Chapitre 5 · 29 min de lecture · 38 min d’écoute
Discours III. Comment favoriser un réveil
DISCOURS III.
COMMENT FAVORISER UN RÉVEIL.
Texte. — « Défrichez-vous un champ nouveau! Il est temps de chercher l’Éternel, Jusqu’à ce qu’il vienne, et répande pour vous la justice. » — Osée 10:12.
LES Juifs étaient une nation de cultivateurs ; c’est pourquoi les Écritures empruntent souvent leurs images à leur occupation et aux scènes familières aux laboureurs et aux bergers. Le prophète Osée s’adresse à eux comme à une nation de rétrogrades ; il leur reproche leur idolâtrie et les menace des jugements de Dieu. Je vous ai montré dans mon premier discours ce qu’un réveil n’est pas, ce qu’il est, et quels agents doivent être employés pour le favoriser ; et dans le second, quand il est nécessaire, quelle en est l’importance, et quand on peut s’y attendre. Mon dessein dans ce discours est de montrer
COMMENT IL FAUT FAVORISER UN RÉVEIL.
Un réveil comporte deux parties : ce qui regarde l’Église, et ce qui regarde les impies. Je parlerai ce soir du réveil dans l’Église. Une terre en friche est une terre qui a été autrefois labourée, mais qui maintenant demeure inculte, et qu’il faut défoncer et ameublir avant qu’elle soit propre à recevoir le grain. Je montrerai, pour ce qui regarde le réveil dans l’Église :
1. Ce que c’est que défricher son champ, au sens du texte.
2. Comment il faut s’y prendre.
I. QU’EST-CE QUE DÉFRICHER SON CHAMP ?
Défricher son champ, c’est défricher son cœur — préparer son esprit à porter du fruit pour Dieu. La Bible compare souvent l’esprit de l’homme à une terre, et la parole de Dieu à une semence qu’on y jette ; le fruit représente les actions et les affections de ceux qui la reçoivent. Défricher son champ, c’est donc amener l’esprit dans un état tel qu’il soit propre à recevoir la parole de Dieu. Il arrive que vos cœurs se tassent, durs et secs, et deviennent tout entiers incultes, au point qu’il n’y a plus moyen d’en tirer du fruit tant qu’ils n’ont pas été entièrement défoncés, ameublis et rendus propres à recevoir la parole de Dieu. C’est cet attendrissement du cœur, qui le rend sensible à la vérité, que le prophète appelle défricher votre champ.
II. COMMENT FAUT-IL DÉFRICHER SON CHAMP ?
1. Ce n’est pas par des efforts directs pour éprouver des sentiments. On tombe dans l’erreur sur ce sujet faute de prendre pour objet de réflexion les lois de l’esprit. Il règne de grandes erreurs sur les lois qui gouvernent l’esprit. On parle du sentiment religieux comme si l’on pensait pouvoir, par un effort direct, faire naître les affections religieuses. Mais ce n’est pas ainsi que l’esprit agit. Nul ne peut se faire éprouver un sentiment de cette manière, simplement en essayant de l’éprouver. Les sentiments de l’esprit ne sont pas directement sous notre contrôle. Nous ne pouvons, par un acte de la volonté, par une volition directe, faire naître des sentiments religieux. Autant vaudrait penser évoquer des esprits du fond de l’abîme. Ce sont des états de l’esprit purement involontaires. Ils existent naturellement et nécessairement dans l’esprit en présence de certaines circonstances propres à les exciter. Mais on peut les gouverner indirectement. Autrement, nos sentiments n’auraient aucun caractère moral, s’il n’y avait pas moyen de les gouverner. Nous ne pouvons pas dire : « Maintenant je vais éprouver tel ou tel sentiment envers tel objet. » Mais nous pouvons y appliquer notre attention, et le regarder fixement, jusqu’à ce que les affections involontaires s’élèvent. Qu’un homme éloigné de sa famille se la remette devant l’esprit : n’éprouvera-t-il rien ? Mais ce n’est pas en se disant : « Maintenant je vais éprouver des sentiments profonds pour ma famille. » Un homme peut diriger son attention sur n’importe quel objet au sujet duquel il doit et désire éprouver des sentiments, et de cette manière il fera naître les émotions qui conviennent. Qu’un homme se représente son ennemi, et ses sentiments d’inimitié s’élèveront. De même, si un homme pense à Dieu et fixe son esprit sur quelque partie du caractère de Dieu, il éprouvera des sentiments — des émotions surgiront, en vertu même des lois de l’esprit. S’il est ami de Dieu, qu’il contemple Dieu comme un être plein de grâce et saint, et des émotions d’amitié s’allumeront dans son esprit. S’il est ennemi de Dieu, qu’il se mette seulement devant l’esprit le vrai caractère de Dieu, qu’il le regarde et y fixe son attention, et son inimitié s’élèvera contre Dieu, ou bien il se brisera et donnera son cœur à Dieu.
