Chapitre 33 · 35 min de lecture · 45 min d’écoute
Le souper de l’Évangile
Luc 14:22-24 — « Le serviteur dit: Maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place. Et le maître dit au serviteur: Va dans les chemins et le long des haies, et contrains-les d’entrer, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper. »
Bien que ce soit ici une grande et solennelle assemblée, je suppose pourtant que vous êtes tous convaincus que vous ne vivrez pas toujours en ce monde. Ne puis-je pas tenir pour acquis que même les plus profanes d’entre vous croient en leur cœur ce que les saints oracles ont le plus clairement révélé : « comme il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement » ? Oui, je sais que vous croyez que rien n’est plus certain que ceci : il nous faut « comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu’il aura fait, étant dans son corps. » Et, si dure que cette parole puisse vous sembler à la première audition, je ne puis m’empêcher de vous dire que je suis pleinement persuadé qu’il y en aura autant de chassés de ce tribunal par un « Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel », pour avoir poursuivi des choses en elles-mêmes permises, par un mauvais principe et avec trop d’ardeur, qu’il y en aura pour l’ivrognerie, l’adultère, la fornication, ou toute autre énormité grossière [atrocité, outrage, dépravation] que ce soit. Si corrompu que soit le monde, Dieu soit béni, il reste encore parmi nous un grand nombre de personnes qui, soit par les freins d’une éducation religieuse, soit par amour d’elles-mêmes et souci de leur réputation extérieure, s’abstiennent elles-mêmes des péchés grossiers, et regardent avec détestation et avec horreur ceux qui s’y livrent. Mais alors, par une poursuite trop avide des choses des sens et du temps, leurs âmes sont insensiblement bercées dans un sommeil spirituel, et deviennent peu à peu aussi mortes pour Dieu, et aussi sourdes à toutes les gracieuses invitations de l’Évangile, que les prodigues les plus abandonnés. Il est donc remarquable que notre Sauveur, sachant combien le cœur de l’homme était désespérément méchant et perfide, en ceci comme en d’autres choses, après avoir averti ses disciples, et nous en eux, de « prendre garde, de crainte que leurs cœurs ne s’appesantissent par les excès du manger et du boire », ajoute aussitôt : « et par les soucis (les soucis immodérés et inquiets) de la vie. » Car ils sont d’une nature qui distrait et qui enivre, et ils ont bientôt appesanti et accablé le cœur des enfants des hommes. Pour prévenir ou guérir ce mal, notre Seigneur, pendant le temps qu’il dressa sa tente ici-bas, prononça bien des paraboles, mais il n’en est aucune de plus à propos, aucune où la gratuité de l’appel de l’Évangile, les vains prétextes que les hommes inventent pour se dispenser de l’embrasser, et le jugement terrible qu’ils encourent en agissant ainsi, soient plus mis en évidence ou peints de couleurs plus vives que celle à laquelle se rapportent les paroles du texte : « Et le maître dit au serviteur: Va dans les chemins et le long des haies, et contrains-les d’entrer, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper. »
Pour avoir une vue claire de l’occasion, du but et du contenu de la parabole à laquelle appartiennent ces paroles, il nous faut remonter jusqu’au commencement même de ce chapitre : « Jésus étant entré, un jour de sabbat, dans la maison de l’un des chefs des pharisiens, pour prendre un repas, les pharisiens l’observaient. » Celui dont il est ici parlé, comme entrant dans la maison de ce pharisien, c’est notre bienheureux Sauveur. Car, comme il était venu mangeant et buvant, il était, selon son caractère, libre, courtois et affable [aimable, bienveillant] envers tous ; et c’est pourquoi, bien que ce fût un jour de sabbat, il accepta une invitation et entra dans la maison de l’un des chefs des pharisiens pour prendre un repas, quoiqu’il sût que les pharisiens étaient ses ennemis déclarés et qu’ils l’observaient, espérant trouver quelque occasion de lui faire reproche, soit pour ses discours, soit pour sa conduite. Si le pharisien dans la maison duquel entra notre Seigneur était de cette trempe, son invitation montre qu’il était un fort méchant homme, et peut servir à nous apprendre que beaucoup de rancune et d’inimitié de cœur contre Jésus-Christ peuvent se cacher et se couvrir sous une grande et éclatante profession de religion. Toutefois, notre Sauveur était plus fort que tous ses ennemis ; et en acceptant cette invitation, il a autorisé ses ministres et ses disciples à accepter de semblables invitations, et à s’entretenir librement des choses de Dieu, alors même que ceux qui les invitent n’auraient pas à cœur la vraie religion. Car que sais-tu, ô homme, si tu ne laisseras pas tomber quelque parole qui fera du bien à leurs âmes et les rendra religieux en vérité ? Et à supposer qu’ils t’observent, toi, veille dans la prière pendant que tu es en leur compagnie, et ce même Jésus qui entra dans la maison de ce pharisien, et qui fut si fidèle et si édifiant dans ses entretiens lorsqu’il y était, te rendra capable d’aller et de faire de même.
