Chapitre 18 · 23 min de lecture · 30 min d’écoute
Le péché odieux des jurons et des malédictions profanes
Matthieu 5:34 — « Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement. »
Parmi les nombreux péchés odieux qui ont rendu cette nation infâme, il n’en est peut-être aucun qui crie plus haut vers le ciel, et qui soit en même temps plus commun, que l’abominable coutume de jurer et de maudire profanement. Nos rues regorgent de personnes de tous rangs et de toutes conditions qui provoquent continuellement à la colère le Saint d’Israël par leurs détestables jurons et leurs blasphèmes ; et nos enfants mêmes, « de la bouche desquels », comme l’observe le psalmiste en son temps, « la louange était rendue parfaite », se signalent maintenant par le défaut tout opposé de maudire et de jurer. Ce ne peut être qu’un triste spectacle, pour tout ministre sincère et honnête de Jésus-Christ, que de voir ses semblables dans un tel état ; et un spectacle propre à le pousser à chercher quelque moyen d’empêcher du moins la propagation d’un mal qui grandit si fort, sachant que le Seigneur (à moins de repentance) châtiera assurément ces choses. Mais hélas ! que peut-il faire ? Les sanctions publiques sont si négligées parmi nous que nous voyons rarement un jureur habituel puni comme les lois le prescrivent. Et quant à la réprimande particulière, les hommes sont maintenant si endurcis par la séduction du péché, que leur donner des avis sages et pieux, et leur montrer le mal de leurs actions, n’est autre chose que « jeter des perles devant les pourceaux ; ils ne font que se retourner et vous déchirer ». Puisque les choses en sont donc venues là, tout ce que nous pouvons faire, c’est que, comme nous sommes établis sentinelles et ambassadeurs du Seigneur, il est de notre devoir de montrer de temps à autre au peuple sa transgression et de l’avertir de son péché ; afin que, soit qu’ils écoutent, soit qu’ils n’en fassent rien, nous puissions du moins sauver nos propres âmes. Afin donc que je m’acquitte de mon devoir sur ce point particulier, permettez-moi, au nom de Dieu, de proposer humblement à votre plus sérieuse considération quelques observations sur les paroles du texte, pour montrer combien sont odieux les malédictions et les jurons profanes.
Mais, avant d’entrer directement dans la poursuite de ce sujet, il conviendra de dégager ce précepte de notre Seigneur d’une fausse interprétation que certains lui ont donnée, qui en concluent que notre Sauveur défend de prêter serment devant un magistrat, lorsqu’on en est requis en une occasion solennelle et convenable. Mais que tout serment ne soit pas absolument illicite pour un chrétien, cela ressort évidemment des écrits de saint Paul, que nous trouvons souvent, en certaines occasions solennelles, employant diverses formules d’attestation, comme : « je prends Dieu à témoin » ; « Dieu est mon juge » ; « par la gloire dont vous êtes pour moi le sujet, en Jésus-Christ », et autres semblables. Et que notre Sauveur ne défende nullement, dans les paroles que nous avons maintenant sous les yeux, de prêter serment devant un magistrat, c’est clair, si nous considérons le sens et le dessein qu’il avait en vue lorsqu’il donna ce commandement à ses disciples. Permettez-moi donc de vous faire observer que notre bienheureux Maître s’était appliqué, à partir du 27e verset du chapitre d’où le texte est tiré, à défendre et à dégager la loi morale des gloses corrompues et des fausses interprétations des pharisiens, qui étaient alors assis dans la chaire de Moïse, mais qui étaient notoirement en faute en s’attachant de trop près à la lettre de la loi, sans jamais en considérer la juste étendue et le sens spirituel. En conséquence, ils s’imaginaient que, parce que Dieu avait dit : « Tu ne commettras point d’adultère. », si une personne n’était pas coupable de l’acte même de l’adultère, elle ne pouvait être accusée d’avoir transgressé le septième commandement. Et de même, en matière de serment, parce