Sermons choisis de George Whitefield
Que pensez-vous du Christ ?

Chapitre 24 · 44 min de lecture · 57 min d’écoute

Que pensez-vous du Christ ?

Matthieu 22:42 — « Que pensez-vous du Christ? »

Lorsqu’il plut au Fils éternel de Dieu de dresser sa tente parmi nous et d’annoncer à un monde déchu la bonne nouvelle du salut, différents partis se firent de lui des opinions différentes. Quant à sa personne, les uns disaient qu’il était Moïse ; d’autres, qu’il était Élie, Jérémie, ou l’un des anciens prophètes ; peu le reconnaissaient pour ce qu’il était réellement, Dieu béni éternellement. Et quant à sa doctrine, si le commun peuple, libre de préjugés, était persuadé de la tendance céleste de sa vie, passée à faire le bien, et, pour la plupart, l’écoutait avec plaisir et disait que c’était un homme de bien, les chefs et les docteurs de l’Église juive, envieux, mondains et propres justes, affligés d’un côté de ses succès, et de l’autre incapables (n’ayant jamais été enseignés de Dieu) de comprendre la pureté de sa doctrine — bien que notre Seigneur parlât comme jamais homme n’avait parlé, et fît des miracles que nul ne pouvait faire si Dieu n’était avec lui —, non seulement furent assez aveuglés pour dire qu’il séduisait le peuple, mais encore assez blasphémateurs pour affirmer qu’il était de connivence avec le diable lui-même, et qu’il chassait les démons par Béelzébul, le prince des démons. Bien plus, les propres frères et parents de notre Seigneur selon la chair étaient si aveuglés par les préjugés et l’incrédulité qu’un certain jour, comme il était sorti pour enseigner les multitudes dans les champs, ils envoyèrent pour se saisir de lui, alléguant pour raison de leur conduite « qu’il était hors de sens ».

Ainsi le Roi et le Seigneur de gloire, quand il fut manifesté en chair, fut-il jugé selon le jugement des hommes : loin de l’un quelconque de ses ministres la pensée d’attendre un meilleur traitement ! Non, si nous venons dans l’esprit et la puissance de notre Maître, en ceci comme en toute autre partie de ses souffrances, il nous faut marcher sur ses traces. Les mêmes outrages qu’on lui a jetés, on nous les jettera aussi. Ceux qui ont reçu notre Seigneur et sa doctrine nous recevront et nous écouteront à cause de son nom. Les pauvres — Dieu en soit béni, comme notre assemblée de ce jour en témoigne abondamment — reçoivent l’Évangile, et le commun peuple nous écoute avec plaisir ; tandis que ceux qui sont assis dans la chaire de Moïse, et qui aiment à porter de longues robes, ignorant la justice qui vient de Dieu par la foi en Jésus-Christ, et n’ayant jamais senti sur leur cœur la puissance de Dieu, ne cesseront de crier contre nous comme contre des insensés, des séducteurs du peuple, des gens qui agissent sous l’influence des mauvais esprits.

Mais il est indigne du nom de ministre de l’Évangile de paix, celui qui ne consent pas, non seulement à voir son nom rejeté comme infâme, mais encore à mourir pour les vérités du Seigneur Jésus. C’est le propre des mercenaires et des faux prophètes, qui ne se soucient pas des brebis, que tous les hommes disent du bien d’eux. « Heureux serez-vous, (dit notre Seigneur à ses premiers apôtres, et en eux à tous les ministres qui leur succéderaient) lorsqu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. » Et, à vrai dire, il est impossible qu’il n’arrive pas de tels scandales ; car les hommes jugeront toujours des autres selon les principes d’après lesquels ils agissent eux-mêmes. Et s’ils ne se soucient pas d’obéir aux doctrines que nous annonçons, il leur faut nécessairement, pour se défendre, parler contre les prédicateurs, de peur qu’on ne leur pose la question que les pharisiens d’autrefois craignaient de se voir renvoyer s’ils confessaient que Jean était un prophète : « Pourquoi donc n’avez-vous pas cru en lui? » En tous ces cas, nous n’avons rien d’autre à faire que de sonder nos propres cœurs ; et si nous pouvons assurer nos consciences, devant Dieu, que nous agissons l’œil fixé uniquement sur sa gloire, nous devons poursuivre gaiement notre œuvre, sans nous soucier le moins du monde de ce que les hommes ou les démons peuvent dire contre nous ou nous faire.

Mais revenons à notre sujet. Vous avez entendu quelles pensées diverses on avait de Jésus-Christ pendant qu’il était ici-bas sur la terre ; et il n’est pas autrement traité aujourd’hui même qu’il est élevé pour s’asseoir à la droite de son Père dans le ciel. Un étranger au christianisme, s’il entendait dire que nous faisons tous profession de n’avoir qu’un seul Seigneur, en conclurait naturellement que nous pensons et disons tous de lui une seule et même chose. Mais hélas ! qu’on le dise à notre honte : bien que Christ ne soit pas divisé en lui-même, ceux qui font profession de religion sont tristement divisés dans les pensées qu’ils ont de lui ; et cela non seulement quant aux circonstances de sa religion, mais aussi quant à ces vérités essentielles qui doivent nécessairement être crues et reçues par nous, si jamais nous espérons être héritiers du salut éternel.

Il y en a parmi nous quelques-uns — et je crains que ce ne soit une multitude que personne ne saurait aisément compter — qui s’appellent chrétiens, et qui pourtant ne pensent que rarement, ou jamais, sérieusement à Jésus-Christ. Ils savent penser à leurs boutiques et à leurs fermes, à leurs spectacles, à leurs bals, à leurs assemblées et à leurs courses de chevaux (divertissements qui tendent directement à bannir la religion du monde) ; mais quant à Christ, l’auteur et le consommateur de la foi, le Seigneur qui a racheté de pauvres pécheurs par son sang précieux, et qui est la seule chose qui mérite qu’on y pense, hélas ! il n’est pas dans toutes leurs pensées, ou tout au plus dans très peu d’entre elles. Mais croyez-moi, ô vous qui faites profession de religion et qui êtes terrestres, sensuels, charnels, quelque peu que vous pensiez à Christ maintenant, et quelque soin que vous mettiez à l’écarter de vos pensées en poursuivant la convoitise des yeux, la convoitise de la chair et l’orgueil de la vie, il vient un temps où vous souhaiterez avoir pensé davantage à Christ, et moins à vos profits et à vos plaisirs. Car les gens à la mode, les gens du bel air, les riches aussi doivent mourir comme les autres, et laisser derrière eux leurs pompes, leurs vanités et toutes leurs richesses. Et oh ! quelles pensées aurez-vous de Jésus-Christ à cette heure-là ?

