Sermons choisis de George Whitefield
Le pharisien et le publicain

Chapitre 34 · 29 min de lecture · 38 min d’écoute

Le pharisien et le publicain

Luc 18:14 — « Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre. Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »

Bien qu’il y en ait qui osent renier le Seigneur Jésus et ne pas croire à la révélation qu’il lui a plu de nous donner, attirant ainsi sur eux-mêmes une ruine soudaine, j’aime à espérer, par charité, qu’il ne s’en trouve que fort peu, ou même aucun, parmi vous, à qui je dois maintenant prêcher le royaume de Dieu. Si je vous demandais comment vous espérez être justifiés aux yeux d’un Dieu offensé, vous me répondriez, je suppose : uniquement à cause de notre Seigneur Jésus-Christ. Mais si je pressais davantage vos consciences, je crains que la plupart d’entre vous ne fassent du Seigneur Jésus leur Sauveur qu’en partie, et ne cherchent, pour ainsi dire, à établir une justice qui leur soit propre. Et ce n’est pas là manquer aux règles de la charité chrétienne : car nous sommes tous propres-justes par nature ; il nous est aussi naturel de nous tourner vers une alliance des œuvres qu’il l’est aux étincelles de s’élever en volant. Nous avons eu, depuis tant d’années, tant de prédicateurs légalistes et si peu de prédicateurs de la grâce gratuite, que la plupart de ceux qui font profession de religion semblent aujourd’hui reposer sur leur lie [résidu, restes, marc, dépôt], et méritent plutôt le titre de pharisiens que celui de chrétiens.

Il en était ainsi de la plupart des gens au temps du ministère public de notre Seigneur ; c’est pourquoi, dans presque tous ses discours, il prêchait l’Évangile aux pauvres pécheurs et prononçait de terribles malheurs contre les orgueilleux qui se justifient eux-mêmes. La parabole à laquelle appartiennent les paroles de notre texte regarde de ces deux côtés à la fois : car l’évangéliste nous apprend (v. 9) que notre Seigneur la dit « en vue de certaines personnes se persuadant qu’elles étaient justes, et ne faisant aucun cas des autres ». Et c’est une parabole remarquable, une parabole digne de votre plus sérieuse attention. « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende » ce que Jésus-Christ y dit à tous ceux qui font une profession visible de religion.

Verset 10. « Deux hommes montèrent au temple pour prier (et jamais deux hommes ne furent de caractères plus opposés) ; l’un était pharisien, et l’autre publicain. » Les pharisiens formaient la secte la plus stricte parmi les Juifs. « j’ai vécu pharisien, selon la secte la plus rigide de notre religion », dit Paul. Ils priaient souvent ; bien plus, ils faisaient de longues prières ; et, pour paraître d’une dévotion extraordinaire, ils priaient aux coins des rues, là où deux chemins se rencontrent, afin que les gens qui allaient et venaient, dans les deux sens, pussent les voir. « Ils élargissaient (comme notre Seigneur nous l’apprend) les bords de leurs phylactères » : ils avaient des morceaux de parchemin cousus à leurs longues robes, sur lesquels étaient écrites quelques portions de l’Écriture, afin que les gens en concluent qu’ils aimaient la loi de Dieu. Ils étaient si ponctuels et si exacts dans les purifications extérieures qu’ils se lavaient en sortant et en rentrant. Ils observaient le lavage des pots, des vases d’airain et des tables, et ils faisaient beaucoup d’autres choses semblables. Ils étaient pleins de zèle pour les traditions des pères et pour l’observation des rites et des cérémonies de l’Église, bien qu’ils annulassent souvent la loi de Dieu par leurs traditions. Et ils étaient si excessivement exacts dans l’observation extérieure du sabbat qu’ils condamnèrent notre Seigneur pour avoir fait un peu de boue avec sa salive, l’appelèrent pécheur et dirent qu’il ne venait pas de Dieu, parce qu’il avait rendu la vue à un aveugle-né le jour du sabbat. Pour ces raisons, ils étaient en grande vénération auprès du peuple, que ces conducteurs aveugles égaraient tristement : ils avaient les premières places dans les synagogues et les salutations dans les places publiques (qu’ils aimaient fort), et les hommes les appelaient Rabbi ; bref, ils avaient une telle réputation de piété que c’était devenu un proverbe chez les Juifs que, s’il n’y avait que deux hommes sauvés, l’un d’eux devait être un pharisien.

