Sermons choisis de George Whitefield
Les noces de Cana

Chapitre 36 · 34 min de lecture · 43 min d’écoute

Les noces de Cana

Jean 2:11 — « Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »

J’ai eu plus d’une fois l’occasion de faire remarquer que le but principal que saint Jean avait en vue, lorsqu’il écrivit son Évangile, était de prouver la divinité de Jésus-Christ [cette Parole qui non seulement était de toute éternité avec Dieu, mais qui était aussi réellement Dieu, béni éternellement] contre ces grands hérésiarques, Ébion et Cérinthe, dont trop de gens suivent les principes pernicieux en ces derniers jours. C’est dans ce dessein, vous pouvez le remarquer, qu’il est plus attentif qu’aucun autre évangéliste à rapporter les divins discours de notre Seigneur, ainsi que les glorieux miracles qu’il accomplit, non par une puissance empruntée à un autre, comme Moïse et les autres prophètes, mais par une puissance qui résidait en lui-même.

Les paroles du texte se rapportent à un miracle remarquable que Christ accomplit, et par lequel il donna la preuve de sa puissance éternelle et de sa divinité. « Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »

Le miracle dont il est ici parlé, c’est celui par lequel notre Seigneur changea l’eau en vin à un festin de noces. Mon dessein, à présent, avec l’aide de Dieu, est de faire quelques observations sur les circonstances et sur la certitude de ce miracle, puis de conclure par quelques instructions pratiques ; afin qu’en entendant comment Jésus-Christ a manifesté sa gloire, vous soyez amenés, par l’opération de l’Esprit de Dieu sur vos cœurs, à croire en lui avec les disciples dont parle le texte.

Premièrement, donc, je voudrais faire quelques observations sur le miracle lui-même.

Versets 1 et 2. « Trois jours après, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là, et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. » De ce que notre Seigneur assista à un festin, nous pouvons apprendre que festoyer dans les occasions solennelles n’est pas absolument illicite ; mais il nous faut alors prendre un soin extrême, en de tels moments, que l’occasion soit vraiment solennelle, et que nous n’y allions pas pour manger et pour boire, mais pour nous édifier les uns les autres dans l’amour. Festoyer de toute autre manière, je le tiens pour absolument illicite aux disciples de Jésus-Christ : car si nous mangeons et buvons dans quelque autre vue, ce ne peut être pour la gloire de Dieu. Le Fils de l’homme, nous le savons, « est venu, mangeant et buvant ». Si un pharisien le priait de venir dans sa maison, notre Seigneur y allait, et se mettait à table avec lui. Mais alors nous voyons que ses discours tendaient toujours à l’édification. Nous pouvons donc, sans aucun doute, aller et faire de même.

Nous pouvons remarquer de plus que, si notre Seigneur assista à un festin de noces, interdire le mariage à quelque ordre d’hommes que ce soit relève assurément des « doctrines de démons ». « Que le mariage soit honoré de tous », dit l’apôtre. Notre Seigneur honora un festin de noces de son premier miracle public. Le mariage fut une institution de Dieu lui-même, dès le paradis ; il est donc, sans aucun doute, permis à tous les chrétiens, même à ceux qui sont rendus parfaits dans la sainteté par la foi en Jésus-Christ. Mais nous pouvons apprendre par là pourquoi il y a tant de mariages malheureux dans le monde : c’est que les parties intéressées n’invitent pas Jésus-Christ par la prière, et ne demandent pas conseil à ses vrais disciples lorsqu’elles sont sur le point de se marier. Non ; Christ et la religion sont les dernières choses que l’on consulte ; et faut-il s’étonner alors que des unions faites de la main du diable (comme le sont toutes celles qu’on ne contracte qu’en vue de la beauté extérieure, ou pour l’amour d’un gain sordide) se révèlent fort misérables et pénibles à porter ?

Je ne puis m’empêcher de m’arrêter un peu sur ce point, car je suis persuadé que le diable ne peut tendre un plus grand piège aux jeunes chrétiens que de les tenter de se mettre sous un joug étranger avec des incrédules ; et tels sont tous ceux qui ne sont pas nés de Dieu. Ce fut le piège où les fils de Dieu se laissèrent prendre avant le déluge, et l’une des grandes causes pour lesquelles Dieu fit venir ce déluge sur le monde. Car que dit Moïse, Genèse 6:2, 3 ? « les fils de Dieu (la postérité du pieux Seth) virent que les filles des hommes (c’est-à-dire la postérité du méchant Caïn) étaient belles (non qu’elles fussent pieuses), et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent » : non celles que Dieu choisissait pour eux. Qu’arriva-t-il ensuite ? « Alors l’Éternel dit: Mon esprit ne restera pas à toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair » ; c’est-à-dire que, les quelques âmes justes elles-mêmes étant devenues charnelles par leurs mariages impies, le monde entier était devenu tout à fait abominable, et les hommes avaient fait d’eux-mêmes des vases de colère formés pour la perdition. Je pourrais citer encore le soin que prenaient les anciens patriarches de choisir des femmes pour leurs enfants au sein de leurs propres familles pieuses ; et ce fut l’une des grandes marques de la rébellion d’Ésaü contre son père, qu’il prit pour femmes des filles des Cananéens, lesquelles étaient étrangères à l’alliance de la promesse faite à ses pères. Mais je m’arrête. Le temps ne me permet pas de m’étendre ici. Qu’il suffise de conseiller à tous, lorsqu’ils entrent dans l’état de mariage, d’imiter les gens de Cana en Galilée, et d’inviter Christ aux noces ; il vous entendra certainement et choisira pour vous ; et vous trouverez toujours que son choix est le meilleur. Il vous conduira alors vers des compagnons de joug qui seront pour vous des aides semblables à vous dans la grande œuvre de votre salut ; et puis il vous rendra capables aussi de le servir sans distraction, et vous fera marcher, comme Zacharie et Élisabeth, d’une manière irréprochable dans tous ses commandements et dans toutes ses ordonnances.

