quelqu’un marche pendant la nuit, il bronche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Comme si notre Seigneur avait dit : Mes chers disciples, je vous remercie de votre soin et de votre sollicitude pour moi. La Judée est un lieu dangereux, et ce que vous dites du traitement que j’ai reçu de ses habitants est juste et vrai ; mais ne craignez pas d’y aller à cause de moi. Car, de même qu’un homme marche en sûreté pendant les douze heures du jour, parce qu’il marche dans la lumière, de même, tant que dure le temps fixé par mon Père pour mon ministère public, je serai aussi à l’abri des mains de mes ennemis qu’un homme qui marche en plein jour est à l’abri d’une chute. Mais, de même qu’un homme bronche s’il marche pendant la nuit, ainsi, quand viendra la nuit de ma passion, alors, mais pas avant, je serai livré aux mains de mes ennemis pleins de haine. Oh ! quelle consolation ces paroles, par la bénédiction de Dieu, ont souvent apportée à mon âme ! Combien tous les ministres de Christ peuvent se fortifier par cette considération que, aussi longtemps que Dieu a de l’ouvrage pour eux, ils sont immortels ! Et si, notre œuvre achevée, notre Seigneur venait à nous appeler à donner notre vie pour les frères, et à sceller de notre sang la vérité de notre doctrine, ce serait assurément le plus grand honneur qui pût nous être fait. « il vous a été fait la grâce, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui », dit l’apôtre aux Philippiens.
« Après ces paroles (nous dit l’évangéliste, au verset 11), (pour leur montrer qu’il n’allait pas en Judée sans un appel légitime) il leur dit: Lazare, notre ami, dort. » Notre ami. Chose étonnante ! Car qu’est-ce qu’un ami ? C’est comme sa propre âme. Combien donc les vrais croyants sont-ils chers et proches du très adorable Jésus ! « Lazare, notre ami » Plus étonnant encore ! Voilà de la condescendance, voilà en vérité une familiarité sans égale. Et qu’en est-il de lui ? « Il dort. » Manière figurée de s’exprimer. Car qu’est-ce que la mort pour ceux qui aiment Jésus-Christ, sinon un sommeil, et un sommeil qui rafraîchit ? C’est ainsi qu’il est dit d’Étienne, quand il mourut, qu’« il s’endormit ». Christ, en vérité, mourut, mais les croyants ne font que dormir. Et « Dieu ramènera avec lui (dit l’Écriture) ceux qui se sont endormis en Jésus ». « Lazare, notre ami, dort. » Car, bien qu’il soit mort, je le ressusciterai du tombeau si promptement que sa mort ne sera que comme le court sommeil d’un homme. « Lazare, notre ami, dort; mais je vais le réveiller. » À ce moment, on pourrait croire que les disciples de notre Seigneur auraient dû le comprendre ; mais combien nous avons de peine à croire ce qui ne nous plaît pas ! « Les disciples lui dirent: Seigneur, s’il dort, il sera guéri. » Ô hommes craintifs, dont le cœur est lent à croire ! Comme ils voudraient s’excuser d’aller en Judée, par crainte de quelques pierres ! Par cette manière de parler, comme ils mettent en cause, en effet, la conduite de leur bienheureux Maître, et, sous prétexte de préserver sa personne, entretiennent et pour ainsi dire plaident la cause de leur propre lâcheté et de leur propre incrédulité (peut-être sans la discerner) ! Cette charité qui espère tout et croit tout pour le mieux nous enseigne à en juger ainsi favorablement. Car « Jésus avait parlé de sa mort, mais ils crurent qu’il parlait de l’assoupissement du sommeil ». Le grand et compatissant souverain sacrificateur, sachant et se souvenant qu’ils n’étaient que poussière, jette un voile d’amour sur leur infirmité ; et enfin, au verset 14, il « leur dit ouvertement (car si nous nous attendons à Jésus, nous connaîtrons ouvertement sa volonté, d’une manière ou d’une autre) : Lazare est mort. » Et même alors, de peur qu’ils ne soient accablés d’une tristesse excessive, il ajoute aussitôt, au verset 15 : « Et, à cause de vous, afin que vous croyiez, je me réjouis de ce que je n’étais pas là », c’est-à-dire afin que vous ayez plus de foi, ou que la foi que vous possédez déjà soit accrue et affermie. Preuve évidente que tous les retards de Jésus à exaucer la prière n’ont pour but que de fortifier notre foi.
