Chapitre 37 · 20 min de lecture · 25 min d’écoute
Le devoir de sonder les Écritures
Jean 5:39 — « Sondez les Écritures. »
Lorsque les sadducéens vinrent à notre bienheureux Seigneur, et lui posèrent la question de savoir « de qui serait la femme, dans la vie à venir, cette femme qui avait eu sept maris en celle-ci », il leur dit « qu’ils étaient dans l’erreur, parce qu’ils ne comprenaient pas les Écritures ». Et si nous voulions savoir d’où sont venues à l’origine toutes les erreurs qui se sont répandues dans l’Église de Christ, nous trouverions que, dans une large mesure, elles ont découlé de la même source : l’ignorance de la parole de Dieu.
Notre bienheureux Seigneur, bien qu’il fût le Dieu éternel, fit pourtant, en tant qu’homme, des Écritures sa règle et son guide constants. C’est pourquoi, lorsque le docteur de la loi lui demanda quel était le grand commandement de la loi, il le renvoya à sa Bible pour avoir la réponse : « Qu’y lis-tu? » Et de même, lorsqu’il fut conduit par l’Esprit pour être tenté par le diable, il repoussa tous ses assauts par ces mots : « Il est écrit ».
Voilà une réfutation suffisante de l’opinion de ceux qui disent : « L’Esprit seul, et non l’Esprit par la Parole, doit être notre règle de conduite. » S’il en était ainsi, notre Sauveur, qui avait l’Esprit sans mesure, n’aurait pas eu besoin de se référer toujours à la parole écrite.
Mais combien peu suivent l’exemple de Christ ? Combien en est-il qui ne font aucun cas de la parole de Dieu, mais qui rejettent les oracles sacrés comme un livre suranné, bon seulement pour des gens sans instruction ?
De tels hommes sont dans une grande erreur, ne connaissant pas ce que sont les Écritures. Je vais donc,
Premièrement, montrer qu’il est du devoir de chacun de les sonder.
Et secondement, donner quelques directions pour que vous les sondiez avec profit.
I. Je dois montrer qu’il est du devoir de chacun de sonder les Écritures.
Par les Écritures, j’entends la loi et les prophètes, et ces livres qui, dans tous les âges, ont été tenus pour canoniques, et qui composent le volume communément appelé la Bible.
Ils sont appelés par excellence les Écritures, et, dans un passage, les « Écritures de vérité », comme si nuls autres livres ne méritaient, en comparaison, le nom d’écrits véritables ou d’Écriture.
Ils ne sont point d’une interprétation, d’une autorité ou d’une invention particulière ; mais les saints hommes d’autrefois les ont écrits, poussés par le Saint-Esprit.
La source de cette révélation que Dieu a faite de lui-même au genre humain, ce fut notre chute en Adam, et la nécessité de notre nouvelle naissance en Jésus-Christ. Et si nous sondons les Écritures comme nous le devons, nous trouverons que leur somme et leur substance, leur alpha et leur oméga, leur commencement et leur fin, est de nous amener à la connaissance de ces deux grandes vérités.
Toutes les menaces, les promesses et les préceptes, toutes les exhortations et les doctrines qu’elles contiennent, tous les rites, les cérémonies et les sacrifices institués sous la loi juive ; bien plus, presque toutes les parties historiques de la sainte Écriture, supposent que nous sommes déchus en Adam, et ou bien nous annoncent un Médiateur à venir, ou bien parlent de lui comme déjà venu en chair.
Si l’homme était demeuré dans l’état d’innocence, il n’aurait pas eu besoin d’une révélation extérieure, parce que la loi de Dieu était si profondément gravée sur les tables de son cœur. Mais ayant mangé le fruit défendu, il encourut le déplaisir de Dieu et perdit l’image divine ; c’est pourquoi, sans une révélation extérieure, il n’aurait jamais pu savoir comment Dieu se réconcilierait avec lui, ni comment il serait sauvé de la misère et des ténèbres de sa nature déchue.