Mais poursuivons. Qui étaient les personnes qui invitèrent notre Seigneur et ses disciples aux noces, cela n’est pas certain. Quelques-uns (parce qu’il est dit que la mère de Jésus était là) ont supposé qu’elles étaient parentes de la Vierge, et que notre Seigneur et ses disciples furent donc invités à cause d’elle. Quoi qu’il en soit, il semble qu’elles n’étaient pas fort riches (car qu’auraient eu à faire des gens riches d’un Jésus de Nazareth méprisé et de ses humbles disciples ?), puisque nous voyons qu’elles n’étaient pas pourvues d’une quantité de vin suffisante pour une nombreuse compagnie ; c’est pourquoi, « Le vin ayant manqué, la mère de Jésus », qui, à ce qu’il semble par l’empressement avec lequel elle s’adressa à lui en cette occasion, avait déjà vu, même durant sa vie privée, quelques exemples de sa puissance miraculeuse, « lui dit: Ils n’ont plus de vin. » Elle crut qu’il suffisait de l’informer des besoins de l’hôte, sachant qu’il était aussi prompt à donner qu’elle à demander. Telle nous apparaît, au premier abord, la requête de la bienheureuse Vierge ; mais si nous examinons la réponse de notre Seigneur, nous aurons lieu de penser qu’il y avait là quelque chose qui n’était pas droit ; car Jésus lui dit, au verset 4 : « Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi? » Remarquez qu’il l’appelle femme, et non mère, pour lui montrer que, si elle était sa mère selon qu’il était homme, elle était pourtant sa créature selon qu’il était Dieu. « Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi? » Pensez-vous que je doive faire des miracles à votre commandement ? Quelques-uns ont pensé qu’elle parla comme si elle avait autorité sur lui, ce qui était un mouvement d’orgueil, et que notre Seigneur l’en reprend pour cette raison. Et si Jésus-Christ ne voulut pas, pendant qu’il était ici sur la terre, changer un peu d’eau en vin à son commandement, combien est idolâtre, et combien c’est à juste titre que nous nous séparons d’elle, cette Église qui prescrit des formules où l’on prie la Vierge de commander à son Fils d’avoir compassion de nous !

Mais quoique la sainte Vierge fût blâmable à cet égard, elle a pourtant donné en ceci, aux riches comme aux pauvres, un exemple qu’il est de votre devoir de suivre. Vous qui êtes riches, et qui habitez des maisons lambrissées, apprenez d’elle à entrer dans les chaumières des pauvres ; votre Seigneur ne s’en jugeait pas trop grand, et pourquoi le feriez-vous ? Et quand vous les visitez, informez-vous, comme la Vierge mère, de leurs besoins ; et quand vous voyez qu’ils n’ont plus de vin, et qu’ils sont près de mourir de faim, ne fermez pas vos entrailles de compassion, mais bénissez le Seigneur de ce qu’il vous a mis en état de pourvoir à leurs nécessités. Croyez-moi, de telles visites vous feraient du bien. Vous apprendriez alors à être reconnaissants de ce que Dieu vous a donné du pain en suffisance, et au-delà. Et je suis persuadé que chaque obole que vous emploierez à nourrir les affamés et à vêtir ceux qui sont nus parmi les disciples de Jésus-Christ vous apportera plus de satisfaction à l’heure de la mort, et au jour du jugement, que tous les milliers dissipés en bals, en assemblées et en semblables divertissements.

