Chapitre 38 · 29 min de lecture · 38 min d’écoute
L’habitation de l’Esprit, privilège commun de tous les croyants
Jean 7:37-39 — « Le dernier jour, le grand jour de la fête, Jésus, se tenant debout, s’écria: Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture. (Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »
Rien n’a rendu la croix de Christ plus vaine ; rien n’a été pour les esprits faibles une plus grande pierre d’achoppement et un plus grand rocher de scandale, que la supposition, aujourd’hui répandue parmi nous, que la plus grande partie de ce que contient l’Évangile de Jésus-Christ n’était destinée qu’aux premiers disciples immédiats de notre Seigneur, et n’était par conséquent calculée que pour cent ou deux cents ans. Aussi beaucoup lisent-ils aujourd’hui la vie, les souffrances, la mort et la résurrection de Jésus-Christ de la même manière qu’on lit les Commentaires de César ou les Conquêtes d’Alexandre : comme des choses destinées à fournir matière à spéculation plutôt qu’à être de nouveau accomplies en nous et par nous.
Et ce qui est vrai des doctrines de l’Évangile en général l’est aussi, en particulier, de l’opération de l’Esprit de Dieu sur les cœurs des croyants ; car nous n’avons pas plus tôt fait mention de la nécessité où nous sommes de recevoir le Saint-Esprit en ces derniers jours, aussi bien qu’autrefois, que nous sommes regardés par les uns comme des enthousiastes et des insensés, et représentés par les autres comme trompant volontairement le peuple et sapant la constitution établie de l’Église.
Jugez donc vous-mêmes s’il n’est pas grand temps que les vrais ministres de Jésus, qui ont été rendus participants de ce don céleste, élèvent leur voix comme une trompette, et que, s’ils ne veulent pas voir périr ces âmes pour lesquelles le Seigneur Jésus a versé son sang précieux, ils déclarent en toute hardiesse que le Saint-Esprit est le privilège et la portion communs de tous les croyants de tous les âges ; et que nous, aussi bien que les premiers chrétiens, devons recevoir le Saint-Esprit avant de pouvoir être véritablement appelés enfants de Dieu.
C’est pour cette raison (et aussi pour répondre au dessein de notre Église en instituant la présente fête [la Pentecôte]) que j’ai choisi les paroles du texte.
Elles furent prononcées par Jésus-Christ lorsqu’il était à la fête des tabernacles. Notre Seigneur assistait au service du temple en général, et aux fêtes de l’Église juive en particulier. La fête à laquelle il était alors présent était celle des tabernacles, que les Juifs observaient, selon l’ordonnance de Dieu, en mémoire du temps où ils avaient vécu sous des tentes. Le dernier jour de cette fête, beaucoup de gens pieux avaient coutume d’aller puiser de l’eau en un certain lieu, et de la rapporter sur leur tête, en chantant ce cantique tiré d’Ésaïe : « Vous puiserez de l’eau avec joie Aux sources du salut. » Notre Seigneur, voyant cela, et sa pratique constante étant de spiritualiser tout ce qu’il rencontrait, s’écrie : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi (plutôt qu’à cette source), et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture (là où il est dit que Dieu fera jaillir l’eau d’un rocher aride, et autres paroles semblables). » Et afin que nous sachions ce que notre Sauveur entendait par cette eau vive, l’évangéliste ajoute aussitôt : « Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »
Ce sont ces dernières paroles sur lesquelles j’insisterai principalement dans le discours qui va suivre. Et
Premièrement, je montrerai brièvement ce qu’il faut entendre par le mot Esprit.
Secondement, que cet Esprit est le privilège commun de tous les croyants.
Troisièmement, je montrerai la raison sur laquelle cette doctrine est fondée. Et
Enfin, je conclurai par une exhortation générale à croire en Jésus-Christ, par qui seul nous pouvons recevoir l’Esprit.
Premièrement, je dois montrer ce qu’il faut entendre par le mot Esprit.
Par l’Esprit, il faut évidemment entendre le Saint-Esprit, la troisième personne de la Trinité à jamais bénie, consubstantiel et coéternel au Père et au Fils, procédant de l’un et de l’autre, et cependant égal à tous deux. Car, pour employer les paroles de notre Église dans l’office de ce jour, ce que nous croyons de la gloire du Père, nous le croyons aussi du Fils et du Saint-Esprit, sans aucune différence ni inégalité.