Que ces vérités soient telles, je n’ai pas besoin de vous renvoyer à un autre livre qu’à vos propres cœurs.
Car si nous ne sommes pas des créatures déchues, d’où viennent ces abominables corruptions qui s’élèvent chaque jour dans nos cœurs ? Nous ne pouvions sortir ainsi corrompus des mains de notre Créateur, car, étant la bonté même, il ne pouvait rien faire qui ne fût semblable à lui-même, saint, juste et bon. Et que nous ayons besoin d’être délivrés de ces désordres de notre nature, cela est évident, puisque nous trouvons en nous-mêmes une répugnance à reconnaître que nous sommes ainsi dépravés, et que nous nous efforçons toujours de paraître aux autres d’une disposition et d’une humeur tout autres que celles qui sont les nôtres.
J’en appelle à l’expérience du plus savant contradicteur de la révélation divine : ne trouve-t-il pas en lui-même qu’il est naturellement orgueilleux, colère, vindicatif, et plein d’autres passions contraires à la pureté, à la sainteté et à la longanimité de Dieu ? Et n’est-ce pas là une démonstration que, d’une manière ou d’une autre, il est déchu de Dieu ? Et j’en appelle aussi à lui : dans le temps même où il trouve ces convoitises funestes dans son cœur, ne s’efforce-t-il pas de paraître aimable, courtois, bienveillant et affable [amical, d’un bon naturel, accommodant] ? et n’est-ce pas une preuve manifeste qu’il sent qu’il est misérable, et qu’il désire, il ne sait comment, en être racheté ou délivré ?
C’est donc ici que Dieu intervient par sa parole, et découvre à ses yeux, dans les saintes Écritures, une telle scène d’amour divin et de bonté infinie, que nuls autres que des hommes à l’esprit aussi corrompu et réprouvé que nos déistes modernes ne voudraient fermer les yeux devant elle.
Que fait Dieu, dans sa parole écrite, sinon te montrer, ô homme, comment tu es tombé dans cet aveuglement, ces ténèbres et cette misère que tu ressens et dont tu te plains ? Et en même temps il t’indique le chemin de ce que tu désires, savoir comment tu peux en être racheté en croyant au Fils de son amour et en suivant son exemple.
Comme je vous l’ai dit déjà, je vous le dis encore : c’est sur ces deux vérités que repose toute la révélation divine. Elle ne nous a été donnée pour aucune autre fin que de nous montrer notre misère et notre bonheur, notre chute et notre relèvement ; ou, en un mot, de quelle manière nous sommes morts en Adam, et comment nous pouvons être de nouveau rendus vivants en Christ.
De là naît donc la nécessité de sonder les Écritures : car, puisqu’elles ne sont rien d’autre que la grande charte de notre salut, la révélation d’une alliance faite par Dieu avec les hommes en Christ, et une lumière pour nous diriger dans le chemin de la paix, il s’ensuit que tous sont obligés de les lire et de les sonder, parce que tous sont également déchus de Dieu, et que tous ont également besoin d’apprendre comment ils doivent être rétablis auprès de lui et de nouveau unis à lui.
Avec quelle folie agissent donc les incrédules disputeurs de cette génération, qui ne cessent de demander des signes du ciel, ou de chercher des preuves extérieures pour établir la vérité de la révélation divine ! Alors que ce qu’ils cherchent avec tant d’ardeur est près d’eux, bien plus, au-dedans d’eux. Qu’ils consultent seulement leurs propres cœurs, et ils ne pourront s’empêcher de sentir ce qui leur manque. Qu’ils consultent seulement les oracles vivants de Dieu, et ils ne pourront s’empêcher d’y voir un remède révélé pour tous leurs besoins, et de voir que la parole écrite répond aussi exactement aux besoins et aux désirs de leurs cœurs que, dans l’eau, le visage répond au visage. Où est donc le scribe ? où est le sage ? où est la solidité des raisonnements des disputeurs de ce siècle ? Dieu ne s’est-il pas révélé à eux aussi clairement que leurs propres cœurs pourraient le souhaiter ? Et pourtant ils demandent un signe ; mais il ne leur sera donné aucun autre signe. Car s’ils ne croient pas à une révélation si bien appropriée en tout point à leurs besoins, ils ne se laisseront pas non plus persuader, quand même quelqu’un des morts ressusciterait.