Quant aux publicains, il n’en était pas ainsi. Il semble qu’ils étaient parfois des Juifs, ou du moins des prosélytes de la porte, car nous en voyons un ici monter au temple ; mais, pour la plupart, je suis porté à croire qu’ils étaient des païens ; car ils percevaient les impôts romains, et avaient coutume d’amasser de grandes richesses (comme il paraît par la confession de Zachée, l’un des chefs d’entre eux) en faisant tort aux gens par de fausses accusations. Ils étaient si universellement infâmes que notre Seigneur lui-même dit à ses disciples que l’excommunié devait être pour eux « comme un païen et un publicain ». Et les pharisiens trouvaient que c’était une accusation suffisante contre la réputation de notre Seigneur qu’il fût l’ami des publicains et des pécheurs, et qu’il allât s’asseoir à table avec eux.

Mais, quoiqu’ils ne fussent pas d’accord sur d’autres points, ils s’accordaient sur celui-ci, que le culte public est un devoir qui incombe à tous : car ils montèrent tous deux au temple. Les païens eux-mêmes observaient le culte du temple. Nous trouvons de très bonne heure, dans l’Ancien Testament, la mention d’hommes qui offraient des sacrifices au Seigneur et invoquaient son nom ; et je ne vois nulle part que le Nouveau le contredise. Notre Seigneur et ses apôtres montaient au temple ; et l’apôtre nous commande « de ne pas abandonner notre assemblée », comme c’est la coutume de beaucoup trop de gens de nos jours ; et de gens, qui plus est, qui voudraient que nous pensions du bien d’eux, quoiqu’ils foulent rarement, ou jamais, les parvis de la maison du Seigneur. Mais, si nos dévotions commencent dans notre cabinet, elles ne doivent pas s’y arrêter. Et si des gens ne montrent jamais leurs dévotions au-dehors, je dois soupçonner qu’ils n’en ont que peu, ou point du tout, chez eux. « Deux hommes montèrent au temple. » Et qu’allaient-ils y faire ? Non pas (comme le font chez nous des multitudes) faire de la maison de Dieu une maison de trafic, ou en faire une caverne de voleurs ; encore moins tourner le prédicateur en ridicule ou troubler l’assemblée ; non, ils vinrent au temple, dit notre Seigneur, « pour prier ». C’est là que devraient monter les tribus de l’Israël spirituel de Dieu, pour s’entretenir avec le Dieu puissant de Jacob et répandre leur cœur devant lui.

« Deux hommes montèrent au temple pour prier. » Je crains que l’un d’eux n’ait oublié pourquoi il était venu. J’ai souvent été embarrassé pour savoir quel nom donner au discours du pharisien ; il ne mérite certainement pas le nom de prière : on peut plutôt dire qu’il vint au temple pour se vanter que pour prier ; car je n’y trouve pas un mot de confession de sa culpabilité originelle, pas une seule demande de pardon pour ses péchés actuels passés, ni de grâce pour l’aider et le soutenir à l’avenir : il ne fait qu’apporter à Dieu, pour ainsi dire, le compte de ses œuvres ; et il fait ce qu’aucune chair ne peut faire à bon droit, je veux dire se glorifier en sa présence.

Verset 11. « Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même: O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain. »

