Chapitre 17 · 31 min de lecture · 40 min d’écoute
La tentation de Christ
Matthieu 4:1–11 — « Alors Jésus fut emmené par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur, s’étant approché, lui dit: Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. Jésus répondit: Il est écrit: L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Le diable le transporta dans la ville sainte, le plaça sur le haut du temple, et lui dit: Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre. Jésus lui dit: Il est aussi écrit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit: Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m’adores. Jésus lui dit: Retire-toi, Satan! Car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Alors le diable le laissa. Et voici, des anges vinrent auprès de Jésus, et le servaient. »
Bien-aimés, vous êtes invités aujourd’hui à faire une promenade dans le désert, pour contempler un Sauveur tenté, pour compatir à ses épreuves, et pour recevoir de lui instruction et consolation. Dans ce combat, il se montre le Fils bien-aimé de Dieu ; et le Père donne une preuve manifeste qu’il a vraiment mis en lui et avec lui toute son affection. Considérons avec une attention sérieuse quand, où et comment notre grand Michel combattit le dragon et le vainquit. L’évangéliste Matthieu raconte avec beaucoup de détails les préparatifs, le commencement, le déroulement et l’issue de ce glorieux et important combat.
« Alors Jésus fut emmené par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. » À la fin du chapitre précédent, il nous est dit que le bienheureux Jésus avait été baptisé publiquement, et qu’il avait aussi été solennellement inauguré dans son office de médiateur, par l’ouverture des cieux, par l’Esprit de Dieu descendant sur lui comme une colombe, et par une voix venue du ciel, qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. » Et ce fut alors, au sortir de la solennelle ordonnance du baptême, alors qu’il allait se montrer ouvertement à Israël, alors qu’il était rempli du Saint-Esprit (Luc 4:1), ce fut alors qu’il fut emmené, par une sainte violence qui ne contraignait rien en lui, comme un champion sur le champ de bataille, pour affronter un ennemi qu’il était sûr de vaincre. Mais où ce vainqueur est-il emmené ? Dans un désert solitaire, vaste et hurlant ; probablement, dit M. Henry, dans le grand désert du Sinaï ; un désert non seulement solitaire, mais habité par des bêtes sauvages (Marc 1:13). C’est là que notre Seigneur fut emmené, non seulement pour qu’il se préparât par la retraite et la prière, mais aussi pour qu’il fût seul, et qu’il donnât ainsi à Satan tous les avantages qu’il pouvait désirer. Dans ce combat, comme dans celui de sa dernière agonie, « nul homme d’entre les peuples ne devait être avec lui ». Il ne se contente pas non plus de prier, mais il jeûne aussi, et cela « quarante jours et quarante nuits » (verset 2), comme Moïse et Élie l’avaient fait bien des années auparavant, peut-être au même endroit. Tous ces jeûnes furent miraculeux ; c’est pourquoi, quoique cela nous enseigne que le jeûne est un devoir chrétien, prétendre pourtant, d’une manière ordinaire, les imiter en jeûnant pendant un si long terme d’affilée est sans aucun doute superstitieux, présomptueux et coupable ; mais peu de gens, je crois, ont besoin d’un tel avertissement.