Mais ce discours n’est pas destiné tant à ceux qui ne croient pas qu’à ceux qui savent et qui croient que les Écritures contiennent une révélation venue de Dieu, et qu’il est de leur devoir, comme étant les principaux intéressés, non seulement de les lire, mais aussi de les sonder.
Je passe donc, en
Second lieu, à donner quelques directions sur la manière dont vous pouvez les sonder avec profit.
Premièrement, ayez toujours en vue la fin pour laquelle les Écritures ont été écrites, savoir de nous montrer le chemin du salut par Jésus-Christ.
« Sondez les Écritures », dit notre bienheureux Seigneur, « car ce sont elles qui rendent témoignage de moi ». Cherchez donc toujours Christ dans l’Écriture. Il est le trésor caché dans le champ, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament. Dans l’Ancien, vous le trouverez sous des prophéties, des types, des sacrifices et des ombres ; dans le Nouveau, manifesté en chair pour devenir, comme Sacrificateur, la propitiation pour nos péchés, et, comme Prophète, pour révéler toute la volonté de son Père céleste.
Ayez donc toujours Christ en vue quand vous lisez la parole de Dieu ; et cela, comme l’étoile en Orient, vous conduira au Messie, vous servira de clef pour tout ce qui est obscur, et vous ouvrira la sagesse et les richesses de tous les mystères du royaume de Dieu.
Secondement, sondez les Écritures dans une disposition humble et semblable à celle d’un enfant.
Car quiconque ne les lit pas dans cet esprit n’entrera nullement dans la connaissance des choses qu’elles contiennent. Car Dieu en cache le sens à ceux qui sont sages et intelligents à leurs propres yeux, et ne le révèle qu’aux enfants en Christ : à ceux qui pensent ne rien savoir encore comme il faut savoir ; qui ont faim et soif de la justice, et qui désirent humblement être nourris du lait pur de la parole, afin de croître par lui.
Figurez-vous donc, quand vous sondez les Écritures, surtout quand vous lisez le Nouveau Testament, être avec Marie, assis aux pieds du saint Jésus ; et soyez aussi disposés à apprendre ce que Dieu vous enseignera que l’était Samuel lorsqu’il dit : « Parle, Éternel, car ton serviteur écoute. »
Oh ! si les incrédules voulaient renverser toute pensée hautaine et tout raisonnement qui s’élève contre la volonté révélée de Dieu ! Oh ! s’ils voulaient, comme des enfants nouveau-nés, désirer d’être nourris du lait pur de la parole ! Alors nous ne les verrions plus se moquer de la révélation divine, et ils ne liraient plus la Bible dans la même intention que celle des Philistins quand ils amenèrent notre Samson, pour s’en divertir ; mais ils verraient l’image et l’inscription divines gravées sur chaque ligne. Ils entendraient Dieu parler par elle à leurs âmes, et seraient, par conséquent, édifiés dans la connaissance et dans la crainte de celui qui en est l’Auteur.
Troisièmement, sondez les Écritures avec une intention sincère de mettre en pratique ce que vous lisez.
Le désir de faire la volonté de Dieu est le seul moyen de la connaître ; si quelqu’un veut faire ma volonté, dit Jésus-Christ, « il connaîtra si ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de mon chef. » Comme il le dit aussi ailleurs à ses disciples : « Il vous a été donné, à vous (qui êtes disposés à pratiquer votre devoir), de connaître les mystères du royaume de Dieu; mais pour ceux qui sont dehors (qui ne cherchent qu’à soulever des chicanes contre ma doctrine) tout se passe en paraboles, afin qu’en voyant ils voient et n’aperçoivent point, et qu’en entendant ils entendent et ne comprennent point. »
Car il n’est que juste que Dieu envoie « une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge », et qu’il cache la connaissance de lui-même à tous ceux qui ne le cherchent pas avec une intention droite.
