Chapitre 30 · 35 min de lecture · 45 min d’écoute
La transfiguration de Christ
Luc 9:28–36 — « Environ huit jours après qu’il eut dit ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea, et son vêtement devint d’une éclatante blancheur. Et voici, deux hommes s’entretenaient avec lui: c’étaient Moïse et Élie, qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient appesantis par le sommeil; mais, s’étant tenus éveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui étaient avec lui. Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit: Maître, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Il ne savait ce qu’il disait. Comme il parlait ainsi, une nuée vint les couvrir; et les disciples furent saisis de frayeur en les voyant entrer dans la nuée. Et de la nuée sortit une voix, qui dit: Celui-ci est mon Fils élu: écoutez-le! Quand la voix se fit entendre, Jésus se trouva seul. Les disciples gardèrent le silence, et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu’ils avaient vu. »
Lorsque l’ange fut envoyé à Jean, le disciple bien-aimé du Rédempteur, il lui dit, nous est-il rapporté : « Monte ici. » Il devait être élevé, rapproché du ciel, afin que son esprit fût mieux préparé à ces grandes manifestations qu’un Dieu infiniment grand et condescendant se proposait de lui accorder. Et en lisant les versets que vous venez d’entendre, lorsque je vois en outre une si grande et si sérieuse assemblée réunie en la présence de Dieu, il me semble que je dois m’adresser à vous comme l’ange s’adressa à Jean, et vous dire : « Montez ici » ; laissez là vos pensées mondaines, oubliez pour un temps la terre. Et puisque c’est le jour du Seigneur, temps où nous devons penser plus particulièrement au ciel, je dois vous prier de demander à Dieu de pouvoir gravir le mont Pisga et contempler de là la terre promise. Il est vrai, sans doute, que l’œil n’a point vu, que l’oreille n’a point entendu, et qu’il n’est monté au cœur d’aucun homme de concevoir les grandes et bonnes choses que Dieu a préparées ici-bas pour son peuple ; bien moins encore ces choses infiniment plus grandes et plus glorieuses qu’il a réservées, dans le monde éternel, à ceux qui le craignent : mais, Dieu soit béni ! Bien que nous ne soyons pas encore au ciel (à moins que d’être en Christ ne puisse à juste titre s’appeler le ciel, et alors tous les vrais chrétiens y sont déjà), notre bienheureux Jésus a pourtant bien voulu laisser par écrit quelque récit de lui-même, de ce qui lui arriva aux jours de sa chair, et de certaines manifestations qu’il lui plut d’accorder à quelques-uns de ses disciples ; afin que, par ce qui leur arriva ici-bas, nous puissions nous former quelque faible idée, bien faible sans doute, de ce bonheur qui attend son peuple dans son royaume d’en haut. Si quelqu’un d’entre vous demande en quel endroit de la vie de notre Seigneur ces exemples sont rapportés, j’ai une réponse toute prête : l’un de ces exemples, et des plus remarquables, est rapporté dans les versets que j’ai choisis aujourd’hui pour sujet de votre méditation.
Ces versets nous font le récit de ce qu’on appelle communément la transfiguration de notre Seigneur : comment il fut merveilleusement changé, et merveilleusement reconnu par son Père sur la montagne. Quelques-uns pensent que ceci se fit un jour de sabbat ; et l’occasion particulière pour laquelle notre bienheureux Seigneur daigna permettre à ses serviteurs de contempler un tel spectacle, nous pouvons la déduire du 27e verset. Il semble que notre bienheureux Seigneur venait de promettre une grande récompense à ceux qui n’auraient point honte de lui : « quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui, quand il viendra dans sa gloire, et dans celle du Père et des saints anges. » Dans cette menace est impliquée une récompense pour ceux qui n’auraient point honte de lui : « Mais, ajoute-t-il, Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu. » Comme s’il disait : Il viendra un jour où je viendrai dans la gloire de mon Père et de ses saints anges ; mais je vous dis qu’il y a ici quelques-uns de mes favoris ; je vous le dis en vérité, quoique vous puissiez trouver la nouvelle trop belle, il y en a quelques-uns parmi vous qui ne mourront point avant d’avoir vu le royaume de Dieu. Certains théologiens pensent que cette promesse se rapporte à l’établissement, par notre Seigneur, d’une Église selon l’Évangile ; et si nous la prenons en ce sens, elle signifie que les apôtres alors présents, quelques-uns d’entre eux du moins, ne mourraient point qu’ils n’eussent vu le royaume de Satan en grande partie renversé, et le royaume évangélique du Rédempteur établi. Certains pensent qu’elle se rapporte particulièrement à Jean, qui survécut, semble-t-il, à tous les autres apôtres, et vécut jusqu’à ce que Christ vînt, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il vînt détruire Jérusalem. Mais c’est l’opinion de M. Henry, de l’évêque Hall, de Burkit et d’autres qui ont écrit sur ce passage, que notre bienheureux Seigneur fait ici une allusion particulière à la transfiguration sur la montagne : « Il y en a quelques-uns parmi vous, ici, qui ne mourront point avant d’avoir vu ma transfiguration sur la montagne ; avant d’avoir vu quelque saint glorifié descendre du ciel pour me rendre visite, et d’avoir vu par conséquent un peu de ce royaume de Dieu que vous contemplerez pleinement quand vous entrerez dans la gloire. » Ceci paraît être la vraie interprétation. Si vous regardez en marge de vos Bibles, vous verrez le passage parallèle de Matthieu, où est donné le récit de la transfiguration de notre Seigneur, et vous trouverez qu’il y suit immédiatement cette promesse de notre Seigneur.
