Chapitre 25 · 43 min de lecture · 56 min d’écoute
Les vierges sages et les vierges folles
Matthieu 25:13 — « Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure où le Fils de l’homme viendra. » (Le texte est en réalité Matth. 25:1–13)
L’apôtre Paul, dans son épître aux Hébreux, nous apprend « qu’il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement ». Et je pense que, si une considération quelconque peut suffire à réveiller un monde endormi et assoupi, ce doit être celle-ci : qu’il y aura un jour où ces cieux seront roulés comme un livre, où cet élément fondra par l’ardeur du feu, où la terre et tout ce qu’elle renferme seront consumés, et où toute âme, de toute nation et de toute langue, sera sommée de comparaître devant le redoutable tribunal du juste Juge des vivants et des morts, pour recevoir récompenses et châtiments, selon les actions faites dans son corps. Le grand apôtre que je viens de nommer, amené devant Félix, ne put imaginer de meilleur moyen de convertir cet homme pécheur que de discourir de la tempérance, de la justice, et plus particulièrement du jugement à venir. Les premières pouvaient en quelque mesure le toucher ; mais, j’en suis persuadé, c’est la dernière considération, celle d’un jugement à venir, qui le fit trembler : et si mauvais que soit devenu le monde aujourd’hui, il en est pourtant peu qui aient la conscience assez cautérisée pour nier qu’il y aura plus tard un règlement de comptes. Les dispensations confuses de la providence en cette vie, où nous voyons les gens de bien affligés, dénués de tout, tourmentés, et les méchants autorisés à passer triomphalement par-dessus leurs têtes, ont toujours été regardées par la généralité des hommes comme un argument incontestable qu’il y aura un jour où Dieu jugera le monde selon la justice, et rendra le droit à son peuple. Quelques-uns, il est vrai, ont l’audace de le nier, tandis qu’ils sont engagés dans la poursuite de la convoitise des yeux et de l’orgueil de la vie. Mais suivez-les jusqu’à leur lit de mort, demandez-leur, quand leurs âmes sont prêtes à s’élancer dans l’éternité, ce qu’ils pensent alors d’un jugement à venir, et ils vous diront qu’ils n’osent plus donner plus longtemps un démenti à leur conscience. Ils sentent dans leurs cœurs une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu. Puis donc que ces choses sont ainsi, ne nous importe-t-il pas grandement à chacun de nous, mes frères, avant d’être couchés sur un lit de maladie, d’examiner sérieusement où en est notre compte entre Dieu et nos âmes, et comment il nous en ira en ce jour-là ? Quant aux profanes déclarés, à l’ivrogne, au fornicateur, à l’adultère, et à leurs pareils, il n’y a aucun doute sur ce qu’ils deviendront ; sans la repentance, ils n’entreront jamais dans le royaume de Dieu et de son Christ : non ; leur damnation ne sommeille point ; un Topheth ardent et enflammé, allumé par la fureur de la colère éternelle de Dieu, est préparé pour les recevoir, où ils devront subir la peine d’un feu éternel. Il n’y a pas non plus le moindre doute sur l’état des vrais croyants. Car, bien qu’ils soient méprisés et rejetés des hommes naturels, étant nés de nouveau de Dieu, ils sont héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ. Ils ont dans leurs cœurs les arrhes de l’héritage promis, et ils ont l’assurance qu’une route nouvelle et vivante leur est ouverte, jusque dans le lieu très saint, par le sang de Jésus-Christ, où une large entrée leur sera accordée au grand jour des comptes. La seule question est de savoir ce que deviendra le presque chrétien, celui qui se contente d’aller, comme il pense, par un chemin moyen au ciel, sans être profane d’un côté, ni, comme il se l’imagine faussement, juste à l’excès de l’autre. Il y en a beaucoup de cette sorte dans chaque assemblée, et par conséquent quelques-uns ici présents. Et ce qu’il y a de pire, c’est qu’il est plus facile de convaincre les publicains et les pécheurs les plus notoires qu’ils sont hors de l’état de salut, qu’aucun de ceux-là. Néanmoins, si Jésus-Christ doit être notre juge, ils seront aussi certainement rejetés et désavoués par lui au dernier jour que s’ils avaient vécu en défiant ouvertement toutes ses lois. Car que dit notre Seigneur dans la parabole dont les paroles du texte sont la conclusion, et dont j’ai dessein de faire le sujet de mon présent discours ? « Alors », au jour du jugement, dont il avait parlé dans le chapitre précédent, et dont il poursuit le sujet dans celui-ci, « le royaume des cieux, (l’état de ceux qui font profession de religion dans l’Église de l’Évangile) sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent à la rencontre de l’époux. » Il y a dans ces paroles une allusion manifeste à une coutume qui régnait chez les Juifs au temps de notre Seigneur, dans les solennités du mariage, qui avaient lieu généralement la nuit, et où il était d’usage que les amis de l’époux sortissent en procession, avec beaucoup de lumières, à la rencontre de l’époux. Par l’époux, vous devez entendre ici Jésus-Christ. L’Église, c’est-à-dire les vrais croyants, sont son Israël ; il leur est uni par un même Esprit, dès cette vie ; mais la célébration de leurs noces sacrées est réservée jusqu’au jour du jugement, quand il viendra les prendre auprès de lui, et les présenter devant les hommes et les anges, comme son acquisition, à son Père, sans tache, ni ride, ni rien de semblable. Par les dix vierges, nous devons entendre ceux qui font profession du christianisme en général. Toutes sont appelées vierges, parce que tous sont appelés à être saints. Quiconque prononce le nom de Christ est obligé, par cette profession, de s’éloigner de l’iniquité. Mais les purs et chastes de cœur sont les seuls qui auront le bonheur de voir Dieu. Comme Christ est né d’une vierge, ainsi il ne peut habiter que dans des âmes vierges, rendues pures et saintes par la présence de son Saint-Esprit qui habite avec elles. Que dit l’apôtre ? « Tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël » ; tous ne sont pas chrétiens, qui portent le nom de Christ : non, dit notre Seigneur, au 2e verset, « Cinq de ces vierges étaient sages », de vrais croyants, « et cinq étaient folles », des hypocrites formalistes. Mais pourquoi cinq sont-elles dites sages, et les cinq autres folles ? Écoutez ce que dit notre Seigneur dans les versets suivants : « Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point d’huile avec elles; mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l’huile dans des vases. » Les folles prirent leurs lampes d’une profession extérieure. Elles allaient à l’église, récitaient plusieurs manuels de prières, venaient peut-être dans un champ entendre un sermon, donnaient à une quête, et recevaient constamment le sacrement, et même plus d’une fois par mois. Mais c’est ici que gisait l’erreur : elles n’avaient point d’huile dans leurs lampes, point de principe de grâce, point de foi vivante dans leurs cœurs, sans laquelle, quand nous distribuerions tous nos biens pour nourrir les pauvres, et livrerions notre corps pour être brûlé, cela ne nous servirait de rien. En un mot, elles étaient exactes, et même superstitieusement attachées à la forme, mais pendant tout ce temps elles étaient étrangères à la puissance de la piété dans leurs cœurs, et en fait elles la reniaient. Elles allaient à l’église, mais en même temps elles ne voyaient aucun mal à aller au bal ou à une assemblée, bien qu’elles eussent promis, à leur baptême, de renoncer aux pompes et aux vanités de ce monde méchant. Elles avaient si grand-peur d’être justes à l’excès qu’elles allaient jusqu’à persécuter ceux qui étaient véritablement pieux, s’ils essayaient de faire un pas de plus qu’elles. En un mot, elles ne sentirent jamais efficacement la puissance du siècle à venir. Elles pensaient pouvoir être chrétiennes sans tant de sentiment intérieur, et c’est pourquoi, malgré leurs hautes prétentions, elles n’avaient que le nom de vivre.