Jésus-Christ est aujourd’hui le même qu’autrefois envers ceux qui désirent apprendre de sa parole qui il est, afin de croire en lui et de vivre par lui ; et il se révélera à celui-là aussi clairement qu’il le fit à la Samaritaine, lorsqu’il lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. », ou à l’aveugle-né que les Juifs avaient chassé à cause de son nom : « celui qui te parle, c’est lui. » Mais à ceux qui consultent sa parole sans désirer ni le connaître, ni garder ses commandements, mais seulement pour se divertir, ou pour se moquer de la simplicité de la manière dont il est révélé, à ceux-là, dis-je, il ne se révélera jamais, quand même ils sonderaient les Écritures pendant toute l’éternité. De même qu’il ne voulut jamais dire s’il était ou non le Messie à ceux qui lui posaient cette question, soit par curiosité, soit pour avoir de quoi l’accuser.
Quatrièmement, pour sonder les Écritures plus efficacement encore, appliquez à vos propres cœurs tout ce que vous lisez.
Car tout ce qui a été écrit dans le livre de Dieu l’a été pour notre instruction. Et ce que Christ a dit à ceux d’autrefois, nous devons le regarder comme nous étant dit à nous aussi : car, puisque les saintes Écritures ne sont rien d’autre qu’une révélation de Dieu sur la manière dont l’homme déchu doit être rétabli par Jésus-Christ, tous les préceptes, toutes les menaces et toutes les promesses sont pour nous et pour nos enfants, aussi bien que pour ceux à qui ils furent immédiatement révélés.
C’est ainsi que l’apôtre, lorsqu’il nous dit qu’il vivait dans la foi au Fils de Dieu, ajoute : « qui est mort et qui s’est livré lui-même pour moi ». C’est cette application de Jésus-Christ à nos cœurs qui rend sa rédemption efficace pour chacun de nous.
Et c’est cette application de toutes les parties doctrinales et historiques de l’Écriture, lorsque nous les lisons, qui doit les rendre profitables pour nous, selon qu’elles ont été destinées à convaincre, à corriger, à instruire dans la justice, et à rendre tout enfant de Dieu accompli et propre à toute bonne œuvre.
J’ose en appeler à l’expérience de tout lecteur spirituel de la sainte Écriture : s’il a consulté la parole de Dieu de cette manière, n’a-t-il pas été en tout temps et en toute saison aussi clairement dirigé sur la manière d’agir que s’il avait consulté l’urim et le thummim qui étaient sur la poitrine du souverain sacrificateur ? Car c’est ainsi que Dieu se révèle maintenant à l’homme : non en faisant de nouvelles révélations, mais en appliquant au cœur de tout lecteur sincère les vérités générales qui sont déjà révélées.
Et ceci, soit dit en passant, répond à une objection de ceux qui disent : « La parole de Dieu n’est pas une règle de conduite parfaite, parce qu’elle ne peut nous diriger sur la manière d’agir ou de nous décider dans les cas particuliers, ni sur le lieu où nous devons aller quand nous sommes dans le doute ; c’est pourquoi l’Esprit, et non la parole, doit être notre règle de conduite. »
Mais cela, je le nie, et j’affirme au contraire que Dieu, en tout temps, en toutes circonstances et en tous lieux, si menus, si particuliers qu’ils soient, appliquera à nos cœurs les vérités générales, si nous recherchons diligemment l’assistance de son Saint-Esprit, et que par là, pour employer les paroles du saint Jésus, il nous conduira dans toute la vérité, et nous donnera le secours particulier dont nous avons besoin. Mais ceci m’amène à une
Cinquième direction pour sonder les Écritures avec profit : travaillez à obtenir cet Esprit par lequel elles ont été écrites.
