Sermons choisis de George Whitefield
Christ, l’Époux du croyant

Chapitre 12 · 55 min de lecture · 1 h 12 min d’écoute

Christ, l’Époux du croyant

Ésaïe 54:5 — « Car ton créateur est ton époux. »

Bien que les croyants soient par nature éloignés de Dieu, et enfants de colère comme les autres, il est cependant étonnant de penser combien ils sont de nouveau rapprochés de lui par le sang de Jésus-Christ. L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, et il n’est monté au cœur d’aucun homme vivant de concevoir pleinement combien est étroite et chère la relation où ils se trouvent à l’égard de leur Chef commun. Il n’a pas honte de les appeler frères. Voici, dit le bienheureux Jésus aux jours de sa chair, « ma mère et mes frères. » Et de nouveau, après sa résurrection : « allez dire à mes frères. » Bien plus, il lui plaît parfois de nommer les croyants ses amis. « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis. » « Lazare, notre ami, dort. » Et qu’est-ce qu’un ami ? Eh bien, il est tel ami plus attaché qu’un frère, que dis-je, aussi proche que notre propre âme. Et « ton ami, (dit Dieu dans le livre du Deutéronome) qui est comme ton âme. » Ce sont là des appellations tendres et affectueuses, qui marquent sans aucun doute une union très étroite et ineffablement intime entre le Seigneur Jésus et les vrais membres vivants de son corps mystique ! Mais il me semble que les paroles de notre texte nous désignent une relation qui non seulement comprend toutes les autres relations, quelles qu’elles soient, mais qui les surpasse en étroitesse et en tendresse. Je veux dire celle d’un époux : « Car ton créateur est ton époux: L’Éternel des armées est son nom; Et ton rédempteur est le Saint d’Israël: Il se nomme Dieu de toute la terre. »

Ces paroles furent d’abord adressées au peuple des Juifs, considéré collectivement comme un peuple particulier, que notre Seigneur s’était fiancé et uni par mariage ; et elles semblent avoir été prononcées alors que la religion était en déclin dans leurs assemblées ; alors qu’ils avaient perdu, dans une grande mesure, cette vie et cette puissance dont ils avaient autrefois fait l’expérience, et que leurs ennemis commençaient à les insulter par un : « Où est maintenant votre Dieu ? » Un tel état de choses devait sans doute affliger profondément ceux qui pleuraient véritablement en Sion, et les porter à crier à l’Éternel dans leur profonde détresse. Il entend leur prière, ses entrailles s’émeuvent pour eux ; et, dans le verset précédent, il leur donne l’assurance que, bien que l’ennemi eût fait irruption sur eux comme un fleuve, leur extrémité serait pour lui l’occasion de lever contre lui un étendard. « Ne crains pas, (dit le grand Chef et Roi de son Église) car tu ne seras point confondue (finalement ou totalement) ; Ne rougis pas, (ne te laisse pas disperser ni abattre, en tenant tout pour perdu, comme si tu ne devais jamais voir de meilleurs jours, ni un autre réveil de la religion) car tu ne seras pas (entièrement) déshonorée ; » bien que pour un temps, pour ton humiliation et pour la plus grande confusion de tes adversaires, je leur permette de triompher de toi : « Car tu oublieras la honte de ta jeunesse, Et tu ne te souviendras plus de l’opprobre de ton veuvage ; » c’est-à-dire : je vous accorderai un autre souffle si glorieux de mon bienheureux Esprit que vous oublierez entièrement votre ancien état de veuve affligée, et que vous ne donnerez plus à vos ennemis l’occasion de vous insulter au sujet de votre condition d’enfance, mais plutôt de vous porter envie, de grincer des dents, et de se fondre à la vue de votre gloire et de votre prospérité inespérées. Et pourquoi le Jésus infiniment grand et condescendant agira-t-il ainsi envers son peuple ? Parce que l’Église est son épouse ; « Car, (comme dans les paroles qu’on vient de vous lire) ton créateur est ton époux ; ton rédempteur, le Saint d’Israël ; » c’est pourquoi il les aime trop pour laisser tes ennemis te fouler toujours aux pieds. « L’Éternel des armées est son nom, Il se nomme Dieu de toute la terre ; » c’est pourquoi il est armé d’une puissance suffisante pour secourir son peuple opprimé, pour vaincre tous leurs ennemis hautains et insultants et pour tirer vengeance d’eux.

Telle semble être l’interprétation première et naturelle du texte et du contexte, surtout si nous ajoutons qu’ils peuvent regarder plus loin, vers la gloire des derniers jours, et vers cet état bienheureux de l’Église que le peuple de Dieu a attendu dans tous les âges, et dont nous demandons sans doute la prompte venue quand nous faisons monter cette requête de notre Seigneur : « que ton règne vienne. »

Mais, bien que ces paroles aient d’abord été adressées aux Juifs, elles s’appliquent sans aucun doute à tous les croyants de tous les âges, et, développées comme il convient, elles nous fourniront une matière de discours appropriée tant aux pécheurs qu’aux saints ; à ceux qui connaissent Dieu, aussi bien qu’à ceux qui ne le connaissent pas ; et pareillement à ceux qui ont autrefois marché à la lumière de sa bienheureuse face, mais qui maintenant se sont éloignés de lui, qui ont suspendu leurs harpes aux saules, et qui craignent que leur bien-aimé ne soit parti et ne revienne plus jamais vers leurs âmes. En conséquence, sans m’étendre davantage en préambules, comme je suppose qu’une multitude mêlée de saints, de pécheurs non convertis et de rétrogrades est présente ici aujourd’hui, je m’efforcerai de parler sur les paroles du texte de manière que chacun ait la part qui lui convient, et que nul ne soit renvoyé à vide.

Pour poursuivre ce dessein, je veux,

I. M’efforcer de montrer ce qui doit se passer entre Jésus-Christ et nos âmes avant que nous puissions dire « que notre Créateur est notre époux. »

II. Montrer les devoirs d’amour que doivent à notre Seigneur ceux qui se trouvent avec lui dans une relation si étroite,

III. La misérable condition de ceux qui ne peuvent encore dire « que leur Créateur est leur époux. » Et

IV. Je conclurai par une exhortation générale à toutes ces âmes malheureuses de venir s’unir au cher Seigneur Jésus. Et ô ! puisse le Dieu qui bénit le serviteur d’Abraham, quand il alla chercher une femme pour Isaac son fils, me bénir, moi aussi, maintenant que je suis venu, m’appuyant, je l’espère, sur la force divine, pour inviter les pauvres pécheurs et rappeler les rétrogrades à mon Maître Jésus !

Et premièrement, je dois montrer ce qui doit se passer entre Jésus-Christ et nos âmes avant que nous puissions dire : « Notre Créateur est notre époux. »

Mais, avant d’en venir là, il ne sera peut-être pas hors de propos de remarquer que si quelques-uns d’entre vous, au milieu desquels je prêche maintenant le royaume de Dieu, sont ennemis de la religion intérieure, et rejettent avec mépris la doctrine des sentiments intérieurs comme de l’enthousiasme, du jargon et des sottises, je ne serai pas surpris si vos cœurs se soulèvent contre moi pendant que je prêche ; car je vais parler de la piété véritable, vivante, intérieure ; et un apôtre inspiré nous a dit « que l’homme animal ne discerne pas les choses de l’Esprit, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. » Mais toutefois, ayez des sentiments nobles comme les Béréens ; sondez les Écritures comme eux ; mettez de côté les préjugés ; écoutez comme Nathanaël, d’une oreille de véritable Israélite ; soyez disposés à faire la volonté de Dieu ; et alors, selon la promesse de notre très cher Seigneur, vous « connaîtrez si cette doctrine est de Dieu, ou si je parle de mon chef. »

Je voudrais encore faire remarquer que si quelques-uns ici attendent de moi aujourd’hui de beaux discours, ils s’en iront, selon toute probabilité, déçus. Car je ne suis pas venu ici pour tirer par-dessus la tête des gens ; mais, s’il plaît au Seigneur de me bénir, pour atteindre leurs cœurs. Je m’efforcerai donc de revêtir mes pensées d’un langage si simple que le plus humble nègre ou serviteur, s’il plaît à Dieu de lui donner une oreille qui écoute, puisse me comprendre ; car je suis certain que si les pauvres et les ignorants peuvent comprendre, les savants et les riches le pourront aussi.

