Sermons choisis de George Whitefield
Le soin de l’âme, la seule chose nécessaire

Chapitre 31 · 40 min de lecture · 52 min d’écoute

Le soin de l’âme, la seule chose nécessaire

Luc 10:42 — « Une seule chose est nécessaire. »

C’était le caractère aimable de notre bienheureux Rédempteur qu’il « allait de lieu en lieu faisant du bien » ; ce grand mobile, qui animait toutes ses actions, le conduisit dans la maison de son ami Lazare, à Béthanie, et y dirigea sa conduite. Bien que ce fût un temps de relâche dans ses travaux publics, notre Seigneur apporta les sentiments et les pieux soucis d’un prédicateur de la justice jusque dans le salon d’un ami ; et là sa doctrine tomba comme la pluie, et se répandit comme la rosée, sur le petit cercle heureux qui l’entourait alors. Marie, la sœur de Lazare, prit place parmi eux avec un grand bonheur ; elle s’assit aux pieds de Jésus, dans l’attitude d’une humble disciple ; et nous avons bien des raisons de croire que Marthe, son autre sœur, eût volontiers été là avec elle ; mais les soins domestiques la pressaient fort, et elle était « occupée à divers soins domestiques », trop soucieuse peut-être de préparer un repas somptueux pour son céleste Maître et pour la suite qui l’accompagnait. Heureux ceux qui, au milieu d’une foule d’affaires, ne perdent rien de la spiritualité de leur esprit, ni du calme et de la douceur de leur humeur ! Cette bonne femme vient à notre Seigneur avec une plainte trop impatiente, insinuant quelque petit reproche, non seulement contre Marie, mais contre lui-même aussi : « Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir? Dis-lui donc de m’aider. » Notre Seigneur, désireux de saisir toutes les occasions de suggérer des pensées utiles, lui répond par ces paroles, dont le texte fait partie : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. » Hélas, Marthe ! Les intérêts de l’âme sont d’une importance tellement plus grande que ceux du corps, que je ne puis blâmer ta sœur en cette occasion : je te la propose plutôt en exemple, et je t’avertis, toi et tous mes autres amis, d’être bien sur vos gardes, afin qu’au milieu de vos soucis mondains vous ne perdiez pas de vue ce qui mérite bien davantage votre attention.

Je considérerai ces paroles, « Une seule chose est nécessaire », comme une sorte d’aphorisme, ou de sentence sage et grave, tombée de la bouche de notre bienheureux Rédempteur, et qui mérite évidemment notre plus sérieuse attention. Je vais

I. Considérer ce que nous devons entendre par « la seule chose » dont il est ici parlé.

II. Vous montrer ce que l’on veut dire quand on l’appelle la seule chose nécessaire.

III. Je montrerai combien c’est à juste titre qu’elle est ainsi représentée, ou je prouverai qu’elle est, en effet, la seule chose nécessaire. Et je conclurai ensuite par quelques réflexions.

Mes amis, les paroles qui sont maintenant devant nous sont aujourd’hui aussi vraies qu’elles l’étaient il y a dix-sept cents ans. Appliquez vos cœurs à les écouter. Oh ! puissiez-vous, par la grâce divine, être réveillés pour les entendre avec l’attention qu’elles méritent, et être aussi pénétrés des choses simples et sérieuses qui vont vous être dites que vous le seriez probablement si je vous parlais au chevet de votre lit de mort, et que vous eussiez de l’éternité une vue proche et vivante !

Premièrement, je dois considérer ce que nous devons entendre par « la seule chose nécessaire ».

Or, en peu de mots, c’est « le soin de l’âme », opposé, comme vous le voyez dans le texte, au soin, au soin excessif du corps, au sujet duquel Marthe reçut de notre Seigneur un doux avertissement. C’est là une réponse générale, et elle comprend une variété de points importants, qu’il est de l’office de notre ministère de vous exposer souvent tout au long. Le soin de l’âme implique un empressement à écouter les paroles de Christ, à nous asseoir avec Marie à ses pieds, et à recevoir de sa bouche et la loi et l’Évangile. Il suppose que nous apprenions de ce divin Maître la valeur de nos âmes, leur danger et leur remède, et que nous devenions par-dessus toutes choses soucieux de leur salut ; que, nous repentant sincèrement de tous nos péchés, et croyant de tout cœur à l’Évangile éternel, nous recevions le Seigneur Jésus-Christ pour justice et pour vie, reposant nos âmes sur le prix de son expiation et sur l’efficace de sa grâce. Il emporte la consécration sincère de nous-mêmes au service de Dieu, et un attachement fidèle à ce service, malgré toutes les oppositions qui naissent des corruptions intérieures ou des tentations extérieures ; et une persévérance résolue dans la voie de la dépendance évangélique, jusqu’à ce que nous recevions le but de notre foi dans notre salut accompli. Telle est la « seule chose nécessaire », représentée, il est vrai, en diverses Écritures sous des noms divers. Tantôt elle est appelée « la régénération », ou « la nouvelle créature », parce qu’elle est l’œuvre bienheureuse de la grâce efficace de Dieu. Tantôt « la crainte de Dieu », et tantôt « son amour, et l’observation de ses commandements » ; et très souvent, dans le Nouveau Testament, elle est appelée « la foi », ou « recevoir Christ et croire en lui », ce qui, pour cette raison, est représenté comme « la grande œuvre de Dieu », Jean 6:29, la grande chose que Dieu exige dans son glorieux Évangile, aussi bien qu’il la produit en nous par son Esprit : chacun de ces termes, s’il est bien compris et bien expliqué, comprend tout ce que j’ai dit sur ce point. En somme, nous pouvons dire que, comme le corps est un, bien qu’il ait beaucoup de membres, et que l’âme est une, bien qu’elle ait beaucoup de facultés, de même, dans le cas présent, cette religion réelle et vivante est « une seule chose », un seul principe sacré de vie divine, qui nous amène à prendre soin de nos âmes comme de notre plus grand trésor. C’est une seule chose, malgré toute la variété des points de vue sous lesquels on peut la considérer, et des caractères sous lesquels on peut la décrire. Je passe

Secondement, à considérer ce qu’on peut entendre par la manière dont elle est ici représentée, comme « la seule chose nécessaire ».