Et maintenant, messieurs, arrêtons-nous un moment, et au nom de Dieu, que je m’efforce de servir dans l’Évangile de son Fils bien-aimé, permettez-moi de vous poser une question. Tandis que je traçais, même en miniature, le caractère de ces vierges folles, la conscience de beaucoup d’entre vous n’en a-t-elle pas fait l’application, et, d’une voix douce et subtile, mais distincte, n’a-t-elle pas dit : Toi, homme, toi, femme, tu es l’une de ces vierges folles, car tes sentiments et ta pratique s’y accordent ? N’étouffez pas, mais plutôt encouragez ces convictions ; et qui sait si ce Seigneur, qui est riche en miséricorde pour tous ceux qui l’invoquent fidèlement, n’agira pas tellement sur vous, par cette folie même de la prédication, qu’il fera de vous des vierges sages avant que vous retourniez chez vous ?
Ce qu’étaient celles-ci, vous allez le savoir à l’instant : « mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l’huile dans des vases. » Remarquez que les sages, les vrais croyants, avaient leurs lampes aussi bien que les vierges folles ; car le christianisme ne nous demande pas de rejeter toutes les formes extérieures ; nous pouvons user de formes, et cependant n’être pas formalistes : par exemple, il est possible d’adorer Dieu dans une forme de prière fixée, et pourtant de l’adorer en esprit et en vérité. C’est pourquoi, frères, ne nous jugeons point les uns les autres. Les vierges sages avaient leurs lampes ; la différence entre elles et les folles ne consistait pas en ce que les unes adoraient Dieu avec une forme, et les autres non : non ; comme le pharisien et le publicain montèrent au temple pour prier, ainsi ces vierges sages et ces vierges folles pouvaient aller au même lieu de culte, et être assises sous le même ministère ; mais les sages prirent de l’huile dans leurs vases avec leurs lampes ; elles conservaient la forme, mais ne s’y reposaient pas ; leurs paroles dans la prière étaient le langage de leurs cœurs, et elles n’étaient pas étrangères aux sentiments intérieurs ; elles ne craignaient pas les doctrines qui sondent le cœur, et ne s’offensaient pas quand les ministres leur disaient qu’elles méritaient d’être damnées ; elles n’étaient pas propres justes, mais voulaient bien que Jésus-Christ eût toute la gloire de leur salut ; elles étaient convaincues que les mérites de Jésus-Christ ne pouvaient être saisis que par la foi ; et pourtant elles mettaient autant de soin à pratiquer de bonnes œuvres que si elles devaient être justifiées par elles : en un mot, leur obéissance découlait de l’amour et de la reconnaissance, et elle était joyeuse, constante, égale, universelle, semblable à cette obéissance que les saints anges rendent à notre Père dans le ciel.
Ici donc, permettez-moi de vous exhorter à vous arrêter encore ; et si quelqu’un d’entre vous peut fidèlement appliquer ces traits à son cœur, qu’il en rende gloire à Dieu, et qu’il en prenne la consolation pour son âme : vous n’êtes pas de faux, mais de vrais croyants. Jésus-Christ vous a été fait de la part de Dieu sagesse, cette sagesse même par laquelle vous serez rendus sages à salut. Dieu voit une différence entre vous et les vierges folles, si les hommes naturels ne la voient pas. Vous n’avez pas à vous inquiéter, quoiqu’un même sort et une même destinée puissent en ceci vous arriver aux unes et aux autres. Je dis un même sort et une même destinée ; car, vers. 5, « Comme l’époux tardait », dans l’espace de temps qui s’écoule entre l’ascension de notre Seigneur et son retour pour le jugement, « toutes s’assoupirent et s’endormirent ». Les sages moururent aussi bien que les folles, car nous sommes poussière, et nous devons retourner à la poussière. Ce n’est nullement une atteinte à la bonté divine que les croyants, aussi bien que les hypocrites, doivent passer par la vallée de l’ombre de la mort ; car Christ a ôté l’aiguillon de la mort, de sorte que nous n’avons à craindre aucun mal. C’est pour eux un passage à la vie éternelle : la mort n’est terrible que pour ceux qui n’ont point d’espérance, parce qu’ils vivent sans foi dans le monde. Qui que vous soyez parmi vous, vous qui avez reçu les prémices de l’Esprit, je suis persuadé que vous êtes prêts à vous écrier : Nous ne voudrions pas vivre ici toujours ; nous désirons ardemment de déloger, pour être avec Jésus-Christ ; et bien que les vers doivent détruire nos corps comme ceux des autres, nous en sommes contents, ayant l’assurance que notre Rédempteur est vivant, qu’il se lèvera au dernier jour sur la terre, et que dans notre chair nous verrons Dieu.