que Dieu avait défendu à son peuple, dans les livres de l’Exode et du Deutéronome, « de prendre son nom en vain », ou de jurer faussement par son nom, ils jugeaient donc permis de jurer par n’importe quelle créature dans la conversation ordinaire, pourvu qu’ils ne fissent pas directement mention du nom de Dieu. C’est pourquoi notre bienheureux Sauveur, dans les paroles que nous avons maintenant sous les yeux, redresse leur erreur au sujet du serment, comme il l’avait fait dans les versets immédiatement précédents au sujet de l’adultère, et il dit au peuple que, quelque permission que les pharisiens pussent donner de jurer par une créature, lui déclarait absolument illicite pour aucun de ses disciples de le faire. « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens » (c’est-à-dire par les pharisiens et les docteurs de la loi juive) : « Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment. Mais moi, je vous dis » (moi qui suis établi par le Père pour être le grand prophète et le vrai législateur de son Église) « de ne jurer aucunement (dans votre conversation ordinaire), ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu (et par conséquent jurer par lui, c’est jurer par celui qui y est assis) ; ni par la terre, parce que c’est son marchepied; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. Mais que votre parole (ce qui montre clairement que Christ parle ici, non du serment devant un magistrat, mais de la conversation ordinaire) — Que votre parole soit oui, oui, non, non (une affirmation ou une négation forte, tout au plus) ; ce qu’on y ajoute vient du malin. » C’est-à-dire vient d’un mauvais principe, du méchant, du diable, l’auteur de tout mal.
Ce qui, soit dit en passant, devrait, me semble-t-il, servir d’avertissement à toutes ces personnes qui, quoiqu’elles ne soient pas coupables de jurer au sens grossier du mot, attestent pourtant la vérité de ce qu’elles disent, quelque insignifiant que ce soit, en disant : Sur ma vie, — aussi vrai que je vis, — par ma foi, — par le ciel, et autres semblables : expressions qui, quelque inoffensives et innocentes que certaines sortes de gens puissent les estimer, sont pourtant les jurements mêmes que notre bienheureux Seigneur condamne dans les paroles qui suivent immédiatement le texte ; et les personnes qui usent de ces formules de langage injustifiables doivent s’attendre à être convaincues et condamnées comme jureurs, lors de la seconde venue de notre Sauveur pour juger le monde.
Mais revenons-en à notre sujet : il ressort donc de toute la teneur du discours de notre Sauveur que, dans les paroles du texte, il n’abroge ni ne défend nullement le serment devant un magistrat (lequel, comme on pourrait aisément le montrer, est à la fois licite et nécessaire), mais seulement les jurons profanes dans la conversation ordinaire ; et c’est leur caractère odieux et coupable que je viens maintenant plus directement vous exposer.
Et ici, sans parler de ce que c’est une transgression directe du commandement de notre bienheureux Maître et grand législateur dans les paroles du texte, comme aussi du troisième commandement, où Dieu déclare positivement qu’« il ne laissera point impuni (c’est-à-dire qu’il punira assurément) celui qui prendra son nom en vain. » ; sans parler de ce que c’est le plus grand abus de cette noble faculté de la parole, par laquelle nous sommes distingués de la création brute ; ni du grand risque que court le jureur habituel de se parjurer un jour ou l’autre ; sans parler de ces raisons contre ce péché, qui suffiraient à elles seules à prouver abondamment la folie et la culpabilité du jurement : je me contenterai pour cette fois de relever quatre points particuliers, qui aggravent fortement le crime des jurons profanes ; et ce sont les suivants :
I. Premièrement, Parce qu’il n’y a dans la nature aucune tentation à ce péché, et que le fait de le commettre ne procure au coupable pas le moindre plaisir ni la moindre satisfaction.