Pendant ces quarante jours, nous pouvons le supposer, notre Seigneur ne sentit aucune faim ; le commerce avec le ciel lui tenait lieu de nourriture et de boisson ; mais ensuite « il eut faim. » : extrêmement faim, sans aucun doute. Et maintenant, le combat important commence. Car alors « le tentateur » — ainsi nommé par excellence parce qu’il tenta le premier nos premiers parents au péché, et que depuis il n’a jamais cessé de tenter leurs descendants —, alors le tentateur, qui d’une manière invisible avait assailli notre bienheureux Seigneur pendant les quarante jours entiers, le voyant affamé et dans une situation si pénible, vint à lui, à ce qu’il semble, sous une forme visible, et probablement déguisé sous l’apparence d’un ange de lumière. Et à quoi le tente-t-il ? À rien de moins qu’à douter qu’il soit le Fils de Dieu. « Si tu es Fils de Dieu. » Quoi ! mettre un « si » à cela, Satan, après que le glorieux Jésus avait été prouvé Fils de Dieu, et cela à plusieurs reprises, d’une manière si glorieuse ? Assurément, toi-même tu n’as pu que voir les cieux ouverts et l’Esprit descendre ; assurément, tu as entendu la voix qui lui vint du ciel, aussitôt après son baptême, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » ; et maintenant tu lui dis : « Si tu es Fils de Dieu » ? Oui ; mais Satan savait et croyait fort bien qu’il l’était ; seulement il voulait amener notre Seigneur à en douter. Et pourquoi ? Parce qu’il était dans une situation si triste. Comme s’il avait dit : « Si Dieu était ton père, il ne te laisserait jamais mourir de faim dans un désert hurlant, au milieu des bêtes sauvages. Assurément, la voix que tu as entendue dernièrement n’était qu’une illusion. Si tu étais le Fils de Dieu, surtout son Fils bien-aimé, en qui il a mis toute son affection, il prendrait plus soin de toi. » C’est ainsi qu’il assaillit nos premiers parents, en leur suggérant des pensées dures sur leur Créateur infiniment bienfaisant : « Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? » « Vous a-t-il placés au milieu d’une telle variété de fruits délicieux, seulement pour vous tourmenter et vous rendre malheureux ? » Et avec quel artifice il travaille maintenant à s’insinuer dans les affections de notre Seigneur, comme il fit alors pour se faire bien venir de nos premiers parents ! « Si tu es Fils de Dieu, dit-il, allons, prouve-le, en ordonnant que ces pierres (dont un tas se trouvait probablement tout près) deviennent du pain : cela démontrera ta divinité, et soulagera en même temps ton pressant besoin. » Ainsi, comme dans toutes ses autres tentations, Satan voudrait passer pour son ami très bienveillant ; mais le saint Jésus voyait à travers l’inimitié déguisée de son adversaire ; et dédaignant, d’une part, de se défier de son Père juste, et, de l’autre, de faire un miracle pour plaire au diable et le satisfaire, quoiqu’il eût l’Esprit de Dieu sans mesure, et qu’il eût pu se servir de mille autres moyens, il lui répond pourtant par un texte de l’Écriture : « Il est écrit: L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » C’est une citation de Deutéronome 8:3, et elle contient une raison donnée par le grand Dieu de ce qu’il avait choisi de nourrir les Israélites de manne : afin qu’ils apprissent par là que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Notre bienheureux Seigneur s’applique ici cette parole à lui-même ; et le fait qu’il fût dans le désert rendait l’application encore plus juste. Israël était le fils de Dieu : il fut appelé hors d’Égypte pour séjourner dans le désert, où il fut miraculeusement soutenu. C’est pourquoi notre Seigneur, sachant qu’il était figuré par cet Israël, et que, comme eux, il était maintenant dans un désert, cite cette Écriture comme une raison pour laquelle il ne devait pas, à la suggestion de Satan, ni désespérer de recevoir du secours de son Père dans sa situation présente, ni se défier de la validité des manifestations qu’il venait de recevoir, ni user d’aucun moyen illégitime pour se soulager présentement. Car, puisque Dieu était son père, il voudrait donc, ou bien, d’une manière ordinaire, lui dresser une table dans le désert, ou bien le soutenir et le sustenter sans elle, d’une manière extraordinaire ou d’une autre, comme il fit autrefois pour son Israël : « Car L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Ainsi le tentateur est repoussé au premier assaut ; mais il a d’autres flèches dans son carquois, avec lesquelles il s’efforcera encore de blesser l’Agneau de Dieu sans tache. Puisqu’il ne peut l’entraîner ni à la défiance ni au désespoir, il va maintenant essayer s’il ne peut l’amener à la présomption. Pour y parvenir, « il transporte le bienheureux Jésus dans la ville sainte », c’est-à-dire Jérusalem, appelée par notre Sauveur la ville du grand Roi, et appelée ici sainte parce que le saint temple s’y trouvait, et, voulons-nous espérer, beaucoup de saintes gens. C’était un lieu populeux, et qui par conséquent favoriserait grandement le dessein du diable. Et