Sermons choisis de George Whitefield
L’aveugle Bartimée

Chapitre 27 · 31 min de lecture · 40 min d’écoute

L’aveugle Bartimée

Marc 10:52 — « Et Jésus lui dit: Va, ta foi t’a sauvé. Aussitôt il recouvra la vue, et suivit Jésus dans le chemin. »

Lorsque l’apôtre Pierre recommandait Jésus de Nazareth aux Juifs, dans l’un de ses sermons, il en traça un portrait bref, mais en même temps glorieux et élevé : « Qu’il allait de lieu en lieu faisant du bien. » Il allait de lieu en lieu, il cherchait les occasions de faire du bien ; c’était sa nourriture et son breuvage de faire les œuvres de celui qui l’avait envoyé, tant que dura le jour de son ministère public. C’est à juste titre que le prophète l’appela Le soleil de la justice. Car, de même que le soleil, dans le firmament naturel, répand par tout l’univers ses rayons vivifiants et ranimants, de même, partout où se levait ce soleil de justice, le bienheureux Jésus, il se levait avec la guérison sous ses ailes. Il était vraiment un prophète semblable à Moïse, et il prouva qu’il était le Messie qui devait venir dans le monde par les miracles qu’il accomplit ; avec toutefois cette différence essentielle : les miracles de Moïse, conformément à l’économie de l’Ancien Testament, étaient des miracles de jugement ; les miracles de Jésus, qui vint porter nos maladies et guérir nos infirmités, étaient des miracles de miséricorde, et furent accomplis non seulement pour la guérison du corps des gens, mais aussi pour la conversion de leurs âmes précieuses et immortelles. Parfois, une seule et même personne fut l’objet de ces deux miséricordes. Nous en avons une preuve glorieuse dans la guérison miraculeuse opérée sur un pauvre mendiant aveugle, nommé Bartimée, qui sera le sujet du discours suivant, et auquel se rapportent les paroles du texte : « Et Jésus lui dit: Va, ta foi t’a sauvé. Aussitôt il recouvra la vue, et suivit Jésus dans le chemin. »

Mon dessein est, premièrement, de faire quelques observations sur le fait tel que les évangélistes le rapportent. Et ensuite,

secondement, de montrer le profit que l’on peut en tirer. Veuille Jésus bénir ce discours, de sorte que tout auditeur spirituellement aveugle recouvre la vue, et qu’à l’exemple de Bartimée, il « suive Jésus dans le chemin » !

Si nous voulons considérer toute l’histoire, il nous faut remonter au 46e verset de ce chapitre : « Ils (notre Seigneur et ses disciples qui, comme nous le voyons par le contexte, s’étaient entretenus ensemble) arrivèrent à Jéricho », lieu voué par Josué à la malédiction de Dieu ; et pourtant, ce lieu même fournit des convertis à Jésus : Zachée y avait été appelé auparavant, et Bartimée, comme nous l’entendrons tout à l’heure, y fut, selon toute probabilité, appelé alors. Car il peut sortir quelque chose de bon même de Nazareth. Christ lui-même y naquit, et sa grâce souveraine peut atteindre et vaincre les pires des hommes, dans les pires des lieux. Jésus vint à Jéricho. Que ses ministres, si la providence leur trace le chemin, ne craignent pas d’aller dans les lieux en apparence les moins propres à faire du bien ; il peut s’y trouver quelques vases d’élection. Jésus et ses disciples vinrent à Jéricho. C’étaient des itinérants, et, comme je l’ai souvent fait remarquer, ils restaient rarement longtemps dans un même lieu ; non que ce soit là un argument contre l’établissement fixe de pasteurs particuliers dans des paroisses particulières. Mais toutefois la pratique de notre Seigneur, à cet égard, donne une sorte de sanction à la prédication itinérante, lorsque des personnes y sont dûment appelées et qualifiées pour un tel emploi. Et je crois que nous pouvons nous hasarder à affirmer (quoique nous ne voulions nullement prescrire ou dicter quoi que ce soit au Saint d’Israël) que, chaque fois qu’il y aura un réveil général de la religion dans quelque pays, la prédication itinérante sera plus en vogue. Et il est à craindre que ceux qui la condamnent aujourd’hui, uniquement à cause de la bassesse de ses apparences, se seraient joints aux scribes et aux pharisiens propres justes pour condamner le Fils de Dieu lui-même à cause d’une telle pratique.

