Discours sur les réveils religieux
Discours IV. La prière qui prévaut

Chapitre 6 · 45 min de lecture · 58 min d’écoute

Discours IV. La prière qui prévaut

DISCOURS IV.

LA PRIÈRE QUI PRÉVAUT.

Texte. — La prière fervente du juste a une grande efficace. — Jacques 5:16.

LE dernier discours portait principalement sur la confession du péché. Ce soir, mes remarques se borneront surtout au sujet de l’intercession, ou de la prière. Il y a deux sortes de moyens nécessaires pour favoriser un réveil : les uns pour agir sur les hommes, les autres pour agir sur Dieu. La vérité sert à agir sur les hommes, et la prière à émouvoir Dieu. Quand je parle d’émouvoir Dieu, je ne veux pas dire que la pensée de Dieu soit changée par la prière, ni que ses dispositions ou son caractère changent. Mais la prière produit un tel changement en nous, et remplit de telles conditions, qu’il devient convenable pour Dieu de faire ce qu’il ne lui conviendrait pas de faire autrement. Quand un pécheur se repent, cet état d’esprit fait qu’il est juste que Dieu lui pardonne. Dieu a toujours été prêt à lui pardonner à cette condition, de sorte que, lorsque le pécheur change de dispositions envers Dieu, il n’est besoin d’aucun changement de sentiment en Dieu pour qu’il lui pardonne. C’est la repentance du pécheur qui rend son pardon convenable, et qui est l’occasion pour Dieu d’agir comme il le fait. De même, quand les chrétiens offrent une prière efficace, leur état d’esprit fait qu’il est juste que Dieu les exauce. Il était toujours prêt à accorder la bénédiction, à condition qu’ils fussent dans les sentiments voulus et qu’ils offrissent la prière qui convient. Dès que ce changement se produit en eux et qu’ils offrent la prière qui convient, Dieu, sans aucun changement en lui-même, peut les exaucer. Quand nous offrons pour d’autres une prière efficace et fervente, le fait même que nous offrons une telle prière rend convenable que Dieu fasse ce que nous lui demandons, alors qu’autrement cela n’aurait pas été convenable.

La prière est un maillon essentiel de la chaîne des causes qui mènent à un réveil, tout autant que la vérité. Certains se sont servis avec zèle de la vérité pour convertir les hommes, et ont fait très peu de cas de la prière. Ils ont prêché, parlé, distribué des traités avec un grand zèle, puis se sont étonnés d’avoir si peu de succès. Et la raison en était qu’ils oubliaient d’employer l’autre branche des moyens : la prière efficace. Ils perdaient de vue que la vérité, à elle seule, ne produira jamais son effet sans l’Esprit de Dieu, et que cet Esprit est donné en réponse à une prière ardente.

Il arrive parfois que ceux qui sont le plus occupés à employer la vérité ne soient pas les plus appliqués à la prière. C’est toujours un malheur. — Car à moins qu’eux-mêmes, ou quelqu’un d’autre, n’aient l’esprit de prière, la vérité à elle seule ne fera rien, sinon endurcir les hommes dans l’impénitence. On découvrira probablement, au jour du jugement, que la vérité, employée avec tout le zèle qu’on voudra, n’accomplit jamais rien s’il n’y a pas quelque part un esprit de prière lié à la présentation de la vérité.

D’autres tombent dans l’erreur opposée. Non qu’ils accordent trop d’importance à la prière. Mais ils perdent de vue que l’on pourrait prier éternellement, par la prière seule, sans que rien ne se fasse. Car les pécheurs ne sont pas convertis par un contact direct du Saint-Esprit, mais par la vérité, employée comme moyen. S’attendre à la conversion des pécheurs par la prière seule, sans l’emploi de la vérité, c’est tenter Dieu.

Le sujet de mon discours, ce soir, est

LA PRIÈRE QUI PRÉVAUT.

I. Je me propose de montrer ce qu’est la prière efficace, ou la prière qui prévaut.

II. D’indiquer quelques-uns des caractères les plus essentiels de la prière qui prévaut.

III. De donner quelques raisons pour lesquelles Dieu exige ce genre de prière.

IV. De montrer qu’une telle prière a une grande efficace.

I. Je vais montrer ce qu’est la prière qui prévaut.

1. La prière efficace, la prière qui prévaut, ne consiste pas simplement en des désirs bienveillants. Les désirs bienveillants sont sans doute agréables à Dieu. De tels désirs remplissent le ciel, et se trouvent chez tous les êtres saints. Mais ce ne sont pas des prières. Les hommes peuvent avoir ces désirs comme les ont les anges et les esprits glorifiés. Mais ce n’est pas là la prière efficace, la prière qui prévaut, dont parle le texte. La prière qui prévaut est quelque chose de plus.

2. La prière qui prévaut, ou prière efficace, est celle qui obtient la bénédiction qu’elle recherche. C’est la prière qui émeut Dieu efficacement. L’idée même de la prière efficace, c’est qu’elle atteint son but.

II. Je vais indiquer quelques-uns des caractères les plus essentiels de la prière qui prévaut. Je ne puis exposer en détail tout ce qui entre dans la prière qui prévaut. Mais je mentionnerai quelques éléments qui lui sont essentiels, quelques choses qu’une personne doit faire pour prévaloir dans la prière.

1. Il faut prier pour un objet précis. Inutile d’espérer offrir une telle prière si l’on prie au hasard, sans objet distinct ou précis. Il faut avoir un objet nettement présent à l’esprit. Je parle ici de la prière dans le secret. Beaucoup de gens se retirent dans leur chambre parce qu’il leur faut dire leurs prières. L’heure est venue où ils ont l’habitude de se retirer seuls pour prier, le matin, ou à midi, ou à quelque moment de la journée que ce soit. Et au lieu d’avoir quelque chose à dire, un objet précis devant l’esprit, ils tombent à genoux et prient pour tout ce qui leur passe par la tête, pour tout ce qui flotte dans leur imagination à ce moment-là ; et quand ils ont fini, ils seraient à peine capables de dire un mot de ce pour quoi ils ont prié. Ce n’est pas là la prière efficace. Que penserions-nous de quelqu’un qui voudrait émouvoir ainsi une assemblée législative, et qui dirait : « Voici l’hiver, l’assemblée siège, il est temps d’envoyer des pétitions », puis irait devant l’assemblée présenter des pétitions au hasard, sans aucun objet précis ? Croyez-vous que de telles pétitions émouvraient l’assemblée ?

Il faut avoir devant l’esprit un objet précis. On ne peut prier efficacement pour plusieurs objets à la fois. L’esprit de l’homme est ainsi fait qu’il ne peut fixer intensément ses désirs sur beaucoup de choses en même temps. Tous les exemples de prière efficace rapportés dans la Bible étaient de cette sorte. Partout où vous voyez que la bénédiction demandée dans la prière a été obtenue, vous trouverez que la prière offerte visait cet objet précis.