Ainsi, dit saint Jean dans sa première épître, chapitre 5, verset 7 : « Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, la Parole et le Saint-Esprit, et ces trois sont un. » Et notre Seigneur, lorsqu’il donna à ses apôtres la commission d’aller enseigner toutes les nations, leur commanda de baptiser au nom du Saint-Esprit aussi bien qu’au nom du Père et du Fils. Et saint Pierre, Actes 5:3, dit à Ananias : « pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu mentes au Saint-Esprit ? » Et au verset 4, il dit : « Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu. » De tous ces passages il ressort clairement que le Saint-Esprit est vraiment et proprement Dieu, aussi bien que le Père et le Fils. C’est là un mystère ineffable, mais un mystère que Dieu a révélé, et auquel il faut donc acquiescer de tout notre cœur : puisque Dieu n’est point un homme pour mentir, ni fils d’un homme pour tromper. Je poursuis,
Secondement, pour prouver que le Saint-Esprit est le privilège commun de tous les croyants.
Mais ici, je ne voudrais pas qu’on m’entendît parler d’une réception du Saint-Esprit telle qu’elle nous rende capables de faire des miracles, ou de montrer des signes et des prodiges extérieurs. J’accorde à nos adversaires que prétendre être inspiré en ce sens, c’est vouloir être sage au-delà de ce qui est écrit. Peut-être ne peut-on prouver que Dieu soit jamais intervenu de cette manière extraordinaire, sinon lorsqu’une nouvelle révélation devait être établie, comme lors de la première institution de l’économie mosaïque et de celle de l’Évangile ; et pour ma part, je ne puis m’empêcher de suspecter l’esprit de ceux qui exigent la répétition de tels miracles en ce temps-ci. Car le monde étant maintenant devenu chrétien de nom (bien que, Dieu le sait, il reste peu de la puissance parmi nous), il n’est pas besoin de miracles extérieurs, mais seulement d’une coopération intérieure du Saint-Esprit avec la parole, pour prouver que Jésus est le Messie qui devait venir dans le monde.
D’ailleurs, s’il t’était possible, ô homme, d’avoir la foi au point de pouvoir transporter des montagnes ou chasser des démons ; bien plus, si tu pouvais parler les langues des hommes et des anges, oui, et commander au soleil de s’arrêter au milieu du ciel, à quoi te serviraient tous ces dons de l’Esprit, sans que tu fusses rendu participant de ses grâces sanctifiantes ? Saül eut pour un temps l’esprit de gouvernement, au point de devenir un autre homme, et pourtant il fut probablement réprouvé. Et beaucoup de ceux qui ont chassé des démons au nom de Christ seront, au dernier jour, désavoués par lui. Si donc tu n’avais que les dons, et que tu fusses dépourvu des grâces du Saint-Esprit, ils ne serviraient qu’à te conduire en enfer avec d’autant plus de solennité.
Voici donc le point où nous nous opposons à nos adversaires ; et nous accorderons volontiers que nous ne devons pas être inspirés en ce sens, comme le furent les premiers apôtres de notre Seigneur. Mais à moins que les hommes n’aient des yeux qui ne voient point et des oreilles qui n’entendent point, comment peuvent-ils lire la dernière partie du texte sans confesser que le Saint-Esprit, en un autre sens, est le privilège commun de tous les croyants, jusqu’à la fin du monde ? « Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » Remarquez qu’il ne dit pas : ceux qui croiraient en lui pendant un ou deux siècles, mais ceux qui croiraient en lui en général, c’est-à-dire en tout temps et en tout lieu. De sorte qu’à moins de pouvoir prouver que saint Jean était dans l’illusion lorsqu’il écrivit ces paroles, nous devons croire que nous aussi, nous recevrons le Saint-Esprit, si nous croyons de tout notre cœur au Seigneur Jésus.