« Et, lorsqu’il en sortit, avec ses disciples et une assez grande foule » ; ὄχλου ἱκανοῦ, une assez grande foule de populace, ou de canaille, comme les grands prêtres de cette génération les appelaient ; car c’étaient là les fidèles suivants de Jésus de Nazareth : c’étaient les pauvres qui recevaient son Évangile ; le petit peuple l’écoutait avec plaisir et le suivait de lieu en lieu. Non que tous ceux qui le suivaient fussent ses vrais disciples. Non ; quelques-uns le suivaient seulement pour ses pains, d’autres par curiosité ; quoique certains, sans aucun doute, le suivissent pour entendre les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche et pour en être édifiés. Jésus le savait, et il savait aussi combien cet empressement à le suivre déplaisait à quelques-uns des chefs de l’Église juive, qui étaient prêts, en toute occasion, à dire : « Y a-t-il quelqu’un des scribes et des pharisiens qui ait cru en lui ? » Mais, malgré cela, je ne vois pas que notre bienheureux Seigneur les ait renvoyés chez eux plus d’une fois ; et ce fut lorsque, après qu’ils eurent été trois jours avec lui et n’eurent plus rien à manger, il vit qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont point de berger, et en conséquence il fut ému de compassion pour eux et les enseigna. C’est là une autorisation suffisante pour que les ministres de l’Évangile prêchent aux pauvres âmes qui les suivent pour entendre la parole, de quelque principe que procède leur venue. En même temps, ils doivent mettre les gens en garde contre la pensée qu’ils sont chrétiens parce qu’ils suivent les ministres de Christ. C’est ce que notre Seigneur fit fréquemment. Car il y en a beaucoup qui suivaient Jésus, et ne suivent pas ses ministres, et les écoutent avec plaisir ; et même qui font peut-être beaucoup de choses, comme le fit Hérode, et qui, il est à craindre, ne les suivront jamais dans le royaume des cieux. Une grande foule suivit Jésus hors de Jéricho ; mais combien d’entre eux se scandalisèrent à son sujet, et peut-être s’écrièrent ensuite : « Crucifie, crucifie-le! » Qui voudrait se fier à la popularité ? Elle est comme la nuée du matin, ou la rosée matinale, qui se dissipe. Mais quelle presse, et quel tourbillon d’affaires en apparence continuel fut la vie du bienheureux Jésus ! Il ne pouvait demeurer caché ; où qu’il allât, une grande foule le suivait. À peine avait-il le temps de manger du pain. Heureux sont ceux qui sont appelés à occuper une position publique dans l’Église, et à être plus abondants dans les travaux, de ce que leur Jésus a foulé avant eux ce sentier dangereux ! La popularité est une fournaise ardente, et nul autre que celui qui garda les trois jeunes hommes au milieu des flammes de Nebucadnetsar ne peut préserver les prédicateurs populaires d’en être atteints. Mais nous pouvons tout par Christ qui nous fortifie. Et j’ai souvent pensé qu’il y a une considération suffisante pour éteindre, ou du moins pour modérer, tout excès de joie et de complaisance en soi-même que le prédicateur le plus populaire peut éprouver lorsqu’il est suivi même par les plus grandes multitudes ; et c’est celle-ci : « Combien de ces auditeurs s’en iront sans avoir reçu aucun bien salutaire de ma prédication ; et même combien, peut-être, n’en verront que leur damnation augmentée ! » Comme nous voyons que beaucoup diront au grand jour : « N’as-tu pas enseigné dans nos rues ? » à qui Jésus répondra : « En vérité, je ne vous connais pas. »

