Sermons choisis de George Whitefield
Directions sur la manière d’entendre les sermons

Chapitre 28 · 18 min de lecture · 24 min d’écoute

Directions sur la manière d’entendre les sermons

Luc 8:18 — « Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez. »

Voici quelle fut l’occasion de cet avertissement de notre Seigneur : voyant qu’une grande foule s’était rassemblée de toutes les villes pour l’entendre, et sachant (car il est Dieu, et il connaît toutes choses) que beaucoup d’entre eux, sinon la plupart, ne seraient que des auditeurs, et non des pratiquants de la parole, il leur parla en parabole, et, sous la figure d’un semeur qui sortit pour semer sa semence, il leur fit clairement entendre combien peu il y en avait parmi eux qui recevraient de sa doctrine quelque bien salutaire, ou qui porteraient du fruit jusqu’à maturité.

L’application, pourrait-on croire, aurait dû être claire et évidente ; mais les disciples, encore peu éclairés par le Saint-Esprit, et par conséquent incapables de pénétrer les mystères cachés du royaume de Dieu, agirent avec notre Sauveur comme les gens devraient agir avec leurs ministres : ils s’entretinrent avec lui en particulier du sens de ce qu’il leur avait enseigné en public, et, avec un sincère désir de faire leur devoir, lui demandèrent l’explication de la parabole.

Notre bienheureux Seigneur, toujours disposé qu’il était à instruire ceux qui se laissaient enseigner (donnant en cela à ses ministres l’exemple d’être affables et d’un abord facile), leur en dit volontiers la signification. Et en même temps, pour les rendre à l’avenir plus circonspects et plus attentifs à sa doctrine, il leur dit qu’ils devaient être, d’une manière toute particulière, la lumière du monde, et qu’ils devaient prêcher sur les toits tout ce qu’il leur disait en secret ; et comme le bon usage qu’ils feraient de la connaissance déjà communiquée était la seule condition moyennant laquelle il leur en serait donné davantage, il leur importait donc grandement de « prendre garde à la manière dont ils écoutaient ».

Il paraît donc, d’après le contexte, que ces paroles furent d’abord adressées aux apôtres eux-mêmes. Mais comme il est à craindre que, parmi ces milliers de gens qui accourent pour entendre des sermons, il n’y en ait que peu, comparativement parlant, qui en soient efficacement touchés, je ne puis m’empêcher de penser qu’il est très nécessaire de vous rappeler l’avertissement donné par notre Seigneur à ses disciples, et de vous exhorter avec la plus grande ardeur à « prendre garde à la manière dont vous écoutez ».

Pour poursuivre ce dessein, je vais,

premièrement, prouver que chacun doit saisir toutes les occasions d’entendre des sermons. Et,

secondement, je donnerai quelques avertissements et quelques directions, afin que vous entendiez avec profit et avantage.

Premièrement, je dois prouver que chacun doit saisir toutes les occasions d’entendre des sermons.

Qu’il y ait toujours eu des personnes particulières mises à part par Dieu pour instruire son peuple et l’exhorter à pratiquer ce qu’il exigerait de lui, cela ressort de nombreux passages de l’Écriture. Saint Jude nous dit qu’« Énoch, le septième depuis Adam, a prophétisé (ou prêché) touchant la venue du Seigneur, avec ses saintes myriades, pour le jugement ». Et Noé, qui vécut peu de temps après, est appelé par saint Pierre « ce prédicateur de la justice ». Et bien que, dans tout l’intervalle entre le déluge et le don de la loi, nous n’entendions parler que de peu de prédicateurs, nous pouvons pourtant raisonnablement conclure que Dieu ne s’est jamais laissé sans témoignage, mais qu’à plusieurs reprises et de plusieurs manières, il a parlé à nos pères par les patriarches et par les prophètes.

Mais quoi qu’il en fût auparavant, nous avons l’assurance qu’après la promulgation de la loi, Dieu sépara constamment pour lui-même un certain ordre d’hommes pour prêcher à son peuple aussi bien que pour prier pour lui ; et qu’il commanda au peuple de s’enquérir de son devoir à la bouche des sacrificateurs. Et bien que les Juifs aient été fréquemment emmenés en captivité, et, à cause de leurs péchés, dispersés sur la face de la terre, il n’abandonna pourtant jamais entièrement son Église, mais il maintint toujours un reste de prophètes et de prédicateurs, comme Ézéchiel, Jérémie, Daniel et d’autres, pour les reprendre, les instruire et les appeler à la repentance.