Notre Seigneur remarque d’abord sa posture : « le pharisien, debout » ; il n’est pas à blâmer pour cela ; car se tenir debout, aussi bien que s’agenouiller, est une posture convenable pour la prière. « lorsque vous êtes debout faisant votre prière », dit notre Seigneur ; quoique notre Seigneur se soit parfois agenouillé, et même prosterné la face contre terre ; ses apôtres aussi s’agenouillaient, comme nous le lisons dans les Actes ; ce qui m’a fait m’étonner de certaines personnes si obstinément attachées à la station debout, dans la prière en famille comme dans la prière publique, qu’elles ne veulent pas s’agenouiller, alors même que tous ceux qui les entourent s’agenouillent. Je crains qu’il n’y ait quelque chose du pharisien dans cette conduite. S’agenouiller ou se tenir debout sont des choses indifférentes, si le genou de l’âme est fléchi et si le cœur est droit envers Dieu. Nous devrions nous appliquer à ne pas nous singulariser dans les choses indifférentes, de peur de scandaliser les esprits faibles. Ce qu’on remarque chez le pharisien, c’est qu’il se tenait « debout à l’écart » : car on peut rendre ainsi ces mots : il se tenait à l’écart, en quelque lieu éminent, dans la partie supérieure du temple, près du lieu très saint, afin que l’assemblée pût voir quel homme pieux il était ; ou bien on peut les entendre comme nous les lisons : il priait en lui-même, ou de lui-même, de son propre cœur ; il ne priait pas d’après un formulaire ; c’était une prière improvisée : car il y a beaucoup de pharisiens qui prient, et qui prêchent aussi, d’abondance. Je ne vois pas pourquoi ces choses ne s’acquerraient pas comme les autres arts et sciences. Un homme doué d’une bonne élocution [articulation, éloquence, parole], d’un esprit prompt et d’une bonne mémoire peut répéter ses propres sermons ou ceux des autres, et, avec l’aide de Wilkins ou de Henry, prier en apparence fort bien, sans avoir pourtant le moindre grain de vraie grâce dans le cœur. Je ne dis pas cela pour décrier la prière improvisée, ni pour décourager ces chères âmes qui prient réellement par l’Esprit ; je voudrais seulement adresser par là un mot de répréhension à ceux qui sont si obstinément attachés à la prière improvisée qu’ils condamnent, ou du moins jugent, tous ceux qui se servent de formulaires, comme s’ils n’étaient pas aussi saints et aussi célestes que ceux qui prient sans eux. Hélas ! cela est mal. Tous ceux qui prient d’abondance ne sont pas des hommes spirituels, et tous ceux qui prient avec un formulaire ne sont pas des formalistes. Ne nous jugeons pas les uns les autres ; que celui qui se sert d’un formulaire ne juge pas pour cela celui qui prie d’abondance ; et que celui qui prie d’abondance ne méprise pas celui qui se sert d’un formulaire.

« Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même. » Ce qui peut signifier aussi qu’il priait intérieurement, dans son cœur ; car il y a une manière (et une manière excellente) de prier quand nous ne pouvons pas parler : c’est ainsi qu’Anne priait, quand elle ne parlait pas à haute voix ; ses lèvres seules remuaient. C’est ainsi que Dieu dit à Moïse : « Pourquoi ces cris? », alors qu’il est évident qu’il n’avait pas dit un mot. C’est là ce que l’apôtre entend quand il dit que l’Esprit « intercède (pour les croyants) par des soupirs inexprimables ». Car il y a des moments où l’âme est trop pleine pour parler ; où Dieu la remplit, pour ainsi dire, et la couvre de sa présence, de sorte qu’elle ne peut que se prosterner, adorer, rendre hommage et demeurer dans la poussière devant le Seigneur. Il y a aussi un temps où l’âme est engourdie, stérile et sèche, et où le croyant n’a pas un mot à dire à son Père céleste ; et alors le cœur seul peut parler. Et je le mentionne pour l’encouragement des chrétiens faibles, qui pensent n’être jamais agréés que lorsqu’ils ont l’abondance des paroles, et s’imaginent qu’au fond ils ne plaisent pas à Dieu, pour la seule raison qu’ils ne se plaisent pas à eux-mêmes. Ceux-là feraient bien de considérer que Dieu connaît le langage du cœur et la pensée de l’Esprit, et que nous nous servons de paroles, non pour informer Dieu, mais pour nous émouvoir nous-mêmes. Toutes les fois donc que l’un de vous se trouvera dans une telle disposition, qu’il ne se décourage pas : offrez-vous en silence devant Dieu, comme l’argile entre les mains du potier, afin qu’il grave et imprime sa propre image divine sur vos âmes. Mais je crois que le pharisien ne connaissait rien de cette manière de prier : il était propre-juste, étranger à la vie divine ; c’est pourquoi l’une ou l’autre des explications précédentes peut le mieux convenir à ces paroles.