Mais je ne dois pas poursuivre ces réflexions : elles m’entraîneraient trop loin du dessein principal de ce discours, qui est de montrer ce que ceux qui désirent sincèrement savoir comment adorer Dieu en esprit et en vérité doivent penser de Jésus-Christ, que Dieu a envoyé pour être la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croiront.

J’ai confiance, mes frères, que vous avez des sentiments trop nobles pour me trouver trop sévère ou trop scrupuleux en essayant ainsi de régler vos pensées sur Jésus-Christ : car c’est d’après nos pensées, aussi bien que d’après nos paroles et nos actions, que nous serons jugés au grand jour. Et c’est en vain que nous espérons croire en Christ ou l’adorer comme il faut, si nos principes, sur lesquels sont fondées notre foi et notre pratique, ne sont pas conformes au modèle des saines paroles qui nous a été transmis dans les Écritures de vérité.

D’ailleurs, beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde. C’est la simple morale païenne, et non Jésus-Christ, qu’on prêche dans la plupart de nos églises. Et comment les gens penseraient-ils justement de Christ, dont ils ont à peine entendu parler ? Supportez-moi donc un peu, tandis que, pour éclairer vos consciences, je vous pose quelques questions au sujet de Jésus-Christ. Car il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné par lequel nous puissions être sauvés, que le sien.

Premièrement, que pensez-vous de la personne de Christ ? « De qui est-il fils? » C’est la question que notre Seigneur posa aux pharisiens dans les paroles qui suivent le texte ; et jamais il ne fut plus nécessaire de répéter cette question qu’en ces derniers jours. Car un grand nombre de ceux qui portent le nom de Christ, et, je le crains, beaucoup de ceux qui prétendent le prêcher, sont si avancés sur le siège du blasphème qu’ils nient ouvertement qu’il soit réellement, véritablement et proprement Dieu. Mais nul de ceux qui ont jamais eu part à son Esprit ne parlera de lui si légèrement. Non ; si on leur demande, comme à Pierre et à ses frères : « Et vous, qui dites-vous que je suis? » ils répondront sans hésiter : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu toujours vivant. » Car la confession de la divinité de notre Seigneur est le rocher sur lequel il bâtit son Église. S’il était possible d’ôter cela, les portes de l’enfer prévaudraient bientôt contre elle. Mes frères, si Jésus-Christ n’est pas vrai Dieu de vrai Dieu, je ne prêcherais plus jamais l’Évangile de Christ. Car ce ne serait plus l’Évangile ; ce ne serait qu’un système de morale. Sénèque, Cicéron ou n’importe lequel des philosophes païens serait un aussi bon Sauveur que Jésus de Nazareth. C’est la divinité de notre Seigneur qui donne à sa mort sa valeur, et qui fait de lui le souverain sacrificateur qu’il nous fallait, un sacrificateur qui, par les miséricordes infinies de ses souffrances, pouvait offrir à une justice infiniment offensée un sacrifice, une satisfaction et une oblation pleins, parfaits et suffisants. Et quiconque, parmi les ministres de l’Église d’Angleterre, se sert de ses formulaires et mange de son pain, et pourtant ne tient pas cette doctrine (et je crains qu’il ne s’en soit glissé beaucoup de tels parmi nous), celui-là n’appartient qu’à la synagogue de Satan. Il n’est pas un enfant ni un ministre de Dieu : non ; c’est un loup déguisé en brebis ; c’est un enfant et un ministre de ce méchant, le diable.

Beaucoup trouveront ces paroles dures ; mais je ne pense pas manquer à la charité en affirmant qu’un arien ou un socinien ne peut être chrétien. L’un voudrait nous faire croire que Jésus-Christ n’est qu’un Dieu créé, ce qui est une contradiction dans les termes ; et l’autre voudrait que nous le regardions seulement comme un homme de bien, et, au lieu de reconnaître que sa mort est une expiation pour les péchés du monde, voudrait nous persuader que Christ n’est mort que pour sceller de son sang la vérité de sa doctrine. Mais si Jésus-Christ n’est rien de plus qu’un simple homme, s’il n’est pas véritablement Dieu, il a été le plus vil pécheur qui ait jamais paru dans le monde. Car il accepta l’adoration divine de l’homme qui était né aveugle, comme nous le lisons en Jean 9:38 : « Et il dit: Je crois, Seigneur. Et il se prosterna devant lui. » D’ailleurs, si Christ n’est pas proprement Dieu, notre foi est vaine, nous sommes encore dans nos péchés : car aucun être créé, fût-il du rang le plus élevé, ne pouvait mériter quoi que ce soit de la main de Dieu ; c’est la divinité de notre Seigneur qui seule le rendait capable d’ôter les péchés du monde ; et c’est pourquoi nous entendons saint Jean déclarer si positivement que « la Parole (Jésus-Christ) n’était pas seulement avec Dieu, mais était Dieu ». Pour la même raison, saint Paul dit « qu’il existait en forme de Dieu ; qu’en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité ». Bien plus, Jésus-Christ prit le titre que Dieu se donna à lui-même lorsqu’il envoya Moïse délivrer son peuple d’Israël : « Avant qu’Abraham fût, je suis. » Et encore : « Moi et le Père nous sommes un. » Ces dernières paroles, nos incrédules modernes voudraient bien les éluder et les tordre, comme ils font des autres Écritures, pour leur propre damnation ; et pourtant il est évident que les Juifs comprirent que notre Seigneur, en parlant ainsi, se faisait égal à Dieu : autrement, pourquoi l’auraient-ils lapidé comme un blasphémateur ? Et maintenant, pourquoi trouverait-on contraire à la charité d’affirmer que ceux qui nient la divinité de Jésus-Christ, au sens le plus strict du mot, ne peuvent être chrétiens ? Car ils sont plus incrédules que les démons eux-mêmes, qui confessaient qu’ils savaient qui il était, « à savoir le Saint de Dieu ». Les démons non seulement croient, mais — ce que ne font pas les incrédules de cette génération — ils tremblent. Et s’il était possible aux grands hérésiarques d’être délivrés des chaînes de ténèbres sous lesquelles (à moins qu’ils n’aient changé de principes avant de mourir) ils sont maintenant réservés pour le jugement du grand jour, je suis persuadé qu’ils nous apprendraient comment l’enfer les a convaincus de la divinité de Jésus-Christ, et qu’ils conseilleraient à leurs disciples d’avoir leurs principes en horreur, de peur qu’ils ne viennent dans le même lieu, et n’augmentent ainsi les tourments les uns des autres.