« Mais allons vers lui », dit notre Seigneur. C’était là une indication suffisante, s’ils avaient su en profiter, qu’il avait l’intention de faire quelque chose d’extraordinaire, bien qu’il ne voulût pas leur dire directement ce qu’il se proposait. Car le Seigneur Jésus veut garder ceux qu’il aime à ses pieds et dans sa dépendance. « Allons vers lui. » Il parle encore comme s’ils étaient ses égaux. Oh ! si les chrétiens en général, oh ! si les ministres en particulier, voulaient apprendre de lui, leur grand modèle, à s’abaisser jusqu’aux hommes de condition humble ! Eh bien, le secret est maintenant dévoilé. Jésus leur a dit ouvertement : Lazare est mort. Et quel accueil reçoit cette triste nouvelle ? Une grande affliction, surtout de la part de Thomas ; car au verset 16 : « Sur quoi Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples: Allons aussi, afin de mourir avec lui » ; c’est-à-dire, selon quelques-uns, avec Lazare, avec qui Thomas avait peut-être contracté une étroite amitié. Mais, à supposer qu’il en fût ainsi, le louerai-je pour cette parole passionnée ? Je ne l’en loue point. Assurément il s’exprima légèrement des lèvres : « Allons aussi, afin de mourir avec lui. » Comme s’il n’y avait plus désormais aucune consolation à attendre dans le monde, maintenant que son ami Lazare n’était plus. C’était une grande faute, et pourtant une faute où tombent chaque jour beaucoup d’enfants de Dieu, en pleurant outre mesure leurs parents défunts, comme ceux qui n’ont point d’espérance. Mais il ne faut pas céder à cette infirmité. Car si nos amis et nos chers parents sont morts, Jésus, cet ami des pécheurs, n’est pas mort. Il vaudra mieux pour nous que sept fils, et il suppléera abondamment à toutes les consolations des créatures. Mais je suis plutôt porté à croire que le mot lui se rapporte à Jésus, son cher Maître ; et s’il en est ainsi, loin de mériter le blâme, il parla en bon soldat de Jésus-Christ. Allons aussi, afin de mourir avec lui. Si notre cher Maître veut aller en Judée et exposer sa vie précieuse, ne cherchons pas plus longtemps de si frivoles excuses, mais accompagnons-le avec courage ; et s’il était permis aux Juifs, non seulement de le lapider, mais aussi de le faire mourir, allons aussi, afin de mourir avec lui : nous ne saurions mourir pour une meilleure cause. C’était là une parole digne d’un héros chrétien, et Thomas nous a en cela laissé un exemple, afin que nous suivions ses traces, en nous excitant et en nous provoquant les uns les autres à nous attacher étroitement au bienheureux Jésus, surtout lorsque sa cause et ses intérêts sont exposés à quelque danger immédiat. Cette exhortation, semble-t-il, produisit l’effet voulu. Ils partirent tous, et, autant que nous le sachions, accompagnèrent de bon cœur leur glorieux Maître.
Comment leurs pensées furent occupées en chemin, il ne nous est pas dit. Mais je crois volontiers qu’ils furent un peu découragés en arrivant à Béthanie. Car « Jésus, étant arrivé, trouva que Lazare était déjà depuis quatre jours dans le sépulcre ». À quoi leur servirait-il d’avoir fait tant de chemin pour voir seulement le tombeau d’un mort ? Mais avec quelle sagesse toutes choses furent ordonnées par le bienheureux Jésus, pour manifester sa gloire de la manière la plus extraordinaire, afin que non seulement ses disciples eussent leur foi affermie, mais que beaucoup de Juifs aussi crussent en lui ! Cette Béthanie, semble-t-il, au verset 18, « était près de Jérusalem, à quinze stades environ », soit environ deux milles ; et Marthe et Marie étant ce que nous appellerions des gens de qualité, et pieuses aussi, beaucoup de Juifs pieux, et, nous pouvons le supposer, beaucoup de Juifs riches, vinrent de la capitale comme des autres lieux d’alentour, au verset 19, vers Marthe et Marie, non pour leur faire une visite oiseuse et frivole, mais une visite sérieuse et profitable, « pour les consoler de la mort de leur frère ». C’était là un acte de bonté et de bon voisinage. Pleurer avec ceux qui pleurent, et visiter les affligés dans leurs détresses, est une branche essentielle de la religion pure et sans tache. Et oh ! qu’il est doux, lorsque nous visitons des amis survivants, d’avoir lieu de penser que leurs parents défunts sont morts dans le Seigneur ! Nous pouvons alors les consoler à leur sujet. Car « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux ». Voilà, sans doute, les arguments, et d’autres semblables, dont ces visiteurs se servirent pour consoler Marthe et Marie. Et en vérité elles avaient grand besoin de consolation. Car nous avons lieu de supposer, d’après la réponse de notre Seigneur : « Cette maladie n’est point à la mort; mais elle est pour la gloire de Dieu », qu’elles avaient conçu l’espoir de la guérison de leur frère. Mais qui peut dire ce que durent éprouver ces deux saintes âmes lorsqu’elles virent que leur frère ne guérissait pas, mais qu’il était mort, enseveli, et maintenant en proie à la puanteur dans le silence du tombeau ! Quelles pensées dures, sans vouloir les juger, nous pouvons supposer qu’elles nourrirent à l’égard de Jésus ! Ne pensez-vous pas qu’elles étaient prêtes à s’écrier, dans le langage du prophète : « Tu nous as trompées, et nous avons été trompées ? » Mais l’extrémité de l’homme est l’occasion de Jésus. Dans la multitude des douleurs qu’elles avaient au cœur, la nouvelle de la venue de Christ rafraîchit leurs âmes. Quelqu’un, louablement empressé [direct, énergique, prompt], en informe Marthe en particulier. « Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui (sans faire à la compagnie la moindre excuse de son impolitesse), tandis que Marie se tenait assise à la maison. » Mais pourquoi cela, Marie ? Je pensais que tu étais la plus prompte à te tenir auprès de Jésus, et ta sœur Marthe plus encline à s’agiter pour les nombreuses choses de cette vie. Pourquoi restes-tu assise ? Peut-être la nouvelle ne fut-elle apportée qu’en particulier à Marthe (car il est clair, d’après le verset 31, que les Juifs qui étaient dans la maison n’en savaient rien) ; et Marthe, sachant comment notre Seigneur l’avait reprise une fois, était résolue à ne plus lui donner sujet de la reprendre pour la même raison ; c’est pourquoi, quand la nouvelle fut apportée, elle ne voulut pas même s’attarder pour en informer sa sœur, mais sortit pour voir si c’était vrai ou non, et, s’il en était ainsi, pour inviter, en sa qualité de sœur aînée, le bienheureux Jésus à entrer. Qu’il est heureux que les répréhensions de Christ pour nos négligences passées excitent notre zèle à venir désormais au-devant de lui ! De telles répréhensions sont une huile excellente. Ou peut-être la nouvelle parvint-elle aux oreilles de Marie aussi bien qu’à celles de Marthe ; mais, accablée de tristesse, elle la crut trop belle pour être vraie, et c’est pourquoi elle resta assise à la maison. Oh ! combien les croyants devraient avoir soin d’entretenir et de conserver, même au milieu de la tribulation, une sainte confiance et une sainte joie en Dieu ! Car la joie de l’Éternel est la force du croyant. Au contraire, s’abandonner à la mélancolie et à l’incrédulité fait monter dans l’esprit des nuages et des vapeurs, obscurcit l’entendement, nous entrave dans le chemin du devoir, et donne à l’ennemi, qui aime à pêcher en eau trouble, un très grand avantage sur nous.