Que l’entretien de notre Seigneur n’était pas frivole, mais tendait à l’édification, et qu’il se conduisit parmi les convives en médecin fidèle plutôt qu’en compagnon insouciant et indifférent, cela ressort du septième verset de ce chapitre, où il nous est dit qu’il remarqua « qu’ils choisissaient les premières places » ; ou, pour parler à notre manière ordinaire, qu’ils désiraient s’asseoir au haut bout de la table. Et, que nous y pensions ou non, le Seigneur Jésus prend garde à notre conduite, même quand nous allons simplement nous asseoir à nos repas ordinaires. Plût à Dieu que tous ceux qui font profession du vrai christianisme y réfléchissent bien ! La religion ne serait plus alors si renfermée dans l’église ou dans la chapelle, mais elle serait ramenée dans nos maisons particulières, et l’on éviterait bien des compliments inutiles et peu chrétiens. Car (je le dis avec douleur) n’est-il pas trop vrai qu’une foule de ceux qui font profession de religion aiment, et aiment trop, les premières places dans les maisons aussi bien que dans les synagogues ? C’est là ce que notre Seigneur blâmait chez les convives au milieu desquels il se trouvait alors. Il remarqua, il prit garde, il regarda avant de parler (comme nous devrions toujours le faire, si nous voulons parler à propos), comment ils choisissaient les premières places. C’est pourquoi, bien qu’ils fussent riches des biens de ce monde et qu’ils ne fussent point ses invités, ne voulant pas laisser sur eux le moindre péché, ni perdre aucune occasion de donner une instruction, il leur fit une leçon d’humilité, leur disant, ou adressant son discours à tous en général, quoique probablement il parlât à l’un d’eux en particulier, assis près de lui, qu’il avait peut-être remarqué comme plus empressé que d’ordinaire à choisir une première place, ou un lit, sur lequel ils étaient couchés pour les repas, selon la coutume des Romains : « Lorsque tu seras invité par quelqu’un à des noces, (ce qui semble indiquer que c’était un festin de noces) ne te mets pas à la première place, de peur qu’il n’y ait parmi les invités une personne plus considérable que toi, et que celui qui vous a invités l’un et l’autre ne vienne te dire: Cède la place à cette personne-là. Tu aurais alors la honte d’aller occuper la dernière place. Mais, lorsque tu seras invité, va te mettre à la dernière place, afin que, quand celui qui t’a invité viendra, il te dise: Mon ami, monte plus haut. Alors cela te fera honneur (ou te vaudra du respect) devant tous ceux qui seront à table avec toi. » Ô glorieux exemple de fidélité et d’amour pour les âmes ! Combien les ministres surtout ne devraient-ils pas imiter leur bienheureux Maître, et, avec simplicité et une sincérité selon Dieu, reprendre avec douceur et à propos les fautes de la compagnie où ils se trouvent, bien qu’elle leur soit supérieure par la condition extérieure ! Quelle personne bien instruite, après avoir lu ce passage, peut penser qu’ils enseignent juste, et d’accord avec la parole de Dieu sur ce point, ceux qui disent que nous ne devons pas, ou du moins que nous n’avons pas besoin de reprendre les hommes naturels ? Assurément une telle doctrine ne vient pas d’en haut ! Car ne nous est-il pas commandé de reprendre de toute manière notre prochain (qu’il soit enfant de Dieu ou non), et de ne pas laisser le péché sur lui ? N’est-il pas plus que probable que tous ces convives étaient des hommes naturels ? Et cependant notre Seigneur les reprit. Aide-nous donc, ô Sauveur, en ceci comme en tout autre exemple de ta conduite morale, à marcher comme tu nous en as donné l’exemple !
Et notre Seigneur ne s’arrêta pas là ; mais, observant que nul, sinon les riches, les puissants et les nobles, n’avait été appelé au festin, il en prit aussi occasion de donner même à son hôte, l’un des chefs des pharisiens (car le meilleur retour que nous puissions faire à nos amis pour leur bonté, c’est d’être fidèles envers leurs âmes), un salutaire avis : « Il dit aussi à celui qui l’avait invité: Lorsque tu donnes à dîner ou à souper, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches, de peur qu’ils ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. Mais, lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Et tu seras heureux de ce qu’ils ne peuvent pas te rendre la pareille; car elle te sera rendue à la résurrection des justes. » C’est ainsi que notre Seigneur entretenait la compagnie. Des paroles dites si à propos, combien elles sont bonnes ! Si les disciples de Christ s’employaient ainsi, et, quand ils sont en compagnie, entamaient quelque entretien utile pour leur grand Maître, ils ne savent pas quel bien ils pourraient faire, ni combien de personnes pourraient être portées, par leur bon exemple, à les seconder.