II. Secondement, Parce que c’est un péché qui peut être répété si souvent.
III. Troisièmement, Parce qu’il endurcit les incrédules contre la religion chrétienne, et qu’il ne peut que causer un grand scandale, et beaucoup de tristesse et de peine, à tout vrai disciple de Jésus-Christ.
IV. Quatrièmement, Parce que c’est un excès de péché qui ne trouve son égal qu’en enfer.
I. La première raison donc pour laquelle jurer dans la conversation ordinaire est si odieux aux yeux de Dieu, et pour laquelle nous ne devons jurer aucunement, c’est qu’il n’y a dans la nature aucune tentation à ce péché, et que le fait de le commettre, à moins qu’un homme ne soit un démon incarné, ne procure au coupable pas le moindre plaisir ni la moindre satisfaction.
Or ici, je présume, nous pouvons poser comme une maxime universellement reçue que la culpabilité de tout crime augmente ou diminue en proportion de la faiblesse ou de la force de la tentation par laquelle une personne est entraînée à le commettre. Ce fut cette considération qui atténua et diminua la culpabilité de Saül, lorsqu’il prit sur lui d’offrir le sacrifice avant que le prophète Samuel fût venu, et celle d’Uzza touchant l’arche parce qu’elle était en danger de tomber : comme, au contraire, ce qui aggrava si fort la désobéissance de nos premiers parents et celle de la femme de Lot, ce fut que les premiers avaient si peu de raison de manger du fruit défendu, et la seconde une si faible tentation de regarder en arrière vers Sodome.
Et maintenant, si cela est accordé, assurément le jureur habituel doit être de tous les pécheurs le plus inexcusable, puisqu’il n’y a dans la nature aucune espèce de tentation à commettre son crime. Pour la plupart des autres commandements, les gens peuvent peut-être alléguer, pour excuser leur transgression, la force d’un penchant naturel : l’un, par exemple, peut alléguer sa forte propension à la colère pour excuser sa transgression du sixième ; un autre, son penchant à la convoitise pour sa violation du septième. Mais assurément le jureur habituel n’a rien de pareil à faire valoir en sa faveur ; car, bien qu’il puisse avoir un penchant naturel à tel ou tel crime, aucun homme, il faut le présumer, ne peut dire qu’il est né avec un tempérament de jureur.
Mais de plus, comme il n’y a aucune tentation à ce péché, il n’y a non plus aucun plaisir ni aucun profit à recueillir de le commettre. Demandez à l’ivrogne pourquoi il se lève de bon matin pour courir après les boissons fortes, et il vous dira que c’est parce qu’elles procurent à son appétit sensuel une sorte de plaisir et de satisfaction, ne fût-ce que celle d’une brute. Demandez à l’homme du monde avare pourquoi il fraude et circonvient son prochain, et il a une réponse toute prête : pour s’enrichir et amasser des biens pour plusieurs années. Mais le jureur profane lui-même serait certainement bien embarrassé de vous dire quel plaisir il recueille de ses jurons : car hélas ! c’est une chose sans fruit et sans saveur pour laquelle il vend son âme. Mais à vrai dire il ne la vend pas du tout : en ce cas, il la donne en prodigue (à moins de repentance) au diable ; il renonce à une bienheureuse éternité et se précipite dans un tourment éternel pour rien du tout.
II. Mais Secondement, ce qui accroît le caractère odieux des jurons profanes, c’est que c’est un péché qui peut être répété si souvent.