Mais il n’en est pas ainsi des hypocrites et des incrédules au-delà du tombeau ; car que dit notre Seigneur ? « Au milieu de la nuit » : remarquez, au milieu de la nuit, quand tout était calme et silencieux, et que personne ne songeait à rien de pareil, « on cria » ; la voix de l’archange et la trompette de Dieu se firent entendre, sonnant cette alarme générale aux choses qui sont dans le ciel, aux choses qui sont sur la terre, et aux choses qui sont dans les eaux au-dessous de la terre : « Voici ! » Remarquez comme cette sommation redoutable est introduite par le mot voici, pour fixer notre attention ! « Voici l’époux ! » à savoir Jésus-Christ, le désir des nations, l’époux de son épouse l’Église : parce qu’il tardait un peu pour exercer la foi des saints et donner aux pécheurs le temps de se repentir, les moqueurs étaient prompts à s’écrier : « Où est la promesse de son avènement? Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient. » Car voici, celui qui devait venir vient maintenant, et il ne tardera pas davantage : il vient pour être glorifié dans ses saints, et pour tirer vengeance de ceux qui ne connaissent pas Dieu et qui n’ont pas obéi à son Évangile : il ne vient pas comme un pauvre Galiléen méprisé ; non pour être couché dans une crèche infecte ; non pour être méprisé et abandonné des hommes ; non pour avoir les yeux bandés, être couvert de crachats et souffleté ; non pour être cloué à un bois maudit ; il ne vient pas comme le Fils de l’homme, mais comme ce qu’il était réellement, le Fils éternel du Dieu éternel : il vient porté sur les ailes du vent, dans la gloire du Père et de ses saints anges, pour être tenu en vénération éternelle par tous ceux qui seront autour de lui. « Allez à sa rencontre » ; levez-vous, morts, vierges folles aussi bien que sages, levez-vous et venez au jugement. Des multitudes, sans doute, qui entendront ce cri qui réveille, se réjouiraient si les rochers pouvaient tomber sur elles, et les collines les couvrir, loin de la face de l’Agneau : que ne donneraient-elles pas si, comme elles ont vécu en bêtes, elles pouvaient maintenant mourir comme les bêtes qui périssent ? Comme elles se réjouiraient si ces mêmes excuses qu’elles alléguaient de ce côté-ci de l’éternité pour ne point assister aux saintes ordonnances pouvaient servir à les dispenser de comparaître devant l’Époux céleste ! Mais comme Adam, malgré ses feuilles de figuier et les arbres du jardin, ne put se cacher de Dieu quand il fut arrêté par un « Adam, où es-tu? », ainsi maintenant le décret est sorti, et la trompette de Dieu a fait entendre son dernier son ; toutes langues, peuples, nations et idiomes, vierges sages comme vierges folles, doivent venir en sa présence et se prosterner sous son marchepied ; Ponce Pilate, Anne et Caïphe eux-mêmes ; les orgueilleux souverains sacrificateurs et pharisiens persécuteurs de cette génération eux-mêmes doivent comparaître devant lui : car, dit notre Seigneur, « alors (quand on cria : Voici l’époux !), en un instant, en un clin d’œil, les sépulcres s’ouvrirent, la mer rendit ses morts, et « toutes ces vierges, tant sages que folles, se levèrent et préparèrent leurs lampes », c’est-à-dire s’efforcèrent de se mettre dans une disposition convenable pour aller à la rencontre de l’époux.
Mais combien pouvons-nous imaginer que furent surprises les vierges folles lorsque, malgré leurs hautes pensées et l’orgueilleuse idée qu’elles se faisaient de leur sécurité, elles se trouvent maintenant entièrement nues, et dépourvues de cette sainteté intérieure et de cette pureté de cœur sans lesquelles nul homme vivant ne pourra, en ce jour-là, rencontrer le Seigneur avec joie ! Je ne doute pas que beaucoup de ces vierges folles, pendant qu’elles étaient en ce monde, n’aient été vêtues de pourpre et de fin lin, n’aient mené chaque jour joyeuse et brillante vie, et n’aient dédaigné [1. Juger indigne de son égard ou de son attention ; traiter avec mépris ou dédain : dédaigner un lâche. 2. Juger indigne de son rang ou de son caractère ; refuser avec mépris : dédaigner de mendier sa nourriture. — n. Sentiment ou attitude de supériorité et d’aversion ; mépris orgueilleux.] de mettre les vierges sages, dont quelques-unes étaient peut-être aussi pauvres que Lazare, même avec les chiens de leur troupeau. Elles les regardaient comme des enthousiastes et des insensés, comme des gens justes à l’excès, qui avaient dessein de bouleverser le monde : mais maintenant la mort leur a ouvert les yeux, et les a convaincues, pour leur douleur éternelle, que le vrai chrétien n’est pas celui qui ne l’est qu’au-dehors. Maintenant elles reconnaissent (hélas ! trop tard) que c’étaient elles, et non les vierges sages, qui avaient été hors de sens. Maintenant leurs cœurs orgueilleux sont contraints de plier, leurs regards hautains sont abaissés ; et comme le riche supplia que Lazare trempât le bout de son doigt dans l’eau et fût envoyé lui rafraîchir la langue, ainsi ces vierges folles, ces hypocrites formalistes, sont obligées de se faire mendiantes auprès de celles qu’elles méprisaient autrefois : « Donnez-nous de votre huile » ; oh ! faites-nous part d’un peu de cette grâce et de ce Saint-Esprit pour lesquels, parce que vous y insistiez, nous, insensées, nous estimions votre vie une folie ; car hélas ! « nos lampes s’éteignent » ; nous n’avions que la forme de la piété ; nous étions des sépulcres blanchis ; nous étions des hypocrites de cœur ; nous nous contentions de désirer être bons ; et, bien que confiants dans notre salut tant que nous vivions, notre espérance s’en est entièrement allée, maintenant que Dieu nous a redemandé nos âmes : donnez-nous donc, oh ! donnez-nous, bien que nous vous ayons autrefois méprisées, donnez-nous de votre huile, car nos lampes d’une profession extérieure et de convictions passagères se sont tout à fait éteintes. « Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur. » Mes frères en Christ, écoutez ce que les folles disent aux vierges sages, et apprenez à posséder vos âmes par la patience. Si vous êtes de vrais disciples de l’humble Jésus, je suis persuadé que votre nom est rejeté et qu’on dit faussement de vous toute sorte de mal, à cause de son nom ; car nul n’a jamais vécu, ni ne vivra, pieusement en Jésus-Christ sans souffrir la persécution ; bien plus, je ne doute pas que vos principaux ennemis ne soient les gens de votre propre maison : dites-moi, vos parents et vos amis charnels ne tourmentent-ils pas jour après jour vos âmes sensibles, en vous disant de vous ménager et de prendre garde d’aller trop loin ? Et comme vous passiez pour venir entendre la parole de Dieu, n’avez-vous pas entendu plus d’un pharisien s’écrier : Voici venir une autre troupe de ses partisans ! Frères, ne soyez pas surpris : les serviteurs de Christ ont toujours été les fous du monde ; vous savez qu’il l’a haï avant de vous haïr. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse. Encore un peu de temps, et voici l’époux qui vient ; et alors vous entendrez ces pharisiens formalistes et moqueurs vous dire : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. » Quand on vous injurie, ne rendez point d’injures ; quand vous souffrez, ne faites point de menaces ; remettez vos âmes entre les mains de celui qui juge justement : car voici, le jour vient où les enfants de Dieu parleront pour eux-mêmes.
