Sermons choisis de George Whitefield
Le potier et l’argile

Chapitre 13 · 41 min de lecture · 52 min d’écoute

Le potier et l’argile

Jérémie 18:1–6 — « La parole qui fut adressée à Jérémie de la part de l’Éternel, en ces mots: Lève-toi, et descends dans la maison du potier; Là, je te ferai entendre mes paroles. Je descendis dans la maison du potier, Et voici, il travaillait sur un tour. Le vase qu’il faisait ne réussit pas, Comme il arrive à l’argile dans la main du potier; Il en refit un autre vase, Tel qu’il trouva bon de le faire. Et la parole de l’Éternel me fut adressée, en ces mots: Ne puis-je pas agir envers vous comme ce potier, maison d’Israël? Dit l’Éternel. Voici, comme l’argile est dans la main du potier, Ainsi vous êtes dans ma main, maison d’Israël! »

À plusieurs reprises et de plusieurs manières, il a plu à Dieu de parler à nos pères par les prophètes, avant de nous parler, en ces derniers temps, par son Fils. À Élie, il se révéla par un murmure doux et léger ; à Jacob, par un songe ; à Moïse, il parla face à face. Parfois il lui plaisait d’envoyer un prophète bien-aimé en quelque mission particulière, et, tandis que celui-ci s’en acquittait, il daignait lui confier un message précis, qu’il avait ordre de porter sans réserve à tous les habitants du pays. Le passage qu’on vient de vous lire nous en rapporte un exemple très instructif. Le premier verset nous apprend que ce fut une parole, ou un message, qui vint immédiatement du Seigneur au prophète Jérémie. À quel moment, ou à quoi le prophète était occupé quand elle lui vint, on ne nous le dit pas. Peut-être priait-il pour ceux qui ne voulaient pas prier pour eux-mêmes. Peut-être était-ce vers le matin, tandis qu’il sommeillait ou méditait sur sa couche. Car la parole lui vint, disant : « Lève-toi. » Et que doit-il faire une fois levé ? Il doit descendre « dans la maison du potier » (le prophète savait où la trouver), « et Là (dit le grand Jéhovah), je te ferai entendre mes paroles. » Jérémie ne consulte ni la chair ni le sang ; il n’objecte pas qu’il fait nuit ou qu’il fait froid, il ne demande pas qu’on lui donne son message sur place ; mais, sans la moindre hésitation, il obéit aussitôt à la vision céleste. « Je descendis (dit-il) dans la maison du potier, Et voici, il travaillait sur un tour. » Au moment même où il entrait dans la maison, ou dans l’atelier, le potier, semble-t-il, avait un vase sur son tour. Et y avait-il là quelque chose de si extraordinaire, qu’il fallût l’annoncer par le mot Voici ? Pour quel rêveur visionnaire, pour quel enthousiaste superstitieux ce Jérémie ne passerait-il pas, s’il vivait aujourd’hui, même auprès de beaucoup de ceux qui lisent ses prophéties avec un respect apparent ? Mais ce n’était pas la première fois que Jérémie recevait du ciel des ordres de cette manière. Aussi obéit-il de bon cœur ; et si vous ou moi l’avions accompagné à la maison du potier, nous l’aurions vu, je crois, attendre en silence, mais avec une intense attention, son grand et souverainement sage Commandant, pour savoir pourquoi il l’avait envoyé là. Il me semble le voir tout attentif. Il remarque que « le vase était d’argile » ; mais, tandis que le potier le tenait dans sa main et faisait tourner la roue pour lui donner quelque forme particulière, « il se gâta entre les mains du potier », et devint ainsi impropre à l’usage auquel il l’avait d’abord destiné. Et que devient ce vase gâté ? Ainsi gâté, le potier, je suppose, aurait pu, sans qu’on pût le moins du monde l’accuser d’injustice, le jeter de côté et prendre à sa place un autre morceau d’argile. Mais il ne le fit pas. « Il en refit un autre vase. » Et le potier réunit-il en conseil les gens de sa maison, pour leur demander quelle sorte de vase ils lui conseilleraient d’en faire ? Non, nullement. « Il en refit un autre vase, Tel qu’il trouva bon de le faire. »

« Alors », ajoute Jérémie — tandis qu’il était dans le chemin du devoir — alors — tandis qu’il criait en son esprit : Seigneur, que veux-tu que je fasse? — « Alors la parole de l’Éternel me fut adressée, en ces mots: Ne puis-je pas agir envers vous comme ce potier, maison d’Israël? Dit l’Éternel. Voici, comme l’argile est dans la main du potier (gâtée, et impropre à l’usage pour lequel on l’avait d’abord destinée), Ainsi vous êtes dans ma main, maison d’Israël! » Jérémie reçoit donc enfin son sermon : court, mais à la portée de tous. Il devait être prêché à toute la maison d’Israël, princes, sacrificateurs et peuple : court, mais pénétrant, plus tranchant même qu’une épée à deux tranchants. Quoi ! dit le souverain Seigneur du ciel et de la terre, me refusera-t-on le privilège d’un simple potier ? Ne m’est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? « Voici, comme l’argile est dans la main du potier, Ainsi vous êtes dans ma main, maison d’Israël! Je vous ai faits et formés en un peuple, et je vous ai bénis plus qu’aucune autre nation sous le ciel ; mais, ô Israël, tu t’es perdu toi-même par tes infidélités. Comme donc le potier aurait pu, à bon droit, jeter de côté son argile gâtée, ainsi je puis, à bon droit, vous retrancher de mon Église et vous retrancher du rang des peuples. Mais si je franchissais les montagnes de votre culpabilité, si je guérissais vos infidélités, si je ranimais mon œuvre dans le cours des années, et si je faisais grandement prospérer votre fin ? Voici, comme l’argile est dans la main du potier, livrée à sa discrétion, pour être détruite ou façonnée en un autre vase, ainsi vous êtes dans ma main, ô maison d’Israël : je puis vous rejeter, et par là vous perdre, ou je puis vous visiter de nouveau et vous ranimer, selon ma propre volonté souveraine et mon bon plaisir ; et qui me dira : Que fais-tu ? »

Telle semble être l’interprétation véritable et l’intention première de ce beau passage de la sainte Écriture. Mais, laissant de côté toute recherche ultérieure sur son dessein ou son sens premier, je vais maintenant montrer que ce que le glorieux Jéhovah dit ici de la maison d’Israël en général s’applique en particulier à chaque individu de la race humaine. Et comme je présume que cela peut se faire sans, d’une part, étirer l’Écriture ni, d’autre part, l’arracher à son sens originel, je ne vous retiendrai pas plus longtemps : du passage ainsi expliqué et paraphrasé, je tirerai ces deux points généraux, et je m’efforcerai de les développer.