Ceci posé, montrons ce qui doit se passer entre Jésus-Christ et nos âmes avant que nous puissions dire : « notre Créateur est notre époux. »

Or, afin de traiter ce point d’une manière plus pertinente et plus intelligible, il ne sera pas inutile de considérer ce qu’il est nécessaire de faire avant qu’un mariage entre deux parties, parmi nous, puisse être tenu pour valide aux yeux de Dieu et des hommes. Et cela nous conduira d’une manière familière à montrer ce qui doit être fait, ou ce qui doit se passer entre nous et Jésus-Christ, avant que nous puissions dire : « notre Créateur est notre époux. »

Et premièrement, dans tout mariage légitime, il est absolument nécessaire que les parties qui doivent être unies dans ce saint et honorable état soient effectivement et légalement libres de tout engagement antérieur, quel qu’il soit. « Une femme est liée à son mari, (dit l’apôtre) tant que son mari est vivant. » La même loi vaut à l’égard de l’homme. De même encore, si l’une des parties est fiancée et promise à une autre, bien qu’elle ne lui soit pas effectivement mariée, le mariage n’est pas légitime tant que cet engagement antérieur et cette promesse n’ont pas été loyalement et mutuellement dissous. Or, il en est exactement ainsi entre nous et le Seigneur Jésus. Car nous naissons tous par nature sous la loi, considérée comme une alliance des œuvres, et nous lui sommes mariés. De là vient que nous sommes si attachés à établir une justice qui nous soit propre, et que nous nous y employons avec tant d’artifice. Il nous est aussi naturel de le faire que de respirer. Nos premiers parents, Adam et Ève, même après que l’alliance de grâce leur eut été révélée dans cette promesse : « la postérité de la femme écrasera la tête du serpent », auraient de nouveau étendu la main et saisi l’arbre de vie, dont ils avaient perdu le droit, si Dieu ne les avait chassés du paradis, et ne les avait pour ainsi dire contraints d’être sauvés par grâce. Et ainsi tous leurs descendants courent naturellement vers les œuvres, et veulent être sauvés, en partie du moins, sinon entièrement, par elles. Et même les âmes que la grâce a touchées, qui sont renouvelées intérieurement, trouvent en elles, dans la mesure où le vieil homme y demeure, une forte inclination de ce côté. De là vient que les hommes naturels sont en général si attachés aux principes arminiens. « Fais, et tu vivras », voilà le langage natif d’un cœur orgueilleux et propre juste. Mais avant que nous puissions dire : « notre Créateur est notre époux », il faut que nous soyons délivrés de notre ancien mari, la loi ; il faut que nous renoncions à notre propre justice, à nos propres œuvres et accomplissements, pour ce qui est de nous y appuyer, en tout ou en partie, les regardant comme de la boue et des scories, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ notre Seigneur. Car c’est ainsi que parle l’apôtre Paul aux Romains, au chapitre 7:4 : « Vous aussi vous avez été, par le corps de Christ, mis à mort en ce qui concerne la loi (en tant qu’alliance des œuvres), pour que vous soyez mariés à un autre, à celui qui est ressuscité des morts. » Comme il dit aussi dans un autre endroit : « Je vous ai fiancés, comme une vierge pure, à Jésus-Christ. » Tel fut le cas de l’apôtre lui-même. Tant qu’il s’appuyait sur sa qualité d’Hébreu né d’Hébreux, et se croyait en sûreté parce que, quant à l’observation extérieure de la loi, il était irréprochable, il était entièrement étranger à la vie divine : mais quand il commença à faire l’expérience de la puissance de la résurrection de Jésus-Christ, nous le voyons, dans son épître aux Philippiens, renoncer absolument à tous ses privilèges extérieurs et à toute sa justice pharisaïque : « Oui, sans doute, et même je regarde toutes choses comme une perte, que dis-je, comme de la boue, afin de gagner Christ, et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi. » Et il doit en être ainsi de nous, avant que nous puissions dire : « notre Créateur est notre époux. » Bien que nous ne soyons peut-être pas travaillés de la manière extraordinaire dont l’apôtre le fut, il faut néanmoins que nous soyons morts à la loi, que nous soyons fiancés comme des vierges pures à Jésus-Christ, et que nous tenions tous nos privilèges extérieurs et nos œuvres les plus éclatantes (comme on l’a fait remarquer plus haut) seulement « comme de la boue et des scories, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ notre Seigneur. »

Mais de plus : avant qu’un mariage parmi nous puisse être valable en droit, il ne suffit pas que les deux parties soient libres de tout engagement antérieur ; il faut encore un consentement mutuel de part et d’autre. Nous n’avons pas coutume de marier les gens contre leur gré. C’est ce que les Juifs appelaient les fiançailles, chose qui précédait la célébration du mariage. Ainsi voyons-nous que la vierge Marie est dite fiancée à Joseph avant qu’ils eussent habité ensemble, Matthieu 1:18. Et il en est ainsi parmi nous. Les deux parties sont d’accord d’avance, et pour ainsi dire fiancées l’une à l’autre, avant que nous publiions ce que nous appelons les bans de leur mariage. Et il en sera de même dans le mariage spirituel entre Jésus-Christ et nos âmes. Avant que nous soyons effectivement mariés ou unis à lui par la foi ; ou, pour nous en tenir aux termes du texte, avant que nous puissions dire avec assurance que « notre Créateur est notre époux », il faut que nous devenions un peuple de bonne volonté au jour de la puissance de Dieu ; il faut que nous soyons doucement et efficacement persuadés par le Saint-Esprit de Dieu que le glorieux Emmanuel veut bien nous accepter tels que nous sommes, et aussi que nous voulons bien l’accepter à ses propres conditions, oui, à n’importe quelles conditions. Et quand une fois on en est là, le mariage spirituel avance rapidement, et il ne manque plus qu’une chose pour le rendre complet. Et quelle est-elle ? Une union effective.

D’après ce qui a été dit, la personne la plus pauvre et la plus illettrée qui soit ici présente ne peut-elle pas aisément savoir si elle est, ou non, réellement mariée à Jésus-Christ ? Quelques-uns, à la vérité, je le crains, sont assez présomptueux pour affirmer, du moins pour insinuer, qu’il n’y a pas moyen de savoir, ou d’être pleinement assuré, tant que nous sommes ici-bas, si nous sommes en Christ ou non. Ou du moins que, si la chose existe, elle est très rare, ou qu’elle fut seulement le privilège des premiers croyants. Une partie de cela est vraie, et une partie absolument fausse. Que ce glorieux privilège d’une pleine assurance soit très rare, ce n’est que trop, trop vrai. Et il est également trop vrai que les vrais chrétiens, comparativement parlant, sont très rares aussi. Mais qu’il n’y ait rien de tel, ou que ce fût seulement le privilège des premiers disciples de notre bienheureux Seigneur, c’est directement contraire à la parole de Dieu. « Nous connaissons (dit saint Jean, parlant des croyants en général) que nous sommes à lui, par l’Esprit qu’il nous a donné ; » et : « Celui qui croit a ce témoignage en lui-même ; » « parce que vous êtes fils, (dit saint Paul) Dieu a envoyé son Esprit dans vos cœurs, l’Esprit d’adoption, par lequel nous crions: Abba! Père! » Non que j’ose affirmer qu’il n’y ait aucun vrai chrétien qui n’ait cette pleine assurance de la foi, et qui ne sache clairement que son Créateur est son époux. En parlant ainsi, je condamnerais sans doute quelques-uns de la race des chers enfants de Dieu qui, par la prédominance de l’incrédulité, du péché qui habite en eux, de la paresse spirituelle, ou peut-être faute d’avoir été instruits des privilèges des croyants, peuvent marcher dans les ténèbres et ne voir aucune lumière ; c’est pourquoi, bien que je n’ose affirmer qu’une pleine assurance de la foi soit absolument nécessaire à l’existence même d’un chrétien, j’ose cependant soutenir qu’elle est absolument nécessaire à son bien-être. Et, pour ma part, je ne puis concevoir comment des personnes qui prétendent au christianisme peuvent demeurer satisfaites ou contentes sans elle. C’est là s’arrêter en deçà du Jourdain, et pour de bon. Et c’est donner aux autres trop de raisons de soupçonner que de telles personnes, si haute que soit leur profession, n’ont encore aucune vraie grâce salutaire.