Si vous voulez défricher le champ de vos cœurs, et rendre vos esprits sensibles au sujet de la religion, il faut vous y mettre exactement comme vous le feriez pour être émus de tout autre sujet. Au lieu de tenir vos pensées occupées de tout le reste, puis de vous imaginer qu’en allant à quelques réunions vos sentiments seront gagnés, prenez la chose avec bon sens, comme vous le feriez pour tout autre sujet. Il est tout aussi facile de rendre vos esprits sensibles au sujet de la religion qu’à tout autre sujet. Dieu a mis ces états de l’esprit sous votre contrôle. Si les gens étaient aussi peu philosophes pour mouvoir leurs membres qu’ils le sont pour régler leurs émotions, vous ne seriez jamais arrivés jusqu’ici, à la réunion de ce soir.
Si vous voulez défricher le champ de vos cœurs, il faut commencer par regarder vos cœurs — examiner et noter l’état de vos esprits, et voir où vous en êtes. Beaucoup ne semblent jamais y penser. Ils ne prêtent aucune attention à leur propre cœur, et ne savent jamais s’ils vont bien ou non dans la religion — s’ils gagnent du terrain ou s’ils reculent — s’ils portent du fruit, ou s’ils restent incultes comme la terre en friche. Or il faut que vous détourniez votre attention des autres choses pour examiner celle-ci. Faites-en votre affaire. Ne soyez pas pressés. Examinez à fond l’état de vos cœurs, et voyez où vous en êtes — si vous marchez chaque jour avec Dieu, ou si vous marchez avec le diable — si c’est Dieu que vous servez le plus, ou le diable — si vous êtes sous la domination du prince des ténèbres, ou sous celle du Seigneur Jésus-Christ.
Pour faire tout cela, il faut vous mettre à l’œuvre pour considérer vos péchés. Il faut vous examiner vous-mêmes. Et par là je ne veux pas dire qu’il faille vous arrêter et regarder directement au-dedans de vous pour voir quel est l’état présent de vos sentiments. C’est justement le moyen d’arrêter tout sentiment. Ce serait aussi absurde que si un homme fermait les yeux devant la lampe et tâchait de tourner ses yeux vers l’intérieur pour découvrir si quelque image est peinte sur la rétine. Cet homme se plaint de ne rien voir ! Et pourquoi ? Parce qu’il a détourné ses yeux des objets de la vue. La vérité est que nos sentiments moraux sont tout autant un objet de conscience que nos sensations. Et le moyen de les exciter, c’est de continuer à agir et à employer notre esprit. Alors nous pouvons connaître nos sentiments moraux par la conscience, tout comme je connaîtrais mes sensations naturelles par la conscience, si je mettais la main dans le feu.
L’examen de soi-même consiste à regarder votre vie, à considérer vos actions, à évoquer le passé et à en reconnaître le vrai caractère. Repassez toute votre histoire. Prenez vos péchés un à un, et regardez-les. Je ne veux pas dire que vous deviez simplement jeter un coup d’œil sur votre vie passée, voir qu’elle a été pleine de péchés, puis aller à Dieu, faire une sorte de confession générale et demander pardon. Ce n’est pas ainsi qu’il faut faire. Il faut les prendre un à un. Ce sera une bonne chose de prendre une plume et du papier en les passant en revue, et de les écrire à mesure qu’ils se présentent à vous. Repassez-les aussi soigneusement qu’un négociant repasse ses livres ; et chaque fois qu’un péché revient à votre mémoire, ajoutez-le à la liste. Les confessions générales du péché ne suffiront jamais. Vos péchés ont été commis un à un ; et, autant que vous pouvez les atteindre, ils doivent être passés en revue et faire l’objet d’une repentance un à un. Maintenant commencez ; et prenez d’abord ce qu’on appelle communément, mais improprement, vos
PÉCHÉS D’OMISSION.