Mais poursuivons : « Comme notre Seigneur sortait de Jéricho, avec ses disciples et une assez grande foule, l’aveugle Bartimée (le fils de Timée) était assis au bord du chemin et mendiait. » Il semble qu’il fût un mendiant connu, mais nullement ce que nous appelons communément un mendiant valide ; n’ayant, puisqu’il avait perdu la vue, aucun autre moyen de gagner son pain ; son cas était d’autant plus digne de pitié s’il était, comme certains pensent que son nom l’indique, le fils aveugle d’un père aveugle. Peut-être mendiait-il pour son père et pour lui-même ; et s’il en est ainsi, cela peut nous éclairer sur ce passage de Matthieu 20:30, où il nous est dit que « deux hommes parlèrent à Jésus ». Ce pouvaient être le père et le fils, quoiqu’un seul soit mentionné ici, parce que lui seul suivit Jésus dans le chemin. Ainsi pense ce saint, judicieux et pratique commentateur des saintes Écritures, M. Henry. Mais quoi qu’il en soit, il n’est pas blâmé de mendier, et nous ne devons pas non plus désapprouver les autres de le faire, quand la providence les y appelle. C’est l’économe infidèle qui disait : « Mendier? J’en ai honte. » C’est notre orgueil qui nous rend souvent peu disposés à être les obligés d’autrui ; Jésus n’était pas dans ces dispositions : il vivait, pour ainsi dire, d’aumônes ; les femmes qui le suivaient l’assistaient de leurs biens. Bartimée, ne pouvant bêcher, mendie pour vivre ; et, afin de mieux faire son métier, il était assis au bord du chemin, selon toute probabilité hors de la porte de la ville, ou près d’elle, là où les gens devaient nécessairement entrer et sortir. Mais s’il avait perdu la vue, il avait l’ouïe parfaite ; et cela devrait nous consoler, si nous avons perdu un sens, d’avoir l’usage d’un autre, et de n’être pas privés du bienfait de tous. Heureux Bartimée de pouvoir entendre, s’il ne pouvait voir ! Car, selon toute probabilité, en entendant le bruit et la clameur de la grande foule qui suivait notre Seigneur, sa curiosité le poussa à s’enquérir de la cause, et quelqu’un lui dit « C’est Jésus de Nazareth qui passe » ; Jésus de Nazareth, appelé ainsi parce qu’il y avait été élevé, ou par mépris, Nazareth étant ou un lieu très méprisable, ou un lieu très méchant, ou l’un et l’autre, ce qui faisait dire à Nathanaël, cet homme sans artifice : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? » Et que fait Bartimée lorsqu’il entend parler de Jésus ? Il nous est dit, au verset 47 : « Il entendit que c’était Jésus de Nazareth, et il se mit à crier. » Cela montre clairement que, si les yeux de son corps étaient fermés, les yeux de son esprit étaient pourtant, dans une certaine mesure, ouverts, en sorte qu’il voyait peut-être plus que la plupart de la foule qui suivait Jésus ; car aussitôt qu’il entendit parler de lui, il se mit à crier ; ce qu’il n’aurait pas fait s’il n’avait entendu parler de lui auparavant, et s’il n’avait cru aussi qu’il était à la fois capable et désireux de rendre la vue aux aveugles. « il se mit à crier. » Cela implique qu’il avait un profond sentiment de sa propre misère et du besoin qu’il avait d’être guéri ; ses prières ne se glaçaient pas en sortant de ses lèvres ; il se mit à crier, afin que Jésus pût l’entendre malgré le bruit de la foule ; et il se mit à crier aussitôt qu’il entendit qu’il passait, ne sachant pas s’il jouirait jamais encore d’une telle occasion. « Il se mit à crier : Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Le peuple l’appelait Jésus de Nazareth. Bartimée l’appelle « Jésus, Fils de David », montrant par là qu’il le croyait être le Messie qui devait venir dans le monde, à qui le Seigneur Dieu devait donner le trône de David, son père, et dont son règne n’aura point de fin. « Jésus, Fils de David » ; ou, comme il est dit dans le passage parallèle de saint Matthieu 20:30 : « Seigneur, Fils de David », de qui il avait été prédit depuis longtemps, en Ésaïe 35, que, lorsqu’il viendrait, « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles ». « Aie pitié de moi » : le langage naturel d’une âme amenée à se coucher aux pieds d’un Dieu souverain. Ici, nulle prétention à la guérison par voie de mérite ; nul orgueilleux et propre juste : « Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes » ; nul compte de ses œuvres présenté, nul doute sur la puissance ou la bonne volonté de Jésus à le guérir ; mais c’est de l’abondance du cœur que sa bouche parle, et, dans le langage du pauvre publicain au cœur brisé, il s’écrie : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi! » Jésus, toi l’ami des pécheurs, toi le Sauveur qui, bien que tu sois le vrai Dieu, as bien voulu devenir le Fils de David et être fait homme, afin de chercher et sauver ce qui était perdu, aie pitié de moi ; que tes entrailles s’émeuvent envers un pauvre, misérable, aveugle mendiant ?