Les hommes dont le cœur est attaché aux biens de ce monde, ou, pour parler le langage de notre Seigneur, « les enfants de ce siècle », n’agissent pas ainsi. Je suppose qu’il n’y a guère un seul négociant dans cette grande assemblée, surtout en ces temps troublés, qui veuille hasarder son navire ou sa cargaison sans les avoir d’abord assurés, tant contre la violence d’un ennemi que contre une tempête. Et je suppose qu’il n’y a guère une seule maison de quelque valeur, dans aucune ville ou cité populeuse, dont le propriétaire n’ait pris une police au bureau d’assurance contre l’incendie, pour l’assurer en cas de feu. Et puis-je être assez déraisonnable pour penser qu’il y a moyen de mettre en sûreté mes biens et ma maison, et qu’il n’y a pas moyen d’assurer ce qui est infiniment plus précieux, mon âme précieuse et immortelle ? Ou, s’il y a un tel moyen, comme il y en a un sans aucun doute, quelle folie des folies ne doit-ce pas être chez des hommes qui prétendent être des hommes de talent, de bon sens et de solide raisonnement, que d’être si soucieux d’assurer leurs navires contre la tempête et leurs maisons contre le feu, et de n’être pas, en même temps, indiciblement plus empressés à prendre une police au bureau d’assurance du ciel, à savoir le sceau et le témoignage du bienheureux Esprit de Dieu, pour assurer leurs âmes contre cette tempête de la colère divine et cette vengeance du feu éternel qui, au dernier jour décisif, fondra sur tous ceux qui ne connaissent pas Dieu, et qui n’ont pas obéi à son Évangile de grâce ? Affirmer donc qu’il n’y a pas moyen de savoir que « notre Créateur est notre époux », ou que ce fut un privilège particulier aux premiers chrétiens, c’est, pour parler dans les termes les plus doux, à la fois déraisonnable et contraire à l’Écriture. Non que tous ceux qui peuvent dire que leur Créateur est leur époux puissent rendre un compte également clair et distinct du temps, de la manière et des moyens par lesquels ils ont été spirituellement unis et mariés par la foi au bienheureux Époux de l’Église. Il peut y en avoir aujourd’hui, comme autrefois, qui sont sanctifiés dès le sein de leur mère. Et d’autres, dans leur enfance et leur minorité, ont été pour ainsi dire convertis en silence. Ceux-là pourront peut-être dire, comme une petite fille écossaise, maintenant auprès de Dieu, à qui je demandais si Jésus-Christ lui avait ôté son vieux cœur et lui en avait donné un nouveau : « Monsieur, il se peut, (dit-elle) que je ne puisse vous dire exactement le temps et le lieu ; mais ce que je sais, c’est que c’est fait. » Et à vrai dire, il n’importe pas tellement, bien que ce soit sans doute très satisfaisant, que nous ne puissions raconter toutes les circonstances minutieuses et particulières qui ont accompagné notre conversion, pourvu que nous soyons maintenant véritablement convertis, et que nous puissions dire que l’œuvre est faite, et que « notre Créateur est notre époux. » Et je doute qu’il y ait un seul croyant adulte, maintenant sur la terre, ayant vécu avant sa conversion dans le péché, secret ou manifeste, qui ne puisse, dans une bonne mesure, rendre compte du commencement et des progrès d’une œuvre de grâce dans son cœur.

Qu’en pensez-vous ? Ai-je besoin de dire aux personnes mariées de cette assemblée qu’il leur faut aller à l’université et apprendre les langues avant de pouvoir dire si elles sont mariées ou non ? Ou, si leur mariage était mis en doute, ne pourraient-elles pas, à votre avis, produire leurs certificats, pour attester le temps et le lieu de leur mariage, et le ministre qui les a unis dans ce saint état ? Et si vous êtes adultes, et réellement mariés à Jésus-Christ, quoique vous soyez peut-être sans instruction, et de ceux que le monde appelle des hommes illettrés, ne pouvez-vous pas me dire le commencement, les progrès et la consommation du mariage spirituel entre Jésus-Christ et vos âmes ? Ne connaissez-vous pas le temps où vous fûtes pour la première fois sous l’attrait du Père, et où Jésus commença à vous rechercher pour lui-même ? Dis-moi, ô homme, dis-moi, ô femme, ne connais-tu pas le temps, ou du moins ne sais-tu pas qu’il y eut un temps, où le bienheureux Esprit de Dieu te dépouilla des feuilles de figuier de ta propre justice, te débusqua d’entre les arbres du jardin de tes œuvres, t’arracha aux embrassements de ton ancien mari, la loi, et te fit avoir en horreur ta propre justice comme autant de haillons souillés ? Ne peux-tu pas te souvenir du moment où, après une longue lutte avec l’incrédulité, Jésus t’apparut comme plein de charme, puissant et disposé à sauver ? Et ne peux-tu pas songer à une saison où ton propre cœur obstiné fut amené à fléchir, et où tu fus rendu disposé à l’embrasser, tel qu’il t’est librement offert dans l’Évangile éternel ? Et ne peux-tu pas, avec une joie ineffable, te rappeler quelque heureuse époque, quelque moment précis, où un je ne sais quoi de sacré (peut-être n’aurais-tu pas su dire alors ce que c’était) captiva et remplit ton cœur, de sorte que tu pus dire, dans un transport de sainte surprise et une extase d’amour divin : « Mon Seigneur et mon Dieu! Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui ; je sais que mon rédempteur est vivant ; » ou, pour nous en tenir aux paroles de notre texte : « Mon Créateur est mon époux. » Assurément, au milieu de cette grande et solennelle assemblée, il y en a beaucoup qui peuvent répondre affirmativement à ces questions. Car ce sont là des choses qui ne s’oublient pas aisément ; et le jour de nos fiançailles est généralement un jour très remarquable, un jour dont on garde un éternel souvenir.

Et quelqu’un d’entre vous peut-il vraiment, sur de bons fondements, dire que son Créateur est son époux ? Ne puis-je donc pas (comme on a coutume de souhaiter de la joie à ceux qui viennent d’entrer dans l’état du mariage) vous féliciter de votre heureux changement, et vous souhaiter de la joie de tout mon cœur ? Je suis sûr qu’il y eut de la joie dans le ciel le jour de vos fiançailles : et pourquoi la bienheureuse nouvelle ne causerait-elle pas de la joie sur la terre ? Ne puis-je pas vous adresser le langage de notre Seigneur aux femmes qui vinrent visiter son sépulcre : « Je vous salue ! » car vous êtes grandement favorisés. Bénis êtes-vous entre les hommes, bénies êtes-vous entre les femmes ! Toutes les générations vous diront bienheureux. Quoi ! « votre Créateur est-il votre époux ? Le Saint d’Israël votre rédempteur ? » Cieux, chantez ; terre, réjouis-toi ! Quel étonnant abaissement que celui-là ! Quelle chose nouvelle Dieu a créée sur la terre ! Vos cœurs, ô croyants, ne brûlent-ils pas au-dedans de vous quand vous méditez sur cette ineffable condescendance de celui qui est le Très-Haut, dont la demeure est éternelle ? Pendant que vous méditez, le feu sacré de l’amour divin ne s’allume-t-il pas dans vos âmes ? Et de l’abondance de vos cœurs, votre langue ne parle-t-elle pas souvent, et n’appelez-vous pas tout ce qui est au-dedans de vous à louer et à magnifier le saint nom de votre Rédempteur ? Cette parole qui exalte Dieu et abaisse le moi n’est-elle pas souvent dans votre bouche : « Pourquoi moi, Seigneur, pourquoi moi ? » Et n’êtes-vous pas souvent contraints d’éclater en cette pieuse exclamation de Salomon, quand la gloire de l’Éternel remplit le temple : « Dieu habiterait-il véritablement avec l’homme ? » l’homme ingrat, rebelle, mauvais, et digne de l’enfer ! Ô mes frères, mon cœur s’élargit envers vous ! Des larmes, pendant que je parle, sont prêtes à jaillir. Mais ce sont des larmes d’amour et de joie. Comment leur donnerai-je libre cours ? Comment dépeindrai-je ton bonheur, ô croyant, toi l’épouse de Dieu ! Et ton Créateur est-il ton époux ? Son nom est-il « L’Éternel des armées » ? Qui donc craindrais-tu ? Et ton rédempteur est-il le Saint d’Israël ? Il se nommera le Dieu de toute la terre ! De qui donc aurais-tu peur ? Celui qui te touche touche la prunelle même de l’œil de Dieu. « Les cheveux mêmes de ta tête sont tous comptés ; » et « il vaudrait mieux pour un homme qu’on lui attachât au cou une meule de moulin et qu’on le noyât dans la mer, que de t’offenser injustement. »