Nous en avons un exemple au quatorzième verset : « Un de ceux qui étaient à table, après avoir entendu ces paroles, dit à Jésus: Heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu! » Heureux ceux qui seront récompensés à cette résurrection des justes dont tu viens de parler. Parole tout à fait à propos ! convenant de toute manière à des personnes qui s’asseyaient pour prendre leur repas sur la terre, ce que nous ne devrions jamais faire sans parler de ce temps où nous nous assiérons pour prendre notre repas dans le royaume des cieux, et sans y aspirer. Cela ouvrit à notre Seigneur un nouveau sujet d’entretien, et donna lieu à la parabole qui doit faire le sujet plus immédiat de votre présente méditation. Comme s’il avait dit à celui qui venait de parler : Tu dis bien : heureux en effet ceux qui s’assiéront pour prendre leur repas dans le royaume de Dieu ; mais hélas ! la plupart des hommes, et vous surtout, pharisiens, agissent comme si vous ne le croyiez pas ; et c’est pourquoi il lui dit : « Un homme donna un grand souper, et il invita beaucoup de gens » ; par cet homme qui donna un grand souper, il nous faut entendre Dieu le Père, qui a pourvu au salut des âmes qui périssent par l’obéissance et la mort de son Fils bien-aimé, Jésus-Christ. Cette provision est ici représentée sous la figure d’un souper, parce que la cæna, ou souper, était chez les anciens leur grand repas : jamais les hommes n’auraient pu faire une telle provision pour eux-mêmes, ni les anges pour eux. Non, notre salut vient tout entier de Dieu, du commencement à la fin. C’est lui qui l’a fait, et non pas nous-mêmes ; et c’est entièrement à la sagesse divine, et non à la nôtre, que nous devons d’être devenus le peuple de Dieu et le troupeau de son pâturage. Cette provision pour les âmes qui périssent peut justement être appelée grande, parce que l’Évangile offre une riche et ample provision pour un très grand nombre d’âmes. Car si petit que soit le troupeau de Christ quand il est dispersé, quand ils seront tous réunis ils formeront une multitude que personne ne pourra compter. Et il est surtout appelé grand, parce qu’il a été acquis à un si grand prix, au prix du sang très précieux de Christ. C’est pourquoi, quand l’apôtre veut exhorter les chrétiens à glorifier Dieu dans leur âme et dans leur corps, il se sert de ce glorieux motif : « Qu’ils avaient été rachetés à prix ». Il ne dit pas quel prix, mais simplement un prix, appelé ainsi avec emphase, comme si tous les prix du monde n’étaient rien (et en vérité ils ne sont rien) en comparaison de ce prix, le sang très précieux de Christ.
Pour ces raisons, Jésus dit dans la parabole : « Un homme donna un grand souper, et il invita beaucoup de gens. A l’heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés: Venez, car tout est déjà prêt. » Il invita beaucoup de gens ; le Dieu éternel prit les Juifs pour son peuple particulier sous l’économie mosaïque, et, par les types, les ombres et les prophéties de l’Ancien Testament, il les invita à prendre part aux glorieux privilèges de l’Évangile. « Mais à l’heure du souper », dans la plénitude des temps, que Dieu le Père avait décrétée de toute éternité, au soir du monde (raison pour laquelle les temps de l’Évangile sont appelés les derniers temps), « il envoya son serviteur », Christ, son Fils, appelé ici son serviteur parce qu’en agissant comme Médiateur il était inférieur au Père ; c’est pourquoi le prophète Ésaïe dit : « Voici mon serviteur que j’ai choisi » ; « dire aux conviés », aux Juifs qui faisaient profession de religion, appelés par saint Jean « les siens », c’est-à-dire son peuple particulier qui faisait profession de le connaître, avec ce message : « Venez » ; repentez-vous et croyez à l’Évangile. Rien n’est exigé de la part de l’homme, sinon de venir, ou d’accepter l’offre de l’Évangile. Il n’en est pas selon l’ancienne alliance : « Fais, et tu vivras » ; mais seulement : « Viens, crois, et tu seras sauvé ». Toutes choses sont prêtes. Rien ne manque de la part de Dieu. « tout est déjà prêt. » Il semble qu’il faille mettre une emphase particulière sur ce déjà, qui laisse entendre que c’était une saison de grâce toute particulière, et que Dieu faisait alors ses derniers efforts pour sauver l’homme perdu. Eh bien, si le grand Dieu fait de si grands frais pour donner un si grand souper à des créatures qui périssent, et s’il envoie un si grand personnage que son propre Fils, sous la forme d’un serviteur, pour les inviter à y venir, on s’imaginerait que tous ceux qui entendraient cette bonne nouvelle diraient aussitôt : Seigneur, voici, nous venons. Mais au lieu de cela, il nous est dit : « Mais tous (la plus grande partie des Juifs) unanimement se mirent à s’excuser. » Leur conscience leur disait qu’ils devaient venir, et, selon toute probabilité, ils avaient quelque faible désir de venir ; et ils n’avaient rien, que nous sachions, à objecter ni contre celui qui avait préparé le souper, ni contre celui qui les invitait, ni contre le festin lui-même ; nous ne voyons pas non plus qu’ils aient traité l’un ou l’autre avec mépris, comme c’est la coutume de trop de gens aux jours où nous vivons. Selon toute probabilité, ils reconnaissaient que tout était fort bon, et qu’il était aimable de la part de cet homme de leur envoyer une telle invitation. Mais, étant fort occupés, et, à ce qu’ils pensaient, très légitimement engagés, ils se mirent à s’excuser.