Eh bien, comme Christ leur avait dit qu’ils ne mourraient point avant d’avoir vu le royaume de Dieu, voici que l’évangéliste nous dit, au 28e verset : « Environ huit jours après qu’il eut dit ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier. » « Environ huit jours » ; c’est-à-dire, à ce que pense l’évêque Hall, le jour du sabbat ; ou, selon d’autres, le premier jour de la semaine, qui devait être plus tard le sabbat chrétien ; notre bienheureux Seigneur prend Pierre, Jean et Jacques. Pourquoi le Seigneur Jésus-Christ ne prit-il pas un plus grand nombre de ses disciples ? Pourquoi trois, et ces trois-là ? Et pourquoi trois seulement ? Il plut à notre bienheureux Seigneur d’en prendre trois et pas davantage, pour nous montrer qu’il agit en souverain ; pour nous montrer que, bien qu’il aimât tous ses disciples, il en est pourtant à qui il lui plaît d’accorder des visites particulières. Il aimait Pierre et tous les autres disciples ; cependant Jean était le disciple qu’il aimait tout particulièrement. Et il en prit trois plutôt qu’un, parce que trois suffisaient pour attester la vérité de sa transfiguration : « Toute affaire se réglera sur la déclaration de deux ou de trois témoins. » Et il n’en prit pas plus de trois, parce que ces trois-là suffisaient. Et il prit ces trois-là en particulier, Pierre, Jean et Jacques, parce que ces mêmes personnes qui devaient maintenant voir Christ transfiguré devaient plus tard le voir en agonie dans le jardin, suant de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre. Et si ces trois disciples n’avaient pas vu Christ sur la montagne, le voir ensuite dans le jardin aurait pu les ébranler extrêmement : ils auraient pu douter qu’il fût possible au Fils de Dieu de se trouver en de si douloureuses circonstances. Eh bien, notre Seigneur emmène ces trois disciples « sur la montagne ». Pourquoi cela ? Parce que le Christ Jésus devait être semblable à Moïse, qui fut appelé sur une montagne quand Dieu voulut lui donner la loi morale ; et notre bienheureux Seigneur monta sur une montagne, parce qu’une montagne est favorable à la dévotion. Quand il voulait se retirer pour prier son Père, il allait en des lieux où il pouvait être le plus à l’écart et donner le plus libre cours à son cœur. Ainsi il nous est dit qu’une fois, quand Pierre pria, ce fut sur le toit de la maison. Et si nous voulons être près de Dieu, nous devons choisir les lieux les plus éloignés de l’ostentation, et les plus favorables à notre communion avec Dieu. Et que fait Christ, une fois monté sur la montagne ? Il nous est dit qu’il monta sur la montagne « pour prier ». Christ n’avait aucune corruption à confesser, et il n’avait que peu de besoins personnels à faire soulager ; et pourtant nous voyons Christ beaucoup en prière ; nous le voyons monter sur une montagne pour prier ; se lever longtemps avant le jour pour prier ; et passer toute une nuit à prier Dieu.
Au 29e verset, vous avez le récit de l’effet de la prière de notre Seigneur : « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea, et son vêtement devint d’une éclatante blancheur. » Je voudrais que vous remarquiez que notre Seigneur ne fut point changé quant à son corps pendant qu’il montait sur la montagne, mais quand il y fut parvenu, et pendant qu’il était occupé à prier. Il en est ainsi pour la transformation de nos âmes : le temps où nous devons plus particulièrement attendre les influences de l’Esprit de Dieu, c’est quand nous sommes occupés à prier. Il paraît y avoir une très grande convenance à ce que notre Seigneur ait été transfiguré, ou changé, sur la montagne. J’espère n’avoir besoin d’apprendre à aucun de vous que, lorsque Moïse monta sur la montagne de Dieu, il plut à Dieu de lui parler face à face ; et que, lorsqu’il descendit de la montagne, le peuple d’Israël remarqua que le visage de Moïse rayonnait tellement qu’il fut obligé de mettre un voile sur son visage. Or l’éclat du visage de Moïse était pour le peuple une preuve que Moïse s’était entretenu avec Dieu. Et Moïse dit au peuple « que l’Éternel lui susciterait un prophète comme lui, que le peuple devrait écouter ». Dieu le Père, pour rendre à son Fils (le considérant comme homme) le témoignage qu’il était un prophète, voulut non seulement faire resplendir ou briller son visage ; mais, pour montrer qu’il était un prophète bien supérieur à Moïse, il voulut que son vêtement devînt blanc et éclatant, et, comme nous le dit un autre évangéliste, « son visage resplendit comme le soleil ». Quel changement ! Quel spectacle ! Il me semble voir Pierre, Jacques et Jean saisis d’étonnement ; et vraiment l’évangéliste avait bien raison, vu ce qui arriva, d’introduire la suite du récit par le mot Voici : « Et voici, deux hommes s’entretenaient avec lui: c’étaient Moïse et Élie » ; et au 31e verset, vous avez le récit de leur habillement : « apparaissant dans la gloire » ; et de leur entretien : « parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem ».