On aurait pensé qu’une prière aussi touchante aurait fondu de compassion toute la multitude qui entendait son cri pitoyable, et aurait porté quelques-uns du moins à intercéder en sa faveur, ou à aider à le conduire auprès du bienheureux Jésus. Mais au lieu de cela, il nous est dit, au verset 48, que « Plusieurs le reprenaient ». Le mot, dans l’original, semble impliquer une réprimande accompagnée de menaces, et prononcée avec colère. Ils le reprenaient « pour le faire taire », et peut-être le menaçaient-ils de le battre s’il ne se taisait pas. Ils le regardaient comme indigne de l’attention de Jésus de Nazareth, et étaient tout prêts à lui demander s’il pensait que Jésus-Christ n’avait rien d’autre à faire que de s’occuper de lui. Ce fut sans doute très décourageant pour l’aveugle Bartimée. Car l’opposition touche de plus près quand elle vient de ceux que l’on estime disciples de l’Agneau. L’épouse se plaint, comme d’une chose particulièrement affligeante, de ce que Les fils de ma mère se sont irrités contre moi. Mais l’opposition ne sert qu’à aiguiser le tranchant de la vraie dévotion ; et c’est pourquoi Bartimée, au lieu d’être réduit au silence par leurs réprimandes et leurs menaces, « il criait beaucoup plus fort : Fils de David, aie pitié de moi! » Il éclate encore dans le même humble langage, et, si Jésus, le Fils de David, veut avoir pitié de lui, il ne se soucie guère de ce que quelques-uns de ses disciples chagrins disent de lui ou lui font. Ce n’était pas une vaine répétition, mais une pieuse réitération de sa requête. Nous pouvons parfois répéter les mêmes paroles, et n’être pourtant pas coupables de cette battologie, ou de ces vaines paroles, que notre Seigneur condamne. Car notre Seigneur lui-même, dans son agonie, pria et dit deux fois les mêmes paroles : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi! » Ainsi Bartimée : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi! » Et comment le Fils de David le traite-t-il ? Fait-il cause commune avec la multitude, et lui ordonne-t-il de se taire ? Ou continue-t-il son chemin, le jugeant indigne de son attention ? Non ; car, dit saint Marc, au verset 49, « Jésus s’arrêta », bien qu’il fût en voyage, et peut-être pressé (car ce n’est pas perdre son temps que de s’arrêter de temps en temps en voyage pour rendre un bon office en chemin), « et ordonna qu’on l’appelât ». Pourquoi cela ? Pour nous apprendre à être condescendants et bons même envers les pauvres, pourvu que ce soient de vrais mendiants, et pour reprendre tacitement le zèle aveugle et mal dirigé de ceux qui lui avaient ordonné de se taire. Par là aussi notre Seigneur prépare la multitude à remarquer davantage la foi de l’aveugle, et sa propre miséricorde et sa puissance déployées dans sa guérison. Car il y a des temps et des moments où nous sommes appelés à accomplir des actes de charité de la manière la plus publique, et cela très conformément au précepte de notre Sauveur, « de ne pas laisser notre main droite savoir ce que fait notre main gauche ». Car il y a une grande différence entre donner l’aumône et exercer des actes de charité qui sont vus des hommes, et les faire afin d’en être vus : l’un est toujours coupable, l’autre devient souvent notre devoir. Jésus ordonna d’appeler Bartimée, « et ils l’appelèrent ». Qui l’appela ? Peut-être ceux-là mêmes qui, un peu auparavant, lui avaient ordonné de se taire. Car il arrive souvent que nos adversaires et ceux qui nous découragent deviennent ensuite nos amis : « Quand l’Éternel approuve les voies d’un homme, Il dispose favorablement à son égard même ses ennemis. » Et il serait à souhaiter que tous ceux qui ont ordonné à de pauvres âmes, criant après Jésus, de se taire, de se ménager, et de ne pas être justes à l’excès, imitassent le peuple ici, et encourageassent ceux qu’ils ont autrefois persécutés et calomniés. « Ils appelèrent l’aveugle, en lui disant: Prends courage, lève-toi, il t’appelle. » Les paroles, et la manière de les prononcer, marquent la hâte, et une