Vous qui êtes pauvres des biens de ce monde, et qui êtes par là hors d’état de secourir les autres, vous pouvez pourtant apprendre de la Vierge à prier les uns pour les autres. Elle ne pouvait changer l’eau en vin, mais elle pouvait supplier son fils de le faire ; et vous le pouvez aussi ; et ne doutez pas que le Seigneur ne vous entende, car Dieu a « choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi » ; et par vos ferventes prières, vous pouvez attirer bien des bénédictions sur vos pauvres semblables. Oh ! puissé-je toujours avoir une place dans votre souvenir devant le trône de notre cher Seigneur Jésus ! Mais que dirons-nous ? Notre Seigneur ne tiendra-t-il aucun compte de cette démarche de sa mère ? Non ; bien qu’il la reprenne par ces mots : « Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi? », il donne pourtant à entendre qu’il fera bientôt ce qu’elle désire : « Mon heure n’est pas encore venue. » Comme s’il avait dit : Le vin est presque épuisé, mais pas tout à fait ; quand ils seront réduits à l’extrémité, et qu’ils sentiront le besoin de mon secours, alors je manifesterai ma gloire, afin qu’ils la contemplent et qu’ils croient en moi.

C’est ainsi, Messieurs, que notre Seigneur s’est souvent plu à agir avec moi, et, je n’en doute pas, avec beaucoup d’entre vous aussi. Souvent, bien souvent, quand j’ai senti sa présence comme cachée à mon âme et ses consolations presque disparues, je suis allé à lui en me plaignant de ce que je n’avais pas, comme d’ordinaire, de visite ni de gage de son amour. Parfois il a semblé faire la sourde oreille à ma demande, et me dire en quelque sorte : « qu’y a-t-il entre moi et toi? » ; et cela m’a fait marcher dans la tristesse tout le jour ; tant j’étais insensé et incrédule devant lui : car j’ai toujours trouvé qu’il m’aimait néanmoins, comme il aimait Lazare, bien qu’il fût resté deux jours encore après avoir appris qu’il était malade. Mais quand mon heure d’extrémité était venue, et ma volonté brisée, alors il a fait lever de nouveau sur moi la lumière de sa face bénie ; il a manifesté sa gloire, et m’a rendu confus d’avoir douté de lui, qui si souvent a changé mon eau en vin. Ne vous découragez donc pas si le Seigneur ne semble pas aussitôt prêter attention à la voix de votre prière, quand vous criez à lui. La sainte Vierge, nous le voyons, ne se découragea pas ; non, elle était convaincue que son temps à lui était le meilleur ; c’est pourquoi, au verset 5, elle « dit aux serviteurs: (oh ! si nous pouvions suivre son conseil !) Faites ce qu’il vous dira. »

Et maintenant, voici l’heure venue où le Fils éternel de Dieu va manifester sa gloire. La circonstance du miracle est fort remarquable ; verset 6 : « Or, il y avait là six vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs, et contenant chacun deux ou trois mesures. » Cette manière de se purifier, nous en trouvons la description chez les autres évangélistes, en particulier chez saint Marc, qui nous apprend que les pharisiens et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être souvent lavé les mains, et que, quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent qu’après s’être lavés. C’était là une coutume superstitieuse ; mais nous pouvons cependant en apprendre, chaque fois que nous rentrons après avoir conversé avec ceux du dehors, à purifier nos cœurs par l’examen de nous-mêmes et par la prière ; car il est difficile de traverser le monde et de se préserver de ses souillures.

Remarquez encore le verset 7 : « Jésus leur dit: », non à ses propres disciples, mais aux serviteurs de la maison, qui étaient étrangers au saint Jésus, et à qui la Vierge avait auparavant recommandé de faire tout ce qu’il leur dirait ; « Remplissez d’eau ces vases. Et ils les remplirent jusqu’au bord. Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l’ordonnateur du repas. Et ils en portèrent. » Comment notre Seigneur changea l’eau en vin, cela ne nous est pas dit. Qu’avons-nous à faire de cela ? Pourquoi désirerions-nous être sages au-delà de ce qui est écrit ? Il suffit, pour la manifestation de sa glorieuse divinité, que nous ayons l’assurance qu’il l’a fait. Car il nous est dit, aux versets 9 et 10 : « Quand l’ordonnateur du repas eut goûté l’eau changée en vin, ne sachant d’où venait ce vin, tandis que les serviteurs, qui avaient puisé l’eau, le savaient bien, il appela l’époux, et lui dit: Tout homme sert d’abord le bon vin, puis le moins bon après qu’on s’est enivré; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent. »

Pour expliquer ce passage, il vous faut remarquer que c’était la coutume des Juifs, et même des païens eux-mêmes (soit dit à la honte de nos païens chrétiens et baptisés), de choisir dans leurs festins publics un ordonnateur, chargé de surveiller et de régler la conduite des convives, et de veiller à ce que toutes choses se passent avec bienséance et avec ordre. C’est donc à cette personne que les serviteurs portèrent le vin ; et nous pouvons juger de sa qualité par l’éloge qu’il en fit : « Tout homme sert d’abord le bon vin, etc. » Jugez donc vous-mêmes si Jésus n’a pas manifesté sa gloire, et si vous n’avez pas de bonnes raisons, comme le disciple ici mentionné, de croire en lui.