Premièrement, j’entreprendrai de prouver que tout homme naturellement engendré de la postérité d’Adam n’est, aux yeux du Dieu qui voit tout et qui sonde les cœurs, qu’un « morceau d’argile gâtée ».

Secondement, qu’étant ainsi gâté, il doit nécessairement être renouvelé ; et, sous ce point, nous montrerons aussi par quel agent ce puissant changement doit s’accomplir.

Ces points une fois traités, la voie s’ouvrira naturellement à une courte parole d’application.

Premièrement, prouver que tout homme naturellement engendré de la postérité d’Adam n’est, aux yeux d’un Dieu qui voit tout et qui sonde les cœurs, qu’un morceau d’argile gâtée.

Veuillez remarquer que nous disons tout homme naturellement engendré de la postérité d’Adam, ou tout homme depuis la chute ; car si nous considérons l’homme tel qu’il sortit d’abord des mains de son Créateur, il était bien loin de se trouver en un si triste état. Non ; il fut créé droit à l’origine, ou, comme le déclare Moïse, l’écrivain sacré, « Dieu le fit à son image ». Jamais, assurément, on n’exprima tant de choses en si peu de mots ; ce qui m’a souvent fait m’étonner que le grand critique Longin, qui admire si justement la dignité et la grandeur du récit que fait Moïse de la création, et du « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. » — je dis que je me suis souvent étonné qu’il n’ait pas lu un peu plus loin, et qu’il n’ait pas décerné un éloge [louange, approbation, acclamation] aussi juste à cette description courte, mais en même temps inexprimablement auguste [noble, élégante, superbe] et si riche de sens, de la formation de l’homme : « Dieu créa l’homme à son image ». Frappé d’un profond sentiment d’une bonté si étonnante, et afin d’en graver un sentiment plus profond encore dans nos esprits, il ajoute aussitôt : « il le créa à l’image de Dieu ». Un conseil de la très adorable Trinité fut tenu en cette importante occasion : Dieu ne dit pas : Qu’il y ait un homme, et il y eut un homme ; mais Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance ». Tel est le récit que les vivants oracles de Dieu nous donnent de l’homme en son premier état ; mais il est très remarquable que le passage du récit de sa création à celui de sa misère se fasse si vite. Et pourquoi ? Pour une excellente raison : c’est qu’il déchut bientôt de sa dignité première ; et, par cette chute, l’image divine est si défigurée qu’il n’a plus de valeur que comme les antiquaires estiment une médaille ancienne, uniquement à cause de l’image et de l’inscription qui y furent jadis frappées, ou d’une seconde empreinte divine que, par la grâce, il peut encore recevoir.

Examinons-le de plus près, et voyons s’il en est ainsi ou non ; et d’abord quant à son intelligence. Puisque l’homme fut créé à l’origine « selon Dieu dans la connaissance », aussi bien que dans la justice et la vraie sainteté, nous pouvons raisonnablement en conclure que son intelligence, à l’égard des choses naturelles aussi bien que des choses divines, était d’une étendue prodigieuse : car il fut fait un peu inférieur aux anges, et, par conséquent, leur étant semblable, excellent en intelligence, il connaissait beaucoup de Dieu, de lui-même et de tout ce qui l’entourait ; et, sous ce rapport comme sous tout autre, il était, comme s’exprime M. Golter dans l’un de ses essais, un majeur accompli. Mais tel est bien loin d’être notre cas aujourd’hui. Car, à l’égard des choses naturelles, notre intelligence est évidemment obscurcie. C’est bien peu de chose que nous pouvons savoir, et ce peu même de connaissance que nous pouvons acquérir ne s’obtient qu’au prix de beaucoup de lassitude de la chair ; nous sommes condamnés à l’acquérir comme notre pain quotidien, je veux dire à la sueur de notre front.

Les hommes à l’esprit bas et étroit se mettent vite à être sages à leurs propres yeux : et, ayant acquis quelque teinture des langues savantes et fait quelques petits progrès dans les sciences arides, ils sont aisément tentés de se croire plus grands d’une tête que leurs semblables mortels, et ils ne profèrent ainsi que trop, trop souvent, de grands discours enflés de vanité. Mais les personnes d’une pensée plus élevée et plus étendue n’osent pas se vanter. Non : elles savent que les plus grands savants sont dans les ténèbres à l’égard de beaucoup des moindres choses mêmes de la vie ; et, après toutes leurs laborieuses recherches dans les Arcana Natura, ils trouvent un vide si immense, une étendue si démesurée encore à parcourir, qu’ils sont obligés à la fin de conclure, presque à l’égard de toutes choses, « qu’ils ne savent encore rien comme il faut savoir ». C’est sans doute cette considération qui porta Socrate, lorsqu’un de ses disciples lui demanda pourquoi l’oracle l’avait déclaré le plus sage des hommes sur la terre, à lui faire cette judicieuse réponse : « C’est peut-être parce que je suis le plus convaincu de ma propre ignorance. » Plût à Dieu que tous ceux qui se disent chrétiens en eussent appris autant que ce païen ! Nous n’entendrions plus alors tant d’hommes savants, d’une science faussement ainsi nommée, trahir leur ignorance en se vantant de l’étendue de leur intelligence superficielle, ni, en se disant si sages, se montrer de si parfaits fous pédants.