sorte de sollicitude pour le soulagement de l’aveugle. Oh ! puissions-nous apprendre par là à être patients et longanimes envers ceux qui s’opposent à nous ! Car il se peut que beaucoup s’opposent aux âmes réveillées, non par inimitié, mais par préjugé et par fausse information, par ignorance et par incrédulité, et par une persuasion réelle, quoique peut-être erronée, que leurs proches s’engagent dans une mauvaise voie. Tout à l’heure, ils pourront être convaincus que Christ les appelle vraiment, et alors ils pourront devenir des amis véritables et déclarés de la cause et de l’œuvre de Dieu ; sinon, il est de notre devoir de nous conduire avec douceur envers tous, et de ne pas rendre injure pour injure, mais au contraire de bénir, sachant que c’est à cela que nous avons été appelés, afin d’hériter la bénédiction. Jésus n’éclata pas en paroles dures contre ces adversaires, ni Bartimée non plus. « Notre Seigneur s’arrêta, et ordonna qu’on l’appelât. Ils appelèrent l’aveugle, en lui disant: Prends courage, lève-toi, il t’appelle. Et lui, jeta son manteau, et, se levant d’un bond, vint vers Jésus. » Si Bartimée n’avait pas été sérieux lorsqu’il criait : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi! », il aurait pu dire : Pourquoi vous moquez-vous de moi ? Pourquoi me dites-vous de me lever ? Me lever, je le puis certes ; mais une fois levé, comment pourrai-je, aveugle que je suis, trouver mon chemin jusqu’à lui ? S’il veut venir à moi, c’est bien ; sinon, tous vos appels ne servent de rien, puisqu’il m’est impossible de trouver mon chemin. C’est ainsi que des milliers de gens aujourd’hui objectent aux prédicateurs évangéliques : Pourquoi nous dites-vous de venir à Jésus-Christ et de croire en lui, quand vous nous dites qu’il nous est impossible, par nous-mêmes, de nous tourner vers Dieu ou de faire de bonnes œuvres, et que nul ne peut venir à lui si le Père ne l’attire ? N’est-ce pas comme le peuple appelant Bartimée à se lever et à venir à Jésus, alors qu’il ne pouvait absolument pas voir son chemin devant lui ? C’est vrai, il en est ainsi ; et plût à Dieu que tous ceux qui font cette objection imitassent Bartimée, et missent en œuvre la force qu’ils ont ! Si nous vous appelons à venir et à croire au Seigneur Jésus-Christ, afin que vous soyez sauvés, cela implique-t-il que vous avez en vous-mêmes le pouvoir de le faire ? Non, nullement, pas plus que Jésus, disant au cadavre mort et fétide de Lazare : « Sors ! », n’impliquait que Lazare eût le pouvoir de se ressusciter lui-même du tombeau. Nous vous appelons, parce qu’il nous est commandé de prêcher l’Évangile à toute la création, espérant et priant que la puissance de Christ accompagne la parole, et la rende efficace pour vivifier et ressusciter vos âmes mortes. Nous vous appelons aussi à croire, pour la même raison que Jésus dit au docteur de la loi : « fais cela, et tu vivras », afin que vous, voyant votre entière incapacité de venir, soyez par là convaincus de votre incrédulité, et soyez conduits à demander la foi à celui qui la donne, et qui pour cette raison est appelé avec insistance, dans l’Écriture, le chef aussi bien que le consommateur de notre foi. Ajoutez à cela qu’il est de votre devoir d’attendre au bord de la piscine, ou de faire usage de la force que vous avez, dans l’accomplissement sérieux et constant de tous les devoirs commandés. Car, bien que vous ne puissiez faire ce qui est spirituellement bon, parce que vous manquez de principes spirituels d’action, vous pouvez toutefois faire ce qui est moralement et matériellement bon, puisque vous êtes des créatures raisonnables ; et, bien que faire votre devoir comme vous le pouvez ne mérite nullement la miséricorde et ne vous y donne aucun droit, c’est pourtant le chemin dans lequel il vous est demandé de marcher, et le chemin dans lequel on trouve ordinairement Dieu. Tandis que vous essayez d’étendre votre bras desséché, peut-être sera-t-il rétabli ; et qui sait si Jésus n’opérera pas la foi en vous par sa toute-puissance ?