Ainsi, mes frères, je me suis efforcé de faire quelques observations sur le miracle lui-même. Mais hélas ! ce n’en est que le parvis extérieur ; le voile est encore devant nos yeux ; écartez-le, et nous verrons au-dessous de tels mystères que nos cœurs en tressailliront de joie et que nos bouches seront remplies de louanges à jamais !

Mais ici je ne puis m’empêcher de relever la triste conséquence qu’un de nos docteurs d’Israël, dans un sermon imprimé, a récemment tirée de cet éloge adressé à l’époux. Voici ses paroles : « Notre bienheureux Sauveur est venu mangeant et buvant ; il a assisté à des noces et à d’autres réjouissances (bien que je n’entende parler que d’une seule) ; bien plus, à l’une d’elles (je suppose que c’est celle dont je parle à présent), il a fait un miracle pour faire du vin, alors qu’il est évident qu’on avait bu plus qu’il n’était absolument nécessaire à l’entretien de la nature, et que, par conséquent, on avait accordé quelque chose au plaisir et à la gaieté. »

Je suis affligé que de telles paroles sortent de la bouche et de la plume d’un dignitaire du clergé de l’Église d’Angleterre. Hélas ! combien elle est déchue ! ou du moins, en quel danger doit être son arche chancelante, quand des mains si profanes s’étendent pour la soutenir ! Je puis bien supporter patiemment d’être appelé blasphémateur et prédicateur de doctrines étranges, quand mon cher Seigneur Jésus est ainsi calomnié, et quand ceux qui prétendent prêcher en son nom allèguent cet exemple pour patronner la licence et l’excès. Il est vrai (comme je l’ai fait remarquer au début de ce discours) que notre bienheureux Sauveur est venu mangeant et buvant ; qu’il a assisté à des noces et à d’autres réjouissances ; bien plus, qu’à l’une d’elles il a fait un miracle pour faire du vin (vous voyez que j’ai fait quelques observations à ce sujet) ; mais il n’est nullement évident pour autant qu’on eût bu plus de vin qu’il n’était absolument nécessaire à l’entretien de la nature ; encore moins apparaît-il qu’on eût accordé quelque chose au plaisir et à la gaieté.

L’ordonnateur dit bien : « après qu’on s’est enivré » ; mais il n’apparaît nulle part qu’il s’agisse de ces convives-là. Peut-on supposer que le très saint et immaculé Agneau de Dieu, qui « a paru afin de détruire les œuvres du diable », et qui, lorsqu’il était dans la maison d’un pharisien, remarquait jusqu’aux gestes de ceux avec qui il était à table ; peut-on supposer que notre cher Rédempteur, dont la pratique constante était de dire aux gens qu’ils devaient renoncer à eux-mêmes et se charger chaque jour de leur croix ; qui recommandait à ses disciples de prendre garde que leurs cœurs ne s’appesantissent jamais par les excès du manger et du boire ; peut-on supposer qu’un Jésus si plein de renoncement changeât maintenant six grands vases d’eau en un vin des plus riches, pour encourager l’excès et l’ivrognerie chez des gens qui, selon cet auteur, avaient déjà accordé quelque chose au plaisir et à la gaieté ? Si notre Seigneur était resté assis à les regarder s’y livrer, sans les en reprendre, n’eût-ce pas été un péché ? Mais insinuer que non seulement il fit cela, mais qu’il changea encore l’eau en vin pour accroître ce relâchement, c’est vraiment faire de Christ un ministre du péché. Qu’est-ce là, sinon le traiter comme les pharisiens d’autrefois, qui l’appelaient « un mangeur et un buveur » ? Hélas ! comment pouvons-nous attendre que les ennemis de notre cher Seigneur le traitent, quand il est ainsi blessé dans la maison de ceux qui paraissent ses amis ? Messieurs, si vous suivez une telle doctrine, vous ne serez pas justes, mais, j’en suis persuadé, vous serez méchants à l’excès.

Mais à Dieu ne plaise que vous pensiez que notre Seigneur se soit conduit en cette affaire d’une manière si peu semblable à lui-même. Non, il avait en vue des fins plus nobles lorsqu’il accomplit ce miracle. L’évangéliste en mentionne une dans les paroles du texte : « manifester sa gloire », c’est-à-dire donner une preuve de sa puissance éternelle et de sa divinité.

Il semble y avoir ici une allusion à l’apparition de Dieu dans le tabernacle, que ce même évangéliste relève dans son premier chapitre, où il dit : « la parole (Jésus-Christ) a été faite chair, et elle a habité (ou, comme il est rendu en marge, a dressé sa tente) parmi nous ». Notre cher Seigneur, bien qu’il fût vrai Dieu de vrai Dieu, et aussi très parfait et très glorieux en lui-même en tant qu’homme, voulut bien jeter un voile de chair sur sa grande gloire, lorsqu’il vint livrer son âme en sacrifice pour le péché. Et afin que le monde le connût et crût en lui comme au Sauveur de tous les hommes, il accomplit beaucoup de miracles, et celui-ci en particulier ; car voici comment parle l’évangéliste : « Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles », etc.