2. Pour être efficace, la prière doit être conforme à la volonté révélée de Dieu. Prier pour des choses contraires à la volonté révélée de Dieu, c’est tenter Dieu. Il y a trois manières dont la volonté de Dieu est révélée aux hommes pour les guider dans la prière.

(1.) Par des promesses ou des prédictions expresses de la Bible, annonçant qu’il donnera ou fera certaines choses. Soit par des promesses expresses concernant des choses particulières, soit par des promesses en termes généraux, que nous pouvons appliquer à des choses particulières. Par exemple, il y a cette promesse : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. »

(2.) Parfois Dieu révèle sa volonté par sa providence. Quand il montre clairement que tels ou tels événements vont se produire, c’est une révélation tout autant que s’il l’avait écrit dans sa Parole. Il serait impossible de tout révéler dans la Bible. Mais Dieu fait souvent clairement comprendre à ceux qui ont le discernement spirituel que sa volonté est d’accorder telles ou telles bénédictions.

(3.) Par son Esprit. Quand le peuple de Dieu ne sait que demander qui soit conforme à sa volonté, son Esprit l’instruit souvent. Là où il n’y a pas de révélation particulière, où la providence laisse les choses dans l’obscurité, et où nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander, il nous est expressément dit que « l’Esprit nous aide dans notre faiblesse », et que « l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ». On a beaucoup parlé de la prière de foi pour des choses non révélées. On objecte que cette doctrine implique une nouvelle révélation. Je réponds que, nouvelle ou ancienne, c’est précisément la révélation que Jéhovah dit faire. Il est tout aussi clair ici que si c’était révélé maintenant par une voix du ciel, que l’Esprit de Dieu aide le peuple de Dieu à prier selon la volonté de Dieu, lorsqu’il ne sait pas lui-même ce qu’il doit demander. « Et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est la pensée de l’Esprit », parce qu’il intercède en faveur des saints selon la volonté de Dieu, et il conduit les chrétiens à prier pour ces choses mêmes, par des soupirs inexprimables. Quand ni la Parole ni la providence ne leur permettent de décider, qu’ils soient remplis de l’Esprit, comme Dieu le leur commande. Il dit : « Soyez remplis de l’Esprit. » Et lui dirigera leur esprit vers les choses que Dieu veut bien accorder.

3. Pour prier efficacement, il faut prier avec soumission à la volonté de Dieu. Ne confondez pas la soumission avec l’indifférence. Il n’est pas deux choses plus dissemblables. J’ai connu autrefois un homme qui vint dans un lieu où il y avait un réveil. Lui-même était froid, il n’entrait pas dans l’esprit du réveil et n’avait aucun esprit de prière ; et quand il entendait les frères prier comme s’ils ne pouvaient essuyer un refus, il était choqué de leur hardiesse, et ne cessait d’insister sur l’importance de prier avec soumission ; alors qu’il était aussi évident que possible qu’il confondait la soumission avec l’indifférence

De même, ne confondez pas la soumission dans la prière avec une confiance générale que Dieu fera ce qui est juste. Il convient d’avoir cette confiance que Dieu fera ce qui est juste en toutes choses. Mais c’est autre chose que la soumission. Ce que j’entends par soumission dans la prière, c’est l’acquiescement à la volonté révélée de Dieu. Se soumettre à un commandement de Dieu, c’est lui obéir. La soumission à quelque décret de Dieu supposé ou possible, mais secret, n’est pas de la soumission. Se soumettre à une dispensation de la Providence est impossible avant qu’elle n’arrive. Car nous ne pouvons jamais savoir quel sera l’événement avant qu’il ne se produise. Prenons un exemple : David, quand son enfant était malade, fut dans l’angoisse, lutta dans la prière et refusa d’être consolé. Il prit la chose tellement à cœur que, lorsque l’enfant mourut, ses serviteurs craignirent de lui annoncer que l’enfant était mort, de peur qu’il ne se tourmentât plus encore. Mais dès qu’il apprit que l’enfant était mort, il mit de côté sa douleur, se leva, demanda à manger, et mangea et but comme d’ordinaire. Tant que l’enfant vivait encore, il ne savait pas quelle était la volonté de Dieu ; il jeûna donc et pria, et dit : « Qui sait si l’Éternel n’aura pas pitié de moi et si l’enfant ne vivra pas? » Il ne savait pas si sa prière et son angoisse n’étaient pas précisément ce dont dépendait la vie ou la mort de l’enfant. Il pensait que, s’il s’humiliait et suppliait Dieu, peut-être Dieu lui épargnerait ce coup. Mais dès que la volonté de Dieu se manifesta, et que l’enfant fut mort, il s’inclina comme un saint. Il sembla non seulement acquiescer, mais même y trouver une satisfaction. « J’irai vers lui, mais il ne reviendra pas vers moi. » C’était là la vraie soumission. Il raisonna juste en cette circonstance. Tant qu’il n’avait aucune révélation de la volonté de Dieu, il ne savait pas si la guérison de l’enfant ne dépendait pas de sa prière. Mais quand il eut une révélation de la volonté de Dieu, il se soumit. Tant que la volonté de Dieu n’est pas connue, se soumettre sans prier, c’est tenter Dieu. Peut-être, et pour autant que vous le sachiez, le fait que vous offriez la prière qui convient est-il ce dont dépend l’événement. S’il s’agit d’un ami impénitent, la condition même à laquelle il doit être sauvé de l’enfer peut être la ferveur et l’insistance de votre prière pour lui.

4. La prière efficace pour un objet implique un désir de cet objet proportionné à son importance. Si une personne désire vraiment une bénédiction, ses désirs seront en quelque proportion avec la grandeur de cette bénédiction. Les désirs du Seigneur Jésus-Christ pour la bénédiction qu’il demandait étaient d’une force étonnante, et allaient jusqu’à l’agonie. Si le désir d’un objet est fort, si c’est un désir bienveillant, et si la chose n’est pas contraire à la volonté et à la providence de Dieu, la présomption est qu’elle sera accordée. Il y a deux raisons à cette présomption :

(1.) La bienveillance générale de Dieu. Si c’est un objet désirable, si, autant que nous pouvons le voir, ce serait de la part de Dieu un acte de bienveillance que de l’accorder, sa bienveillance générale est une présomption qu’il l’accordera.