Marie, peut-être sous l’empire de cette pensée, et étant aussi d’un naturel sédentaire, « se tenait assise à la maison », tandis que sa sœur Marthe la devança et sortit à la rencontre de Jésus. Et comment l’aborde-t-elle ? Eh bien, dans un langage qui trahit la détresse d’un esprit accablé et troublé. Car elle dit à Jésus, au verset 21 : « Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort. » Il y a là un mélange de foi et d’incrédulité. La foi lui fit dire : « Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort. » Mais l’incrédulité lui fit borner la puissance de Christ à sa présence corporelle. De plus, il y avait là une accusation tacite de manque de bonté contre le bienheureux Jésus, pour n’être pas venu lorsqu’elles lui avaient envoyé ce message : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » Une fois déjà, elle avait accusé Jésus de manque de sollicitude : « Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir? » Maintenant elle lui reproche un manque de bonté. « si tu eusses été ici » ; comme pour dire : si tu avais eu la bonté de venir quand nous t’avons fait appeler, « mon frère ne serait pas mort » ; et en parlant ainsi, elle impute pour ainsi dire la mort de son frère à Jésus-Christ. Oh ! combien ceux mêmes que Jésus aime d’une manière particulière sont prompts à l’accuser follement ! Combien de fois l’inimitié de nos cœurs désespérément méchants ne se soulève-t-elle pas contre Christ, lorsque nous sommes sous la main de sa providence qui nous afflige ! Et les meilleurs d’entre nous ne sont-ils pas souvent tentés, en de telles circonstances, de se dire du moins en eux-mêmes : Pourquoi Dieu agit-il si cruellement envers nous ? Pourquoi n’a-t-il pas détourné ce coup, puisqu’il était en son pouvoir de l’empêcher ? Combien devrions-nous en être honteux et confus devant lui ? Combien devrions-nous prier et travailler pour être délivrés de cette inimitié qui demeure dans le cœur, et soupirer après le temps où ce qui est mortel sera englouti par la vie, et où nous ne sentirons plus jamais le moindre soulèvement du cœur contre un Rédempteur bon et miséricordieux, souverainement sage et glorieux ? Cependant, pour rendre justice à Marthe, elle se reprend assez bien, au verset 22 : « Mais, maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Ces paroles impliquent-elles une foi réelle en la divinité de notre Seigneur ? Ce n’est pas certain. Pour moi, elles l’impliquent, parce que nous verrons bientôt qu’elle croyait que notre Seigneur était le Fils de Dieu, et le Messie qui devait venir dans le monde. Lors donc qu’elle dit qu’elle savait que tout ce qu’il demanderait à Dieu, Dieu le lui accorderait, on peut entendre qu’elle se référait à Dieu le Père, sous lequel le Seigneur Jésus agissait comme Médiateur, quoique égal à lui quant à sa gloire et à sa divinité éternelles. Nous pouvons bien supposer qu’elle connaissait ce mystère, parce que Jésus avait souvent prêché dans sa maison, et lui avait par conséquent ouvert ce mystère. Oh ! quelle chose bénie que d’avoir un tel Médiateur ! Un tel souverain sacrificateur et intercesseur à la droite du Père, que tout ce qu’il demande au Père en notre faveur, celui-ci nous le donne ! Jésus prend en bonne part ces paroles de Marthe et passe sur son infirmité. Car si le Seigneur était rigoureux à relever tout ce que nous disons ou faisons de mal, hélas ! qui pourrait subsister? Il lui dit seulement avec calme, au verset 23 : « Ton frère ressuscitera. »
Voilà une bonne nouvelle, sujet d’une grande joie. Cela doit nous consoler au sujet de nos parents pieux qui sont morts : dans peu de temps ils ressusciteront, et ils seront, corps et âme, pour toujours avec le Seigneur. Toutefois Jésus parlait ici d’une résurrection immédiate, bien qu’il ne parlât pas ouvertement ; car Christ aime à exercer la foi et la patience de ses disciples, et les laisse souvent découvrir sa pensée par degrés. Il est bon pour nous, dans notre état présent, qu’il en soit ainsi. Dans le ciel il en sera autrement. « Ton frère (dit Christ à Marthe) ressuscitera. » Elle aurait pu répondre aussitôt : Quand, Seigneur ? Mais elle fait pour ainsi dire un détour, et s’applique à découvrir par degrés la pensée de Jésus. « Je sais, dit-elle, qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Ces paroles semblent indiquer qu’elle entrevoyait vaguement le dessein de notre Seigneur de ressusciter son frère dès maintenant, et qu’elle ne parlait ainsi que pour amener notre Sauveur à lui dire clairement s’il entendait le faire ou non. Ceux qui connaissent Jésus apprennent de l’Esprit béni un saint art dans