Ainsi en était-il sous la loi. Et l’Église n’a pas été moins bien, mais infiniment mieux pourvue sous l’Évangile. Car lorsque Jésus-Christ, ce grand souverain sacrificateur, se fut offert lui-même par l’Esprit éternel comme un sacrifice et une satisfaction pleine, parfaite et suffisante pour les péchés du monde entier, et qu’après sa résurrection tout pouvoir lui eut été remis dans le ciel et sur la terre, il donna mission à ses apôtres, et en eux à tous les ministres qui leur succéderaient, d’« aller prêcher son Évangile à toute la création », promettant d’« être avec eux pour les guider, les assister, les fortifier et les consoler, tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».

Mais s’il est du devoir des ministres de prêcher (et malheur à eux s’ils n’annoncent pas l’Évangile, car la nécessité leur en est imposée), sans aucun doute le peuple est obligé de les écouter ; car autrement, pourquoi les ministres sont-ils envoyés ?

Et comment pourrions-nous ici ne pas admirer l’amour et le tendre soin que notre cher Rédempteur a témoignés envers son épouse, l’Église ? Lui qui, ne pouvant être toujours avec nous en personne, parce qu’il était avantageux qu’il s’en allât, et qu’il prît possession, comme notre précurseur, de cette gloire qu’il avait acquise par son sang précieux, ne voulut pourtant pas nous laisser orphelins, mais établit d’abord un nombre suffisant de pasteurs et de docteurs ; et ensuite, selon sa promesse, envoya effectivement, et continuera d’envoyer, le Saint-Esprit, pour les pourvoir, eux et leurs successeurs, des dons et des grâces convenables « en vue de l’œuvre du ministère, pour le perfectionnement des saints, pour l’édification de son corps dans la charité, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de l’esprit, à la plénitude de la mesure de la stature de Christ ».

Oh ! combien insensibles à ce don ineffable sont ces gens qui outragent l’Esprit de la grâce, qui crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie, en refusant volontairement de recourir à un si grand moyen de salut ? Combien terrible sera la fin de tels hommes ? Combien il est aggravant que la lumière soit venue dans le monde, que la bonne nouvelle du salut soit si fréquemment proclamée dans cette ville populeuse, et que tant de gens soient dégoûtés de cette manne spirituelle, de ce pain des anges, et l’appellent une misérable nourriture ? Combien Tyr et Sidon, Sodome et Gomorrhe, seront traitées moins rigoureusement que de tels pécheurs ! Mieux vaudrait pour les hommes n’avoir jamais entendu parler de la naissance d’un Sauveur, que, après en avoir entendu parler, de ne pas prêter attention au ministère de ceux qui sont employés comme ses ambassadeurs pour traiter les affaires entre Dieu et leurs âmes.

Nous pouvons, quoique de loin, et sans esprit de prophétie, prédire la condition déplorable de tels hommes : les voici jetés en enfer, levant les yeux, étant dans les tourments, et s’écriant : Combien de fois nos ministres ont-ils voulu nous rassembler, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes ! Mais nous ne l’avons pas voulu. Oh ! si nous avions connu, en ce jour qui nous était donné, les choses qui appartenaient à notre paix éternelle ! Mais maintenant elles sont pour toujours cachées à nos yeux.

Ainsi seront misérables, ainsi seront malheureux au-delà de toute pensée ceux qui méprisent et tournent en dérision la prédication publique de l’Évangile. Mais tenant pour accordé qu’il n’y en a que peu, s’il y en a, de cette malheureuse espèce parmi ceux qui jugent la peine de fouler les parvis de la maison du Seigneur, je passe maintenant à la

seconde chose générale proposée : donner quelques avertissements et quelques directions, afin que vous entendiez les sermons avec profit et avantage.

Et ici, si nous réfléchissons à ce qui a déjà été exposé, et si nous considérons que la prédication est une ordonnance de Dieu, un moyen établi par Jésus-Christ lui-même pour avancer son royaume parmi les hommes, vous ne pouvez raisonnablement être offensés si, afin que vous entendiez les sermons avec profit et avantage, je

1. vous engage ou vous supplie de venir les entendre, non par curiosité, mais par un désir sincère de connaître et de faire votre devoir.

Le formalisme et l’hypocrisie, dans quelque exercice religieux que ce soit, sont une abomination pour le Seigneur. Et entrer dans sa maison simplement pour divertir nos oreilles, et non pour réformer nos cœurs, doit certainement déplaire grandement au Dieu Très-Haut, aussi bien qu’être sans profit pour nous-mêmes.