De plus, notre Seigneur, peu avant sa douloureuse passion, lorsqu’il était sur le point d’offrir son âme en sacrifice pour les péchés du monde des élus, lorsque son cœur était le plus dilaté, et qu’il demandait sans aucun doute pour ses disciples le don le plus excellent, prie en ces termes : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, moi en eux, et toi en moi, afin qu’ils soient parfaitement un » ; c’est-à-dire que tous ses vrais disciples fussent unis à lui par son Saint-Esprit, par une union aussi réelle, aussi vitale et aussi mystique que celle qui existait entre Jésus-Christ et le Père. Je dis : tous ses vrais disciples ; car il est évident, d’après les propres paroles de notre Seigneur, qu’il avait en vue nous-mêmes et tous les croyants lorsqu’il fit cette prière : « Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole » ; de sorte qu’à moins de traiter notre Seigneur comme le firent les principaux sacrificateurs, et de le tenir pour un blasphémateur, nous devons confesser que tous ceux qui croient en Jésus-Christ, par la parole ou par le ministère de ses serviteurs, doivent être unis à Jésus-Christ en étant rendus participants du Saint-Esprit.
On a fait grand bruit depuis peu au sujet du mot enthousiaste, et on l’a jeté aux prédicateurs de l’Évangile comme un terme d’opprobre ; mais tout chrétien, au sens propre du mot, doit être un enthousiaste, c’est-à-dire doit être inspiré de Dieu, ou avoir Dieu en lui par son Esprit. Saint Pierre nous dit que « nous avons de grandes et précieuses promesses, afin que nous devenions participants de la nature divine » ; notre Seigneur prie « afin que nous soyons un, comme le Père et lui sont un » ; et notre propre Église, conformément à ces textes de l’Écriture, nous dit, dans son excellent office de la communion, que ceux qui reçoivent dignement le sacrement « demeurent en Christ, et Christ en eux ; qu’ils sont un avec Christ, et Christ avec eux ». Et pourtant il faut que les chrétiens voient leur nom rejeté comme infâme, et les ministres en particulier doivent être regardés comme des séducteurs du peuple, parce qu’ils affirment que nous devons être réellement unis à Dieu en recevant le Saint-Esprit. Cieux, soyez étonnés de cela !
À vrai dire, je ne dirai pas que tous nos prédicateurs, savants dans la lettre, nient cette doctrine en termes exprès ; mais ils la nient en effet ; car ils parlent ouvertement contre les sentiments intérieurs, et disent que nous pouvons avoir l’Esprit de Dieu sans le sentir, ce qui est en réalité nier la chose elle-même. Et si j’avais à cœur d’entraver les progrès de l’Évangile et d’établir le royaume des ténèbres, j’irais partout disant aux gens qu’ils peuvent avoir l’Esprit de Dieu sans pourtant le sentir.
Mais revenons-en à notre sujet. Lorsque notre Seigneur fut sur le point de monter vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu, il donna à ses apôtres cette commission : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Et c’est en conséquence, par l’autorité de cette commission, que nous enseignons et que nous baptisons dans cet âge-ci et dans tous les âges de l’Église. Et bien que nous traduisions ces mots : « les baptisant au nom », cependant, comme le nom de Dieu, dans l’oraison dominicale et dans plusieurs autres passages, signifie sa nature, on pourrait tout aussi bien les traduire ainsi : « les baptisant dans la nature du Père, dans la nature du Fils et dans la nature du Saint-Esprit ». Par conséquent, si nous devons tous être baptisés dans la nature du Saint-Esprit avant que notre baptême soit efficace pour le salut, il est évident que nous devons tous recevoir effectivement le Saint-Esprit avant de pouvoir dire que nous croyons vraiment en Jésus-Christ. Car nul ne peut dire que Jésus est mon Seigneur, sinon celui qui a ainsi reçu le Saint-Esprit.
On pourrait citer quantité d’autres textes pour rendre cette doctrine, si possible, plus claire encore ; mais je suis étonné que des hommes qui se disent membres, et bien plus encore que beaucoup de ceux qui sont prédicateurs dans l’Église d’Angleterre, osent seulement ouvrir la bouche contre elle. Et pourtant, je le dis avec douleur, Dieu m’en est témoin, les membres de l’Église établie semblent plus généralement l’ignorer qu’aucun dissident, quel qu’il soit.