1. L’ingratitude. Prenez ce péché, par exemple, et inscrivez au-dessous tous les cas dont vous pouvez vous souvenir où vous avez reçu de Dieu des faveurs sans jamais lui en témoigner de reconnaissance. De combien de cas pouvez-vous vous souvenir ? Quelque providence remarquable, quelque merveilleux tour des événements qui vous a sauvés de la ruine. Notez les marques de la bonté de Dieu envers vous lorsque vous étiez dans le péché, avant votre conversion. Puis la miséricorde de Dieu dans les circonstances de votre conversion, dont vous n’avez jamais été à moitié assez reconnaissants. Puis les innombrables grâces que vous avez reçues depuis. Qu’il est long, le catalogue des cas où votre ingratitude est si noire que vous êtes forcés de cacher votre visage dans la confusion ! Maintenant mettez-vous à genoux, confessez-les à Dieu un à un, et demandez pardon. L’acte même de la confession, par les lois de l’association des idées, en ramènera d’autres à votre mémoire. Notez-les. Repassez-les ainsi trois ou quatre fois, et vous trouverez une quantité étonnante de grâces dont vous n’avez jamais remercié Dieu. Puis prenez un autre péché. Que ce soit
2. Le manque d’amour pour Dieu. Écrivez-le, et repassez tous les cas dont vous pouvez vous souvenir où vous n’avez pas donné au Dieu béni l’amour cordial que vous lui deviez.
Pensez combien vous seriez affligés et alarmés si vous découvriez quelque refroidissement de l’affection que vous portent votre femme, votre mari ou vos enfants ; si vous voyiez quelqu’un d’autre accaparer leur cœur, leurs pensées et leur temps. Peut-être, en pareil cas, mourriez-vous presque d’une jalousie juste et vertueuse. Or Dieu se nomme lui-même un Dieu jaloux ; et n’avez-vous pas donné votre cœur à d’autres amours, ne vous êtes-vous pas prostitués, et ne l’avez-vous pas offensé infiniment ?
3. La négligence de la Bible. Notez les fois où, pendant des jours, et peut-être pendant des semaines — oui, peut-être même pendant des mois de suite —, vous n’avez pris aucun plaisir à la parole de Dieu. Peut-être n’avez-vous pas lu un seul chapitre, ou, si vous l’avez lu, ce fut d’une manière qui déplaisait encore davantage à Dieu. Bien des gens lisent un chapitre entier de telle façon que, si on les mettait sous serment quand ils ont fini, ils ne pourraient dire ce qu’ils ont lu. Ils lisent avec si peu d’attention que, du matin au soir, ils ne se rappellent pas où ils en sont restés, à moins d’y mettre un signet ou de corner la page. Cela démontre qu’ils n’ont pas pris à cœur ce qu’ils ont lu, qu’ils n’en ont pas fait un sujet de réflexion. Si vous lisiez un roman, ou quelque autre écrit qui vous intéressât vivement, ne vous rappelleriez-vous pas ce que vous avez lu en dernier ? Et le fait même que vous cornez une page ou mettez un signet démontre que vous lisez plutôt comme on s’acquitte d’une tâche que par amour ou par respect pour la parole de Dieu. La parole de Dieu est la règle de votre devoir. Et en faites-vous si peu de cas que vous ne vous rappelez pas ce que vous lisez ? S’il en est ainsi, il n’est pas étonnant que vous viviez tellement au hasard, et que votre religion soit un si misérable échec.
4. L’incrédulité. Les cas où vous avez, en fait, accusé de mensonge le Dieu de vérité, en ne croyant pas à ses promesses et à ses déclarations formelles. Dieu a promis de donner le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent. Or, l’avez-vous cru ? Vous êtes-vous attendus à ce qu’il vous exauce ? N’avez-vous pas, en fait, dit dans votre cœur, quand vous priiez pour obtenir le Saint-Esprit : « Je ne crois pas que je le recevrai » ? Si vous n’avez pas cru, ni attendu de recevoir la bénédiction que Dieu a formellement promise, vous l’avez accusé de mensonge.
5. La négligence de la prière. Les fois où vous avez omis la prière secrète, la prière en famille et les réunions de prière, ou bien où vous avez prié de manière à offenser Dieu plus gravement que si vous aviez entièrement négligé de prier.
6. La négligence des moyens de grâce. Les fois où vous avez laissé de futiles excuses vous empêcher d’assister aux réunions, où vous avez négligé et couvert de mépris les moyens du salut, simplement par dégoût des devoirs spirituels.