« Voici, deux hommes, qui étaient Moïse et Élie » ; c’étaient là deux personnages très propres à venir en ambassade auprès du Fils de Dieu. Moïse était le grand législateur, Élie le grand restaurateur de la loi : le corps de Moïse fut caché et ne fut jamais retrouvé ; le corps d’Élie fut enlevé sur-le-champ, et emporté au ciel dans un char de feu : et peut-être cela fut-il fait tout particulièrement parce que ces deux-là devaient avoir plus tard l’honneur de se présenter devant le Fils de Dieu. « apparaissant dans la gloire » ; c’est-à-dire que leurs corps n’étaient pas dans cet habit glorieux dont les corps des croyants seront revêtus au matin de la résurrection. Christ était maintenant, pour ainsi dire, assis dans ses habits royaux ; et comme il est d’usage que les ambassadeurs, lorsqu’ils doivent être admis en la présence du roi pour apporter un message d’un roi à un autre, paraissent dans toute leur grandeur, afin de rendre le message plus solennel, de même ici ces messagers célestes, devant se présenter devant le Seigneur Jésus-Christ, sont revêtus comme d’une dignité royale ; ils apparurent dans la gloire, et « parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem » ; ils vinrent entretenir le Rédempteur de ses souffrances et du lieu de ses souffrances, et lui faire savoir que ses souffrances, si grandes, si amères qu’elles fussent, devaient s’accomplir ; qu’il devait y être mis un terme, comme notre Seigneur le dit lui-même : « Ce qui me concerne va prendre fin. » Quelles autres choses ils dirent à notre Seigneur, il ne nous est pas dit. Mais quel effet cela produisit sur les disciples, vous pouvez l’apprendre du 32e verset : « Pierre et ses compagnons étaient appesantis par le sommeil. »
Nous ne devons pas supposer que Pierre, Jacques et Jean fussent alors endormis au sens littéral ; non : si nous comparons ceci avec un autre passage de l’Écriture sainte, je veux dire le récit qui nous est fait de Daniel saisi et accablé quand il vit l’ange du Seigneur, vous trouverez que ce sommeil désigne ce que nous appelons une défaillance. Ils furent accablés par la vue de la gloire des vêtements de Christ, de l’éclat de son corps, et de la gloire dans laquelle Moïse et Élie apparurent : tout cela les accabla entièrement, les terrassa, et, comme la reine de Séba quand elle vit la gloire de Salomon, il ne resta plus de vie en eux. Mais ils reprirent leurs sens : « quand ils furent éveillés », c’est-à-dire quand ils eurent recouvré leurs forces, quand Dieu eut mis de la force en eux, comme l’ange en mit en Daniel, « ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui étaient avec lui ». Et comment pensez-vous qu’ils contemplèrent Christ ? Comment pouvons-nous supposer qu’ils fixèrent les yeux sur Moïse et Élie ? Pierre, qui parlait toujours le premier, parla en cette occasion de l’abondance de son cœur. Verset 33 : « Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit: Maître, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Il ne savait ce qu’il disait. » Pierre, quand il eut bu un peu du vin nouveau de Christ, parle comme un homme ivre ; il était accablé par l’éclat de la manifestation. « dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il est bien ajouté : « Il ne savait ce qu’il disait. » Qu’il se soit écrié : « Maître, il est bon que nous soyons ici », en si bonne compagnie et dans un état si glorieux, il n’y a là rien d’étonnant ; lequel d’entre nous n’eût été enclin à en faire autant ? Mais parler de bâtir des tentes, une pour Christ, une pour Moïse et une pour Élie, c’était dire une chose dont Pierre lui-même doit être repris. Assurément, Pierre, tu n’étais pas tout à fait éveillé ! Tu parles comme un homme en songe : si ton Seigneur t’avait pris au mot, quelle pauvre tente aurais-tu eue, en comparaison de cette maison qui n’a pas été faite de main d’homme, éternelle, dans les cieux, où tu habites depuis longtemps, maintenant que la maison terrestre de la tente de ton corps est détruite ? Quoi ! Bâtir des tentes ici-bas, et avoir la couronne avant d’avoir porté la croix ? Ô Pierre, Pierre ! « Maître, épargne-toi » ne te colle que trop, beaucoup trop : et pourquoi si égoïste, Pierre ? Ne te soucies-tu pas de tes condisciples qui sont en bas, et qui ne sont pas montés avec toi sur la montagne ? Ne te soucies-tu pas des âmes précieuses qui sont comme des brebis qui n’ont point de berger, et qui doivent périr à jamais, à moins que ton Maître ne descende de la montagne pour les instruire et mourir pour elles ? Voudrais-tu ainsi manger seul tes morceaux spirituels ? D’ailleurs, si tu veux bâtir des tentes, pourquoi faut-il qu’il y en ait trois, une pour Christ, une pour Moïse et une pour Élie ? Christ et les prophètes sont-ils divisés ? Ne s’accordent-ils pas doucement, et ne s’unissent-ils pas en un ? N’ont-ils pas prophétisé touchant les souffrances de ton Seigneur, aussi bien que touchant la gloire qui devait les suivre ? Hélas, combien leur entretien ressemble peu au tien ! Moïse et Élie sont descendus pour parler de souffrances, et toi, tu rêves de bâtir je ne sais quelles tentes. Assurément, Pierre, tu es si haut sur la montagne que la tête te tourne.
