Chapitre 11 · 24 min de lecture · 30 min d’écoute
Les bienfaits d’une piété précoce
L’amabilité de la religion en elle-même, et les avantages innombrables qui en découlent pour la société en général, aussi bien que pour chacun de ceux qui en font sincèrement profession en particulier, ne peuvent manquer de la recommander au choix de toute personne réfléchie, et d’amener même les méchants, de même qu’ils souhaitent mourir de la mort des justes, à envier aussi, dans leurs moments plus lucides, la vie des justes. Et, à la vérité, nous devons rendre au monde cette justice de reconnaître que la question de la religion ne naît pas d’ordinaire d’un débat sur sa nécessité (car la plupart des hommes voient bien la nécessité de faire quelque chose pour le salut de leur âme ;) mais sur le meilleur moment pour s’y mettre. Les hommes sont convaincus par l’expérience universelle que les premiers essais ou efforts pour parvenir à la religion sont accompagnés de quelque difficulté et de quelque peine ; c’est pourquoi ils voudraient différer aussi longtemps qu’ils le peuvent le commencement d’une œuvre en apparence si ingrate. Le prodigue débauché, qui dissipe son bien en vivant dans la débauche, s’écrie : encore un peu de plaisir, encore un peu de sensualité, et puis je serai sobre pour de bon. Le mondain avare, qui met tous ses soins et toutes ses peines à « amasser des richesses, sans savoir qui les recueillera », ne se flatte pas que cela durera toujours ; mais il espère, avec le riche insensé de l’Évangile, amasser des biens pour quelques années encore sur la terre, et puis il commencera à s’amasser des trésors dans le ciel. Bref, c’est ainsi que la plupart des gens sont convaincus qu’il faut être religieux un jour ou l’autre ; mais ensuite, comme Félix, ils remettent à plus tard d’agir selon leurs convictions, jusqu’à ce qu’ils imaginent être un moment plus favorable : tandis que, si nous étions assez humbles pour nous laisser guider par l’expérience et le conseil des hommes les plus sages, nous apprendrions que la jeunesse est la saison la plus propre à la religion : « Souviens-toi de ton créateur, (dit Salomon) pendant les jours de ta jeunesse. » Par le mot souviens-toi, il ne faut pas entendre un simple souvenir spéculatif, un simple rappel à la mémoire (car cela, comme une foi morte, ne nous servira de rien), mais un souvenir tel qu’il nous contraigne à l’obéissance, et nous oblige, par reconnaissance, à accomplir tout ce que le Seigneur notre Dieu exigera de nous. Car, de même que, dans le langage de l’Écriture, oublier Dieu implique un entier abandon de notre devoir, de même se souvenir de lui signifie l’accomplir parfaitement : de sorte que, lorsque Salomon dit : « Souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse », c’est comme s’il avait dit : garde les commandements de Dieu ; ou, en d’autres termes, sois religieux pendant les jours de ta jeunesse, faisant entendre par là que la jeunesse est la saison la plus convenable pour cela.
Dans le discours qui va suivre, je veux,
Premièrement, m’efforcer d’établir la proposition du sage, impliquée dans les paroles du texte, et montrer que la jeunesse est la saison la plus propre à la religion.
Secondement, à titre de motif, considérer les nombreux et indicibles avantages qui découleront de ceci : « Se souvenir de notre Créateur pendant les jours de notre jeunesse. » Et,
Troisièmement, conclure par un mot ou deux d’exhortation à la plus jeune partie de cet auditoire.