7. La manière dont vous vous êtes acquittés de ces devoirs — le manque de sentiment, le manque de foi, la disposition d’esprit mondaine —, si bien que vos paroles n’étaient que le simple bavardage d’un misérable qui ne méritait pas que Dieu prît le moindre soin de lui. Les fois où vous êtes tombés à genoux et avez récité vos prières d’une manière si insensible et si négligente que, si l’on vous avait mis sous serment cinq minutes après que vous aviez quitté votre cabinet, vous n’auriez pu dire pour quoi vous aviez prié.
8. Votre manque d’amour pour les âmes de vos semblables. Regardez autour de vous vos amis et vos parents, et rappelez-vous combien peu de compassion vous avez éprouvée pour eux. Vous êtes restés là à les regarder aller tout droit en enfer, et il semble que cela vous fût indifférent. Combien y a-t-il eu de jours où vous n’avez pas fait de leur état le sujet d’une seule prière fervente, ni même d’un désir ardent de leur salut ?
9. Votre indifférence envers les païens. Peut-être ne vous êtes-vous pas assez souciés d’eux pour chercher à connaître leur condition ; peut-être même pas pour vous abonner à un journal missionnaire. Regardez cela en face, voyez combien vous vous souciez réellement des païens, et notez honnêtement la mesure réelle de vos sentiments envers eux et de votre désir de leur salut. Mesurez votre désir de leur salut au renoncement que vous pratiquez en donnant de vos biens pour leur envoyer l’Évangile. Vous refusez-vous seulement les superfluités nuisibles de la vie, comme le thé, le café et le tabac ? Réduisez-vous votre train de vie, et vous imposez-vous réellement quelque incommodité pour les sauver ? Priez-vous chaque jour pour eux dans votre cabinet ? Assistez-vous régulièrement au concert mensuel de prière ? Mettez-vous de côté, de mois en mois, quelque chose à verser dans le trésor du Seigneur, quand vous montez prier ? Si vous ne faites pas ces choses, et si votre âme n’est pas à l’agonie pour les pauvres païens plongés dans les ténèbres, pourquoi êtes-vous assez hypocrites pour prétendre être chrétiens ? Eh quoi ! votre profession est une insulte à Jésus-Christ !
10. Votre négligence des devoirs de famille. Comment vous avez vécu devant les vôtres, comment vous avez prié, quel exemple vous leur avez donné. Quels efforts directs faites-vous habituellement pour leur bien spirituel ? Quel devoir n’avez-vous pas négligé ?
11. La négligence des devoirs sociaux.
12. La négligence de la vigilance sur votre propre vie. Les cas où vous avez expédié vos devoirs privés, où vous ne vous êtes pas demandé de comptes à vous-mêmes, ni n’avez honnêtement réglé vos comptes avec Dieu. Les cas où vous avez entièrement négligé de surveiller votre conduite, où vous n’avez pas été sur vos gardes, et où vous avez péché devant le monde, devant l’Église et devant Dieu.
13. La négligence de veiller sur vos frères. Combien de fois n’avez-vous pas rompu votre alliance, par laquelle vous vous étiez engagés à veiller sur eux dans le Seigneur ! Combien peu vous connaissez l’état de leur âme, et combien peu vous vous en souciez ! Et pourtant vous êtes liés par un serment solennel à veiller sur eux. Qu’avez-vous fait pour faire leur connaissance ? Pour combien d’entre eux vous êtes-vous intéressés au point de connaître leur état spirituel ? Repassez la liste, et partout où vous trouvez qu’il y a eu négligence, écrivez-le. Combien de fois avez-vous vu vos frères se refroidir dans la religion sans leur en parler ? Vous les avez vus commencer à négliger un devoir après l’autre, et vous ne les avez pas repris fraternellement. Vous les avez vus tomber dans le péché, et vous les avez laissés continuer. Et pourtant vous prétendez les aimer. Quel hypocrite ! Verriez-vous votre femme ou votre enfant tomber dans le déshonneur, ou dans le feu, sans rien dire ? Non, vous ne le feriez pas. Que pensez-vous donc de vous-mêmes, qui prétendez aimer les chrétiens et aimer Christ, alors que vous pouvez les voir tomber dans le déshonneur sans leur rien dire ?