Cependant, au milieu de ces infirmités, il y avait quelque chose qui annonçait la droiture et l’intégrité de son cœur. Bien qu’il ne sût pas très bien ce qu’il disait, il n’était pourtant pas aussi stupide que son prétendu successeur à Rome. Il ne se prosterne pas pour adorer ces deux saints trépassés, et je ne l’entends pas non plus dire à l’un ou à l’autre : Ora pro nobis ; ce n’est pas ainsi qu’il avait appris Christ ; non, il s’adresse directement au chef : il dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici. » Et bien qu’il voulût bâtir, il ne voulait pourtant pas bâtir sans la permission de son Maître. « Maître, bâtissons », ou, comme le dit saint Marc, « veux-tu que nous dressions trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie ? » Je ne l’entends pas ajouter : et une pour Jacques, une pour Jean, et une pour Pierre. Non, il resterait volontiers dehors avec eux sur la montagne, quoique ce fût dans la nuit froide et obscure, pourvu qu’on prît soin de Christ et de ses célestes compagnons. La douceur d’une telle vision céleste compenserait plus que largement toute souffrance corporelle que pourrait entraîner un plus long séjour en ce lieu : bien plus, il ne désire pas que Christ, ni Moïse, ni Élie aient la moindre peine à bâtir ; et il ne dit pas non plus : Que mes vicaires, Jacques et Jean, bâtissent, tandis que je reste oisif et que je domine sur mes frères ; mais il dit : « Bâtissons » ; il travaillera aussi dur que l’un ou l’autre, sinon plus, et ne désire se distinguer que par son activité, par sa constance à endurer la fatigue, et par son zèle à procurer le bien de leur commun Seigneur et Maître.
Sans doute Pierre avait-il lu comment la gloire de l’Éternel remplit autrefois le tabernacle et le temple ; et maintenant que Jésus est transfiguré, et que Moïse et Élie apparaissent dans la gloire, il juge convenable qu’on leur dresse de nouvelles tentes. Tant il y a de mélange de nature et de grâce, de vue courte et d’infirmité, dans le zèle le plus ardent et le mieux intentionné des meilleurs d’entre les hommes, même lorsqu’ils sont le plus près du trône de la grâce, ou même sur la montagne avec Dieu. La perfection en quelque grâce que ce soit ne doit être cherchée, ou attendue, qu’auprès des esprits des justes parvenus à la perfection dans le ciel. Ceux qui parlent d’une telle chose sur la terre ne savent, comme Pierre, ce qu’ils disent.
Mais comment Pierre en vint-il à distinguer si promptement lequel était Moïse et lequel était Élie ? Il semble parler sans la moindre hésitation : « dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie », comme s’il les connaissait fort bien, alors qu’ils étaient morts tous deux longtemps, bien longtemps avant la naissance de Pierre. Y avait-il, pensez-vous, quelque chose de distinctif dans leur vêtement ? Ou quelque chose dans leur entretien qui les fît reconnaître ? Ou plutôt ne les connut-il pas ici, sur la montagne, de la manière dont, comme nous pouvons l’inférer de là, les saints trépassés se connaissent et se connaîtront les uns les autres dans le ciel, c’est-à-dire par intuition et par révélation immédiate ? Mais hélas ! combien sont passagères nos vues du ciel pendant notre séjour ici sur la terre : verset 34 : « Comme il parlait ainsi », pendant que Pierre parlait de bâtir des tentes, pendant qu’il disait : « il est bon que nous soyons ici », pendant qu’il rêvait que sa montagne était si forte qu’elle ne pourrait jamais être ébranlée, « une nuée vint les couvrir ». Saint Matthieu remarque que c’était une nuée lumineuse, non pas obscure comme celle du mont Sinaï, mais lumineuse, parce que l’Évangile nous ouvre une économie bien plus lumineuse que celle de la loi. Cette nuée les couvrit, et par là non seulement les remplit d’une sainte crainte, mais encore les abrita en quelque mesure de l’éclat de cette gloire dont ils étaient alors environnés, et qui autrement eût été insupportable. Cette nuée était comme le voile jeté sur le visage de Moïse, et les prépara à la voix qu’ils allaient bientôt entendre en sortir. Je ne suis guère surpris d’apprendre de saint Matthieu qu’ils furent saisis de frayeur en entrant dans la nuée, ou de saint Marc « qu’ils furent saisis d’une grande frayeur ». Car depuis la