Premièrement, je dois établir la proposition du sage, impliquée dans les paroles du texte, et montrer que la jeunesse est la saison la plus propre à la religion : « Souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse. » Mais, pour procéder avec plus de clarté dans cet argument, il ne sera peut-être pas hors de propos d’expliquer d’abord ce que j’entends par le mot religion. Par ce terme, donc, je ne voudrais pas qu’on m’entende parler d’une simple profession extérieure, ou du simple fait de porter le nom de Christ ; car il nous est dit que beaucoup, qui ont même prophétisé en son nom, et chassé des démons en son nom, seront néanmoins rejetés par lui au dernier jour : je n’entends pas non plus par là le simple fait d’être admis par le baptême dans l’Église de Christ ; car alors Simon le magicien, Arius et les hérésiarques [hérésies, peut-être archi-hérésies] d’autrefois, pourraient passer pour des personnes religieuses ; car ils avaient été baptisés : ni même la réception de l’autre sceau de l’alliance, car alors Judas lui-même pourrait être canonisé comme un saint ; et je n’entends pas davantage aucune de ces choses, ni toutes ensemble, considérées en elles-mêmes ; mais un changement de nature profond, réel et intérieur, opéré en nous par les puissantes opérations du Saint-Esprit, communiqué à nos cœurs et nourri en eux par un usage constant de tous les moyens de grâce, attesté par une bonne vie, et produisant les fruits de l’esprit.
Parvenir à cette religion réelle et intérieure est une œuvre si difficile que Nicodème, savant docteur et maître en Israël, la crut tout à fait impossible, et demanda donc, dans son ignorance, à notre bienheureux Seigneur : « Comment cela peut-il se faire? » Et, en vérité, redresser une nature déréglée, mortifier nos passions corrompues, changer les ténèbres en lumière, dépouiller le vieil homme et revêtir le nouveau, et faire ainsi réimprimer l’image de Dieu sur l’âme, ou, en un mot, « naître de nouveau », quelque légèrement que certains en parlent, c’est là, après tous nos efforts, une chose que l’homme doit reconnaître impossible. Il est vrai que le joug de Christ est appelé un joug doux, un joug plein de grâce, et son fardeau léger ; mais il ne l’est que pour ceux à qui la grâce a été donnée de le porter et d’y tirer. Car, comme l’observe le sage fils de Sirach : « D’abord la sagesse marche avec ses enfants par des chemins tortueux, et les amène dans la crainte, et les tourmente par sa discipline, et ne se retourne pas pour les consoler et les réjouir, jusqu’à ce qu’elle les ait éprouvés et qu’elle ait mis leur jugement à l’épreuve. » Non, ne nous flattons pas de marcher dans les sentiers agréables de la sagesse, à moins de nous soumettre d’abord à bien des difficultés. La naissance spirituelle a ses douleurs, aussi bien que la naissance naturelle : car ceux qui en ont fait l’expérience (et eux seuls en sont les juges compétents) peuvent vous apprendre qu’en toutes les choses qui sont chères à la nature corrompue, il nous faut renoncer à nous-mêmes, de peur qu’après tout, quand nous en viendrons à l’enfantement, la force ne nous manque pour enfanter.
Mais s’il en est ainsi ; s’il y a des difficultés et des douleurs attachées à notre nouvelle naissance ; s’il nous faut renoncer à nous-mêmes, quelle saison plus propre que celle de la jeunesse ? C’est alors, si jamais, que nos corps sont robustes et vigoureux, et nos esprits actifs et courageux ; et nous sommes, par conséquent, le mieux en état de supporter les souffrances, comme de bons soldats de Jésus-Christ.
Nous voyons que, dans les affaires temporelles, les gens observent communément cette méthode, et envoient leurs enfants au loin, parmi les labeurs et les fatigues des affaires, dès leurs jeunes années, sachant bien qu’ils sont alors le plus en état de les supporter. Et pourquoi n’agissent-ils pas avec la même cohérence dans la grande affaire de la religion ? Parce que, comme notre Sauveur nous l’a dit, « les enfants de ce siècle sont plus prudents à l’égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière. »
Mais, secondement, si la religion pure et sans tache consiste dans le renouvellement de nos natures corrompues, alors ce n’est pas seulement une œuvre difficile, mais, pour ce qui est de sa perfection, une œuvre de temps.