Car l’homme naturel ne discerne pas les paroles de l’Esprit de Dieu, parce que c’est spirituellement qu’on en juge ; les paroles que Christ a dites sont esprit et vie, et l’homme simplement naturel ne peut pas plus en comprendre le vrai sens et la vraie signification qu’une personne qui n’a jamais appris une langue ne peut comprendre un autre qui la parle. C’est pourquoi quelques-uns ont comparé, non sans justesse, les Écritures à la nuée qui marchait devant les Israélites : elles sont obscures et difficiles à comprendre pour l’homme naturel, comme la nuée paraissait ténébreuse aux Égyptiens ; mais elles sont lumière, elles sont vie pour les vrais chrétiens, comme cette même nuée, qui semblait ténébreuse à Pharaon et à sa maison, paraissait éclatante et toute glorieuse à l’Israël de Dieu.
Ce fut le manque de l’assistance de cet Esprit qui rendit Nicodème, docteur d’Israël et chef des Juifs, si complètement ignorant de la doctrine de la régénération : car, n’étant qu’un homme naturel, il ne pouvait comprendre comment cela pouvait se faire ; ce fut le manque de cet Esprit qui fit que les disciples de notre Sauveur, bien qu’il s’entretînt si souvent avec eux, se méprenaient chaque jour sur la nature des doctrines qu’il leur enseignait ; et c’est parce que le voile naturel n’est pas ôté de leurs cœurs que tant de gens qui prétendent aujourd’hui sonder les Écritures n’y voient pourtant rien de plus que la lettre nue, et demeurent entièrement étrangers au sens spirituel caché sous chaque parabole, et contenu dans presque tous les préceptes du livre de Dieu.
En vérité, comment en serait-il autrement ? car Dieu étant esprit, il ne peut se communiquer aux cœurs des hommes autrement que d’une manière spirituelle ; et par conséquent, si nous sommes étrangers à son Esprit, nous demeurerons étrangers à sa parole, parce qu’elle est en tout semblable à lui-même, spirituelle. Travaillez donc ardemment à obtenir ce bienheureux Esprit ; autrement, vos intelligences ne seront jamais ouvertes pour comprendre droitement les Écritures ; et souvenez-vous que la prière est l’un des moyens les plus directs d’obtenir ce Saint-Esprit. C’est pourquoi,
Sixièmement, laissez-moi vous conseiller, avant de lire les Écritures, de prier Christ d’envoyer, selon sa promesse, son Esprit pour vous conduire dans toute la vérité ; entremêlez de courtes oraisons jaculatoires votre lecture pendant que vous y êtes occupés ; priez sur chaque mot et sur chaque verset, si possible ; et quand vous fermez le livre, suppliez Dieu très ardemment que les paroles que vous avez lues soient intérieurement greffées dans vos cœurs, et produisent en vous les fruits d’une bonne vie.
Faites cela, et vous attirerez dans vos cœurs, par une sainte violence, le Saint-Esprit de Dieu ; vous éprouverez son influence pleine de grâce, et vous le sentirez éclairer, vivifier et enflammer vos âmes par la parole de Dieu ; vous ne vous contenterez plus alors de lire, mais vous remarquerez, vous apprendrez et vous digérerez intérieurement ce que vous lisez ; et la parole de Dieu sera vraiment une nourriture et vraiment un breuvage pour vos âmes ; vous serez alors comme Apollos, versés dans les Écritures ; vous serez des scribes instruits de ce qui regarde le royaume de Dieu, et vous tirerez du bon trésor de votre cœur des choses tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, pour l’entretien de tous ceux avec qui vous conversez. Encore une
direction, qui sera la dernière : Septièmement, lisez l’Écriture constamment, ou, pour employer l’expression de notre Sauveur dans le texte, « sondez les Écritures » ; creusez-les comme pour trouver un trésor caché ; car il y a ici une allusion manifeste à ceux qui creusent dans les mines ; et notre Sauveur voudrait nous enseigner par là que nous devons prendre autant de peine à lire constamment sa parole, si nous voulons devenir sages par elle, que ceux qui creusent pour trouver l’or et l’argent. Les Écritures contiennent les profondeurs de Dieu ; c’est pourquoi on ne peut jamais les sonder suffisamment par une lecture négligente, superficielle et hâtive, mais seulement par une application diligente, attentive et humble.