Mais, secondement, que pensez-vous de l’humanité, ou de l’incarnation, de Jésus-Christ ? Car Christ n’était pas seulement Dieu, mais il était Dieu et homme en une seule personne. Ainsi portent le texte et le contexte : « Comme les pharisiens étaient assemblés, Jésus les interrogea, en disant: Que pensez-vous du Christ? De qui est-il fils? Ils lui répondirent: De David. Comment donc, dit notre divin Maître, David, animé par l’Esprit, l’appelle-t-il Seigneur? » De ce passage il ressort avec évidence que nous ne pensons pas justement de la personne de Jésus-Christ, à moins de croire qu’il est Dieu parfait et homme parfait, subsistant d’une âme raisonnable et d’une chair humaine.

Car c’est à ce titre qu’il est appelé Christ, ou l’Oint, lui qui, par sa propre offre volontaire, fut mis à part par le Père, et fortifié et rendu capable par l’onction, ou la communication du Saint-Esprit, d’être médiateur entre lui et l’homme qui l’a offensé.

La raison pour laquelle le Fils de Dieu a pris notre nature, ce fut la chute de nos premiers parents. J’espère qu’il n’y a ici personne d’assez athée pour penser que l’homme s’est fait lui-même ; non, c’est Dieu qui nous a faits, et non pas nous-mêmes. Et j’aime à penser que personne n’est assez blasphémateur pour supposer que, si Dieu nous a faits, il nous a faits tels que nous nous trouvons être aujourd’hui. Car ce serait donner un démenti à la parole de Dieu, qui nous dit que « à l’image de Dieu (non à l’image que nous portons maintenant sur nos âmes) il créa l’homme ». Comme Dieu fit l’homme, ainsi le fit-il parfait. Il le plaça dans le jardin d’Éden, et daigna entrer en alliance avec lui, lui promettant la vie éternelle à condition d’une obéissance sans péché, et le menaçant de la mort éternelle s’il transgressait sa loi et mangeait du fruit défendu.

L’homme en mangea ; et, agissant en cela comme notre représentant, il s’enveloppa ainsi, et nous avec lui, dans cette malédiction que Dieu, le juste juge, avait déclaré devoir être la conséquence de sa désobéissance. Mais ici commence ce mystère de la piété, Dieu manifesté en chair. Car (chantez, ô cieux, et réjouis-toi, ô terre !) le Père éternel, prévoyant comment Satan blesserait le talon de l’homme, avait pourvu dans son conseil éternel à un moyen par lequel il pourrait écraser la tête de ce Serpent maudit. Il est permis à l’homme de tomber et de devenir sujet à la mort ; mais Jésus, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, Lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, s’offre à mourir pour faire l’expiation de sa transgression, et pour accomplir toute justice à sa place. Et parce qu’il lui était impossible de le faire en tant que Dieu, et que pourtant, puisque c’était l’homme qui avait offensé, il fallait que cela fût fait en la personne de l’homme, plutôt que de nous laisser périr, ce Dieu éternel, ce Prince de la paix, cet Ancien des jours, lorsque les temps furent accomplis, reçut un corps préparé pour lui par le Saint-Esprit, et devint un petit enfant. Dans ce corps il rendit à la loi de Dieu une obéissance complète, par laquelle il accomplit à notre place l’alliance des œuvres, et à la fin devint sujet à la mort, et même à la mort de la croix ; afin que, comme Dieu, il pût satisfaire, comme homme, il pût obéir et souffrir, et qu’étant Dieu et homme en une seule personne, il pût procurer de nouveau l’union entre Dieu et nos âmes.

Et maintenant, que pensez-vous de cet amour de Christ ? Ne pensez-vous pas qu’il fut merveilleusement grand ? Surtout quand vous considérez que nous étions les ennemis acharnés de Christ, et qu’il aurait été infiniment heureux en lui-même, quand même nous aurions péri pour toujours. Quoi que vous en pensiez, je sais que les anges bienheureux, qui ne sont pas aussi intéressés que nous dans ce mystère de la piété, en pensent le plus grand bien. Ils désirent, et ils désireront, y plonger leurs regards et l’admirer durant toute l’éternité. Pourquoi, pourquoi, ô pécheurs, ne voulez-vous pas penser à cet amour de Christ ? Assurément il doit fondre le cœur le plus endurci. Tandis que je parle, la pensée de cet amour infini et condescendant embrase et réchauffe mon âme. Je pourrais m’y arrêter éternellement. Mais il vous est avantageux que je vous pose une autre question au sujet de Jésus-Christ.