C’est là une autre considération qui sert toujours à diminuer ou à accroître la culpabilité et la malignité de tout péché. Ce fut quelque excuse pour l’ivresse de Noé et l’adultère de David qu’ils ne commirent ces crimes qu’une fois ; comme, au contraire, ce fut une aggravation de la défiance du patriarche Abraham envers Dieu, qu’il répéta par deux fois différentes la dissimulation [tromperie] qui faisait passer Sara pour n’être pas sa femme. Et si cela est admis comme une aggravation d’autres crimes profanes, combien plus assurément de la culpabilité des jurons habituels, parce que c’est un péché qui peut être, et qui est en général, souvent répété. Dans beaucoup d’autres péchés grossiers, il ne peut en être ainsi : si un homme s’est laissé vaincre par la boisson, il faut un temps considérable avant qu’il puisse se remettre de sa débauche et retourner à ses coupes ; ou s’il a coutume de profaner le sabbat, il ne peut le faire tous les jours, mais seulement un jour sur sept. Mais hélas ! le jureur profane est prêt pour un autre juron presque avant que le son du premier ait quitté nos oreilles ; oui, certains les doublent et les triplent dans une seule phrase, au point même de brouiller le sens de ce qu’ils disent par un horrible vacarme de blasphème ! Or si le grand et terrible Jéhovah a expressément déclaré qu’il ne laissera point impuni, c’est-à-dire qu’il punira assurément, celui qui prend son nom en vain, ne fût-ce qu’une fois, quel énorme amas de ces péchés odieux se trouve à la porte de chaque jureur habituel ! Il risquerait de le plonger dans un désespoir intolérable, s’il en voyait seulement la somme entière. Et oh ! quelle conscience cautérisée doit avoir ce misérable qui ne sent pas ce poids prodigieux !
III. Mais Troisièmement, ce qui fait paraître le péché des jurons profanes plus extrêmement coupable encore, c’est qu’il endurcit les incrédules contre la religion chrétienne.
C’est le conseil de l’apôtre Pierre aux personnes mariées de son temps, qu’elles se conduisent d’une manière digne de l’Évangile de Christ, afin que ceux du dehors soient gagnés à embrasser la religion chrétienne en voyant et en observant leur pieuse conduite jointe à la crainte. Et ce que l’apôtre recommande instamment aux personnes mariées, nous le trouvons ailleurs prescrit à chaque membre particulier de l’Église. Ainsi notre bienheureux Seigneur nous commande de « laisser notre lumière luire devant les hommes, afin qu’ils voient nos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient notre Père qui est dans les cieux » ; et l’apôtre Paul nous ordonne de « nous conduire avec circonspection envers ceux du dehors, rachetant le temps », c’est-à-dire saisissant toutes les occasions de leur faire du bien, « car les jours sont mauvais. » Mais hélas ! en quelle contradiction directe avec ce précepte et d’autres semblables vit le jureur profane, qui, au lieu de gagner à Christ des prosélytes parmi la partie incrédule du monde, fait tout ce qu’il peut pour s’y opposer ! Car comment s’attendre à ce que les incrédules honorent Dieu, quand les chrétiens eux-mêmes le méprisent ; ou à ce que quelqu’un embrasse notre religion, quand ceux qui en font profession font eux-mêmes si peu de cas de l’un de ses commandements les plus stricts ? Non ; disons-le à notre douleur et à notre honte, c’est à cause d’impiétés comme celles-ci que notre sainte religion (la meilleure et la plus pure en elle-même) est devenue la fable des païens ; que l’autorité sacrée du saint Jésus et de sa doctrine est méprisée ; et que « le nom de Dieu (comme il est écrit) est blasphémé parmi les païens ».