Mais, mes chers frères, qu’avez-vous fait ? Combien de fois vos cœurs ont-ils donné un démenti à vos lèvres ? Combien de fois avez-vous offert à Dieu le sacrifice des insensés, et vu vos prières se changer en péché, si vous approuvez et employez la liturgie de notre Église, tout en niant que le Saint-Esprit soit la portion de tous les croyants ? Dans l’absolution quotidienne, le ministre exhorte le peuple à prier « Dieu de lui accorder la repentance, et son Saint-Esprit » ; dans la collecte du jour de Noël, nous supplions Dieu « de nous renouveler chaque jour par son Saint-Esprit » ; dans la collecte de la semaine dernière, nous avons demandé « de nous réjouir à jamais des consolations du Saint-Esprit » ; et dans la prière finale, que nous faisons chaque jour, nous demandons que non seulement la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ et l’amour de Dieu, mais aussi « la communication du Saint-Esprit » soient avec nous tous à jamais.
Mais il y a plus : un temps solennel approche maintenant pour quelques-uns ; je veux dire les jours de Pâques, à la fin desquels tous ceux qui doivent être ordonnés à l’office de diacre ont à déclarer, devant Dieu et en présence de l’assemblée, « qu’ils ont la confiance d’être intérieurement poussés par le Saint-Esprit à se charger de ce ministère » ; et à ceux qui doivent être ordonnés prêtres, l’évêque doit répéter ces paroles solennelles : « Reçois le Saint-Esprit, qui leur est maintenant conféré par l’imposition de nos mains. » Et pourtant, plût à Dieu que je n’eusse aucune raison de le dire ! beaucoup de ceux qui emploient nos formulaires, et beaucoup qui ont rendu ce beau témoignage, osent néanmoins parler et prêcher contre la nécessité de recevoir maintenant le Saint-Esprit ; et non seulement cela, mais ils crient contre ceux qui y insistent, les traitant d’insensés, d’enthousiastes, de schismatiques, et de destructeurs de la constitution établie.
Mais c’est vous qui êtes les schismatiques, c’est vous qui êtes le fléau de l’Église d’Angleterre, vous qui criez sans cesse : « le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel » ; et qui pourtant chassez le peuple de notre communion en l’affamant, ne le nourrissant que des gousses sèches d’une morale morte, et ne lui servant point le veau gras ; je veux dire les doctrines des opérations du bienheureux Esprit de Dieu. Mais voici le malheur : beaucoup d’entre nous ne sont pas conduits par le Saint-Esprit, et il n’est donc pas étonnant que nous ne puissions en parler par expérience ; nous souscrivons à nos articles, et nous en faisons une clef pour entrer dans les dignités de l’Église, et puis nous prêchons contrairement à ces mêmes articles auxquels nous avons souscrit. Loin de moi d’accuser tout le clergé de cette odieuse hypocrisie ; non, Dieu soit béni, il en reste quelques-uns parmi nous qui osent maintenir les doctrines de la Réforme et prêcher la vérité telle qu’elle est en Jésus. Mais Je dis la vérité en Christ, je ne mens point : la plupart des membres du clergé se sont écartés de nos articles, et ne parlent conformément ni à eux, ni au modèle des saines paroles transmis dans les Écritures ; malheur à de tels aveugles conducteurs d’aveugles ! Comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne? Ce n’est pas toute votre science (faussement ainsi nommée), ce ne sont pas toutes vos dignités qui pourront vous soustraire au juste jugement de Dieu. Encore un peu de temps, et nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ ; c’est là, c’est là que je vous rencontrerai ; c’est là que Jésus-Christ, le grand Pasteur et Évêque des âmes, décidera qui sont les faux prophètes, qui sont les loups en vêtements de brebis : ceux qui disent que nous devons maintenant recevoir et sentir le Saint-Esprit, ou ceux qui s’élèvent contre cela comme contre une des « doctrines de démons ».
Mais je n’en puis dire davantage ; c’est une tâche déplaisante que de censurer un ordre d’hommes quel qu’il soit, surtout ceux qui sont dans le ministère ; et rien ne pourrait l’excuser que la nécessité : cette nécessité qui arracha à notre Seigneur lui-même tant de malédictions contre les scribes et les pharisiens, ces chefs et ces docteurs de l’Église juive, savants dans la lettre ; et assurément, si je pouvais supporter de voir le peuple périr faute de connaissance, et me taire pourtant envers ceux qui lui ôtent la clef de la vraie connaissance, les pierres mêmes crieraient.