Et s’il en est ainsi, il importe grandement à chacun de s’y mettre de bonne heure, et de « faire son œuvre tandis qu’il est jour, avant que vienne la nuit, où personne ne peut travailler. »
Si, en effet, nous pouvions vivre jusqu’à l’âge de Metuschélah, et que nous n’eussions que peu d’affaires pour nous occuper, nous serions alors plus excusables de ne faire d’autre usage de ce monde que celui qu’en font beaucoup trop de gens, qui est d’y prendre leurs divertissements : mais puisque nos vies sont si courtes, et que nous sommes appelés à travailler à notre salut avec crainte et tremblement, il ne nous reste point de place pour la frivolité, de peur que nous ne soyons enlevés alors que nos lampes ne sont pas préparées, et que nous ne sommes nullement prêts à aller au-devant de l’Époux.
Si nous connaissions un ami ou un voisin qui eût à faire un long voyage de la plus haute importance, et qui pourtant restât tout le jour oisif, négligeant de se mettre en route jusqu’à ce que le soleil fût sur le point de se coucher, nous ne pourrions nous empêcher de plaindre et de condamner son insigne folie. Et pourtant il est à craindre que la plupart des hommes ne soient précisément de tels insensés ; ils ont un long voyage à faire, que dis-je, un voyage vers l’éternité, un voyage d’une importance infinie, et qu’ils sont obligés d’achever avant que le soleil de leur vie naturelle soit couché ; et pourtant ils laissent s’écouler en flânant le temps qui leur a été accordé pour faire ce voyage, jusqu’à ce que la maladie ou la mort les surprenne ; et alors ils s’écrient : « Que devons-nous faire pour hériter la vie éternelle ? » Mais laissant de tels hommes aux miséricordes de Dieu en Christ, qui peut appeler à la onzième heure, je passe
Au second point général proposé : montrer les avantages qui découleront de ce que nous nous souviendrons de notre Créateur pendant les jours de notre jeunesse ; ils pourront servir comme autant de motifs pour exciter et presser chacun de s’y mettre sans délai.
Et le premier bienfait qui en résulte, c’est que cela rendra le plus d’honneur et de gloire à Dieu. Tout homme sérieux, je suppose, accordera que c’est là le point vers lequel nos actions doivent converger ; car c’est pour cette fin que nous sommes nés, et pour cette fin que nous avons été rachetés par le sang précieux de Jésus-Christ : afin que nous avancions la gloire éternelle de Dieu. Et comme la gloire de Dieu est surtout avancée par l’obéissance rendue à ses préceptes, ceux qui commencent le plus tôt à marcher dans ses voies sont ceux qui agissent le plus pour sa gloire. L’objection commune contre les lois divines en général, et contre les doctrines de l’Évangile en particulier, c’est qu’elles ne sont pas praticables ; qu’elles sont contraires à la chair et au sang ; et que tous ces préceptes touchant le renoncement à soi-même, le renoncement au monde et la mort au monde, ne sont qu’autant de contraintes arbitraires imposées à la nature humaine : mais quand nous voyons de simples adolescents non seulement pratiquer de tels devoirs religieux, mais y prendre leurs délices, et, aux jours de leur jeunesse, alors que, si jamais, ils ont du goût pour les plaisirs des sens, dompter et mépriser la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ; voilà, voilà ce qui plaît à Dieu ; voilà ce qui venge son honneur outragé ; voilà ce qui montre que son service est une parfaite liberté, « que son joug est doux, et son fardeau léger. »
Mais, secondement, de même qu’une piété précoce redonde le plus à l’honneur de Dieu, de même elle nous fera le plus d’honneur à nous-mêmes : car ceux qui honorent Dieu, Dieu les honorera. Aussi trouvons-nous remarqué, à la louange d’Abdias, qu’il servit l’Éternel dès sa jeunesse ; de Samuel, qu’il se tenait, jeune encore, devant Dieu, revêtu d’un éphod de lin ; de Timothée, que dès son enfance il avait connu les saintes Écritures ; de saint Jean, qu’il était le plus jeune et le plus aimé des disciples ; et de notre bienheureux Seigneur lui-même, qu’à l’âge de douze ans il monta au temple, et s’assit au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant.