chute, il y a en nous tous une telle conscience d’une colère méritée que nous ne pouvons nous empêcher de craindre quand nous entrons dans une nuée, quand même Jésus-Christ lui-même serait au milieu. Ah ! Pierre, où sont maintenant tes discours sur les tentes à bâtir ? Ta forte montagne est-elle si vite ébranlée ? Quoi, redescendu si tôt ? Pourquoi ne t’entendons-nous pas dire à présent : « il est bon que nous soyons ici » ? Hélas ! lui et ses condisciples sont devenus tout à fait muets ; voyez comme ils tremblent, et, comme Moïse en une autre occasion, sont épouvantés et tout tremblants. Mais combien vite ces craintes sont dissipées, combien vite le tumulte de leur esprit est apaisé et calmé par cette voix qui ranime l’âme, venue de la gloire magnifique, verset 35 : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le! »
Saint Marc et saint Matthieu ajoutent : « en qui j’ai mis toute mon affection ». Le même témoignage que Dieu le Père rendit au bienheureux Jésus à son baptême, avant qu’il entrât dans sa tentation, est maintenant répété, afin de le fortifier et de le préparer à l’agonie qui l’attendait dans le jardin. C’était probablement une voix douce et subtile, quoique distincte, accompagnée ni de tonnerre, ni d’éclairs, ni du son de la trompette, mais, conformément à l’heureuse nouvelle qu’elle contenait, annoncée par des marques d’une complaisance et d’un amour inexprimables. Dieu le Père donne par là à Moïse et à Élie un congé solennel, comme s’ils avaient été envoyés du ciel tout exprès pour remettre leur mandat entre les mains de leur légitime Seigneur, et, comme l’étoile du matin, disparaître quand le Soleil de justice lui-même se lève pour amener le jour de l’Évangile. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le! » Mais l’accent porte sur le mot celui-ci ; ce Fils de l’homme, ce Jésus, que vous verrez bientôt dans une sueur de sang, les yeux bandés, couvert de crachats, souffleté, flagellé, et enfin pendu au bois, je n’ai pas honte de le reconnaître pour mon Fils, mon Fils unique, qui était avec moi avant que les cieux fussent faits ou que les fondements de la terre fussent posés ; mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection, en qui mon âme prend plaisir, et que, par les présentes, je constitue et établis publiquement roi, sacrificateur et prophète de l’Église. « Écoutez-le. » Ne regardez plus à Moïse ni à Élie, n’attendez plus d’être sauvés par les œuvres de la loi, mais par la prédication et l’application de l’Évangile à jamais béni. Écoutez-le, de manière à croire en lui, à l’aimer, à le servir, à lui obéir, et, s’il le faut, à mourir et à donner votre vie même pour lui. « Écoutez-le » ; écoutez ce qu’il a à dire, car il vient avec une mission d’en haut. Écoutez sa doctrine ; écoutez-le de manière à lui obéir ; écoutez-le de manière à mettre en pratique ses préceptes et à imiter son bon exemple.
Au 36e verset, nous avons la fin de ce festin céleste : « Quand la voix se fit entendre, Jésus se trouva seul. Les disciples gardèrent le silence, et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu’ils avaient vu. » Si nous comparons ceci avec le récit que les autres évangélistes nous donnent de la transfiguration de notre bienheureux Seigneur, vous trouverez que ce silence fut gardé par l’ordre de Christ : Pierre, Jacques et Jean seraient autrement descendus dire au monde entier qu’ils avaient vu le Seigneur Christ sur la montagne de la transfiguration ; mais notre Seigneur leur ordonna de garder le silence. Pourquoi cela ? S’ils étaient descendus de la montagne et l’avaient raconté aux autres disciples, cela aurait pu faire naître de l’aigreur chez ces derniers ; ils auraient pu dire : Pourquoi notre Maître a-t-il mis à part Pierre, Jacques et Jean ? Pourquoi n’aurions-nous pas eu, aussi bien qu’eux, le privilège de monter sur la montagne ? S’ils avaient dit que leur Seigneur avait été transfiguré, les gens ne les auraient pas crus ; ils auraient pensé que Pierre, Jacques et Jean n’étaient que des enthousiastes ; mais s’ils le gardaient pour eux jusqu’après sa résurrection, quand il aurait rompu les portes de la mort, le fait de dire alors qu’ils l’avaient vu transfiguré sur la montagne viendrait corroborer le témoignage.