Si nous considérons notre intelligence à l’égard des choses spirituelles, nous trouverons qu’elle n’est pas seulement obscurcie, mais qu’elle est devenue les ténèbres mêmes, des « ténèbres que l’on peut toucher » pour tous ceux qui n’ont pas perdu tout sentiment. Et comment en serait-il autrement, puisque l’infaillible parole de Dieu nous assure qu’elle est étrangère à la lumière de vie de Dieu, et par là naturellement aussi incapable, toute proportion gardée, de juger des choses divines et spirituelles, qu’un aveugle-né est incapable de distinguer les diverses couleurs de l’arc-en-ciel ? « l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu » (dit un apôtre inspiré) ; bien loin de là, « elles sont une folie pour lui » ; et pourquoi ? Parce que « c’est spirituellement qu’on en juge ». De là vient que Nicodème, qui avait reçu le bienfait d’une révélation extérieure et divine, qui était un chef des Juifs, et même un docteur d’Israël, quand notre Seigneur lui dit « qu’il lui fallait naître de nouveau », parut tout à fait embarrassé. « Comment (dit-il) un homme peut-il naître quand il est vieux? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître? Comment cela peut-il se faire? » Trois questions plus absurdes furent-elles jamais posées par l’homme le plus ignorant du monde ? Ou peut-il y avoir une preuve plus claire de l’aveuglement de l’intelligence humaine à l’égard des choses divines aussi bien que des choses naturelles ? L’homme n’est-il donc pas un morceau d’argile gâtée ?

Cela paraîtra plus évident encore si nous considérons le penchant pervers de sa volonté. Fait à l’image même de Dieu, l’homme, avant la chute, n’avait sans aucun doute d’autre volonté que celle de son Créateur. La volonté de Dieu et celle d’Adam étaient alors comme des unissons en musique. Il n’y avait pas entre elles la moindre désunion, la moindre discorde. Mais à présent il a une volonté aussi directement contraire à la volonté de Dieu que la lumière est contraire aux ténèbres, ou le ciel à l’enfer. Nous apportons tous en venant au monde une affection charnelle, qui n’est pas seulement ennemie de Dieu, mais qui « est l’inimitié même, et qui, par conséquent, ne se soumet pas à la loi de Dieu, et ne le peut même pas ». Beaucoup montrent un grand zèle à parler contre l’homme de péché, et s’élèvent hautement (et à très juste titre) contre le pape, qui s’assied dans le temple, j’entends l’Église de Christ, et qui « s’élève au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu ». Mais ne dis pas en toi-même : Qui ira à Rome abattre cet antichrist spirituel ? comme s’il n’y avait d’antichrist que hors de nous. Car sache, ô homme, qui que tu sois, qu’un antichrist infiniment plus dangereux, parce que moins discerné, à savoir la volonté propre, siège chaque jour dans le temple de ton cœur, s’élevant au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu, et obligeant tous ses adorateurs à dire de Christ lui-même, ce Prince de la paix : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. » Le peuple de Dieu, dont les sens spirituels sont exercés aux choses spirituelles, et dont les yeux sont ouverts pour voir les abominations qui sont dans leur cœur, l’éprouve souvent à sa douleur. Qu’ils le veuillent ou non, cette inimitié bouillonne de temps à autre ; et, en dépit de toute leur vigilance et de tout leur soin, lorsqu’ils sont sous le poids de quelque affliction aiguë, d’un long délaissement ou d’une pénible nuit de tentation, ils trouvent souvent au-dedans d’eux quelque chose qui se soulève en rébellion contre les dispensations souverainement sages de la divine Providence, et qui dit à Dieu leur Père céleste : « Que fais-tu? » C’est ce qui les fait crier (et il n’est pas étonnant, puisque c’est ce qui contraignit l’un des plus grands saints et des plus grands apôtres à employer le premier cette expression) : « Misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? » L’âme spirituelle et renouvelée gémit ainsi, accablée ; mais pour l’homme naturel et non réveillé, il n’en est pas ainsi : la volonté propre, comme tout autre mal, d’une manière plus cachée ou plus visible, règne dans son âme non renouvelée, et le démontre aux autres jusqu’à l’évidence, qu’il le sache ou veuille l’avouer lui-même ou non : à l’égard des désordres de sa volonté, comme de son intelligence, l’homme n’est qu’un morceau d’argile gâtée.

Un coup d’œil rapide sur les affections de l’homme déchu confirmera plus solidement encore cette triste vérité, Celles-ci, lorsqu’il fut d’abord placé dans le paradis de Dieu, étaient toujours tenues dans leurs justes bornes, fixées sur leurs objets légitimes, et, comme autant de paisibles rivières, glissaient doucement, spontanément et habituellement vers leur océan, Dieu. Mais à présent la scène est changée. Car nous sommes maintenant naturellement pleins d’affections viles, qui, comme un torrent puissant et impétueux, emportent tout devant elles. Nous aimons ce que nous devrions haïr, et nous haïssons ce que nous devrions aimer ; nous craignons ce que nous devrions espérer, et nous espérons ce que nous devrions craindre ; bien plus, nos affections s’élèvent parfois à un degré si indomptable que, bien que notre jugement soit convaincu du contraire, nous voulons pourtant satisfaire nos passions, fût-ce aux dépens de notre bien présent et éternel. Nous sentons en nous une guerre de nos affections, qui luttent contre la loi de notre entendement et nous rendent captifs de la loi du péché et de la mort. De sorte que video meliora proboque, deteriora foquor [expression latine] — j’approuve le meilleur, mais je suis le pire — n’est que trop, trop souvent la pratique de nous tous.