Et, troisièmement, une piété précoce ne nous procurera pas moins de consolation que d’honneur, non seulement parce qu’elle nous rend la religion habituelle, mais aussi parce qu’elle nous donne une assurance bien fondée de la sincérité de notre profession. N’y eût-il point d’autre argument contre une repentance de lit de mort que ce qu’un tel état a d’insatisfaisant et d’angoissant, cela devrait suffire pour détourner toute personne réfléchie de remettre l’affaire la plus importante de sa vie à une époque si redoutable. Car, à supposer qu’un homme soit sincère dans sa profession de repentance sur son lit de mort (ce dont, dans la plupart des cas, il y a fort lieu de douter), il craint souvent néanmoins que ses convictions et ses remords ne procèdent pas d’une vraie douleur du péché, mais d’une crainte servile du châtiment. Mais celui qui est un jeune saint n’a à redouter aucune perplexité de ce genre ; il sait qu’il aime Dieu pour lui-même, et qu’il n’est point poussé vers lui par la frayeur d’un mal imminent ; il ne renonce pas aux satisfactions des sens parce qu’il ne peut plus « entendre la voix des chanteurs et des chanteuses » ; mais il prend volontairement sa croix, et suit son bienheureux Maître dès sa jeunesse ; c’est pourquoi il a lieu d’attendre une plus grande assurance de sa sincérité envers Dieu. Mais de plus, de même qu’une piété précoce assure le cœur de sa sincérité, de même elle apporte avec elle sa récompense présente, en rendant la religion et ses devoirs habituels et faciles. Un jeune saint, si vous l’interrogiez, vous dirait avec joie l’indicible consolation qu’il y a à commencer de bonne heure à être religieux : quant à lui, il ne sait ce que les hommes veulent dire quand ils parlent de la mortification, du renoncement à soi-même et de la retraite comme de devoirs durs et rigoureux ; car il s’y est tellement accoutumé que, par la grâce de Dieu, ils lui sont maintenant devenus comme naturels, et il prend infiniment plus de plaisir à pratiquer les préceptes les plus sévères de l’Évangile qu’un mauvais riche voluptueux sur un lit de parade, ou qu’un Haman ambitieux à un banquet royal. Et ô combien heureux doit être ce jeune homme dont le devoir est devenu une seconde nature, et pour qui les choses qui semblent terribles aux autres sont devenues à la fois faciles et délicieuses !
Mais le plus grand avantage d’une piété précoce reste encore à dire : quatrièmement, elle amasse la meilleure provision de consolation et de soutien pour le temps où nous en aurons le plus besoin, c’est-à-dire pour tous les temps de notre tribulation, et en particulier pour le temps de la vieillesse, l’heure de la mort et le jour du jugement.