Mais les excuses qu’ils firent rendirent leur refus inexcusable. « Le premier lui dit: J’ai acheté un champ, et je suis obligé d’aller le voir. » Insensé, acheter un champ, et puis aller le voir ! Un homme prudent serait allé voir le champ d’abord, et l’aurait acheté ensuite. Pourquoi est-il obligé d’y aller ? Du moins, pourquoi est-il obligé d’y aller maintenant ? La terre était à lui ; ne pouvait-il donc pas accepter l’invitation aujourd’hui, et aller voir son domaine ou sa plantation le lendemain ? Puisqu’il l’avait achetée, il n’avait pas à craindre de perdre son marché par l’achat d’un autre qui la lui enlèverait. Mais nonobstant tout cela, il faut absolument qu’il y aille, et c’est pourquoi il dit : « excuse-moi, je te prie », et fais valoir en ma faveur ton crédit auprès de ton maître. C’était là une mauvaise excuse.
La seconde était plutôt pire. Car que dit l’évangéliste, au verset 19 ? « Un autre dit: J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer : » L’un, semble-t-il, avait acheté un domaine ; l’autre, du bétail pour garnir un domaine déjà acheté ; et tous deux également insensés dans leurs marchés. Car ce second avait acheté cinq paires de bœufs, qui avaient dû lui coûter une somme considérable, peut-être tout ce qu’il possédait au monde, et maintenant il lui faut aller les essayer. Un marchand avisé aurait essayé les bœufs d’abord, et les aurait achetés ensuite ; mais notre Sauveur dit cela pour nous montrer que nous nous fions les uns aux autres, et même, puis-je ajouter, au diable lui-même, plus que nous ne nous fions à Dieu.
L’excuse que fait le troisième est la pire de toutes : « Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis aller. » S’il avait dit : Je ne veux pas venir, il aurait exprimé les vrais sentiments de son cœur : car ce n’est pas tant l’impuissance des hommes que le manque de volonté et d’inclination qui les tient éloignés du festin de l’Évangile. Mais pourquoi ne peut-il venir ? Il « vient de se marier ». Vraiment ? Eh bien, raison de plus pour qu’il vienne. Car le souper auquel il était invité était, semble-t-il, un souper de noces, et lui aurait épargné la peine d’un festin nuptial. C’était un grand souper, et par conséquent il y avait assez de provisions pour lui et pour son épouse aussi. Et il était donné par un grand homme, qui envoyait son serviteur inviter beaucoup de gens, de sorte qu’il n’avait pas à douter d’être reçu de bon cœur, quand même il amènerait sa femme avec lui. Ou, supposé que sa femme ne voulût pas venir, comme le mari est le chef de la femme, il aurait dû lui commander de l’accompagner. Car nous ne pouvons rien faire de mieux pour ceux qui portent le joug avec nous que de les amener au festin de l’Évangile. Ou, supposé qu’après tout elle ne se laissât pas persuader, il aurait dû y aller sans elle : car il faut que « ceux qui ont des femmes soient comme n’en ayant pas » ; et nous ne devons pas laisser une affection charnelle prendre sur nous un tel ascendant qu’elle nous tienne éloignés des festins spirituels. Adam paya cher pour avoir écouté la voix de sa femme ; et quelquefois, à moins de quitter nos femmes aussi bien que nos maisons et nos terres, nous ne pouvons être les disciples du Seigneur.