Je sais que beaucoup s’offensent quand on compare les hommes aux bêtes et aux démons. Et ils auraient quelque ombre de raison de s’en offenser si nous affirmions, au sens physique, qu’ils sont réellement des bêtes et réellement des démons. Car alors, comme je l’entendis un jour observer à un très savant prélat qui s’élevait contre cette comparaison, « un homme qui serait une bête serait incapable d’être sauvé, et un homme qui serait un démon serait dans l’impossibilité de l’être ». Mais lorsque nous usons de ces comparaisons choquantes, comme il lui plut de les appeler, nous voulons être entendus seulement au sens moral ; et en cela nous n’affirmons rien de plus que ce que quelques-uns des plus saints hommes de Dieu ont dit d’eux-mêmes et des autres, dans les vivants oracles, il y a bien des siècles. Le saint roi David, l’homme selon le cœur de Dieu, dit en parlant de lui-même : « J’étais stupide et sans intelligence, J’étais à ton égard comme les bêtes. » Et le saint homme Job, parlant de l’homme en général, dit qu’« Il est né comme le petit d’un âne sauvage » ; ou bien, ôtez le mot explétif, comme quelques-uns pensent qu’il faut le faire, et alors il affirme positivement que l’homme est le petit d’un âne sauvage. Et que dit notre Seigneur ? « Vous avez pour père le diable » ; et il est dit que « le monde entier est sous la puissance du malin, de l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion », c’est-à-dire dans toutes les âmes non renouvelées. Notre stupidité, notre penchant à fixer nos affections sur les choses de la terre, et notre empressement à prendre soin de la chair pour en satisfaire les convoitises, prouvent que nous sommes terrestres et brutes ; et nos passions intérieures, la colère, la haine, la méchanceté, l’envie et autres semblables, prouvent avec une égale force que nous sommes aussi diaboliques. Les unes et les autres concourent à démontrer qu’à l’égard de ses affections, comme de son intelligence et de sa volonté, l’homme peut à bon droit être appelé un morceau d’argile gâtée.

L’actuel aveuglement de la conscience naturelle le fait paraître sous un jour plus éclatant encore. Dans l’âme du premier homme, Adam, la conscience était sans doute la lampe de l’Éternel, et le rendait capable de discerner justement et instantanément le bien du mal, le juste de l’injuste. Et, béni soit Dieu ! il en reste encore quelques restes ; mais hélas ! qu’elle brûle faiblement, et avec quelle facilité, avec quelle rapidité elle est couverte, ou éteinte et étouffée ! Je n’ai pas besoin de vous envoyer chez les païens pour apprendre cette vérité ; vous la connaissez tous par expérience. N’y eût-il pas d’autre preuve, vos propres consciences vous tiennent lieu de mille témoins que l’homme, quant à sa conscience naturelle, comme quant à son intelligence, à sa volonté et à ses affections, n’est qu’une argile bien gâtée.

Et cette grande Diane si vantée, je veux dire la raison non assistée et non éclairée, ne démontre pas moins la justesse d’une telle affirmation. Loin de moi de décrier la raison humaine ou de m’élever contre elle. Christ lui-même est appelé le « Logos, la Raison » ; et je crois qu’il ne faudrait pas beaucoup de science, ni beaucoup de temps, pour prouver que c’est dans la mesure exacte, et non au-delà, où nous agissons conformément aux lois de Jésus-Christ, que nous nous conformons en quelque manière aux lois de la droite raison. C’est pourquoi son service est appelé « un culte raisonnable ». Et quoique ses serviteurs et ses disciples puissent maintenant être regardés comme des fous et des insensés, le temps viendra pourtant où ceux qui méprisent la révélation divine et s’appliquent à la combattre trouveront que ce qu’ils appellent maintenant la raison n’est que la raison dépravée, aussi totalement incapable, par elle-même, de nous guider dans le chemin de la paix ou de nous montrer la voie du salut, que les hommes de Sodome le furent de trouver la porte de Lot après avoir été frappés d’aveuglement par les anges venus pour le conduire hors de la ville. Les horribles et effroyables erreurs dans lesquelles tombèrent les raisonneurs les plus raffinés du monde païen, tant sur l’objet que sur la manière du culte divin, ont suffisamment démontré la faiblesse et la dépravation de la raison humaine ; et nos vantards modernes ne nous donnent pas de meilleures preuves de la grandeur de sa force, puisque le meilleur usage qu’ils en font d’ordinaire n’est que de se raisonner eux-mêmes jusque dans une incrédulité ouverte et volontaire, et par là de se raisonner eux-mêmes hors du salut éternel. Avons-nous encore besoin d’autres témoins pour établir que l’homme, l’homme déchu, n’est entièrement qu’un morceau d’argile gâtée ?