Si nous voulions rendre à l’Église sa dignité primitive, le seul moyen serait de vivre et de prêcher la doctrine de Christ, et les articles auxquels nous avons souscrit ; alors nous verrions le nombre des dissidents diminuer de jour en jour, et l’Église d’Angleterre devenir la joie de toute la terre.
J’ai, en troisième lieu, à montrer combien cette doctrine est raisonnable.
Je dis : combien cette doctrine est raisonnable ; car, quelque folie qu’elle puisse paraître à l’homme naturel, cependant à ceux qui ont goûté la bonne parole de vie, et qui ont senti la puissance du siècle à venir, elle paraîtra fondée sur la plus haute raison ; et elle est susceptible, pour ceux qui ont des yeux pour voir, d’une démonstration même ; je dis d’une démonstration : car elle repose sur cette vérité évidente par elle-même, que nous sommes des créatures déchues, ou, pour employer l’expression de l’Écriture, que nous « sommes tous morts en Adam ».
Je sais bien qu’il n’est pas rare aujourd’hui parmi nous de nier la doctrine du péché originel, aussi bien que la divinité de Jésus-Christ ; mais il incombe à ceux qui la nient de réfuter d’abord l’autorité des saintes Écritures ; si tu peux prouver, toi incrédule, que le livre que nous appelons la Bible ne contient pas les oracles vivants de Dieu ; si tu peux montrer que les saints hommes d’autrefois n’ont pas écrit ce livre poussés intérieurement par le Saint-Esprit, alors nous abandonnerons la doctrine du péché originel ; mais à moins que tu ne puisses faire cela, il nous faut maintenir que nous sommes tous conçus et nés dans le péché ; sinon pour une autre raison, du moins pour celle-ci : que Dieu, qui ne peut mentir, nous l’a dit.
Mais qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres, ou entre les incrédules polis et la Bible ? Hélas ! comme ils sont étrangers à la puissance, ils sont généralement tout aussi étrangers à la parole de Dieu. C’est pourquoi, si nous voulons leur prêcher, il nous faut prêcher à leur cœur et de notre cœur : car leur parler le langage de l’Écriture, ce n’est guère que leur parler dans une langue inconnue. Dis-moi donc, ô homme, qui que tu sois, qui nies la doctrine du péché originel, si ta conscience n’est pas comme marquée au fer rouge ! Dis-moi si tu ne te trouves pas, par nature, un mélange bigarré de brute et de démon ! Je sais que ces termes vont soulever tout le pharisien qui est dans ton cœur ; mais ne laisse pas Satan t’entraîner hors d’ici ; arrête-toi un peu, et raisonnons ensemble : ne trouves-tu pas que, par nature, tu es enclin à l’orgueil ? Autrement, pourquoi es-tu maintenant offensé ? Et encore, ne trouves-tu pas en toi-même les semences de la malice, de la vengeance et de toute sorte de manque de charité ? Et que sont-elles, sinon les dispositions mêmes du diable ? Et encore, ne suivons-nous pas tous par nature nos appétits naturels, et ne nous laissons-nous pas conduire par eux, regardant toujours en bas, et jamais en haut vers ce Dieu en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être ? Et qu’est-ce là, sinon la nature même des bêtes que l’on égorge ? C’est donc de ton propre cœur que je te forcerai de confesser ce qu’un apôtre inspiré nous a dit depuis longtemps, que « le monde entier (par nature) est sous la puissance du malin » ; nous ne valons pas mieux que ceux que saint Jude appelle « les brutes » ; car nous avons tous en nous, par nature, des dispositions qui prouvent jusqu’à la démonstration que nous sommes terrestres, charnels, diaboliques.
Et ceci servira d’argument nouveau pour prouver la réalité des opérations du bienheureux Esprit sur les cœurs des croyants, contre ces faux professeurs de religion qui nient qu’il y ait rien de tel que des influences du Saint-Esprit qui puissent être senties. Car s’ils accordent que le diable agit, et cela de manière à être senti, dans les cœurs des fils de la rébellion (ce qu’il leur faut accorder, à moins de vouloir donner un démenti à un apôtre), où est la merveille que le bon Esprit ait la même puissance sur ceux qui obéissent véritablement à la foi de Jésus-Christ ?