Je te salue (il faut que je le répète encore), toi, l’épouse de l’Agneau ! Car tu es toute resplendissante au-dedans, et belle de la beauté que ton céleste Époux a mise sur toi. Ton vêtement est en vérité tissu d’or ; et, avant peu, le Roi te fera paraître vêtue d’habits brodés, et te présentera irréprochable devant son Père, sans tache, ni ride, ni rien de semblable. En attendant, il vous arrivera du bien, et vous serez heureux, vous qui êtes mariés à Jésus-Christ : car tout ce que Christ possède est à vous. « Il a été fait pour vous, de par Dieu, sagesse, justice, sanctification et rédemption éternelle. » « Soit Paul, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir ; tout est à vous. » Tous ses attributs sont engagés pour votre conservation, et toutes choses concourront à votre bien, à vous qui aimez Dieu, et qui, étant ainsi mariés au Seigneur Jésus, donnez une preuve évidente que vous êtes appelés selon son dessein. Qu’en dites-vous ? Quand vous méditez sur ces choses, n’êtes-vous pas souvent prêts à vous écrier : Que rendrons-nous à l’Éternel pour toutes ces miséricordes qu’il lui a plu de nous accorder par sa grâce gratuite et imméritée ? Car, bien que vous soyez morts à la loi en tant qu’alliance des œuvres, vous êtes cependant vivants à la loi en tant que règle de vie, et vous êtes dans la loi, ou sous la loi (car l’une et l’autre expression semblent signifier la même chose), envers votre glorieux Époux, Jésus-Christ.

Passons donc au

Second point général, sous lequel je devais montrer quels devoirs d’amour doivent à Jésus-Christ ceux qui ont le bonheur de pouvoir dire : « Mon Créateur est mon époux. »

Je dis : des devoirs d’amour. Car, étant maintenant mariés à Jésus-Christ, vous ne travaillez pas pour obtenir la vie, mais parce que vous avez la vie. L’amour de Dieu vous presse, de sorte que, s’il n’y avait point de loi écrite, ou à supposer que Jésus voulût vous affranchir de son joug, vous diriez, dans la mesure où la grâce l’emporte dans vos cœurs : nous aimons notre bienheureux Époux, et nous ne voulons pas le quitter.

Et qu’est-ce que le Seigneur demande de vous ? Afin de parler sur ce point aussi clairement que possible, nous suivrons la méthode par laquelle nous avons commencé ; et, en poursuivant l’allégorie, et en examinant ce qui est requis des épouses vraiment chrétiennes sous l’Évangile, nous en déduirons ce que notre Seigneur peut justement exiger de ceux qui lui sont unis par la foi, et qui peuvent donc dire : « notre Créateur est notre époux. »

Et ici, allons à la loi et au témoignage. Que dit l’Écriture ? « Que la femme ait soin de respecter son mari. » C’est sans doute le devoir des femmes mariées d’avoir une haute idée de leurs maris. De qui les maris peuvent-ils à bon droit exiger le respect, si ce n’est de leurs femmes ? L’expression de l’apôtre est emphatique : « Que la femme ait soin de respecter son mari ; » ce qui implique que les femmes, quelques-unes du moins, ne sont que trop portées à manquer de respect à leurs maris ; comme Mical, fille de Saül, méprisa David dans son cœur, quand elle lui dit d’un ton railleur, 2 Samuel 6:20 : « Quel honneur aujourd’hui pour le roi d’Israël de s’être découvert aux yeux des servantes de ses serviteurs, comme se découvrirait un homme de rien! »

C’est là une source et une fontaine d’où découlent souvent bien des maux domestiques. Les femmes devraient se souvenir du caractère que les maris revêtent dans l’Écriture. Ils sont pour elles ce que Christ est pour l’Église. Et il est fait mention, à l’honneur de Sara, de ce qu’elle appelait Abraham « seigneur ». « Aurai-je un enfant, moi qui suis vieille, mon seigneur aussi étant vieux ? » Il est remarquable qu’il n’y ait que deux bonnes paroles dans toute cette phrase, « mon seigneur » (car tout le reste est le langage de l’incrédulité) ; et pourtant ce sont ces deux paroles que le Saint-Esprit mentionne à son éternel honneur, ensevelissant pour ainsi dire le reste dans l’oubli. « Comme Sara, (dit saint Pierre) qui obéissait à Abraham et l’appelait son seigneur. » Preuve évidente qu’il est agréable aux yeux de Dieu que les femmes, dans l’état du mariage, révèrent et respectent leurs maris. Non que les maris doivent pour autant dominer sur leurs femmes, ou exiger d’elles trop de respect. Ce serait là, en vérité, une conduite aussi peu chrétienne que peu généreuse. Ils devraient plutôt, puisque Dieu a pris tant de soin de maintenir leur autorité en commandant à leurs femmes de les révérer et de les respecter, ils devraient, dis-je, veiller doublement à vivre d’une manière si sainte et si irréprochable qu’ils ne donnent à leurs femmes aucune tentation de les mépriser. Mais revenons de cette digression. L’apôtre dit-il : « Que la femme ait soin de respecter son mari » ? Ne puis-je pas appliquer à propos cet avertissement à vous qui êtes mariés à Jésus-Christ ? Ayez soin de révérer et de respecter votre époux. Je dis : veillez bien à cela. Car le diable vous suggérera souvent des pensées dures et basses contre votre époux. C’est ainsi qu’il assaillit notre mère Ève, même dans l’état d’innocence. Il voulait lui persuader d’entretenir des pensées dures à l’égard de son glorieux bienfaiteur : « Quoi, Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? » A-t-il été assez cruel pour vous placer ici dans un beau jardin, uniquement pour vous vexer et vous tourmenter ? Ce fut là l’entrée dont il se servit pour toutes ses insinuations suivantes. Et il poursuit encore ce métier, et le poursuivra jusqu’à la fin des temps. D’ailleurs, aux yeux du monde, Jésus-Christ n’a ni beauté ni éclat pour qu’on le désire ; c’est pourquoi, à moins que vous ne « veilliez et ne priiez », vous serez induits en tentation, et vous ne conserverez pas de votre bienheureux Jésus une idée aussi haute qu’il le mérite à juste titre. En cela vous ne pouvez jamais aller trop loin. Les femmes peuvent peut-être quelquefois avoir une trop haute idée de leurs consolations terrestres, et, par excès d’amour, en faire des idoles. Mais il vous est impossible d’avoir une trop haute idée de votre céleste Époux, Jésus-Christ.