« Debout, il priait ainsi en lui-même: O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain. » Il y a ici quelque apparence de dévotion, mais ce n’est qu’une apparence. Rendre grâces à Dieu de ce que nous ne sommes pas ravisseurs, injustes, adultères, ni aussi méchants dans notre conduite que les autres hommes, c’est assurément une chose digne et juste, et notre devoir le plus strict : car, quelque degré de bonté qu’il puisse y avoir en nous plus qu’en d’autres, nous le devons à la grâce de Dieu, qui nous retient, nous prévient et nous assiste. Nous sommes tous également conçus et nés dans le péché ; tous sont privés de la gloire de Dieu, et exposés à toutes les malédictions de la loi ; de sorte que « celui qui se glorifie ne doit se glorifier que dans le Seigneur ». Car aucun de nous n’a rien qu’il n’ait reçu ; et tout ce que nous avons reçu, nous ne l’avons pas le moins du monde mérité, et nous ne pourrions y prétendre à aucun titre que ce soit : nous sommes entièrement redevables de tout à la grâce gratuite. Si le pharisien avait pensé ainsi en disant : « O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes », c’eût été une excellente introduction à sa prière ; mais il était partisan du libre arbitre, aussi bien que propre-juste (car qui est l’un doit être l’autre), et il pensait que c’était par sa propre puissance et sa propre force qu’il s’était gardé de ces vices. Et pourtant je ne vois pas quelle raison il avait de se persuader qu’il était juste, simplement parce qu’il n’était ni ravisseur, ni injuste, ni adultère ; car pendant tout ce temps il pouvait être, comme il l’était certainement (comme l’est aussi tout propre-juste), aussi orgueilleux que le diable. Mais non seulement il se vante, il ment encore devant Dieu (comme tous ceux qui se justifient eux-mêmes seront trouvés menteurs, ici-bas ou dans l’autre monde). Il rend grâces à Dieu de ce qu’il n’était pas injuste : mais n’est-ce pas un acte de la plus haute injustice que de dérober à Dieu sa prérogative ? n’est-ce pas un acte d’injustice que de juger notre prochain ? et pourtant ce vantard propre-juste est coupable de ces deux crimes. « Ou même comme ce publicain ! » Il semble parler avec le plus profond dédain : ce publicain ! Peut-être montrait-il du doigt le pauvre homme, afin que d’autres le traitent avec le même mépris. Orgueilleux et présomptueux vantard, qu’avais-tu à faire avec ce pauvre publicain ? À supposer que d’autres publicains fussent injustes et ravisseurs, s’ensuivait-il qu’il le fût aussi ? ou, s’il avait été un tel pécheur, comment sais-tu s’il ne s’était pas repenti de ces péchés ? Le fait qu’il montait au temple pour prier est un bon signe, du moins, d’un amendement. Tu es donc inexcusable, ô pharisien, toi qui juges ainsi le publicain : car toi qui le juges injuste, tu es toi-même injuste dans l’acte même de juger : ton sacrifice n’est que le sacrifice d’un insensé.

Nous avons vu à quoi se réduit la bonté négative du pharisien : à rien du tout, je pense. Voyons jusqu’où s’étend sa bonté positive ; car, si nous sommes vraiment religieux, non seulement nous fuirons le mal, mais nous ferons aussi le bien : « je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. »