C’est l’argument dont se sert le sage dans les paroles qui suivent immédiatement le texte : « Souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent et que les années s’approchent où tu diras: Je n’y prends point de plaisir. » Remarquez-le : le temps de la vieillesse est un mauvais temps, des années où il n’y a point de plaisir ; demandez-le à ceux qui sont devenus vieux, et ils vous le diront. Des cordiaux doivent donc assurément être fort à propos pour soutenir nos esprits abattus : et ô quel cordial comparable au souvenir d’une piété précoce, qui s’appuie entièrement sur la justice de Christ ? Quand les yeux, comme ceux d’Isaac, se sont obscurcis par l’âge ; quand « les gardiens de la maison, les mains, tremblent », comme le sage continue à décrire les infirmités de la vieillesse ; quand « les hommes forts se courbent », c’est-à-dire que les jambes s’affaiblissent ; et que « celles qui moulent », les dents, cessent de remplir leur office parce qu’elles sont en petit nombre ; alors, pour un homme, entendre lire devant lui les préceptes de l’Évangile, et pouvoir mettre la main sur son cœur et dire sincèrement, malgré le sentiment de manquements sans nombre : « Toutes ces choses, je me suis efforcé, par la grâce, de les observer dès ma jeunesse » : voilà qui doit lui donner, par Christ qui opère tout, une consolation que les mots me manquent pour exprimer et les pensées pour concevoir. Mais, à supposer qu’il nous fût possible d’échapper aux incommodités de la vieillesse, la mort n’en est pas moins une dette que, depuis la chute, nous devons tous payer ; et, ce qui est pire, elle vient d’ordinaire accompagnée de circonstances si effrayantes qu’elle fera trembler même un Félix. Mais quant aux hommes pieux, qui ont été rendus capables de servir le Seigneur dès leur jeunesse, il n’en est pas d’ordinaire ainsi pour eux ; non, la foi leur est donnée de regarder la mort, non comme un roi des épouvantements, mais comme un messager bienvenu, venu pour les conduire à la demeure tant souhaitée. Tous les jours du temps qui leur était fixé, ils ont attendu, et ç’a été l’affaire de leur vie entière de s’appliquer à se préparer à la venue de leur grand changement ; c’est pourquoi ils se réjouissent d’apprendre qu’ils sont appelés à aller au-devant de l’Époux céleste. Ainsi meurt celui qui fut pieux dès sa jeunesse, dont « le sentier a été comme la lumière resplendissante, Dont l’éclat va croissant jusqu’au milieu du jour. » Mais suivez-le au-delà du tombeau, et voyez avec quel saint triomphe il entre dans la joie de son Maître ; avec quelle humble hardiesse il se tient devant le redoutable tribunal de Jésus-Christ ; et pourrez-vous alors vous retenir de vous écrier : « Que je meure de la mort des justes, et que ma fin, et mon état à venir, soient semblables aux siens ? »
Ai-je donc besoin, après avoir montré que tant d’avantages découlent d’une piété précoce, d’employer d’autres arguments pour persuader la plus jeune partie de cet auditoire, à qui je m’adresse en troisième et dernier lieu, de « se souvenir de leur Créateur pendant les jours de leur jeunesse » ?
Quoi ! tous les arguments que j’ai mentionnés ne l’emporteront-ils pas sur eux, pour leur faire quitter leurs carouges et revenir à la maison manger du veau gras ? Quoi ! récompenseront-ils ainsi l’amour de notre Sauveur ? Loin d’eux une telle pensée ! Est-il descendu, a-t-il versé son sang précieux pour les délivrer de la puissance du péché ; et eux, dépenseront-ils au service du péché la force et la vigueur de leur jeunesse, pour penser ensuite à servir Christ quand ils ne pourront plus suivre leurs convoitises ? Convient-il que beaucoup de ceux qui sont doués de dons excellents, et qui sont par là qualifiés pour être les soutiens et les ornements de notre Église qui décline, oublient néanmoins le Dieu qui les leur a donnés, et les emploient à des choses qui ne servent de rien ? Ô pourquoi ne se lèvent-ils pas, pour être, comme autant de Phinées, zélés pour l’Éternel des armées ? Sans doute, quand la mort les surprendra, ils souhaiteront l’avoir fait : et qu’est-ce qui les empêche de commencer maintenant ? Pensez-vous que quelqu’un se soit jamais repenti d’avoir commencé trop tôt à être religieux ? Mais combien, au contraire, se sont repentis d’avoir commencé presque trop tard ? Ne pouvons-nous pas bien imaginer que le jeune Samuel se réjouit maintenant d’avoir servi si tôt au tabernacle de l’Éternel ? Ou le jeune Timothée, d’avoir dès son enfance connu les saintes Écritures ? Et si vous souhaitez avoir part à leur joie, laissez-moi vous persuader d’avoir part à leur piété.