De plus, que dit l’apôtre dans son épître aux Éphésiens ? Parlant de l’état du mariage, il dit : « La femme est la gloire de son mari ; » comme s’il avait dit : une femme chrétienne doit se conduire et marcher de manière à faire honneur à son mari. Comme Abigaïl fut un honneur pour Nabal, et, par sa douceur, compensa dans une certaine mesure la brutalité de son mari. C’est là être véritablement une aide semblable à lui. Une telle femme sera louée aux portes ; et son mari en recevra de la gloire, et sera respecté à cause d’elle. Et une femme doit-elle être la gloire de son mari ? Combien plus vous, qui êtes l’épouse de l’Agneau, devez-vous vivre et marcher de manière à apporter de la gloire et à gagner le respect à la cause et aux intérêts de votre époux Jésus ? C’est ce que l’apôtre suppose partout, quand il veut établir un parallèle entre le mariage temporel et le mariage spirituel. « La femme est la gloire de son mari, comme l’Église est la gloire de Christ. » C’est dans ce sens qu’il dit aux Corinthiens : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu ; » et comme il parle aussi aux Thessaloniciens, 1 Thessaloniciens 2:11–12 : « Vous savez aussi que nous avons été pour chacun de vous ce qu’un père est pour ses enfants, vous exhortant, vous consolant, vous conjurant de marcher d’une manière digne de Dieu, qui vous appelle à son royaume et à sa gloire. » Quelle expression que celle-là ! « De marcher d’une manière digne de Dieu. » Ô ! combien ce texte, et d’autres semblables, devraient réveiller vos cœurs purs, ô croyants, pour que vous vous conduisiez de telle sorte en ce monde que vous soyez ce que l’apôtre dit qu’étaient certaines personnes en particulier, à savoir « la gloire de Christ. » Vous êtes sa gloire ; il se réjouit à votre sujet avec des chants de triomphe ; et vous devriez marcher de telle sorte que tous ceux qui vous connaissent et entendent parler de vous glorifient Christ en vous.

La soumission est un autre devoir qui est prescrit aux femmes mariées dans la parole de Dieu. Elles doivent « être soumises à leurs maris en toutes choses. » En toute chose licite : « Car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église. » Et sachant combien certains esprits bas seraient peu disposés à se soumettre à l’autorité du mari, il prend soin d’appuyer ce devoir de soumission par plusieurs arguments forts et puissants. « Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite. L’homme n’a pas non plus été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l’homme. » Et encore : « Ce n’est pas l’homme qui fut le premier dans la transgression, mais la femme. » C’est pour ces raisons que la soumission lui fut imposée comme une partie de son châtiment. « Tes désirs (dit Dieu) se porteront vers ton mari, mais il dominera (sans toutefois être un tyran) sur toi. » Ainsi donc, pour employer les paroles du pieux M. Henry, celles qui tentent d’usurper l’autorité sur leurs maris ne contredisent pas seulement un commandement divin, mais vont à l’encontre d’une malédiction divine. Et si les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses, combien plus les croyants, hommes ou femmes, doivent-ils être soumis à Jésus-Christ : car il est le chef de l’Église. Il l’a acquise par son sang. Les croyants ne sont donc pas à eux-mêmes, mais sont sous les plus hautes obligations de glorifier Jésus-Christ et de lui obéir, dans leur corps et dans leur âme, qui lui appartiennent. Ajoutez à cela que son service, comme il est admirablement exprimé dans l’une de nos collectes, est une parfaite liberté. Ses commandements sont saints, justes et bons. C’est pourquoi c’est votre plus haut privilège, ô croyants, de vous y soumettre et d’y obéir. Les maris de la terre peuvent être assez mesquins pour imposer certaines choses à leurs femmes, uniquement pour montrer leur autorité ; mais il n’en est pas ainsi de Jésus-Christ. Il ne peut imposer, et n’impose en effet, rien qui ne contribue immédiatement à notre bien présent aussi bien qu’à notre bien futur. À faire, que dis-je, à souffrir pour Jésus-Christ, il y a une récompense présente et indicible. C’est pourquoi je puis dire aux croyants, comme la bienheureuse Vierge dit aux serviteurs aux noces de Cana : « Faites ce qu’il vous dira. » « Car son joug est doux, et son fardeau léger. » Et je crois qu’on pourrait aisément prouver en quelques minutes que tous les désordres qui sont maintenant dans le monde, que ce soit dans l’Église ou dans l’État, viennent de ce qu’on ne se conforme pas universellement, unanimement, joyeusement et avec persévérance aux lois et à l’exemple de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

De plus, la fidélité dans l’état du mariage est strictement prescrite dans les Écritures de vérité. « Que le mariage soit honoré de tous, et le lit conjugal exempt de souillure, car Dieu jugera les impudiques et les adultères. » Bien plus, l’adultère est un crime que doivent punir les juges de la terre ; il dissout le lien du mariage. « Car le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme ; et pareillement, la femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari. » Les païens eux-mêmes ont appris cela par la lumière de la nature ; et l’adultère, chez quelques-uns d’entre eux, est puni d’une mort immédiate. Et si les personnes mariées doivent avoir ce soin de garder le lit conjugal exempt de souillure, avec quel soin les croyants ne doivent-ils pas garder leurs âmes chastes, pures et sans souillure, maintenant qu’ils sont fiancés à Jésus-Christ ? Car il existe un adultère spirituel : « Ô vous, hommes adultères et femmes adultères », dit saint Jacques. Et Dieu se plaint souvent de ce que son peuple se prostitue. De là vient que saint Jean exhorte les croyants, de la manière la plus affectueuse, à « se garder des idoles. » Car la convoitise des yeux, la convoitise de la chair et l’orgueil de la vie sont toujours prêts à dérober nos cœurs à Jésus-Christ. Et chaque fois que nous attachons nos affections à quelque chose plus qu’à Christ, nous commettons sans aucun doute un adultère spirituel. Car nous admettons une créature à rivaliser avec le Créateur, qui est Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement. « Petits enfants, gardez-vous donc des idoles. »

Mais il est temps pour moi d’approcher de la fin de ce point. La fécondité fut une bénédiction promise par Dieu au premier couple heureux : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre. » « Voici, les enfants et le fruit des entrailles (dit le psalmiste) sont un don et un héritage qui viennent de l’Éternel. » Et de même, si nous sommes mariés à Jésus-Christ, il faut que nous soyons féconds. En quoi ? En toute bonne parole et en toute bonne œuvre : car c’est ainsi que parle l’apôtre dans son épître aux Romains : « C’est pourquoi, mes frères, vous aussi vous avez été, par le corps de Christ, mis à mort en ce qui concerne la loi, pour que vous soyez mariés à un autre, à celui qui est ressuscité des morts. » Que suit-il ? « Afin que nous portions des fruits pour Dieu. » Paroles glorieuses, et qui méritent d’être considérées d’une manière particulière par ceux qui voudraient rejeter la doctrine de la justification gratuite comme une doctrine antinomienne, comme si elle détruisait les bonnes œuvres. Non ; elle les établit, et pose un fondement solide sur lequel bâtir l’édifice des bonnes œuvres. C’est pourquoi il est commandé à Tite « d’exhorter les croyants à s’appliquer à pratiquer de bonnes œuvres. » Et : « c’est ainsi (dit notre Seigneur) que mon Père sera glorifié, si vous portez beaucoup de fruit. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ; » avec une multitude de passages dans le même sens.

De plus, il est demandé aux femmes non seulement d’aimer et de respecter leurs maris, mais aussi d’aimer et d’estimer les amis de leur mari. Et si nous sommes mariés à Jésus-Christ, nous ne révérerons pas seulement l’Époux, mais nous aimerons et honorerons aussi les amis de l’Époux. « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » « Nous savons, (dit le disciple bien-aimé) que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. » Remarquez : les frères, sans distinction ; de quelque dénomination qu’ils soient. Et cet amour doit être « sans hypocrisie, et ardent, d’un cœur pur. » Tel était le cas des premiers chrétiens. Ils n’avaient tous qu’un cœur et qu’une âme. On disait d’eux (ô si l’on pouvait le dire de nous !) : « Voyez comme ces chrétiens s’aiment les uns les autres ! » Ils étaient du même esprit qu’une bonne femme d’Écosse qui, voyant une grande multitude venir de diverses contrées, comme c’est la coutume dans ce pays, pour recevoir le bienheureux sacrement, la salua par ces mots : « Entrez, bénis du Seigneur ; j’ai une maison qui peut en contenir cent d’entre vous, et un cœur qui peut en contenir dix mille. » Allons, et faisons de même.