J’ai ainsi paraphrasé ces paroles pour vous faire mieux comprendre le récit que l’évangéliste nous donne de la transfiguration de notre bienheureux Seigneur ; mais je n’ai pas encore fini ; j’ai parlé à vos têtes ; la partie pratique reste à venir. Oh ! que Dieu atteigne vos cœurs ! Et bien que, selon l’ordre, je doive commencer par les conséquences pratiques qu’on pourrait tirer de la première partie, je crois pourtant préférable de vous montrer, à vous qui êtes le peuple de Dieu, et surtout à vous, jeunes convertis, qui avez de la droiture mais peu de prudence, quelles instructions notre Seigneur voudrait ici vous faire apprendre.
« Quand la voix se fit entendre, Jésus se trouva seul. Les disciples gardèrent le silence, et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu’ils avaient vu. » Rien n’est plus commun, quand Dieu daigne accorder des communications à une pauvre âme, que de voir celui qui en jouit aller raconter tout ce qu’il a vu et senti, et souvent en des moments et à des personnes qui ne conviennent pas. Je me souviens que M. Henry remarque : « Joseph avait plus de droiture que de politique, sans quoi il n’eût jamais raconté ses songes à ses frères. » Les jeunes chrétiens ne sont que trop portés à commettre de telles maladresses : je suis sûr que c’est une faute dont je me suis rendu extrêmement coupable, en parlant de choses qu’il eût peut-être mieux valu cacher ; et c’est une faute où le peuple de Dieu n’est que trop porté à tomber. Bien qu’il soit bon que ceux qui ont vu Christ, et qui ont senti son amour, racontent aux autres ce que Dieu a fait pour leurs âmes, cependant, quoi que vous en pensiez maintenant, quand vous descendrez de la montagne et que vous vous connaîtrez un peu, vous trouverez souvent des raisons de retenir votre langue. Les jeunes chrétiens sont comme des enfants : si vous leur mettez un peu d’argent dans la poche, ils ne peuvent rester tranquilles qu’ils ne l’aient dépensé pour une chose ou pour une autre ; les jeunes chrétiens, quand ils reçoivent un peu de Dieu, sont prêts à en parler beaucoup trop. Ils doivent donc prendre garde, et savoir quand parler et quand se taire.
Mais, mes chers amis, notre Seigneur Jésus-Christ emmena-t-il Pierre, Jacques et Jean sur une montagne pour prier ? Y a-t-il parmi vous des pères, des mères, des maîtres et des maîtresses de maison ? Apprenez donc de là à prendre à part, à certains moments, loin du monde, vos enfants, vos serviteurs et ceux qui vous appartiennent, et non seulement à prier pour eux, mais à prier avec eux. Si Christ agissait ainsi, lui qui n’avait que peu de besoins personnels à faire satisfaire, et rien à confesser ni à déplorer ; si Christ aimait tant la prière, assurément vous et moi, qui avons tant de besoins à faire satisfaire, tant de corruptions sur lesquelles gémir, vous et moi devrions passer beaucoup de temps en prière. Je ne dis pas que vous deviez vous enfermer dans vos cabinets, sans vous occuper de vos boutiques, de vos fermes ou de vos affaires du monde ; je dis seulement que vous devez prendre soin de bien ménager tout votre temps : et si vous êtes enfants de Dieu, vous vous retirerez fréquemment du monde, et rechercherez une visite de votre Dieu.
Le Seigneur Jésus fut-il transformé ou transfiguré pendant qu’il priait ? Apprenez de là à vous adonner beaucoup à la prière spirituelle. Le moyen d’avoir l’âme transformée, changée et rendue semblable à Dieu, c’est de converser fréquemment avec Dieu. Nous disons qu’un homme est tel que sa compagnie. Les personnes qui conversent ensemble prennent souvent le caractère les unes des autres : et si vous voulez vous pénétrer du caractère divin, priez beaucoup. Et comme les vêtements de Christ devinrent blancs et éclatants, ainsi vos âmes recevront un peu de la lumière de Dieu pour resplendir sur elles.
Moïse et Élie apparurent-ils dans la gloire ? Y a-t-il ici de vieux saints ? Je ne doute pas qu’il y en ait un nombre considérable. Et quelqu’un de vous a-t-il peur de la mort ? Quelqu’un de vous porte-t-il partout avec lui un corps qui appesantit son âme immortelle ? Je suis sûr que c’est une pauvre créature qui vous prêche, une créature qui traîne chaque jour un fardeau délabré. Mais venez, croyants, venez, enfants de Dieu, venez, vieux saints décrépits, venez fouler aux pieds ce monstre qu’est la mort. Quand tu traverseras ce cimetière là-bas, fais comme je sais qu’a fait un vieil et excellent chrétien du Maryland : va, assieds-toi sur la tombe, et médite sur ta propre dissolution. Tu as peut-être une crainte naturelle de mourir : le corps et l’âme n’aiment pas à se séparer sans un peu de compassion mutuelle et sans un gémissement ; mais oh ! regarde là-bas, lève les yeux vers le ciel, vois là ton Jésus, ton Rédempteur, et apprends que ton corps doit être un jour rendu semblable au corps très glorieux de Christ ; ce pauvre corps qui est maintenant sujet à la goutte et à la gravelle, et que tu peux à peine traîner ; ce pauvre corps qui t’entrave tant dans la vie spirituelle, bientôt ne t’entravera plus ; il sera mis dans la tombe ; mais, bien qu’il soit semé corruptible, il ressuscitera incorruptible ; bien qu’il soit semé méprisable, il ressuscitera glorieux. Cette pensée fit s’écrier le bienheureux Paul : « O mort, où est ton aiguillon? O mort, où est ta victoire? » Ton âme et ton corps seront de nouveau unis, et tu seras « toujours avec le Seigneur ». Ces genoux qui sont à toi, et qui sont peut-être endurcis à force de s’agenouiller dans la prière ; cette langue qui est à toi, et qui a chanté des cantiques à Christ ; ces mains qui sont à toi, et qui ont travaillé pour Dieu ; ces pieds, qui ont couru aux ordonnances de Christ, tout cela sera, en un clin d’œil, changé ; et tu pourras soutenir un poids éternel et incomparable de gloire. Venez donc, vous qui croyez en Christ, regardez au-delà de la tombe ; venez, chers enfants de Dieu, et, si faibles et si maladifs que vous soyez maintenant, dites : Dieu soit béni, j’aurai bientôt un corps fort, plein de vigueur et de gloire.