non seulement cela, mais « il le plaça sur le haut », un créneau ou une aile, « du temple », dont le sommet était si élevé que, comme l’observe Josèphe, la tête tournerait à un homme qui regarderait en bas. Et quelques-uns pensent que cela se fit au moment du culte public. Comment le saint Jésus se laissa conduire là, s’il fut transporté à travers les airs, ou s’il suivit Satan à pied, c’est incertain ; mais ce fut assurément un exemple d’une étonnante condescendance chez notre Seigneur, qu’il permît à un démon si impur de porter ou de conduire ainsi çà et là son saint corps. Eh bien ! Satan l’a maintenant placé sur le haut du temple, et, touchant toujours la même vieille corde : « Si tu es Fils de Dieu (dit-il), jette-toi en bas », et montre par là à cette grande assemblée en prière (qui alors croira assurément) que tu es le Fils bien-aimé de Dieu, sous la protection spéciale du ciel, et que tu es le Messie, celui « qui doit venir dans le monde ». C’était habile, très habile. Mais il semble faire des progrès dans la ruse : car il apporte sa Bible avec lui, et appuie sa tentation d’un texte de l’Écriture : « car il est écrit (dit-il) : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre. » Mais ⟦1SA 10:11|Saül est-il aussi parmi les prophètes?⟧ Le diable cite-t-il l’Écriture, et même, en apparence, un texte si à propos [si approprié] ? Je soupçonne là sans aucun doute quelque dessein : car en cela il voudrait contrefaire notre Seigneur, qui, il s’en était aperçu, avait l’intention de le combattre avec cette arme ; et comme il n’en aimait pas le tranchant acéré, il pensa que s’il citait lui-même l’Écriture, le Seigneur Jésus ne l’emploierait plus contre lui. « Il est écrit (dit-il donc) : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre ; et par conséquent, puisque tu es sûr d’une telle protection, tu n’as pas à craindre de te jeter en bas. » C’était spécieux, et, à voir la longueur de la citation, on serait porté à croire qu’elle était fidèle ; mais Satan prend soin, non seulement de la mal appliquer, mais aussi de la mutiler, en omettant à dessein ces paroles importantes : « dans toutes tes voies; » Il est vrai que Dieu avait donné ordre à ses anges, au sujet de ses enfants en général, et de son Fils bien-aimé en particulier, de le garder dans toutes ses voies ; mais si notre Seigneur s’était alors, à la demande du diable et pour satisfaire l’orgueil, jeté du haut du temple, et s’il avait ainsi, sans nécessité, présumé de la protection de son Père, il n’aurait pas été dans la voie de Dieu, et n’aurait donc eu aucun droit à la protection promise. Satan le savait bien, et c’est pourquoi il laissa à propos de côté ce qu’il savait ne pas convenir à son dessein. Mais l’Écriture vaut-elle moins pour être détournée ou pervertie par le diable ou par ses émissaires ? Non, en aucune façon. C’est pourquoi notre Seigneur lui fait savoir qu’il ne rejettera pas pour autant cette arme importante, mais il pare ce coup porté à fond par une autre Écriture : « Il est aussi écrit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. » Notre Seigneur cite encore quelque chose du livre du Deutéronome, et il a les yeux fixés sur Israël dans son état au désert. À l’origine, ces paroles s’adressaient aux Israélites en général, et elles sont par conséquent au pluriel ; mais ici notre Seigneur, comme auparavant, se les applique particulièrement à lui-même : Satan lui dit de se jeter en bas, en l’assurant que Dieu avait promis dans sa parole d’ordonner à ses anges de prendre soin de lui. Or, dit notre Seigneur : « Il est écrit dans une autre partie de sa parole que les Israélites ne devaient pas tenter le Seigneur leur Dieu, en se défiant de sa bonté d’une part, ou en présumant de sa protection de l’autre. C’est pourquoi, de même que je n’ai pas voulu ordonner que les pierres devinssent du pain, pour pourvoir à moi-même sans nécessité et avec défiance, de même je ne veux pas maintenant présumer sans nécessité de la puissance de Dieu en me jetant en bas, quoique tu m’aies placé dans une situation si périlleuse. »
Ainsi notre grand Michel sort vainqueur du second assaut. Et le serpent ne sent-il pas encore sa tête assez écrasée ? Nullement : au contraire, de plus en plus enragé d’une résistance si inaccoutumée et de son insuccès, « il le transporta encore sur une montagne très élevée (quelle montagne, cela importe peu), lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire » ; saint Luc ajoute : « en un instant » ; ce qui confirme la conjecture commune que Satan ne montra pas réellement à notre Seigneur les royaumes du monde (car il y aurait fallu plus de temps), mais qu’il le transporta seulement sur une montagne très élevée pour donner le change, et que, déployant tout son art, il imprima d’un seul coup dans l’imagination de notre Seigneur une vue très vive, et pour tout autre que l’innocence même très frappante, des royaumes du monde et de leur gloire ; non de leurs soucis : cela n’aurait pas servi le dessein de Satan. Il