Or je pense que cela comprend naturellement ces trois points : c’est une affaire d’intérêt universel ; de la plus haute importance ; et d’une nature si étendue que tout ce qui est vraiment digne de notre attention peut être considéré comme y étant compris, ou comme lui étant subordonné. Permettez-moi d’éclaircir un peu chacun de ces points.

1. Le soin de l’âme peut être appelé « la seule chose nécessaire », parce qu’il est une affaire d’intérêt universel.

Notre Seigneur, vous le voyez, en parle comme d’une chose nécessaire en général. Il ne dit pas : pour telle ou telle personne en particulier ; ou pour ceux de tel âge, de telle condition, ou de telle situation dans la vie ; mais nécessaire à tous. Et vraiment, en traitant un tel sujet, on pourrait fort bien l’introduire par ces paroles solennelles du psalmiste : « Écoutez ceci, vous tous, peuples, Prêtez l’oreille, vous tous, habitants du monde, Petits et grands, Riches et pauvres! » Psaume 49:2, 3. Car c’est l’affaire de tous, depuis le roi qui est assis sur le trône jusqu’au serviteur qui tourne la meule, ou au mendiant couché sur le fumier. Elle est nécessaire pour nous qui sommes ministres, car notre propre salut y est intéressé : et malheur, malheur insupportable à nos âmes, si nous croyons qu’il suffit de la recommander aux autres, et d’en parler d’une manière chaleureuse ou solennelle dans les assemblées publiques, ou dans nos entretiens particuliers, tandis qu’elle ne pénètre pas nos cœurs comme notre plus grand souci. Notre cas sera alors semblable à celui de cet officier israélite à Samarie, 2 Rois 7:2, qui fut employé à distribuer le blé quand le siège fut levé ; bien que nous le voyions de nos yeux et que nous le distribuions de nos mains, nous mourrons nous-mêmes misérablement, sans goûter les bénédictions que nous dispensons. Elle est nécessaire à vous tous qui êtes nos auditeurs, sans en excepter une seule personne. Elle est nécessaire à vous qui êtes riches ; bien qu’elle puisse, à certains égards, vous être particulièrement difficile, aussi difficile même, relativement parlant, que pour « un chameau de passer par le trou d’une aiguille », Matthieu 19:24, cependant, si elle est négligée, vous êtes pauvres au milieu de toutes vos richesses, et misérables dans toute votre abondance ; un malheureux mourant de faim dans un palais magnifique et sous un riche vêtement serait moins digne de compassion que vous. Elle est nécessaire pour vous qui êtes pauvres, quoique vous soyez accablés de tant de soucis inquiets sur « ce que vous mangerez, ce que vous boirez, et de quoi vous serez vêtus », Matthieu 6:31. La nature qui vous rend capables de telles inquiétudes prouve que vous avez un bien plus grand intérêt à la nourriture « qui subsiste pour la vie éternelle », Jean 6:27, qu’à celle qui doit soutenir ce corps mortel. Elle est nécessaire pour vous qui êtes avancés en âge ; bien que votre force soit diminuée, au point que « la sauterelle devient pesante », Ecclésiaste 12:7, et bien que, par votre longue persévérance dans le péché, vous ayez rendu cette grande œuvre si difficile que, si elle était moins importante, on vous laisserait par pitié en repos sans vous en faire souvenir ; oui, si tard qu’il soit, il faut qu’elle se fasse, ou vos têtes blanches descendront avec colère dans le sépulcre, et succomberont sous une malédiction aggravée par chaque année et par chaque jour de votre vie. Elle est nécessaire à vous qui êtes jeunes, bien que tant de vanités riantes vous sollicitent à la négliger, et bien qu’on puisse vous la représenter comme un souci hors de saison pour le moment ; cependant je le répète, elle vous est nécessaire ; immédiatement nécessaire, à moins que vous, qui marchez si souvent sur la poussière de vos frères et de vos compagnons morts dans la fleur et la vigueur de leurs jours, n’ayez fait pour vous-mêmes quelque alliance secrète avec le sépulcre, et trouvé quelque merveilleux moyen, inconnu jusqu’ici, de mettre en sûreté cette vie précaire, et de répondre de jours et de mois à venir, tandis que d’autres ne peuvent répondre d’un seul instant.

2. Le soin de l’âme est « une affaire de la plus haute importance », au-delà de tout ce qui peut lui être comparé.

Comme Salomon dit de la sagesse : « Elle est plus précieuse que les perles, Elle a plus de valeur que tous les objets de prix. » Proverbes 3:15 ; de même je puis dire à juste titre de cette grande et très importante branche de la sagesse : tout ce qu’on peut mettre dans la balance avec elle se trouvera tout entier plus léger que la vanité. C’est ce qui est fortement impliqué quand il est dit dans le texte : « Une seule chose est nécessaire » ; une seule chose, et une seule chose seulement, l’est. De même qu’il est dit du Dieu bienheureux qu’il est « seul sage », 1 Timothée 1:17, et « seul saint », Apocalypse 15:4, parce que la sagesse et la sainteté des anges et des hommes ne sont rien en comparaison des siennes. Ce qui paraît le plus grand et le plus important dans la vie, ce à quoi les rois et les sénats, ce à quoi les plus sages et les plus grands de ce monde emploient leur temps, leurs conseils, leurs plumes, leurs travaux, ce ne sont que des bagatelles en comparaison de cette seule chose. Un homme peut subsister, il peut même, en une mesure considérable, être heureux, sans science, sans richesses, sans titres, sans santé, sans liberté, sans amis ; bien plus, quoique la vie soit « plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement », Matthieu 6:25, il peut être heureux, ineffablement heureux, sans le corps lui-même. Mais il ne le peut, s’il néglige la seule chose nécessaire. Je dois donc réclamer pour elle votre attention avec les paroles de Moïse : « ce n’est pas une chose sans importance pour vous; c’est votre vie », Deutéronome 32:47.