Tel fut donc l’accueil que reçut le serviteur, et telles furent les excuses et les réponses qui furent renvoyées. Et quelle en fut la conséquence ? « Le serviteur, de retour, (sans doute le cœur affligé) rapporta ces choses à son maître. » Quelque peu de cas qu’on en fasse, les ministres doivent pourtant rapporter au Seigneur quel succès rencontre leur ministère. Nous devons le rapporter à notre Seigneur ici-bas ; nous devons exposer la chose devant lui dans la prière. Nous devons le rapporter à notre Seigneur plus tard, devant l’assemblée générale du monde entier. Mais combien c’est affreux quand les ministres sont obligés de se mettre à genoux en criant : « Ô ma maigreur, ma maigreur ! », et, comme Élie, d’intercéder pour ainsi dire contre ceux à qui ils auraient voulu communiquer non seulement l’Évangile, mais leur propre vie. C’est une considération qui brise le cœur. Mais il faut qu’il en soit ainsi : « Le serviteur, de retour, rapporta ces choses à son maître » ; ainsi devons-nous faire. Eh bien, et que dit le Seigneur ? Il nous est dit, au verset 21, que « le maître de la maison fut irrité » ? Non contre le serviteur : car, bien qu’Israël ne soit pas rassemblé, Christ n’en sera pas moins glorieux ; et les ministres fidèles seront récompensés, que les gens obéissent à l’Évangile ou non. « Nous sommes pour Dieu une bonne odeur, que le monde soit une odeur de vie donnant la vie, ou une odeur de mort donnant la mort. » Le maître de la maison fut donc irrité, non contre le serviteur, mais contre ces mondains, ces amateurs de plaisirs qui refusaient son invitation pleine de grâce ; lesquels, selon toute probabilité, allèrent voir et garnir leurs domaines et s’occuper de leurs épouses, ne doutant pas que leurs excuses ne fussent reçues, puisqu’ils étaient légitimement occupés. Et, en vérité, en un sens, leurs excuses furent acceptées. Car je ne vois pas qu’ils aient jamais été invités de nouveau. Dieu les prit au mot, bien qu’ils ne voulussent pas le prendre au sien. Ils demandèrent à être excusés, et ils furent excusés, comme nous le verrons dans la suite de cette parabole. N’endurcissons donc pas nos cœurs, comme au jour de la révolte : « Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut. » Mais le festin manquera-t-il de convives ? Non ; si ceux-là ne peuvent ou ne veulent venir, d’autres le pourront et le voudront. Le maître de la maison, étant donc irrité, envoya le serviteur pour un second message : « Va promptement dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » Chaque mot respire l’indignation et l’instance. Va promptement, ne tarde pas, ne redoute ni entreprise ni danger, dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici, non seulement appelle-les, mais amène-les (car le maître, pour encourager le serviteur, lui assure ici le succès), les pauvres, et les estropiés, et les boiteux, et les aveugles. Cela s’accomplit quand Jésus-Christ, après que l’Évangile eut été rejeté par les Juifs, alla inviter les Gentils, et quand les publicains et les femmes de mauvaise vie s’emparèrent du royaume de Dieu par une sainte violence, tandis que les scribes et les pharisiens, justes à leurs propres yeux, rejetaient pour leur malheur le royaume de Dieu. C’était aussi une censure directe pour le riche pharisien dans la maison duquel était le Seigneur Jésus, aussi bien qu’une leçon cuisante pour les autres convives. Car notre Sauveur voulait par là leur montrer que Dieu suivait une méthode toute différente de celle de son hôte, et qu’il ne dédaignait pas de recevoir au souper de l’Évangile les pauvres, et les boiteux, et les aveugles, et les estropiés, bien que son hôte n’en eût appelé aucun de tels à s’asseoir à sa table. Si les convives s’en offensèrent ou non, il ne nous est pas dit. Mais s’ils n’étaient pas tout à fait aveugles, l’hôte et les convives pouvaient aisément voir que la parabole était dite contre eux. Mais, pour continuer,
Le serviteur revient encore, mais avec une réponse plus agréable que la première : « Maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place. » Ces paroles montrent que le serviteur était plein de joie à la pensée du succès qu’il avait obtenu. Nul ne peut dire, sinon ceux qui l’éprouvent, quelle consolation les ministres ont à voir leurs travaux bénis. « Maintenant je vis (dit l’apôtre), si vous demeurez fermes dans le Seigneur. Vous êtes notre joie et notre couronne de gloire au jour du Seigneur Jésus. » « Maître, ce que tu as ordonné a été fait. Les pauvres, et les estropiés, et les boiteux, et les aveugles ont été appelés, ils ont obéi à la sommation, et je les ai amenés avec moi ; et pourtant, Seigneur, ta maison et ton souper sont si grands qu’il y a de la place pour d’autres encore. Il laissait entendre par là qu’il désirait être employé de nouveau à appeler d’autres âmes ; et plus nous faisons pour Dieu, plus nous pouvons faire : « on donnera à celui qui a » ; et le succès présent est un grand encouragement à la diligence future. De telles insinuations sont agréables à notre Sauveur. Il aime à voir ses ministres prêts pour un nouveau travail, et attendant de nouveaux ordres. « Le maître donc, nous est-il dit, v. 23, dit à son serviteur (le même serviteur) : Va dans les chemins et le long des haies, et contrains-les d’entrer, afin que ma maison soit remplie ; 24. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper. » Ô paroles cuisantes pour ceux qui étaient à table, s’ils avaient eu le cœur d’en faire l’application ! Mais bonne nouvelle d’une grande joie pour les publicains, les femmes de mauvaise vie et les Gentils, que les orgueilleux pharisiens rejetaient comme exclus du droit de cité en Israël et étrangers à l’alliance de la promesse ! Cela s’accomplit quand notre Seigneur envoya les apôtres non seulement dans les places et les rues de la ville, et dans les lieux voisins de Jérusalem et de la Judée, mais quand il leur donna mission d’aller par tout le monde et de prêcher l’Évangile à toute la création, au Gentil aussi bien qu’au Juif ; et non seulement il leur en donna l’ordre, mais il bénit leurs travaux d’un tel succès que trois mille âmes furent converties en un seul jour. Et je ne suis pas sans espérer que cela s’accomplira plus encore aujourd’hui par l’appel de quelques-uns d’entre vous. Car, bien que cette parabole ait été dite d’abord aux Juifs, et dans une occasion particulière, comme à un festin, elle s’applique pourtant à nous, et à nos enfants, et à tous ceux qui sont au loin ; oui, à tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. Elle donne, me semble-t-il, une sanction à la prédication dans les champs et en d’autres lieux que les synagogues ; et elle dépeint d’une manière si vive l’accueil que l’Évangile rencontre en ces jours que l’on croirait qu’elle se rapporte particulièrement à l’âge présent. Car n’est-il pas trop, trop évident que les offres de l’Évangile et la grâce de l’Évangile ont été dédaignées et méprisées par beaucoup de ceux qui, en cette génération, font profession de religion ? Nous avons été dans les églises, leur disant et leur répétant que Dieu a préparé un grand souper (et qu’il a invité beaucoup de gens, eux-mêmes), et qu’il nous a envoyés par sa providence et par son esprit « dire aux conviés: Venez, car tout est déjà prêt. Croyez au Seigneur Jésus, et vous serez sauvés. » Mais la plupart des laïques en ont fait peu de cas ; ils nous ont prêté l’oreille, mais ils sont trop occupés de leurs champs et de leurs marchandises, à se marier et à marier leurs enfants, pour venir et être bénis dans le Seigneur de la vie. Nous leur avons dit et répété que nous ne voulons pas qu’ils se cachent du monde, mais leur apprendre comment ils peuvent vivre dans le monde sans être du monde. Mais rien n’y fait. Beaucoup aussi parmi le clergé (comme les scribes et les pharisiens savants de la lettre au temps de notre Sauveur) rejettent pour leur malheur le royaume de Dieu, et nous refusent l’usage des chaires, sans autre raison sinon que nous prêchons la doctrine de la justification devant Dieu par la foi seule, et que nous invitons les pécheurs à venir goûter au festin de l’Évangile gratuitement, sans argent et sans rien payer.
Quoi qu’ils en pensent, nous sommes persuadés que le grand Maître de la maison est irrité contre eux, de ce qu’ils sont irrités contre nous sans cause. C’est pourquoi il nous ordonne maintenant, par sa providence : « Va promptement dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux », ou appelle les publicains et les femmes de mauvaise vie, les gens qui maudissent et jurent ordinairement, et les profanateurs du sabbat, et les adultères, qui peut-être n’ont jamais franchi la porte d’une église, ni entendu dire que Jésus-Christ est mort pour des pécheurs tels qu’eux. Nous avons, par la grâce, obéi au commandement, nous sommes sortis, bien qu’exposés pour cela à un tel mépris, et, Dieu soit béni, notre travail n’a pas été vain dans le Seigneur. Car beaucoup ont été rendus bien disposés au jour de la puissance de Dieu ; et, nous voudrions le dire avec humilité, nous pouvons aller avec joie à notre Sauveur et lui dire : « Maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place. » Il lui plaît donc, en dépit de toute l’opposition des hommes ou des démons, de continuer, de renouveler et d’étendre notre mission ; il nous a envoyés littéralement dans les chemins et le long des haies ; et il nous a donné, j’en ai la confiance, mission de contraindre les pécheurs à entrer. Car, quand nous parlerions les langues des hommes et des anges, si le Seigneur n’accompagnait la parole de sa puissance et n’inclinait doucement la volonté des hommes à répondre à l’appel de l’Évangile, nous serions comme un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Mais nous croyons que notre Sauveur le fera, car sa maison doit être remplie : toute âme pour laquelle il a versé son sang sera finalement sauvée, « et tous ceux que le Père lui a donnés viendront à lui, et il ne mettra pas dehors celui qui vient à lui ». C’est là ce qui consola notre Seigneur quand son Évangile fut rejeté par les Juifs. Comme s’il avait dit : Eh bien, quoique vous méprisiez les offres de ma grâce, je n’aurai pourtant pas versé mon sang en vain ; car tous ceux que le Père me donne viendront à moi.