De là vient que tant de gens demeurent inconvertis, et même insensibles à la prédication la plus évangélique ; de sorte que, comme les compagnons de saint Paul avant sa conversion, ils entendent seulement la voix du prédicateur de leurs oreilles extérieures, mais n’en éprouvent pas intérieurement la puissance dans leur cœur. Ou, comme le terrain autour de la toison de Gédéon, ils demeurent sans en être touchés ; tandis que d’autres, qui sont venus pour être nourris du lait spirituel et pur de la parole, sont, comme la toison elle-même, arrosés par la rosée de la bénédiction céleste de Dieu, et croissent par elle.

Fuyez donc, mes frères, fuyez la curiosité, et préparez vos cœurs par une humble disposition, pour recevoir avec douceur la parole qui a été plantée en vous ; et alors elle sera un moyen, sous la main de Dieu, de vivifier, d’édifier, de purifier et de sauver vos âmes.

2. Une seconde direction que je donnerai dans le même but, c’est non seulement de préparer vos cœurs avant d’entendre, mais aussi de prêter une attention diligente aux choses qui sont dites d’après la parole de Dieu.

Si un roi de la terre venait à publier une proclamation royale, et que de l’accomplissement ou du non-accomplissement des conditions qu’elle contient dépendît entièrement la vie ou la mort de ses sujets, avec quelle sollicitude ne chercheraient-ils pas à entendre quelles sont ces conditions ? Et ne rendrons-nous pas le même respect au Roi des rois et Seigneur des seigneurs, et ne prêterons-nous pas une oreille attentive à ses ministres, lorsqu’ils déclarent en son nom comment notre pardon, notre paix et notre bonheur peuvent être assurés ?

Lorsque Dieu descendit sur la montagne de Sinaï dans une majesté terrible pour donner la loi à son peuple, combien celui-ci fut attentif à son serviteur Moïse ! Et s’ils mettaient tant d’ardeur à entendre les tonnerres et les menaces de la loi, ne mettrons-nous pas autant de sollicitude à entendre, de la bouche des ministres de Christ, la bonne nouvelle de l’Évangile ?

Tandis que Christ était lui-même sur la terre, il est dit que le peuple était suspendu à ses lèvres pour entendre les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Et si nous regardions les ministres comme nous le devrions, comme les envoyés de Jésus-Christ, nous serions aussi suspendus à leurs lèvres pour entendre leurs paroles.

En outre, les vérités sacrées qu’annoncent les ministres de l’Évangile ne sont pas des leçons sèches et insipides de philosophie morale, destinées seulement à nous amuser un moment, mais les grands mystères de la piété, auxquels, par conséquent, nous sommes tenus de prêter une oreille studieuse, de peur que, par notre négligence, nous ne venions soit à ne pas les comprendre, soit, de quelque autre manière, à les laisser échapper.

Mais combien peu tiennent compte de cette direction ceux qui, au lieu d’être suspendus aux lèvres du prédicateur pour l’entendre, sommeillent ou dorment tandis qu’il leur parle de la part de Dieu ! Hommes malheureux ! Ne peuvent-ils pas veiller une heure avec notre bienheureux Seigneur ? Quoi ! n’ont-ils jamais lu comment Eutychus, s’étant endormi, tomba pendant que saint Paul prolongeait son discours jusqu’à minuit, et fut relevé mort ?

Mais revenons. Bien que vous puissiez préparer vos cœurs, à ce que vous pensez, par une disposition docile, et être attentifs pendant que les discours se prononcent, cela pourtant vous profitera peu, à moins que vous n’observiez une

3. troisième direction : ne nourrir aucun préjugé, pas même le moindre, contre le ministre.

Car un prédicateur parlerait-il les langues des hommes et des anges, si son auditoire avait des préventions contre lui, il ne serait qu’un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.

C’est pour cette raison que Jésus-Christ lui-même, la Parole éternelle, ne put faire beaucoup de miracles, ni prêcher avec grand effet parmi ceux de son pays : car ils se scandalisaient à son sujet. Et si ce même Jésus, ce Dieu incarné, abaissait de nouveau les cieux, et descendait parlant comme jamais homme n’a parlé, pourtant, si nous avions des préventions contre lui comme les Juifs en avaient, nous endurcirions nos cœurs comme les Juifs endurcirent les leurs.