3. Le soin de l’âme est d’une nature si étendue que « tout ce qui est vraiment digne de notre attention peut être considéré comme y étant compris, ou comme lui étant subordonné ».

Comme David remarque que « le commandement de Dieu n’a point de limite », Psaume 119:96, ainsi nous pouvons le dire de cette seule chose nécessaire ; ou, comme Salomon l’exprime avec beaucoup de justesse et de force : « Craindre Dieu et observer ses commandements, c’est là tout le devoir de l’homme », Ecclésiaste 12:15. Tout son devoir, et tout son intérêt ; et tout ce qui est sage et raisonnable en fait partie, à sa propre place et dans sa juste liaison. Nous jugerions bien mal de la nature de ce soin, si nous imaginions qu’il consiste simplement en actes de dévotion ou en contemplation religieuse ; il comprend tout l’aimable et harmonieux cortège des vertus sociales et humaines. Il exige le soin de la société, le soin de nos corps et de nos intérêts temporels ; mais alors tout doit être réglé, dirigé et animé par de justes égards pour Dieu, pour Christ et pour l’immortalité. Notre nourriture et notre repos, nos métiers et nos travaux doivent recevoir nos soins, et tous les devoirs de l’humanité doivent être remplis par obéissance à la volonté de Dieu, pour la gloire de Christ, et en vue de former l’esprit à une aptitude croissante pour un état de perfection accomplie. Nommez une chose qui n’ait aucun rapport à ceci, et vous nommez une bagatelle sans valeur, de quelque dorure qu’on la couvre pour séduire l’œil, ou de quelque douceur qu’on l’assaisonne pour flatter le goût. Nommez une chose qui, au lieu de former ainsi l’âme, tende à l’avilir et à la souiller, à l’asservir et à la mettre en danger, et vous nommez ce qu’il y a de plus inutile et de plus funeste, si grand que soit le salaire de l’iniquité ; de plus immonde et de plus difforme, si honorable qu’elle soit aux yeux des hommes, ou si fort à la mode qu’elle soit dans leurs coutumes. Je me suis ainsi efforcé de vous montrer ce que nous pouvons supposer impliqué dans cette expression : « une seule chose est nécessaire ». Je dois maintenant,

Troisièmement, vous montrer avec combien de justesse le soin de l’âme peut être représenté sous ce caractère, comme la seule chose nécessaire, c’est-à-dire comme une affaire d’intérêt universel et très sérieux, à laquelle tout le reste doit être considéré comme subordonné, s’il est le moins du monde digne de nos soins et de nos poursuites.

Ici permettez-moi d’en appeler aux sentiments de ceux qu’on doit reconnaître comme les plus capables d’en juger, et à l’évidente raison de la chose elle-même, telle qu’elle doit apparaître à tout esprit sans préjugé.

1. Permettez-moi d’argumenter « d’après l’opinion de ceux qu’on doit reconnaître comme les plus capables de juger en une telle affaire », et nous verrons bientôt que le soin de l’âme leur paraît être la seule chose nécessaire.

Si le jugement du Dieu bienheureux est « selon la vérité », combien clairement et combien solennellement ce jugement est-il déclaré ! Je ne dirai pas seulement dans tel ou tel passage particulier de sa parole, mais dans toute la suite de ses révélations aux enfants des hommes, et dans toute la teneur de ses appels qui leur sont adressés. N’est-ce pas là le langage de toutes, depuis les premiers jours de Job et de Moïse jusqu’à la clôture du canon de l’Écriture ? Job 28:21, 23, 28 : « Si la sagesse est cachée aux yeux de tout vivant, assurément Dieu en sait le chemin, il en connaît la demeure » ; et s’il les connaît, il les indique clairement, car « il dit encore à l’homme : Voici, la crainte du Seigneur, c’est la sagesse; S’éloigner du mal, c’est l’intelligence. » Par Moïse, il déclara aux Israélites « que pratiquer les commandements de l’Éternel serait leur sagesse et leur intelligence aux yeux des peuples, qui entendraient parler de ses lois et diraient : Cette grande nation est un peuple absolument sage et intelligent! », Deutéronome 4:6. Quand il eut élevé sur le trône d’Israël un homme qui avait la réputation d’être le plus sage qui ait jamais vécu sur la face de la terre, il voulut faire de lui, d’une manière éminente, un docteur de cette grande vérité. Et bien que tout ce qu’il dit sur les sujets curieux et moins importants de la philosophie naturelle soit maintenant perdu, « bien qu’il ait parlé sur les arbres, depuis le cèdre jusqu’à l’hysope, et sur les animaux, sur les oiseaux, sur les reptiles et sur les poissons », 1 Rois 4:33, cette parole a été conservée, où il atteste que « Le commencement de la sagesse, c’est la crainte de l’Éternel », Proverbes 1:7 ; 9:10, ainsi que ces Proverbes où, presque à chaque ligne, ceux qui négligent Dieu et leur propre âme sont appelés des insensés, comme si c’était là la signification la plus propre du mot, tandis que les hommes religieux seuls sont honorés du titre de sages. Mais à cet égard, pour attester cette vérité au nom de Dieu et en son propre nom, « il y a ici plus que Salomon ».