S’il est donc vrai que nous sommes tous par nature, depuis la chute, un mélange de brute et de démon, il est évident que nous devons tous recevoir le Saint-Esprit avant de pouvoir habiter avec Dieu et jouir de lui.
Quand vous lisez comment l’enfant prodigue, dans l’Évangile, fut réduit à une condition si basse qu’il mangea des gousses avec les pourceaux, et comment Nabuchodonosor fut chassé pour paître l’herbe avec les bœufs, je suis assuré que vous avez pitié de leur malheureux état. Et quand vous entendez comment Jésus-Christ dira, au dernier jour, à tous ceux qui ne sont pas nés de Dieu : « Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. », vos cœurs ne se serrent-ils pas en vous d’une secrète horreur ? Et si des créatures qui n’ont que notre degré de bonté ne peuvent supporter même la pensée d’habiter avec des bêtes ou avec des démons, à la nature desquels nous sommes si étroitement apparentés, comment nous imaginons-nous que Dieu, qui est la bonté infinie et la pureté même, puisse habiter avec nous, tandis que nous participons à la nature des uns et des autres ? Autant vaudrait penser réconcilier le ciel et l’enfer.
Quand Adam eut mangé le fruit défendu, il s’enfuit et se cacha de devant Dieu ; pourquoi ? Parce qu’il était nu ; il était étranger à la vie de Dieu, juste châtiment de sa désobéissance. Or nous sommes tous, par nature, nus et vides de Dieu, comme il l’était alors ; et par conséquent, jusqu’à ce que nous soyons changés, renouvelés et revêtus de nouveau d’une nature divine, nous devons nous aussi fuir loin de Dieu.
De là paraît donc combien il est raisonnable que nous soyons obligés de recevoir l’Esprit de Dieu. Cela est fondé sur la doctrine du péché originel ; et c’est pourquoi vous trouverez toujours que ceux qui parlent contre le sentiment des opérations du Saint-Esprit ne mentionnent que très rarement, ou du moins que légèrement, notre chute en Adam ; non, ils rapportent la description que fait saint Paul de la dépravation des incrédules uniquement à ceux des temps anciens. Alors qu’il est évident, au contraire, que nous sommes tous également compris sous la culpabilité et sous les conséquences du péché de notre premier père, comme les autres ; et que, pour employer le langage de l’article de notre propre Église, nous « apportons au monde avec nous une corruption qui nous rend dignes de la colère de Dieu et de la damnation éternelle ».
Si je vous prêchais quelque autre doctrine, je ferais tort à ma propre âme ; je serais trouvé faux témoin envers Dieu et envers vous ; et celui qui prêche une autre doctrine, quelque élevé en dignité et quelque distingué qu’il soit, en portera la peine, qui qu’il soit.
C’est donc par cette raison toute simple que paraît la nécessité pour nous, aussi bien que pour les premiers apôtres, de recevoir en ce sens l’Esprit de Dieu.
Car la grande œuvre de la sanctification, c’est-à-dire de nous rendre saints, est particulièrement réservée au Saint-Esprit ; c’est pourquoi notre Seigneur dit : « Si un homme ne naît de l’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »
Jésus-Christ est descendu pour nous sauver non seulement de la culpabilité, mais aussi de la puissance du péché ; et bien que nous ayons souvent répété notre symbole, et dit à Dieu que nous croyons au Saint-Esprit, si pourtant nous n’avons pas cru en lui de manière à être réellement unis par lui à Jésus-Christ, nous n’avons pas plus d’accord avec Jésus-Christ que Bélial lui-même.
Et maintenant, mes frères, que dirai-je de plus ? Dites-moi, beaucoup d’entre vous ne sont-ils pas offensés de ce qui a déjà été dit ? Quelques-uns d’entre vous ne pensent-ils pas que, bien que j’aie de bonnes intentions, j’ai poussé la chose un peu trop loin ? D’autres ne sont-ils pas prêts à s’écrier : Si cela est vrai, qui donc peut être sauvé ? N’est-ce pas pousser les gens au désespoir ?