Soutenu par cette considération, je n’ai pas honte de sortir aujourd’hui dans les chemins et le long des haies, et de confesser que mon affaire est d’appeler les pauvres, et les estropiés, et les boiteux, et les aveugles, les pécheurs qui se condamnent eux-mêmes et sont sans ressource, au festin des noces, au souper de l’Agneau. Mon cri est celui-ci : Venez, croyez au Seigneur Jésus ; jetez-vous au marchepied de sa miséricorde, et vous serez sauvés ; car tout est déjà prêt. Dieu le Père est prêt, Dieu le Fils est prêt, Dieu le Saint-Esprit est prêt ; les saints anges en haut sont prêts, et les saints bienheureux ici-bas sont prêts à vous souhaiter la bienvenue au festin de l’Évangile. Une justice parfaite et éternelle est maintenant accomplie par Jésus-Christ. Dieu peut maintenant, à des conditions honorables, acquitter le coupable. Dieu peut maintenant être juste, et pourtant justifier l’impie. « Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. » Le veau gras est maintenant tué, et « Christ, notre Pâque, a été immolé. » Venez, pécheurs, et nourrissez-vous de lui dans vos cœurs par la foi, avec actions de grâces. Pour l’amour de Jésus-Christ, ne vous mettez pas unanimement à vous excuser. Ne laissez pas un champ, cinq paires de bœufs, ni même une femme, vous tenir éloignés de ce grand souper. Vous pouvez jouir de ces choses comme de dons de Dieu, et vous en servir pour la gloire du Médiateur, et pourtant être présents au festin de l’Évangile. La religion pure et sans tache n’ôte pas les douceurs de la vie, mais les rehausse plutôt grandement ; et notre Seigneur n’a pas prié pour que nous fussions ôtés du monde, mais « pour que nous fussions préservés du mal qui est en lui ». Oh ! si vous vouliez donc tous, d’un commun accord, dire : Voici, nous venons ! Soyez assurés qu’il y a ici assez de provisions. Car c’est un grand souper. Dans la maison de notre Père il y a du pain en abondance. Et bien que ce soit un grand Dieu qui donne le souper, il est aussi bon et aussi plein de condescendance qu’il est grand. Bien qu’il soit le Très-Haut, dont la demeure est éternelle, il habitera pourtant avec le cœur humble et contrit, avec l’homme qui tremble à sa parole. Vous ne pouvez pas non plus vous plaindre du manque de place : « car il y a encore de la place. Il y a plusieurs demeures dans la maison de notre Père. » S’il n’en était pas ainsi, notre Sauveur nous l’aurait dit. La grâce de Christ est aussi riche, aussi gratuite et aussi puissante que jamais. Il est « le même hier, aujourd’hui, et éternellement ». Il est plein de grâce et de vérité, et de sa plénitude tous ceux qui viennent à lui peuvent recevoir grâce pour grâce. Il donne à tous simplement et sans reproche. Il ne veut pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il croie et qu’il vive. Venez donc, vous tous, pécheurs boiteux, pauvres, estropiés et aveugles ; prenez courage, le Seigneur Jésus a envoyé son serviteur pour vous appeler. C’est maintenant l’heure du souper, et un jour de grâce extraordinaire. Le jour est peut-être sur son déclin. Hâtez-vous donc, et courez au souper de l’Agneau. Si vous ne venez pas, je sais que le maître sera irrité. Et qui pourra subsister devant lui quand il sera irrité ? « N’endurcissez pas vos cœurs, comme lors de la révolte, Le jour de la tentation dans le désert. » Ne provoquez pas le Seigneur à dire : « aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper. » Ô paroles terribles ! Elles impliquent beaucoup plus qu’elles n’expriment. C’est la même chose que cette parole des psaumes : « je jurai dans ma colère: Ils n’entreront pas dans mon repos! » Et si vous n’entrez pas dans le repos de Dieu, et ne goûtez pas du souper de Christ, il vous faudra lever les yeux au milieu des tourments, où vous n’aurez aucun repos, et souper avec les démons damnés aux siècles des siècles.
Connaissant donc la crainte du Seigneur, nous vous pressons de vous hâter, et de ne plus faire de vaines excuses. Car il n’y a point d’excuse contre la foi. Peut-être dites-vous : Vous appelez les boiteux, et les estropiés, et les aveugles, et les pauvres. Mais si nous sommes boiteux et estropiés, comment pouvons-nous venir ? Si nous sommes aveugles, comment pouvons-nous voir notre chemin ? Si nous sommes pauvres, comment pouvons-nous espérer d’être admis à une si grande table ? Ah ! heureux êtes-vous, si vous sentez que vous êtes boiteux et estropiés. Car si vous vous sentez tels, et que vous vous en lamentiez, qui sait si, pendant que je parle, Dieu n’enverra pas son Esprit avec la parole pour vous ramener à lui ? Bien que vous soyez aveugles, Jésus a un collyre pour vous oindre. Bien que vous soyez pauvres, vous êtes pourtant les bienvenus à ce riche festin. Il a coûté un grand prix à Jésus-Christ, mais vous l’aurez gratuitement. C’est pour des gens tels que vous qu’il a été préparé : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! » Les pécheurs riches, justes à leurs propres yeux, contents d’eux-mêmes, dédaigneront, je le sais, et le festin et celui qui l’a si grandement préparé. Ils l’ont déjà fait ; c’est pourquoi le Seigneur nous a envoyés dans les chemins et le long des haies pour amener de pauvres âmes telles que vous. Hasardez-vous donc, mes chers amis, et honorez Dieu en le prenant au mot. Venez au festin des noces. Croyez-moi, vous y goûterez des mets les plus délicieux.