Ce ne peuvent être que de tristes pierres d’achoppement et de tristes scandales sur le chemin de la conversion de nos frères ; « mais malheur aux hommes par qui ces scandales arrivent ». Nous pouvons dire d’eux ce que notre bienheureux Seigneur disait de Judas : « Mieux vaudrait pour de tels hommes qu’ils ne fussent pas nés » ; ou, comme il menace en un autre endroit : « Au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement que de tels pécheurs. »
Mais ce n’est pas tout : comme les jurons profanes doivent sans aucun doute endurcir dans leur incrédulité ceux qui sont du dehors, de même ils ne peuvent manquer d’affliger et de scandaliser grandement les personnes honnêtes et sincères qui sont au-dedans de l’Église. Nous entendons David se plaindre et s’écrier : « Malheureux que je suis de séjourner à Méschec, D’habiter parmi les tentes de Kédar! » ; c’est-à-dire qu’il était obligé de vivre et de converser avec un peuple extrêmement méchant et profane. Et saint Pierre nous dit que « l’âme juste de Lot était tourmentée jour après jour, tandis qu’il voyait et observait la conduite impie des méchants ». Et sans doute ce fut une grande partie des souffrances de notre bienheureux Maître, pendant qu’il était sur la terre, d’être contraint de converser avec une génération méchante et perverse, et d’entendre le nom sacré de son Père céleste profané et tourné en dérision par des hommes injustes et méchants. Et assurément cela ne peut que percer le cœur de tout chrétien vrai et sincère, de quiconque participe en quelque mesure à l’esprit de son Maître, que d’entendre la multitude de jurons et de malédictions qui sortent chaque jour et à toute heure de la bouche de beaucoup de gens, et de ceux-là mêmes à qui leur éducation libérale et leur apparent souci du bien de la religion devraient, semble-t-il, enseigner une conduite plus convenable. Entendre souiller par les hommes le grand et terrible nom de Dieu, que les anges adorent ; et considérer combien de fois ce nom sacré est profané dans la conversation ordinaire, alors que nous ne sommes pas dignes de le prononcer dans nos prières : cela, dis-je, ne peut que faire s’écrier chacun d’eux avec le saint David : « Malheureux que je suis de séjourner à Méschec, D’habiter parmi les tentes de Kédar! » Et bien que les discours blasphématoires et profanes des autres ne soient pas imputés à péché aux personnes sincères, tant qu’elles « ne prennent point part à ces fruits infernaux des ténèbres, mais plutôt les condamnent », cela accroîtra pourtant grandement la culpabilité présente, et augmentera tristement le châtiment futur de tout jureur profane par qui ces scandales arrivent. Car si, comme notre Sauveur nous le dit, « il vaudrait mieux pour un homme qu’on lui attachât au cou une meule de moulin, que s’il scandalisait un de ses petits (c’est-à-dire le plus faible de ses disciples), de quel pire châtiment seront-ils jugés dignes », eux qui non seulement font blasphémer le nom de Dieu parmi les païens, et rendent odieuse la religion de notre cher Rédempteur, mais qui font pleurer et gémir ses saints, et tourmentent leurs âmes justes de jour en jour par leur conversation impie, profane et blasphématoire ? Assurément, comme Dieu recueillera les larmes des uns dans son outre, de même il sera juste qu’il punisse les autres d’une tristesse éternelle, pour toutes leurs paroles impies et dures, et qu’il les jette dans un étang de feu et de soufre, où ils seront heureux d’avoir une goutte d’eau pour rafraîchir ces langues avec lesquelles ils ont si souvent blasphémé l’Éternel des armées et affligé le peuple de notre Dieu.
IV. Mais il est temps pour moi d’en venir à donner ma Quatrième et dernière raison pour laquelle les jurons habituels sont si extrêmement coupables ; et c’est parce que c’est un tel excès de péché qu’il ne trouve son égal qu’en enfer, où tous sont désespérés et sans espérance de miséricorde.
Les démons damnés et les âmes damnées des hommes en enfer, on peut le supposer, délirent et blasphèment dans leurs tourments, parce qu’ils savent que les chaînes qui les retiennent ne pourront jamais être brisées ; mais que des hommes qui nagent dans le fleuve de la bonté de Dieu, dont les compassions se renouvellent pour eux chaque matin, et qui sont visités à chaque instant de nouveaux témoignages de sa bonté infinie et imméritée ; que ces créatures favorisées dressent leur bouche contre le ciel, et blasphèment un Dieu plein de grâce, patient et infiniment bienfaisant : c’est là un comble de péché qui dépasse la noirceur et l’impiété des démons et de l’enfer même.