Car si nous demandons ce que notre Seigneur Jésus-Christ jugeait être la seule chose nécessaire, les paroles du texte en contiennent une réponse aussi complète qu’on puisse l’imaginer ; et le sens en est répété d’une manière très vive et très forte dans ce passage remarquable où notre Seigneur non seulement déclare son propre jugement, mais semble en appeler à la conscience de tous, comme obligés par leurs propres convictions secrètes d’en souscrire la vérité : « Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perdait son âme? Ou, que donnerait un homme en échange de son âme? » Matthieu 16:26. Si elle était une fois perdue, que ne serait-il pas prêt à donner pour la racheter ? Mais cela ne dépend pas des seules paroles de Christ. Que ses actions, ses souffrances, son sang, sa mort disent quel prix il attachait aux âmes des hommes. Peut-on s’imaginer qu’il eût quitté le ciel, qu’il eût habité sur la terre, travaillé nuit et jour, et enfin expiré sur la croix pour une affaire de peu d’importance ? Ou pouvons-nous penser que celui en qui « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science, et en qui habite corporellement toute la plénitude de la divinité », Colossiens 2:3, 9, se soit trompé dans un jugement si mûrement formé et si solennellement déclaré ?

Si, après cela, il y avait lieu de parler du jugement et des témoignages des hommes, combien il serait facile de produire une nuée de témoins en une telle cause, et de montrer que les plus sages et les meilleurs des hommes, dans tous les âges du monde, se sont accordés sur ce point : qu’au milieu de toutes les diversités d’opinion et de profession que les générations successives ont produites, ce fut là le jugement unanime, ce fut là le souci commun et le plus empressé de ceux dont le caractère est le plus véritablement estimable, d’assurer le salut de leur propre âme et d’avancer le salut des autres.

Et permettez-moi de vous supplier de réfléchir sérieusement à ceci : quel est le caractère de ceux qui ont pris la liberté de déclarer le plus hardiment et le plus librement leur jugement en sens contraire ? Le nombre en est relativement petit ; et quand vous comparez ce que vous avez observé de leur humeur et de leur conduite, je ne dirai pas avec ce que vous lisez des saints hommes d’autrefois, mais avec ce que vous avez vu vous-mêmes chez les serviteurs fidèles, actifs et zélés de Christ, en ces derniers âges, avec qui vous avez conversé, trouvez-vous, à tout prendre, que ceux qui rejettent l’Évangile et s’en moquent soient à d’autres égards tellement plus prudents et plus judicieux, tellement plus sages pour eux-mêmes et pour les autres qui subissent leur influence, que vous soyez raisonnablement obligés de déférer beaucoup à l’autorité de quelques noms de cette sorte, à l’encontre de ceux qui leur sont ici opposés ?

Mais vous direz, et vous ne le direz que trop véritablement : Bien que peu de gens osent se déclarer en paroles pour la négligence de l’âme et de ses intérêts éternels, la plus grande partie des hommes le fait par ses actions. Mais la plus grande partie des hommes est-elle si sage et si bonne qu’il faille la suivre aveuglément dans les affaires de la plus haute importance ? Et une multitude d’entre eux ne se déclarent-ils pas pour l’autre parti dans leurs moments les plus sérieux ? Quand les ivresses des affaires et des plaisirs du monde sont passées, et que quelque maladie de langueur réduit les hommes à la solitude et à la retraite, quel est, selon ce que vous avez généralement observé, l’effet d’une telle circonstance ? Ne se déclarent-ils pas alors convaincus de la vérité que nous travaillons maintenant à établir ? Bien plus, ne voyons-nous pas quelquefois qu’une maladie qui saisit l’esprit avec violence, sans détruire pourtant entièrement ses facultés de raisonnement, imprime cette conviction dans l’âme en quelques heures, et parfois même en quelques instants ? N’avez-vous jamais vu une créature frivole et étourdie, surprise dans le tourbillon des plaisirs et des divertissements, et amenée aussitôt non seulement au sérieux, mais à la terreur et au tremblement, par la vue prochaine de la mort ? N’avez-vous jamais vu l’homme d’affaires et de soucis interrompu, comme le riche insensé de la parabole, au milieu de ses projets pour le monde présent ? Et n’avez-vous pas entendu l’un et l’autre reconnaître la vanité de ces plaisirs et de ces soucis qui, quelques jours auparavant, étaient tout pour eux, confesser que la religion était la seule chose nécessaire, et la recommander aux autres avec un empressement tel qu’ils semblaient espérer réparer par là leur propre négligence passée ? Nous qui sommes ministres, nous sommes souvent témoins de choses semblables, et je crois que peu de nos auditeurs y sont entièrement étrangers.

Une fois encore, que serait-ce si, au témoignage des mourants, nous pouvions ajouter celui des morts ? Que serait-ce si Dieu écartait le voile qui est entre nous et le monde invisible, et permettait au pécheur le plus insouciant de cette assemblée de converser quelques instants avec ses habitants ? Si vous alliez trouver un esprit bienheureux qui suivit le chemin le plus épineux vers le paradis, ou qui passa par l’épreuve la plus ardente, et que vous lui demandiez : « Valait-il la peine de tant travailler et de tant endurer pour ce que vous possédez maintenant ? » assurément, si les bienheureux dans le ciel étaient capables d’indignation, ils s’indigneraient d’entendre qu’on en fît une question. Et, d’autre part, si vous pouviez interroger l’un de ceux qui sont tourmentés dans cette flamme d’en bas, quand même il aurait été autrefois cet homme « qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie », Luc 16:19 ; si vous pouviez lui demander « si ses jouissances passées étaient une compensation de ses souffrances et de son désespoir présents » ; quelle réponse pensez-vous qu’il ferait ? Peut-être une réponse d’une telle horreur et d’une telle rage que vous ne pourriez même pas la supporter. Ou si la malignité de sa nature l’empêchait de faire aucune réponse, assurément il y aurait un langage dans ce silence même, un langage dans les ténèbres, et dans les flammes, et dans les gémissements de cette prison infernale, qui dirait à votre âme même ce que la parole de Dieu, avec une égale certitude quoique avec une conviction moins forte, dit à votre oreille : « Une seule chose est nécessaire. » Vous voyez qu’il en est ainsi au jugement de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ, des plus sages et des meilleurs des hommes, de beaucoup de ceux qui semblaient en juger tout autrement, quand ils en viennent à une réflexion plus mûre et plus sérieuse ; et non seulement des mourants, mais des morts aussi, de ceux qui ont connu par expérience les deux mondes, et qui savent le plus sûrement ce qu’il faut préférer. Mais je ne ferai pas reposer ici tout l’argument ; c’est pourquoi

2. J’en appelle à l’évidente raison de la chose elle-même, telle qu’elle doit apparaître à tout esprit sans préjugé, pour montrer que le soin de l’âme est en effet la seule chose nécessaire.