14. La négligence du renoncement à soi-même. Il y a beaucoup de gens qui font profession de religion et qui sont disposés à faire presque n’importe quoi dans la religion, pourvu que cela n’exige pas de renoncement. Mais quand ils sont appelés à faire quelque chose qui exige qu’ils renoncent à eux-mêmes, oh ! c’est trop. Ils pensent faire beaucoup pour Dieu, et à peu près autant qu’il peut raisonnablement leur demander, s’ils font seulement ce qu’ils peuvent faire sans qu’il leur en coûte rien ; mais ils ne sont disposés à se refuser aucun confort, aucune commodité, quelle qu’elle soit, pour l’amour du service du Seigneur. Ils ne veulent pas souffrir de bon gré l’opprobre pour le nom de Christ. Ils ne veulent pas non plus se refuser les luxes de la vie pour sauver un monde de l’enfer. Ils sont si loin de se souvenir que le renoncement est une condition pour être disciple, qu’ils ne savent pas ce qu’est le renoncement. Ils ne se sont jamais réellement privés d’un ruban ou d’une épingle pour Christ et pour l’Évangile. Oh ! que de tels professants seront bientôt en enfer ! Certains donnent de leur abondance, et donnent beaucoup, et sont prêts à se plaindre que d’autres ne donnent pas davantage ; alors qu’en vérité ils ne donnent rien dont ils aient besoin, rien dont ils pourraient jouir s’ils le gardaient. Ils ne donnent que de leur superflu ; et peut-être cette pauvre femme qui verse douze cents et demi au concert mensuel de prière a-t-elle exercé plus de renoncement qu’eux en donnant des milliers.
De ces péchés-là, passons maintenant aux
PÉCHÉS DE COMMISSION.
1. L’esprit mondain. Quel a été l’état de votre cœur à l’égard de vos biens terrestres ? Les avez-vous regardés comme vraiment à vous — comme si vous aviez le droit d’en disposer comme de votre bien, selon votre propre volonté ? Si oui, écrivez-le. Si vous avez aimé les biens et les avez recherchés pour eux-mêmes, ou pour satisfaire une convoitise ou une ambition, ou un esprit mondain, ou pour les amasser pour vos familles, vous avez péché, et vous devez vous repentir.
2. L’orgueil. Rappelez-vous tous les cas que vous pourrez où vous vous êtes surpris à vous livrer à l’orgueil. La vanité est une forme particulière de l’orgueil. Combien de fois vous êtes-vous surpris à consulter votre vanité au sujet de votre toilette et de votre apparence ? Combien de fois avez-vous pensé davantage, pris plus de peine et dépensé plus de temps à parer votre corps pour aller à l’église qu’à préparer votre esprit au culte de Dieu ? Vous êtes allés à la maison de Dieu en vous souciant davantage de l’air que vous auriez au-dehors, aux yeux des mortels, que de l’état de votre âme aux yeux du Dieu qui sonde les cœurs. Vous vous êtes en fait proposés vous-mêmes à leur culte, plutôt que de vous préparer à rendre vous-mêmes un culte à Dieu. Vous êtes venus partager le culte de la maison de Dieu, détourner l’attention du peuple de Dieu pour lui faire regarder votre jolie apparence. Il est inutile de prétendre maintenant que vous ne vous souciez nullement que les gens vous regardent. Soyez honnêtes. Prendriez-vous tant de peine pour votre mine si tout le monde était aveugle ?
3. L’envie. Regardez les cas où vous avez été envieux de ceux que vous jugiez au-dessus de vous à quelque égard. Ou peut-être avez-vous envié ceux qui étaient plus doués ou plus utiles que vous. N’en avez-vous pas envié certains au point de souffrir de les entendre louer ? Il vous a été plus agréable de vous arrêter sur leurs défauts que sur leurs vertus, sur leurs échecs que sur leurs succès. Soyez honnêtes avec vous-mêmes, et si vous avez nourri cet esprit de l’enfer, repentez-vous profondément devant Dieu, ou il ne vous pardonnera jamais.
4. L’esprit de censure. Les cas où vous avez eu un esprit amer, et parlé des chrétiens d’une manière entièrement dépourvue de charité et d’amour — de cette charité qui vous demande d’espérer toujours le meilleur que le cas permette, et de donner la meilleure interprétation à toute conduite équivoque.
5. La médisance. Les fois où vous avez parlé derrière leur dos des défauts, réels ou supposés, de certaines personnes, membres de l’Église ou autres, sans nécessité ou sans bonne raison. C’est là de la médisance. Il n’est pas nécessaire de mentir pour être coupable de médisance : dire la vérité dans le dessein de nuire, c’est médire.
6. La légèreté. Combien de fois vous êtes-vous montrés frivoles devant Dieu, comme vous n’auriez pas osé l’être en présence d’un souverain de la terre ? Ou bien vous avez été athées et avez oublié qu’il y avait un Dieu, ou bien vous avez eu moins de respect pour lui et pour sa présence que vous n’en auriez eu pour un juge de la terre.