Prenez donc garde, mes frères, et gardez-vous de nourrir aucune aversion contre ceux que le Saint-Esprit a établis surveillants sur vous. Considérez que les ministres sont des hommes de la même nature que vous ; et même si nous entendions quelqu’un enseigner aux autres à faire ce qu’il n’a pas appris lui-même, ce n’est pas une raison suffisante pour rejeter sa doctrine : car les ministres ne parlent pas en leur propre nom, mais au nom de Christ. Et nous savons qui commanda au peuple de faire tout ce que les scribes et les pharisiens leur diraient, quoiqu’ils dissent et ne fissent pas. Mais

4 quatrièmement, de même que vous ne devez pas avoir de préventions contre un prédicateur, de même vous devez prendre garde de ne pas trop dépendre de lui, ou d’en avoir une plus haute opinion qu’il ne faut. Car, bien que ce soit un excès dans lequel les gens tombent rarement, préférer un docteur en opposition à un autre a souvent eu de fâcheuses conséquences pour l’Église de Dieu. C’était une faute que le grand apôtre des Gentils condamnait chez les Corinthiens. Car, alors que l’un disait : « Moi, je suis de Paul! Et un autre: Moi, d’Apollos! n’êtes-vous pas charnels ? » dit-il. « Car qu’est-ce que Paul, et qu’est-ce qu’Apollos, sinon des instruments entre les mains de Dieu, par le moyen desquels vous avez cru ? » Et tous les ministres ne sont-ils pas envoyés comme des ambassadeurs chargés d’exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ? Et ne doivent-ils pas tous, par conséquent, être grandement estimés à cause de leur œuvre.

L’apôtre, il est vrai, nous commande de rendre un double honneur à ceux qui travaillent à la prédication et à l’enseignement ; mais préférer un ministre aux dépens d’un autre (peut-être au point, lorsqu’on est effectivement entré dans une église, d’en ressortir parce que ce n’est pas lui qui prêche), cela est terrestre, charnelle, diabolique.

Sans parler de ce que la popularité et les applaudissements ne peuvent manquer d’être extrêmement dangereux, même pour un esprit bien instruit, et doivent nécessairement remplir tout homme réfléchi d’une sainte jalousie, de peur qu’il ne s’attribue cet honneur qui n’est dû qu’à Dieu, qui seul le qualifie pour ses travaux de ministre, et de qui seul descend toute grâce excellente et tout don parfait.

5. Une cinquième direction que je voudrais vous recommander, c’est de faire une application particulière à vos propres cœurs de tout ce qui est exposé.

Lorsque notre Sauveur s’entretenait, lors de la dernière cène, avec ses disciples bien-aimés, et qu’il prédit que l’un d’eux le trahirait, chacun d’eux l’appliqua aussitôt à son propre cœur, et dit : « Est-ce moi, Seigneur? » Et si les gens, de la même manière, lorsque les prédicateurs détournent de quelque péché ou exhortent à quelque devoir, au lieu de s’écrier : Ceci était dirigé contre un tel ou un tel, tournaient leurs pensées au-dedans d’eux-mêmes, et disaient : Est-ce moi, Seigneur ? combien plus profitables ne trouverions-nous pas les discours qu’ils ne le sont généralement aujourd’hui ?

Mais nous sommes trop enclins à porter nos regards au-dehors, regardant toujours la paille qui est dans l’œil de notre prochain plutôt que la poutre qui est dans le nôtre. Hâtons-nous maintenant d’en venir à la

6. sixième et dernière direction : si vous voulez recevoir une bénédiction du Seigneur lorsque vous entendez prêcher sa parole, priez-le, avant, pendant et après chaque sermon, de revêtir le ministre de puissance pour parler, et de vous accorder la volonté et la capacité de mettre en pratique ce qu’il vous montrera, d’après le livre de Dieu, être votre devoir.

Ce serait là un excellent moyen de rendre la parole prêchée efficace pour éclairer et embraser vos cœurs ; et sans cela, tous les autres moyens prescrits plus haut seront vains.

C’est sans doute cette considération qui porta saint Paul à supplier si instamment ses bien-aimés Éphésiens d’intercéder auprès de Dieu pour lui : « Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications… Priez pour moi, afin qu’il me soit donné, quand j’ouvre la bouche, de faire connaître hardiment et librement le mystère de l’Évangile. » Et si un si grand apôtre que saint Paul avait besoin des prières de son peuple, combien plus en ont besoin les ministres qui n’ont que les dons ordinaires du Saint-Esprit !