Bartimée a placé un exemple devant ces objecteurs ; oh ! s’ils voulaient bien une fois se laisser instruire par un pauvre mendiant aveugle ! Car lui, jetant son manteau, se leva, et, tout aveugle qu’il était, vint à Jésus : « jeta son manteau ». Il semble que ce fût un grand manteau ou une cape qu’il portait pour se garantir de la pluie et du froid ; c’était sans doute le vêtement le plus nécessaire et le plus précieux qu’il eût, et l’on aurait pensé qu’il l’emporterait avec lui ; mais il savait très bien que, s’il le faisait, il pourrait lui embarrasser les pieds, et par là retarder du moins, sinon empêcher entièrement, son arrivée auprès de Jésus. Si précieux donc qu’il fût pour lui, il le jeta. Le mot implique qu’il le rejeta de dessus ses épaules avec une grande précipitation et une grande résolution, sachant que, s’il obtenait la guérison, qu’il espérait maintenant puisque Christ l’appelait, il n’aurait plus jamais besoin de son manteau. Et c’est ainsi que feront tous ceux qui sont sérieux à venir à Jésus ici-bas, ou à le voir et à jouir de lui éternellement dans son royaume dans l’autre vie. Ils couperont une main droite, ils arracheront un œil droit, ils quitteront père et mère, mari et femme, oui, et leur propre vie aussi, plutôt que de ne pas être ses disciples. L’apôtre Paul exhorte donc les chrétiens à « rejeter tout fardeau, et le péché qui les enveloppe si facilement », ou qui leur pend autour des pieds, comme le mot de l’original l’indique, faisant allusion à la coutume des Romains, qui portaient de longs vêtements. Tel était celui dont Bartimée s’était enveloppé. Mais lui, pour montrer qu’il désirait sincèrement recouvrer la vue, le jeta, se leva, et vint à Jésus. Et quel accueil Jésus lui fit-il ? Lui dit-il : N’approche pas de moi, mendiant impudent et bruyant ? Non : « il prit la parole et lui dit : Que veux-tu que je te fasse? » Question étrange, semble-t-il. Car notre Seigneur ne savait-il pas ce qu’il voulait ? Si, il le savait ; mais le Seigneur Jésus agit avec lui comme il agit avec nous. Il veut que nous reconnaissions nous-mêmes nos besoins, afin que nous confessions par là notre dépendance à son égard, et que nous sentions davantage le besoin où nous sommes de son assistance divine. L’aveugle répond aussitôt : « Seigneur (marquant par là sa foi en la divinité de Christ), que je recouvre la vue. » Il me semble voir la pauvre créature écoutant la voix de notre Sauveur, et, par ses regards et ses gestes trahissant l’ardeur intérieure de son âme, s’écrier : « Seigneur, que je recouvre la vue. » Comme s’il avait dit : Je crois que tu es ce Messie qui devait venir dans le monde. J’ai entendu parler de ta renommée, ô Jésus ! Et, apprenant la joyeuse nouvelle, si longtemps désirée, de ton passage par ici, je crie à toi, ne demandant ni argent ni or, mais ce que toi, toi seul, tu peux me donner : Seigneur, que je recouvre la vue. À peine demande-t-il qu’il reçoit. Car, au verset 52, « Et Jésus lui dit: Va, ta foi t’a sauvé. Aussitôt il recouvra la vue. » Avec la parole alla une puissance ; et celui qui fit jaillir la lumière des ténèbres, en disant : « Que la lumière soit! Et la lumière fut. », commanda à la lumière d’entrer dans les yeux de ce pauvre mendiant aveugle, et voici, la lumière fut. Le miracle fut instantané : aussitôt il recouvra la vue. Et ce fut presque un miracle que, passant tout d’un coup à la pleine lumière, il ne fût pas de nouveau frappé de cécité ; mais celui qui avait donné la vue la préserva une fois donnée. Ô heureux Bartimée ! Tes yeux sont maintenant ouverts, et le tout premier objet que tu contemples, c’est Jésus, qui aime toujours, Jésus, tout entier aimable. Il me semble te voir transporté d’étonnement et d’admiration, et tous les disciples et la multitude fixant sur toi leurs regards ! Et maintenant, ayant recouvré la vue, pourquoi n’obéis-tu pas à l’ordre du Seigneur, et ne t’en vas-tu pas ? Pourquoi ne te hâtes-tu pas d’aller chercher ton manteau, que tu viens de jeter dans ta précipitation ? Non, non ! Avec ses yeux corporels, il reçut aussi, je crois, un nouvel accroissement de vue spirituelle ; et bien que d’autres ne vissent dans le bienheureux Jésus ni beauté ni éclat qui les fît le désirer, lui, par l’œil de la foi, découvrit de si éminentes excellences dans sa royale personne, et sentit en même temps un si divin attrait vers son bienfaiteur tout généreux, qu’au lieu de s’en aller chercher son manteau, « il suivit Jésus dans le chemin » ; et par ses actes il dit avec la fidèle Ruth, au cœur droit : « Ne me presse pas de te laisser ; Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » Il suivit Jésus dans le chemin ; le chemin étroit, le chemin de la croix ; et je ne doute pas que depuis longtemps il ne l’ait suivi jusqu’à sa couronne, et qu’il ne soit maintenant assis avec lui à la droite de son Père.