7. Le mensonge. Comprenez bien maintenant ce qu’est le mensonge. Toute espèce de tromperie intentionnelle, pour une raison égoïste, est un mensonge. Si la tromperie n’est pas intentionnelle, ce n’est pas un mensonge. Mais si vous avez l’intention de produire une impression contraire à la vérité toute nue, vous mentez. Notez tous les cas dont vous pourrez vous souvenir. Ne leur donnez pas de nom adouci. Dieu les appelle des MENSONGES, et il vous accuse de MENTIR ; vous feriez bien de vous accuser vous-mêmes comme il convient.
Que de faussetés innombrables se commettent chaque jour dans les affaires et dans les relations sociales, par des paroles, par des regards et par des actes — destinées à produire sur autrui, pour des raisons égoïstes, une impression contraire à la vérité !
8. La fraude. Notez tous les cas où vous avez traité avec quelqu’un et lui avez fait ce que vous n’aimeriez pas qu’on vous fît. C’est là frauder. Dieu a posé une règle en la matière : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. » Voilà la règle ; et si vous n’avez pas agi ainsi, vous êtes un fraudeur. Remarquez-le, la règle n’est pas que vous fassiez ce que vous pourriez raisonnablement attendre qu’ils vous fassent. Ce serait une règle qui admettrait tous les degrés de méchanceté. Mais elle dit : « Ce que vous VOULEZ que les hommes fassent pour vous. »
9. L’hypocrisie. Par exemple dans vos prières et vos confessions à Dieu. Notez les cas où vous avez demandé dans la prière des choses que vous ne désiriez pas réellement. Et la preuve en est que, lorsque vous aviez fini de prier, vous ne pouviez dire ce que vous aviez demandé. Combien de fois avez-vous confessé des péchés que vous n’aviez pas l’intention d’abandonner, sans aucun dessein solennel de ne pas les répéter ? Oui, vous avez confessé des péchés en sachant que vous comptiez aussi sûrement aller les répéter que vous comptiez vivre.
10. Le vol envers Dieu. Les cas où vous avez mal employé votre temps, et gaspillé des heures que Dieu vous donnait pour le servir et sauver des âmes, en vains amusements ou en conversations frivoles, à lire des romans ou à ne rien faire ; les cas où vous avez mal appliqué vos talents et les facultés de votre esprit ; où vous avez gaspillé de l’argent pour vos convoitises, ou l’avez dépensé pour des choses dont vous n’aviez pas besoin, et qui ne contribuaient ni à votre santé, ni à votre bien-être, ni à votre utilité. Peut-être quelques-uns d’entre vous qui sont ici ce soir ont-ils dépensé l’argent de Dieu en TABAC. Je ne parlerai pas du rhum, car je présume qu’il n’y a ici ce soir aucune personne faisant profession de religion qui voudrait boire du rhum. J’espère qu’il n’y a personne qui fasse usage de ce poison immonde, le tabac. Pensez à quelqu’un qui fait profession de religion et qui emploie l’argent de Dieu à s’empoisonner avec du tabac !
11. Le mauvais caractère. Peut-être avez-vous maltraité votre femme, ou vos enfants, ou votre famille, ou vos domestiques, ou vos voisins. Écrivez tout cela.
12. Le fait d’empêcher les autres d’être utiles. Peut-être avez-vous affaibli leur influence par des insinuations contre eux. Non seulement vous avez frustré Dieu de vos propres talents, mais vous avez lié les mains de quelqu’un d’autre. Quel méchant serviteur que celui qui flâne lui-même et qui empêche les autres de travailler ! Cela se fait parfois en leur prenant inutilement leur temps ; parfois en détruisant la confiance chrétienne qu’on avait en eux. Ainsi vous avez fait le jeu de Satan ; et non seulement vous vous êtes montrés de vrais vagabonds oisifs, mais vous avez empêché les autres de travailler.
Si vous trouvez que vous avez commis une faute envers une personne, et que cette personne est à votre portée, allez immédiatement la lui confesser, et ôtez cela du chemin. Si la personne à qui vous avez fait tort est trop loin pour que vous alliez la voir, asseyez-vous et écrivez-lui une lettre, confessez le tort, affranchissez la lettre, et mettez-la tout de suite à la poste. Je dis : affranchissez-la, sinon vous ne ferez qu’aggraver les choses. Vous ajouterez au premier tort en lui causant une dépense. L’homme qui écrit une lettre pour ses propres affaires et l’envoie à un autre sans l’affranchir est malhonnête, et il lui a volé autant. Et s’il veut frustrer un homme de six pence ou d’un shilling, quand la tentation est si petite, que ne ferait-il pas si la tentation était plus grande et qu’il eût en perspective l’impunité ? Si vous avez fait tort à quelqu’un, envoyez l’argent, la somme entière avec les intérêts.