Je me considère toujours comme parlant, non à des athées ni à des déistes, mais à ceux qui non seulement croient à l’existence et à la providence de Dieu, et à un état futur de bonheur et de misère, mais qui ajoutent foi aussi à la vérité de la révélation chrétienne, comme le font sans aucun doute beaucoup de ceux qui vivent dans un fatal oubli de Dieu et de leur propre âme. Or, sur ces principes, un peu de réflexion peut suffire à vous convaincre qu’il est nécessaire au repos présent de votre esprit ; nécessaire, si jamais vous voulez vous assurer le bonheur éternel, et éviter la misère éternelle, qui sera aggravée plutôt qu’adoucie par toutes vos jouissances présentes.

1. Le soin de l’âme est la seule chose nécessaire, parce que « sans lui vous ne pouvez assurer la paix de votre esprit, ni éviter les reproches de votre conscience ».

Cette noble faculté est en vérité le lieutenant de Dieu dans l’âme. Elle sent la dignité et la valeur d’un esprit immortel, et parfois elle crie contre la violence qui lui est faite, et crie si fort qu’elle contraint le pécheur à l’entendre, qu’il le veuille ou non. Ne l’éprouvez-vous pas quelquefois vous-mêmes ? Quand vous travaillez le plus à oublier les intérêts de votre âme, ne s’imposent-ils pas quelquefois à votre souvenir ? Vous avez peur des réflexions de votre propre esprit ; mais avec tout votre artifice et toute votre résolution, pouvez-vous les éviter entièrement ? La conscience ne vous suit-elle pas jusque dans vos lits, quand même on lui refuse l’occasion de vous rencontrer dans vos cabinets, et là, quoique d’une voix importune, ne vous avertit-elle pas « que votre âme est négligée, et qu’elle sera bientôt perdue » ? Ne vous suit-elle pas dans vos boutiques et dans vos champs, quand vous y êtes le plus occupés ? Bien plus, j’ajouterai : ne vous suit-elle pas quelquefois au festin, au club, au bal, et peut-être, malgré toute résistance, au théâtre aussi ? Ne mêle-t-elle pas quelquefois d’absinthe vos plus doux breuvages, et d’horreur vos plus joyeuses scènes ? De sorte que vous êtes comme un marchand qui, soupçonnant ses affaires d’être en mauvais état, met de côté ses livres et ses papiers, et pourtant ils lui tombent quelquefois sous la main par accident. Il ose à peine sortir, de peur de rencontrer un créancier ou d’être arrêté : et s’il travaille à oublier ses soucis et ses dangers dans une vie de luxe chez lui, le souvenir en est quelquefois réveillé, et l’alarme augmentée, par ces extravagances mêmes dans lesquelles il tente de le perdre. Tel est probablement l’état de vos esprits, et c’est un état bien douloureux ; et tant que les choses sont ainsi au-dedans, les circonstances extérieures ne peuvent pas plus vous rendre heureux qu’un beau vêtement ne pourrait vous soulager dans un violent accès de la pierre. Au lieu que, si cette grande affaire était assurée, vous pourriez trouver dans la réflexion autant de délices que vous en avez maintenant d’effroi ; et la conscience, de votre plus cruelle ennemie, deviendrait une amie délicieuse, et son témoignage votre plus grand sujet de joie.

2. Le soin de l’âme est la seule chose nécessaire, « parce que sans lui votre bonheur éternel sera perdu ».

Une couronne de gloire éternelle n’est assurément pas une bagatelle telle qu’on doive la jeter à une créature insouciante qui ne veut pas la poursuivre tout de bon. Dieu n’agit pas ordinairement ainsi, même à l’égard des dons de sa providence commune, qui sont relativement de peu de valeur. Quant à ceux-ci, c’est la main des diligents qui généralement enrichit ; et celui qui s’attendrait à acquérir un bien simplement en le souhaitant, ou sans s’appliquer avec résolution et constance à une conduite propre à cette fin, passerait pour insensé plutôt que pour prudent. Or, afin que nous ne rêvions pas follement d’obtenir le ciel au milieu d’une vie d’indolence et de paresse, il nous est dit expressément dans la parole de Dieu que « le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent », Matthieu 11:12, et nous sommes en conséquence exhortés par ces mots : « Efforcez-vous », c’est-à-dire luttez avec la plus grande intensité et la plus grande ardeur d’esprit, comme le mot le signifie proprement, « d’entrer par la porte étroite », pour cette grande et importante raison que « beaucoup chercheront à entrer, et ne le pourront pas », Luc 13:24. Bien plus, quand notre Seigneur fait les plus gracieuses promesses à celui qui supplie humblement, il le fait de manière à exclure les espérances de ceux qui sont insouciants et indifférents : « Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. » Matthieu 7:7. Si donc vous ne demandez pas, si vous ne cherchez pas, si vous ne frappez pas, la porte de la miséricorde ne sera pas ouverte, et le bonheur éternel sera perdu. Non que le ciel doive s’obtenir par nos propres bonnes œuvres : non, non ; car après avoir tout fait, nous devons nous regarder comme des serviteurs inutiles.