Troisièmement, que pensez-vous d’être justifiés par Christ ? Je crois pouvoir répondre pour quelques-uns d’entre vous ; car beaucoup, je le crains, pensent être justifiés, ou regardés comme justes aux yeux de Dieu, sans Jésus-Christ. Mais ceux-là se trouveront terriblement trompés ; car hors de Christ, « Dieu est un feu dévorant ». D’autres se contentent de croire que Christ était Dieu et homme, et qu’il est venu dans le monde pour sauver les pécheurs en général ; tandis que leur principal souci devrait être de savoir comment ils peuvent avoir l’assurance que Jésus-Christ est venu dans le monde pour les sauver, eux en particulier. « Si je vis maintenant dans la chair, (dit l’apôtre) je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » Remarquez : pour moi : c’est cette application immédiate de Jésus-Christ à nos propres cœurs ; et qu’ils ne peuvent être justifiés aux yeux de Dieu qu’en lui ou par lui : mais alors ils ne font de lui qu’en partie un Sauveur. Ils veulent faire eux-mêmes ce qu’ils peuvent, et ensuite Jésus-Christ doit suppléer à ce qui manque à leur justice. C’est là le fond et la substance de notre théologie moderne. Et s’il m’était possible de connaître les pensées de la plupart de ceux qui m’écoutent aujourd’hui, je crois qu’ils me diraient que c’est là le plan qu’ils s’étaient tracé, et sur lequel peut-être ils comptaient depuis quelques années pour leur salut éternel. N’est-il donc pas grand temps, mes frères, que vous ayez des pensées tout autres sur la justification par Jésus-Christ ? Car si vous pensez ainsi, vous êtes dans le cas de ces malheureux Juifs qui cherchaient à établir leur propre justice, et qui ne voulurent pas se soumettre à cette justice qui vient de Dieu par la foi en Jésus-Christ notre Seigneur, et qui par conséquent la manquèrent. Que penserez-vous donc si je vous dis que vous devez être justifiés gratuitement par la foi en Jésus-Christ, sans aucun égard à aucune œuvre ni à aucune disposition prévue en nous ? Car le salut est le don gratuit de Dieu ; je ne connais dans l’homme aucune disposition, sinon une disposition à être jeté pour toujours dans l’étang de feu et de soufre. Nos justices, aux yeux de Dieu, ne sont que des vêtements souillés ; il ne peut les souffrir. Notre sainteté, si nous en avons, n’est pas la cause, mais l’effet de notre justification aux yeux de Dieu. « Pour nous, nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier. » Nous ne devons pas venir à Dieu comme le fit l’orgueilleux pharisien, en apportant pour ainsi dire le compte de nos services ; nous devons venir avec l’esprit et le langage du pauvre publicain, nous frappant la poitrine et disant : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur » ; car Jésus-Christ nous justifie alors que nous sommes impies. Il n’est pas venu appeler à la repentance des justes, mais des pécheurs. Les pauvres en esprit seuls, ceux qui sont disposés à sortir d’eux-mêmes et à se reposer entièrement sur la justice d’un autre, ont le bonheur d’être membres de son royaume. La justice, la justice entière de Jésus-Christ doit nous être imputée à la place de la nôtre : « car nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce ; et paix sur tous ceux qui suivront cette règle » ; car ce sont eux, et eux seuls, qui sont le véritable Israël de Dieu. Dans la grande œuvre de la rédemption de l’homme, toute vanterie est entièrement exclue ; ce qui ne pourrait être, si une seule de nos œuvres devait être jointe aux mérites de Christ. Notre salut est tout entier de Dieu, du commencement à la fin ; il ne vient pas des œuvres, afin que personne ne se glorifie ; l’homme n’y a aucune part : c’est Christ qui doit nous être fait, de la part de Dieu le Père, sagesse, justice, sanctification et rédemption éternelle. Son obéissance active, aussi bien que son obéissance passive, doit être appliquée aux pauvres pécheurs. Il a accompli toute justice à notre place, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. Tout ce que nous avons à faire, c’est de saisir cette justice par la foi ; et au moment même où nous la saisissons par une foi vivante, à ce moment même nous pouvons avoir l’assurance que le sang de Jésus-Christ nous a purifiés de tout péché. « Car la promesse est pour nous, pour nos enfants, et pour tous ceux, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Si nous croyons, nous et toute notre maison, nous serons sauvés aussi bien que le geôlier et sa maison ; car la justice de Jésus-Christ est une justice éternelle aussi bien que parfaite. Elle est aussi efficace aujourd’hui pour tous ceux qui croient en lui qu’autrefois ; et il en sera ainsi jusqu’à ce que le temps ne soit plus. Sondez les Écritures, comme le firent les Béréens, et voyez si ces choses ne sont pas ainsi. Sondez les épîtres de saint Paul aux Romains et aux Galates, et vous y trouverez cette doctrine enseignée si clairement que, à moins que vous n’ayez des yeux pour ne point voir, celui qui court peut la lire. Sondez le onzième article de notre Église : « Nous sommes réputés justes devant Dieu uniquement à cause du mérite de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, par la foi, et non à cause de nos propres œuvres ou de nos mérites. »

Cette doctrine de notre justification gratuite par la foi en Jésus-Christ, quelque censurée et décriée qu’elle soit par nos docteurs d’Israël d’aujourd’hui, était hautement estimée de nos sages ancêtres ; car dans les paroles qui suivent, dans l’article susdit, elle est appelée une doctrine très salutaire, et toute pleine de consolation ; et elle l’est en effet pour tous ceux qui sont fatigués et chargés, et qui désirent sincèrement trouver du repos en Jésus-Christ.

Voilà l’Évangile, voilà la bonne nouvelle d’une grande joie pour tous ceux qui se sentent pauvres, perdus, ruinés, damnés pécheurs. « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux de la vie, et buvez gratuitement ; venez, achetez sans argent, sans rien payer! » Voici une source ouverte dans le côté de votre Sauveur, pour le péché et pour toute souillure. « Regardez à celui que vous avez percé » ; regardez à lui par la foi, et en vérité vous serez sauvés, quand même vous ne seriez venus ici que pour vous moquer et blasphémer, et que vous n’auriez jamais pensé auparavant à Dieu ni à Christ.

Non que vous deviez penser que Dieu vous sauvera parce que vous avez la foi, ou à cause de votre foi ; car la foi est une œuvre, et alors vous seriez justifiés pour vos œuvres ; mais quand je vous dis que nous devons être justifiés par la foi, j’entends que la foi est l’instrument par lequel le pécheur s’applique la rédemption de Jésus-Christ, ou la fait pénétrer jusque dans son cœur. Et quiconque reçoit de Dieu une telle foi (car elle est le don gratuit de Dieu) peut lever la tête avec assurance, il n’a rien à craindre ; il est un fils spirituel de notre David spirituel ; il est passé de la mort à la vie, il ne viendra jamais en condamnation. Tel est l’Évangile que nous prêchons. Si quelque homme ou quelque ange prêche un autre Évangile que celui-ci, à savoir que nous sommes justifiés gratuitement par la foi en Jésus-Christ, nous avons l’autorité du plus grand des apôtres pour le déclarer anathème.