Mettez-vous à l’œuvre à fond dans tout cela. Faites-le maintenant. Ne le remettez pas ; cela ne ferait qu’aggraver les choses. Confessez à Dieu les péchés commis contre Dieu, et aux hommes les péchés commis contre les hommes. Ne songez pas à vous en tirer en contournant les pierres d’achoppement. Ôtez-les du chemin. En défrichant votre champ, vous devez enlever tout obstacle. Il peut rester des choses que vous jugez peut-être petites, et vous vous demanderez pourquoi vous n’éprouvez pas dans la religion ce que vous souhaiteriez éprouver, alors que la raison en est que votre esprit orgueilleux et charnel a recouvert quelque chose que Dieu vous demandait de confesser et d’ôter. Défoncez tout le terrain et retournez-le. Ne faites pas de manques, comme disent les laboureurs ; ne vous détournez pas devant de petites difficultés ; poussez la charrue droit au travers, en l’enfonçant de toute sa profondeur, et retournez toute la terre, afin qu’elle soit tout entière meuble et tendre, propre à recevoir la semence et à porter du fruit au centuple.
Quand vous aurez ainsi repassé à fond toute votre histoire, si vous reprenez alors le terrain une seconde fois, en y appliquant une attention solennelle et soutenue, vous trouverez que les choses que vous avez notées vous en rappelleront d’autres dont vous avez été coupables, liées à celles-là ou voisines d’elles. Puis repassez-le une troisième fois, et vous vous souviendrez d’autres choses encore liées à celles-ci. Et vous trouverez à la fin que vous pouvez vous rappeler une part de votre histoire et des actions particulières, dès cette vie même, dont vous ne pensiez pas devoir vous souvenir dans l’éternité. À moins de reprendre ainsi vos péchés et de les considérer en détail, un à un, vous ne pouvez vous faire aucune idée de leur nombre. Vous devriez repasser tout cela aussi à fond, aussi soigneusement et aussi solennellement que si vous étiez justement en train de vous préparer pour le jugement.
En parcourant le catalogue de vos péchés, ne manquez pas de vous résoudre à une réforme immédiate et entière. Partout où vous trouvez quelque chose de mal, résolvez aussitôt, dans la force de Dieu, de ne plus pécher de cette manière. Il ne vous servira de rien de vous examiner, si vous n’êtes pas déterminés à vous corriger en chaque point que vous trouvez mauvais dans votre cœur, votre caractère ou votre conduite.
Si vous trouvez, en poursuivant ce devoir, que votre esprit est encore tout enténébré, regardez autour de vous, et vous trouverez qu’il y a quelque raison pour laquelle l’Esprit de Dieu se retire de vous. Vous n’avez pas été fidèles et complets. Dans le cours d’une telle œuvre, il faut vous faire violence, et vous amener vous-mêmes à ce travail en êtres raisonnables, la Bible devant vous, et sonder votre cœur jusqu’à ce que vous éprouviez réellement. Ne vous attendez pas à ce que Dieu fasse un miracle pour défricher votre champ. Cela doit se faire par des moyens. Attachez votre attention au sujet de vos péchés. Vous ne pouvez regarder longtemps et à fond vos péchés, et voir combien ils sont mauvais, sans être émus, et profondément émus. L’expérience prouve abondamment le bienfait qu’il y a à repasser ainsi notre histoire. Mettez-vous à l’œuvre maintenant ; résolvez de ne jamais vous arrêter avant d’avoir trouvé que vous pouvez prier. Vous n’aurez jamais l’esprit de prière tant que vous ne vous serez pas examinés, que vous n’aurez pas confessé vos péchés et défriché votre champ. Vous n’aurez jamais l’Esprit de Dieu demeurant en vous tant que vous n’aurez pas débrouillé tout ce mystère d’iniquité et étalé vos péchés devant Dieu. Qu’il y ait cette œuvre profonde de repentance et cette pleine confession, ce brisement devant Dieu, et vous aurez autant de l’esprit de prière que votre corps en pourra supporter. La raison pour laquelle si peu de chrétiens savent quelque chose de l’esprit de prière, c’est qu’ils n’ont jamais voulu prendre la peine de s’examiner comme il faut, et qu’ainsi ils n’ont jamais su ce que c’est que d’avoir le cœur entièrement défoncé de cette manière.