Mais si ceci parle de consolation aux saints, il parle de terreur aux pécheurs, à tous ceux qui vivent et meurent hors de Christ. C’est l’opinion de l’archevêque Usher que, comme les corps des saints seront glorifiés, ainsi les corps des damnés seront difformes. Et si cela est vrai, hélas ! quelle pauvre figure feront les belles dames qui meurent sans Christ ! Quelle pauvre figure fera, au matin de la résurrection, le beau monsieur qui maintenant pare son corps, et néglige en même temps de s’assurer une part en Christ et au bonheur éternel ! C’est aussi l’opinion de l’archevêque Usher que les âmes damnées perdront toutes les bonnes dispositions qu’elles avaient ici-bas ; de sorte que, bien que Dieu ait donné aux gens non régénérés une douceur, un bon naturel et un courage de tempérament pour le bien de la société, cependant, l’usage de ces bienfaits ayant pris fin, puisqu’ils sont morts sans Christ, et qu’il est impossible qu’il y ait en enfer la moindre apparence de bien, leurs bonnes dispositions seront à jamais perdues. S’il en est ainsi, c’est là une pensée redoutable ; et je pense que ceux qui aiment leur corps devraient aussi, pour cette raison, prendre soin d’assurer le bien de leur âme.
Pierre savait-il lequel était Moïse et lequel Élie ? Alors je pense, et Dieu en soit loué, qu’il ressort clairement de ce passage et d’autres passages de l’Écriture que nous nous reconnaîtrons les uns les autres quand nous arriverons au ciel. Le mauvais riche reconnut Lazare : « Père Abraham, envoie Lazare » ; et il nous est dit « qu’il vit Lazare assis dans le sein d’Abraham ». Adam reconnut Ève sa femme ; quoiqu’il eût été plongé dans un profond sommeil quand Dieu la forma de sa côte, oui, par une sorte d’intuition, il dit : « Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! » Et c’est pour cette raison que l’apôtre, parlant aux Philippiens, dit : « Vous êtes ma joie et ma couronne d’allégresse, au jour du Seigneur. » Quelle consolation sera-ce pour un père spirituel ! L’un dira : Voici l’homme, ô Seigneur Jésus, qui amena mon âme à goûter ton amour ; un autre dira : Voici l’homme qui, en tel temps et par telles paroles, frappa mon cœur : tu le sais, ô Seigneur. Alors le père spirituel se réjouira au sujet de ses enfants. Vous qui vous êtes réunis et avez prié ensemble, qui avez soupiré et compati ensemble, et qui vous êtes raconté les uns aux autres vos tentations, vous serez à jamais avec le Seigneur, et les uns avec les autres. Là nous verrons Abraham, Isaac et Jacob assis avec toute la compagnie des rachetés ; et nous connaîtrons le nom de chacun de ceux qui sont mentionnés dans le livre de Dieu. Ô bienheureuse perspective ! Ô bienheureux temps ! Qui peut penser à cela, à voir l’Agneau assis sur le trône avec tout le peuple de Dieu autour de lui, sans désirer aller au ciel, et être à jamais, à jamais avec le Seigneur ? Et s’il y a une telle consolation pour les croyants à se reconnaître les uns les autres au ciel, avec quelle consolation ceux d’entre vous qui ont perdu des pères, des mères ou des amis peuvent penser à eux : nous sommes séparés pour un peu de temps, mais nous les reverrons. Mon père est mort en Christ, ma mère est morte dans le Seigneur, mon mari, ma femme, était un disciple de Jésus ; je les verrai, quoique non maintenant ; j’irai vers eux, mais ils ne reviendront pas vers moi ! Cette pensée peut vous garder de vous affliger comme ceux qui n’ont point d’espérance, et vous garder d’être assez cruels pour souhaiter qu’ils redescendent dans ce monde mauvais.