leurs rapports avec leur bienheureux Maître. « Je sais, dit-elle, qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour » (preuve notable, soit dit en passant, que les Juifs pieux croyaient à la résurrection du corps). C’est exactement comme si elle avait dit : Seigneur, veux-tu dire que mon frère ressuscitera avant ce temps-là ? Notre Sauveur s’abstient sagement de lui donner une réponse directe, mais choisit plutôt de prêcher à son cœur. « Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort. » La foi de Marthe, si elle était en exercice, pouvait ici trouver prise. Ô paroles glorieuses ! Combien elles sont encourageantes pour vous, pauvres pécheurs baignés dans votre sang ! Bien que vous soyez morts par vos offenses et par vos péchés, et que vous puissiez justement être condamnés à mourir de la seconde mort, cependant, si vous croyez au Seigneur Jésus, vous vivrez. Il ajoute : « et quiconque croit en moi ne mourra jamais » ; ils ne mourront jamais quant à leur âme, ils ne mourront jamais éternellement, et par conséquent ils ne s’éloigneront jamais finalement de Dieu. C’est là une déclaration encourageante et consolante pour vous, ô croyants, qui êtes ainsi gardés comme dans une forteresse par la grande puissance de Dieu, par la foi, pour le salut ! « Crois-tu cela? » dit Christ à Marthe, au verset 26. À quoi servent toutes les grandes et précieuses promesses de l’Évangile, si elles ne sont appliquées et rendues personnelles à chacune de nos âmes ? La parole ne sert de rien si elle n’est unie à la foi. Nous faisons donc bien, lorsque nous lisons les paroles de Christ, de nous poser cette question : Ô mon âme, crois-tu cela ? Et heureux serions-nous si, en nous posant cette question, nous pouvions, avec la même sainte assurance et dans la même délicieuse disposition, dire avec Marthe, au verset 27 : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde. » C’est là, je pense, une confession directe de la divinité de notre Seigneur. Combien son cœur était plein lorsqu’elle prononça ces paroles ! Je suis persuadé qu’il brûlait au-dedans d’elle. Quelle divine chaleur elle avait contractée en s’entretenant avec Jésus ! Comme elle désire que sa sœur ait part à sa sainte joie ! Car, lorsqu’elle eut ainsi parlé, au verset 28, « elle s’en alla », pleine d’amour sans doute, et appela Marie sa sœur, comme tous ceux qui ont eux-mêmes éprouvé que le Seigneur Jésus est la résurrection et la vie s’efforceront d’appeler leurs proches parents. Mais Marthe prit soin, au milieu de son zèle (comme nous devrions toujours le faire), de se conduire avec prudence ; c’est pourquoi « elle appela secrètement Marie, sa sœur, et lui dit: Le maître est ici, et il te demande ». Le maître est ici. Elle n’a pas besoin d’en dire davantage ; Marie savait fort bien de qui elle voulait parler. Car les âmes saintes se comprennent aisément lorsqu’elles parlent de leur Maître Jésus. Le divin Herbert aimait à dire (lorsqu’il parlait de Jésus) : « Mon Maître » ; peut-être l’avait-il appris de Marthe, qui dit ici : « Le maître est ici, et il te demande. » Assurément une femme d’une piété aussi élevée que la tienne ne dira pas un mensonge délibéré, et, pour amener sa sœur à venir à Jésus, ne lui fera pas savoir que Jésus l’appelait, alors qu’en réalité il ne l’appelait pas ? Tu n’as pas besoin de te mettre en si grands frais, ni de faire un si grand mal, afin qu’il en arrive du bien. Nomme seulement Jésus à Marie, et fais-lui savoir avec certitude que le Maître est vraiment ici, et je suis persuadé qu’elle ne restera pas assise plus longtemps. Marthe le savait sans doute ; c’est pourquoi je ne puis la juger comme certains le font, comme si dans sa hâte elle avait dit ce qui n’était pas vrai. Car Jésus a pu lui commander d’appeler sa sœur, bien que cela ne soit pas mentionné directement dans ce chapitre. Et il est très probable que notre Seigneur s’informa de Marie, parce qu’elle prenait d’ordinaire un si grand plaisir à être assise à ses pieds et à écouter les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. « Le maître est ici (dit Marthe à sa sœur) et il te demande. » Et je dis de même à tous les pauvres pécheurs : Jésus, votre Seigneur et votre Maître, votre Prince et votre Sauveur, est venu, il est venu dans ce monde d’ici-bas, et il est venu aujourd’hui dans sa parole, et par moi, qui suis moindre que le moindre de tous ses serviteurs, et il vous demande. Oh ! qu’il vienne aussi avec une démonstration d’Esprit, et que par sa grande puissance il fasse plier vos cœurs et vos volontés rebelles pour obéir à l’appel, comme le fit la sainte Marie !