Et maintenant, mes frères, que pensez-vous de cette folie de la prédication ? Pour vous qui avez goûté la bonne parole de vie, qui avez été éclairés pour voir les richesses de la grâce gratuite de Dieu en Jésus-Christ, je suis persuadé qu’elle est précieuse, et qu’elle a distillé comme la rosée dans vos âmes. Et oh ! que tous fussent dans les mêmes sentiments ! Mais je crains qu’un grand nombre ne soient prêts à s’en aller en contredisant et en blasphémant. Dites-moi, n’y en a-t-il pas beaucoup parmi vous qui disent en eux-mêmes : « C’est une doctrine de licence ; ce prédicateur ouvre la porte à l’encouragement du péché » ? Mais cela ne me surprend nullement ; c’est une objection usée, surannée, aussi vieille que la doctrine de la justification elle-même ; et (ce qui, soit dit en passant, ne fait pas grand honneur à ceux qui la font valoir aujourd’hui) elle fut faite par un incrédule. Saint Paul, dans son épître aux Romains, après avoir, dans les cinq premiers chapitres, démontré la doctrine de la justification par la foi seule, introduit au sixième un incrédule qui dit : « Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde? » Mais comme il rejeta une telle conséquence par un « Loin de là! », ainsi fais-je : car la foi que nous prêchons n’est pas une foi morte et spéculative, un assentiment donné aux choses croyables en tant que croyables, comme on la définit communément : ce n’est pas une foi de la tête seulement, mais une foi du cœur. C’est un principe vivant opéré dans l’âme par l’Esprit du Dieu toujours vivant, qui convainc le pécheur de son état naturel de perdition et de ruine, qui le rend capable de s’appliquer et de saisir la justice parfaite de Jésus-Christ, gratuitement offerte à lui dans l’Évangile, et qui l’excite continuellement, par un principe d’amour et de reconnaissance, à manifester cette foi en abondant en toute bonne parole et en toute bonne œuvre. Tel est le fond et la substance de la doctrine qui a été annoncée. Et si c’est là une doctrine de licence, jugez-en vous-mêmes. Non, mes frères, ce n’est pas détruire les bonnes œuvres, mais vous enseigner à les faire d’après un principe convenable. Car, pour employer les paroles de notre Église dans un autre de ses articles : « Les œuvres faites avant la grâce de Christ et l’inspiration de son Esprit ne sont point agréables à Dieu, d’autant qu’elles ne procèdent point de la foi en Jésus-Christ ; bien plus, parce qu’elles ne sont pas faites comme Dieu a voulu et commandé qu’elles fussent faites, nous ne doutons point qu’elles n’aient la nature du péché. » De sorte que ceux qui vous disent de faire, et puis de vivre, sont tout aussi sages que ceux qui voudraient vous persuader de bâtir une belle et magnifique maison sans en poser le fondement.

Il est vrai que la doctrine de notre justification gratuite par la foi en Jésus-Christ, comme les autres vérités de l’Évangile, peut être et sera détournée de son sens par des hommes à l’esprit corrompu, réprouvés en ce qui concerne la foi ; mais ceux qui reçoivent la vérité de Dieu avec l’amour de cette vérité montreront toujours leur foi par leurs œuvres. C’est pour cette raison que saint Paul, après avoir dit aux Éphésiens « que c’était par la grâce qu’ils étaient sauvés, par le moyen de la foi, non par les œuvres, afin que personne ne se glorifie », ajoute aussitôt : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres. » Et dans son épître à Tite, après lui avoir donné ordre de dire au peuple qu’ils étaient justifiés par la grâce, il ajoute directement, chap. 3, vers. 8 : « Je veux que tu affirmes ces choses, afin que ceux qui ont cru en Dieu s’appliquent à pratiquer de bonnes œuvres. » Conformément à cela, il nous est dit dans notre douzième article : « Que, bien que les bonnes œuvres, qui sont les fruits de la foi et qui suivent la justification, ne puissent ôter nos péchés ni supporter la rigueur du jugement de Dieu, elles sont néanmoins agréables et acceptables à Dieu en Christ, et procèdent nécessairement d’une foi vraie et vivante, de telle sorte qu’une foi vivante peut être reconnue par elles aussi évidemment qu’un arbre se discerne à son fruit. »

Que ne donnerais-je pas pour que cet article fût bien compris et prêché par tous ceux qui l’ont signé ! L’arche du Seigneur ne serait pas alors chassée au désert, et tant de personnes ne se sépareraient pas de l’Église d’Angleterre. Car je suis pleinement persuadé que ce n’est pas tant à cause des rites et des cérémonies, qu’à cause de ce que nous ne prêchons pas la vérité telle qu’elle est en Jésus, que tant de gens ont été contraints d’aller chercher leur nourriture ailleurs. Si nous ne déchoyions pas de nos doctrines établies, bien peu, comparativement parlant, se détacheraient de l’Église établie. Là où Christ est prêché, que ce soit dans une église ou sur une lande commune, les dissidents de toutes dénominations sont venus, et viennent, très librement. Mais si notre clergé ne veut prêcher que la loi, et non montrer la voie du salut par la foi en Christ, l’accusation de schisme, au jour du jugement, retombera principalement, je le crains, à sa porte. Les vraies brebis de Christ connaissent la voix des vrais bergers de Christ, et elles n’écouteront point des étrangers.

Remarquez, mes chers frères, les paroles de l’article : « Les bonnes œuvres sont les fruits de la foi, et suivent la justification. » Comment donc peuvent-elles la précéder, ou en être en aucune manière la cause ? Nos personnes doivent être justifiées avant que nos actes puissent être acceptés. Dieu porta un regard favorable sur Abel avant de porter un regard favorable sur son offrande ; c’est pourquoi la justice de Jésus-Christ doit nous être gratuitement imputée et être saisie par nous par la foi, avant que nous puissions offrir à Dieu un sacrifice agréable : car hors de Christ, comme je l’ai indiqué plus haut, Dieu est un feu dévorant ; et tout ce qui ne procède pas de la foi en Christ est péché.

Que les gens se méprennent sur la doctrine de la justification gratuite, cela vient en partie, je crois, de ce qu’ils ne considèrent pas comme il faut les personnes différentes auxquelles saint Paul et saint Jacques écrivaient dans leurs épîtres, ni la différente sorte de justification dont chacun d’eux traite. Le premier affirme, ligne sur ligne, argument sur argument, « que nous sommes justifiés par la foi seule » ; le second pose cette question : « Abraham ne fut-il pas justifié par les œuvres ? » Sur quoi beaucoup, ne considérant pas les vues différentes de ces saints hommes et les personnes différentes auxquelles ils écrivaient, ont mêlé et joint ensemble la foi et les œuvres pour nous justifier devant Dieu. Mais c’est là une erreur capitale ; car saint Paul écrivait aux prosélytes juifs, qui cherchaient la justice par les œuvres, non seulement de la loi cérémonielle, mais de la loi morale. Par opposition à cela, il leur dit qu’ils devaient attendre la justification devant Dieu uniquement de la justice parfaite de Jésus-Christ saisie par la foi. Saint Jacques avait affaire à une tout autre sorte de gens : à ceux qui abusaient des doctrines de la justification gratuite, et qui pensaient être sauvés (comme un grand nombre parmi nous le pensent aujourd’hui) sur leur simple profession de croire en Jésus-Christ. Ceux-là, le saint apôtre s’efforce sagement de les convaincre qu’une telle foi n’était qu’une foi morte et fausse ; et qu’il fallait donc que tous ceux qui voulaient être bénis avec le fidèle Abraham manifestassent leur foi par leurs œuvres, comme il l’avait fait. « Car Abraham ne fut-il pas justifié par les œuvres ? » Ne prouva-t-il pas que sa foi était une vraie foi justifiante, en ce qu’elle produisit de bonnes œuvres ? D’où il est clair que saint Jacques parle d’une justification déclarative devant les hommes : montre-moi, démontre-moi, prouve-moi que tu as une vraie foi, par tes œuvres. Tandis que saint Paul parle uniquement de notre justification aux yeux de Dieu ; et ainsi il prouve qu’Abraham, comme nous devons l’être aussi, fut justifié avant même que la loi morale ou cérémonielle eût été donnée aux Juifs, car il est écrit : « Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. »