Tel fut donc le principal dessein de notre Seigneur en changeant l’eau en vin. Mais on peut supposer qu’il en avait encore d’autres en vue, dont je vais mentionner quelques-uns.

Secondement, il a pu faire cela pour récompenser ceux qui l’avaient invité aux noces, lui et ses disciples. Jésus-Christ ne demeurera pas en reste avec ceux qui le reçoivent, lui ou ses disciples, à cause de son nom. Ceux qui l’honorent ainsi, il les honorera. Un verre d’eau froide donné au nom d’un disciple ne perdra point sa récompense. Il changera l’eau en vin. Bien que ceux qui abondent en aumônes, par une vraie foi en Jésus et par amour pour lui, puissent sembler jeter en quelque sorte leur pain sur la face des eaux, ils le retrouveront pourtant avec le temps. Car ceux qui donnent aux pauvres par ce principe prêtent à l’Éternel ; et voici, tout ce qu’ils dépensent leur sera rendu. Même dans cette vie, Dieu ordonne souvent qu’une bonne mesure, serrée et qui déborde, soit versée dans le sein de ses serviteurs. Il en est de même dans les choses spirituelles. À celui qui a, et qui fait valoir ce qu’il a pour l’amour de Christ et de ses disciples, on donnera, et il sera dans l’abondance. Frères, je ne voudrais pas me glorifier ; mais, soit dit à l’honneur de mon maître et de sa grâce gratuite, je puis prouver par une heureuse expérience que cela est vrai. Quand j’ai considéré que je suis un enfant et que je ne sais point parler, et que j’ai vu tant d’entre vous sortir dans le désert pour être nourris, je me suis souvent dit en moi-même : Que puis-je faire, avec ma petite provision de grâce et de connaissance, au milieu d’une si grande multitude ? Mais, à l’ordre de mon Seigneur, je vous ai donné à manger de la nourriture spirituelle que j’avais ; et avant d’avoir fini de parler, j’ai eu l’âme richement nourrie du pain qui descend du ciel. Ainsi en sera-t-il de tous ceux qui veulent bien dépenser et se dépenser eux-mêmes pour Christ ou pour ses disciples ; car « devant Dieu il n’y a point d’acception de personnes ».

Troisièmement, ce que notre Seigneur changea en vin l’eau qui avait été versée avec tant d’abondance est un signe de l’abondante effusion de son Esprit dans les cœurs des croyants. Le Saint-Esprit est comparé au vin dans l’Écriture ; c’est pourquoi le prophète nous invite à acheter du vin aussi bien que du lait, c’est-à-dire l’esprit d’amour, qui remplit et réjouit l’âme comme d’un vin nouveau. L’apôtre y fait allusion lorsqu’il dit aux Éphésiens : « Ne vous enivrez pas de vin: c’est de la débauche. Soyez, au contraire, remplis de l’Esprit. » Et notre Seigneur nous montre la même chose en choisissant le vin pour figurer, dans le bienheureux sacrement, la force et le rafraîchissement de son sang. Je sais que ces termes sont inintelligibles pour les hommes naturels ; ils ne peuvent pas plus me comprendre que si je leur parlais dans une langue inconnue, car c’est spirituellement qu’on en juge. C’est donc à vous qui êtes spirituels que je parle, à vous qui êtes justifiés par la foi, et qui sentez le bienheureux Esprit de Jésus-Christ agir sur vos cœurs ; vous pouvez juger de ce que je dis ; vous avez déjà (j’en suis persuadé) été comme remplis de vin nouveau par l’inspiration de son Saint-Esprit. Mais hélas ! vous n’avez pas encore reçu la moitié de votre part ; ce ne sont là que des arrhes, et, en comparaison, que des ombres des biens à venir ; notre Seigneur vous garde son meilleur vin pour la fin ; et bien que vous en ayez déjà bu à longs traits, il a dessein de vous en donner davantage : il ne vous laissera point qu’il ne vous ait remplis jusqu’au bord, jusqu’à ce que vous soyez prêts à vous écrier : Seigneur, retiens ta main, tes pauvres créatures n’en peuvent contenir davantage ! Ne soyez pas à l’étroit dans vos propres entrailles, puisque Jésus-Christ n’est pas à l’étroit dans les siennes. Ouvrez vos cœurs aussi grands que vous voudrez, l’Esprit du Seigneur les remplira. Christ agit avec les vrais croyants comme Élie agit avec la pauvre femme dont l’huile se multiplia pour payer les dettes de son mari ; tant qu’elle apporta des vases, l’huile continua de couler. Elle ne s’arrêta que lorsque la femme cessa d’apporter des vases pour la recevoir. Mes frères, nos cœurs sont semblables à ces vases ; ouvrez-les largement par la foi, et l’huile du don gratuit de Dieu, l’huile de joie, l’amour de Dieu en Christ, y sera versée continuellement ; car les croyants doivent être « remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu ».