Les vierges sages de la parabole endurèrent sans doute les mêmes cruelles moqueries que vous pouvez endurer ; mais, comme l’agneau muet devant celui qui le tond, ainsi en cette vie elles n’ouvrirent point la bouche ; mais maintenant nous voyons qu’elles savent répondre à leurs ennemis : « Non; il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. » Ces paroles ne doivent pas être entendues comme si elles avaient été prononcées d’une manière insultante ; car la vraie charité nous enseigne à traiter les pires pécheurs, et nos ennemis les plus acharnés, avec la douceur et la bonté de Christ : bien que le riche fût en enfer, Abraham ne lui dit pas : Scélérat ! mais seulement : « Mon enfant, souviens-toi » : et je suis persuadé que, s’il avait été au pouvoir de ces vierges sages, elles en auraient usé avec les vierges folles comme, Dieu le sait, j’en userais volontiers avec mes ennemis les plus invétérés [solidement établis par une longue durée] : non seulement elles leur auraient donné de leur huile, mais elles les auraient encore élevées à la droite de Dieu. Ce ne fut donc pas faute d’amour, mais la crainte de ne pas avoir assez pour elles-mêmes, qui leur fit faire cette réponse : « Non; il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous » ; car ceux qui ont le plus de grâce n’en ont point à revendre ; il n’y a que les vierges folles et propres justes qui pensent être assez bonnes, ou être déjà parvenues au but. Ceux qui sont vraiment sages sont toujours les plus défiants d’eux-mêmes, se portant vers ce qui est en avant, et estimant que c’est beaucoup si, après avoir tout fait, ils peuvent affermir leur vocation et leur élection. « Non; il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous. » Ces paroles semblent, il est vrai, prononcées d’un ton triomphant, mais certainement elles furent dites de la manière la plus compatissante : « allez chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous » ; malheureuses vierges ! vous estimiez notre vie une folie ; tandis que nous étions avec vous dans le corps, combien de fois nous avez-vous condamnées pour notre zèle à courir entendre la parole de Dieu, et nous avez-vous regardées comme des enthousiastes, parce que nous disions et affirmions qu’il nous faut être conduits par l’Esprit, et marcher selon l’Esprit, et sentir l’Esprit de Dieu rendre témoignage à notre esprit que nous sommes ses enfants ? Mais maintenant vous seriez heureuses d’avoir part à ce privilège ; mais il ne nous appartient pas de le donner. Vous vous êtes contentées de chercher, quand vous auriez dû vous efforcer d’entrer par la porte étroite. Et maintenant, allez chez ceux qui en vendent, si vous le pouvez, et achetez-en pour vous.
Et que dites-vous de cela, vous qui faites profession de religion, insensés et formalistes ? Car je ne doute pas que la curiosité et la nouveauté n’en aient amené beaucoup de tels, jusque dans ce lieu méprisé, pour entendre un sermon. Pouvez-vous entendre cette réponse faite aux vierges folles, et ne pas trembler ? Eh bien ! encore un peu de temps, et il vous sera fait ainsi. Réjouissez-vous et étayez-vous de vos devoirs et de vos formes ; efforcez-vous de couvrir votre nudité des feuilles de figuier d’une profession extérieure et d’une justice légale, et méprisez les vrais serviteurs de Christ tant qu’il vous plaira ; sachez pourtant que toutes vos espérances vous feront défaut quand Dieu vous amènera en jugement. Car ce n’est pas celui qui se recommande lui-même qui est justifié, mais celui que le Seigneur recommande.
Mais revenons à notre sujet : nous n’entendons pas que les vierges folles fassent aucune réplique : non, leurs consciences les condamnaient ; comme l’homme qui n’avait pas d’habit de noces, elles demeurent muettes, et elles sont maintenant remplies de pensées anxieuses sur la manière dont elles achèteront de l’huile, afin de pouvoir lever la tête devant l’époux. « Pendant qu’elles allaient en acheter », vers. 10, tandis qu’elles se demandaient ce qu’elles devaient faire, l’époux, le Seigneur Jésus, le roi, le mari de son épouse l’Église, arrive, accompagné de milliers et de vingt fois dix mille saints et anges, pour faire publiquement le compte de ses joyaux ; « celles qui étaient prêtes », les vierges sages qui avaient de l’huile dans leur lampe, et qui étaient scellées par son Esprit pour le jour de la rédemption, revêtues de l’habit de noces d’une justice imputée et d’une nature nouvelle, « entrèrent avec lui dans la salle des noces ».