(2.) Si vous vous trouvez travaillé de désirs bienveillants pour un objet, il y a une forte présomption que c’est l’Esprit de Dieu qui suscite ces désirs mêmes et qui vous pousse à prier pour cet objet, afin qu’il soit accordé en réponse à la prière. En pareil cas, aucun degré de désir ou d’insistance dans la prière n’est déplacé. Un chrétien peut s’approcher, pour ainsi dire, et saisir la main de Dieu. Voyez Jacob, lorsqu’il s’écria, dans l’angoisse du désir : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. » Dieu fut-il mécontent de sa hardiesse et de son insistance ? Nullement ; il lui accorda au contraire la chose même qu’il demandait. De même pour Moïse. Dieu dit à Moïse : « Laisse-moi les détruire et effacer leur nom de dessous les cieux; et je ferai de toi une nation plus puissante et plus nombreuse que ce peuple. » Que fit Moïse ? Se tint-il à l’écart pour laisser Dieu faire ce qu’il avait dit ? Non ; sa pensée se reporte vers les Égyptiens, et il songe à leur triomphe. « Pourquoi les Égyptiens diraient-ils: C’est pour leur malheur qu’il les a fait sortir. » On eût dit qu’il saisissait la main levée de Dieu pour détourner le coup. Dieu le reprit-il de son intervention, en lui disant qu’il n’avait pas à s’en mêler ? Non ; il sembla incapable de rien refuser à une telle insistance ; et ainsi Moïse se tint à la brèche et prévalut auprès de Dieu.

On rapporte de Xavier, le missionnaire, qu’il fut un jour appelé à prier pour un malade, et qu’il pria avec tant de ferveur qu’il sembla, pour ainsi dire, faire violence au ciel — c’est l’expression de l’auteur. Et il prévalut, et l’homme guérit.

Une telle prière est souvent offerte de nos jours, quand des chrétiens ont été portés à un tel degré d’insistance et à une si sainte hardiesse qu’ensuite, en y repensant, ils étaient effrayés et stupéfaits d’eux-mêmes, à la pensée qu’ils avaient osé user d’une telle insistance auprès de Dieu. Et pourtant ces prières ont prévalu et obtenu la bénédiction. Et beaucoup de ces personnes, que je connais, comptent parmi les plus saintes que je connaisse au monde.

5. Pour être efficace, la prière doit procéder de motifs droits. La prière ne doit pas être égoïste, mais dictée par un souci suprême de la gloire de Dieu. Une grande partie des prières est offerte par pur égoïsme. Des femmes prient parfois pour leur mari, afin qu’il soit converti, parce que, disent-elles, « ce serait tellement plus agréable que mon mari vienne au culte avec moi », et tout le reste. Et elles semblent ne jamais élever leurs pensées au-dessus d’elles-mêmes. Elles ne semblent pas songer combien leur mari déshonore Dieu par ses péchés, ni combien Dieu serait glorifié par sa conversion. Il en est très souvent de même des parents. Ils ne peuvent supporter la pensée que leurs enfants soient perdus. Ils prient pour eux avec beaucoup d’ardeur, assurément. Mais si vous allez leur parler, ils sont pleins de tendresse, ils vous disent combien leurs enfants sont bons, combien ils respectent la religion, et qu’ils les croient presque chrétiens déjà ; et ils parlent comme s’ils craignaient que vous ne fassiez du mal à leurs enfants en leur disant la vérité. Ils ne songent pas combien des enfants si aimables et si charmants déshonorent Dieu par leurs péchés ; ils ne pensent qu’à l’horreur qu’il y aurait pour eux à aller en enfer. Ah ! à moins que leurs pensées ne s’élèvent plus haut que cela, leurs prières ne prévaudront jamais auprès d’un Dieu saint. La tentation des motifs égoïstes est si forte qu’il y a lieu de craindre qu’un grand nombre de prières de parents ne s’élèvent jamais au-dessus des élans de la tendresse paternelle. Et c’est la raison pour laquelle tant de prières ne sont pas exaucées, et pour laquelle tant de parents pieux, qui prient, ont des enfants impies. Une grande partie des prières pour le monde païen ne semble reposer sur aucun principe plus élevé que la compassion. Les agents des missions, et d’autres, insistent presque exclusivement sur les six cents millions de païens qui vont en enfer, tandis qu’on parle peu de la manière dont ils déshonorent Dieu. C’est un grand mal ; et tant que l’Église n’aura pas, pour la prière et l’effort missionnaire, de motifs plus élevés que la compassion envers les païens, ses prières et ses efforts ne mèneront jamais à grand-chose.

6. Pour être efficace, la prière doit se faire par l’intercession de l’Esprit. Vous ne pouvez jamais vous attendre à prier selon la volonté de Dieu sans l’Esprit. Dans les deux premiers cas, ce n’est pas que les chrétiens soient incapables d’offrir une telle prière, là où la volonté de Dieu est révélée dans sa Parole ou indiquée par sa providence. Ils en sont capables, tout comme ils sont capables d’être saints. Mais le fait est qu’ils sont si méchants qu’ils n’offrent jamais une telle prière sans être influencés par l’Esprit de Dieu. Il faut une foi telle qu’en produit l’opération efficace du Saint-Esprit.

7. Ce doit être une prière persévérante. En règle générale, les chrétiens qui ont rétrogradé et perdu l’esprit de prière ne prendront pas d’un coup l’habitude de la prière persévérante. Leur esprit n’est pas dans l’état voulu ; ils ne peuvent fixer leur pensée et tenir bon jusqu’à ce que vienne la bénédiction. Si leur esprit était dans un état tel qu’ils persévéreraient jusqu’à ce que vienne la réponse, la prière efficace pourrait être offerte tout de suite, aussi bien qu’après avoir prié un nombre infini de fois pour un objet. Mais ils doivent prier encore et encore, parce que leurs pensées sont si promptes à s’égarer, et si facilement détournées de l’objet vers autre chose. Tant que leur esprit n’est pas pénétré de l’esprit de prière, ils ne resteront pas fixés sur un seul point pour pousser leur requête jusqu’à son terme sur-le-champ. Ne croyez pas être prêt à offrir la prière qui prévaut, si vos sentiments vous permettent de prier une fois pour un objet, puis de le laisser. La plupart des chrétiens parviennent à la prière qui prévaut par un long cheminement. Leur esprit se remplit peu à peu d’inquiétude au sujet d’un objet, au point qu’ils vaquent même à leurs affaires en soupirant leurs désirs vers Dieu. Comme la mère dont l’enfant est malade, qui va et vient dans sa maison en soupirant comme si son cœur allait se briser. Et si c’est une mère qui prie, ses soupirs montent vers Dieu tout le long du jour. Si elle sort de la chambre où est son enfant, sa pensée y reste ; et si elle dort, ses pensées y sont encore, et elle sursaute dans ses rêves, croyant qu’il se meurt. Tout son esprit est absorbé par cet enfant malade. Tel est l’état d’esprit dans lequel les chrétiens offrent la prière qui prévaut.