Je pourrais continuer encore à remplir ma bouche d’arguments ; mais les circonstances et la piété de ceux au milieu desquels je prêche maintenant « le royaume de Dieu » m’avertissent de changer de ton ; et, au lieu d’insister davantage pour détourner du péché, de remplir ce qui reste de ce discours par des encouragements à persévérer dans la sainteté.
Béni, à jamais béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, je ne parle pas à des personnes enflammées des convoitises de la jeunesse, mais à une multitude de jeunes gens qui font profession de religion, et qui, en s’assemblant fréquemment et en se formant en sociétés religieuses, sont, je l’espère sur de bons fondements, en bon chemin pour être du nombre de ces « jeunes gens qui ont vaincu le malin. »
Croyez-moi, cela réjouit mon âme même de voir tant de vos visages tournés vers le ciel ; et les heureux effets visibles de votre union ne peuvent manquer de réjouir le cœur de tous les chrétiens sincères, et de les obliger à vous souhaiter la prospérité au nom du Seigneur. Les nombreuses âmes qui sont nourries chaque semaine, par votre moyen, du corps et du sang spirituels de Jésus-Christ ; les sermons hebdomadaires et mensuels qui sont prêchés grâce à vos contributions ; l’encens quotidien d’actions de grâces et de prière qui monte publiquement vers le trône de la grâce au moyen de vos souscriptions ; les nombreux enfants qu’on élève, par vos charités, « en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur » ; et, enfin, le zèle louable et pieux que vous déployez pour promouvoir et encourager la psalmodie sacrée, sont des preuves si claires et si manifestes du bienfait de vos sociétés religieuses qu’elles appellent une reconnaissance publique de louange et d’actions de grâces envers notre bienheureux Maître, qui non seulement a mis dans vos cœurs de si bons desseins, mais vous a aussi rendus capables de les mener à bonne fin.
Il est vrai qu’on a objecté « que le fait, pour des jeunes gens, de se former en sociétés religieuses tend à les rendre spirituellement orgueilleux, et à leur donner d’eux-mêmes une plus haute opinion qu’ils ne doivent. » Et peut-être la conduite imprudente et impérieuse de quelques novices en religion, qui, « bien qu’ils fussent sortis du milieu de vous, n’étaient pas des vôtres », a-t-elle donné trop de prise à une telle calomnie.
Mais vous, frères, ce n’est pas ainsi que vous avez appris Christ. Loin, bien loin de vous la pensée de vous regarder comme justes et de mépriser les autres, parce que vous vous assemblez souvent. Non ; cela, au lieu de faire naître l’orgueil, doit engendrer dans vos cœurs une sainte crainte, de peur que votre pratique ne réponde pas à votre profession, et qu’après avoir été utiles aux autres et les avoir édifiés, vous ne deveniez vous-mêmes des réprouvés.
L’esprit mondain, mes frères, est un autre écueil contre lequel nous risquons de faire naufrage. Car, si d’autres péchés ont tué leurs mille parmi ceux qui font profession d’être chrétiens, celui-ci a tué ses dix mille. Je n’ai pas besoin d’en appeler aux siècles passés ; votre propre expérience, sans doute, vous a fourni bien des exemples malheureux de jeunes gens qui, « après s’être (comme on l’eût imaginé) dérobés aux souillures qui sont dans le monde par la convoitise », et « avoir goûté la bonne parole de vie », et persévéré pour un temps tant qu’ils étaient sous la tutelle et la surveillance d’autrui, ont pourtant, quand ils sont devenus leurs propres maîtres, faute de foi, et par un trop grand empressement à « travailler pour la nourriture qui périt », abandonné leur premier amour, se sont de nouveau laissé enlacer par le monde, et « sont retournés, comme le chien, à ce qu’ils avaient vomi, et, comme la truie lavée, se sont vautrés dans le bourbier. » Vous feriez donc bien, mes frères, de vous rappeler souvent les uns aux autres ce piège dangereux, et de vous exhorter mutuellement à commencer, poursuivre et achever votre combat chrétien dans un entier renoncement au monde et aux dispositions mondaines ; afin que, lorsque la Providence vous obligera à pourvoir à vos propres besoins et à ceux de vos maisons respectives, vous puissiez continuer à marcher par la foi, et toujours « chercher premièrement le royaume et la justice de Dieu » ; ne doutant point que toutes les autres choses, moyennant votre honnête travail et vos efforts, ne vous soient données par-dessus.
