Chapitre 20 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute
Les affaires du monde, nulle excuse pour négliger la religion
Matthieu 8:22 — « Laisse les morts ensevelir leurs morts. »
Saint Paul, prêchant à Athènes, leur dit qu’en passant et en regardant les objets de leur dévotion, il s’était aperçu qu’ils étaient à tous égards trop superstitieux. Mais si cet apôtre se levait, et venait publier la bonne nouvelle du salut dans l’une de nos villes populeuses, il ne verrait aucune raison d’accuser les habitants de ce travers ; il dirait plutôt, en passant et en observant le cours de leur vie : Je vois qu’à tous égards vous avez l’esprit trop mondain ; vous êtes trop ardemment appliqués à poursuivre vos affaires légitimes ; si ardemment, que vous négligez entièrement la seule chose nécessaire, ou du moins que vous n’y prêtez qu’une attention trop négligente.
On ne saurait donc témoigner au monde chrétien une plus grande charité que de sonner l’alarme à ses oreilles, et de l’avertir du danger inexprimable qu’il y a à saisir continuellement les choses de cette vie, sans se soucier autant, que dis-je, mille fois davantage, de son bien-être dans un état à venir.
Et une telle alarme est d’autant plus nécessaire que l’esprit mondain assiège si facilement et si artificieusement le cœur des hommes. Car, sous le prétexte spécieux de servir Dieu en travaillant pour la nourriture qui périt, ils sont insensiblement bercés dans un tel sommeil spirituel qu’ils s’aperçoivent à peine qu’ils négligent de s’assurer celle qui subsiste pour la vie éternelle.
Les paroles du texte, sinon à première vue, du moins une fois examinées et expliquées, se trouveront convenir à ce cas, puisqu’elles contiennent un avertissement admirable de ne pas poursuivre les affaires de ce monde aux dépens de notre bonheur dans l’autre.
Ce sont les paroles de Jésus-Christ lui-même ; et voici à quelle occasion elles furent prononcées. Comme il s’entretenait avec ceux qui s’étaient rassemblés autour de lui, il somma l’un d’eux de le suivre sur-le-champ ; mais celui-ci, soit qu’il craignît de suivre un maître si persécuté, soit plutôt qu’il aimât le présent siècle, lui dit : « Permets-moi d’aller d’abord à la maison ensevelir mon père », ou, comme la plupart l’expliquent, laisse-moi d’abord aller expédier quelque affaire importante que j’ai maintenant entre les mains. Mais Jésus lui dit : « Laisse les morts ensevelir leurs morts » ; laisse les affaires du monde aux hommes du monde ; que tes affaires temporelles demeurent inachevées, plutôt que tu négliges de me suivre.
Si cet homme fit ce qui lui était commandé, je ne le sais pas ; mais ce que je sais, c’est que ce que Christ dit ici en personne, il l’a souvent murmuré par la voix douce et subtile de son Saint-Esprit, et l’a dit à beaucoup de ceux qui sont ici présents, qui se lèvent matin et se couchent tard, et qui mangent le pain de douleur : Venez, détachez vos affections des choses de cette vie ; prenez votre croix et suivez-moi. Mais eux, voulant se justifier, répondent : Seigneur, permets-nous d’abord d’ensevelir nos pères, ou d’expédier nos affaires temporelles. Je dis à tous ceux-là : « Laisse les morts ensevelir leurs morts » ; que vos affaires du monde demeurent inachevées, plutôt que vous négligiez de le suivre.
Des paroles ainsi expliquées découle naturellement cette proposition : qu’aucune affaire, si importante qu’elle soit, ne peut justifier que l’on néglige la vraie religion.
J’en montrerai d’abord la vérité, et j’en ferai ensuite l’application.
I. Premièrement, donc, je dois prouver qu’aucune affaire temporelle, si importante qu’elle soit, ne peut justifier que l’on néglige la vraie religion.
Par le mot religion, je n’entends pas un ensemble de vertus morales, ni quelque amendement partiel de nous-mêmes, ni une assistance formelle à des devoirs extérieurs quels qu’ils soient ; mais l’application à nos cœurs, par la foi, de la justice entière et personnelle de Christ ; un changement de nature complet et réel, opéré en nous par l’action invisible, et pourtant puissante, du Saint-Esprit, conservé et nourri dans nos âmes par l’usage constant de tous les moyens de grâce, manifesté par une bonne vie, et portant les fruits de l’Esprit.