Prenez la substance de ce qui a été dit sur ce point dans le peu de mots qui suivent. Tout homme qui est sauvé est justifié de trois manières : premièrement, méritoirement, par la mort de Jésus-Christ : « C’est le sang de Jésus-Christ seul qui nous purifie de tout péché. » Secondement, instrumentalement, par la foi ; la foi est le moyen ou l’instrument par lequel les mérites de Jésus-Christ sont appliqués au cœur du pécheur : « vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ. » Troisièmement, nous sommes justifiés déclarativement, à savoir par les bonnes œuvres ; les bonnes œuvres déclarent et prouvent au monde que notre foi est une vraie foi qui sauve. « Abraham ne fut-il pas justifié par les œuvres ? » Et encore : « Montre-moi ta foi par tes œuvres. »

Il ne sera peut-être pas hors de propos d’éclaircir cette doctrine par un ou deux exemples. Personne, je suppose, ne prétendra qu’il y eût aucune disposition au salut chez Zachée le publicain, lorsqu’il vint voir Jésus, poussé par un motif qui ne valait pas mieux que celui qui amène peut-être des milliers de gens à m’entendre prêcher, je veux dire la curiosité ; mais Jésus-Christ le prévint et l’appela par sa grâce gratuite, et l’inclina doucement, mais irrésistiblement, à obéir à cet appel ; comme je prie Dieu qu’il agisse sur vous tous qui ne venez que pour voir qui est le prédicateur. Zachée reçut notre Seigneur avec joie dans sa maison, et en même temps, par la foi, le reçut dans son cœur ; Zachée fut alors justifié gratuitement aux yeux de Dieu. Mais voyez les fruits immédiats de cette justification ! Il se lève au milieu de tous, et comme auparavant il avait cru de son cœur, il fait maintenant de sa bouche la confession qui mène au salut : « Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et, si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Et il en sera ainsi de toi, ô croyant, dès que le Fils bien-aimé de Dieu sera révélé en toi par une foi vivante : tu n’auras point de repos en ton esprit que, par amour et par reconnaissance pour ce que Dieu a fait pour ton âme, tu ne montres ta foi par tes œuvres.

De même, je suppose que tout le monde accordera qu’il n’y avait aucune disposition au salut chez Saul le persécuteur ; pas plus qu’il n’y en a chez ces zélateurs persécuteurs de ces derniers jours, qui respirent déjà la menace, et qui, s’ils en avaient le pouvoir, respireraient aussi le meurtre contre les disciples du Seigneur.

Or notre Seigneur, nous le savons, le prévint gratuitement par sa grâce (et oh ! qu’il appelle ainsi efficacement les persécuteurs de cette génération !) et, par une lumière venue du ciel, le jeta à terre. En même temps, par son Esprit, il le perça jusqu’au cœur, le convainquit de péché, et le fit s’écrier : « Qui es-tu, Seigneur? » Christ répond : « Je suis Jésus que tu persécutes. » La foi lui fut alors donnée en un instant, et voici qu’aussitôt Saul s’écrie : « Seigneur, que veux-tu que je fasse? » Et ainsi fera toute pauvre âme qui croit au Seigneur Jésus de tout son cœur. Elle demandera toujours : Seigneur, que ferai-je pour toi ? Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Non pour se justifier elle-même, mais seulement pour donner la preuve de la sincérité de son amour et de sa reconnaissance envers son souverain sacrificateur plein de miséricorde, qui l’a arrachée du feu comme un tison.

Peut-être beaucoup de propres justes parmi vous se flattent-ils de n’être pas aussi méchants que Zachée ou que Saul, et de ce qu’il y a par conséquent en eux une plus grande disposition au salut qu’en ceux-là. Mais si vous pensez ainsi, vous avez assurément de vous-mêmes une plus haute opinion que vous ne devez en avoir : car par nature nous sommes tous semblables, tous également privés de la gloire de Dieu, tous également morts par nos offenses et par nos péchés ; et il faut que la même toute-puissance se déploie pour convertir l’une quelconque des personnes les plus sobres, les plus aimables, les plus morales qui soient ici présentes, qu’il en fallut pour convertir le publicain Zachée, ou ce persécuteur notoire, Saul. Et s’il vous était possible de monter jusqu’au plus haut des cieux et d’interroger les esprits des justes parvenus à la perfection, je suis persuadé qu’ils vous diraient que cette doctrine vient de Dieu. Mais nous avons une parole prophétique plus certaine, à laquelle nous faisons bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur. Mes frères, la parole est près de vous ; sondez les Écritures ; demandez à Dieu de vous rendre bien disposés à être sauvés en ce jour de sa puissance ; car ce n’est pas la chair et le sang, mais l’Esprit de Jésus-Christ qui seul peut vous révéler ces choses.

Quatrièmement et enfin, que pensez-vous de Jésus-Christ formé au-dedans de vous ? Car ceux que Christ justifie, il les sanctifie aussi. S’il nous trouve impurs, il ne nous laisse pas impurs. D’un vrai chrétien, on ne peut pas tant dire qu’il vit, que Jésus-Christ vit en lui. Car seuls ceux qui sont conduits par l’Esprit de Christ sont les vrais fils de Dieu.