En outre, ce serait une bonne preuve que vous désirez sincèrement faire la volonté de Dieu, aussi bien que la connaître. Et cela doit être d’un grand profit aux ministres comme au peuple ; car Dieu, en réponse à vos prières, leur donnera une double portion de son Saint-Esprit, par laquelle ils seront rendus capables de vous instruire plus pleinement des choses qui concernent le royaume de Dieu.

Et oh ! si tous ceux qui m’entendent aujourd’hui voulaient sérieusement appliquer leurs cœurs à pratiquer ce qui vient de leur être dit ! Comme les ministres verraient Satan tomber du ciel comme un éclair, et comme le peuple trouverait la parole prêchée plus tranchante qu’une épée à deux tranchants, et puissante, par la vertu de Dieu, pour renverser les forteresses du diable !

Le Saint-Esprit descendrait alors sur tous ceux qui écoutent la parole, comme lorsque saint Pierre prêchait ; l’Évangile de Christ aurait libre cours, se répandrait très rapidement, et des milliers d’âmes seraient de nouveau converties par un seul sermon.

Car « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. » Il a promis d’être avec ses ministres tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Et la raison pour laquelle nous ne recevons pas de plus grandes effusions du bienheureux Esprit de Dieu, ce n’est pas que la main de notre tout-puissant Rédempteur soit devenue trop courte, mais c’est que nous ne les attendons pas, et que nous les confinons aux temps primitifs.

Il arrive en effet quelquefois que Dieu, pour magnifier sa grâce gratuite en Jésus-Christ, se laisse trouver par ceux qui ne le cherchaient pas : un pécheur notoire est puissamment touché par un sermon public, et arraché comme un tison arraché du feu. Mais ce n’est pas là la manière ordinaire dont Dieu agit ; non, en général, il ne visite par la puissance de sa parole que ceux qui attendent humblement de savoir ce qu’il veut qu’ils fassent ; et il renvoie les auditeurs mal disposés non seulement à vide, mais endurcis.

Prenez donc garde, vous qui faites profession de religion avec insouciance et curiosité, s’il y en a ici de tels, à la manière dont vous écoutez. Souvenez-vous que, que nous y pensions ou non, « il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ », où les ministres devront rendre un compte rigoureux de la doctrine qu’ils auront annoncée, et vous un compte tout aussi rigoureux du profit que vous en aurez tiré. Et, grand Dieu ! comment pourrez-vous subsister à la barre d’un juge irrité, vengeur du péché, et voir tant de discours que vous avez méprisés, tant de ministres qui ont autrefois soupiré et travaillé pour le salut de vos âmes précieuses et immortelles, produits contre vous comme autant de prompts témoins ? Suffira-t-il alors, pensez-vous, d’alléguer que vous alliez les entendre seulement par curiosité, pour passer une heure oisive, pour admirer l’éloquence ou tourner en ridicule la simplicité du prédicateur ? Non ; Dieu vous fera savoir alors que vous auriez dû venir par de meilleurs principes ; que chaque sermon a été porté à votre compte, et que vous devez alors être justement punis pour n’en avoir pas profité.

Mais ne crains point, petit troupeau, vous qui recevez avec douceur la parole qui a été plantée en vous, et qui portez le fruit paisible de la justice ; car il n’en sera pas ainsi de vous. Non, vous serez la joie de vos ministres, et leur couronne de gloire au jour de notre Seigneur Jésus ; et ils vous présenteront dans un saint triomphe, sans défaut et irrépréhensibles, à notre commun Rédempteur, en disant : « Nous voici, ô Seigneur, nous et les enfants que tu nous as donnés. »

Mais prenez toujours garde à la manière dont vous écoutez : car si vous faites valoir la grâce que vous avez, il vous en sera donné davantage, et vous serez dans l’abondance. « celui qui a fait la promesse est fidèle, et c’est lui qui le fera. » Bien plus, Dieu, du haut de Sion, vous bénira tellement que chaque sermon que vous entendrez vous communiquera une nouvelle provision de connaissance spirituelle. La parole de Dieu habitera en vous abondamment ; vous irez de force en force, d’un degré de grâce à un autre, jusqu’à ce que, parvenus à l’état d’hommes faits en Jésus-Christ, et remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu, vous soyez transportés par la mort pour le voir tel qu’il est, et pour chanter ses louanges devant son trône avec les anges et les archanges, les chérubins et les séraphins, et l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux, aux siècles des siècles.

Ce que Dieu veuille, &c.

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