montra à notre Sauveur des couronnes, mais ne lui dit jamais que ces couronnes étaient dorées [incrustées] d’épines. « Il lui montra (dit M. Henry, mon commentateur favori), comme dans un paysage, ou dans une représentation aérienne au sein d’une nuée, telle que ce grand séducteur pouvait aisément la façonner et la composer, l’apparence glorieuse et splendide des princes, leurs robes et leur suite, leurs équipages et leurs gardes du corps ; la pompe des trônes, des cours et des palais majestueux ; les somptueux édifices des villes ; les jardins et les champs autour des résidences de campagne, avec les divers témoignages de leur richesse, de leurs plaisirs et de leur gaieté ; de la manière la plus propre à frapper l’imagination et à exciter l’admiration et l’affection. Tel fut ce spectacle. » Notre Sauveur le savait très bien ; seulement il laisse Satan aller jusqu’au bout de sa corde, afin que sa victoire sur lui fût plus éclatante. Et maintenant, dit le diable : « Toutes ces choses (un bien grand tout, en vérité ; une pure bulle imaginaire !), je te les donnerai, si tu te prosternes et m’adores. » Il voudrait qu’on tînt pour acquis qu’il avait réussi dans les deux tentations précédentes : « Allons, tu vois que tu n’es pas le Fils de Dieu ; ou si tu l’es, tu vois quel Père peu bienveillant il est ; te voilà ici mourant de faim ; suis donc mon conseil, renie ta relation avec lui, fais ta vie pour toi-même, appelle-moi père, demande-moi des bénédictions, et je te donnerai tout cela ; tandis que tout ce que je désire en retour n’est qu’une révérence : prosterne-toi seulement et adore-moi. » Ici Satan se découvre ouvertement : c’était là, en vérité, un coup d’adieu désespéré. N’est-il pas grand temps, ô toi, ennemi des âmes, qu’il te soit commandé de partir ? Rempli d’une sainte indignation devant un traitement si infernal, et ne supportant pas même la pensée de faire sa vie pour lui-même, ou de détourner la moindre partie de son cœur et de ses affections de son Père, ou de les partager entre son Dieu et le monde : « Alors Jésus lui dit: Retire-toi, Satan (je te connais, je sais qui tu es, sous tous tes déguisements) ; retire-toi, grand adversaire ; car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. C’est là le grand commandement de la loi ; c’est là le commandement que mon Père a donné autrefois à son Israël ; et voudrais-tu que moi, qui suis venu accomplir la loi et les prophètes, j’en devienne si honteusement transgresseur ? Retire-toi, je ne supporterai pas plus longtemps ton insolence : tes autres tentations étaient infernales, comme toi-même, mais celle-ci l’est d’une manière intolérable ; retire-toi donc, Satan : mon Père céleste est le Seigneur mon Dieu, et je ne servirai que lui seul. »
Et maintenant la bataille est finie ; l’important combat est terminé ; Jésus est resté maître du champ : Satan est mis en déroute et entièrement mis en fuite. « Alors », quand le diable vit que Jésus pouvait résister même à l’appât doré, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie, dans les deux dernières tentations, aussi bien qu’à la convoitise de la chair dans la première, désespérant du moindre succès, et tout étourdi par ce tout-puissant Retire-toi, Satan, « le diable le laissa ».
L’enfer, nous pouvons bien le supposer, comme les Philistins d’autrefois, fut confondu, et poussa un horrible gémissement, quand ils virent leur grand Goliath, en qui ils s’étaient si longtemps confiés, ainsi honteusement et totalement défait en pas moins de trois batailles rangées. Le premier Adam ne fut assailli qu’une fois, et fut vaincu ; mais le second Adam, quoique assailli à plusieurs reprises, en sort sans le moindre péché, non seulement vainqueur, mais plus que vainqueur. Ne pensez-vous pas qu’il y eut de la joie, une joie ineffable dans le ciel, en cette glorieuse occasion ? Ne pensez-vous pas que les anges, ces fils de Dieu, et la multitude de l’armée céleste, qui poussèrent de si grands cris à la naissance de notre Seigneur, répétèrent, s’il est possible, avec une extase plus grande encore, cet hymne céleste : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » ? Pendant un temps, ils n’avaient été que spectateurs ; des ordres, pouvons-nous supposer, avaient été donnés qu’ils se tinssent seulement à l’entour, sans secourir leur Seigneur priant, jeûnant et tenté ; mais maintenant la défense est levée : Satan s’en va, et « voici, des anges vinrent auprès de Jésus, et le servaient. » ; ils vinrent pourvoir à ses besoins corporels, et le féliciter de la glorieuse et complète victoire qu’il avait remportée : quelques-uns d’entre eux, peut-être, avaient rendu ce bon office à Élie longtemps auparavant ; et c’est avec une joie indiciblement plus grande qu’ils le rendent maintenant au Seigneur d’Élie. Son Père lui envoie du pain du ciel ; et par là il lui fait savoir que, malgré les horribles tentations dont il avait été assailli, il est son propre Fils bien-aimé, en qui et avec qui il avait mis toute son affection.