Mais ce n’est pas tout ; nous avons encore d’autres témoignages à produire. Car si l’aveuglement de notre intelligence, la perversité de notre volonté, la rébellion de nos affections, la corruption de nos consciences, la dépravation de notre raison prouvent cette accusation, la structure et constitution désordonnées de nos corps ne la confirment-elles pas aussi ? Sans aucun doute, sous ce rapport, l’homme, au sens le plus littéral du mot, est un morceau d’argile gâtée. Car Dieu le fit à l’origine « de la poussière de la terre ». De sorte que, malgré toutes nos vanteries sur nos hautes généalogies et nos diverses origines, nous étions tous à l’origine au même niveau, et un peu de terre rouge fut le fond commun dont nous fûmes tous formés. C’était bien de l’argile, mais une argile merveilleusement façonnée, par les mains mêmes du Créateur du ciel et de la terre. Aussi quelqu’un a-t-il observé qu’il est dit que « Dieu bâtit l’homme » ; il ne le forma pas à la légère ni à la hâte, mais il le bâtit et l’acheva selon le plan tracé d’avance dans sa propre pensée éternelle. Et bien que, le grand Dieu étant sans corps, sans parties et sans passions, nous ne puissions supposer, quand il est dit que « Dieu fit l’homme à son image », que cela se rapporte à son corps, je ne puis cependant m’empêcher de penser (avec le docteur South) que, puisque le Logos éternel devait paraître dans la suite, Dieu manifesté en chair, une sagesse infinie fut sans aucun doute déployée pour former l’écrin dans lequel une perle d’un si grand prix devait être déposée à la plénitude des temps. Quelques anciens ont, dit-on, affirmé que l’homme avait au commencement ce que nous appelons une gloire qui rayonnait autour de lui ; mais, sans vouloir être sage au-delà de ce qui est écrit, nous pouvons nous hasarder à affirmer qu’il avait un corps glorieux, qui, ne connaissant point le péché, ne connaissait ni maladie ni douleur. Mais à présent, à cet égard comme à d’autres, on peut à juste titre l’appeler I-Kabod ; car sa force et sa gloire premières l’ont tristement quitté, et, comme les ruines de quelque antique et majestueux édifice, il n’en reste que ce qu’il faut pour nous donner quelque faible idée de ce qu’il était lorsqu’il parut d’abord dans sa beauté originelle et parfaite. L’apôtre Paul, qui savait appeler les choses par leur nom aussi bien qu’aucun homme vivant, ne craint donc pas d’appeler le corps humain, quoique dans sa constitution première il fût fait d’une manière si étonnante et si merveilleuse, un « corps vil » ; vil, en effet ! puisqu’il est sujet à de si viles maladies, employé à de si vils, oui, de très vils usages, et qu’il doit enfin aboutir à une si vile fin. « Car nous sommes poussière, et nous devons retourner dans la poussière. » C’est, entre autres considérations, ce qui fit pleurer, nous pouvons bien le supposer, le bienheureux Jésus au tombeau de Lazare. Il pleura, non seulement parce que son ami Lazare était mort, mais il pleura de voir la nature humaine, par la propre faute de l’homme, ainsi réduite en ruines, assujettie à une telle dissolution, rendue semblable aux bêtes qui périssent.

Arrêtons-nous ici un moment, et voyons si, avec notre Seigneur compatissant, nous ne pouvons pas, du moins, verser quelques larmes silencieuses en une si triste occasion. Qui, qui est-il parmi nous qui, à cette mélancolique revue de la dépravation présente, réelle et des plus déplorables de l’homme, dans son corps comme dans son âme, puisse s’empêcher de pleurer sur un tel morceau d’argile gâtée ? Qui, qui peut s’empêcher de faire sienne la lamentation du saint roi David sur Saül et Jonathan ? « Comment des héros sont-ils tombés? L’élite d’Israël a succombé sur tes collines! » À l’origine il n’en était pas ainsi. Non : « Dieu fit l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu. » Jamais on n’exprima tant de choses en si peu de mots. Il fut créé selon Dieu dans la justice et la vraie sainteté.

Tel est le récit que le volume sacré nous donne de ce point si important. Voilà, voilà ce livre béni, ce livre des livres, d’où, en y joignant l’appel à l’expérience de notre propre cœur et les témoignages de tous les siècles passés, nous avons jugé bon de tirer nos preuves. Car, après tout, c’est à la révélation divine que nous devons de savoir ce que nous étions, ce que nous sommes et ce que nous serons. Dans ces Écritures, comme dans un miroir fidèle, nous pouvons voir notre ressemblance réelle et véritable. Et c’est d’elles seules que nous pouvons remonter à la source et à la fontaine de tous ces maux innombrables qui, comme un déluge, ont submergé le monde naturel et moral. Si quelqu’un objectait contre l’authenticité de cette révélation, et par conséquent contre la doctrine que nous en avons tirée aujourd’hui, il la confirmerait par là même grandement, à mon avis. Car à moins qu’un homme ne fût vraiment très déréglé quant à son intelligence, sa volonté, ses affections, sa conscience naturelle et sa faculté de raisonner, il ne pourrait jamais nier une telle révélation, qui est fondée sur une multitude de preuves extérieures infaillibles, qui porte à chaque page tant de preuves intérieures d’un sceau divin, qui est si bien adaptée aux besoins communs de tout le genre humain, si conforme à l’expérience de tous les hommes, qui nous a été si merveilleusement transmise et conservée, qui a servi d’instrument pour convaincre, convertir et consoler tant de millions d’âmes, et qui a soutenu l’épreuve des examens les plus sévères et des critiques les plus rigoureuses des ennemis les plus subtils et les plus raffinés, comme les plus malveillants et les plus persécuteurs, qui aient jamais vécu, depuis le commencement des temps jusqu’à ce jour même. Les personnes de cette tournure d’esprit sont, je pense, plutôt à plaindre dans nos prières qu’à combattre dans la dispute, afin, s’il se peut, que cette perverse méchanceté de leur cœur leur soit pardonnée : « Elles sont dans le fiel même de l’amertume, et il faut que leur conscience soit comme cautérisée au fer rouge », et que leurs yeux soient « aveuglés par le dieu de ce siècle » ; sinon, elles ne pourraient manquer de voir, de sentir et de reconnaître la vérité de cette doctrine de la dépravation universelle de l’homme ; doctrine qui est écrite, non pas en un ou deux endroits, mais en un ou deux milliers, je dirais presque à chaque page, en caractères si lisibles que celui qui court peut la lire. En vérité, la révélation elle-même est fondée sur la doctrine de la chute. Si nous avions gardé notre intégrité première, la loi de Dieu serait encore écrite dans nos cœurs, et par là le besoin d’une révélation divine, du moins d’une révélation telle que la nôtre, aurait été rendu inutile ; mais, étant déchus, au lieu de nous soulever en rébellion contre Dieu, nous devrions être remplis d’une reconnaissance inexprimable envers notre Créateur infiniment libéral, qui, par quelques lignes de ses propres livres, nous a découvert plus de choses que tous les philosophes et tous les plus savants hommes du monde n’en auraient pu, ou voulu, découvrir, eussent-ils étudié durant toute l’éternité.