Dites-moi, vous qui avez goûté que le Seigneur est bon, ne recommanderez-vous pas ce festin à tous ? N’êtes-vous pas, pendant que je parle, prêts à vous écrier : Venez, vous tous qui êtes dehors, venez, obéissez à l’appel, car nous nous sommes assis avec grand plaisir à l’ombre du Rédempteur, et son fruit a été doux à notre palais ? Pendant que je parle, le feu ne s’allume-t-il pas, vos cœurs ne brûlent-ils pas du désir que d’autres viennent et soient bénis aussi ? Si vous êtes chrétiens en vérité, je sais que vous serez dans ces dispositions, et que le langage de vos cœurs sera : Seigneur, pendant qu’il appelle, que ton Esprit les contraigne d’entrer. Oh ! que le Seigneur dise Amen ! Et pourquoi en douterions-nous ? Assurément notre Sauveur ne me laissera pas me plaindre aujourd’hui d’avoir travaillé en vain et dépensé ma force pour rien. Il me semble que j’en vois beaucoup qui désirent venir. Oh ! comment vous contraindrai-je d’avancer ? Je n’emploierai ni le feu ni l’épée, comme font les papistes, en pervertissant terriblement ce texte de l’Écriture. Mais je vous parlerai de l’amour de Dieu, de l’amour de Dieu en Christ, et assurément cela doit vous contraindre, cela doit vous presser, que vous le vouliez ou non. Pécheurs, mon cœur s’est élargi pour vous. Je pourrais remplir ma bouche d’arguments. Considérez la grandeur du Dieu qui donne le souper. Considérez la grandeur du prix par lequel il a été acquis. Considérez la grandeur de la provision préparée pour vous. Que voudriez-vous de plus ? Considérez la condescendance infinie de Dieu, qui vous appelle maintenant, quand vous pourriez être en enfer, « où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s’éteint point. » Et, afin que vous soyez sans excuse, il a envoyé son serviteur dans les chemins et le long des haies pour vous y inviter. Oh ! si vous goûtiez ce que je goûte maintenant ! Je suis sûr qu’il ne vous faudrait point d’arguments pour vous engager à entrer : non, vous voleriez au festin de l’Évangile comme des colombes vers leur colombier.
Mais, pauvres âmes ! beaucoup d’entre vous, peut-être, n’ont pas faim. Vous ne vous sentez ni boiteux, ni estropiés, ni aveugles, et c’est pourquoi vous n’avez aucun goût pour ce festin spirituel. Eh bien, ne vous irritez pas contre moi parce que je vous appelle ; ne vous offensez pas si je pleure sur vous, parce que vous ne connaissez pas le temps où vous êtes visités. S’il me faut paraître au jugement comme un prompt témoin contre vous, il le faudra. Mais cette pensée me glace le sang ! Je ne puis la supporter ; je sens que je pourrais donner ma vie pour vous. Mais je ne veux pas m’en aller sans vous. Que dites-vous, mes chers amis ? Je voudrais vous poser la question encore une fois : Voulez-vous goûter du souper de Christ, oui ou non ? Vous serez tous les bienvenus. Il y a à ce festin du lait pour les petits enfants, aussi bien que de la nourriture solide pour les hommes forts et pour les personnes d’un âge plus mûr. Il y a de la place et des provisions pour les grands et les petits, les riches et les pauvres, les uns comme les autres ; et notre Sauveur vous remerciera d’être venus. Condescendance étonnante ! Amour prodigieux ! Cette pensée m’accable tout à fait. Aidez-moi, aidez-moi, ô croyants, à le bénir et à le louer.
Et oh ! puisse cet amour nous porter à venir de nouveau à lui, comme si nous n’étions jamais venus auparavant ! Car, bien que nous ayons été souvent rassasiés, nos âmes mourront de faim si nous ne renouvelons nos actes de foi, et si nous ne nous jetons continuellement aux pieds de Christ comme des pécheurs perdus et ruinés. Se nourrir d’expériences passées ne rassasiera pas plus nos âmes que ce que nous avons mangé hier ne soutiendra nos corps aujourd’hui. Non, les croyants doivent chercher de nouvelles influences de la grâce divine, et demander au Seigneur de les arroser à chaque instant. La parabole parle donc aux saints aussi bien qu’aux pécheurs. Venez, vous aussi, au festin des noces ; vous êtes aussi bienvenus maintenant que jamais. Et que Dieu fasse soupirer vos âmes après ce temps où nous nous assiérons pour prendre notre repas dans le royaume des cieux ! Là nous boirons à longs traits l’amour divin, et nous jouirons à jamais du glorieux Emmanuel. Ainsi soit-il, Seigneur Jésus, Amen.
Chapitre 33 terminé
Le souper de l’Évangile