Le pharisien n’est pas condamné ici pour ses jeûnes, car le jeûne est un devoir chrétien : « Lorsque vous jeûnez », dit notre Seigneur, tenant ainsi pour certain que ses disciples jeûneraient. Et : « Les jours viendront où l’époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là. » « à des jeûnes multipliés », dit l’apôtre. Et tous ceux qui ne veulent pas être rejetés prendront soin, comme d’un privilège et sans contrainte légale, de « traiter durement leur corps et de le tenir assujetti ». Le pharisien n’est condamné que pour avoir fait de son jeûne une justice, et pour avoir pensé que Dieu l’agréerait, ou qu’il valait mieux que ses voisins, simplement à cause de son jeûne : voilà ce qu’on lui reproche. Il n’y avait pas à blâmer le pharisien de jeûner deux fois la semaine ; je voudrais que certains chrétiens l’imitassent davantage en cela ; mais s’appuyer le moins du monde sur le jeûne pour sa justification aux yeux de Dieu, c’était vraiment abominable. « je donne la dîme de tous mes revenus. » Il aurait aussi bien pu dire : Je paie la dîme. Mais les propres-justes (quoi qu’ils puissent dire du contraire) pensent qu’ils donnent quelque chose à Dieu. « je donne la dîme de tous mes revenus » : je me fais un devoir de conscience de donner la dîme, non seulement de tout ce que la loi exige, mais de ma menthe, de mon aneth et de mon cumin, de tous mes biens, quels qu’ils soient ; cela était bien ; mais se vanter de telles choses, ou de ses jeûnes, c’est pharisaïque et diabolique. Faisons donc maintenant le compte de toute la justice de ce pharisien vantard, et voyons quelle faible raison il avait de se persuader qu’il était juste, ou de mépriser les autres. Il n’est pas injuste (mais nous n’avons pour cela que sa simple parole, et je pense avoir prouvé le contraire) ; il n’est ni adultère, ni ravisseur ; il jeûne deux fois la semaine et donne la dîme de tous ses revenus ; et il pouvait faire tout cela, et bien davantage, et être pourtant un enfant du diable : car il n’est fait ici aucune mention de son amour pour le Seigneur son Dieu de tout son cœur, ce qui était « le premier et le plus grand commandement de la loi » ; il n’y a pas ici une seule syllabe de religion intérieure ; et celui-là n’était pas un vrai Juif, qui ne l’était qu’au-dehors. Ce n’est, tout au plus, qu’une piété extérieure ; au-dedans, il est plein d’orgueil, de propre justification, de libre arbitre et d’une grande dureté de cœur envers autrui.

Les pharisiens, à votre avis, ne furent-ils pas fort offensés de ce portrait ? car ils pouvaient aisément reconnaître qu’il était dirigé contre eux. Et quoique, peut-être, quelques-uns d’entre vous s’offensent contre moi, je dois pourtant, par amour, vous le dire : je crains que cette parabole ne soit dite contre beaucoup d’entre vous ; car n’y en a-t-il pas beaucoup parmi vous qui montent au temple pour prier avec un esprit qui ne vaut pas mieux que celui de ce pharisien ? Et parce que vous jeûnez, peut-être pendant le carême, ou tous les vendredis, et parce que vous ne faites de tort à personne, que vous recevez le sacrement, payez la dîme et faites l’aumône de temps à autre, vous pensez être en sûreté, vous vous persuadez que vous êtes justes, et vous méprisez intérieurement ceux qui ne vous égalent pas dans ces devoirs extérieurs ? Tel est, j’en suis persuadé, le cas de beaucoup d’entre vous, bien que, hélas ! ce soit un cas désespéré, comme je m’efforcerai de le montrer à la fin de ce discours.

Considérons maintenant le publicain, verset 13 : « Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »

« Le publicain, se tenant à distance. » Peut-être dans le parvis extérieur du temple, ayant conscience de n’être pas digne d’approcher du lieu très saint ; si conscient et si accablé du sentiment de sa propre indignité qu’il n’osait même pas lever les yeux vers le ciel, qu’il savait être le trône de Dieu. Pauvre cœur ! que ne ressentait-il pas en ce moment ! nul ne peut le dire, sinon les publicains qui reviennent à Dieu comme lui. Il me semble le voir, se tenant à distance, pensif, oppressé, et même accablé de tristesse ; il essaie parfois de lever les yeux ; mais alors, pense-t-il, les cieux ne sont pas purs aux yeux de Dieu, et il trouve de la folie chez ses anges mêmes ; comment donc un misérable tel que moi oserait-il lever sa tête coupable ! Et pour montrer que son cœur était plein d’une sainte indignation contre lui-même, et qu’il était attristé selon Dieu, il se frappait la poitrine ; le mot de l’original implique qu’il se frappait rudement la poitrine : il ne veut rejeter la faute sur personne, sinon sur son propre cœur méchant. Il ne veut pas, comme Adam non humilié, rejeter tacitement sur Dieu la faute de sa bassesse, et dire : Les passions que tu m’as données m’ont séduit, et j’ai péché ; il est trop pénitent pour adresser ainsi un reproche à son Créateur ; il se frappe la poitrine, sa poitrine perfide, ingrate, désespérément méchante ; une poitrine maintenant prête à éclater ; et enfin, de l’abondance de son cœur, avec beaucoup de larmes, je n’en doute pas, il s’écrie : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. » Non pas : O Dieu, sois apaisé envers ce pharisien orgueilleux que voilà ; il trouvait assez en lui-même de quoi exercer son indignation, sans regarder au-dehors vers les autres. Non pas : O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un saint ; car il savait que « toutes ses justices n’étaient que des vêtements souillés ». Non pas : O Dieu, sois apaisé envers tel ou tel ; mais : O Dieu, sois apaisé envers moi, envers moi-même, qui suis un pécheur, pécheur par naissance, pécheur en pensée, en parole et en action ; pécheur quant à ma personne, pécheur quant à toutes mes œuvres ; un pécheur en qui il n’y a rien de sain, en qui n’habite aucun bien, un pécheur pauvre, misérable, aveugle et nu, depuis le sommet de la tête jusqu’à la plante des pieds, couvert de blessures, de contusions et de plaies purulentes ; un pécheur qui s’accuse et se condamne lui-même. Qu’en pensez-vous ? ce publicain se serait-il offensé si quelque ministre lui avait dit qu’il méritait d’être damné ? se serait-il fâché si quelqu’un lui avait dit que, par nature, il était à moitié démon et à moitié bête ? Non : il aurait confessé que mille enfers lui étaient dus, et qu’il était un pécheur terrestre et diabolique. Il sentait maintenant quelle chose terrible c’était de se détourner du Dieu vivant ; il sentait qu’il était inexcusable de toute manière ; qu’il ne pouvait nullement, à cause de quoi que ce soit en lui-même, être justifié aux yeux de Dieu ; c’est pourquoi il se jette aux pieds de la miséricorde souveraine. « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. » Il n’y a ici aucune confiance en la chair, aucun argument tiré du jeûne, du paiement de la dîme ou de l’accomplissement de quelque autre devoir ; il ne se vante pas ici de n’être ni ravisseur, ni injuste, ni adultère. Peut-être s’était-il rendu coupable de tous ces crimes ; du moins savait-il qu’il s’en serait rendu coupable, s’il avait été abandonné aux pensées et aux désirs de son propre cœur ; c’est pourquoi, l’esprit brisé et contrit, il s’écrie : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »

Cet homme monta au temple pour prier, et il pria véritablement. Et Dieu ne dédaigne pas un cœur brisé et contrit. « Je vous le dis », dit notre Seigneur ; moi qui étais dans le sein du Père de toute éternité ; moi qui suis Dieu, et qui par conséquent connais toutes choses ; moi qui ne puis ni tromper ni être trompé, et dont le jugement est conforme à la justice ; je vous le dis, quoi que vous en pensiez, ou quoi que vous pensiez de moi parce que je vous le dis, « celui-ci », ce publicain, cet homme méprisé, pécheur, mais au cœur brisé, « descendit dans sa maison justifié (absous, et regardé comme juste aux yeux de Dieu), plutôt que l’autre ».

Que les pharisiens prennent garde à ne pas tordre ce texte : car, lorsqu’il est dit : « celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre », notre Seigneur ne veut pas dire que tous deux furent justifiés, et que le publicain eut un peu plus de justification que le pharisien ; mais cela signifie, ou bien que le publicain fut réellement justifié et que le pharisien ne le fut pas ; ou bien que le publicain était en meilleure voie de recevoir la justification que le pharisien ; selon cette parole de notre Seigneur : « les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu. » Que le pharisien n’ait pas été justifié, c’est certain, car « Dieu résiste aux orgueilleux » ; et que le publicain ait été dès ce moment réellement justifié (et qu’il soit peut-être rentré chez lui avec le sentiment de cette justification dans son cœur), nous avons de fortes raisons de le conclure de la dernière partie du texte : « Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »

La parabole s’adresse donc maintenant à tous ceux qui m’entendent aujourd’hui : car il est évident que notre Seigneur l’a destinée à notre instruction, puisqu’il en fait une application si générale : « Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »

La parabole du publicain et du pharisien n’est, pour ainsi dire, qu’un miroir où nous pouvons voir les dispositions différentes de tout le genre humain ; car tout le genre humain peut être divisé en deux grandes classes. Ou bien les hommes se persuadent, entièrement ou en partie, qu’ils sont justes, et alors ce sont des pharisiens ; ou bien ils n’ont aucune confiance en la chair, ce sont des pécheurs qui se condamnent eux-mêmes, et alors ils rentrent dans le caractère du publicain que je viens de décrire. Et nous pouvons ajouter aussi que l’accueil différent que reçoivent ces deux hommes nous dépeint, en vives couleurs, le traitement différent que recevront, au terrible jour du jugement, le propre-juste et le criminel qui se condamne lui-même : « quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »

« Quiconque », sans exception, jeune ou vieux, grand ou petit, riche ou pauvre (car Dieu ne fait point acception de personnes), « quiconque », qui que ce soit, s’élève lui-même, et non la grâce gratuite ; quiconque se persuade qu’il est juste, se repose sur ses devoirs, ou pense les joindre à la justice de Jésus-Christ pour être justifié aux yeux de Dieu ; fût-il ni adultère ni ravisseur, ne fût-il pas injuste au-dehors, bien plus, jeûnât-il deux fois la semaine et donnât-il la dîme de tous ses revenus : il sera pourtant abaissé aux yeux de tous les gens de bien qui le connaissent ici-bas, et devant les hommes, les anges et Dieu lui-même, quand Jésus-Christ viendra paraître pour le jugement, dans l’autre monde. Jusqu’où il sera abaissé, nul ne peut le dire, sinon le Dieu tout-puissant. Il sera abaissé jusqu’à vivre avec les démons et à faire sa demeure dans l’enfer le plus profond, pour toujours.

Écoutez ceci, vous tous qui vous justifiez vous-mêmes ; tremblez, et voyez votre sort ! un sort terrible, plus terrible que les paroles ne peuvent l’exprimer ou la pensée le concevoir ! Si vous refusez de vous humilier après avoir entendu cette parabole, je prends aujourd’hui le ciel et la terre à témoin contre vous que Dieu vous visitera de toutes ses tempêtes et versera toutes les coupes de sa colère sur vos têtes rebelles ; vous vous êtes élevés ici-bas, et Dieu vous abaissera dans l’autre monde ; vous êtes aussi orgueilleux que le diable, et c’est avec les démons que vous habiterez pendant toute l’éternité. « Ne vous y trompez pas: on ne se moque pas de Dieu » ; il voit vos cœurs, il connaît toutes choses. Et, bien que vous montiez au temple pour prier, vos prières se changent en péché, et vous redescendez dans vos maisons non justifiés, si vous êtes de ceux qui se justifient eux-mêmes ; et savez-vous ce que c’est que de n’être pas justifié ? Eh bien, si vous n’êtes pas justifiés, la colère de Dieu demeure sur vous ; vous êtes dans votre sang ; toutes les malédictions de la loi vous appartiennent : maudits êtes-vous à votre départ, maudits êtes-vous à votre arrivée ; maudites sont vos pensées, maudites sont vos paroles, maudites sont vos actions ; tout ce que vous faites, dites ou pensez, du matin au soir, n’est qu’une suite continuelle de péchés. Quelque haute estime que vous ayez aux yeux des hommes, quelque honneur que vous receviez des premières places dans les synagogues, dans l’Église militante, vous n’aurez aucune place dans l’Église triomphante. « Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu » : abattez toute pensée propre-juste et toute imagination orgueilleuse qui s’élève maintenant contre la justice parfaite, personnelle et imputée du cher Seigneur Jésus : « Car celui (et lui seul) qui s’abaisse sera élevé. »