Et y eut-il de la joie dans le ciel en cette heureuse occasion ? Quelle joie égale, et, s’il est possible, quelle joie infiniment plus grande ne devrait-il pas y avoir parmi les enfants de Dieu ici sur la terre ? Car nous ferions bien de nous souvenir que notre bienheureux Seigneur, dans ce grand combat contre le dragon et dans cette victoire sur lui, agissait comme une personne publique, comme chef fédéral de son corps mystique, l’Église, savoir le représentant commun de tous les croyants. Nous pouvons donc recueillir de ce bienheureux passage de puissantes consolations ; puisque, par la victoire de notre Seigneur sur Satan, nous sommes assurés de la nôtre, et que, en attendant, nous pouvons recourir à lui comme à un souverain sacrificateur compatissant, qui a été tenté comme nous en toutes choses, afin d’être rendu capable, par expérience, de nous secourir quand nous sommes tentés.
Qui, qui, après avoir entendu ou lu ceci, peut se croire durement traité, ou entièrement rejeté de Dieu, parce qu’il est tenté au meurtre de soi-même, au blasphème, ou à quelque autre crime horrible et révoltant ? Qui peut s’étonner que vague après vague soit permise, et qu’une épreuve suive sur les talons d’une autre ? Qui peut s’étonner que Satan les poursuive jusqu’aux saintes ordonnances, et les tente de douter de la réalité de toutes leurs manifestations, et de leur qualité d’enfants de Dieu, même après qu’ils ont joui de la communion la plus intime et la plus délicieuse avec leur Père céleste ? Notre Seigneur ne fut-il pas traité ainsi ? Et « le serviteur sera-t-il plus que son seigneur, ou le disciple plus que son maître ? » Non, il suffit au serviteur d’être comme son seigneur, et au disciple comme son maître.
Mais, sans m’arrêter à une application générale, voyons quelles leçons particulières on peut tirer de cette touchante portion de la sainte Écriture.
Et Premièrement, notre Seigneur fut-il ainsi violemment assailli dans le désert ? Nous pouvons donc apprendre que, quelque profitables que soient la solitude et la retraite quand on en use en temps convenable, poussées à l’extrême elles sont nuisibles, et favorisent la tentation plutôt qu’elles ne la préviennent. Malheur à celui qui est ainsi toujours seul ; car il n’a pas de second pour le relever quand il tombe, ni pour le conseiller quand il est tenté. Comme un ermite d’Amérique me le dit un jour, quand je lui demandai s’il trouvait que ce genre de vie diminuait ses tentations : « Ne sais-tu pas, ami (dit-il), qu’un arbre qui pousse seul est plus exposé aux vents et aux tempêtes qu’un autre qui se tient entouré d’autres arbres dans les bois ? » Notre Seigneur le savait, et c’est pourquoi il fut emmené par l’Esprit dans le désert pour être tenté par le diable. Seigneur, garde-nous de nous conduire nous-mêmes dans cette tentation, et secours-nous, soutiens-nous, toutes les fois que ta providence nous y conduit ! Alors, et alors seulement, nous serons en sûreté au milieu des traits enflammés du grand ennemi de nos âmes.