Car il nous est dit, au verset 29 : « Dès que Marie eut entendu, elle se leva promptement, et alla vers lui. » Pécheurs, quand ferez-vous de même ? Ou pourquoi ne le faites-vous pas ? Que savez-vous si Jésus vous appellera encore une fois avant de vous appeler par la mort au jugement ? Ne tardez pas, oh ! ne tardez pas plus longtemps. Fuyez, fuyez pour sauver votre vie. Levez-vous promptement, et venez avec Marie à Jésus. Elle obéit à l’appel avec tant de promptitude que sa hâte fut remarquée de ses visiteurs. « Les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison et qui la consolaient, l’ayant vue se lever promptement (sans aucune cérémonie) et sortir, la suivirent, disant: Elle va au sépulcre, pour y pleurer. » Avec quelle sagesse notre Seigneur permet et ordonne tout cela, pour amener les Juifs à contempler le miracle merveilleux qu’il était sur le point d’accomplir ! Marie et les Juifs ne pensaient guère dans quel but ils étaient ainsi conduits dehors par la Providence. Mais quand Jésus a une œuvre à accomplir, il amènera les âmes à l’endroit où il se propose de les appeler, en dépit des hommes et des démons. Mais comment Marie se conduit-elle lorsqu’elle arrive auprès de Jésus ? Non sans une grande humilité, soyons-en sûrs. Rien d’étonnant donc qu’il nous soit dit, au verset 32, que, « lorsqu’elle le vit, elle tomba aussitôt à ses pieds (place à laquelle Marie était accoutumée ; et, dans une angoisse de douleur, elle dit, comme sa sœur l’avait fait avant elle) : Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort. » Pauvre Marie ! Sa peine était grande en vérité. Bien qu’elle fût une sainte femme, elle ne pouvait guère supporter la perte de son frère. Elle savait fort bien que le monde ressentirait son absence, et sans doute il avait été pour elle un frère bon et tendre. Mais je crains qu’elle ne se soit laissé vaincre, d’une manière coupable, par une tristesse excessive. Toutefois, si nous avions été là, ce spectacle nous aurait émus. Il semble avoir ému les visiteurs, et surtout le bienheureux Jésus. Lui, au lieu de la blâmer de ce qu’elle l’accusait tacitement de manque de bonté et de ce qu’il n’était pas venu au secours de son frère, a pitié de Marie et de ses amis en pleurs, et compatit à leur douleur ! « Jésus, la voyant pleurer, elle et les Juifs qui étaient venus avec elle, frémit en son esprit, et fut tout ému. » Ému : non pas d’un trouble coupable, nous pouvons en être assurés ; rien de cette nature ne pouvait se trouver dans son âme sans péché. C’est pourquoi quelques-uns ont comparé assez judicieusement le trouble que ressentit alors notre Seigneur à une eau cristalline agitée dans un verre ou dans une bouteille : vous pouvez la secouer, mais il n’y aura aucun dépôt ; ce sera toujours une eau cristalline. « Il frémit en son esprit. » Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas entendre cela de sa prière en l’Esprit, qui intercède en faveur des saints, avec ἀλαλήτοις στεναγμοῖς, « par des soupirs inexprimables ». [Rom. 8:26] Il me semble voir l’Agneau de Dieu sans tache luttant avec son Père, en secret, mais avec puissance ; son cœur est gonflé de compassion ! Enfin, de l’abondance de ce cœur, il dit, au verset 34 : « Où l’avez-vous mis? Seigneur, lui répondirent-ils (Marie et Marthe, je suppose), viens et vois. » Il vint, il vit : « Jésus pleura », au verset 35. Ces mots forment un verset à eux seuls, afin que nous nous arrêtions un moment pour demander pourquoi Jésus pleura.
Il pleura, pour nous montrer que ce n’était point un péché que de verser une larme d’amour et de résignation sur le tombeau d’un ami défunt ; il pleura, en voyant quels ravages le péché avait faits dans le monde, et comment il avait réduit l’homme, créé à l’origine de peu inférieur aux anges, (en l’assujettissant à la mort) au niveau des bêtes que l’on égorge ; mais surtout il pleura en prévoyant l’incrédulité du peuple ; il pleura à la pensée que beaucoup de ceux qui étaient alors présents, non seulement ne croiraient pas en lui, mais s’endurciraient et verraient leurs préventions contre lui s’accroître de plus en plus, quand même il ressusciterait Lazare d’entre les morts sous leurs yeux. On peut donc bien excuser les ministres qui, pendant qu’ils prêchent, versent de temps en temps quelques larmes à la pensée que leurs sermons sont, par la perversité et l’incrédulité d’un grand nombre de leurs auditeurs, une odeur de mort, donnant la mort, au lieu d’une odeur de vie, donnant la vie. En une occasion semblable, Jésus pleura. Quel spectacle touchant était-ce là ! Supposons-nous un moment placés au milieu de ces saints affligés ; imaginons que nous voyons le sépulcre juste devant nous, et les Juifs, et Marie, et le bienheureux Jésus pleurant à l’entour. Assurément le plus endurci d’entre nous devrait verser une larme, ou du moins être ému de ce spectacle ; nous voyons qu’il émut ceux qui en furent réellement les témoins : car alors les Juifs dirent, au verset 36 : « Voyez comme il l’aimait. » Et dirent-ils : Voyez comme il l’aimait, quand Jésus ne fit que verser quelques larmes sur le tombeau de son Lazare défunt ? Venez donc, ô pécheurs, et contemplez Christ mourant et répandant pour vous le sang précieux de son cœur sur un bois maudit, et alors vous ne pourrez assurément que vous écrier : Voyez comme il nous a aimés !
Mais hélas ! bien que tous fussent émus, tous, semble-t-il, ne furent pas bien disposés en voyant Jésus pleurer ! Car il nous est dit, au verset 37, que quelques-uns d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût point? » On pourrait croire que Satan lui-même n’aurait guère pu proférer une parole plus perverse : chaque mot est plein de dépit et de rancune. Cet homme, cet individu, cet imposteur, qui prétend avoir ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas faire que cet homme, qu’il semble tant aimer, ne mourût point ? N’est-ce pas une preuve suffisante que c’est un fourbe ? L’avons-nous enfin pris en défaut ? Est-il vraisemblable qu’il ait réellement secouru les autres, lorsqu’il n’a pu secourir son propre ami ? — Oh ! combien les serviteurs de notre Seigneur devraient être patients ! Et comme ils peuvent s’attendre à être censurés, et à voir leurs bonnes actions mises en doute et rabaissées, puisque leur bienheureux Maître a été ainsi traité avant eux ! Toutefois Jésus fera le bien, malgré tous ces affronts qu’on lui fait ; c’est pourquoi, frémissant de nouveau en lui-même, il « se rendit au sépulcre. C’était une grotte (ou un caveau, comme c’est l’usage dans les grandes familles), et une pierre était placée devant ». Jésus dit, au verset 39 : « Otez la pierre. » Avec quelle gradation notre Seigneur procède, afin de fixer d’autant plus l’attention du peuple ! Il me semble les voir tous, tout yeux, tout oreilles, attendant avidement de voir l’issue de cette affaire. Mais Marthe, qui revenait maintenant avec le reste de la compagnie, semble avoir perdu la bonne disposition où elle était quand elle alla appeler sa sœur. « Elle lui dit (v. 39) : Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu’il est mort ou enseveli. » Oh ! les tristes effets du raisonnement charnel ! Avec quel naturel nous tombons dans les doutes et les craintes, lorsque nous n’avons pas l’œil simplement fixé sur le bienheureux Jésus ! Marthe, au lieu de lever les yeux vers lui, les abaisse vers le tombeau, et, s’arrêtant à considérer le corps de son frère qui sent déjà, tombe dans un accès d’incrédulité : « il sent déjà » ; et par conséquent sa vue ne sera que repoussante. Peut-être pensait-elle que notre Seigneur voulait seulement voir son frère Lazare ; Jésus donc, pour lui faire comprendre plus clairement qu’il avait l’intention de faire quelque chose d’extraordinaire, lui dit, au verset 40 : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? » Notre Seigneur parle ici avec une certaine vivacité ; car rien ne lui déplaît davantage que l’incrédulité de ses propres disciples. « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? » Quand Christ lui avait-il dit d’abord ces paroles, il ne nous est pas dit ; peut-être cela faisait-il partie de leur conversation en quelque autre occasion, quelque temps auparavant ; quoi qu’il en soit, il la reprend maintenant ouvertement de son incrédulité ; car ceux que Jésus aime doivent s’attendre à être sévèrement repris par lui toutes les fois qu’ils le déshonorent par l’incrédulité. La répréhension est reçue.