Pourquoi Jacob lutta-t-il toute la nuit avec Dieu dans la prière ? Il savait qu’il avait fait grand tort à son frère Ésaü en lui ravissant le droit d’aînesse, longtemps auparavant. Et voici qu’on lui annonçait que son frère offensé venait à sa rencontre avec une troupe armée beaucoup trop puissante pour qu’il pût lui résister. Et il y avait tout lieu de supposer qu’il venait dans un dessein de vengeance. Il avait donc deux raisons d’être dans l’angoisse. La première, c’est qu’il avait commis ce grand tort et ne l’avait jamais réparé. L’autre, c’est qu’Ésaü venait avec des forces suffisantes pour l’écraser. Or, que fait-il ? Eh bien, il commence par tout disposer du mieux qu’il peut pour aller au-devant de son frère, envoyant d’abord son présent, puis ses biens, puis sa famille, et plaçant le plus en arrière ceux qu’il aimait le plus. Et à ce moment-là son esprit était si agité qu’il ne pouvait plus se contenir. Il s’en va seul au-delà du torrent, et répand son âme même dans une agonie de prière toute la nuit. Et comme le jour commençait à poindre, l’ange de l’alliance lui dit : « Laisse-moi aller » ; et tout son être fut comme à l’agonie à la pensée de renoncer, et il s’écria : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. » Son âme était parvenue à l’agonie, et il obtint la bénédiction ; mais il en porta toujours les marques, et montra que son corps avait été profondément atteint par ce combat de l’esprit. Voilà la prière qui prévaut.

Ne vous abusez donc pas en pensant que vous offrez une prière efficace si vous n’avez pas ce désir intense de la bénédiction. Je n’y crois pas. La prière n’est pas efficace si elle n’est pas offerte avec une agonie de désir. L’apôtre Paul en parle comme d’un enfantement de l’âme. Jésus-Christ, quand il priait dans le jardin, était dans une telle agonie que sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. Je n’ai jamais vu personne suer du sang ; mais j’ai vu quelqu’un prier jusqu’à ce que le sang lui sortît du nez. Et j’ai vu des gens prier jusqu’à être tout trempés de sueur, par les plus grands froids de l’hiver. J’ai vu des gens prier pendant des heures, jusqu’à ce que leurs forces fussent entièrement épuisées par l’agonie de leur esprit. De telles prières prévalaient auprès de Dieu.

Cette agonie dans la prière était courante au temps du président Edwards, dans les réveils qui eurent lieu alors. C’était l’une des grandes pierres d’achoppement de ce temps-là, pour ceux qui étaient opposés au réveil, que les gens priaient jusqu’à ce que leur corps fût terrassé par leurs émotions. Je vais vous lire un passage de ce que dit le président Edwards à ce sujet, pour vous faire voir que ce n’est pas une chose nouvelle dans l’Église, mais qu’elle s’est toujours rencontrée partout où les réveils se sont répandus avec puissance. Il est tiré de ses Pensées sur les réveils.

« Nous ne pouvons décider que Dieu ne donnera jamais à personne une révélation de lui-même telle qu’elle affaiblisse non seulement le corps, mais ôte même la vie. Des théologiens très savants et très judicieux supposent que c’est de cette manière que Moïse perdit la vie ; et on l’a supposé aussi de quelques autres saints. Bien plus, je ne vois pas sur quels fondements solides et sûrs on pourrait décider que Dieu ne fera jamais, par son Esprit, sur l’esprit humain des impressions si fortes qu’elles deviennent l’occasion d’altérer la constitution du corps, et en particulier cette partie du corps qu’est le cerveau, au point que des personnes soient privées de l’usage de la raison. Comme je l’ai dit plus haut, c’est trop présumer de nous que de décider que Dieu n’amènera pas une calamité extérieure en accordant des bénédictions spirituelles et éternelles ; c’est de même trop présumer que de décider quelle grandeur de calamité extérieure il amènera. Si Dieu accorde un grand accroissement de la révélation de lui-même et de l’amour pour lui, le bienfait est infiniment plus grand que la calamité, quand même la vie serait ôtée peu après ; bien plus, quand même l’âme ne serait pas aussitôt emportée au ciel, mais resterait quelques années plongée dans un profond sommeil, pour être ensuite emportée au ciel ; ou, ce qui revient à peu près au même, quand même elle serait privée de l’usage de ses facultés, et deviendrait inactive et inutile, comme si elle était plongée pendant quelques années dans un profond sommeil, pour passer ensuite dans la gloire. Nous ne pouvons déterminer quelle calamité est la démence, considérée avec toutes ses conséquences et avec tout ce qui aurait pu s’ensuivre si la démence n’était pas survenue ; ni même si, ainsi considérée, elle est une calamité, ou si elle n’est pas une miséricorde, en prévenant quelque grand péché, ou quelque chose de plus terrible, qui serait survenu sans elle. Ce serait une grande faute de notre part que de limiter un Dieu souverain et infiniment sage, dont les jugements sont comme un grand abîme et les voies incompréhensibles, là où il ne s’est pas limité lui-même, et dans des choses au sujet desquelles il ne nous a pas dit quelle serait sa voie. Il est remarquable, si l’on considère en combien de cas et à quel degré la constitution du corps a été terrassée ces derniers temps, que la vie des personnes ait néanmoins été préservée, et que les cas de ceux qui ont été privés de la raison aient été si peu nombreux, et encore s’agissait-il peut-être, dans tous ces cas, de personnes souffrant du désavantage particulier d’un tempérament faible et vaporeux. Une main divine, miséricordieuse et attentive, s’y manifeste clairement : dans tant de cas où le navire avait commencé à sombrer, il a pourtant été soutenu et n’a pas entièrement coulé. Les cas de ceux qui ont été privés de la raison sont si rares qu’ils ne suffisent certainement pas à nous causer la moindre frayeur, comme si cette œuvre qui s’est poursuivie dans le pays devait avoir une influence funeste ; à moins que nous ne soyons disposés à ramasser tout ce que nous pouvons pour l’obscurcir et la présenter sous des couleurs effrayantes.