Secondement, Notre Seigneur se prépara-t-il à son ministère public par la prière, le jeûne et la tentation ? Assurément donc tous ceux qui font profession d’être intérieurement poussés par le Saint-Esprit à prendre sur eux l’office et l’administration de l’Église devraient être préparés de la même manière. Car, bien que la connaissance des livres et des hommes soit bonne à sa place, cependant, si l’on n’y ajoute la connaissance des ruses de Satan, un ministre ne sera que comme un médecin qui entreprend de prescrire des remèdes aux malades sans avoir étudié la nature des plantes. Et de là vient, il est à craindre, que bien des âmes chargées et affligées ont été envoyées par certains ministres chez les chirurgiens pour se faire saigner au bras, au lieu d’être dirigées vers le sang de Christ pour purifier leurs cœurs. De là vient que la conviction de péché est regardée comme un délire, et que les tentations violentes sont condamnées comme une pure folie. De là vient que des âmes qui se repentent vraiment et ardemment de leurs péchés, et qui cherchent aussi ardemment le repos en Christ, ont été dirigées vers les spectacles, les nouvelles, les romans et les joyeuses compagnies, pour les détourner d’être justes à l’excès. Misérables consolateurs que de tels guides aveugles ! Assurément, ils ne méritent pas de meilleur titre que celui de meurtriers d’âmes ! Ils n’entrent pas eux-mêmes dans le royaume des cieux, et ceux qui y entrent, ils voudraient par ce moyen les en empêcher. Ne les suivez pas, vous tous, jeunes hommes, qui voudriez être de capables ministres du Nouveau Testament ; mais au contraire, si vous voulez être utiles pour panser ceux qui ont le cœur brisé, et pour verser l’huile de la consolation dans les âmes blessées, préparez-vous à des tentations diverses. Car, comme dit Luther, « la prière et la méditation, la lecture et la tentation, font le ministre ». Si vous êtes maintenant exercés par des combats spirituels, ne vous découragez pas ; c’est un bon signe que notre Seigneur a l’intention de se servir de vous. Étant ainsi tentés comme vos frères, vous serez d’autant plus capables de secourir et de conseiller ceux qui s’adresseront à vous dans leurs tentations. Que dit l’apôtre Paul ? « Si nous sommes affligés, c’est pour vous. » Et si vous êtes affligés, ce n’est que pour sauver vos propres âmes, et pour aider à sauver les âmes de ceux qui seront confiés à vos soins. Fortifiez-vous donc dans la grâce qui est en Jésus-Christ, et apprenez à supporter les souffrances, comme de bons soldats qui doivent plus tard enseigner aux autres comment combattre le bon combat de la foi.
Troisièmement, Le tentateur vint-il à Christ quand il le vit affamé ? Que ceux d’entre vous qui sont réduits à une condition basse apprennent de là qu’une heure de pauvreté est une heure de tentation, non seulement au murmure et au doute touchant notre qualité de fils et la faveur divine, mais aussi à nous tirer d’affaire par des moyens illicites. « Si tu es Fils de Dieu, dit Satan, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » C’est ce que redoutait Agur : « de peur que, dans la pauvreté, je ne dérobe ». Apprenez, pauvres pieux, à être sur vos gardes, et souvenez-vous que la pauvreté et les tentations ne sont pas des marques que Dieu vous ait rejetés. Votre Seigneur eut faim ; votre Seigneur fut tenté, à cause de cela, de douter qu’il fût Fils, avant vous. Apprenez de lui, non à vous défier, mais plutôt à vous confier en votre Père céleste. Des anges vinrent et servirent Christ ; et celui qui est le Seigneur des anges enverra quelque bon messager pour soulager vos besoins. Votre extrémité sera l’occasion pour le Rédempteur de vous secourir. Faites-lui connaître vos besoins ; il prend soin de vous. Quoique vous soyez dans un désert, quoique aucun moyen visible ne paraisse présentement, vous trouverez pourtant, au temps marqué par Dieu, une table dressée pour vous et pour les vôtres ; « car L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Et ceux d’entre vous qui sont élevés, aussi bien que ceux qui sont abaissés, ne peuvent-ils pas apprendre aussi, de ce que Satan transporta le Seigneur Jésus et le plaça sur le haut du temple, une leçon de sainte vigilance et de prudence ? Les lieux élevés sont des lieux glissants, et ils sont propres à donner le vertige même aux têtes les plus fortes et aux cœurs les plus dévots. Combien donc est nécessaire cette excellente requête de notre Litanie : « En tout temps de notre prospérité (aussi bien qu’en tout temps de notre tribulation), bon Seigneur, délivre-nous ! » Conformément à cela, Agur prie autant contre les richesses que contre la pauvreté : s’il était pauvre, il craignait d’être tenté de dérober ; s’il était riche, de se confier en des richesses incertaines, et de dire : Qui est l’Éternel?