Mais qui pourra exprimer les transports que ressentirent ces vierges sages lorsqu’elles furent ainsi admises, dans un saint triomphe, en la présence et dans la pleine jouissance de celui dont leurs âmes avaient faim et soif ! Sans doute elles avaient goûté son amour, et par la foi s’étaient souvent nourries de lui dans leurs cœurs, quand elles s’asseyaient pour célébrer ici-bas sur la terre la mémoire de son dernier repas ; mais combien pleins de ses louanges devons-nous penser qu’étaient leurs cœurs et leurs langues, quand elles se voient assises ensemble pour manger le pain dans son royaume céleste ! Et ce qu’il y eut de meilleur, « la porte fut fermée, et les enferma, pour jouir du Dieu éternellement béni et de la compagnie des anges et des esprits des justes parvenus à la perfection, sans interruption, à jamais. Je dis sans interruption ; car en cette vie leurs yeux répandaient souvent des torrents d’eau, parce que les hommes n’observaient point la loi de Dieu ; et jamais elles ne pouvaient venir se présenter devant le Seigneur, ou entendre sa parole, sans que Satan et ses émissaires vinssent aussi les troubler ; mais maintenant « la porte est fermée », maintenant il y a une parfaite communion des saints, qu’elles désiraient en vain dans ce monde d’ici-bas ; l’ivraie ne croît plus avec le blé ; pas un seul hypocrite ou incrédule ne peut se dissimuler parmi elles. « Maintenant les méchants cessent de tourmenter, et maintenant leurs âmes fatiguées jouissent d’un repos éternel. »
Une fois encore, ô croyants, permettez-moi de vous exhorter à posséder vos âmes par la patience. Si Dieu vous a justifiés gratuitement par la foi en son Fils, et vous a donné son Esprit, il vous a scellés pour être à lui ; et il vous a mis en sûreté, aussi sûrement qu’il mit Noé en sûreté quand il ferma sur lui la porte de l’arche. Mais bien que vous soyez héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, et que ni les hommes ni les démons ne puissent vous arracher de la main de votre Père céleste, il vous faut pourtant être ballottés par diverses tentations ; toutefois, levez la tête, le jour de votre rédemption parfaite et complète approche. Voici l’époux qui vient pour vous prendre auprès de lui ; la porte sera fermée, et vous serez toujours avec le Seigneur.
Mais je tremble même de vous dire, ô chrétiens de nom, que la porte sera fermée, j’entends la porte de la miséricorde, pour ne jamais, jamais s’ouvrir afin de vous donner entrée, quand même vous continueriez de frapper durant toute l’éternité. Car ainsi parle notre Seigneur, v. 11 : « Plus tard », après que celles qui étaient prêtes furent entrées, et que la porte eut été fermée ; après qu’elles eurent reconnu, à leur douleur, qu’il n’y avait plus d’huile à acheter, plus de grâce à se procurer, « les autres vierges vinrent » ; et comme Ésaü, après que Jacob eut obtenu la bénédiction, poussa un cri extrêmement amer : « Bénis-moi aussi, mon père! » ainsi elles vinrent, en disant : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous. » Remarquez l’importunité de ces vierges folles, impliquée dans ces mots : « Seigneur, Seigneur ». Pendant qu’elles étaient dans le corps, je suppose qu’elles se contentaient de lire leurs prières, sans prier en les lisant. Si vous leur disiez alors qu’elles devaient « prier sans cesse », qu’elles devaient prier de tout leur cœur, et sentir le besoin de ce qu’elles demandaient, elles vous répondraient qu’elles ne savaient pas ce que vous entendiez par sentiments intérieurs ; que Dieu ne nous demandait pas d’être toujours à genoux, mais que, si un homme pratiquait la justice, aimait la miséricorde, et faisait ce que les formulaires de l’Église exigeaient de lui, c’était tout ce que le Seigneur demandait de lui.
Je crains, messieurs, que beaucoup trop parmi nous ne soient de ce sentiment : bien plus, je crains qu’il n’y en ait beaucoup de si polis, si vides de l’amour de Dieu, qu’ils jugent trop grand renoncement à soi-même de se lever de bonne heure pour offrir un sacrifice de louange et d’actions de grâces agréable à Dieu par Jésus-Christ. Si quelques-uns de ceux-là, par la bonne providence de Dieu, ont été amenés ici ce matin, je vous en supplie, considérez vos voies, et souvenez-vous que, si vous n’êtes pas réveillés de votre léthargie spirituelle, et si vous ne menez pas ici-bas une vie de prière, c’est en vain que plus tard vous crierez avec les vierges folles : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous. » Remarquez encore l’impudence, aussi bien que l’importunité de ces autres vierges : « Seigneur, Seigneur », disent-elles, comme si elles étaient intimement liées avec le saint Jésus. Semblables à un grand nombre parmi nous qui, parce qu’ils vont à l’église, répètent leur symbole et reçoivent le saint sacrement, pensent avoir le droit d’appeler Jésus leur Sauveur, et osent appeler Dieu leur Père quand ils récitent l’oraison dominicale. Mais Jésus n’est pas votre Sauveur. C’est le diable, et non Dieu, qui est votre père, à moins que vos cœurs ne soient purifiés par la foi, et que vous ne soyez nés de nouveau d’en haut. Ce n’est pas le simple fait d’être baptisés d’eau, mais celui d’être nés de nouveau du Saint-Esprit, qui doit vous rendre propres au salut ; et il ne vous servira de rien, au grand jour, de dire à Christ : Seigneur, mon nom est inscrit dans le registre de telle ou telle paroisse. Je suis persuadé que les vierges folles pouvaient dire cela et davantage ; mais quelle réponse leur fit Jésus ? Il répondit, vers. 12 : « Je vous le dis en vérité » : il met ce mot en vérité pour leur assurer qu’il parlait sérieusement. « Je vous le dis », moi qui suis la vérité même, moi que vous avez reconnu en paroles, mais renié par vos œuvres, « Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas. » Ces paroles ne doivent pas être entendues littéralement ; car, quoi que les ariens et les sociniens puissent dire au contraire, nous affirmons que Jésus-Christ est Dieu, Dieu béni éternellement, et qu’il connaît par conséquent toutes choses. Il vit Nathanaël quand il était sous le figuier : il voit, et il regarde maintenant du haut du ciel, sa demeure, sur nous, pour voir comment nous nous conduisons dans ces champs. Frères, je ne sais rien des pensées et des intentions de vos cœurs en venant ici ; mais Jésus-Christ sait qui est venu comme des enfants nouveau-nés, désireux d’être nourris du lait pur de la parole ; et il sait qui est venu pour entendre ce que dit ce discoureur, et pour emporter un fragment de phrase interrompue, afin d’avoir de quoi l’accuser. Cette expression donc, « je ne vous connais pas », ne doit pas être entendue littéralement ; non, elle implique une connaissance d’approbation, comme si Christ avait dit : « Vous m’appelez Seigneur, Seigneur, mais vous ne faites pas ce que je dis ; vous me demandez d’ouvrir la porte, mais comment pouvez-vous entrer ici sans avoir un habit de noces ? Hélas, vous êtes nus ! Où est ma justice extérieure qui vous est imputée ? Où est mon image divine empreinte sur vos âmes ? Comment osez-vous m’appeler Seigneur, Seigneur, quand vous n’avez pas reçu le Saint-Esprit, par lequel je scelle tous ceux qui sont véritablement à moi ? « En vérité, je ne vous connais pas ; retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. »