Je sais bien que quelques-uns, qui prétendent reconnaître la validité de la révélation divine, n’en sont pas moins ennemis de la doctrine qui a été prêchée aujourd’hui ; et ils voudraient éluder la force des preuves ordinairement avancées pour la défendre, en disant qu’elles ne dénotent que la corruption de certaines personnes en particulier, ou qu’elles ne se rapportent qu’au monde païen. Mais ces personnes sont dans l’erreur, ne connaissant ni leur propre cœur ni la puissance de Jésus-Christ : car, par nature, il n’y a point de différence entre le Juif et le Gentil, le Grec et le Barbare, l’esclave et l’homme libre. Nous sommes tous également devenus abominables aux yeux de Dieu, tous également privés de la gloire de Dieu, et par conséquent tous pareillement autant de morceaux d’argile gâtée.

Comment Dieu en vint-il à permettre la chute de l’homme ? combien de temps l’homme demeura-t-il debout avant de tomber ? et comment la corruption contractée par la chute se transmet-elle à chaque individu de son espèce ? Ce sont là des questions d’une nature si abstruse et si délicate que, si j’entreprenais d’y répondre, je ne ferais que satisfaire une curiosité coupable, et vous tenter, comme Satan tenta nos premiers parents, de manger du fruit défendu. Il répondra beaucoup mieux au dessein du présent discours, qui est pratique, de passer

II. Au point suivant que je me suis proposé, et de vous montrer la nécessité absolue où est cette nature déchue d’être renouvelée.

C’est ce que j’ai eu en vue depuis le commencement, et c’est à cause de cela que j’ai été à dessein si explicite sur le premier point général ; car, comme Archimède dit un jour : « Donnez-moi un point où je puisse poser le pied, et je soulèverai le monde », ainsi, sans encourir le moindre reproche d’arrogance, reproche qu’il méritait peut-être à juste titre, nous pouvons nous hasarder à dire : Accordez que la doctrine qui précède est vraie, et puis niez, qui le pourra, la nécessité pour l’homme d’être renouvelé.

Je suppose que je puis tenir pour acquis que vous tous, parmi lesquels je prêche maintenant le royaume de Dieu, espérez aller après la mort en un lieu que nous appelons le Ciel. Et le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour vous, c’est que vous ayez tous des demeures qui vous y soient préparées. Mais permettez-moi de vous dire que si vous voyiez maintenant ces cieux ouverts, et l’ange (pour employer les paroles du séraphique Hervey vêtu de toute sa parure céleste, un pied sur la terre et l’autre sur la mer ; bien plus, si vous voyiez et entendiez l’ange de l’alliance éternelle, Jésus-Christ lui-même, proclamer « qu’il n’y aura plus de temps », et vous inviter tous à venir sur-le-champ au ciel, le ciel ne serait pas un ciel pour vous ; bien plus, il serait un enfer pour vos âmes, à moins que vous n’ayez été d’abord préparés ici-bas, sur la terre, à en jouir comme il faut. « Car qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres? » Ou quelle communion des fils de Bélial non renouvelés pourraient-ils bien entretenir avec le pur et immaculé Jésus ?

La plupart des gens se forment d’étranges idées du ciel. Et parce que les Écritures, par condescendance pour la faiblesse de nos capacités, le décrivent par des images empruntées aux délices de la terre et à la grandeur humaine, ils sont portés à ne pas élever leurs pensées plus haut, et ne se forment tout au plus qu’une sorte de paradis mahométan. Mais permettez-moi de vous dire, et Dieu veuille que cela pénètre profondément dans vos cœurs ! que le ciel est plutôt un état qu’un lieu ; et que, par conséquent, à moins que vous n’y soyez préalablement disposés par un état d’âme convenable, vous ne pourriez être heureux même dans le ciel. Car qu’est-ce que la grâce, sinon la gloire militante ? Et qu’est-ce que la gloire, sinon la grâce triomphante ? C’est cette considération qui fit dire à un pieux auteur que « la sainteté, le bonheur et le ciel ne sont que trois mots différents pour une seule et même chose ». Et c’est ce qui fit que le grand Preston, sur le point de mourir, se tourna vers ses amis en disant : « Je change de lieu, mais non de compagnie. » Il avait conversé avec Dieu et avec les gens de bien sur la terre ; il allait poursuivre au ciel la même communion, infiniment plus pure encore, avec Dieu, ses saints anges et les esprits des justes parvenus à la perfection.

Pour nous rendre propres à prendre part avec bonheur à une si céleste compagnie, cette « argile gâtée », je veux dire ces natures dépravées qui sont les nôtres, doit nécessairement subir un changement moral universel : il faut que notre intelligence soit éclairée ; que notre volonté, notre raison et notre conscience soient renouvelées ; que nos affections soient attirées vers les choses d’en haut et fixées sur elles ; et, parce que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume des cieux, il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, que ce corps mortel revête l’immortalité. Et c’est ainsi que les choses anciennes doivent littéralement passer, et que, voici, toutes choses, le corps aussi bien que les facultés de l’âme, doivent devenir nouvelles.

Ce changement moral est ce que les uns appellent la repentance, d’autres la conversion, d’autres la régénération ; choisissez le nom qu’il vous plaira, je prie seulement Dieu que nous ayons tous la chose. Les Écritures l’appellent la sainteté, la sanctification, la nouvelle créature, et notre Seigneur l’appelle « la nouvelle naissance, ou le fait de naître de nouveau, ou de naître d’en haut ». Ce ne sont pas là de simples expressions figurées, ni des envolées du langage oriental ; et elles ne désignent pas non plus un simple changement relatif d’état conféré à tous ceux qui sont admis par le baptême dans l’Église de Christ ; mais elles désignent un changement réel et moral du cœur et de la vie, une participation réelle de la vie divine dans l’âme de l’homme. Quelques-uns, il est vrai, se contentent d’une interprétation figurée ; mais à moins qu’on ne leur fasse éprouver la puissance et l’efficace de ce changement par une expérience solide et vivante dans leur propre âme, toute leur science, toute leur critique laborieuse ne les exemptera pas d’une damnation réelle. Christ l’a dit, et la parole de Christ demeurera : « si un homme », savant ou ignorant, grand ou petit, fût-il un docteur d’Israël comme Nicodème, si, dis-je, il « ne naît de nouveau, il ne peut voir, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »

Si l’on demande qui doit être le potier, et par quel agent cette argile gâtée doit être façonnée en un autre vase, ou, en d’autres termes, si l’on demande comment ce grand et puissant changement doit s’opérer, je réponds : non par la simple force et la seule vertu de la suasion morale [persuasion]. Celle-ci est bonne à sa place. Et je suis si loin de penser que les prédicateurs chrétiens ne doivent pas employer dans leurs sermons des arguments et des motifs raisonnables, que je ne puis croire capables de prêcher ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas en faire usage. Nous avons pour une telle pratique l’exemple du grand Dieu lui-même : « Venez (dit-il) et plaidons! » Et saint Paul, ce prince des prédicateurs, « discourait sur la justice, sur la tempérance, et sur le jugement à venir ». Et il est remarquable « que, tandis qu’il discourait sur ces choses, Félix trembla ». Les accents les plus persuasifs d’une sainte rhétorique ne sont pas moins nécessaires à un scribe bien instruit de ce qui regarde le royaume de Dieu. Les Écritures, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, en abondent partout. Et quand peut-on les employer et les produire plus à propos que lorsque nous agissons comme ambassadeurs du ciel, et que nous supplions les pauvres pécheurs, comme à la place de Christ, d’être réconciliés avec Dieu ? Tout cela, nous l’accordons volontiers. Mais en même temps, j’aimerais autant aller dans ce cimetière là-bas et essayer de ressusciter les cadavres en leur disant « Sortez », que de prêcher à des âmes mortes, si je n’espérais quelque puissance supérieure pour rendre la parole efficace à la fin voulue. Je ne serais, pour aucun dessein salutaire, qu’un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Ce changement ne doit pas non plus être opéré par la puissance de notre propre libre arbitre. C’est là une idole dressée partout, mais nous n’osons pas nous prosterner devant elle pour l’adorer. « Nul ne peut venir à moi (dit Christ), si le Père ne l’attire. » Notre libre arbitre, si nous en faisons bon usage, peut nous retenir de commettre bien des maux et nous mettre sur le chemin de la conversion ; mais, après avoir déployé nos plus grands efforts (et le devoir nous oblige à les déployer), nous trouverons vraies les paroles de l’article de notre Église, que « l’homme, depuis la chute, n’a pas le pouvoir de se tourner vers Dieu ». Non ; nous pourrions aussi bien essayer d’arrêter le flux et le reflux de la marée, et de calmer la mer la plus orageuse, que de nous imaginer que nous pouvons dompter, ou soumettre à une juste règle, nos volontés et nos affections indisciplinées par quelque force inhérente à nous-mêmes.

Et c’est pourquoi, afin de ne pas vous tenir plus longtemps en suspens, je vous déclare que ce potier céleste, cet agent béni, c’est le tout-puissant Esprit de Dieu, le Saint-Esprit, la troisième personne de la très adorable Trinité, coessentiel au Père et au Fils. C’est cet Esprit qui, au commencement des temps, se mouvait au-dessus des eaux, quand la nature n’était qu’un chaos universel. C’est l’Esprit qui couvrit de son ombre la sainte Vierge avant que ce saint enfant naquît d’elle : et ce même Esprit doit venir se mouvoir sur le chaos de nos âmes avant que nous puissions à bon droit être appelés fils de Dieu. C’est ce que Jean-Baptiste appelle « être baptisé du Saint-Esprit », sans quoi son baptême et tous les autres, qu’ils soient d’enfants ou d’adultes, ne servent de rien. C’est ce feu que notre Seigneur est venu jeter dans nos cœurs terrestres, et que je prie le Seigneur des seigneurs d’allumer aujourd’hui dans chaque cœur non renouvelé.

Quant aux opérations extraordinaires du Saint-Esprit, comme d’opérer des miracles ou de parler diverses sortes de langues, elles ont cessé depuis longtemps. Mais pour ce miracle des miracles, la conversion de l’âme à Dieu par les opérations plus ordinaires du Saint-Esprit, il demeure encore, et il demeurera jusqu’à ce que le temps lui-même ne soit plus. Car c’est lui qui nous sanctifie, nous et tout le peuple élu de Dieu. C’est pour cela que les vrais croyants sont dits « nés d’en haut, nés non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. » Leur seconde création, comme leur première, est véritablement et purement divine. C’est pourquoi elle est appelée « une création » ; mais revêtez (dit l’apôtre) l’homme nouveau, qui est créé » — Et comment ? Comme le fut le premier homme : « selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité. »