J’exhorte donc solennellement vous tous qui êtes riches et élevés dans ce monde à veiller et à prier, de peur que vous ne tombiez par la tentation de Satan. Ceux d’entre vous surtout qui sont placés comme sur le haut du temple, élevés au-dessus de leurs semblables dans l’Église de Dieu, prenez garde d’une manière toute spéciale à vous-mêmes, de peur que, par l’orgueil spirituel, la vanité, ou quelque autre péché qui enveloppe si facilement les personnes placées en de si hautes positions, vous ne vous jetiez en bas. C’est là ce que Satan vise. Il s’efforce de faire de nous nos propres destructeurs. Et il a une inimitié particulière contre des gens tels que vous ; il sait que votre nom est Légion, et que si vous vous jetez en bas, il gagnera un grand avantage sur beaucoup d’autres ; vous ne pouvez tomber seuls. Oh ! puisse-t-on dire de nous ce que les papistes avaient coutume de dire de Luther : « Cette bête allemande n’aime pas l’or. » Que le feu de l’amour divin consume dans vos cœurs tout amour de ce présent siècle mauvais, et l’orgueil de la vie ! C’est cela que Satan réserva pour la fin, pensant que c’était la tentation la plus puissante et la plus efficace : « Il transporta notre Seigneur sur une montagne très élevée, et lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire. » Peu lui importe à quelle hauteur il nous élève, ou à quel haut prix il est obligé de surenchérir, pourvu qu’il puisse seulement partager nos cœurs entre Dieu et le monde. Tout cela, il offrira de nous le donner, si seulement nous voulons nous prosterner et l’adorer. Arme-nous, cher Seigneur Jésus, de ton Esprit, et aide-nous, en toutes ces circonstances, à apprendre de toi, et à dire au tentateur : « Retire-toi, Satan! Car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »
Quatrièmement, Que nous soyons assaillis de cette tentation ou de toute autre, apprenons tous de notre Seigneur à combattre le diable avec l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu. Quoiqu’il eût l’Esprit sans mesure, il se servit pourtant toujours de celle-ci. Nous pouvons en dire ce que David disait de l’épée de Goliath : « Il n’y en a point de pareille », il n’y en a point de pareille. Et à supposer qu’il soit permis à Satan de se déguiser en ange de lumière, et, par de fausses impressions et des applications trompeuses de textes mal cités, d’essayer de retourner cette arme contre nous-mêmes, ne nous laissons pas pour autant persuader de la lâcher, mais, en comparant les choses spirituelles avec les spirituelles, comme fit notre Seigneur, découvrons la pensée de Dieu et notre devoir. Si les enfants et les ministres de Christ avaient seulement observé cette unique leçon, combien de feu étranger aurait été bientôt éteint ! Combien de véritable fanatisme aurait été aisément arrêté ! Combien de révélations imaginaires auraient été démasquées ! Combien de triomphes de Satan et de ses émissaires auraient été prévenus ! Et combien les consolations du peuple et des ministres de Christ auraient été davantage maintenues et accrues, non seulement en ce siècle présent, mais en tout âge de l’Église chrétienne ! Mais ne nous décourageons pas, et ne pensons pas plus mal de Christ, de sa cause ou de sa parole, parce que, par la subtilité de Satan, quelques-uns d’entre nous, ou d’autres, ont pu être entraînés à en faire de fausses applications ; d’autres ont été ainsi tentés et se sont ainsi trompés avant nous. Toutefois, humilions-nous devant Dieu et devant les hommes, et que notre ignorance passée des ruses de Satan nous excite à nous attacher plus étroitement à la parole écrite, et à prier plus ardemment pour que le Saint-Esprit de Dieu nous donne par elle direction. « Alors elle sera encore une lampe à nos pieds, et une lumière sur notre sentier » ; nous serons encore rendus capables de nous conduire avec plus d’habileté dans toutes nos épreuves à venir. Nous devons nous attendre à en avoir encore beaucoup ; bien plus, peut-être nos tentations les plus rudes sont-elles encore à venir ; Satan quitta notre Seigneur, après l’avoir assailli dans le désert, « jusqu’à un moment favorable. », comme le dit saint Luc, jusqu’au temps de sa mort et de sa passion. Et il pourra lui être permis d’agir ainsi avec nous. Nous ne sommes pas encore