Et maintenant, après ce qui a été présenté ici pour montrer combien sont odieux les malédictions et les jurons profanes dans la conversation ordinaire, ne puis-je pas très justement m’adresser à vous dans les paroles du texte : « C’est pourquoi je vous dis de ne jurer aucunement » ; puisque c’est un péché qui n’a dans la nature aucune tentation, et qui n’apporte à celui qui le commet ni plaisir ni profit ; puisqu’il endurcit les incrédules dans leur incrédulité, et qu’il donne de tristes sujets de douleur et de lamentation à tout chrétien honnête ; puisque c’est un péché qui tourne généralement en habitude ; et enfin un péché tel qu’il ne trouve son égal qu’en enfer.
1. Et premièrement donc, si ces choses sont ainsi, et si le péché des jurons profanes, comme on l’a montré en quelque mesure, est si extrêmement coupable, que dirons-nous de ces hommes malheureux qui pensent qu’il est non seulement permis, mais à la mode et du bon ton, de « prendre le nom de Dieu en vain » ; qui s’imaginent que jurer leur donne de l’importance parmi leurs compagnons, et qui pensent vraiment que c’est un honneur d’y abonder ? Mais hélas ! ils ne pensent guère qu’une telle conduite dénote la plus grande bassesse d’esprit et la plus folle témérité qui se puissent imaginer. Car quoi de plus bas que de feindre, une heure, d’adorer Dieu dans le culte public, et l’instant d’après de blasphémer son nom ? À la vérité, une telle conduite chez des personnes qui nient l’existence d’un Dieu (s’il existe de tels insensés) n’a rien de trop étonnant ; mais que des hommes qui non seulement souscrivent à la croyance en une Divinité, mais reconnaissent aussi qu’il est un Dieu d’une majesté et d’une puissance infinies ; que de tels hommes blasphèment son saint nom par des malédictions et des jurons profanes, et confessent en même temps que ce Dieu même a expressément déclaré qu’il ne laissera point impuni, mais qu’il punira certainement et éternellement (à moins de repentance), celui qui prend son nom en vain : c’est là un exemple de folle témérité aussi bien que de bassesse qui ne trouve guère son pareil. C’est ce qu’ils n’oseraient faire en d’autres cas moins dangereux : ils n’osent pas insulter un général à la tête de son armée, ni réveiller un lion endormi quand ils sont à portée de sa griffe. Et le Dieu tout-puissant, le grand Jéhovah, le Roi éternel, qui peut les consumer par le souffle de ses narines, et d’un regard les précipiter en enfer en un instant, est-il, à leurs yeux, le seul être méprisable que l’on puisse provoquer sans crainte et offenser sans châtiment ? Non ; bien que Dieu supporte longtemps, il ne supportera pas toujours ; le temps viendra, et cela peut-être bien plus tôt que ces personnes ne s’y attendent, où Dieu vengera son honneur outragé, où il découvrira son bras tout-puissant, et fera sentir à ces misérables la cuisante douleur éternelle de sa justice, lui dont ils ont si souvent vilipendé et blasphémé la puissance et le nom. Hélas ! que deviendra alors toute leur bravade ? Se joueront-ils alors encore effrontément du nom de leur Créateur, et en appelleront-ils encore par plaisanterie au Roi de toute la terre pour qu’il les damne ? Non ; leur langage sera alors changé : ils appelleront, il est vrai, mais ce sera pour que « les rochers tombent sur eux, et que les collines les cachent devant la colère de celui qui est assis sur le trône, et devant l’Agneau, pour toujours ». Il est vrai qu’il fut un temps où ils demandaient dans leurs prières, sans y penser peut-être, la damnation pour eux-mêmes et pour les autres ; et maintenant ils trouveront leurs prières exaucées. « Ils aimaient la malédiction : elle tombera donc sur eux ; ils ne se plaisaient pas à la bénédiction : elle s’éloignera donc d’eux ; ils se sont revêtus de la malédiction comme d’un vêtement, et elle pénétrera comme de l’eau dans leur intérieur, et comme de l’huile dans leurs os. »