Comme je l’ai fait observer plus haut, je vous le dis encore : la foi que nous prêchons n’est pas une foi morte, mais une foi vivante et agissante, opérée dans l’âme, qui produit par la puissance du Saint-Esprit un changement complet dans l’homme tout entier ; et à moins que Christ ne soit ainsi en vous, quand même vous seriez orthodoxes quant aux principes qui précèdent, quand même vous auriez de bons désirs et fréquenteriez assidûment les moyens de grâce, cependant, selon le sentiment de saint Paul, vous êtes hors de l’état de salut. « Ne reconnaissez-vous pas, (dit cet apôtre aux Corinthiens, Église célèbre par ses dons au-dessus de toute autre Église sous le ciel) que Jésus-Christ est en vous, (par son Esprit) à moins peut-être que vous ne soyez réprouvés ? »

Car Christ n’est pas venu seulement pour nous sauver de la culpabilité, mais de la puissance de nos péchés ; et tant qu’il n’a pas fait cela, quelque Sauveur qu’il puisse être pour d’autres, nous ne pouvons avoir aucune assurance d’une espérance bien fondée qu’il nous a sauvés ; car c’est en recevant dans nos cœurs son Esprit béni, et en le sentant rendre témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu, que nous pouvons être certifiés d’avoir été scellés pour le jour de la rédemption.

C’est là un grand mystère ; mais je parle de Christ et de la nouvelle naissance. Ne vous étonnez pas de ce que je vous demande ce que vous pensez de Christ formé au-dedans de vous. Car il faut ou que Dieu change de nature, ou que nous changions la nôtre. Car comme en Adam nous sommes tous morts spirituellement, de même tous ceux qui sont efficacement sauvés par Christ doivent en Christ être rendus spirituellement vivants. Sa seule fin, en ressuscitant et en intercédant maintenant pour nous dans le ciel, c’est de nous racheter de la misère de notre nature déchue, et, par l’opération de son Esprit béni, de nous rendre capables d’avoir part à l’héritage céleste des saints dans la lumière. Nuls autres que ceux qui sont ainsi changés ici-bas par sa grâce ne paraîtront avec lui dans la gloire, plus tard.

Examinez-vous donc, mes frères, pour savoir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes ; et ne pensez pas qu’il suffise de dire dans votre symbole : Je crois en Jésus-Christ ; beaucoup le disent qui ne croient pas, qui sont réprouvés, et encore dans un état de mort. Vous prenez le nom de Dieu en vain quand vous l’appelez Père, et vos prières se changent en péché, à moins que vous ne croyiez en Christ de manière à avoir votre vie cachée avec lui en Dieu, et à recevoir de lui la vie et la nourriture, comme les sarments les reçoivent du cep.

Je sais, il est vrai, que les hommes de cette génération nient qu’il y ait rien de tel que de sentir Christ au-dedans de soi ; mais hélas ! à quelle condition effroyable voudraient-ils nous réduire, jusqu’à l’état de ces païens abandonnés qui, selon saint Paul, « avaient perdu tout sentiment ». L’apôtre prie pour que les Éphésiens abondent en toute connaissance et en toute intelligence spirituelle, ou, comme on pourrait traduire, en toute sensation spirituelle. Et dans l’office pour la visite des malades, le ministre prie que le Seigneur fasse connaître et sentir au malade qu’il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes, en qui et par qui ils puissent recevoir la santé et le salut, que le seul nom de notre Seigneur Jésus. Car il y a un sentir spirituel aussi bien qu’un sentir corporel ; et bien que celui-là ne nous soit pas communiqué d’une manière sensible, comme les objets extérieurs affectent nos sens, il est pourtant aussi réel qu’aucune sensation sensible ou visible, et peut être aussi véritablement senti et discerné par l’âme qu’aucune impression venue du dehors peut être sentie par le corps. Tous ceux qui sont nés de Dieu savent que je ne mens point.

Que pensez-vous, messieurs : Naaman sentit-il quelque chose quand il fut guéri de sa lèpre ? La femme sentit-elle une force sortir de Jésus-Christ, quand elle toucha le bord de son vêtement et fut guérie de sa perte de sang ? Aussi sûrement peux-tu sentir, ô croyant, quand Jésus-Christ habite dans ton cœur. Je prie Dieu de vous faire tous connaître et sentir cela avant que vous partiez d’ici.