Voilà la religion vraie et sans tache ; et c’est pour accomplir cette bonne œuvre dans nos cœurs que le Fils éternel de Dieu est descendu et a versé son sang précieux ; c’est pour cette fin que nous avons été créés et envoyés dans le monde, et c’est par cela seul que nous pouvons devenir enfants de Dieu. Si nous en jugions, en effet, par la pratique commune du monde, nous pourrions penser que nous y avons été envoyés sans autre dessein que de nous inquiéter et de peiner pour les richesses incertaines de cette vie ; mais si nous consultons les oracles vivants, ils nous apprendront que nous sommes nés pour de plus nobles fins, à savoir pour naître de nouveau d’en haut, pour être rétablis à la ressemblance divine par Jésus-Christ, notre second Adam, et pour être ainsi rendus capables d’hériter le royaume des cieux ; et, par conséquent, une obligation est imposée à tous, même aux gens les plus affairés, de s’assurer cette fin, puisque c’est une vérité indéniable que toutes les créatures doivent répondre à la fin pour laquelle elles ont été créées.
Quelques-uns, il est vrai, veulent restreindre la religion au clergé, et pensent qu’elle n’appartient qu’à ceux qui servent à l’autel ; mais quelle erreur funeste, puisque toutes les personnes sont indistinctement appelées par Dieu au même état de sainteté intérieure ! Comme nous sommes tous corrompus dans notre nature, ainsi devons-nous tous être renouvelés et sanctifiés. Et quoiqu’il faille accorder que le clergé est sous une double obligation d’être un modèle pour les fidèles en foi, en zèle, en charité, et en tout ce qui est recommandable et de bonne réputation, comme étant plus immédiatement consacré au service de Dieu ; cependant, comme nous avons tous été baptisés d’un même baptême dans la mort de Christ, nous sommes tous dans la nécessité d’accomplir notre alliance baptismale, et d’achever notre sanctification dans la crainte de Dieu ; car les saintes Écritures ne nous montrent qu’une seule voie d’admission dans le royaume de Christ : la porte étroite d’une conversion véritable ; et celui qui n’entre pas dans la bergerie par cette porte, qu’il soit du clergé ou laïque, trouvera, à sa confusion éternelle, qu’il n’y a pas moyen d’y monter par ailleurs.
D’ailleurs, quelle grossière ignorance de la nature de la vraie religion, aussi bien que de notre propre bonheur, une telle distinction ne révèle-t-elle pas ? Car que nous demande notre Sauveur, en voulant que nous soyons religieux ? Rien que de soumettre nos passions corrompues, d’extirper nos mauvaises habitudes, de greffer à leur place les grâces célestes du très saint Esprit de Dieu ; en un mot, de nous remplir jusqu’à toute la plénitude de Dieu.
Et les hommes seront-ils si bien leurs propres ennemis qu’ils affirment que cela n’appartient qu’à ceux qui exercent les choses saintes ? Cela ne concerne-t-il pas également l’homme le plus actif qui soit ? La fin de la religion est-elle de rendre les hommes heureux, et n’est-ce pas le privilège de chacun d’être aussi heureux qu’il le peut ? Les gens d’affaires trouvent-ils les corruptions de leur nature et le désordre de leurs passions si agréables qu’ils ne se soucient pas de jamais les régler ou les extirper ? Ou consentiront-ils à ce que les ministres soient seuls à avoir part à l’héritage des saints dans la lumière ? Sinon, puisqu’ils désirent la même fin, pourquoi ne veulent-ils pas faire usage des mêmes moyens ? Pensent-ils que Dieu crée une chose nouvelle sur la terre, et que, contrairement à la pureté de sa nature et à l’immutabilité de son conseil, il les admettra dans le ciel dans leur état naturel, parce qu’ils ont été embarrassés de beaucoup de choses du monde ? Sondez les Écritures, et voyez si elles donnent quelque place à une espérance si dénuée de fondement.
Mais de plus, on s’imaginerait qu’il y a dans nos affaires temporelles quelque chose de la plus haute conséquence et de la dernière importance, pour qu’elles détournent tant de gens de purifier leurs cœurs par la foi qui est en Jésus-Christ.