Quatrièmement, ce que notre Seigneur changea l’eau en vin, et garda le meilleur pour la fin, peut figurer la gloire des derniers jours de son festin de noces avec son Église. Dieu a déjà fait de grandes choses, dont des millions de saints se sont réjouis et se réjouissent encore. Dieu fait maintenant de grandes choses ; mais pourtant, mes frères, nous en verrons de plus grandes que celles-ci. Il est juste, il est convenable, et c’est notre devoir le plus étroit de rendre grâces à Dieu le Père ; car beaucoup de justes ont désiré voir les choses que nous voyons, et ne les ont pas vues, et entendre les choses que nous entendons, et ne les ont pas entendues. Mais il reste encore des choses plus excellentes. Des choses glorieuses sont dites de ces temps-là, « lorsque la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent ». Il y a parmi le peuple de Dieu une attente générale du jour où le mur de séparation entre Juif et Gentil sera abattu, et où tout Israël sera sauvé. Heureux ceux qui vivront lorsque Dieu fera cela ! Ils verront Satan tomber du ciel comme un éclair. Ils ne pleureront pas, comme pleurèrent les Juifs lors de la construction du second temple. Non, ils se réjouiront d’une très grande joie. Car toute la gloire passée de l’Église chrétienne ne sera rien en comparaison de cette gloire qui l’emportera sur elle. Alors ils s’écrieront avec l’ordonnateur du festin : « toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent ! »

Cinquièmement, et enfin, ceci nous montre le bonheur de cet état bienheureux où nous serons tous assis ensemble au festin des noces de l’Agneau, et où nous boirons le vin nouveau dans son royaume éternel et glorieux !

Les récompenses que Jésus-Christ accorde à ses fidèles serviteurs, et les consolations de son amour dont il les console tandis qu’ils sont pèlerins ici-bas sur la terre, sont souvent si grandes que, si cela n’était promis, ce serait presque présomption de leur part d’espérer encore une récompense dans l’au-delà. Mais, mes frères, toutes les manifestations de Dieu dont nous pouvons être favorisés ici-bas, comparées à la gloire qui doit être révélée en nous, ne sont qu’une goutte d’eau comparée à un océan sans bornes. Bien que Christ remplisse souvent ses saints jusqu’au bord, leurs corps corruptibles appesantissent pourtant leurs âmes, et les font s’écrier : « Qui nous délivrera de ces corps de mort ? » Ces tabernacles terrestres ne peuvent en contenir davantage ; mais, Dieu soit béni, ces tabernacles terrestres doivent être détruits ; ce corps corruptible doit revêtir l’incorruptibilité, ce corps mortel doit revêtir l’immortalité ; et quand Dieu fera passer toute sa gloire devant nous, alors nous nous écrierons : Seigneur, tu as gardé ton bon vin jusqu’à présent. Nous avons bu à longs traits de ton Esprit ; nous avons entendu dire des choses glorieuses de ta cité, ô Dieu ! mais nous trouvons maintenant qu’on ne nous en a pas dit la moitié, pas même la millième partie. Ô réalités invisibles du monde de la foi ! L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, et il n’est point monté au cœur du plus grand des saints de concevoir comment Christ y manifestera sa gloire ! Saint Paul, qui fut ravi jusqu’au troisième ciel, n’a pu nous en rendre que peu ou point de compte. Et il est bien naturel qu’il ne l’ait pu, car il entendit et vit des choses qu’il n’est pas possible à un homme revêtu de chair et de sang d’exprimer. Tandis que je pense à ces choses, et que je ne fais qu’en parler devant vous, je suis presque transporté hors de moi-même. Il me semble que je reçois maintenant quelques petits avant-goûts de ce vin nouveau que j’espère boire avec vous dans le royaume céleste aux siècles des siècles.

Et pourquoi pensez-vous que j’aie dit ces choses ? Beaucoup peut-être seront prêts à dire : Pour faire étalage de ta propre vaine gloire. Mais il m’importe fort peu d’être jugé d’un jugement humain. Celui qui me juge, c’est le Seigneur. Il sait que je n’ai parlé de son miracle que dans le même but pour lequel il l’accomplit d’abord, et que je me suis d’abord proposé, à savoir « manifester sa gloire », afin que vous aussi soyez amenés à croire en lui.

Si je venais me prêcher moi-même, et non Jésus-Christ mon Seigneur, je viendrais à vous, non avec cette simplicité de langage, mais avec les discours persuasifs de la sagesse humaine. Si je désirais plaire aux hommes naturels, je n’aurais pas besoin de prêcher ici dans le désert. J’espère que mon cœur ne vise à rien d’autre qu’à ce que visait le grand précurseur de notre Seigneur, et à ce qui devrait être l’occupation de tout ministre de l’Évangile, c’est-à-dire vous montrer l’Homme-Dieu, Jésus-Christ. « Voici donc (contemplez-le par la foi) l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » Tournez-vous vers lui, et vous serez sauvés. Vous avez entendu comment il a manifesté et manifestera encore sa gloire aux vrais croyants ; pourquoi donc, ô pécheurs, ne voulez-vous pas croire en lui ? Je dis : ô pécheurs ; car maintenant que j’ai parlé aux saints, j’ai beaucoup de choses à vous dire. Et Dieu veuille vous donner à tous une oreille qui entende et un cœur obéissant !