Et maintenant, que dirai-je de plus ? Vous parler, à vous, pères, qui êtes en Christ depuis tant d’années avant moi, et qui connaissez la malignité de l’esprit mondain et de l’orgueil dans la vie spirituelle, serait tout à fait superflu. C’est donc à vous, ô jeunes gens (pour qui je suis dans l’angoisse, pour qui je crains autant que pour moi-même), que je m’adresse une fois encore, dans les paroles du disciple bien-aimé : « Prenez garde à vous-mêmes, afin que nous ne perdions pas ce que nous avons accompli, mais que nous recevions une pleine récompense. » Soyez donc toujours attentifs aux paroles qui nous ont été dites par les apôtres du Seigneur et Sauveur : « Appliquez-vous à affermir votre vocation et votre élection. Mettez-vous sur vos gardes, de peur qu’entraînés, vous aussi, par l’égarement des impies, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains. Mais nous attendons, pour ce qui vous concerne, des choses meilleures et favorables au salut, quoique nous parlions ainsi. Car Dieu n’est pas injuste, pour oublier votre travail et l’amour que vous avez montré. Et nous désirons que chacun de vous montre le même zèle pour conserver jusqu’à la fin une pleine espérance, en sorte que vous ne vous relâchiez point, et que vous imitiez ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses. » Il est vrai que nous avons bien des difficultés à affronter, bien des ennemis puissants à vaincre, avant de pouvoir entrer en possession de la terre promise. nous avons un diable rusé, un monde séducteur, et, par-dessus tout, la perfidie de nos propres cœurs, à quoi il nous faut résister et contre quoi il nous faut lutter. « Car étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie éternelle. » Mais pourquoi craindrions-nous, puisque celui qui est avec nous est bien plus puissant que tous ceux qui sont contre nous ? N’avons-nous pas déjà éprouvé sa toute-puissance, quand il nous a rendus capables de vaincre certaines difficultés qui semblaient alors aussi insurmontables que celles contre lesquelles nous luttons maintenant ? Et celui qui nous a délivrés des griffes de ces ours et de ces lions ne peut-il pas nous préserver aussi des coups du plus fort Goliath ?
« Soyez donc fermes, mes frères, soyez inébranlables. » N’ayez point « honte de l’Évangile de Christ : car c’est une puissance de Dieu pour le salut. » Ne craignez point l’homme ; ne craignez point le mépris et les outrages que vous devez rencontrer dans le chemin du devoir ; car un seul d’entre vous en poursuivra mille, et deux d’entre vous mettront en fuite dix mille de vos ennemis. Et si vous consentez, par la grâce, à souffrir ici-bas pour un peu de temps ; je dis la vérité en Christ, je ne mens point ; alors vous pouvez espérer, selon la bienheureuse parole de la promesse, que vous serez élevés pour vous asseoir avec le Fils de l’homme, quand il viendra dans la gloire de son Père, avec ses saints anges, pour le jugement à venir. Que le Dieu tout-puissant donne à chacun de nous une telle mesure de sa grâce que nous ne soyons pas du nombre de ceux qui se retirent pour se perdre, mais de ceux qui croient et persévèrent jusqu’à la fin, pour le salut de nos âmes, par notre Seigneur Jésus-Christ.
À ce Dieu, etc.
Chapitre 11 terminé
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