Oui, je le confesse ingénument, c’est cela ; mais à quel désespoir ? Au désespoir de la miséricorde par Christ ? Non, à Dieu ne plaise ; mais au désespoir de vivre avec Dieu sans recevoir le Saint-Esprit. Et plût à Dieu que non seulement vous tous qui m’entendez aujourd’hui, mais le monde entier, fût rempli de ce désespoir ! Croyez-moi, je n’ai rien fait de plus que ce que vous permettez chaque jour à vos médecins du corps : si vous avez une blessure, et que vous teniez sérieusement à la guérison, vous demandez au chirurgien de la sonder jusqu’au fond ; et le médecin de vos âmes ne jouirait pas de la même liberté ? Qu’ai-je fait, sinon sonder vos blessures naturelles, afin de vous convaincre de votre danger, et de vous amener à recourir à Jésus-Christ pour y trouver un remède ? En vérité, j’en ai usé avec vous aussi doucement que je l’ai pu ; et maintenant que j’ai blessé, je vais essayer de vous guérir. Car j’avais, en
dernier lieu, à vous exhorter tous à venir à Jésus-Christ par la foi, par laquelle vous, oui vous aussi, vous recevrez le Saint-Esprit. « Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »
Voici, voici ce à quoi il me tarde d’arriver. Jusqu’ici je n’ai prêché que la loi ; mais voici, je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera le sujet d’une grande joie. Si je vous ai blessés, ne craignez point ; voici, je vous apporte maintenant un remède pour toutes vos blessures. Bien que vous soyez enfoncés dans la nature de la bête et du démon, cependant, si vous croyez vraiment en Jésus-Christ, vous recevrez l’Esprit vivifiant promis dans le texte, et vous serez rétablis dans la glorieuse liberté des enfants de Dieu ; je dis : si vous croyez en Jésus-Christ. « Car c’est par la foi que nous sommes sauvés ; ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » Et quoi que certains hommes puissent dire, qu’il est requis une disposition préalable dans la créature, et que nous devons avoir une justice à nous avant de pouvoir saisir la justice de Christ, cependant, si nous croyons l’Écriture, le salut est le don gratuit de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur ; et quiconque croit en lui de tout son cœur, son âme fût-elle aussi noire que l’enfer lui-même, recevra le don du Saint-Esprit. Voici donc que je me lève, et que je m’écrie en ce grand jour de la fête : Que quiconque a soif vienne à Jésus-Christ, et qu’il boive. « Celui qui croit en lui, de son sein couleront (non seulement des filets de ruisseaux, mais de véritables) fleuves d’eau vive. » Je dis cela de l’Esprit que ceux qui croient en Jésus recevront certainement. Car Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement ; il est le chemin, la vérité, la résurrection et la vie ; « quiconque croit en lui vivra, quand même il serait mort ». Il n’y a point d’acception de personnes auprès de Jésus-Christ ; grands et petits, riches et pauvres, tous ensemble, peuvent venir à lui avec une humble confiance, s’ils s’approchent par la foi ; de lui nous pouvons tous recevoir grâce pour grâce ; car Jésus-Christ est plein de grâce et de vérité, et prêt à sauver parfaitement tous ceux qui se tournent vers lui par une vraie foi. À la vérité, ce sont généralement les pauvres qui reçoivent l’Évangile, et Dieu a « choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi ». Mais bien qu’il n’y ait pas beaucoup de puissants ni beaucoup de nobles parmi les appelés, et qu’il soit plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu, cependant, à vous aussi qui êtes riches, j’offre maintenant gratuitement le salut par Jésus-Christ, si vous voulez renoncer à vous-mêmes et venir à Jésus-Christ comme de pauvres pécheurs ; je dis : comme de pauvres pécheurs ; car seuls les « pauvres en esprit » sont assez heureux pour avoir droit au royaume de Dieu. Et Jésus-Christ n’appelle à lui que ceux qui ont soif de sa justice, et qui se sentent fatigués et chargés du fardeau de leurs péchés. Jésus-Christ justifie l’impie ; il n’est pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance.