Mais oh ! quelle pensée terrible est-ce là pour les âmes damnées ! Je crois que, comme les esprits glorifiés se reconnaîtront les uns les autres, ainsi les âmes damnées se reconnaîtront aussi les unes les autres. Et comme la compagnie des bienheureux accroît le bonheur du ciel, ainsi la compagnie des damnés accroîtra leurs tourments. Qu’est-ce qui poussa le mauvais riche à présenter cette requête ? « J’ai cinq frères ; envoie quelqu’un dans la maison de mon père pour leur attester ces choses, afin qu’ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourments. » On s’imaginerait, à première lecture, que l’enfer avait rendu le mauvais riche charitable, et que, bien qu’il eût été d’un mauvais naturel sur la terre, il avait pourtant acquis quelque bon naturel en enfer. Non, non, il n’y a pas une étincelle de bon naturel dans le lieu des tourments. Mais le mauvais riche savait que, si ses cinq frères venaient là, ils pourraient dire : C’est à vous, après notre mauvais cœur, que nous devons d’être venus ici ; vous nous avez fait boire des santés jusqu’à nous enivrer ; vous nous avez appris à jouer, à maudire, à jurer, etc. Il savait fort bien que, si ses cinq frères étaient amenés en enfer par son exemple, l’enfer serait chauffé cinq fois davantage pour tourmenter son âme. L’un s’écriera : Maudit soit le jour où je fus le compagnon de péché d’un tel ; maudit soit le jour où nous écoutâmes les conseils les uns des autres, et où nous fûmes entraînés par l’exemple les uns des autres à pécher contre Dieu !
Mais une nuée couvrit-elle Pierre, Jacques et Jean ? Les visites célestes et divines furent-elles ici de courte durée ? Alors ne vous étonnez pas, peuple de Dieu, si vous êtes sur la montagne à une heure, et l’heure suivante en bas, dans la vallée de l’ombre de la mort. Il n’y a rien au monde de plus commun, après que vous avez été dans de bonnes dispositions, que de voir une nuée vous couvrir. Nous disons généralement : « Il est bon d’être ici », et nous faisons souvent de nos grâces un Christ ; c’est pourquoi le Seigneur envoie une nuée pour nous couvrir. Mais ne craignez point ; Dieu vous parlera du sein de la nuée ; Dieu se révélera à vous ; cette nuée sera bientôt dissipée ; avant peu nous serons au ciel, et dans cette gloire où aucune nuée ne pourra jamais nous atteindre.
Je ne puis maintenant mentionner qu’une chose encore, et la voici : le Père a-t-il dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le! » Alors que chacun de nos cœurs fasse écho à ce témoignage rendu à Christ : « Celui-ci est mon Sauveur bien-aimé. » Dieu a-t-il tant aimé le monde qu’il ait envoyé son Fils unique, son Fils bien-aimé, pour nous prêcher ? Alors, mes chers amis, écoutez-le. Ce que Dieu dit il y a dix-sept cents ans, immédiatement, par une voix du ciel, au sujet de son Fils sur la montagne, cela même Dieu vous le dit immédiatement par sa parole : « Écoutez-le. » Si vous ne l’avez jamais écouté auparavant, écoutez-le maintenant. Écoutez-le de manière à le prendre pour votre prophète, votre sacrificateur et votre roi ; écoutez-le de manière à le prendre pour votre Dieu et votre tout. Écoutez-le aujourd’hui, jeunes gens, pendant qu’on peut dire : Aujourd’hui ; écoutez-le maintenant, de peur que Dieu ne vous retranche avant que vous ayez reçu une autre invitation à l’écouter ; écoutez-le pendant qu’il crie : « Venez à moi » ; écoutez-le pendant qu’il ouvre sa main et son cœur ; écoutez-le pendant qu’il frappe à la porte de vos âmes, de peur que vous ne l’entendiez dire : « Retirez-vous, retirez-vous, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. » Écoutez-le, vous, vieillards aux cheveux blancs ; écoutez-le, vous qui avez un pied dans la tombe ; écoutez-le, dis-je ; et si vous êtes durs d’oreille, demandez à Dieu d’ouvrir les oreilles de vos cœurs, et vos yeux aveugles ; demandez à Dieu qu’il vous donne un cœur élargi et croyant, et que vous sachiez ce que le Seigneur Dieu dit à votre sujet. Dieu en tirera ressentiment, il se vengera de ses adversaires, si vous n’écoutez pas un Sauveur béni. Il est le Fils de Dieu, il est le Fils bien-aimé de Dieu ; il est venu pour une grande mission, celle de répandre son sang précieux pour les pécheurs ; il est venu pour vous purifier de tout péché, et vous sauver d’un salut éternel. Vous qui l’avez écouté, écoutez-le encore ; continuez, croyez en lui et obéissez-lui, et bientôt vous l’entendrez dire : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. » Que Dieu vous l’accorde à tous, pour l’amour du Seigneur Jésus-Christ. Amen, et amen.
Chapitre 30 terminé
La transfiguration de Christ