Ô mes frères, mon cœur s’est élargi pour vous. J’ai confiance que je sens quelque chose de cette présence cachée, mais puissante, de Christ pendant que je vous prêche. Vraiment, elle est douce, elle est extrêmement consolante. Tout le mal que je vous souhaite, à vous qui êtes sans cause mes ennemis, c’est que vous sentiez la même chose. Croyez-moi, bien que ce fût un enfer pour mon âme de retourner à l’état naturel, je changerais volontiers d’état avec vous pour un peu de temps, afin que vous sachiez ce que c’est que d’avoir Christ habitant dans vos cœurs par la foi. Ne tournez pas le dos ; ne laissez pas le diable vous entraîner à la hâte ; ne craignez pas les convictions ; ne pensez pas plus mal de la doctrine parce qu’elle est prêchée hors des murs de l’église. Notre Seigneur, aux jours de sa chair, prêcha sur une montagne, dans une barque, et dans un champ ; et je suis persuadé que beaucoup ont senti ici sa présence pleine de grâce. En vérité, nous disons ce que nous savons. Ne rejetez pas le royaume de Dieu à votre propre préjudice ; soyez assez sages pour recevoir notre témoignage. Je ne puis, je ne veux pas vous laisser aller ; restez un peu, plaidons ensemble. Quelque peu de cas que vous fassiez de vos âmes, je sais que notre Seigneur leur a attribué une valeur inexprimable. Il les a jugées dignes de son sang très précieux. Je vous en supplie donc, ô pécheurs, soyez réconciliés avec Dieu. J’espère que vous ne craignez pas de n’être pas agréés dans le Bien-aimé. Voici, il vous appelle ; voici, il vous prévient et vous poursuit de sa miséricorde, et il a envoyé ses serviteurs dans les chemins et le long des haies pour vous contraindre d’entrer. Souvenez-vous donc qu’à telle heure de tel jour, en telle année, en ce lieu, il vous a été dit à tous ce que vous devez penser de Jésus-Christ. Si maintenant vous périssez, ce ne sera pas faute de connaissance : je suis pur du sang de vous tous. Vous ne pouvez pas dire que je vous aie prêché la damnation ; vous ne pouvez pas dire que, comme les prédicateurs légalistes, j’aie exigé que vous fassiez des briques sans paille. Je ne vous ai pas ordonné de vous faire saints vous-mêmes, et puis de venir à Dieu ; mais je vous ai offert le salut à d’aussi bonnes conditions que vous puissiez le désirer. Je vous ai offert toute la sagesse de Christ, toute la justice de Christ, toute la sanctification et la rédemption éternelle de Christ, si seulement vous voulez croire en lui. Si vous dites que vous ne pouvez pas croire, vous dites vrai ; car la foi, comme toute autre bénédiction, est le don de Dieu ; mais alors, attendez-vous à Dieu, et qui sait s’il n’aura pas pitié de toi ? Pourquoi n’avons-nous pas des pensées plus affectueuses envers Christ ? Ou bien pensez-vous qu’il fera miséricorde à d’autres, et non à vous ? Mais n’êtes-vous pas pécheurs ? Et Jésus-Christ n’est-il pas venu dans le monde pour sauver les pécheurs ? Si vous dites que vous êtes le premier des pécheurs, je réponds que ce ne sera pas un obstacle à votre salut ; non, vraiment, ce n’en sera pas un, si vous le saisissez par la foi. Lisez les évangélistes, et voyez avec quelle bonté il se conduisit envers ses disciples qui l’avaient abandonné et renié : « Allez dire à mes frères », dit-il. Il ne dit pas : Allez dire à ces traîtres ; mais : « Allez dire à mes frères en général, et au pauvre Pierre en particulier, « que je suis ressuscité » ; ô consolez son pauvre cœur abattu, dites-lui que je suis réconcilié avec lui ; dites-lui de ne plus pleurer si amèrement : car, bien qu’avec des serments et des malédictions il m’ait renié trois fois, je suis pourtant mort pour ses péchés, je suis ressuscité pour sa justification : je lui pardonne tout gratuitement. Tant était lent à la colère et riche en bonté notre souverain sacrificateur plein de miséricorde. Et pensez-vous qu’il ait changé de nature, et qu’il oublie les pauvres pécheurs, maintenant qu’il est élevé à la droite de Dieu ? Non, il est le même hier, aujourd’hui et éternellement, et il n’est assis là que pour intercéder pour nous. Venez donc, vous, prostituées ; venez, vous, publicains ; venez, vous, les plus abandonnés des pécheurs, venez et croyez en Jésus-Christ. Quand le monde entier vous mépriserait et vous rejetterait, lui ne dédaignera pas de vous recueillir. Ô amour étonnant, ô amour infiniment condescendant ! Vous-mêmes, il n’aura pas honte de vous appeler ses frères. Comment échapperez-vous si vous négligez une si glorieuse offre de salut ? Que ne donneraient pas les esprits damnés, maintenant dans la prison de l’enfer, si Christ était si gratuitement offert à leurs âmes ? Et pourquoi ne levons-nous pas les yeux au milieu des tourments ? Quelqu’un dans cette grande multitude ose-t-il dire qu’il ne mérite pas la damnation ? Sinon, pourquoi sommes-nous laissés, tandis que d’autres sont enlevés par la mort ? Qu’est-ce là, sinon une preuve de la grâce gratuite de Dieu, et un signe de sa bienveillance envers nous ? Que la bonté de Dieu nous pousse à la repentance ! Oh ! qu’il y ait de la joie dans le ciel pour quelques-uns d’entre vous qui se repentent ! Bien que nous soyons dans un champ, je suis persuadé que les anges bienheureux planent en ce moment autour de nous, et désirent ardemment, « comme une biche soupire après des courants d’eau », chanter un hymne à votre conversion. Dieu soit béni, j’espère que leur joie sera accomplie. Un silence solennel règne parmi nous. J’ai bon espoir que les paroles que le Seigneur m’a rendu capable de faire entendre à vos oreilles aujourd’hui ne sont pas entièrement tombées à terre. Vos larmes et votre profonde attention sont une preuve que le Seigneur Dieu est véritablement au milieu de nous. Venez, pharisiens, venez et voyez : en dépit de votre rage et de votre fureur sataniques, le Seigneur Jésus remporte la victoire. Et, frères, je dis la vérité en Christ, je ne mens point : si une seule âme d’entre vous, par la bénédiction de Dieu, est amenée aujourd’hui à penser de Jésus-Christ d’une manière qui sauve, peu m’importe que mes ennemis reçoivent la permission de me traîner en prison et de m’enfermer les pieds dans les ceps, dès que j’aurai achevé ce sermon. Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu, c’est que vous soyez sauvés. C’est pour cette cause que je suis mon Maître hors du camp. Peu m’importe quelle part de son opprobre sacré je porte, pourvu que quelques-uns d’entre vous soient détournés de l’égarement de leurs voies. Je me réjouis, oui, et je me réjouirai. Hommes, démons, faites tout ce que vous pourrez : le Seigneur qui m’a envoyé me soutiendra. Et quand Christ, qui est notre vie, et que je viens de vous prêcher, paraîtra, moi aussi, avec ses petits méprisés, je paraîtrai avec lui dans la gloire. Et alors, que penserez-vous de Christ ? Je sais ce que vous penserez de lui. Vous le trouverez alors le plus beau entre dix mille ; vous le trouverez alors et le sentirez un juge juste et vengeur du péché. Laissez-vous donc persuader de baiser le Fils, de peur qu’il ne s’irrite, et que vous ne soyez bannis pour toujours de la présence du Seigneur. Voici, je viens à vous comme l’ange vint à Lot. Fuyez, fuyez, sauvez votre vie ; hâtez-vous, ne tardez pas plus longtemps dans votre Sodome spirituelle, car autrement vous serez éternellement détruits. Il y en a sans doute un grand nombre parmi vous qui ne feront pas plus de cas de moi que les gendres de Lot n’en firent de lui. Je suis persuadé que je parais à quelques-uns d’entre vous comme un homme qui plaisante : mais je dis la vérité en Christ, je ne mens point ; aussi sûrement que le feu et le soufre tombèrent du ciel de la part de l’Éternel pour détruire Sodome et Gomorrhe, aussi sûrement, au grand jour, les coupes de la colère de Dieu seront versées sur vous. Si vous ne pensez pas sérieusement à l’Évangile du Christ du Seigneur, et si vous n’agissez pas conformément à lui. Voici, je vous l’ai dit d’avance ; et je prie Dieu que vous tous qui l’oubliez pensiez sérieusement à ce qui a été dit, avant qu’il ne vous déchire, sans que personne vous délivre.

Or, à Dieu le Père, &c.

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