Ne dites donc pas que vous êtes indignes, car c’est une parole fidèle et véritable, et digne d’être reçue de tous, « que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » ; et si vous êtes les premiers des pécheurs, si vous vous sentez tels, en vérité Jésus-Christ est venu dans le monde principalement pour vous sauver. Lorsque Joseph fut appelé de la prison à la cour de Pharaon, il nous est dit qu’il prit quelque temps pour se préparer ; mais vous, venez avec tous vos vêtements de prison sur vous ; venez pauvres, misérables, aveugles et nus, tels que vous êtes, et Dieu le Père vous recevra à bras ouverts, comme il reçut le prodigue qui revenait. Il couvrira votre nudité de la plus belle robe de la justice de son cher Fils, il vous scellera du sceau de son Esprit, et vous nourrira du veau gras, c’est-à-dire des consolations du Saint-Esprit. Oh ! qu’il y ait donc de la joie dans le ciel au sujet de quelques-uns d’entre vous, parce qu’ils croient ; ne me laissez pas retourner vers mon Maître pour lui dire : Seigneur, ils ne veulent pas croire à ce que j’ai annoncé. N’endurcissez pas plus longtemps vos cœurs, mais ouvrez-les tout grands, et laissez entrer le Roi de gloire ; croyez-moi, je suis prêt à aller pour vous en prison ou à la mort ; mais je ne suis pas prêt à aller au ciel sans vous. L’amour de Jésus-Christ me presse d’élever ma voix comme une trompette. Mon cœur est plein ; c’est de l’abondance de l’amour que j’ai pour vos âmes précieuses et immortelles que ma bouche parle maintenant ; et je pourrais non seulement prolonger maintenant mon discours jusqu’à minuit, mais parler jusqu’à ne plus pouvoir parler. Et pourquoi désespérerais-je de qui que ce soit ? Non, je ne puis désespérer de personne, quand je considère que Jésus-Christ a eu pitié d’un misérable tel que moi ; mais la grâce gratuite de Christ m’a prévenu ; il m’a vu baigné dans mon sang, il a passé près de moi, et il m’a dit : Vis ; et la même grâce qui m’a suffi vous suffit aussi ; voici, le même bienheureux Esprit est prêt à souffler sur tous vos ossements desséchés, si vous voulez croire en Jésus-Christ, que Dieu a envoyé ; en vérité, vous ne pouvez jamais croire en un meilleur maître, ni en servir un meilleur, un maître plus puissant ou plus disposé à sauver ; je puis le dire, le Seigneur Christ est plein de grâce, son joug est doux, son fardeau extrêmement léger ; après que vous l’aurez servi bien des années, s’il voulait vous libérer, comme les serviteurs sous la loi, vous diriez : Nous aimons notre Maître, et nous ne le quitterons pas. Venez donc, mes frères coupables, venez et croyez au Seigneur qui vous a rachetés de son sang précieux ; levez les yeux par la foi, et voyez celui que vous avez percé ; contemplez-le saignant, haletant, mourant ! Contemplez-le, les bras étendus, prêt à vous recevoir tous ; criez-lui, comme le brigand repentant : Seigneur, souviens-toi de nous, maintenant que tu es dans ton règne ; et il dira à vos âmes : Bientôt vous serez avec moi dans le paradis. Car ceux que Christ justifie, il les glorifie aussi, et cela de cette gloire même dont il jouissait auprès du Père avant que le monde fût. Ne dites pas : J’ai acheté un champ, et je suis obligé d’aller le voir ; ou : J’ai acheté une paire de bœufs, et je vais les essayer ; ou : J’ai pris une femme, je suis engagé dans une ardente poursuite de la convoitise des yeux et de l’orgueil de la vie, et c’est pourquoi je ne puis venir. Ne craignez pas de voir votre nom rejeté comme infâme, ou d’être tenus pour fous à cause de Christ ; encore un peu de temps, et vous brillerez comme les étoiles du firmament, à toujours. Croyez seulement, et Jésus-Christ sera pour vous sagesse, justice, sanctification et rédemption éternelle ; vos corps seront rendus semblables à son corps glorieux, et vos âmes participeront à toute la plénitude de Dieu.
Ce que Dieu veuille nous accorder dans son infinie miséricorde, etc.
Chapitre 38 terminé
L’habitation de l’Esprit, privilège commun de tous les croyants