Vous voyez que je n’ai fait ce soir que commencer à ouvrir ce sujet. Je veux vous l’exposer, au cours de ces discours, de telle sorte que, si vous voulez commencer et persévérer à faire ce que je dis, les résultats soient tout aussi certains qu’ils le sont quand le cultivateur défriche un champ en jachère, l’ameublit et sème son grain. Il en sera ainsi, si seulement vous voulez commencer de cette manière et tenir bon jusqu’à ce que tous vos cœurs endurcis et insensibles soient défoncés.
REMARQUES.
1. Il ne servira de rien de vous prêcher tant que vos cœurs sont dans cet état d’endurcissement, de stérilité et de friche. Le cultivateur ferait tout aussi bien de semer son grain sur le roc. Cela ne portera aucun fruit. Voilà pourquoi il y a dans l’Église tant de professants stériles, et pourquoi il y a dans l’Église tant de machinerie extérieure et si peu de sentiment profond. Regardez l’école du dimanche, par exemple, et voyez combien il y a de machinerie, et combien peu de la force de la piété. Si vous continuez ainsi, la parole de Dieu continuera de vous endurcir, et vous irez de mal en pis, exactement comme la pluie et la neige, sur un vieux champ en friche, épaississent le gazon et durcissent les mottes.
2. Voyez pourquoi tant de prédications sont perdues, et pis que perdues. C’est parce que l’Église ne veut pas défricher son champ. Un prédicateur peut user sa vie et ne faire que très peu de bien, tant qu’il y a tant d’auditeurs semblables aux endroits pierreux, dont le champ n’a jamais été défriché. Ils ne sont convertis qu’à moitié, et leur religion est plutôt un changement d’opinion qu’un changement des sentiments de leur cœur. Il y a assez de religion mécanique, mais bien peu de chose qui ressemble à une œuvre profonde du cœur.
3. Ceux qui font profession de religion ne devraient jamais se contenter, ni s’attendre à un réveil, simplement parce qu’ils sortent en sursaut de leur sommeil, s’agitent bruyamment, font du bruit et parlent aux pécheurs. Il faut que leur champ soit défriché. Il est tout à fait contraire à la saine philosophie de penser s’engager dans la religion de cette manière. Si votre champ est défriché, alors le moyen d’éprouver davantage, c’est d’aller voir les pécheurs sur le chemin de l’enfer, de leur parler, de guider les âmes en quête, et vous éprouverez davantage. Vous pouvez entrer dans une excitation sans ce défrichement ; vous pouvez montrer une sorte de zèle, mais il ne durera pas longtemps, et il n’aura pas de prise sur les pécheurs, à moins que vos cœurs ne soient défoncés. La raison en est que vous vous y prenez mécaniquement, et que vous n’avez pas défriché votre champ.
4. Et maintenant, enfin, voulez-vous défricher votre champ ? Voulez-vous entrer dans la voie que je viens d’indiquer, et persévérer jusqu’à ce que vous soyez pleinement réveillés ? Si vous échouez ici, si vous ne faites pas cela et ne vous préparez pas, vous ne pourrez aller plus loin avec moi dans cette série de discours. Je suis allé avec vous aussi loin qu’il est utile d’aller, tant que votre champ n’est pas défriché. Maintenant il faut que vous fassiez sur ce point un travail complet, ou tout ce que j’ai encore à dire ne vous fera que peu de bien. Que dis-je ? Cela ne fera que vous endurcir et vous rendre pires. Si vendredi soir prochain vous trouve avec des cœurs non brisés, ne vous attendez pas à tirer profit de ce que je dirai. Si vous ne vous mettez pas immédiatement à cette œuvre, je tiendrai pour acquis que vous ne voulez pas être réveillés, que vous avez abandonné votre pasteur, et que vous entendez le laisser monter seul au combat. Si vous ne le faites pas, je vous accuse d’avoir abandonné Christ, de refuser de vous repentir et de pratiquer vos premières œuvres. Mais si vous voulez vous préparer à entrer dans l’œuvre, je me propose, si Dieu le veut, de vous conduire vendredi soir prochain dans l’œuvre du salut des pécheurs.
Chapitre 5 terminé
Discours III. Comment favoriser un réveil