Sans faire d’autres objections, « Ils ôtèrent donc la pierre du lieu où le mort avait été déposé ». Et maintenant, voyez avec quelle solennité le saint Jésus se prépare à exécuter son dessein de grâce ! « Et Jésus leva les yeux en haut, et dit: Père, je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé. Pour moi, je savais que tu m’exauces toujours; mais j’ai parlé à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Qui peut exprimer avec quelle ferveur et quelle intensité d’esprit notre glorieux souverain sacrificateur prononça ces paroles ! C’est une action de grâces qui naît de l’assurance que son Père l’avait exaucé ; car Christ, en tant que Médiateur, était inférieur au Père. « je savais que tu m’exauces toujours (et chaque croyant peut le dire à sa mesure) ; mais j’ai parlé à cause de la foule qui m’entoure. » — Qu’avait-il donc dit ? Nous ne voyons pas que Jésus eût rien dit auparavant en forme de prière ; c’est vrai, de vive voix ; mais en esprit il avait dit quelque chose, lorsqu’il frémit en son esprit à plusieurs reprises et fut ému. Il y a une manière de prier même lorsque nous ne parlons pas et que nous ne pouvons pas parler. « Pourquoi ces cris? » dit Dieu à Moïse ; bien que nous ne voyions pas qu’il eût prononcé un seul mot ; mais il criait dans son cœur. Et je fais cette remarque pour la consolation de quelques chrétiens faibles, mais véritables, qui pensent ne jamais prier, à moins d’avoir une grande abondance de paroles ; mais c’est une grande erreur : car souvent nous prions le mieux quand nous pouvons le moins parler. Il y a des moments où le cœur est trop plein pour parler ; et l’Esprit lui-même intercède en faveur des saints, et cela selon la volonté de Dieu, par des soupirs inexprimables. Telle fut la prière d’Anne pour obtenir un fils : « Elle ne parlait pas ; seules ses lèvres remuaient » ; et telle était la manière de prier de notre Seigneur en ce moment. Et peut-être l’âme n’est-elle jamais dans une meilleure disposition que lorsque, dans un saint silence et une sérénité inexprimable, elle peut se remettre comme une page blanche entre les mains de Jésus, pour qu’il y imprime tout ce qu’il lui plaît.
Et maintenant l’heure est venue où notre Sauveur va accomplir ce miracle si longtemps attendu. Au verset 43 : « Ayant dit cela, il cria d’une voix forte: Lazare, sors! » Avec la parole alla une puissance irrésistible : il parla, et la chose arriva ; il cria, et voici : « le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. » Quel spectacle était-ce là ! Il me semble voir la surprise peinte sur le visage de chaque spectateur : à mesure que le corps se lève, leur étonnement grandit aussi. Voyez comme ils regardent fixement ! Voyez comme leurs regards trahissent le langage de cœurs stupéfaits, et tous, avec une sorte d’éloquence muette mais expressive, prêts à dire : Quel est celui-ci ? Assurément c’est le Messie qui devait venir dans le monde. Comme les cœurs de Marthe et de Marie, nous pouvons bien le supposer, tressaillirent de joie ! Combien elles eurent honte d’elles-mêmes d’avoir accusé follement Jésus et de lui avoir reproché son manque de bonté, pour n’être pas venu empêcher la mort de leur frère ! Il est vrai que Christ le laissa mourir, mais voici qu’il est de nouveau vivant ! Jésus ne nous refuse jamais une chose sans avoir l’intention de nous donner à la place quelque chose de meilleur. Ne pensez-vous pas que Marthe et Marie furent les plus empressées à obéir à l’ordre de notre Seigneur béni : « Déliez-le, et laissez-le aller » ? Cette même puissance qui ressuscita Lazare d’entre les morts aurait pu aussi lui ôter les bandes du sépulcre ; mais Jésus-Christ n’a jamais fait, et ne fera jamais, un miracle inutile. D’autres pouvaient défaire ses bandes, mais Jésus pouvait défaire les liens de la mort.
Et maintenant, peut-être, quelques-uns seront-ils prêts à demander : Quelles nouvelles Lazare a-t-il apportées de l’autre monde ? Mais arrête, ô homme, ta vaine curiosité ! C’est une connaissance défendue, et par conséquent inutile. Les Écritures se taisent à ce sujet. Pourquoi désirerions-nous aller au-delà de ce qui est écrit ? Il nous convient plutôt d’être tout entiers occupés à adorer la main miséricordieuse de ce puissant Rédempteur qui le ressuscita d’entre les morts, et à voir (maintenant que nous avons entendu le récit) quel profit nous pouvons tirer d’un événement si remarquable et si instructif.