« Il est une sorte particulière d’exercice et de souci de l’esprit qui en a terrassé beaucoup, et qui a été pour certains une pierre d’achoppement toute spéciale : c’est le profond souci et la détresse où ils ont été pour l’âme des autres. Je regrette qu’on nous oblige à prendre la peine, apparemment si superflue, de défendre une chose pareille. Il semble que ce soit pur badinage, dans un cas si clair, que d’entrer dans un débat formel et détaillé pour décider s’il y a, dans la grandeur et l’importance du cas, de quoi répondre et correspondre à la grandeur du souci que certains ont manifesté. On peut admettre que des hommes, par un principe qui n’est pas plus élevé que la bonté et l’humanité ordinaires, soient très profondément inquiets et fort agités d’esprit en voyant d’autres en grand danger d’une calamité qui n’est pas plus grande que la noyade, ou que de périr dans une maison en flammes. Et s’il en est ainsi, on admettra sans doute qu’il est tout aussi raisonnable, s’ils les voyaient en danger d’une calamité dix fois plus grande, qu’ils soient bien plus inquiets encore ; et beaucoup plus encore si la calamité était immensément plus grande. Pourquoi donc trouverait-on déraisonnable, et regarderait-on d’un œil très soupçonneux, comme si cela devait venir de quelque mauvaise cause, que des personnes soient extrêmement inquiètes en voyant d’autres en très grand danger de subir la fureur et la colère du Dieu tout-puissant pour toute l’éternité ? Et d’ailleurs, on admettra sans doute que ceux qui ont une très grande mesure de l’Esprit de Dieu, c’est-à-dire d’un esprit d’amour, peuvent bien être supposés avoir infiniment plus d’amour et de compassion pour leurs semblables que ceux qui ne sont mus que par l’humanité ordinaire. Pourquoi trouverait-on étrange que ceux qui sont remplis de l’Esprit de Christ soient, à proportion, semblables à Christ dans leur amour pour les âmes ? Lui qui eut pour elles un amour si fort et un tel souci qu’il voulut bien boire pour elles la lie de la coupe de la fureur de Dieu ; et qui, en même temps qu’il offrait son sang pour les âmes, offrit aussi, comme leur souverain sacrificateur, de grands cris et des larmes, dans une agonie extrême, alors que l’âme de Christ était, pour ainsi dire, en travail pour les âmes des élus ; c’est pourquoi, en les sauvant, il est dit qu’il verra le fruit du travail de son âme. Comme un tel esprit d’amour et de souci pour les âmes était l’esprit de Christ, ainsi est-il l’esprit de l’Église ; et c’est pourquoi l’Église, désirant et cherchant que Christ soit enfanté dans le monde et dans l’âme des hommes, est représentée, Apocalypse 12, comme “une femme qui criait, étant en travail et dans les douleurs de l’enfantement”. L’esprit de ceux qui ont été dans la détresse pour l’âme des autres, autant que je puis en juger, ne semble pas différent de celui de l’apôtre, qui était en travail pour les âmes, et qui était prêt à souhaiter d’être anathème et séparé de Christ pour les autres. Ni de celui du psalmiste, Psaume 119:53 : “Une colère ardente me saisit à la vue des méchants Qui abandonnent ta loi.” Et au verset 136 : “Mes yeux répandent des torrents d’eaux, Parce qu’on n’observe point ta loi.” Ni de celui du prophète Jérémie, Jérémie 4:19 : “Mes entrailles! Mes entrailles: je souffre au-dedans de mon cœur, Le cœur me bat, je ne puis me taire; Car tu entends, mon âme, le son de la trompette, Le cri de guerre.” Et de même au chapitre 9:1, et 13:17, et Ésaïe 22:4. Nous lisons de Mardochée, lorsqu’il vit son peuple en danger d’être détruit d’une destruction temporelle, Esther 4:1, qu’il “déchira ses vêtements, s’enveloppa d’un sac et se couvrit de cendre. Puis il alla au milieu de la ville en poussant avec force des cris amers. Pourquoi donc faudrait-il croire que des personnes ont perdu l’esprit, quand elles ne peuvent s’empêcher de crier à la pensée de la misère de ceux qui vont à la destruction éternelle ? » Œuvres d’Edwards, vol. IV, p. 85, édition de New York.

Je vous ai lu ceci pour montrer que la chose était courante dans les grands réveils de ce temps-là. Il en a toujours été ainsi dans tous les grands réveils, et cela a été plus ou moins fréquent selon la grandeur, l’étendue et la profondeur de l’œuvre. Il en fut ainsi dans les grands réveils d’Écosse, où des multitudes étaient terrassées, et où certains faillirent mourir de la profondeur de leur agonie.

9. Si vous voulez prier efficacement, il faut prier beaucoup. On a dit de l’apôtre Jacques qu’après sa mort on trouva ses genoux calleux comme ceux d’un chameau, à force de prier. Ah ! voilà le secret du succès de ces pasteurs de l’Église primitive. Ils avaient les genoux calleux.

10. Si vous voulez que votre prière soit efficace, elle doit être offerte au nom de Christ. Vous ne pouvez venir à Dieu en votre propre nom. Vous ne pouvez faire valoir vos propres mérites. Mais vous pouvez venir en un nom qui est toujours agréé. Vous savez tous ce que c’est que de se servir du nom d’un homme. Si vous alliez à la banque avec une traite ou un billet endossé par John Jacob Astor, ce serait vous donner son nom, et vous savez que vous pourriez obtenir l’argent de la banque tout aussi bien que lui-même. Or, Jésus-Christ vous donne l’usage de son nom. Et quand vous priez au nom de Christ, cela signifie que vous pouvez prévaloir tout aussi bien que lui-même, et recevoir tout autant que le Fils bien-aimé de Dieu recevrait s’il priait lui-même pour les mêmes choses. Mais il faut prier avec foi. Son nom a sur vos lèvres toute la vertu qu’il a sur les siennes, et Dieu est tout aussi libre de répandre ses bénédictions sur vous, quand vous demandez au nom de Christ, et avec foi, qu’il le serait de les répandre sur Christ, si Christ les demandait.

11. Vous ne pouvez prévaloir dans la prière sans renoncer à tous vos péchés. Il ne suffit pas de vous les remettre en mémoire ; il faut réellement y renoncer, les abandonner, et, dans la résolution de votre cœur, y renoncer tous pour toujours.

12. Il faut prier avec foi. Il faut vous attendre à obtenir les choses que vous demandez. Inutile d’attendre une réponse à la prière si vous priez sans vous attendre à l’obtenir. Vous ne devez pas former de telles attentes sans raison. Dans les cas que j’ai supposés, il y a une raison à cette attente. Si la chose est révélée dans la Parole de Dieu et que vous priiez sans vous attendre à recevoir les bénédictions, vous faites tout simplement de Dieu un menteur. Si la volonté de Dieu est indiquée par sa providence, vous devez vous y appuyer, selon la clarté de l’indication, au point d’attendre la bénédiction si vous la demandez. Et si vous êtes conduit par son Esprit à prier pour certaines choses, vous avez tout autant de raison d’attendre que la chose se fasse que si Dieu l’avait révélée dans sa Parole.