parvenus à notre repos complet ; il nous faut encore lutter avec le Roi des épouvantements, et passer par la vallée de l’ombre de la mort ; bien avant cela, nous pouvons être appelés à endurer mainte épreuve de feu, et à être assaillis de tentations diverses, dans lesquelles nous pourrons ignorer comment nous conduire autant que dans celles qui nous ont déjà visités. Hélas ! nous ne savons pas quelles corruptions restent dans nos cœurs, que le temps et la tentation peuvent faire sortir et découvrir. Peut-être Satan ne nous a-t-il pas encore attaqués par notre côté le plus faible ; quand il le fera, si nous sommes laissés à nous-mêmes, combien serons-nous faibles ! On dit d’Achille qu’il était invulnérable, excepté au talon, et que ce fut par une blessure à cet endroit qu’il mourut à la fin. « Que celui qui revêt une armure ne se glorifie pas comme celui qui la dépose! » Mais, d’autre part, ne perdons pas courage et ne soyons pas effrayés. Satan peut tenter, mais il ne peut contraindre ; il peut cribler, mais Christ priera. Celui qui nous a déjà secourus nous secourra jusqu’à la fin. Celui qui a vaincu pour nous dans le désert nous rendra aussi, avant longtemps, plus que vainqueurs de toutes les épreuves et de toutes les tentations, intérieures et extérieures, et de la mort et de l’enfer même, par son amour tout-puissant, éternel et qui ne faillit jamais. Nous semons maintenant avec larmes ; dans très peu de temps, nous moissonnerons avec chants d’allégresse ; nous pouvons maintenant marcher en pleurant à cause de l’oppression de l’ennemi ; mais, avant longtemps, des anges seront envoyés, non pour nous servir dans ce désert, mais pour nous porter dans une Canaan céleste, savoir dans le sein d’Abraham. Alors nous verrons cet accusateur et ce tentateur de notre Seigneur, de nos frères et de nous-mêmes, précipité dehors : ce méchant, aussi bien que le monde méchant et le cœur méchant, n’aura plus la permission de nous tourmenter, de nous troubler ni de nous inquiéter.
« Mais Malheur à vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes! » Malheur à vous qui croyez qu’il n’y a point de diable, ou qui n’avez jamais senti aucune de ses tentations. Malheur à vous qui vivez tranquilles dans Sion, et qui, au lieu d’attendre d’être tentés par le diable, par l’oisiveté, la complaisance envers vous-mêmes, et le soin continuel de la chair, tentez même le diable de vous tenter. Malheur à vous qui, non contents de pécher vous-mêmes, vous faites les agents de l’enfer, et faites métier de tenter les autres au péché. Malheur à vous qui, ou bien niez la révélation divine, ou bien ne vous en servez jamais que pour un mauvais dessein. Malheur à vous qui vendez vos consciences et engagez vos âmes pour un peu de richesse ou d’honneur du monde. Malheur à vous qui montez aux places élevées, dans l’Église ou dans l’État, par la corruption, les pots-de-vin, l’extorsion, les courbettes, la flatterie, ou en vous prosternant devant les vices de ceux par qui vous espérez vous élever, et en les caressant. Malheur à vous ! Car, que vous vouliez reconnaître cette parenté ou non, assurément vous avez pour père le diable ; car vous voulez faire les œuvres de votre père ; je tremble pour vous. Comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne?
Mais je n’ai pas le temps de suivre plus loin des gens tels que vous. Ce discours, et la disposition présente de mon esprit, me portent plutôt à parler à ceux qui, pour avoir senti les traits enflammés de Satan, savent assurément qu’il y a un diable. Console, console, ô Seigneur, ces affligés. Ô Dieu tout miséricordieux et infiniment bienfaisant, et toi, souverain sacrificateur compatissant, toi, Sauveur autrefois tenté mais maintenant triomphant, comme tu n’as pas dédaigné autrefois d’être servi par des anges, bénis, nous t’en prions, ce discours, pour le soutien et la force de ton peuple tenté, bien qu’il ait été prononcé par le plus humble messager que tu aies jamais employé dans ton Église !
Je n’ajoute rien de plus. Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ! Que le Seigneur fasse lever sur vous la lumière de sa face, qu’il vous affermisse, vous fortifie, vous rende inébranlables, et vous amène dans son royaume éternel !
Chapitre 17 terminé
La tentation de Christ