Et maintenant, que celui qui a des oreilles pour entendre entende quelle sorte de personnes étaient celles que Jésus-Christ renvoya avec cette réponse. Souvenez-vous, je vous en conjure, souvenez-vous qu’elles ne sont pas renvoyées pour avoir été fornicatrices, jureuses, violatrices du sabbat ou prodigues. Non, selon toute probabilité, comme je l’ai fait observer plus haut, elles étaient irréprochables quant à l’observation extérieure de la loi morale ; elles étaient constantes quant à la forme de la religion ; et si elles ne faisaient aucun bien, personne ne pouvait dire non plus qu’elles fissent du mal à qui que ce fût. La seule chose pour laquelle elles furent condamnées, et bannies éternellement de la présence du Seigneur (car c’est là tout ce qu’implique « je ne vous connais pas »), c’est qu’elles n’avaient point d’huile dans leurs lampes, point de principe d’une foi vraie et vivante et de sainteté dans leurs cœurs. Et si des personnes peuvent aller à l’église, recevoir le sacrement, mener une vie honnête et morale, et cependant être envoyées en enfer au dernier jour, comme elles le seront certainement si elles ne vont pas plus loin, où paraîtras-tu, ô ivrogne ? où paraîtras-tu, ô jureur ? où paraîtras-tu, ô violateur du sabbat ? où paraîtras-tu, toi qui nies la révélation divine, et même la forme de la piété ? Où paraîtrez-vous, vous et les pécheurs de votre sorte ? Je le sais fort bien. Il vous faut comparaître devant le redoutable tribunal de Jésus-Christ ; vous pouvez bien, comme Félix, remettre à plus tard la suite de vos convictions, mais vous devrez, vous aussi bien que les autres, ressusciter après la mort et comparaître en jugement ; vous trouverez alors, pour votre douleur éternelle, ce que je n’ai fait qu’indiquer au commencement de ce discours, que votre damnation ne sommeille point : le péché a aveuglé vos cœurs et endurci vos fronts maintenant ; mais encore un peu de temps, et notre Seigneur tirera satisfaction de ses adversaires. Il me semble que, par la foi, je vois les cieux ouverts, et le saint Jésus venir, la face plus éclatante que dix mille soleils, lançant de ses yeux la fureur sur vous ! Il me semble que je vous vois sortir de vos tombeaux, tremblants et éperdus, et vous écrier : Qui pourra soutenir ce jour de sa venue !
Et maintenant, quelle conséquence tirerai-je de ce qui a été dit ? Notre Seigneur, dans les paroles du texte, en a tiré une pour moi : « Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure où le Fils de l’homme viendra. »
« Veillez », c’est-à-dire, soyez sur vos gardes, et tenez vos grâces dans un exercice continuel. Car, comme lorsqu’il nous est commandé de veiller dans la prière, cela signifie que nous devons persévérer dans ce devoir ; ainsi, lorsqu’il nous est demandé de veiller en général, cela veut dire que nous devons revêtir toutes les armes de Dieu, et vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Et oh ! que le Seigneur me rende maintenant capable d’élever la voix comme une trompette ! Car, eussé-je mille langues, ou pussé-je parler assez fort pour que le monde entier m’entendît, je ne pourrais sonner une alarme plus utile que celle que contient le texte. Veillez donc, mes frères, je vous en conjure par les compassions de Dieu en Jésus-Christ, veillez ; soyez sur vos gardes ; réveillez-vous, vous qui dormez dans la poussière : car vous ne savez ni le jour ni l’heure où le Fils de l’homme viendra. Peut-être aujourd’hui, peut-être cette nuit même à minuit, le cri retentira-t-il : « car en un instant, en un clin d’œil, la trompette doit sonner. » Toutefois, à supposer que le jour final du jugement soit encore bien éloigné, le jour de la mort est certainement tout proche : car qu’est-ce que notre vie ? « Ce n’est qu’une vapeur », qu’un espace d’une palme ; elle passe bientôt, et nous nous envolons. Dieu soit béni, nous sommes tous ici en bonne santé ; mais qui, dans cette grande multitude, ose dire : Je rentrerai chez moi en sûreté ? Qui sait si, pendant que je parle, Dieu ne chargera pas ses esprits au service de rappeler immédiatement quelques-uns d’entre vous par un coup soudain, pour rendre compte de l’attention avec laquelle vous avez entendu ce sermon ? Vous savez, mes frères, que nous avons eu dernièrement quelques exemples de ce genre. Et quel ange ou quel esprit nous a donné l’assurance que quelques-uns d’entre vous ne seront pas les prochains ? « Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure où le Fils de l’homme viendra » ; et c’est principalement pour cette raison que Dieu nous a caché le jour de notre mort. Car, puisque je ne sais si je ne mourrai pas demain, pourquoi, ô mon âme — chacun de nous peut le dire —, ne veillerais-tu pas aujourd’hui ? Puisque je ne sais si je ne mourrai pas au moment suivant, pourquoi ne te préparerais-tu pas à mourir dans celui-ci ? Beaucoup de réflexions semblables, mes frères, se pressent dans mon esprit. À présent, béni soit le Seigneur, qui se plaît à faire éclater sa force dans la faiblesse d’un pauvre ver de terre, je suis arrêté, non pas tant sur ce que je dirai que sur ce que je laisserai à dire. Mon sein, comme celui d’Élihu, est pour ainsi dire plein de vin nouveau ; « c’est de l’abondance de mon cœur que ma bouche parle ». La vue d’une si grande multitude debout devant moi ; le sentiment de la majesté infinie de ce Dieu au nom duquel je prêche, et devant qui je dois comparaître aussi bien que vous pour rendre compte, et l’incertitude où je suis de vivre un jour de plus pour vous parler encore : ces considérations, et surtout la présence de Dieu que je sens sur mon âme, me fournissent tant de matière que je sais à peine où commencer ou finir mon application. Toutefois, pour la méthode, avec l’assistance divine, je la diviserai en trois points particuliers.