Plût à Dieu que ma prédication d’aujourd’hui sur la résurrection de Lazare eût sur vous les mêmes effets bénis que ce spectacle eut sur quelques-uns des assistants ! Car il nous est dit, au verset 45 : « Plusieurs des Juifs qui étaient venus vers Marie, et qui virent ce que fit Jésus, crurent en lui. » Visite profitable que celle-là ! la meilleure, sans doute, qu’ils eussent jamais faite de leur vie. Et cela fut en réponse à la prière de notre Sauveur : « mais j’ai parlé à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » On pourrait croire que tous ceux qui virent ce miracle furent amenés par là à croire réellement en lui ; mais hélas ! je pourrais presque dire que je puis vous parler d’un miracle plus grand que la résurrection de Lazare. Et quel est-il ? Eh bien, c’est que quelques-uns de ces mêmes hommes qui étaient sur les lieux, au lieu de croire en lui, « allèrent trouver les pharisiens, et leur dirent ce que Jésus avait fait ». Verset 46. Loin de les convaincre, cela ne fit qu’exciter leur envie, soulever tout l’enfer de leurs cœurs propres justes, et les porter, à partir de ce jour, à « tenir conseil ensemble » pour exécuter ce qu’ils avaient depuis longtemps projeté : faire mourir l’innocent Jésus. Voyez comme ils s’agitent, au verset 47 : « Alors les principaux sacrificateurs et les pharisiens assemblèrent le sanhédrin, et dirent: Que ferons-nous? Car cet homme fait beaucoup de miracles. » L’envie elle-même, semble-t-il, ne pouvait le nier. Et avaient-ils donc besoin de dire : « Que ferons-nous? », ou que devons-nous faire ? Croire en lui, assurément, et se soumettre à lui ; prendre la croix et le suivre. Non ; au contraire, disent-ils, au verset 48 : « Si nous le laissons faire (ce qu’ils n’auraient pas fait si longtemps, si Dieu n’avait mis un crochet dans les mâchoires du Léviathan), tous croiront en lui. » Et quand cela serait ? Alors tous les hommes seraient vraiment bénis, et auraient droit au vrai bonheur. Non, disent-ils, « alors les Romains viendront et nous ôteront et notre lieu et notre nation ». Mais les Romains n’étaient-ils pas déjà venus ? N’étaient-ils pas à cette époque tributaires de César ? Mais ils craignaient pour l’Église aussi bien que pour l’État : « Ils viendront et nous ôteront notre lieu », notre lieu de culte ; et par conséquent ils regardent Jésus-Christ, ses actes et ses partisans, comme dangereux à la fois pour l’Église et pour l’État.
Telle a toujours été la méthode des pharisiens et des souverains sacrificateurs, lorsqu’ils ont tenu conseil contre le Seigneur Jésus et contre ses chers oints. Mais ils n’avaient pas besoin de craindre à ce sujet : car le royaume de notre Sauveur n’était pas, et n’est pas, de ce monde ; et le seul moyen d’avoir conservé leur lieu et leur nation eût été de favoriser Jésus et, autant qu’il dépendait d’eux, d’amener tous les hommes à croire en lui. Combien ils se trompèrent misérablement dans leur politique ! La mort de Jésus, qui devait, pensaient-ils, les sauver, fut la grande cause de la destruction totale de leur lieu et de leur nation ; et ainsi toutes les politiques formées contre Christ et son Évangile finiront par la destruction de ceux qui les ont conçues.
Oh ! la méchanceté désespérée et la perfidie du cœur trompeur de l’homme ! Où sont les scribes, où sont les incrédules, où sont les disputeurs de ce siècle, savants dans la lettre, qui réclament chaque jour la répétition des miracles pour confirmer et démontrer la vérité de la religion chrétienne ? Assurément, s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu’un des morts ressusciterait. Voici un homme ressuscité d’entre les morts devant beaucoup de témoins, et pourtant tous ces témoins ne crurent nullement en Jésus. Car la foi divine n’est pas produite dans le cœur par la persuasion morale (quoique la persuasion morale soit très souvent employée comme moyen de la communiquer) ; la foi est le don particulier de Dieu : nul ne peut venir à Jésus, si le Père ne l’attire ; c’est pourquoi, afin d’approcher de la fin de ce discours, permettez-moi de tout conclure par une parole d’exhortation.
Venez, pécheurs morts, sans Christ, non convertis, venez et voyez le lieu où l’on déposa le corps de Lazare défunt ; voyez-le enseveli, les pieds et les mains liés de bandes, enfermé et sentant mauvais dans une grotte obscure, une grande pierre placée par-dessus ! Regardez-le encore et encore ; approchez-vous de lui ; n’ayez pas peur ; sentez-le, ah ! comme il sent mauvais. Arrête-toi maintenant, fais une pause ; et pendant que tu contemples le cadavre de Lazare, permets-moi de te dire avec une grande franchise, mais avec un plus grand amour encore, que ce cadavre mort, lié, enseveli et infect n’est qu’une faible image de ta pauvre âme dans son état naturel : car, que tu le croies ou non, ton esprit, que tu portes avec toi, enseveli dans la chair et le sang, est aussi littéralement mort à Dieu, et aussi véritablement mort par tes offenses et par tes péchés, que le corps de Lazare l’était dans la grotte. Était-il lié, les pieds et les mains, de bandes ? Ainsi es-tu lié, les pieds et les mains, par tes corruptions ; et comme une pierre était placée sur le sépulcre, ainsi y a-t-il une pierre d’incrédulité sur ton cœur stupide. Peut-être es-tu resté dans cet état, non pas seulement quatre jours, mais bien des années, en puanteur aux narines de Dieu. Et, ce qui est plus touchant encore, tu es aussi incapable de te relever de cet état de mort, si repoussant, pour entrer dans une vie de justice et de vraie sainteté, que Lazare l’était de se relever de la grotte où il resta si longtemps. Tu peux essayer la puissance de ton libre arbitre tant vanté, et la force et l’énergie de la persuasion morale et des arguments rationnels (qui, sans aucun doute, ont leur place légitime dans la religion) ; mais tous tes efforts, déployés avec quelque vigueur que ce soit, se montreront entièrement stériles et avortés, jusqu’à ce que ce même Jésus qui dit : « Otez la pierre », et qui cria : « Lazare, sors! », vienne par sa grande puissance, ôte la pierre de l’incrédulité, parle de vie à ton âme morte, te délie des chaînes de tes péchés et de tes corruptions, et, par les influences de son Esprit béni, te rende capable de te lever et de marcher dans la voie de ses saints commandements. Et oh ! qu’il déchire maintenant les cieux, et qu’il descende au milieu de vous ! Oh ! qu’il y ait aujourd’hui un mouvement parmi les os desséchés ! Oh ! que, pendant que je parle et que je dis : « Pécheurs morts, sortez ! », une puissance, une puissance toute-puissante accompagne la parole et vous fasse surgir à une vie nouvelle !