Un avare cupide, qui néglige la religion parce qu’il est continuellement occupé à rechercher de grandes choses pour lui-même et pour ceux de sa maison, se flatte d’agir en cela très sagement ; et en même temps il censurera et condamnera un jeune prodigue qui n’a pas le temps d’être dévot parce qu’il est perpétuellement occupé à dissiper son bien en vivant dans la débauche et à courir après les prostituées. Mais encore un peu de temps, et les hommes seront convaincus que ceux qui ont perdu leur âme à la chasse des richesses sont tout aussi inexcusables que ceux qui la perdent à la chasse des plaisirs sensuels. Car, bien que les affaires puissent prendre un air d’importance, comparées à d’autres amusements frivoles, cependant, mises dans la balance avec la perte de nos âmes précieuses et immortelles, elles sont tout aussi frivoles, selon cette parole de notre Sauveur : « Que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perdait son âme? Ou, que donnerait un homme en échange de son âme? »
Et maintenant, qu’avons-nous besoin d’autre preuve ? Nous avons entendu la décision de la propre bouche de Christ. Mais parce qu’il est si difficile de convaincre de cette importante vérité ceux dont le cœur est aveuglé par la séduction des richesses, au point que nous devrions leur crier dans le langage du prophète : « Ô terre, terre, écoute la parole de l’Éternel ! », je vais mettre devant vous encore un passage de l’Écriture, que je voudrais voir écrit sur les tables de tous nos cœurs. Au chapitre 14 de saint Luc, au verset 18 et aux suivants, notre bienheureux Seigneur propose cette parabole : « Un homme donna un grand souper, et il invita beaucoup de gens. A l’heure du souper, il envoya son serviteur appeler les conviés ; mais tous unanimement se mirent à s’excuser. Le premier lui dit: J’ai acheté un champ, et je suis obligé d’aller le voir; excuse-moi, je te prie. Un autre dit : J’ai acheté une paire de bœufs, et je vais les essayer ; excuse-moi donc, je te prie. Le serviteur, de retour, rapporta ces choses à son maître. » Et que s’ensuit-il ? Le maître accepta-t-il leurs excuses ? Non ; le texte nous dit que le bon homme fut irrité, et dit « qu’aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûterait de son souper ». Et qu’enseigne cette parabole, sinon que les vocations les plus légitimes ne peuvent justifier notre négligence ; bien plus, qu’elles cessent d’être légitimes dès qu’elles empiètent en quelque manière sur les grands intérêts de la religion ? Car le festin de noces dont il est ici parlé signifie l’Évangile ; le maître de la maison, c’est Christ ; les serviteurs envoyés sont ses ministres, dont le devoir est d’appeler de temps à autre le peuple à ce festin de noces, ou, en d’autres termes, à être religieux. Or nous voyons que ceux qui avaient été invités étaient fort bien et fort honnêtement occupés. Il n’y avait aucun mal à acheter ou à voir un champ, ni à aller essayer une paire de bœufs ; mais voici où était leur faute : ils faisaient ces choses alors qu’ils étaient invités à venir au festin de noces.
Sans aucun doute, on peut très honnêtement et très louablement s’occuper de sa vocation particulière ; mais si l’on s’y engage si profondément que cela empêche de travailler à son salut avec crainte et tremblement, il faut s’attendre à la même sentence que ses devanciers dans la parabole : qu’aucun d’eux ne goûtera du souper de Christ ; car notre vocation particulière, comme de telle ou telle profession, ne doit jamais empiéter sur notre vocation générale et précieuse de chrétiens. Non que le christianisme nous appelle à sortir entièrement du monde : les saintes Écritures n’autorisent aucune doctrine semblable.
Il est très remarquable que, dans le livre de vie, nous trouvons des hommes de presque toutes sortes d’occupations, qui néanmoins servirent Dieu dans leurs générations respectives, et brillèrent comme autant de lumières dans le monde. Ainsi nous entendons parler, dans les évangélistes, d’un bon centenier, et, dans les Actes, d’un pieux Corneille ; d’un docteur de la loi pieux ; et, dans les épîtres, de quelques-uns qui marchaient avec Dieu jusque dans la maison de Néron ; et notre divin Maître lui-même, dans sa réprimande à Marthe, ne la condamne pas de s’occuper de beaucoup de choses, mais de s’en embarrasser et de s’en agiter.