Encore une chose. Les personnes qui se marient se prennent l’une l’autre pour le meilleur et pour le pire, dans la richesse et dans la pauvreté, pour s’aimer et se chérir dans la maladie et dans la santé. Et si nous sommes mariés à Jésus-Christ, nous serons disposés à porter sa croix aussi bien qu’à porter sa couronne. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. » Et ils n’y seront pas contraints, comme le fut Simon de Cyrène, mais ils s’engageront volontairement à son service ; ils crieront : Couronne-le, couronne-le, quand d’autres crieront : « Crucifie, crucifie-le! » Jamais ils ne le délaisseront ni ne l’abandonneront, mais ils suivront volontiers le Chef de leur salut, dût-ce être à travers une mer de sang.

Je pourrais pousser le parallèle plus loin encore, et m’étendre aussi sur les indications déjà données ; mais je crains d’en avoir déjà dit assez pour faire honte à la plupart des croyants ; je suis sûr d’en avoir dit plus qu’assez pour me confondre et me faire des reproches à moi-même. Car hélas ! avec quelle bassesse, quelle perfidie et quelle ingratitude nous sommes-nous conduits envers notre Époux spirituel, le cher Seigneur Jésus, depuis le jour de nos fiançailles ! Si nos amis, ou même les femmes de notre sein, s’étaient conduits envers nous comme nous nous sommes conduits envers notre grand et meilleur Ami, notre glorieux Époux, il y a longtemps que nous aurions rompu notre amitié et demandé une lettre de divorce. Au temps de notre premier amour, quelles promesses ne lui avons-nous pas faites ? Mais avec quelle perversité nous sommes-nous conduits dans cette alliance ? Combien peu l’avons-nous révéré ? Combien de fois notre Bien-Aimé n’a-t-il été pour nous rien de plus qu’un autre bien-aimé ? Combien peu avons-nous vécu pour sa gloire ? N’avons-nous pas été une honte et un opprobre pour son Évangile ? Ne l’avons-nous pas crucifié de nouveau, et n’a-t-il pas été cruellement blessé dans la maison de ses amis ? Bien plus, son saint nom n’a-t-il pas été blasphémé à cause de nous ? Car hélas ! combien peu lui avons-nous obéi ? Combien avons-nous été négligents et indifférents, que nous lui fussions agréables ou non ? Nous avons souvent dit, à la vérité, quand il nous commandait d’aller travailler dans sa vigne : Nous y allons, Seigneur ; mais hélas ! nous n’y sommes pas allés. Ou, si nous y sommes allés, avec quelle répugnance ? Combien peu disposés à veiller avec notre cher Seigneur et Maître une heure seulement ? Et de ses sabbats, combien de fois avons-nous dit : Quelle fatigue ! Quant à nos adultères et à nos fornications spirituelles, combien n’ont-ils pas été fréquents, combien aggravés ? N’avons-nous pas souffert que des idoles de toute sorte occupent dans nos cœurs la place de Jésus, éternellement béni ? Vous qui l’aimez sincèrement, vous ne serez pas offensés si je vous dis que le chapitre 16 d’Ézéchiel donne, à mon avis, une vive description de notre conduite envers notre Seigneur. Nous étions comme des enfants de basse naissance, jetés dans les champs, objets de dégoût : nul œil n’eut pitié de nous, nul n’eut compassion de nous. Jésus passa, nous vit souillés dans notre sang, et nous dit : « Vis », c’est-à-dire qu’il nous préserva de la mort, même dans notre état naturel. Et quand son temps d’amour fut venu, il étendit sur nous le pan de sa justice imputée, couvrit la nudité de nos âmes, fit alliance avec nous, et nous devînmes siens. Il nous lava aussi avec de l’eau, dans le bain de la régénération, et nous lava entièrement, par son sang précieux, de la culpabilité de tous nos péchés. Il nous revêtit aussi d’habits brodés, et nous para d’ornements, à savoir de la justice, de la paix et de la joie par le Saint-Esprit. Nous mangions la fleur de farine et le miel dans ses ordonnances, et nous nous nourrissions de Jésus-Christ dans nos cœurs par la foi, avec actions de grâces. Bref, nous fûmes rendus extrêmement beaux, et le royaume de Dieu fut établi dans nos cœurs. Nous étions renommés parmi nos voisins pour notre amour envers Dieu, et tous ceux qui nous connaissaient reconnaissaient que nous avions été avec Jésus. Mais hélas ! comment sommes-nous tombés, nous qui étions autrefois des fils de l’aurore ! Comment nous sommes-nous confiés en notre propre beauté, sommes-nous devenus spirituellement orgueilleux, et avons-nous provoqué à la colère notre Seigneur patient et indiciblement longanime ? Où est cet amour ardent dont nous parlions quand nous lui disions que, dussions-nous mourir pour lui, nous ne le renierions en aucune manière ? Combien désespérément méchants et trompeurs par-dessus tout ne nous sommes-nous pas montrés en notre cœur, puisque nous avons fait toutes ces choses, l’œuvre même d’une femme impérieuse ? Ce sont là des accusations graves et nombreuses ; mais, si graves et si nombreuses qu’elles soient, il n’y a pas un seul croyant ici présent qui, s’il connaît son propre cœur, ne puisse se reconnaître coupable de quelques-unes d’entre elles, ou de toutes. Mais c’est là un point sensible : je vous vois émus ; vos larmes, ô croyants, sont une preuve de l’angoisse de vos âmes. Et quelqu’un d’entre nous peut-il donner une raison pour laquelle Jésus-Christ ne nous donnerait pas une lettre de divorce, et ne nous renverrait pas ? Ne peut-il pas justement nous parler comme il parla à Israël, son épouse adultère, dans le chapitre 16 d’Ézéchiel déjà mentionné : « C’est pourquoi, prostituée, écoute la parole de l’Éternel ! Je te jugerai comme on juge les femmes adultères et celles qui répandent le sang, et je ferai de toi une victime sanglante de la fureur et de la jalousie, parce que tu ne t’es pas souvenue du temps de ta jeunesse, parce que tu m’as provoqué par toutes ces choses. Voici donc, moi aussi, je ferai retomber ta conduite sur ta tête. J’agirai envers toi comme tu as agi, toi qui as méprisé le serment en rompant l’alliance, le contrat de mariage qui était entre nous. » Vous confesserez, j’en suis persuadé, que c’est là le traitement que nous méritons tous très justement. Mais ne soyez pas accablés d’une tristesse excessive : car, bien que le Seigneur notre Dieu soit un Dieu jaloux, et qu’il châtie certainement nos offenses avec la verge, et nos rechutes avec un fouet spirituel, il ne nous retirera pourtant pas entièrement sa bonté, et ne laissera pas défaillir sa fidélité. Bien que nous ayons changé, lui ne change pas : il demeure fidèle ; sa bonté demeure à toujours. Écoutez ! avec quelle douceur il parle à son peuple rétrograde d’autrefois : « Ô Israël, tu t’es perdu toi-même, mais en moi est ton secours. Je réparerai leur infidélité, J’aurai pour eux un amour sincère. » Et dans les versets qui suivent immédiatement les paroles du texte, avec quelle tendresse il s’adresse à son peuple fiancé ! « Dans un instant de colère, je t’avais un moment dérobé ma face, Mais avec un amour éternel j’aurai compassion de toi, Dit ton rédempteur, l’Éternel. Il en sera pour moi comme des eaux de Noé: J’avais juré que les eaux de Noé ne se répandraient plus sur la terre; Je jure de même de ne plus m’irriter contre toi Et de ne plus te menacer. Quand les montagnes s’éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, Mon amour ne s’éloignera point de toi, Et mon alliance de paix ne chancellera point, Dit l’Éternel, qui a compassion de toi. » Ô que cette bonté nous pousse à la repentance ! Ô que cet amour sans pareil, infini, immuable, nous contraigne à une obéissance universelle, constante, joyeuse, unanime et persévérante à tous les commandements de Dieu !