Et maintenant, mes chers auditeurs, comment trouvez-vous vos cœurs émus au récit de ce miracle insigne que Jésus accomplit ? N’êtes-vous pas prêts à éclater dans le langage du cantique de Moïse, et à dire : « Qui est comme toi, ô Éternel, magnifique en sainteté, Digne de louanges, Opérant des prodiges sans cesse ! » Tes œuvres sont admirables, ô Jésus, et nos âmes le reconnaissent bien ! Mais nous ne devons pas nous arrêter ici, à admirer ce que le Seigneur fit pour Bartimée ; ceci, sans aucun doute, comme les autres parties de l’Écriture, a été écrit pour notre instruction, à nous qui sommes parvenus à la fin des siècles ; par conséquent, comme nous nous l’étions proposé en

second lieu, nous devons voir quel profit spirituel on peut tirer de cette histoire, sur laquelle nous venons de faire quelques remarques.

L’homme naturel, il est vrai, ne va pas plus loin que le parvis extérieur de l’Écriture, et lit ce miracle et les autres miracles de notre bienheureux Sauveur exactement comme il lit les batailles d’Homère ou les exploits d’Alexandre. Mais à Dieu ne plaise que nous nous en tenions à entendre seulement ce fait ! Car je te le dis, ô homme, je te le dis, ô femme, qui que tu sois, toi qui es assis aujourd’hui sous la prédication de l’Évangile, si tu es dans l’état naturel, tu es aussi aveugle dans ton âme que Bartimée l’était dans son corps ; enfant aveugle d’un père aveugle, de ton père Adam lui-même, qui perdit la vue en perdant son innocence, et qui transmit sa cécité, justement infligée, à toi, à moi et à toute sa postérité. Quelques-uns pensent, il est vrai, qu’ils voient ; mais hélas ! ceux-là ne parlent que comme des hommes dans leur sommeil, comme des gens hors d’eux-mêmes ; les Écritures représentent partout l’homme déchu non seulement comme spirituellement aveugle, mais aussi comme mort ; et nous ne connaissons pas plus, par nature, d’une manière salutaire, la voie du salut par Jésus-Christ, que Bartimée, lorsqu’il était aveugle, ne connaissait les couleurs de l’arc-en-ciel. Ceci, j’en ai la confiance, quelques-uns d’entre vous commencent à le sentir ; je vous vois émus, je vous vois pleurer ; et si je demandais à quelques-uns d’entre vous ce que vous voulez qu’on vous fasse, je sais que votre réponse serait : Que nous recouvrions la vue. Et à Dieu ne plaise que je vous ordonne de vous taire, comme si Jésus ne voulait pas faire attention à vous ! Non ; le fait que vous êtes rendus sensibles à votre aveuglement naturel, et que vous criez si ardemment après Jésus, est du moins un signe que vous êtes réveillés par son Saint-Esprit (quoiqu’il soit possible que vous criiez d’un cri extrêmement amer, comme le fit Ésaü, et que vous soyez perdus à la fin) ; toutefois, la charité chrétienne me porte à croire et à espérer le meilleur ; je vous dirai donc, dans le langage de ceux qui encouragèrent ensuite Bartimée : Levez-vous, prenez courage, car, j’en ai la confiance, Jésus vous appelle ; suivez donc l’exemple de Bartimée ; jetez votre manteau ; rejetez tout fardeau, et le péché qui vous enveloppe si facilement ; levez-vous, et venez à Jésus. Il me commande, par sa parole écrite, de vous appeler et de vous dire : « Venez à lui, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et il vous soulagera, il vous donnera du repos. » N’ayez pas peur ; vous cherchez Jésus de Nazareth ; voici, il sort à votre rencontre ; vous êtes maintenant au bord du chemin, et Jésus, j’en ai la confiance, passe ; je sens sa présence, j’espère que beaucoup d’entre vous la sentent aussi ; oh ! criez donc avec force à celui qui est puissant et désireux de vous sauver ; prosternez-vous aux pieds de la grâce souveraine ; dites-lui : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi! », dans les mêmes dispositions que Bartimée, et Jésus vous répondra ; il ne rejettera pas votre prière ; Qu’il vous soit fait selon votre foi. Tout aveugles que vous êtes, vous recouvrerez néanmoins la vue ; Satan, il est vrai, et l’incrédulité vous suggéreront bien des objections ; vos parents charnels feront aussi cause commune avec eux, et vous ordonneront de vous taire ; l’un vous dira que votre aveuglement est trop invétéré pour être guéri ; un autre, qu’il est trop tard ; un troisième, que, bien que Jésus le puisse, il ne voudra pourtant pas avoir pitié de pauvres mendiants aveugles et méprisables tels que vous ; mais plus ils vous ordonnent de vous taire, plus criez fort : « Jésus, Fils de David, aie pitié de nous ! » Jésus, toi le Sauveur, toi l’ami des pécheurs, toi le Fils de David, et par conséquent Fils de l’homme ! Paroles de grâce ! Titres pleins de tendresse ! Soyez encouragés par eux à vous approcher de lui. Bien qu’il soit le Seigneur de David, il est devenu le Fils de David selon la chair, afin que par lui vous deveniez fils de Dieu : peu importe ce que tu es, ô femme, ce que tu es, ô homme ; même si tu es littéralement un pauvre mendiant, ne pense pas que ta condition soit trop basse pour que Jésus la remarque ; il est venu dans les chemins et le long des haies pour faire entrer de tels pauvres mendiants ; ou, si vous êtes riches, ne vous croyez pas trop élevés pour vous abaisser devant Jésus ; car il est le Roi des rois, et vous ne serez jamais vraiment riches tant que vous n’aurez pas été enrichis en Jésus ; ne craignez pas d’être méprisés, ou de perdre un peu d’honneur mondain : un seul regard sur Jésus vous dédommagera de tout ; vous trouverez dans l’Agneau de Dieu, tout entier aimable, quelque chose de si engageant, de si attirant, de si rassasiant, que toute jouissance d’ici-bas languira, mourra et s’évanouira devant vous ; et vous ne désirerez pas plus vos anciens amusements vains et frivoles que Bartimée, après avoir recouvré la vue, ne désira retourner chercher son manteau. Oh ! puisse-t-il y avoir aujourd’hui parmi vous beaucoup de ces mendiants aveugles !