Et assurément, si je ne pouvais rien dire de plus sur les conséquences fatales de votre négligence que ceci, que le bonheur éternel sera perdu, j’en dirais assez pour frapper tout esprit qui considère ce que signifie l’éternité. Tomber dans un état d’oubli éternel pourrait sans doute paraître un refuge à un esprit rempli de l’appréhension d’une misère future. Mais oh ! quel affreux refuge ! C’est assurément un refuge tel que pourrait le paraître un vaste précipice (où un homme, en tombant, serait mis en pièces en un instant) à une personne poursuivie par les officiers de la justice, pour être conduite à une exécution douloureuse et lente. Si un jeune prodigue avait raison de jeter un regard d’angoisse sur quelque bel et vaste héritage paternel qu’il aurait vendu ou perdu pour les seules débauches de quelques jours, combien plus triste serait-il pour un esprit raisonnable de penser que son bonheur éternel est perdu pour quelque considération terrestre que ce soit ! Pensée qui torture ! « Si j’avais pris soin de cette seule chose que j’ai négligée, j’aurais pu être, par la grâce de Dieu en Jésus-Christ, grand et heureux au-delà de toute expression, au-delà de toute conception : non seulement pour le court espace de dix mille fois mille âges, mais pour toujours. Une ligne qui s’étendrait jusqu’à l’étoile la plus lointaine n’aurait pu contenir le nombre de ces âges, et des millions d’années n’auraient pas suffi à les chiffrer : voilà l’éternité, mais je l’ai perdue, et je suis maintenant au bord de l’existence. Cette lampe, qui aurait pu survivre à celles du firmament, va bientôt s’éteindre, et je vais être effacé d’entre les œuvres de Dieu, et retranché de tous les bienfaits de sa main. » Ne serait-ce pas là un état bien misérable, quand même ce serait tout ? Et cela ne suffirait-il pas à prouver que celle-ci est la meilleure part, celle qui, comme l’observe notre Seigneur, « ne lui sera point ôtée » ? Mais à Dieu ne plaise que nous soyons assez infidèles envers lui et envers les âmes des hommes pour nous en tenir à cette seule représentation. J’ajoute donc encore une fois :

3. Le soin de l’âme est la seule chose nécessaire, parce que « sans lui vous ne pouvez éviter un état de misère éternelle, qui sera aggravée plutôt qu’adoucie par toutes vos jouissances présentes ».

Rien ne peut être plus évident d’après la parole du Dieu de vérité. Il y paraît clairement que c’est une chose arrêtée, qui ne laisse place à aucune conjecture ni à aucune espérance plus favorable. « Les méchants seront jetés en enfer, toutes les nations qui oublient Dieu », Psaume 9:18. « ceux-ci iront au châtiment éternel », Matthieu 25:46, dans un état où ils chercheront en vain la mort, et où la mort fuira loin d’eux. Oh ! mes frères, c’est une vérité certaine, mais redoutable, que vos âmes seront des êtres pensants et immortels, même en dépit d’elles-mêmes. Elles peuvent bien se tourmenter, mais elles ne peuvent se détruire. Elles ne peuvent pas plus suspendre leur faculté de penser et de percevoir qu’un miroir ne peut suspendre sa propriété de réfléchir les rayons qui tombent sur sa surface. Soupçonnez-vous le contraire ? Faites-en l’essai sur-le-champ. Commandez à vos esprits de cesser de penser, ne fût-ce qu’un quart d’heure, ou la moitié de ce temps, et d’exclure toute idée et toute réflexion. Pouvez-vous réussir dans cette tentative ? Ou plutôt la pensée ne se presse-t-elle pas avec une violence plus sensible contre cette résistance, comme un désir inquiet de dormir nous rend d’autant plus éveillés ? Ainsi la pensée vous suivra au-delà du tombeau ; ainsi, comme un hôte importun, elle s’imposera à vous, quand elle ne pourra servir qu’à troubler et à affliger l’esprit. Elle vous reprochera à jamais que, malgré toutes les tendres remontrances de Dieu et des hommes, malgré toutes les vives remontrances de la conscience, et les plaidoyers du sang de Christ, vous avez poursuivi votre folie jusqu’à ce que le ciel fût perdu, et la damnation encourue ; et tout cela pour quoi ? pour une ombre et un songe !

Oh ! ne pensez pas, pécheurs, que le souvenir de vos plaisirs passés, et du succès de vos autres soucis, tandis que celui de la seule chose nécessaire était oublié, ne pensez pas que ce souvenir soulagera vos esprits. Il les tourmentera plutôt davantage. « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie. » Amer souvenir ! Les poètes païens avaient bien raison de représenter les esprits malheureux, dans les ombres d’en bas, cherchant avidement à saisir l’eau de l’oubli, sans pouvoir l’atteindre. Vos consolations présentes ne serviront qu’à vous donner un sentiment plus vif de votre misère, puisque vous aurez goûté de tels degrés de jouissance ; et qu’à grossir le compte, puisque vous aurez mal employé ces talents remis entre vos mains pour de meilleurs usages. Assurément, si ces choses étaient crues et sérieusement considérées, le pécheur n’aurait pas plus de cœur à se réjouir de sa prospérité présente qu’un homme n’en aurait à s’amuser des curiosités d’un beau jardin à travers lequel on le conduirait pour être rompu sur la roue.

Mais je ne m’étendrai pas davantage sur ces choses. Plût à Dieu que l’inexplicable stupidité de l’esprit des hommes, et leur fatal attachement aux plaisirs et aux soucis de la vie présente, ne rendissent pas nécessaire d’y insister si souvent et si longuement !

Je passe maintenant aux réflexions qui naissent naturellement de ce qui précède, et je n’en mentionnerai que deux.