Mais certains disent : « Cette manière de voir la direction de l’Esprit de Dieu ne va-t-elle pas mener les gens au fanatisme ? » Je réponds que je ne sais si beaucoup ne peuvent pas s’abuser à cet égard. Des multitudes se sont abusées sur tous les autres points de la religion. Et si quelques personnes croient être conduites par l’Esprit de Dieu, alors que ce n’est que leur propre imagination, est-ce une raison pour que ceux qui savent qu’ils sont conduits par l’Esprit ne le suivent pas ? Beaucoup de gens se croient convertis alors qu’ils ne le sont pas. Est-ce une raison pour que nous ne nous attachions pas au Seigneur Jésus-Christ ? À supposer que certains s’abusent en pensant qu’ils aiment Dieu, est-ce une raison pour que le saint pieux, qui sait que l’amour de Dieu est répandu dans son cœur, ne donne pas libre cours à ses sentiments dans des cantiques de louange ? Ainsi, je suppose que certains peuvent s’abuser en pensant qu’ils sont conduits par l’Esprit de Dieu. Mais il n’est pas nécessaire d’être abusé. Si les gens suivent des impulsions, c’est leur propre faute. Je ne veux pas que vous suiviez des impulsions. Je veux que vous soyez sobres d’esprit, et que vous suiviez la direction sobre et raisonnable de l’Esprit de Dieu. Il en est qui comprennent ce que je veux dire, et qui savent fort bien ce que c’est que de s’abandonner à l’Esprit de Dieu dans la prière.

III. Je vais indiquer quelques-unes des raisons pour lesquelles ces choses sont essentielles à la prière efficace. Pourquoi Dieu exige-t-il une telle prière, de si forts désirs, des supplications si pleines d’agonie ?

1. Ces forts désirs illustrent puissamment la force des sentiments de Dieu. Ils ressemblent aux sentiments réels de Dieu envers les pécheurs impénitents. Quand j’ai vu, comme cela m’est arrivé quelquefois, l’étonnante force d’amour pour les âmes qu’éprouvaient des chrétiens, j’ai été merveilleusement frappé de l’étonnant amour de Dieu et de ses désirs pour leur salut. Le cas d’une certaine femme, dont j’ai lu l’histoire, dans un réveil, a fait sur mon esprit la plus grande impression. Elle avait pour les âmes une compassion et un amour si inexprimables qu’elle en haletait littéralement, jusqu’à étouffer presque. Quelle doit être la force du désir qu’éprouve Dieu, quand son Esprit produit chez des chrétiens une agonie si étonnante, de telles convulsions de l’âme, un tel enfantement — Dieu a choisi le meilleur mot pour l’exprimer — c’est un enfantement, un enfantement de l’âme.

J’ai vu un homme doué d’autant de force d’intelligence et de muscles que quiconque dans la localité tomber prosterné, absolument terrassé par ses désirs inexprimables pour les pécheurs. Je sais que c’est une pierre d’achoppement pour beaucoup ; et cela le sera toujours, tant qu’il restera dans l’Église tant de professants aveugles et stupides. Mais je ne puis douter que ces choses ne soient l’œuvre de l’Esprit de Dieu. Oh ! si toute l’Église pouvait être remplie de l’Esprit au point d’être en travail dans la prière, jusqu’à ce qu’une nation naisse en un jour !

Il est dit dans la Parole de Dieu : « A peine en travail, Sion a enfanté ses fils! » Qu’est-ce que cela signifie ? J’ai posé un jour cette question à un homme qui faisait profession de religion. Il faisait des objections à nos idées sur la prière efficace, et je lui demandai ce qu’il pensait que signifiait le travail de Sion. « Oh, dit-il, cela veut dire que dès que l’Église marche ensemble dans la communion de l’Évangile, on dira alors que Sion travaille ! Cette marche commune s’appelle travailler. » Ce n’est pas le même mot, voyez-vous. Voilà tout ce qu’il en savait.

2. Ces forts désirs que j’ai décrits sont les résultats naturels d’une grande bienveillance et d’une vue claire du danger des pécheurs. Il est parfaitement raisonnable qu’il en soit ainsi. Si les femmes qui sont dans cette salle levaient les yeux là-haut et voyaient une famille périr dans les flammes, si elles entendaient leurs cris et contemplaient leur agonie, elles seraient dans la détresse, et il est fort probable que beaucoup d’entre elles s’évanouiraient d’angoisse. Et personne ne s’en étonnerait, ni ne dirait qu’elles sont sottes ou folles d’être si bouleversées à un spectacle si terrible. On trouverait étrange qu’il n’y eût pas quelques manifestations d’une émotion puissante. Pourquoi donc s’étonner que des chrétiens éprouvent ce que j’ai décrit, quand ils voient clairement l’état des pécheurs et le danger terrible où ils sont ? Le fait est que ceux qui n’ont jamais éprouvé cela n’ont jamais éprouvé beaucoup de vraie bienveillance, et que leur piété doit être d’un caractère très superficiel. Je ne veux pas juger durement, ni parler sans charité. Mais je l’affirme comme un simple fait ; on en dira ce qu’on voudra, mais je sais qu’une telle piété est superficielle. Ce n’est pas un esprit de censure, c’est la simple vérité.

On s’étonne parfois que des chrétiens éprouvent de tels sentiments. On s’étonne de quoi ? Eh bien, des résultats naturels, philosophiques et nécessaires d’une profonde piété envers Dieu et d’une profonde bienveillance envers les hommes, en face du grand danger où ils voient les pécheurs.