Frères, mon cœur s’élargit envers vous, et je pourrais m’arrêter longtemps sur les nombreuses, grandes et précieuses invitations qui sont faites aux rétrogrades de revenir à leur premier amour et de pratiquer leurs premières œuvres : mais il est grand temps pour moi, si, comme je me le suis proposé,

III. je veux donner à chacun la part qui lui revient, de parler à ces pauvres âmes qui ne savent rien de ce bienheureux Époux de l’Église, et qui, par conséquent, ne peuvent dire : « Mon Créateur est mon époux. »

Ah ! je vous plains du plus profond de mon âme ; je pourrais pleurer sur vous et pour vous, bien que peut-être vous ne vouliez pas pleurer sur vous-mêmes. Mais assurément vous pleureriez, et vous pousseriez même des cris, si vous connaissiez la misérable condition de ceux qui ne sont pas mariés à Jésus-Christ. Me permettrez-vous (je crois le dire avec beaucoup d’amour) de vous apprendre que, si vous n’êtes pas mariés à Jésus-Christ, vous êtes mariés à la loi, au monde, à la chair et au diable, dont aucun ne peut vous rendre heureux, mais qui tous, au contraire, concourent à vous rendre misérables ? N’entendez-vous pas, vous qui êtes mariés à la loi, et qui cherchez à être justifiés aux yeux de Dieu, en partie du moins, sinon entièrement, par vos propres œuvres, ce que la loi dit à ceux qui sont sous elle comme sous une alliance des œuvres ? « Maudit est quiconque n’observe pas tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, et ne le met pas en pratique. » Chaque parole respire la menace et le carnage contre les pauvres créatures déchues. Maudit soit, ici-bas et dans l’au-delà, cet homme, et quiconque est naturellement engendré de la race d’Adam, sans exception, qui n’observe pas, jusqu’au terme même de la vie, tout ; non pas seulement quelques-unes des choses, ou beaucoup, mais tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, et ne le met pas en pratique dans la plus entière perfection ; car « celui qui pèche contre un seul point devient coupable de tous. » De sorte que, selon la teneur de l’alliance des œuvres, quiconque est coupable d’une seule pensée, d’une seule parole ou d’une seule action mauvaise, est sous la malédiction d’un Dieu irrité qui venge le péché. « Car tous ceux qui sont sous la loi sont sous la malédiction. » Et savez-vous ce que c’est que d’être sous la malédiction de Dieu, et d’avoir la colère de Dieu qui demeure sur vous ? Si vous le saviez, je crois que vous ne seriez pas si peu disposés à divorcer d’avec la loi, et à être fiancés, comme des vierges pures, à Jésus-Christ.

Et pourquoi êtes-vous si attachés au monde ? S’est-il jamais montré fidèle à aucun de ses adorateurs, ou a-t-il jamais su les satisfaire ? Salomon n’a-t-il pas fait le compte total du bonheur mondain ? Et à quoi se monte-t-il ? « Vanité, vanité, dit l’Ecclésiaste, tout est vanité », et il ajoute même : « et poursuite du vent. » Et un plus grand que Salomon ne nous a-t-il pas appris que la vie d’un homme, le bonheur de la vie d’un homme, ne dépend pas des biens qu’il possède ? De plus, « Ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu? Celui donc qui veut être ami du monde, (de ses coutumes corrompues et de ses vices) se rend ennemi de Dieu ? » Et quelles meilleures raisons pouvez-vous donner pour être mariés à vos convoitises ? Les pauvres esclaves des galères ne pourraient-ils pas, avec autant de raison, être épris de leurs chaînes ? Car vos convoitises n’enchaînent-elles pas vos âmes loin de Dieu ? Ne vous tiennent-elles pas sous leur empire, et n’ont-elles pas la domination sur vous ? Ne vous disent-elles pas : Viens, et vous venez ; Va, et vous allez ; Fais ceci, et vous le faites ? Et celui ou celle qui vit dans les plaisirs n’est-il pas mort, quoique vivant ? Et par-dessus tout, comment pouvez-vous supporter la pensée d’être mariés au diable, comme l’est tout homme naturel : car c’est ainsi que parle l’Écriture : « Il règne maintenant dans les fils de la rébellion. » Et comment pouvez-vous supporter d’être gouvernés par celui qui est l’ennemi si déclaré et si ouvert du Dieu très haut et très saint ? Qui fera de vous son esclave tant que vous vivrez, et sera votre compagnon dans des tourments extrêmes et sans fin, après votre mort ? Car voici ce que notre Seigneur dira à ceux qui seront à sa gauche : « Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. » Mais,

IV. Me permettrez-vous, ô pécheurs, pour approcher de la fin de ce discours, de proposer à vos âmes un meilleur parti ? C’est là une partie du discours à laquelle il me tarde d’arriver, car le désir de mon cœur et ma prière à Dieu, c’est que vos âmes soient sauvées. « Et maintenant, ô Seigneur Dieu tout-puissant, Père des miséricordes et Dieu de toute consolation, Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, toi qui as promis de donner à ton Fils les nations pour héritage, et les extrémités de la terre pour possession, fais-moi réussir aujourd’hui. Ô Seigneur, donne-moi maintenant la prospérité. Voici, je me tiens ici hors du camp, portant un peu de l’opprobre sacré de ton Fils bien-aimé ! Exauce-moi, ô Seigneur, exauce-moi, et, selon ta parole, que ton cher Fils, ton Fils unique, voie le fruit du travail de son âme, et soit satisfait ! Ô aide-moi à parler de telle sorte que beaucoup croient en ton bienheureux, en ton saint serviteur Jésus, et s’attachent à lui ! »

Mais qui suis-je, pour entreprendre de recommander aux autres le bienheureux Jésus, moi qui suis entièrement indigne de prendre son nom sacré sur mes lèvres souillées ? En vérité, mes frères, je ne me tiens pas pour digne d’un tel honneur ; mais puisqu’il a plu à celui en qui habite toute plénitude de m’en juger digne et de m’établir dans le ministère, les pierres mêmes crieraient contre moi si je ne m’efforçais du moins de bégayer sa louange, et de recommander instamment au choix de tous Jésus, éternellement béni.

Ainsi se conduisit le fidèle serviteur d’Abraham, quand il fut envoyé chercher une femme pour son maître Isaac. Il parla des richesses et des honneurs que Dieu avait accordés à son maître ; mais combien infiniment plus grands sont les honneurs et les richesses que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus a accordés à son Fils unique, à qui j’invite maintenant tout pécheur sans Christ ! C’est donc vous que j’appelle, ô fils des hommes, en vous assurant qu’il y a en Jésus tout ce que vos cœurs peuvent désirer, tout ce dont ils peuvent avoir faim et soif. Les gens, quand ils disposent d’eux-mêmes ou de leurs enfants en mariage, souhaitent-ils généralement s’allier à des personnes d’un grand nom ? Que cette considération vous serve de motif pour vous pousser à vous unir à Jésus. Car Dieu le Père lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom ; il a sur son vêtement et sur sa cuisse un nom écrit : « Roi des rois et Seigneur des seigneurs ; » et c’est ici, dans le texte, qu’il nous est dit : « L’Éternel des armées est son nom. » Et ce n’est pas un vain titre, mais une puissance qui y répond ; car il est Prince aussi bien que Sauveur. « Tout pouvoir lui a été donné, dans le ciel et sur la terre ; » « Il se nomme, (dit notre texte) Dieu de toute la terre. » Le gouvernement des hommes, de l’Église et des démons repose sur ses épaules : « Les trônes, les dominations et les puissances lui sont soumis ; par lui les rois règnent, et les princes ordonnent ce qui est juste ; il abaisse l’un, et il élève l’autre : et son règne n’aura point de fin. » Les richesses seront-elles pour vous un motif de venir vous unir à Jésus ? Eh bien, je puis vous dire que les richesses de Jésus sont infinies : car à moi, qui suis le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée d’annoncer aux pauvres pécheurs les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ. J’en appelle à vous qui êtes ses saints : n’avez-vous pas trouvé cela vrai par une heureuse expérience ? Et bien que quelques-uns d’entre vous aient pu le connaître il y a trente, quarante, cinquante ans, ne trouvez-vous pas que ses richesses sont encore incompréhensibles, et aussi impossibles à sonder qu’elles l’étaient au tout premier instant où vous lui avez donné vos cœurs ?