1. Combien nous avons sujet de déplorer la folie des hommes qui négligent la seule chose nécessaire !

Si la religion est en vérité la plus vraie sagesse, nous avons assurément les plus justes raisons de dire avec Salomon : « La folie et la démence sont dans le cœur des hommes », Ecclésiaste 9:3. Est-elle la seule chose nécessaire ? Regardez la conduite de la plupart des hommes, et vous croiriez qu’ils la tiennent pour la seule chose inutile : le plus vain des songes, et le plus oiseux amusement de l’esprit. Dieu les avertit par ses ordonnances et par ses providences, quelquefois par les plus redoutables, de la prendre à cœur ; il parle une fois, oui, deux fois (oui, une multitude de fois), mais l’homme n’y prend point garde, Job 33:14. Ils font peut-être profession de croire tout ce que j’ai dit, mais ils agissent comme si le contraire était évident par lui-même ; ils risqueront leur âme et l’éternité pour une chose de néant, pour une chose pour laquelle ils ne risqueraient pas même une main, ou un doigt, ou une articulation, non, ni peut-être une bague qui l’orne. Assurément c’est là l’étonnement des anges, et peut-être aussi des démons, à moins que l’observation de tant de siècles ne l’ait rendu familier aux uns et aux autres. Et pouvons-nous, mes frères chrétiens, contempler une telle scène avec indifférence ? Si quelque folie épidémique s’était emparée de notre pays, ou des lieux où nous vivons, de sorte qu’en allant d’un endroit à un autre nous rencontrions partout des insensés, et vissions parmi eux quelques-uns peut-être des plus beaux génies, dans les plus éminentes situations de la vie, s’amusant avec les autres, assurément, quand nous serions aussi à l’abri que possible du danger de la contagion ou de leurs violences, ce spectacle nous percerait le cœur. Un homme d’un bon naturel pourrait à peine sortir, ou même désirer de vivre, s’il devait vivre au milieu de tant de tristes spectacles. Pourtant ces pauvres créatures pourraient, malgré cela, être des enfants de Dieu, et plus leur frénésie s’élèverait, plus leur bonheur accompli pourrait être proche. Mais hélas ! la plus grande partie des hommes est saisie d’une folie d’un genre pire, dans laquelle ils perdent leur âme ; et pouvons-nous la contempler avec indifférence ? Que le Seigneur réveille notre compassion, nos prières et nos efforts, dans la dépendance de la grâce divine, afin que nous soyons des instruments pour les ramener à la raison, et pour les rendre vraiment sages, c’est-à-dire sages à salut !

2. Combien il est nécessaire que nous examinions sérieusement quel cas nous faisons de cette seule chose nécessaire !

Permettez-moi de vous supplier de vous souvenir de l’intérêt que vous y avez vous-mêmes, et de vous demander : Y ai-je pensé sérieusement ? En ai-je vu l’importance ? A-t-elle pesé sur mon esprit d’un poids juste et durable ? M’a-t-elle amené à Christ, afin que je fasse reposer sur lui ces grands intérêts éternels ? Et est-ce que j’agis, dans l’ensemble de ma vie, comme quelqu’un qui a ces convictions ? Suis-je disposé, en fait, à lui sacrifier les autres choses, mes intérêts, mes plaisirs, mes passions ? Est-ce que je converse avec Dieu et avec les hommes comme quelqu’un qui croit ces choses ; comme quelqu’un qui a délibérément choisi la meilleure part, et qui est résolu à s’en tenir à ce choix ?

Observez la réponse que la conscience fait à ces questions, et vous connaîtrez la part qui vous revient dans l’application plus particulière par laquelle je conclurai.

1. Permettez-moi de m’adresser à ceux qui sont entièrement indifférents à la seule chose nécessaire.

Mes frères, j’ai exposé la chose tout au long, et maintenant j’en appelle à vos consciences : ces choses sont-elles ainsi, ou ne le sont-elles pas ? Dieu et vos propres cœurs savent le mieux pour quoi le soin de votre âme est négligé ; mais quoi que ce soit, la différence entre un grain de sable et un autre n’est pas grande, quand il s’agit de les peser contre un talent d’or. Quoi que ce soit, vous auriez besoin de l’examiner avec soin. Vous auriez besoin d’examiner sous toutes ses faces cette marchandise dont vous dites en effet : Pour ceci je vendrai mon âme ; pour ceci je renoncerai au ciel et je courrai le risque de l’enfer, quoi que puissent être le ciel et l’enfer. Au nom de Dieu, mes frères, est-ce là le rôle d’un homme, d’une créature raisonnable ? Marcher les yeux ouverts vers un abîme de ruine éternelle, parce qu’il y a sur le chemin quelques fleurs riantes ? Ou que sera-ce si vous fermez les yeux ? cela empêchera-t-il votre chute ? Il sert de peu de dire : Je ne veux pas penser à ces choses, je ne veux pas les considérer : Dieu a dit : « Dans les derniers jours, ils le comprendront parfaitement », Jérémie 23:20. Les réjouissances d’un malfaiteur ivre n’empêcheront ni ne retarderont son exécution. Pardonnez ma franchise ; si c’était une fable ou un conte, je m’efforcerais de vous amuser par des paroles, mais je ne le puis quand des âmes sont en jeu.

2. Je voudrais m’adresser à ceux qui sont, en quelque sorte, convaincus de l’importance de leurs âmes, et qui pourtant sont enclins à différer encore un peu ce soin qu’en général ils voient être nécessaire.