Non, vous pouvez, que dis-je, vous devez travailler, par obéissance à Dieu, même pour la nourriture qui périt.
Mais j’en viens, en second lieu, à l’application de ce qui a été dit.
Je vous en conjure, par les compassions de Dieu en Jésus-Christ, que votre souci pour la nourriture qui périt ne se fasse pas aux dépens de celle qui subsiste pour la vie éternelle ; car, pour répéter les paroles de notre bienheureux Sauveur : « Que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perdait son âme? Ou, que donnerait un homme en échange de son âme? »
Si nous devions toujours vivre dans le monde, alors la sagesse du monde serait notre plus haute sagesse ; mais puisque nous n’avons point ici-bas de cité permanente, et que nous n’avons été envoyés dans ce monde que pour que notre nature soit changée, et pour nous rendre propres à celui qui est à venir, négliger cette œuvre importante pour un petit gain terrestre, qu’est-ce autre chose que de vendre, comme le profane Ésaü, notre droit d’aînesse pour un plat de lentilles ?
Hélas ! combien les chrétiens ressemblent peu au christianisme ! Il leur est commandé : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu », et toutes les autres choses réellement nécessaires leur seront données par-dessus ; mais ils craignent (ô gens de peu de foi !) que, s’ils le faisaient, toutes les autres choses nécessaires leur seraient ôtées ; il leur est strictement défendu de s’inquiéter du lendemain, et pourtant ils ne se reposent ni nuit ni jour, mais amassent continuellement des richesses pour de nombreuses années, quoiqu’ils ne sachent qui les recueillera. Est-ce là agir comme des gens qui sont étrangers et voyageurs sur la terre ? Est-ce là garder leur vœu baptismal ? Ou plutôt, n’est-ce pas directement apostasier, et déserter le service de Jésus-Christ pour s’enrôler sous la bannière de Mammon ?
Mais quelle sera l’espérance de ces mondains, quand Dieu leur ôtera leur âme ? Que serait-ce si le Tout-Puissant disait à chacun d’eux, comme il le dit au riche insensé de l’Évangile : « cette nuit même ton âme te sera redemandée » ? Oh ! alors, de quoi leur serviraient toutes ces choses qu’ils sont maintenant si affairés à se procurer ?
Si la vie éternelle, ce don gratuit de Dieu en Jésus-Christ, pouvait s’acheter à prix d’argent ; ou si les hommes pouvaient emporter leurs troupeaux au-delà du tombeau, pour acheter de l’huile pour leurs lampes, c’est-à-dire de la grâce pour leurs cœurs, quand ils seront appelés à aller à la rencontre de l’époux, il pourrait y avoir quelque raison pour que Dieu les supportât ; mais puisque leur argent doit périr avec eux ; puisqu’il est certain que, comme ils n’ont rien apporté dans le monde, ils n’en peuvent rien emporter ; ou, supposé qu’ils le pussent, puisqu’il n’y a plus d’huile à acheter, plus de grâce à se procurer, une fois que la lampe de leur vie naturelle s’est éteinte, ne serait-il pas beaucoup plus prudent d’employer le peu de temps qui leur est ici accordé à acheter de l’huile pendant qu’on peut en avoir, et de ne pas, de peur d’avoir un peu moins de ce qui sera bientôt à un autre, perdre éternellement les vraies richesses ?
Qu’en pensez-vous ? Peut-on supposer que ce mondain cupide dont j’ai parlé plus haut, lorsque son âme s’élança dans le monde des esprits, regrettât de n’avoir pu rester ici jusqu’à ce qu’il eût abattu ses greniers et en eût bâti de plus grands ? Ou ne pensez-vous pas que toutes les choses d’ici-bas lui parurent alors également petites, et qu’il se repentit seulement de n’avoir pas employé plus de temps à abattre toute hauteur qui s’élève contre le Tout-Puissant, et à édifier son âme dans la connaissance et dans la crainte de Dieu ?
Et il en sera ainsi de tous les hommes malheureux qui, comme lui, s’agitent vainement à la poursuite des richesses du monde, et qui, en même temps, ne sont pas riches pour Dieu.