Le Seigneur Jésus, qui manifesta sa gloire il y a plus de 1700 ans, a préparé un festin de noces, et offre de s’unir comme époux à tous les pécheurs, et de faire d’eux la chair de sa chair et les os de ses os. Il veut bien être uni à vous par un seul Esprit. Dans tous les âges, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, il a envoyé ses serviteurs, et ils en ont invité beaucoup ; mais pourtant, mes frères, il y a encore de la place. C’est pourquoi le Seigneur a maintenant donné, en ces derniers jours, à d’autres de ses serviteurs la commission de contraindre les pauvres pécheurs, par les liens de l’amour, à entrer. Car la maison de notre maître doit être remplie, et elle le sera. Il n’aura pas versé en vain son sang plein de grâce. Venez donc, venez aux noces. Que ce jour soit celui de vos fiançailles avec Jésus-Christ ; il veut bien vous recevoir, quoique d’autres maîtres aient dominé sur vous. Venez donc aux noces. Voici, les bœufs et les bêtes grasses sont tués, et tout est prêt ; faites-moi entendre que vous dites, comme Rebecca lorsqu’on lui demanda si elle voulait aller devenir la femme d’Isaac ; oh ! faites-moi entendre que vous dites : Nous irons. En vérité, vous ne vous en repentirez pas. Le Seigneur changera votre eau en vin. Il rassasiera vos âmes comme de mets gras et succulents, et vous fera le célébrer avec des lèvres joyeuses.

Ne dites pas que vous êtes misérables, pauvres, aveugles et nus, et que vous avez donc honte de venir ; car c’est précisément à de tels hommes que cette invitation est maintenant adressée. Les gens polis, les riches, les affairés, les pharisiens de cette génération, satisfaits de leur propre justice, ont déjà été invités, mais ils ont rendu nul à leur égard le dessein de Dieu. Ils sont trop profondément engagés à s’en aller, l’un à sa maison de campagne, l’autre à son négoce. Ils sont si profondément attachés aux pompes et aux vanités de ce monde méchant qu’ils se sont, comme d’un commun accord, mis à s’excuser. Et bien qu’ils aient été souvent appelés dans leurs propres synagogues, toute la réponse qu’ils font est de nous en chasser, disant ainsi en effet qu’ils ne veulent pas venir. Mais à Dieu ne plaise, mes frères, que vous preniez exemple sur eux ; non, puisque notre Seigneur daigne appeler le premier (car, laissés à vous-mêmes, vous ne l’appelleriez jamais), laissez-moi vous supplier de lui répondre comme il répondit pour vous, lorsque la justice infinie et offensée l’appela à mourir pour vos péchés : « voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté ! » Qu’importe que vous soyez misérables, pauvres, aveugles et nus ? ce n’est pas une excuse ; la foi est le seul habit de noces que Christ demande ; il ne vous appelle pas parce que vous êtes déjà des saints, mais parce qu’il a dessein de faire de vous des saints. Il a pitié de vous voir nus. Il veut vous couvrir de sa justice. En un mot, il désire manifester sa gloire, c’est-à-dire son libre amour, par votre foi en lui. Non qu’il ne doive être glorifié, que vous croyiez en lui ou non ; car le libre amour infini de Jésus-Christ sera toujours le même, que vous le croyiez et le receviez ainsi, ou le contraire. Mais notre Seigneur n’enverra pas toujours en vain ses serviteurs pour vous appeler ; le temps viendra où il dira : Aucun de ceux qui avaient été invités, et qui n’ont pas voulu venir, ne goûtera de mon souper. Notre Seigneur est un Dieu de justice aussi bien que d’amour ; et si les pécheurs ne veulent pas saisir son sceptre d’or, assurément il les brisera avec sa verge de fer. C’est pour l’amour de vous, ô pécheurs, et non pour l’amour de lui-même, qu’il daigne ainsi vous inviter : souffrez donc qu’il manifeste sa gloire, la gloire même des infinies richesses de sa grâce gratuite, en croyant en lui ; « Car c’est par la grâce que nous sommes sauvés, par le moyen de la foi. » Ce fut la grâce, la grâce gratuite, qui fit que le Père a tant aimé le monde « qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » ! Ce fut la grâce qui fit descendre le Fils et le fit mourir. Ce fut la grâce, la grâce gratuite, qui porta le Saint-Esprit à entreprendre de sanctifier le peuple élu de Dieu ; et c’est la grâce, la grâce gratuite, qui a porté notre Seigneur Jésus-Christ à envoyer ses ministres appeler aujourd’hui les pauvres pécheurs. Ne me laissez donc pas, mes frères, m’en aller sans avoir accompli mon message. Pourquoi ne voulez-vous pas croire en lui ? Le diable fera-t-il pour vous d’aussi grandes et bonnes choses que Christ ? Non, en vérité, il ne le fera pas. Peut-être vous donnera-t-il à boire d’abord un peu de plaisir brutal ; mais que vous donnera-t-il à boire à la fin ? une coupe de fureur et d’étourdissement, un ver qui ne meurt point, une conscience qui se condamne elle-même, et les amères douleurs de la mort éternelle. Mais pour les serviteurs de Jésus-Christ, il n’en est pas ainsi. Non, il garde son meilleur vin pour la fin. Et bien qu’il puisse vous faire boire au torrent sur le chemin du ciel, et à la coupe de l’affliction, il l’adoucit pourtant par le sentiment de sa bonté, et en fait un breuvage agréable, tel que leurs âmes l’aiment. J’en appelle à l’expérience de tout saint ici présent (comme je ne doute pas qu’il n’y en ait beaucoup dans ce champ) : Christ ne s’est-il pas montré fidèle depuis que vous lui avez été unis comme à un époux ? N’a-t-il pas manifesté sa gloire depuis que vous avez cru en lui ?