Je sais que vous qui êtes jeunes, vous êtes exposés à des tentations particulières de le faire ; quoiqu’il soit étrange que la mort de tant de vos compagnons ne soit pas une réponse à quelques-unes des plus spécieuses et des plus dangereuses de ces tentations. Il me semble que, s’il y avait le moindre degré d’incertitude, l’importance de la chose est trop grande pour la laisser au hasard. Mais ici l’incertitude est grande et manifeste. Vous devez assurément savoir qu’il y a dans la vie des saisons critiques pour en conduire les affaires, saisons d’une telle nature qu’une fois passées, elles peuvent ne jamais revenir : voici une saison critique : « Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut. » 2 Corinthiens 6:2. « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs », Hébreux 3:7, 8. Ce langage peut ne plus être tenu demain. Ne parlez pas d’une saison plus convenable ; aucune ne peut être plus convenable ; et celle à laquelle vous le renverriez probablement est la moins convenable de toutes, le temps de la mort. Vous ne voudriez pas avoir alors entre les mains quelque affaire importante ; et voulez-vous, de propos délibéré, renvoyer la plus grande affaire de toutes à cette heure de langueur, de précipitation et d’épouvante ? Si un ami venait alors à vous avec le solde d’un compte embrouillé, ou avec l’examen d’un titre de propriété, vous secoueriez votre tête défaillante, vous lèveriez votre main pâle et tremblante, et vous diriez peut-être d’une voix faible : « Hélas, est-ce le temps de ces choses ? » Et est-ce le temps de choses tellement plus grandes que celles-là ? Je voudrais que vous sussiez, et que vous considérassiez, dans quel embarras nous, qui sommes ministres, nous trouvons quelquefois réduits, quand nous sommes appelés au lit de mort de ceux qui ont passé leur vie dans la négligence de la seule chose nécessaire. D’un côté, nous craignons, si nous atténuons [édulcorons] les choses et disons des choses flatteuses, de trahir et de perdre leurs âmes ; et de l’autre, si nous usons d’une franchise et d’un sérieux convenables pour les avertir de leur danger, de les accabler tout à fait, et de hâter les derniers moments qui s’avancent à si grands pas. Oh ! permettez-moi de vous supplier, pour l’amour de nous, et bien plus encore pour l’amour de vous-mêmes, de ne pas nous pousser à de si tristes extrémités ; mais si vous êtes convaincus, comme j’espère que quelques-uns d’entre vous peuvent l’être maintenant, que le soin de l’âme est cette chose nécessaire que nous avons représentée, laissez agir cette conviction, qu’elle vous pousse immédiatement au trône de la grâce ; de là vous pourrez tirer cette sagesse et cette force qui vous dirigeront dans toutes les difficultés où vous êtes engagés, et vous animeront au milieu des obstacles et du découragement.

3. Je voudrais en dernier lieu m’adresser à ces âmes heureuses qui ont pris tout de bon soin de la seule chose nécessaire.

J’espère que, lorsque vous voyez combien elle est communément négligée, négligée même par beaucoup de gens dont les capacités naturelles, les talents acquis et la situation dans la vie vous paraissent supérieurs aux vôtres, vous reconnaîtrez humblement que c’est une grâce distinguante qui vous a amenés dans cet heureux état, et vous a formés à ce soin si nécessaire. Bénissez donc le Seigneur qui vous a donné ce conseil, en vertu duquel vous pouvez dire : « Il est votre partage. » Réjouissez-vous à la pensée que la grande affaire est assurée, comme il nous est naturel de le faire quand quelque affaire importante est expédiée, qui a été longtemps devant nous, et que nous avons été enclins à remettre d’un jour à l’autre, mais à laquelle nous nous sommes enfin appliqués avec vigueur et avec succès. Souvenez-vous de vous efforcer toujours de continuer à agir selon ces grands principes qui déterminèrent d’abord votre choix ; et considérez sérieusement que ceux qui désirent que leur vie leur soit enfin donnée pour butin doivent rester sur leurs gardes à toutes les étapes de leur voyage à travers un désert où des dangers de chaque jour les environnent encore. Ayant été rendus capables d’assurer la grande affaire, soyez en repos quant aux autres de moindre importance. Vous avez choisi le royaume de Dieu et sa justice ; les autres choses vous seront donc données par-dessus : et si quelqu’une de celles que vous désirez ne vous était pas donnée, consolez-vous par cette pensée, que vous avez la bonne part, qui ne pourra jamais vous être ôtée. Et, pour ne pas m’étendre sur ces indications évidentes, qui doivent se présenter souvent à l’esprit, soyez très soucieux d’amener les autres à prendre soin de la seule chose nécessaire. Si elle est nécessaire pour vous, elle l’est pour vos enfants, pour vos amis, pour vos serviteurs. Qu’ils voient donc votre sollicitude à cet égard pour eux, aussi bien que pour vous-mêmes. Que les parents surtout prêtent attention à cette exhortation, eux dont le soin pour leurs enfants dépasse souvent la mesure à d’autres égards, et fait défaut à celui-ci. Souvenez-vous que vos enfants peuvent ne jamais vivre assez pour jouir du fruit de vos travaux et de vos soucis pour leur acquérir des biens et des dots : les frais de leurs funérailles seront peut-être toute leur part de ce que vous êtes si anxieusement soucieux de leur amasser. Et oh ! pensez quelle épée vous transpercerait le cœur, si vous vous teniez auprès du corps d’un enfant bien-aimé avec cette réflexion : « Cette pauvre créature en a fini avec la vie avant d’avoir appris la grande affaire de la vie ; et elle est allée dans l’éternité, à laquelle je l’ai rarement avertie de se préparer, et que peut-être elle a appris de moi à oublier. »

En somme, puisse ce grand soin être réveillé chez ceux qui l’ont jusqu’ici négligé ; puisse-t-il être ranimé dans chacun de nos esprits. Et afin que vous soyez encouragés à le poursuivre avec plus d’allégresse, permettez-moi de conclure par cette pensée consolante, qu’à proportion de la nécessité de la chose est, par les mérites du Christ Jésus, la provision que la grâce divine a faite pour notre secours. Si vous êtes disposés à vous asseoir aux pieds de Christ, il vous enseignera par sa parole et par son Esprit. Si vous remettez entre ses mains ce joyau précieux, qui est votre tout éternel, il le gardera jusqu’à ce jour-là, et il le produira alors richement orné et glorieusement accru, pour son propre honneur et pour votre joie éternelle.

Ce que Dieu, dans sa miséricorde infinie, veuille accorder, etc.

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