Si le Seigneur daignait m’accorder une telle grâce, et qu’une seule âme dans cette grande assemblée se levât et secouât la poussière de son état naturel, selon la disposition présente de mon cœur, peu m’importerait que le fait de prêcher ce sermon ici, dans les champs, devînt l’occasion de hâter ma mort, comme la résurrection de Lazare hâta la mort de mon bienheureux Maître. Car il me semble que la mort, à certains égards, est plus supportable que de voir de pauvres pécheurs, jour après jour, gisant ensevelis, morts et infects dans le péché. Oh ! si vous voyiez combien vous êtes repoussants aux yeux de Dieu tant que vous demeurez dans votre état naturel ! Je crois que vous n’embrasseriez pas vos chaînes avec tant de contentement, et que vous ne refuseriez pas d’être mis en liberté.
Il me semble voir quelques-uns d’entre vous émus par cette partie de mon discours. Qu’en dites-vous ? N’y en a-t-il pas qui soient prêts à se plaindre : Hélas ! nous avons ici des parents si notoirement méchants que non seulement ils embrassent leurs chaînes, mais se moquent du péché, et sont en puanteur non seulement aux yeux de Dieu, mais aux yeux des hommes ? Chères âmes ! Vous êtes prêtes à alléguer cela comme une raison pour laquelle Jésus ne les ressuscitera pas ; et vous trouvez dur, peut-être, que Jésus ne vienne pas, en réponse à vos soupirs et à vos prières répétés, les convertir et les sauver. Mais ce que Jésus dit à Marthe, je vous le dis : « Croyez, et vous verrez la gloire de Dieu. » Ne regardez pas comme une chose incroyable que Dieu ressuscite leurs âmes mortes. Ne pensez pas durement de Jésus parce qu’il diffère de répondre à vos prières : soyez assurés qu’il vous exauce toujours. Et qui sait si, aujourd’hui même, Jésus ne visitera pas le cœur de quelques-uns de vos chers parents, pour lesquels vous avez été en travail [en douleurs] d’enfantement jusqu’à ce que Christ soit formé en eux ? Vous avez déjà compati à Marthe et à Marie dans leurs doutes et leurs craintes ; qui sait si vous ne serez pas aussi participants de la joie que leurs âmes éprouvèrent lorsqu’elles reçurent leur frère ressuscité dans leurs bras impatients ?
Ô âmes sans Christ, vous ne savez pas quelle douleur votre persévérance dans le péché cause à vos parents pieux ! Vous ne savez pas combien vous affligez le cœur de Jésus. Je vous en conjure, ne lui donnez pas un nouveau sujet de pleurer sur vous à cause de votre incrédulité : qu’il ne frémisse plus en son esprit et ne soit plus ému. Voyez comme il vous a aimés, jusqu’à donner sa vie pour vous. Que pouvait-il faire de plus ? Je vous en prie donc, pécheurs morts, sortez ; levez-vous et soupez avec Jésus. Ce fut un honneur accordé à Lazare, et le même honneur vous attend. Non que vous deviez vous asseoir personnellement avec lui en cette vie, comme le fit Lazare ; mais vous vous assiérez avec lui à la table de ses ordonnances, surtout à la table de la sainte cène, et bientôt vous vous assiérez avec lui dans le royaume des cieux.
Heureux, trois fois heureux, vous qui êtes déjà ressuscités de la mort spirituelle, et qui avez dans vos cœurs les arrhes d’une résurrection infiniment meilleure et plus glorieuse. Vous savez un peu combien il dut être délicieux pour Marthe, Marie et Lazare de s’asseoir ici-bas avec le bienheureux Jésus ; mais combien il sera infiniment plus délicieux de s’asseoir, non seulement avec Marie et Marthe, mais avec Abraham, Isaac et Jacob, et tous vos autres chers frères et sœurs, dans le royaume des cieux. Ne soupirez-vous pas après le temps où Jésus vous dira : « Monte ici » ? Eh bien ! Béni soit Dieu, encore un peu de temps, et ce même Jésus qui cria d’une voix forte : « Lazare, sors! », parlera, de la même voix et avec la même puissance, à tous ceux qui sont dans les sépulcres, et ils en sortiront. Que tous ceux qui m’entendent aujourd’hui puissent alors lever la tête et se réjouir de ce que le jour de leur complète rédemption est enfin pleinement venu : que Jésus-Christ le leur accorde, pour l’amour de son infinie miséricorde. Amen, et amen.
Chapitre 39 terminé
La résurrection de Lazare