Et premièrement, je voudrais rappeler à vous qui êtes notoirement impies ce que dit notre Seigneur dans le texte : car, bien que j’aie dit que votre damnation ne sommeille point tant que vous demeurez dans un état d’impénitence, ce n’était que pour vous mettre sur vos gardes, pour vous convaincre de votre danger, et vous exciter à vous écrier : « Que ferons-nous pour être sauvés ? » J’en appelle à tous ceux qui m’entendent : ai-je dit que la porte de la miséricorde serait fermée contre vous, si vous croyez en Jésus-Christ ? Non : si vous êtes le premier des pécheurs ; si vous êtes meurtriers de vos pères et meurtriers de vos mères ; si vous êtes, au sens le plus fort, les balayures et le rebut de toutes choses ; si pourtant vous croyez en Jésus-Christ, et si vous criez à lui avec la même foi que le brigand expirant : « Seigneur, souviens-toi de moi, maintenant que tu es dans ton règne » ; j’engage mon salut éternel qu’il ne tardera pas à vous transporter dans son paradis céleste. Ne vous étonnez pas que je parle avec tant d’assurance : car je sais que « c’est une parole certaine et véritable, et entièrement digne d’être reçue, que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs (tous ceux qui sont véritablement touchés et qui croient) : bien plus, son amour est si grand que je suis persuadé, s’il était nécessaire, qu’il reviendrait dans le monde et mourrait une seconde fois pour eux sur la croix. Mais, Dieu soit béni, quand notre Seigneur baissa la tête et rendit l’esprit, notre rédemption fut achevée. Ce ne sont pas nos péchés, mais notre manque d’une foi vivante en son sang, qui feront notre condamnation : si vous vous approchez de lui par la foi, fussiez-vous les pires des pécheurs, il ne vous dira pas : « En vérité, je ne vous connais pas. » Non, une porte de miséricorde vous sera ouverte. Regardez donc, regardez donc, d’un œil de foi, à ce Dieu-homme que vous avez percé. Voyez-le saignant, haletant, mourant sur la croix, les bras étendus, prêt à vous embrasser tous. Écoutez ! comme il gémit ! Voyez comme toute la nature est dans l’angoisse ! Les rochers se fendent, les sépulcres s’ouvrent ; le soleil retire sa lumière, honteux pour ainsi dire de voir souffrir le Dieu de la nature ; et tout cela pour introduire la grande rédemption de l’homme. Bien plus, le saint Jésus, dans les angoisses mêmes et les douleurs de la mort, prie pour ses meurtriers mêmes : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » Si donc vous avez crucifié de nouveau le Fils de Dieu et l’avez exposé à l’ignominie, ne désespérez pourtant pas ; croyez seulement, et cela même vous sera pardonné. Vous avez lu, ou du moins vous avez entendu dire, sans doute, comment trois mille âmes furent converties par un seul sermon de saint Pierre, après l’ascension de notre Seigneur au ciel ; et beaucoup de ceux qui avaient crucifié le Seigneur de gloire étaient sans aucun doute du nombre ; pourquoi donc désespéreriez-vous ? Car « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. » Le Saint-Esprit sera envoyé sur vous aussi bien que sur eux, si seulement vous croyez ; car Christ est monté en haut pour recevoir ce don, même pour les plus vils des hommes. Venez donc, vous tous qui êtes fatigués et chargés par le sentiment de vos péchés, saisissez Christ par la foi, et il vous donnera du repos ; car le salut est le don gratuit de Dieu à tous ceux qui croient. Et bien que vous pensiez peut-être que c’est là une trop bonne nouvelle pour être vraie, je dis pourtant la vérité en Christ, je ne mens point : c’est là l’Évangile, c’est là la bonne nouvelle que nous avons mission de prêcher à toute la création. Ne soyez donc pas incrédules, mais croyants. Ne laissez plus le diable vous tenir captifs à son gré ; car tout le salaire qu’il donne à ses serviteurs, c’est la mort : la mort souvent en cette vie, la mort éternelle dans l’autre ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle pour tous ceux qui croient en Jésus-Christ. Les pharisiens sont et seront scandalisés de ce que je viens ici, et vous offre le salut à de si bonnes conditions ; mais plus ils m’ordonnent de me taire, plus je crierai et proclamerai aux pécheurs convaincus que Jésus, Fils de David selon la chair, mais Seigneur de David en tant que Dieu, fera miséricorde à tous ceux qui, par une foi vivante, se tournent véritablement vers lui. Si c’est là être vil, je prie Dieu que je le sois davantage encore. S’ils ne veulent pas me laisser prêcher Christ crucifié et offrir le salut aux pauvres pécheurs dans une église, je le prêcherai dans les ruelles, dans les rues, dans les chemins et le long des haies ; et rien ne me plaît davantage que de penser que je suis maintenant dans l’une des plus fortes places du diable. Assurément, le Seigneur ne m’a pas envoyé ici, ni ne vous y a amenés tous, pour rien ; non, Dieu soit béni, les champs blanchissent déjà pour la moisson, et j’espère que beaucoup d’âmes seront recueillies dans son grenier céleste. Il est vrai que c’est le minuit de l’Église, surtout de la pauvre Église d’Angleterre ; mais Dieu a récemment envoyé ses serviteurs crier : « Voici l’époux » ; je vous en supplie, ô pécheurs, écoutez cette voix ! Laissez-moi vous fiancer par la foi à mon Maître bien-aimé ; et désormais « Veillez et priez », afin d’être prêts à aller à sa rencontre.