Celui qui s’abaisse, quel qu’il soit : si, au lieu de jeûner deux fois la semaine, il s’est enivré deux fois la semaine ; si, au lieu de donner la dîme de tous ses revenus, il a frustré le ministre de sa dîme et le roi de ses impôts ; quoiqu’il soit injuste, ravisseur, adultère ; bien plus, quand même les péchés de tout le genre humain se rencontreraient et s’uniraient en lui ; s’il est rendu capable, par la grâce, de s’abaisser comme le publicain, il sera élevé ; non pas d’une manière temporelle, car les chrétiens doivent plutôt s’attendre à être abaissés, à voir leur nom rejeté comme infâme, et à donner leur vie pour le Christ Jésus en ce monde ; mais il sera élevé dans un sens spirituel : il sera gratuitement justifié de tous ses péchés par le sang de Jésus ; il aura la paix avec Dieu, une paix qui surpasse toute intelligence ; non seulement la paix, mais la joie dans la foi ; il sera transporté du royaume de Satan dans le royaume du Fils bien-aimé de Dieu ; il demeurera en Christ, et Christ en lui ; il sera un avec Christ, et Christ un avec lui ; il s’abreuvera de délices divines comme à un fleuve ; il sera sanctifié tout entier, dans l’esprit, l’âme et le corps ; en un mot, il sera rempli de toute la plénitude de Dieu. C’est ainsi que l’homme qui s’abaisse sera élevé ici-bas ; mais, oh ! combien haut il sera élevé dans l’autre monde ! aussi haut que les plus hauts cieux, jusqu’à la droite de Dieu : là il siégera, heureux dans son âme et dans son corps, et il jugera les anges ; élevé hors de l’atteinte de tout péché et de toute affliction, éternellement à l’abri de tout danger de chute. Ô pécheurs, si seulement vous saviez à quelle hauteur Dieu se propose d’élever ceux qui s’abaissent et croient en Jésus, assurément vous vous humilieriez, ou du moins vous supplieriez Dieu de vous humilier ; car c’est lui qui doit frapper le rocher de vos cœurs et en faire jaillir des torrents de larmes de contrition. Oh ! si Dieu voulait donner à ce sermon une mission semblable à celle qu’il donna autrefois à la verge de Moïse ! Je vous frapperais de part en part avec la verge de sa parole, jusqu’à ce que chacun de vous fût amené à s’écrier avec le pauvre publicain : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. » Quel langage agréable ce serait aux oreilles du Seigneur des armées !

N’y a-t-il point de pauvres pécheurs parmi vous ? quoi ! êtes-vous tous des pharisiens ? Assurément, vous ne pouvez supporter la pensée de retourner chez vous non justifiés ; le pouvez-vous ? Et si une attaque d’apoplexie venait à vous saisir, et que vos âmes fussent emportées devant le redoutable Juge des vivants et des morts ? que ferez-vous sans la justice de Christ ? Si vous sortez du monde non justifiés, vous devrez le demeurer pour toujours. Oh ! si vous vouliez vous humilier ! alors le Seigneur vous élèverait ; il se peut que, pendant que je parle, le Seigneur vous justifie gratuitement par sa grâce. J’ai fait remarquer que peut-être le publicain eut le sentiment de sa justification avant de quitter le temple, et sut que son pardon était scellé dans le ciel : et qui sait si vous ne serez pas ainsi élevés avant de rentrer chez vous, si vous vous humiliez ? Oh ! quelle paix, quel amour, quelle joie vous sentiriez alors dans vos cœurs ! vous auriez un ciel sur la terre. Oh ! si je pouvais entendre l’un de vous dire (comme j’ai entendu une fois un pauvre pécheur s’écrier pendant que je prêchais) : Il est venu, il est venu ! Comme vous exalteriez alors, ainsi que lui, un Christ précieux, un Christ au cœur généreux ! comme vous le magnifieriez d’être un tel ami des publicains et des pécheurs ! Nul ne peut montrer un plus grand amour que de donner sa vie pour un ami ; mais Christ a donné sa vie pour ses ennemis, pour vous-mêmes, si vous êtes rendus capables de vous humilier comme le fit le publicain. Pécheurs, je ne sais comment cesser de vous parler ; je voudrais remplir ma bouche d’arguments, je voudrais plaider avec vous. « Venez et plaidons! » Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront pourtant, si vous vous humiliez, blancs comme la neige. Un seul acte de vraie foi en Christ vous justifie pour toujours et à jamais ; il ne vous a pas promis ce qu’il ne peut accomplir ; il est capable de vous élever : car Dieu l’a élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse ; bien plus, Dieu l’a élevé non seulement comme Prince, mais comme Sauveur. Puisse-t-il être un Sauveur pour vous ! et alors j’aurai sujet de me réjouir, au jour du jugement, de n’avoir pas prêché en vain, de n’avoir pas travaillé en vain.

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