3. L’âme d’un chrétien, quand elle est ainsi chargée, doit être soulagée. Dieu fait peser ce fardeau sur l’âme d’un chrétien afin de l’attirer près de lui. Les chrétiens sont souvent si incrédules qu’ils n’exercent pas en Dieu la foi qui convient jusqu’à ce qu’il fasse peser sur eux ce fardeau, si lourd qu’ils ne peuvent plus vivre dessous ; et alors il faut qu’ils aillent à Dieu pour être soulagés. Il en est comme de bien des pécheurs convaincus de péché. Dieu est prêt à recevoir un tel pécheur tout de suite, s’il veut venir droit à lui, avec foi en Jésus-Christ. Mais le pécheur ne veut pas venir. Il recule, se débat, gémit sous le fardeau de ses péchés, et ne veut pas se jeter sur Dieu, jusqu’à ce que le fardeau de sa conviction devienne si grand qu’il ne puisse plus vivre ; et quand il est réduit au désespoir, pour ainsi dire, et qu’il se sent prêt à sombrer en enfer, il fait un grand plongeon et se jette sur la miséricorde de Dieu comme sur sa seule espérance. C’était son devoir de venir plus tôt. Dieu ne prenait aucun plaisir à sa détresse pour elle-même. C’était seulement l’obstination du pécheur qui rendait nécessaire toute cette détresse. Il ne voulait pas venir sans elle. De même, quand ceux qui font profession de religion sont accablés du poids des âmes, ils prient souvent encore et encore, et pourtant le fardeau ne s’en va pas, ni leur détresse ne diminue, parce qu’ils ne l’ont jamais entièrement rejeté sur Dieu par la foi. Mais ils ne peuvent se débarrasser du fardeau. Tant que dure leur bienveillance, il demeure et s’accroît ; et à moins qu’ils ne résistent au Saint-Esprit et ne l’éteignent, ils ne peuvent trouver de soulagement, jusqu’à ce qu’enfin, poussés à la dernière extrémité, ils fassent un effort désespéré, rejettent le fardeau sur le Seigneur Jésus-Christ et lui accordent une confiance d’enfant. Alors ils se sentent soulagés ; alors il leur semble que l’âme pour laquelle ils priaient sera sauvée. Le fardeau a disparu, et Dieu semble, dans sa bonté, apaiser leur esprit pour qu’ils éprouvent la douce assurance que la bénédiction sera accordée. Souvent, quand un chrétien a soutenu ce combat, cette agonie dans la prière, et qu’il a obtenu le soulagement de cette manière, vous verrez s’épancher les affections les plus douces et les plus célestes — l’âme se repose doucement et glorieusement en Dieu, et se réjouit « d’une joie ineffable et glorieuse ».

Quelqu’un d’entre vous pense-t-il maintenant qu’il n’y a rien de tel dans l’expérience des croyants ? Je vous le dis : si j’en avais le temps, je pourrais vous montrer, chez le président Edwards et chez d’autres auteurs reconnus, des cas et des descriptions tout semblables. Me demandez-vous pourquoi nous ne voyons jamais de telles choses ici, à New York ? Je vous le dis : ce n’est nullement parce que vous êtes tellement plus sages que les chrétiens de la campagne, ni parce que vous avez tellement plus d’intelligence, ou des vues plus larges sur la nature de la religion, ou une piété plus stable et mieux réglée. Non, vous dis-je ; au lieu de vous enorgueillir d’être exempts de telles extravagances, vous devriez cacher votre visage, parce que les chrétiens de New York sont si mondains, et ont tant de raideur, d’orgueil et de goût pour la mode, qu’ils ne peuvent descendre jusqu’à une telle spiritualité. Je voudrais qu’il en fût ainsi. Oh ! s’il pouvait y avoir un tel esprit dans cette ville, et dans cette Église ! Je sais que cela ferait du bruit, si de telles choses se produisaient ici. Mais je ne m’en soucierais pas. Qu’on dise, si l’on veut, que les gens de la chapelle Chatham perdent la raison. Nous n’aurions pas à le craindre, si nous pouvions vivre assez près de Dieu pour jouir de son Esprit de la manière que j’ai décrite.

4. Ces effets de l’esprit de prière sur le corps ne font eux-mêmes nullement partie de la religion. C’est seulement que le corps est souvent si faible que les sentiments de l’âme le terrassent. Ces effets corporels ne sont nullement essentiels à la prière qui prévaut ; ils ne sont que le résultat naturel ou physique d’émotions de l’esprit très vivement excitées. Il n’est pas du tout rare que le corps soit affaibli, et même terrassé, par une émotion puissante de l’esprit, à propos d’autres sujets que la religion. Le portier du Congrès, au temps de la Révolution, tomba mort en recevant une nouvelle des plus réjouissantes. J’ai connu à Rochester une femme qui était dans une grande agonie de prière pour la conversion de son gendre. Un matin, il se trouvait à une réunion des âmes inquiètes, et elle était restée chez elle à prier pour lui. À la fin de la réunion, il rentra converti, et elle en eut une telle joie qu’elle tomba et mourut sur-le-champ. Il n’est pas plus étrange que ces effets soient produits par la religion que par une forte émotion sur tout autre sujet. Cela n’est pas essentiel à la prière, mais c’est le résultat naturel d’un grand effort de l’esprit.

5. Sans doute une grande raison pour laquelle Dieu exige cette prière pleine d’agonie, c’est qu’elle forme un tel lien d’union entre Christ et l’Église. Elle crée entre eux une telle communion de sentiments. C’est comme si Christ venait répandre dans son Église le trop-plein de son cœur bienveillant, et l’amenait à sympathiser et à coopérer avec lui comme elle ne le fait jamais d’aucune autre manière. Ses membres sentent exactement comme Christ sent — si pleins de compassion pour les pécheurs qu’ils ne peuvent se contenir. Il en est souvent ainsi de ces pasteurs qui se distinguent par leur succès dans la prédication aux pécheurs : ils ont souvent une telle compassion, de tels désirs débordants pour leur salut, que cela se montre dans leurs paroles et dans leur prédication, tout comme si Jésus-Christ parlait par eux. Les paroles sortent de leurs lèvres fraîches et chaudes, comme du cœur même de Christ. Je ne veux pas dire qu’il leur dicte leurs paroles ; mais il suscite les sentiments qui leur donnent expression. Alors vous voyez un mouvement dans l’auditoire, comme si Christ lui-même parlait par des lèvres d’argile.

6. Ce travail d’enfantement pour les âmes crée aussi un lien d’union remarquable entre les chrétiens au cœur chaleureux et les jeunes convertis. Ceux qui sont convertis deviennent très chers aux cœurs qui ont eu pour eux cet esprit de prière. Ce sentiment ressemble à celui d’une mère pour son premier-né. Paul l’exprime admirablement quand il dit : « Mes enfants ! » Son cœur était chaleureux et tendre envers eux. « Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement. » Ils avaient rétrogradé, et il éprouve toutes les angoisses d’un père pour un enfant égaré. « J’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formé en vous, l’espérance de la gloire. » Dans un réveil, j’ai souvent remarqué combien ceux qui ont eu l’esprit de prière aiment les jeunes convertis. Je sais que tout cela est de l’algèbre pour ceux qui ne l’ont jamais éprouvé. Mais pour ceux qui ont connu l’agonie de la prière qui lutte et qui prévaut pour la conversion d’une âme, soyez-en sûrs, cette âme, une fois convertie, est aussi chère qu’un enfant l’est à la mère qui l’a mis au monde dans la douleur. Il a lutté avec angoisse pour elle, il l’a reçue en réponse à la prière, et il peut la présenter au Seigneur Jésus-Christ en disant : « Me voici, Seigneur, moi et les enfants que tu m’as donnés. »

7. Une autre raison pour laquelle Dieu exige ce genre de prière, c’est que c’est le seul moyen par lequel l’Église puisse être convenablement préparée à recevoir de grandes bénédictions sans en être lésée. Quand l’Église est ainsi prosternée dans la poussière devant Dieu, et plongée dans une profonde agonie de prière, la bénédiction lui fait du bien. Tandis que, si elle avait reçu la bénédiction sans cette profonde prostration de l’âme, elle en aurait été enflée d’orgueil. Mais ainsi, la bénédiction accroît sa sainteté, son amour, son humilité.