Voici une grande multitude qui me suit aujourd’hui, moi, pauvre ver de terre. Je me réjouis de voir ainsi les champs qui déjà blanchissent pour la moisson, et de jeter le filet de l’Évangile au milieu d’un si grand nombre ; mais hélas ! je retournerai chez moi le cœur lourd, à moins que quelques-uns d’entre vous ne se lèvent et ne viennent à mon Jésus ; je désire le prêcher, lui, et non moi-même ; ne vous contentez pas de m’entendre et de me suivre. Contemplez l’Agneau de Dieu, venu pour ôter les péchés du monde, croyez en lui et suivez-le. En vérité, je ne désespère d’aucun de vous, et je ne suis pas découragé non plus de ce que je prêche dans les chemins et le long des haies ; Jésus appela Zachée ; Jésus appela Bartimée, en passant par Jéricho, ce lieu maudit, ce lieu voué à l’interdit ; et pourquoi n’appellerait-il pas quelques-uns d’entre vous du milieu de ces champs méprisés ? Son bras est-il trop court pour sauver ? N’est-il pas aussi puissant maintenant, et aussi désireux de sauver parfaitement tous ceux qui viennent au Père par lui, qu’il l’était il y a dix-sept cents ans ? Assurément il l’est ; il l’a dit, et il le fera aussi : « Celui qui vient à moi, je ne mettrai pas dehors. » En aucune façon, ou nullement. Ô paroles encourageantes ! Pécheurs, croyez-vous cela ? Levez-vous donc, prenez courage, car Jésus vous appelle vraiment. Quelques-uns d’entre vous, j’en ai la confiance, ont obéi à cette invitation, et l’ont vu depuis longtemps ; je sais donc que vous le bénirez et l’aimerez ; et s’il vous disait, comme il le dit à Bartimée : Allez-vous-en, votre réponse serait : Nous aimons notre maître, et nous ne le quitterons pas. Mais supportez la parole d’exhortation :

Souffrez que je réveille par des avertissements votre saine intelligence ; montrez que vous l’avez vraiment vu, et que vous l’aimez vraiment, en le suivant dans le chemin ; je veux dire, dans le chemin de la croix, le chemin de ses ordonnances, et dans le chemin de ses saints commandements ; car hélas ! la charité du plus grand nombre se refroidit, et il y en a peu qui suivent Jésus comme il faut dans le chemin ; il y en a peu qui jettent leur manteau d’aussi bon cœur qu’ils le devraient ; quelque idole ou une autre nous pend autour des pieds et nous empêche de courir dans la carrière qui nous est ouverte. Réveillez-vous donc, vierges endormies, quoique peut-être sages. Réveillez-vous, réveillez-vous, revêtez-vous de force ; secouez votre poussière ; levez-vous, et suivez Jésus dans le chemin de plus près que vous ne l’avez jamais fait. Fortifiez vos mains languissantes et vos genoux affaiblis. Suivez avec vos pieds des voies droites, de peur que ce qui est boiteux ne dévie, mais plutôt qu’il se raffermisse. Car si le chemin est étroit, il n’est pourtant pas long ; « si la porte est étroite (pour employer les paroles du pieux évêque Beveridge), elle s’ouvre pourtant sur la vie éternelle ». Oh ! puissiez-vous obtenir aujourd’hui une nouvelle vue de lui ! Ce serait comme de l’huile aux roues de vos grâces, et cela rendrait vos âmes semblables aux chars d’Amminadib. C’est uniquement parce que vous l’avez perdu de vue que vous allez si pesamment de jour en jour. Une vue de Jésus, comme le soleil qui se lève le matin, dissipe les ténèbres et la tristesse qui pèsent sur l’âme. Prenez donc une nouvelle vue de lui, ô croyants, et ne vous reposez jamais que vous ne soyez transportés là où vous le verrez tel qu’il est, et vivrez avec lui à jamais dans le royaume des cieux. Ainsi soit-il, Seigneur Jésus, amen, amen !

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