2. Mais de plus, si le péché de jurer est si extrêmement odieux, et en même temps si commun, il est donc du devoir de chaque personne en particulier, et surtout de ceux qui sont en autorité, de faire tout leur possible pour désapprouver et réprimer un crime si malin. Le devoir que nous devons à la fois à Dieu et à notre prochain exige cela de nous : par le premier, nous sommes obligés de soutenir l’honneur de notre Créateur ; par le second, d’empêcher la ruine de notre prochain ; et ce n’est que faire comme nous voudrions qu’on nous fît, et comme nous agissons nous-mêmes en des cas de moindre conséquence. Si nous entendions vilipender [calomnier, diffamer] et décrier [calomnier, diffamer] notre propre bonne réputation ou celle de notre ami, nous penserions qu’il est de notre devoir strict de défendre la réputation outragée de l’un comme de l’autre ; et le grand, le terrible et saint nom de notre meilleur et seul ami, de notre roi, de notre père, que dis-je, de notre Dieu, sera-t-il chaque jour, que dis-je, à chaque instant, bravé et blasphémé, sans que personne ose se lever pour défendre son honneur et sa sainteté ? Cieux, soyez étonnés de cela; Non ; méprisons toute conduite si basse et si perfide ; résolvons-nous à soutenir la cause de la religion, et, avec un courage prudent et convenable, manifestons notre zèle pour l’honneur de l’Éternel des armées. Les hommes en autorité ont deux fois plus d’avantages que les chrétiens ordinaires ; leur charge même montre qu’ils sont destinés à punir les malfaiteurs. Et telle est la dégénérescence du genre humain que la plupart des hommes seront plus influencés par le pouvoir des personnes en autorité que par les exhortations les plus travaillées du haut de la chaire. C’est donc à ceux-là, s’il en est ici de présents, que je m’adresse humblement, les suppliant, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de faire tout leur possible pour arrêter et réprimer les malédictions et les jurons profanes. Et bien qu’il faille confesser que c’est une œuvre qui demande beaucoup de courage et de peine, ils feraient bien pourtant de considérer que c’est pour Dieu qu’ils l’entreprennent, lui qui certainement les soutiendra et les appuiera dans la juste exécution de leur charge ici-bas, et les récompensera plus tard par un poids éternel de gloire, au-delà de toute mesure. Mais il est temps de tendre vers la conclusion.
3. Laissez-moi donc m’adresser encore une fois à chaque personne ici présente, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ ; et si quelques-uns parmi eux se sont rendus coupables de quelque manière de ce péché notoire de jurer, laissez-moi les conjurer, par tout ce qui leur est proche et cher, de ne donner ni au magistrat la peine de les punir, ni à leurs amis aucune raison de les avertir à l’avenir de ne pas commettre ce crime ; mais de faire une garde constante et soigneuse à la porte de leurs lèvres, et d’implorer en même temps l’assistance divine (sans laquelle tout n’est rien), afin de ne plus offenser si scandaleusement par leur langue. Qu’ils prennent sérieusement à cœur ce qui a été exposé ici avec beaucoup de clarté et de simplicité ; et s’ils ont quelque égard pour eux-mêmes en tant qu’hommes, ou pour leur réputation en tant que chrétiens ; s’ils ne veulent pas être un scandale public pour leur profession, ou un sujet de chagrin pour tous ceux qui les connaissent ou conversent avec eux ; en un mot, s’ils ne veulent pas être des démons incarnés ici-bas, et provoquer Dieu à les punir éternellement plus tard, je leur dis, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, « de ne jurer aucunement ».
Chapitre 18 terminé
Le péché odieux des jurons et des malédictions profanes