Secondement, je voudrais m’adresser à ceux d’entre vous qui ne sont pas ouvertement profanes, mais qui, en s’appuyant sur un cercle formaliste de devoirs, s’abusent eux-mêmes, et ne sont que des vierges folles. Mais il me faut parler pour vous convaincre, plutôt que pour vous consoler. Mes chers frères, ne vous abusez pas vous-mêmes. Vous avez entendu jusqu’où allèrent les vierges folles, et pourtant elles reçurent pour réponse : « En vérité, je ne vous connais pas. » La raison en est que nul, sinon ceux qui ont une foi vivante en Jésus-Christ et qui sont véritablement nés de nouveau, ne peut entrer dans le royaume des cieux. Vous pouvez peut-être mener une vie honnête et extérieurement morale ; mais si vous vous appuyez sur cette moralité, ou si vous joignez vos œuvres à votre foi pour vous justifier devant Dieu, vous n’avez ni part ni portion dans la rédemption de Christ : car qu’est-ce que cela, sinon renier le Seigneur qui vous a rachetés ? Qu’est-ce que cela, sinon vous faire vos propres sauveurs ? Ôter la couronne à Jésus-Christ, pour la mettre sur vos propres têtes ? Le crime du diable, a-t-on supposé, consista en ce qu’il ne voulut pas s’incliner devant Jésus-Christ, quand le Père commanda à tous les anges de l’adorer ; et que faites-vous de moins ? Vous ne voulez pas reconnaître sa justice ni vous y soumettre ; et bien que vous prétendiez l’adorer des lèvres, votre cœur est éloigné de lui ; en outre, vous niez en effet les opérations de son Esprit béni, vous prenez la grâce commune pour la grâce efficace ; vous espérez être sauvés parce que vous avez de bons désirs et quelques courtes convictions ; et qu’est-ce que cela, sinon donner un démenti à Dieu, à sa parole et à tous ses saints ? Un Juif, un Turc a tout aussi bien des fondements sur lesquels bâtir son espérance de salut. N’ai-je donc pas besoin de vous crier, vierges folles : Veillez ? Demandez à Dieu de vous convaincre de votre propre justice et de l’incrédulité secrète de vos cœurs ; sans quoi, quand le cri retentira : « Voici l’époux », vous vous trouverez entièrement mal préparés pour aller à sa rencontre : vous pourrez crier : « Seigneur, Seigneur » ; mais la réponse sera : « En vérité, je ne vous connais pas. »
Troisièmement, je voudrais dire un mot ou deux, par manière d’exhortation, à ceux qui sont des vierges sages et qui ont l’assurance d’avoir un habit de noces. Qu’il y en ait beaucoup parmi vous qui, par la grâce, ont renoncé à leur propre justice, et savent que la justice du Seigneur Jésus leur est imputée, je n’en doute nullement. Dieu a ses cachés dans les pires temps ; et je suis persuadé qu’il n’a pas laissé retentir pour rien parmi son peuple un si puissant cri de l’Évangile que celui qu’on a entendu ces derniers temps. Non, j’ai la confiance que le Saint-Esprit a été donné à beaucoup lors de la prédication de la foi, et qu’il est descendu avec puissance sur beaucoup tandis qu’ils écoutaient la parole. Vous n’êtes donc plus des vierges folles, mais des vierges sages ; néanmoins, je vous en supplie, supportez, vous aussi, la parole d’exhortation, car les vierges sages ne sont que trop portées, pendant que l’époux tarde, à s’assoupir et à s’endormir. Veillez donc, mes chers frères, veillez et priez, en ce temps surtout ; car peut-être un temps de souffrance est-il proche. L’arche du Seigneur commence déjà à être chassée au désert. Soyez donc sur vos gardes, et persévérez à suivre votre Seigneur, même hors du camp, en portant son opprobre ; le cri qui a été poussé dernièrement a réveillé le diable et ses serviteurs ; ils commencent à faire rage horriblement ; et ils ont bien de quoi, car j’espère que leur royaume est en danger. Veillez donc, car si nous ne sommes pas toujours sur nos gardes, un temps d’épreuve peut nous surprendre à l’improviste ; et au lieu de confesser notre Maître, nous pourrions, comme Pierre, être tentés de le renier. Mettez souvent devant vous la mort et l’éternité. Regardez à Jésus, le chef et le consommateur de votre foi, et considérez combien peu de temps il faudra encore avant qu’il vienne pour le jugement ; et alors notre opprobre sera ôté ; les accusateurs de nous et de nos frères seront précipités, et nous serons tous recueillis dans le ciel pour toujours, avec notre bien-aimé Seigneur Jésus.
Enfin, ce que je vous dis, je le dis à tous : veillez ; grands et petits, riches et pauvres, jeunes et vieux, tous ensemble, je vous en conjure, par les compassions de Jésus, soyez sur vos gardes : fuyez, fuyez vers Jésus-Christ, cet Époux céleste ; voici, il désire vous prendre auprès de lui, misérables, pauvres, aveugles et nus que vous êtes ; il veut bien vous revêtir de sa justice éternelle, et vous faire participants de cette gloire dont il jouissait auprès du Père avant que le monde fût. Ne me faites pas la sourde oreille ; ne rejetez pas le message à cause de la petitesse du messager. Je suis un enfant ; mais le Seigneur m’a choisi, afin que la gloire fût toute à lui. S’il avait envoyé pour vous inviter un savant rabbin, vous auriez pu être tentés de penser que l’homme y était pour quelque chose ; mais maintenant Dieu a envoyé un enfant, afin qu’on voie que cette grande puissance n’est pas de l’homme, mais de Dieu. Que les pharisiens savants méprisent donc ma jeunesse : peu m’importe combien je parais vil aux yeux de tels hommes ; je m’en glorifie. Et je suis persuadé que, si quelques-uns d’entre vous sont unis à Christ par cette prédication, vous n’aurez aucune raison de regretter, quand vous arriverez au ciel, que Dieu ait envoyé un enfant crier : « Voici l’époux ! » Oh ! mes frères, la pensée d’être l’instrument qui amène l’un de vous à la gloire me remplit d’un zèle nouveau. Une fois encore, je vous en conjure : « Veillez, veillez et priez » ; car le Seigneur Jésus recevra tous ceux qui l’invoquent fidèlement. Que ce cri, « Voici l’époux », retentisse continuellement à vos oreilles ; et commencez dès maintenant à vivre comme si vous aviez l’assurance que cette nuit même vous devez « aller à sa rencontre ». Je pourrais en dire davantage, mais les autres affaires et les autres devoirs de la journée m’obligent à m’arrêter. Que le Seigneur vous donne à tous une oreille qui entende et un cœur obéissant, et qu’il vous unisse si étroitement à lui par un même Esprit que, lorsqu’il viendra dans sa majesté terrible pour juger le genre humain, vous soyez trouvés revêtus d’un habit de noces, et prêts à entrer avec lui dans la salle des noces.
Accorde-nous cela, ô Seigneur, pour l’amour de ton Fils bien-aimé !
Chapitre 25 terminé
Les vierges sages et les vierges folles