Voulez-vous vous unir à un époux sage ? Hâtez-vous donc, pécheurs, venez à Jésus : il est la source de la sagesse, et il rend tous ceux qui viennent à lui sages à salut : « Il est la sagesse du Père : l’Éternel l’a possédé au commencement de sa voie, avant ses œuvres les plus anciennes. Lorsqu’il disposa les cieux, il était là ; lorsqu’il posa les fondements de la terre, alors il était auprès de lui, comme un enfant nourri auprès de lui ; il faisait tous les jours ses délices, se réjouissant sans cesse en sa présence. » Comme il est sage, ainsi il est saint ; c’est pourquoi, dans les paroles de notre texte, il est appelé « Ton rédempteur, le Saint d’Israël : » et par l’ange Gabriel : « Le saint enfant. » Les apôtres, s’adressant à Dieu le Père, l’appellent son « saint serviteur Jésus : » et les esprits des justes parvenus à la perfection, et les anges dans le ciel, ne cessent de dire jour et nuit : « Saint, saint, saint. » Et sa beauté n’est pas inférieure à sa sagesse ou à sa sainteté ; les séraphins se voilent la face quand ils paraissent devant lui : « Il se distingue entre dix mille, que dis-je, toute sa personne est pleine de charme. » Et comme toute sa personne est pleine de charme, ainsi il est tout amour : son nom et sa nature, c’est l’Amour. Dieu, Dieu en Christ est amour : l’amour même. Et c’est en ceci qu’il a manifesté son amour : lorsque nous étions encore des pécheurs, que dis-je, des ennemis déclarés, Jésus, au temps marqué, est mort pour les impies. Il nous a aimés jusqu’à se donner lui-même pour nous. Ô quel amour est celui-là ! Qu’était l’amour de Jacob pour Rachel, en comparaison de l’amour que Jésus porta à un monde qui périssait ! Il est devenu malédiction pour nous. Car il est écrit : « Maudit est quiconque est pendu au bois. » Ce que Séphora dit à tort à son mari, Jésus peut le dire à juste titre à son épouse l’Église : « Tu as été pour moi une épouse de sang, à cause de la crucifixion. » Car il l’a acquise par son propre sang. Et ayant une fois aimé son peuple, il l’aime jusqu’à la fin. Son amour, comme lui-même, est d’éternité en éternité. Il hait la répudiation : bien que nous changions, lui ne change pas : il demeure fidèle. Quand nous nous marions ici-bas, survient cette clause effrayante, pour employer les paroles du saint M. Boston : « Jusqu’à ce que la mort nous sépare : » mais la mort elle-même ne séparera pas un vrai croyant de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, son Seigneur : car il ne cessera jamais d’aimer son Épouse, jusqu’à ce qu’il l’ait aimée jusque dans le ciel, et qu’il l’ait présentée devant son Père sans tache, ni ride, ni rien de semblable. Bien plus, son amour ne fera pour ainsi dire que commencer, durant les âges sans fin de l’éternité.

Et maintenant, messieurs, qu’en dites-vous ? Vous poserai-je la question que les parents de Rebecca, sur une proposition de mariage, lui posèrent : « Voulez-vous aller avec cet homme ? » Avec l’Homme-Dieu, ce Jésus infiniment grand, infiniment puissant, tout sage, tout saint, plein de charme et toujours aimant ? Quelle objection avez-vous à faire contre une offre si pleine de grâce ? On pourrait croire que vous n’en avez pas une seule ; mais il est à craindre que, par la prédominance de l’incrédulité, et par la corruption de vos cœurs désespérément méchants et trompeurs, vous ne soyez prêts à en avancer plusieurs. Il me semble entendre quelques-uns d’entre vous se dire en eux-mêmes : « La proposition nous plaît, mais hélas ! nous sommes pauvres. » L’êtes-vous ? Si ce n’est que cela, vous pouvez néanmoins être les bienvenus auprès de Jésus : « Car Dieu n’a-t-il pas choisi les pauvres aux yeux du monde, pour qu’ils soient riches en la foi, et héritiers de son royaume éternel ? » Et que dit ce Sauveur vers qui je vous invite maintenant ? « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! » Et que dit de lui son apôtre ? « Quoiqu’il fût riche, il s’est fait pauvre pour nous, afin que par sa pauvreté nous fussions enrichis. » Mais, dites-vous, « nous ne sommes pas seulement pauvres, nous sommes aussi endettés ; nous devons à Dieu dix mille talents, et nous n’avons pas de quoi payer ; » mais cela ne doit pas vous retenir : car Dieu le Père a reçu du Seigneur Jésus, son Fils bien-aimé, le double pour les péchés de tous les croyants : le sang de Jésus les purifie de tous. Mais vous êtes aveugles, misérables et nus ; vers qui donc devriez-vous fuir pour trouver du secours, sinon vers Jésus, qui est venu ouvrir les yeux des aveugles, chercher et sauver les misérables et ceux qui sont perdus, et revêtir ceux qui sont nus de sa justice parfaite et sans tache ? Et maintenant, qu’est-ce qui peut empêcher vos fiançailles avec le cher Agneau de Dieu, éternellement béni ? Je ne connais qu’une chose, ce terrible péché de l’incrédulité. Mais voici ma consolation : Jésus est mort pour l’incrédulité, aussi bien que pour les autres péchés, et il a promis d’envoyer le Saint-Esprit pour convaincre le monde de ce péché en particulier : « Si je ne m’en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous; mais, si je m’en vais, je vous enverrai le consolateur, et il convaincra le monde en ce qui concerne le péché. » Quel péché ? L’incrédulité : « parce qu’ils ne croient pas en moi. » Ô que cette promesse s’accomplisse de telle sorte dans vos cœurs, et que Jésus devienne de telle sorte l’auteur d’une foi divine dans vos âmes, que vous puissiez m’envoyer le même message qu’une bonne femme d’Écosse, sur son lit de mort, m’envoya par un ami : « Dites-lui, (dit-elle) pour sa consolation, qu’à tel moment il m’a mariée au Seigneur Jésus. » Ce serait là, en vérité, une consolation. Non que nous puissions vous marier à Christ : non ; c’est le Saint-Esprit qui doit nouer le lien du mariage. Mais tel est l’honneur qu’ont tous les ministres de Dieu ; sous lui, ils fiancent les pauvres pécheurs à Jésus-Christ. « Je vous ai fiancés (dit saint Paul) comme une vierge pure à Jésus-Christ. » Ô puissiez-vous dire : Nous irons avec cet homme ; alors je m’inclinerai, comme le fit le serviteur d’Abraham, et j’irai avec joie dire à mon Maître qu’il n’a pas laissé aujourd’hui son pauvre serviteur dans le dénuement : alors je me réjouirai de votre bonheur. Car je sais que mon Maître vous fera entrer dans la salle du festin de ses ordonnances, et que la bannière qu’il déploiera sur vous, ce sera l’amour. Que ce soit là l’heureux sort de vous tous, veuille le Dieu glorieux l’accorder, pour l’amour de Jésus, son Fils bien-aimé, le glorieux Époux de son Église, à qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient tout honneur et toute gloire, maintenant et à jamais. Amen, oui, amen.

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