Et maintenant, pécheurs, qu’avez-vous à objecter ? Je vois que vous gardez tous le silence, et vous faites bien. Car si vous ne voulez pas être attirés par les liens d’un amour infini et éternel, qu’est-ce qui vous attirera ? Je pourrais faire valoir bien des terreurs du Seigneur pour vous persuader ; mais si l’amour de Jésus-Christ ne vous presse pas, votre cas est désespéré. Souvenez-vous donc qu’aujourd’hui j’ai invité tous les hommes, même les pires des pécheurs, à s’unir au Seigneur Jésus comme à leur époux. Si vous périssez, souvenez-vous que vous ne périssez pas faute d’invitation. Vous-mêmes comparaîtrez au dernier jour, et je vous donne ici assignation à me rencontrer devant le tribunal de Christ, et à nous justifier, mon maître et moi. Si les pleurs, si les larmes pouvaient prévaloir sur vous, je souhaiterais que ma tête fût remplie d’eau et que mes yeux fussent une source de larmes, afin de verser en pleurs chaque argument, et de vous fondre en amour. Si quelque chose que je pusse faire ou souffrir pouvait toucher vos cœurs, je crois que je supporterais de m’arracher les yeux, ou même de donner ma vie pour l’amour de vous. Ou si j’étais sûr de prévaloir sur vous par l’importunité, je pourrais prolonger mon discours jusqu’à minuit ; je lutterais avec vous jusqu’à la veille du matin, comme Jacob lutta avec l’ange, et je ne m’en irais pas que je n’eusse vaincu. Mais une telle puissance n’appartient qu’au Seigneur ; je ne puis qu’inviter ; c’est lui seul qui « produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » ; c’est à lui qu’il appartient d’ôter le cœur de pierre et de vous donner un cœur de chair ; c’est son Esprit qui doit vous convaincre d’incrédulité, et de la justice éternelle de son cher Fils ; c’est lui seul qui doit vous donner la foi pour appliquer sa justice à vos cœurs ; c’est lui seul qui peut vous donner un habit de noces, et vous amener à vous asseoir et à boire le vin nouveau dans son royaume. Quant aux choses spirituelles, nous sommes tout à fait morts, et nous n’avons pas plus le pouvoir de nous tourner vers Dieu par nous-mêmes que Lazare n’avait celui de se ressusciter lui-même, après avoir été quatre jours dans le tombeau, où il sentait déjà. Si tu peux aller, ô homme, souffler sur tous les ossements desséchés qui gisent dans les tombeaux, et leur commander de vivre ; si tu peux prendre ton manteau et partager ce fleuve là-bas, comme Élie partagea le Jourdain, alors nous croirons que tu as le pouvoir de te tourner vers Dieu par toi-même ; mais comme tu dois désespérer de l’un, ainsi tu dois désespérer de l’autre, sans la grâce vivifiante de Christ ; en lui est ton unique secours ; fuis donc vers lui par la foi ; dis-lui, comme le pauvre lépreux : « Seigneur, si tu le veux », tu peux me rendre docile ; et il étendra la droite de sa puissance pour t’assister et te secourir : il te conduira doucement par sa sagesse sur la terre, et ensuite il t’élèvera à lui pour te faire participer à sa gloire dans le ciel.

C’est donc à sa miséricorde et à sa protection toute-puissante que je vous recommande ardemment, humblement et très affectueusement : que le Seigneur vous bénisse et vous garde ; que le Seigneur fasse luire sur vous la lumière de sa face bénie, et vous donne à tous paix et joie dans la foi, maintenant et à toujours !

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