Ils peuvent, pour un temps, sembler excellemment occupés à prendre un soin inquiet des intérêts importants de cette vie ; mais une fois que leurs yeux seront ouverts par la mort, et que leurs âmes seront lancées dans l’éternité, ils verront alors la petitesse de tous les soucis sublunaires, et s’étonneront d’avoir été si abrutis [enivrés, appesantis] à l’égard des choses d’une autre vie, alors que peut-être on les applaudissait pour leur grande sagesse et leur profonde sagacité dans les affaires de ce monde.
Hélas ! comme ils se lamenteront d’avoir agi comme l’économe infidèle, si sagement dans leurs intérêts temporels, en faisant venir si soigneusement chacun de leurs débiteurs, et en demandant combien chacun leur devait, sans jamais se souvenir de se faire rendre compte à eux-mêmes, ou de s’enquérir de combien ils devaient à leur grand Seigneur et Maître !
Et maintenant, que dirai-je de plus ? Le dieu de ce siècle, et le désir déréglé des autres choses, doivent avoir entièrement étouffé la conscience de l’homme qui ne voit pas la force de ces raisonnements si simples.
Permettez-moi seulement d’ajouter un mot ou deux pour les riches, et pour les personnes qui sont affranchies des affaires de cette vie.
Mais ici je dois m’arrêter un moment, car je sens que c’est une tâche ingrate, et, comme quelques-uns pourront se l’imaginer, une présomption, pour un tel novice en religion, d’entreprendre d’instruire des hommes de haut rang, qui peut-être dédaigneraient de me mettre parmi les chiens de leur troupeau.
Mais toutefois, puisque saint Paul, qui savait ce qui convenait le mieux à un jeune prédicateur, ordonna à Timothée, tout jeune qu’il était, d’exhorter et de charger les riches avec toute autorité, j’espère qu’aucun de ceux qui le sont ici ne s’offensera si je demande humblement la permission de leur rappeler, bien qu’ils l’aient su autrefois, que si les personnes les plus affairées sont indispensablement obligées de « travailler à leur salut avec crainte et tremblement », à plus forte raison doivent-ils le faire, eux qui sont libres des peines et des embarras d’une condition plus basse, et qui ont par conséquent de plus grandes occasions et plus de loisir pour se préparer à un état à venir.
Mais en est-il réellement ainsi ? Ou ne voyons-nous pas, par une funeste expérience, que trop de ceux que Dieu a élevés au-dessus de leurs frères, qui sont « vêtus de pourpre et de fin lin, et mènent chaque jour joyeuse et brillante vie », abusant tristement de la grande bonté de Dieu envers eux, pensent que leur rang les place au-dessus de la religion, et laissent ainsi les pauvres, qui vivent à la sueur de leur front, fréquenter plus constamment qu’eux les moyens de grâce ?
Mais malheur à de tels riches ! Car ils ont reçu leur consolation. Heureux eût-il été pour eux de n’être jamais nés ; car si le marchand insouciant et irréligieux ne peut être sauvé, où paraîtront les gentilshommes voluptueux et méchants ?
Laissez-moi donc, en guise de conclusion, exhorter toutes les personnes, grands et petits, riches et pauvres, tous ensemble, à faire du renouvellement de leur nature déchue l’unique affaire de leur vie, et à ne laisser aucun profit du monde, aucun plaisir du monde, les en détourner. Que ce cri : « Voici l’époux qui vient », retentisse toujours à nos oreilles ; et vivons comme des créatures exposées à chaque instant à être emportées par la mort au jugement ; souvenons-nous que cette vie est un état d’une importance infinie, un point entre deux éternités, et qu’après ces quelques jours écoulés il ne restera plus de sacrifice pour les péchés ; demandons-nous souvent comment nous souhaiterons avoir vécu, quand nous quitterons le monde ? Et alors nous vivrons toujours dans un état tel que nous ne craindrons jamais d’y mourir. Soit que nous vivions, nous vivrons pour le Seigneur ; soit que nous mourions, nous mourrons pour le Seigneur ; en sorte que, vivants ou mourants, nous soyons au Seigneur.
À cette fin, supplions Dieu, le protecteur de tous ceux qui se confient en lui, sans qui rien n’est fort, rien n’est saint, d’augmenter et de multiplier sur nous sa miséricorde, afin que, lui étant notre chef et notre guide, nous passions de telle sorte à travers les choses temporelles que nous ne perdions pas à la fin les choses éternelles ; par Jésus-Christ notre Seigneur.
Chapitre 20 terminé
Les affaires du monde, nulle excuse pour négliger la religion