IV. J’ai à montrer qu’une prière telle que je l’ai décrite a une grande efficace. Mais le temps me manque pour exposer en détail les preuves que je comptais présenter sous ce chef.

Le prophète Élie s’affligeait du déclin de la maison d’Israël ; et quand il vit qu’aucun autre moyen ne paraissait devoir être efficace pour empêcher une chute perpétuelle dans l’idolâtrie, il pria pour que les jugements de Dieu tombent sur la nation coupable. Il pria pour qu’il ne plût point, et Dieu ferma les cieux pendant trois ans et six mois, jusqu’à ce que le peuple fût réduit à la dernière extrémité. Et quand il vit qu’il était temps de faire grâce, que fait-il ? Voyez-le monter sur la montagne et se prosterner dans la prière. Il voulait être seul ; et il dit à son serviteur d’aller voir sept fois, pendant qu’il luttait avec angoisse dans la prière. La dernière fois, le serviteur lui dit qu’il paraissait un petit nuage, comme la paume de la main d’un homme ; et il se releva aussitôt — la bénédiction était obtenue. Le temps était venu où la calamité devait être détournée. « Ah ! mais, direz-vous, Élie était un prophète. » Ne faites donc pas cette objection. On la faisait déjà au temps de l’apôtre, et que dit l’apôtre ? Eh bien, il cita justement cet exemple, et le fait qu’Élie était un homme de la même nature que nous, comme un cas de prière qui prévaut, et il insista pour qu’ils prient de même.

John Knox était un homme célèbre pour sa puissance dans la prière, à tel point que la sanguinaire reine Marie disait qu’elle redoutait ses prières plus que toutes les armées de l’Europe. Et les événements montrèrent qu’elle avait raison de les redouter. Il était souvent dans une telle agonie pour la délivrance de son pays qu’il ne pouvait dormir. Il avait dans son jardin un endroit où il allait prier. Une nuit, comme lui et plusieurs amis priaient ensemble, Knox prit la parole et dit que la délivrance était venue. Il ne pouvait dire ce qui était arrivé, mais il sentait que quelque chose s’était produit, car Dieu avait entendu leurs prières. Qu’était-ce ? Eh bien, la nouvelle suivante qu’ils reçurent fut que Marie était morte !

Prenez un fait que j’ai entendu raconter par un pasteur. Il disait que dans une certaine ville il n’y avait pas eu de réveil depuis bien des années ; l’Église était presque éteinte, les jeunes gens étaient tous inconvertis, et la désolation régnait sans partage. Dans un quartier écarté de la ville vivait un vieillard, forgeron de son état, et d’une langue si bègue qu’il était pénible de l’entendre parler. Un vendredi, comme il travaillait seul dans sa forge, son esprit fut profondément travaillé au sujet de l’état de l’Église et des impénitents. Son angoisse devint si grande qu’il fut amené à laisser son ouvrage, à fermer à clé la porte de sa forge, et à passer l’après-midi en prière.

Il prévalut ; et le jour du sabbat, il alla trouver le pasteur et le pria de convoquer une réunion de conférence. Après quelque hésitation, le pasteur y consentit, en faisant observer toutefois qu’il craignait que peu de gens n’y vinssent. Il la fixa au soir même, dans une grande maison particulière. Quand le soir fut venu, il s’assembla plus de monde que la maison n’en pouvait contenir. Tout fut silencieux pendant un temps, jusqu’à ce qu’un pécheur fondît en larmes et dît que, si quelqu’un savait prier, il le suppliait de prier pour lui. Un autre suivit, puis un autre, puis un autre encore, jusqu’à ce qu’on découvrît que des personnes de tous les quartiers de la ville étaient sous une profonde conviction de péché. Et ce qu’il y avait de remarquable, c’est qu’ils faisaient tous remonter leur conviction à l’heure où le vieillard priait dans sa forge. Un puissant réveil s’ensuivit. Ainsi ce vieillard bègue prévalut, et, tel un prince, eut puissance auprès de Dieu. Je pourrais citer quantité de cas semblables, mais, faute de temps, je dois conclure par quelques-uns.

REMARQUES.

1. Beaucoup de prières sont perdues, et bien des gens ne prévalent jamais dans la prière, parce que, lorsqu’ils ont des désirs pour des bénédictions particulières, ils ne les poursuivent pas. Ils peuvent avoir eu des désirs bienveillants et purs, suscités par l’Esprit de Dieu ; et quand ils les ont, ils devraient persévérer dans la prière, car s’ils détournent leur attention vers d’autres objets, ils éteindront l’Esprit. Nous disons aux pécheurs de ne pas détourner leur esprit de cet unique objet, mais d’y tenir leur attention fixée jusqu’à ce qu’ils soient sauvés. Quand vous trouvez en vous ces saints désirs, prenez garde à deux choses :

(1.) N’éteignez pas l’Esprit.

(2.) Ne vous laissez pas détourner vers d’autres objets.

Suivez la direction de l’Esprit jusqu’à ce que vous ayez offert cette prière fervente qui a une grande efficace.

2. Sans l’esprit de prière, les pasteurs ne feront que peu de bien. Un pasteur ne doit pas s’attendre à beaucoup de succès s’il ne prie pas pour l’obtenir. Parfois d’autres peuvent avoir l’esprit de prière, et obtenir une bénédiction sur ses travaux. Mais en général, les prédicateurs qui réussissent le mieux sont ceux qui ont eux-mêmes le plus l’esprit de prière.

3. Il ne suffit pas que les pasteurs aient l’esprit de prière ; il faut aussi que l’Église s’unisse pour offrir cette prière efficace et fervente qui peut prévaloir auprès de Dieu. Inutile d’attendre une bénédiction si vous ne la demandez pas. « Pour toutes ces choses, je me laisserai fléchir par la maison d’Israël, pour les accomplir. »

Maintenant, mes frères, je n’ai plus qu’à vous demander, au sujet de ce que je vous ai prêché ce soir : « Le ferez-vous ? » Avez-vous fait ce que je vous ai prêché vendredi soir dernier ? Avez-vous passé vos péchés en revue, les avez-vous confessés, et les avez-vous tous écartés du chemin ? Pouvez-vous prier maintenant ? Et allez-vous vous unir pour offrir la prière qui prévaut, afin que l’Esprit de Dieu descende ici ?

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