Voilà, voilà les précieuses vérités dont un monde moqueur voudrait nous détourner par la raillerie ou le ridicule. C’est pour produire ce glorieux changement, cette nouvelle création, que le glorieux Jésus quitta le sein de son Père. C’est pour cela qu’il mena une vie persécutée ; pour cela qu’il mourut d’une mort ignominieuse et maudite ; pour cela qu’il ressuscita ; et pour cela qu’il est maintenant assis à la droite de son Père. Tous les préceptes de son Évangile, toutes ses ordonnances, toutes ses dispensations providentielles, qu’elles soient affligeantes ou prospères, toute la révélation divine, du commencement à la fin, tout se ramène à ces deux points : nous montrer combien nous sommes déchus, et commencer, poursuivre et achever dans nos âmes un changement glorieux et béni. C’est là une fin digne de la venue d’un personnage si divin. Délivrer une multitude d’âmes de toute nation, de toute langue et de toute tribu, de tant de maux moraux, et les rétablir dans une condition incomparablement plus excellente que celle d’où elles sont déchues, c’est là une fin digne de l’effusion d’un sang si précieux. Quel système de religion y a-t-il maintenant, ou y en eut-il jamais présenté au monde, qui puisse en quelque manière être comparé à celui-ci ? Le système déiste peut-il prétendre en quelque mesure l’égaler ? N’est-il pas noble, raisonnable et véritablement divin ? Et pourquoi donc tous ceux qui jusqu’ici sont étrangers à cette bienheureuse restauration de leur nature déchue (car mon cœur est trop plein pour s’abstenir plus longtemps de l’application), pourquoi voulez-vous la contester plus longtemps, ou lui résister ? Pourquoi ne voulez-vous pas plutôt apporter votre argile à ce Potier céleste, et lui dire du fond de votre âme : « Fais-nous revenir vers toi, ô Éternel, et nous reviendrons! » ? Cela, vous le pouvez et vous êtes capables de le faire ; et si vous allez jusque-là, qui sait si, en ce jour même, oui, en cette heure même, le Potier céleste ne vous prendra pas en main, et ne fera pas de vous des vases d’honneur, propres à l’usage du Rédempteur ? D’autres, qui étaient autrefois aussi éloignés du royaume de Dieu que vous l’êtes, ont eu part à cette félicité. Quelle misérable créature était Marie de Magdala ! Et pourtant Jésus-Christ chassa d’elle sept démons. Bien plus, il lui apparut la première après être ressuscité des morts, et elle devint, pour ainsi dire, un apôtre pour les apôtres eux-mêmes. Quelle créature avare était Zachée ! C’était un publicain rapace et trompeur ; et pourtant, en un quart d’heure peut-être, son cœur est élargi, et le voilà tout disposé à donner la moitié de ses biens pour nourrir les pauvres. Et, pour n’en pas citer davantage, quel homme cruel était Paul ! C’était un persécuteur, un blasphémateur, un homme violent ; il respirait la menace contre les disciples du Seigneur et ravageait l’Église de Christ. Et pourtant, quel merveilleux retournement ne rencontra-t-il pas en faisant route vers Damas ? De persécuteur, il devint prédicateur ; il fut ensuite fait le père spirituel de milliers d’âmes, et maintenant il siège probablement au plus près du Seigneur Jésus-Christ dans la gloire. Et pourquoi tout cela ? Afin qu’il servît d’exemple à ceux qui croiraient dans la suite. Ô donc, croyez, repentez-vous ; je vous en supplie, croyez à l’Évangile. C’est vraiment une bonne nouvelle, oui, une nouvelle d’une grande joie. Vous n’aurez plus alors rien à dire contre la doctrine du péché originel ; vous n’accuserez plus follement le Tout-Puissant d’avoir permis que nos premiers parents se laissassent entraîner à manger de tels raisins verts, et d’avoir permis par là que les dents de leurs enfants en fussent agacées. Vous ne crierez plus contre la doctrine de la nouvelle naissance comme si c’était de l’enthousiasme, et vous ne flétrirez plus ceux qui soutiennent ces vérités bénies des noms injurieux de fous et d’insensés. Ayant senti, vous croirez alors ; ayant cru, vous parlerez donc ; et au lieu d’être des vases de colère, qui se durcissent de plus en plus dans le feu de l’enfer, comme des vases dans le four du potier, vous serez faits des vases d’honneur, vous serez présentés au grand jour par Jésus à son Père céleste, et vous serez transportés pour vivre avec lui comme des monuments de la grâce riche, gratuite, discernante et souveraine, aux siècles des siècles.

Vous qui avez éprouvé en quelque mesure l’influence vivifiante (car je ne dois pas conclure sans adresser un mot ou deux aux enfants de Dieu), vous savez avoir pitié, et c’est pourquoi je vous supplie, vous aussi, de prier pour ceux à la situation desquels ce discours est particulièrement adapté. Mais vous contenterez-vous de prier pour eux ? Ne verrez-vous pas qu’il y a lieu de prier aussi pour vous-mêmes ? Oui, sans doute, pour vous-mêmes aussi. Car vous, et vous seuls, savez combien il manque encore à votre foi, et combien vous êtes loin d’avoir part, au degré où vous désirez y avoir part, à tous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ. Vous savez quel corps de péché et de mort vous portez avec vous, et qu’il vous faut nécessairement vous attendre à bien des retours de la providence et de la grâce de Dieu, avant d’en être entièrement délivrés. Mais grâces soient rendues à Dieu, nous sommes en de bonnes mains. Celui qui a été l’auteur de notre foi en sera aussi le consommateur. Encore un peu de temps, et nous dirons, comme lui : « Tout est accompli. » Nous inclinerons la tête et nous rendrons l’esprit. Jusque-là (car c’est à toi, ô Seigneur, que nous adressons maintenant notre prière), aide-nous, ô Père tout-puissant, à posséder nos âmes par la patience. Voici, nous sommes l’argile, et tu es le Potier. Quelles que puissent être à notre égard les dispensations futures de ta volonté, ne permets pas que l’ouvrage dise à celui qui l’a formé : Pourquoi nous traites-tu ainsi ? Voici, nous nous remettons entre tes mains comme des pages blanches ; traite-nous comme il te semble bon ; fais seulement que chaque croix, chaque affliction, chaque tentation soit dirigée de manière à graver ta bienheureuse image en traits plus vivants dans nos cœurs ; afin que, passant de gloire en gloire, par les puissantes opérations de ton bienheureux Esprit, nous soyons rendus par là de plus en plus propres à jouir, et qu’enfin nous soyons transportés dans la jouissance pleine, parfaite, sans fin et sans interruption de la gloire à venir, avec toi, ô Père, avec toi, ô Fils, et avec toi, ô bienheureux Esprit ; à qui, trois personnes mais un seul Dieu, soient attribués, comme il est très juste, tout honneur, toute puissance, toute force, toute majesté et toute domination, maintenant et dans toute l’éternité. Amen, et Amen.

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