Le psalmiste fait de ceci le trait distinctif de l’homme de bien, qu’il « médite la loi de Dieu jour et nuit ». Et « Que ce livre de la loi (dit Dieu à Josué) ne s’éloigne point de ta bouche; médite-le jour et nuit » ; car c’est alors que tu réussiras dans tes voies, et que tu auras du succès. Sondez donc les Écritures, non seulement avec dévotion, mais chaque jour, car en elles sont les paroles de la vie éternelle ; veillez constamment aux portes de la sagesse, et alors, et pas avant, elle déploiera et vous découvrira ses trésors célestes. Vous qui êtes riches, vous êtes sans excuse si vous ne le faites pas ; et vous qui êtes pauvres, vous devez prendre garde à mettre à profit le peu de temps que vous avez : car c’est par les Écritures que vous serez absous, et par les Écritures que vous serez condamnés au dernier jour.
Mais peut-être n’avez-vous aucun goût pour ce livre méprisé ; peut-être les comédies, les romans et les livres de divertissement mondain conviennent-ils mieux à votre goût : si tel est votre cas, permettez-moi de vous dire que votre goût est vicié [corrompu, dépravé], et qu’à moins d’être corrigés par l’Esprit et par la parole de Dieu, vous n’entrerez jamais dans son royaume céleste ; car si vous ne faites pas vos délices de Dieu ici-bas, comment serez-vous rendus propres à habiter avec lui dans l’au-delà ? Est-ce donc un péché, direz-vous, de lire des livres inutiles et frivoles ? Je réponds : Oui. Et cela pour la même raison qu’il est péché de se livrer à des conversations inutiles, parce que l’une et l’autre chose tendent directement à attrister et à éteindre cet Esprit par lequel seul nous pouvons être scellés pour le jour de la rédemption. Vous répliquerez peut-être : Comment saurons-nous cela ? Eh bien, mettez en pratique le précepte du texte ; sondez l’Écriture de la manière qui vous a été recommandée, et alors vous serez convaincus du danger, du péché et de l’insuffisance qu’il y a à lire d’autres livres que le livre de Dieu, ou que ceux qui sont écrits dans le même esprit. Vous direz alors : Lorsque j’étais enfant, et ignorant de l’excellence de la parole de Dieu, je lisais ce que le monde appelle des livres inoffensifs, comme d’autres enfants en connaissance, quoique avancés en âge, l’ont fait et le font encore ; mais maintenant que j’ai goûté la bonne parole de vie, et que je suis parvenu à une connaissance plus parfaite de Jésus-Christ mon Seigneur, j’ai fait disparaître ces choses puériles et frivoles, et je suis résolu à ne lire d’autres livres que ceux qui me conduisent à la connaissance de moi-même et de Jésus-Christ.
Sondez donc les Écritures, mes chers frères ; goûtez et voyez combien la parole de Dieu est bonne, et alors vous ne quitterez jamais cette manne céleste, ce pain des anges, pour vous nourrir de gousses sèches, de cette misérable nourriture, de ces compositions frivoles et coupables où se délectent les hommes au goût faussé : non, vous dédaignerez alors un si pauvre régal, et vous rougirez d’en avoir été vous-mêmes friands autrefois. La parole de Dieu vous sera alors plus douce que le miel, que celui qui coule des rayons, et plus précieuse que l’or et l’argent ; vos âmes, en la lisant, seront comme rassasiées de mets gras et succulents, et vos cœurs seront insensiblement façonnés selon l’esprit de son bienheureux Auteur. En un mot, vous serez guidés ici-bas par la sagesse de Dieu, et conduits dans la gloire, plus tard, par la lumière de sa divine parole.
Chapitre 37 terminé
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